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Quelque part près du mur de la frontière
Côté mexicain
Prends ton fric.
Allez, tire-toi.
Faisons sonner les cloches haut et fort
Cette maison est une putain d'ambassade américaine.
Tu m'as entendu, garce ? Une ambassade américaine.
Ici, on parle qu'anglais.
Quel ingrat, le Mexique t'a accueilli !
Je vous emmerde ! Vous faites que fumer mes joints
et boire mes bières
que j'achète avec mon blé gagné honnêtement.
Honnêtement ?
Tu rigoles, j'espère. Tu vends de la drogue à tes amis.
Je te fais crédit. En échange, tu me rends un service.
Bouge pas.
Tu vois ce magnifique landau victorien ?
Tu vas l'apporter à David,
et on sera quittes.
C'est la voie pour sortir,
pour s'échapper.
Il est le roi des rois, Seigneur entre tous.
Nos vies sont entre ses mains.
Reviens là !
Elle me plaît, ta poussette.
Je peux te donner un bon prix.
Ça m'intéresse pas.
Toi et moi, on pourrait faire des trucs ensemble.
Ça te dirait pas ?
Tu peux pas fumer, avec un bébé dans le ventre !
Il risque d'avoir trois doigts...
- C'est ça que tu veux ? - Non.
Alors arrête de fumer.
T'as vu comme c'est beau ?
C'est un landau d'époque.
C'est quoi, ça ?
C'est pas vrai...
J'hallucine... J'en veux pas.
Regarde ! T'as vu tout ce sang ?
Tu te fous de ma gueule ?
Tu veux que je pète un câble, c'est ça ?
J'y suis pour rien.
Je t'emmerde !
- Tu le veux ? - Le landau !
Merci. Dieu te bénisse !
Un problème ?
Enculé...
Pardon... Bonjour.
Vous n'auriez pas vu cet homme ?
- S'il vous plaît... - Bonjour.
Vous n'auriez pas vu ce garçon ?
Je m'aperçois que c'est un gros chat
qui marche comme il peut avec un œil qui pend de son orbite.
Je flippe. Je le mate.
Et là, je me demande :
qu'est-ce qu'il voit, ce chat ?
Est-ce qu'il se voit,
ou il croit voir un autre chat ?
On est comme ce chat.
Mais on le sait pas encore.
Salut, toi.
C'est toi qui fouines dans le quartier ?
C'est la mort que tu vas trouver.
Ces larmes ne te sauveront pas de l'enfer.
Et là-bas, tu vas souffrir.
Salut, Nick.
Vous voulez quoi ?
C'est de la bonne.
Défonce-toi.
Écoutez...
Je sais pas ce que vous voulez.
Mais...
Je vais pas pouvoir vous aider.
Écoute-moi bien.
Je suis là pour la fille.
Celle qui habite en face.
Tu vas lui dire de se barrer de Tijuana.
C'est ton couteau de l'armée ?
Oui, je suis...
- Je suis un marine. - Peut-être bien.
Mais ici,
tu es juste Rintintin.
Le chien, tu connais ?
À la télé, oui.
Ton Rintintin, il avait une doublure.
Mais un jour,
il est devenu trop vieux.
Alors les Américains l'ont vendu, à Tijuana.
Et ici, il est devenu une star du porno.
Il a vu plus de culs
qu'une cuvette de chiottes.
Au boulot, Rintintin.
Bonjour.
Vous l'avez vu ?
Je ne le connais pas. Désolé.
Merci.
- De l'eau. - Une bouteille.
Tu me suis, gringo ?
Pourquoi je ferais ça ?
Tu es un soldat américain ?
Un marine.
Je m'appelle Ana.
Je cherche mon frère, Ricardo Silva.
Un soldat américain, lui aussi. Tu le connais ?
Il habitait dans ton hôtel.
Il a été expulsé il y a un an, je ne sais pas pourquoi,
il ne m'a rien dit.
Pourquoi ton gouvernement fait ce genre de choses ?
Il s'est battu pour ton pays
et voilà, on le renvoie au Mexique !
Je ne comprends pas.
Écoute...
Seuls les immigrés mexicains illégaux sont expulsés ici.
Je sais pas...
Je ne veux pas minimiser, mais...
Seuls les immigrés...
Tu ne saisis pas.
Je suis désolé.
Mais ton frère doit se défoncer dans un hôtel.
Il finira par refaire surface. C'est comme ça, Tijuana.
Il n'est pas comme ça.
Je peux vous régler ?
Je vais t'aider.
- Pas la peine. - Je connais bien cette ville.
Je vais me débrouiller toute seule.
Ça m'étonnerait. Pas dans un coin comme ça.
Ici, on se méfie de ceux qui viennent d'ailleurs.
Merci, gringo.
Salut.
Je le connais.
- C'est vrai ? - Oui.
Regarde bien.
C'est bien lui.
Je l'ai vu.
- Où ça ? - Dehors.
- À l'instant ? - Oui.
- Tu viens de le voir ? - Il y a deux jours.
Hé, l'ami !
Mec !
- Je me suis paumé. - Casse-toi.
C'est moi, Nick.
Tu te rappelles ? On s'est vus au stand de tacos.
C'est bien, tu t'en souviens.
Montre-moi ton visage.
Voilà.
C'est ça, vomis.
Vas-y.
C'est bon, tu l'as craché.
Ça va aller.
- Je me sens pas bien. - T'inquiète pas.
On va...
On va marcher doucement.
Donne-moi la main.
Vous m'achetez une fleur ?
Non. Merci, ma belle.
Vous m'achetez une fleur ?
Pour ma grand-mère, ces fleurs,
c'était le sang des hommes morts pour leur pays.
Elle me disait ça.
Merci.
Dégage.
T'as dit quoi, à propos du sang ?
Ma grand-mère disait
que ces fleurs sont rouges
à cause du sang des hommes qui sont morts pour leur patrie.
Qu'est-ce que t'en sais ?
T'y connais quoi, au sang ?
T'y connais que dalle !
Fait chier.
Mon chien...
Il a perdu une dent, l'autre jour.
Il a l'air heureux.
Non, il a l'air déprimé.
Je veux rentrer à la maison.
J'ai une camionnette qui m'attend.
Il n'est pas trop tard.
Tu veux vraiment rentrer ?
Oui.
Oui, vraiment.
J'en ai marre de cette vie. Pas toi ?
Dieu nous voit tous. Il nous bénit.
Vraiment ?
Je te le dis. Il voit tout.
Tu seras béni, un jour. Dieu te bénira.
Dieu ne sait pas où on est.
Il prend soin de chacun de nous.
- Non, pas nous. Il nous a oubliés. - Tu crois ça ?
Je ne suis pas d'accord.
Il nous a oubliés, mec.
Il situerait même pas Tijuana sur une carte.
- Paix sur toi. - Fais gaffe à toi.
Roulette, t'as pas vu Ana ?
Ana ?
Si tu veux mon avis, son frère,
il flotte sur le canal à l'heure qu'il est.
Et elle va vite le rejoindre.
Tu l'as vue ?
Puisque tu insistes, elle m'a demandé où était le commissariat.
Hé, vieux !
Salut, mec !
T'as l'air en forme !
Tu me connais... Je me débrouille, comme d'habitude.
Ana ?
Écoute....
- Quoi, encore ? - Attends.
Je voulais m'excuser.
Pardon.
Je suis un peu barré. J'ai pas dormi de la nuit.
Sauf que maintenant, j'ai une mauvaise nouvelle.
Ça sent vraiment pas bon.
C'est mon ami Elan. Je te présente Ana.
C'est une gentille fille. Et lui, c'est un mec bien.
Avant il...
Il traînait avec Ricardo.
- Il le connaissait. - Mon frère ?
Depuis longtemps.
Dis-lui ce que tu m'as dit. Vas-y.
On était dans la rue.
- Il s'est fait exploser la tête. - Quoi ?
Les cartels l'ont pas loupé.
J'ai halluciné.
Faut le croire.
Ils l'ont buté, c'était violent.
- Tu l'as vu, toi. - Carrément.
Je ne mentirais pas. C'est ça, la rue.
- C'est sûr que c'était lui ? - Absolument.
Aucun doute.
Vous parlez bien de lui ?
Exact. On se connaissait tellement bien.
Il est enterré dans la fosse commune, à Tijuana.
J'ai acheté pour 100 dollars de fleurs, j'ai tout décoré.
Je lui ai rendu visite plein de fois.
Ils étaient très liés.
On était super proches, tous les deux.
- Tu vois... - Je ne lui fais pas confiance.
C'est un bon gars.
- Il a l'air un peu barjot. - Carrément fou.
C'est vrai, il est comme ça. Ils le sont tous un peu.
Ce mec connaît plein de gens.
Il a bien dit que son corps était enterré.
Donc maintenant, je dois retrouver sa tombe.
Il y a deux mois,
j'ai travaillé là-bas.
En hauteur.
Il faut que tu partes.
Tu le sais, n'est-ce pas ?
Tu dois quitter Tijuana. Va-t'en ce soir.
Pourquoi ?
Mon frère
n'est pas ici.
Il n'est pas là.
Et comment tu sais ça ?
Hein, comment ?
- Je le sens. - Ah oui ?
Et tu l'entends aussi ?
Est-ce qu'il te parle, en ce moment ?
"Je ne suis pas là !" C'est ça qu'il te dit ?
Tu pourrais m'aider.
J'ai des amis avec qui j'aimerais communiquer.
Des amis qui sont morts.
Ils ont été déchiquetés, bordel.
Je veux leur parler. Dis-moi comment tu fais.
Tu colles ton oreille contre le sol ?
"Je le sens..." Je me demande bien ce que tu sens.
Il faut que tu te casses. Tu dois quitter Tijuana.
Tu comprends ?
J'essaie de t'aider.
Il faut que tu t'en ailles.
Je ne peux pas partir.
Le type de l'hôtel...
Le mec aux tatouages...
Les larmes
qu'il a sur le visage...
Chaque larme représente
un cadavre.
Les hommes qu'il a tués.
Le fait que tu sois une femme,
ça ne change rien.
Ça ne change rien à ce qu'il peut te faire.
Il faut que tu partes.
Je t'en prie.
Comment tu as fait ? Désolé, j'ai...
Ils sont gentils. Ils nous font pas payer.
- Le pied ! - C'est glacé.
Pourquoi tu es venu à Tijuana ?
J'en sais rien.
Franchement.
On est passés par ici, une fois, avec mon unité.
C'était il y a des années.
Je n'en revenais pas.
Des putes,
de la drogue...
J'ai regardé les mecs s'éclater.
Tous.
Mais pas moi.
J'ai rien fait, rien touché.
Je m'étais dit
qu'un jour, si j'avais besoin de me lâcher à fond,
je viendrais ici.
Après ma troisième mission en Irak,
c'est exactement ce que j'ai fait.
Je suis venu à Tijuana,
je me suis enfermé dans une chambre d'hôtel,
avec un gros sac rempli d'héroïne
et un autre rempli de méth.
J'ai pas respiré l'air de dehors pendant...
à peu près deux semaines.
Je sais pas si tu peux comprendre ça...
J'ai bien aimé.
- Laissez-nous tranquilles... - Tu connais ?
Viens.
C'est quoi ?
Prends ça.
Et donne-moi l'autre main.
Allez-y doucement, d'accord ?
Prends ma main.
Un, deux, trois.
Putain...
Quoi ? Il s'arrête là, le soldat ?
C'est trop bizarre.
C'est quoi, ce truc ?
De l'électricité ?
C'est combien ?
- 20 pesos. - J'arrive.
Tu as faim ?
Non. Il faut que j'y aille.
- Ah bon ? - J'ai des trucs à faire.
On se revoit bientôt. À plus.
- Ça va, Nick ? - Et toi, Roulette ?
Tranquille.
T'as quoi pour moi ?
Comme d'habitude.
Il faut que je voie Topo.
- Tu déconnes ? - Pas du tout.
Je parle à un homme mort.
Tu vas où, le Ricain ?
J'ai besoin de parler à Topo. Il est là ?
Suis-moi.
Rintintin !
Tu voulais me voir ?
- Exact. - Ah ouais ?
Vas-y, je t'écoute.
Tu sais,
la voisine, Ana...
J'ai pensé à un moyen...
Attends-moi là.
Enculé !
Suis-moi, gringo.
Je sais pas ce que je fous avec cette fille.
Ni pourquoi je l'aide.
C'est bizarre...
Je t'avais dit
de lui payer un aller simple.
Elle ne partira pas tant que...
Tant qu'elle ne l'aura pas retrouvé.
Alors j'ai eu une idée.
On va lui trouver un cadavre.
Un mec, n'importe qui.
On lui défonce le visage pour qu'elle le reconnaisse pas.
Et on lui dit : "Ce mec, c'est ton frère."
C'est toi qu'on crame, et on voit ce qui se passe.
T'as déconné, mec.
Tu vas mourir, loin de chez toi.
Cette fille, putain...
Elle pense qu'elle peut parler aux morts.
C'est ce qu'elle dit.
Elle pense que les morts l'entendent.
Je vais te fournir un corps.
Comment tu t'appelles ?
Je suis le pasteur Ricardo Silva.
Qu'est-ce que tu fais là ?
Je viens sauver des âmes.
Tu vas mourir.
Je suis un envoyé du Ciel.
Si tu me tues, tu déclares la guerre à Dieu.
Tu veux déclarer la guerre à Dieu ?
Tu sais...
Je me disais...
que Ricardo a peut-être une copine
et qu'il va bien.
Je le dis depuis le début.
Pas vraiment.
Il est peut-être heureux et en couple.
Pas juste en train de baiser
à tout-va.
C'est bien de rester positif.
Tu as raison.
Et toi ?
Tu as une copine ?
Plus ou moins.
Il y a quelqu'un...
que j'aime bien.
Et toi, alors ?
J'ai été mariée.
Mais il ne faisait que travailler. Je me retrouvais seule.
Alors je l'ai mis à la porte.
Je n'étais pas heureuse.
Nick ?
Ça ne va pas ?
Bonjour. Voici des infos sur les vétérans expulsés.
Pour les vétérans expulsés.
Je t'attends ici. D'accord ?
Je bouge pas.
- Pourquoi ? - T'as pas besoin de moi.
Vas-y.
Asseyez-vous là.
- Bienvenue au bunker. - Merci.
Pardon pour le bazar. On vient de se réveiller.
C'est pas grave.
Vous pouvez m'aider ?
J'ai eu ce prospectus. Et mon frère est un vétéran.
Ricardo Silva. Vous le connaissez ?
De nombreux vétérans expulsés débarquent ici.
Un instant. On a ses affaires quelque part.
- Ricardo est là ? - Non, mais j'ai des trucs à lui.
Ah, c'est là. "Ricardo Silva".
Ce sont ses affaires ?
Tout n'y est pas mais...
Ses rangers.
Son poignard.
Plein de...
livres...
Mon frère.
Il a l'air heureux.
Où est-il ?
Vous savez où il est ?
Il est...
Pablo ?
Ricardo, il avait pas monté un camp de réinsertion ?
Réinsertion ?
Près du barrage.
Il doit y être.
Nick, tu as entendu ?
Tu vois où c'est ?
Oui, c'est sur le canal.
Comme Ricardo, on est nombreux
à avoir traversé une sale période.
On a tous fait une connerie.
Et on a été expulsés.
On se retrouve à Tijuana.
On était prêts à mourir pour la nation.
Au final, on nous jette comme des ordures.
- Nick. - "Toujours fidèle."
Pourquoi il a laissé son poignard ?
Comment on peut laisser son poignard...
au fond d'un carton ?
Il ne veut peut-être pas qu'on le retrouve.
Pablo, tu veux bien nous aider ?
Tu les emmènes avec le van ?
- Tu les conduis là-bas ? - Pas de problème.
Salut.
- C'est toi, Nick ? - C'est moi.
- T'es Nick. - Exact.
Moi, je suis Chiquito. Et elle, Roxana.
- Où est Ricardo ? - Il n'est pas là.
Je crois que le diable l'a emmené.
Lui, là-bas...
Il pense qu'il va revenir. Pas moi.
- Il dit ça ? - Oui.
L'ami !
Approche, tu veux ?
On est entre amis.
Qu'est-ce que tu veux savoir ?
Elle aimerait savoir s'il est vivant ou s'il est mort.
Comme ça, elle pourra repartir chez elle.
Et raconter à sa famille
ce qu'elle a découvert.
Viens t'asseoir.
C'est bon.
On t'écoute.
Il y a trois semaines,
ou un mois...
Peut-être deux, je ne sais plus...
Je suis allé au canal, avec Ricardo.
Comme toujours,
le dimanche.
Pour convaincre des gens de nous suivre.
Sauf que ce jour-là, le patron du canal est allé voir Ricardo.
L'homme qui a des tatouages
au visage ?
Des larmes.
Il était là, devant moi.
Et il a dit
que pour chaque homme
que Ricardo sortirait du canal, il devrait donner de l'argent.
Pour compenser la perte de ses clients.
Et puis,
un matin,
je me suis réveillé,
et Ricardo était déjà parti.
Il n'est jamais revenu.
Rendons grâce à Ton soldat Ricardo Silva
qui nous enseigne Ta lumière et Ton amour.
- Tu as vu ? - Évidemment.
C'est Ricardo, pas vrai ?
Je suis fière.
Mon frère n'a pas abandonné le combat.
Il a trouvé sa voie.
Il est venu ici, drogué.
Mais ensuite,
il est devenu un pasteur pour ces gens.
Maintenant, Ricardo n'est plus de ce monde.
Je lève mon verre
à Ricardo.
À Ricardo !
Le pasteur.
À mon frère.
Mes parents sont morts
quand j'étais petite.
Ma grand-mère
nous a élevés.
Une femme extraordinaire.
Elle était tendre, affectueuse.
Elle m'a appris comment soigner avec les plantes.
Elle nous a appris à être généreux.
C'était une femme pleine de sagesse.
Elle saurait comment s'y prendre.
Je pensais que j'y arriverais.
Que je saurais quoi faire.
Mais j'ai zéro idée, putain !
Aucune idée.
Moi et mes amis.
En patrouille.
On était cinq connards
à essayer d'oublier que nos gilets d'armes de merde
ne nous protègeraient pas de trois mines
antichars.
Ce jour-là,
ce jour-là, on aurait dit que le sol
s'était soulevé.
Comme si la terre entière
se soulevait.
Pour nous engloutir.
Avant de nous recracher
vers le ciel.
Cinq cadavres de marines.
Tués par un putain de téléphone à 10 dollars.
J'étais incapable de bouger.
J'avais le visage plein de sang.
Mais c'était pas le mien.
J'avais l'impression de les entendre.
Ils appelaient,
ils pleuraient.
Ils souffraient.
Je n'ai pas pu les protéger.
Je n'ai rien pu faire.
Demain,
j'irai chercher mes affaires à l'hôtel.
Tu peux venir aussi.
Si ça te dit.
Où ça ?
Ici.
Nick, Joe, Charly, Adrian, Chaz, tous clamsés !
Allez, on bouge.
Ça gaze, Nick ?
Il vient de me dire qu'un type qu'il connaît
lui a dit des choses sur mon frère et le canal.
Vraiment ?
C'est-à-dire ?
Ils m'ont conseillé de l'envoyer là-bas,
puisqu'elle le cherche.
Accompagne-la. Vous n'avez rien à perdre.
Ça va, Rintintin ?
Entre, si tu veux voir ton frère.
Ce n'est pas mon frère.
Donc tu parles avec les morts.
Nick ?
Tu m'as pas menti.
C'était une bonne idée.
Ça valait bien un cadavre.
C'est vrai ?
Comment tu as pu faire ça ?
Je t'ai fait confiance.
Tu me touches pas, enfoiré !
Je sais pourquoi mon frère ne m'a rien laissé.
Il avait honte.
Honte que j'apprenne ce qu'il avait fait de mal.
Ricardo,
il aimait les faibles.
Cette chemise,
c'est celle de son uniforme.
Il la portait pour se rappeler
qui il était.
Pas par fierté.
Il ne reviendra pas.
Tue-moi et tu pourriras en enfer.
C'est toi qui as commencé cette guerre.
Si tu me tues,
un autre soldat de Dieu me remplacera
et te condamnera à l'enfer.
Comment allez-vous ?
- Vous êtes en vie ! - Oui, merci.
Prends ton temps.
- Tiens. - Merci.
Comment tu t'appelles ?
Pasteur Ricardo Silva.
Qu'est-ce que tu viens faire ?
Je viens sauver des âmes.
Que tu refuses de payer.
Personne ne m'obligera à t'acheter ces pauvres gens.
Ça fait cinq ans
que je suis là.
Cinq ans que je vis avec ces morts-vivants.
Au milieu de cette poubelle géante en putréfaction.
Un jour, l'eau
emportera nos âmes.
Je le sais.
Mais moi, je n'ai pas peur de la Faucheuse.
Je ne m'assiérai pas à la table du diable,
en enfer.
Ça va te plaire.
Je te ramène à la vie.
- Tu lui as fait quoi, à mon frère ? - Le voilà.
Je suis un envoyé du Ciel.
Si tu me tues,
un autre soldat de Dieu
me remplacera.
Tue-moi et tu pourriras en enfer comme tu pourris déjà ici.
Tes derniers mots.
Chiquito...
Vous cherchez quoi ?
Barrez-vous, bande de chiens !
Vous voulez quoi ?
Rendez-nous Ana !
Vas-y, tue-le !
Ces larmes qui sont tatouées sur mon visage,
je les verse chaque jour
pour ton frère.
Qu'as-tu fait de son corps ?
Il n'est plus là.
Plus là.
Tu crois que le canal comprend la pitié ?
Mais toi, tu peux me sauver.
Je sais que tu peux sauver mon âme.
Demande-lui de me pardonner.
Il faut qu'il me pardonne.
Pas de bruit.
Ils sont là-bas ?
Le tatoué, il est là-bas ?
Pardon.
Pardon.
Rintintin !
Je t'attendais, Rintintin.
Reste avec moi.
Au secours !
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