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Original subtitles

Coup de canon.

...

-1941 :

les Allemands occupent la moitié de la Russie.

Hitler est sur le point de prendre Moscou.

Les blindés de la Wehrmacht avancent inexorablement.

Moscou,

7 novembre 1941 :

24e anniversaire de la prise de pouvoir par les communistes.

Par un froid polaire,

28 000 soldats sont rassemblés devant le Kremlin.

Les dirigeants du pays ont décidé que le défilé aurait bien lieu.

C'est l'ordre de Staline,

le chef suprême, même si se rapproche l'apocalypse.

...

Une jeune Moscovite, Margarita Pogrebitzkaïa, dit :

"Moscou, ma patrie, mon amour. Moscou invincible.

"Et le 7 novembre est la plus belle date du calendrier.

"Le rouge, ma couleur préférée,

"la couleur de la révolution, la couleur du sang versé en son nom."

...

En haut du mausolée de Lénine, Staline parle.

-Camarades de l'Armée rouge et de la marine,

commissaires politiques et partisans,

le monde entier compte sur vous

pour détruire les envahisseurs allemands.

Sur vos épaules repose une grande mission de libération.

-Pour exalter ses troupes, Staline évoque les gloires du tsarisme.

-Que l'esprit courageux de nos ancêtres

nous inspire dans cette guerre.

-Et il dit : "Quand on compare Hitler à Napoléon,

"il faut d'abord se souvenir du sort final de Napoléon."

Hitler ne peut pas imaginer un tel destin.

La Blitzkrieg, la guerre éclair,

qui devait mettre Staline hors de combat en quelques semaines,

est ralentie.

Mais l'Allemagne nazie dispose encore de forces considérables.

Un dernier effort et Moscou sera conquise.

Hitler proclame : "Soldats du front de l'Est,

"aujourd'hui commence la bataille décisive.

"Nous allons écarter le danger le plus terrible depuis les Huns

"et les Mongols."

Moscou retient son souffle.

Staline se refuse à quitter la ville et il maintient sur place

une partie de la population appelée à creuser des fossés antichars.

Les arrestations se multiplient,

comme celles des Soviétiques d'origine allemande

ou du footballeur vedette du Spartak qui aurait dit :

"Les Allemands vont prendre la ville,

"c'est la fin du bolchevisme."

Albina Gantimurova dit :

"On collectait de l'argent pour l'armée. Les femmes venaient

"donner leur alliance."

A Berlin, les Allemandes donnent leurs manteaux de fourrure.

Sur le front de Moscou,

s'abat sur les soldats allemands un ennemi implacable : le froid,

exceptionnel, moins 35 degrés, qui fissure l'acier des chars,

solidifie les pneus des camions, gèle la graisse des armes

et achève les chevaux.

Vent glacial qui souffle.

...

5 décembre 1941 :

Staline et le général Joukov, avec son état-major, la Stavka,

organisent en secret

une puissante contre-offensive pour dégager Moscou.

Un million de soldats soviétiques se mettent en marche.

Albina Gantimurova, devenue sergent-chef, témoigne :

"Il y a l'ordre numéro 227 : 'Pas un pas en arrière.'

"Si vous faites ce pas, vous êtes fusillé.

"Des policiers nous suivent et tirent sur ceux qui reculent."

Staline, avec son humour macabre, dit :

"Il est plus dangereux,

"dans notre armée, de reculer que d'avancer."

La brancardière Nadejda Anisimova raconte :

"Je n'ai pas peur de mourir,

"la jeunesse, sans doute. La mort est toujours à deux pas.

"J'entends un blessé. On me crie :

"'N'y va pas, tu vas te faire tuer.'

"Je rampe. Je le ramène vivant. Le commandant veut me punir,

"son second, me décorer. A 19 ans, j'ai la médaille de la bravoure

"et des cheveux blancs.

Echanges de tirs.

"Je rentre chez moi. J'ai les deux poumons perforés,

"une balle dans les vertèbres. Je suis paralysée. Ma mère et ma sœur

"me disent qu'elles avaient reçu mon avis de décès."

Sur le front,

d'autres femmes souffrent et continuent à se battre.

Au plus fort de la bataille de Moscou,

Staline reçoit soudain une nouvelle d'une grande importance.

Le 7 décembre 1941,

la base navale américaine du Pacifique, Pearl Harbor,

est attaquée par le Japon, allié de l'Allemagne.

Le président des Etats-Unis, F. Roosevelt, annonce que son pays

entre dans la guerre.

-Le peuple américain, dans son droit, avec sa force,

se battra jusqu'à la victoire.

-Un nouvel allié pour Staline.

Noël 1941 :

Moscou est sauvée au prix de 300 000 morts.

Staline fait diffuser cette image d'une femme qui se signe

pour montrer que Dieu est maintenant permis.

Brouhaha et cris de joie d'une foule.

...

Pour les Soviétiques,

Staline a réussi à faire reculer Hitler de 200 kilomètres.

Mais le Führer ne se sent pas vaincu.

Bloqué par l'Armée rouge au nord

et au centre de l'Union soviétique, Hitler prépare sur le front sud,

pour le printemps de l'année suivante,

une nouvelle offensive vers le pétrole de Bakou.

28 juin 1942 : les Allemands reprennent leur avance foudroyante,

300 kilomètres en un mois.

C'est l'été noir de la Russie.

23 juillet 1942 : Hitler inquiète son état-major

avec un nouveau projet qui divise ses forces.

Hitler ordonne au général Paulus,

organisateur de l'attaque de l'Union soviétique,

de marcher vers Stalingrad,

objectif stratégique et symbolique, car portant le nom de Staline,

et de prendre ensuite Moscou à revers.

Les chars allemands se rapprochent dangereusement de Stalingrad.

Un réconfort pour Staline :

le 10 août 1942 atterrit à Moscou

l'avion du Premier ministre britannique Winston Churchill.

Avec lui, l'envoyé spécial américain,

le puissant homme d'affaires

Averell Harriman, coordinateur de l'aide alliée.

Cette aide sera décisive :

15 000 avions,

140 000 camions,

des millions de tonnes de carburant et d'approvisionnement.

Molotov, ministre des Affaires étrangères,

fait jouer l'Internationale,

l'hymne soviétique de l'époque.

L'Internationale.

...

Le chant révolutionnaire est écouté sans broncher

par les deux représentants du monde capitaliste.

Churchill dit :

"Si Hitler attaque l'enfer, je veux bien m'allier avec le diable."

...

Churchill écrit dans ses mémoires : "Je songeais à la mission

"qui m'amenait dans ce sinistre Etat bolchevique.

"J'avais tenté de toutes mes forces de l'étrangler à la naissance.

"Je l'avais considéré comme l'ennemi mortel de la liberté

"et de la civilisation."

Et une belle limousine Packard les emmène au Kremlin

où Staline les attend.

Tout se fait en sourire.

Les Américains et les Britanniques ont besoin de Staline.

Ils savent que le matériel n'est pas tout.

Le sacrifice des soldats russes,

par millions, permettra d'anéantir la bête nazie. Staline réclame,

en plus de l'aide américaine, l'ouverture d'un second front,

un débarquement allié à l'ouest, pour diviser les forces allemandes.

Hitler est préoccupé

par cette possibilité d'un débarquement allié.

Il faut en finir à l'est. Il faut en finir avec Staline.

Il faut en finir avec Stalingrad.

Les stukas,

les bombardiers allemands, achèvent leur destruction

de ce qui fut la cité modèle de l'URSS.

Le général Paulus lance sa 6e armée

à l'assaut de Stalingrad.

Les Allemands atteignent les ravins,

premières lignes de défense naturelle de la ville.

Propos en allemand.

...

Tirs en rafales.

-Ils se heurtent à une très violente résistance des Russes.

Staline dit :

"Si Stalingrad tombe, tout le sud du pays

"sera coupé de nous : nous perdrons notre pétrole,

"nous perdrons la Volga,

"la principale route fluviale du pays."

Staline, un quart de siècle plus tôt,

avait commencé ici sa marche vers le pouvoir.

Carrefour stratégique entre Bakou et Moscou, la ville, alors,

s'appelait Tsaritsyne.

1918 : le territoire contrôlé par les bolcheviques, les rouges,

communistes, est attaqué par les blancs, les armées tsaristes.

C'est la guerre civile.

Staline joue déjà un rôle

dans le premier gouvernement communiste de l'Histoire,

présidé par Lénine, qui apprécie sa détermination.

Staline est commissaire à l'Approvisionnement.

Il part pour Tsaritsyne collecter du blé pour la capitale qui a faim.

Il commence par faire rafler tout le grain,

déclenchant révolte et famine.

Staline est chargé aussi par Lénine

de surveiller celui qui assure la défense de ces terres agricoles,

le puissant commissaire du peuple à l'Armée, Léon Trotski,

qui acquiert trop d'autonomie.

Trotski, pour sauver Tsaritsyne,

continue à encadrer ses troupes

avec d'anciens officiers de l'armée du tsar plus compétents.

Staline s'oppose à Trotski. Il accuse ses officiers

de complicité avec les blancs. Il décide de les supprimer.

Il les fait entasser dans des barges au milieu de la Volga.

Staline s'improvise chef de guerre,

rase les villages, fusille, répand la terreur. Maladroitement,

il se mêle de stratégie. Mais Trotski, plus habilement,

rétablit la situation.

Staline se proclamera malgré tout "le vainqueur de Tsaritsyne"

et adoptera cette tenue militaire qu'il ne quittera plus.

Il est sur tous les fronts de la guerre civile.

1919 : les rouges affrontent de nouveaux ennemis,

français, américains, britanniques ou japonais,

venus au secours des blancs.

Mais après les hécatombes de 14-18, l'aide des Alliés reste limitée.

Ils veulent surtout stopper la contagion communiste,

parce que Trotski veut exporter la révolution.

Il compte sur un soulèvement ouvrier dans toute l'Europe.

Il attaque la Pologne tout juste indépendante.

Les Polonais, encadrés par les Français,

repoussent les rouges.

Envoyé en renfort, Staline ne soutient pas Trotski,

et 40 000 soldats bolcheviques sont capturés.

1920 : malgré son échec devant Varsovie,

Trotski incarne toujours le communisme de guerre,

la priorité absolue à l'Armée rouge.

Trotski réussit à éloigner des affaires militaires Staline,

qui est toujours dans le gouvernement.

Chacun peut redouter ses méthodes, derrière ses yeux qui se plissent,

quand il esquisse un sourire.

Avec ses complices géorgiens,

Staline, d'une main de fer, mate les séparatistes,

comme à Bakou, en Azerbaïdjan.

Les communistes locaux doivent fêter la fin de leur indépendance

aux accents de l'Internationale jouée au tar,

l'instrument populaire du Caucase.

L'Internationale.

...

Staline fait aussi rentrer dans le rang

l'Arménie et la Géorgie, son pays natal.

Quand il rendra visite à sa mère,

elle lui demandera :

"Dis-moi, mon fils, tu n'as pas le sang du tsar sur les mains ?"

Staline jure alors qu'il n'a pris aucune part

à l'assassinat de Nicolas II et de sa famille, 3 ans plus tôt.

Prisonniers des bolcheviques,

Nicolas II avec le tsarévitch, le prince héritier,

l'impératrice

et leurs 4 filles furent déplacés tout au long de la guerre civile

jusqu'à cette maison aux portes de la Sibérie où ils furent tués.

Qui avait donné l'ordre de tirer ?

Qui, dans ce régime, donne vraiment les ordres ?

Est-ce Lénine, le fondateur, le guide suprême,

le Conseil des commissaires du peuple

du gouvernement, dont Staline est membre, ou le bureau politique,

le Politburo, auquel appartient aussi Staline ?

C'est le Parti communiste qui donne les ordres,

le parti où monte le pouvoir de Staline

et enfle celui des bureaucrates.

Pour progresser dans cet univers,

il faut la carte du Parti,

comme en témoigne Aleksandr Degtyarev :

"Intégrer le Parti communiste

"a été mon plus grand bonheur. Le Parti a entretenu notre morale

"et notre conscience. Il m'a donné la force de résister aux épreuves.

"Ce qui m'a permis de survivre, c'est ma croyance indéfectible

"dans notre parti léniniste et nos principes humanistes."

En fait de principes humanistes,

la paranoïa de Lénine, de Staline et des bolcheviques, est telle

qu'ils ordonnent une vaste purge au sein du Parti.

220 000 membres sont chassés.

La police politique

continue de plus belle à traquer les ennemis du peuple.

Le bourreau en chef, c'est Dzerjinski et ses tueurs.

Et Staline est un proche, un familier.

Trotski écrit dans son journal

qu'il a entendu Staline dire à Dzerjinski :

"Le summum de la jouissance, c'est de repérer l'ennemi,

"de préparer son coup dans ses moindres détails,

"d'assouvir sa soif de vengeance et de rentrer se coucher sereinement."

Ici, à côté de Lénine, Boris Bajanov, le secrétaire de Staline.

Il écrit :

"A une séance du Comité central,

"Trotski s'adresse au groupe de Staline en ces termes :

"'Nous vous fusillerons tous. Oui, nous ferons cela.

"'Vous aussi, vous voulez nous fusiller, mais vous n'osez pas.

"'Nous, nous oserons.'

"Qui fusillera l'autre ?"

L'affrontement était devenu féroce après la victoire sur la Volga

contre les blancs, quand Trotski avait écrit à Lénine :

"Je considère la façon dont Staline s'approprie l'action de Tsaritsyne

"comme une plaie dangereuse."

En faisant tourner un film,

Staline forgera sa légende de vainqueur de Tsaritsyne

et de héros de la guerre civile.

Il fera rebaptiser

la ville de Tsaritsyne qui deviendra Stalingrad, en russe,

"la ville de Staline".

20 ans plus tard, en 1942,

Stalingrad est en ruine et aux mains des Allemands.

15 octobre 1942 :

les soldats d'Hitler, après 2 mois de terribles combats,

ont atteint leur objectif : les berges de la Volga.

Sur l'autre rive, les Russes se regroupent et se réconfortent

avec une déclaration inattendue de Staline : "Demain,

"nous danserons dans les rues."

Que veut dire Staline ?

Il sait que, dans le plus grand secret, son chef d'état-major,

le général Joukov, prépare une contre-offensive.

Le sort de son pays se joue, mais Staline a, en plus,

des soucis personnels :

il attend la visite du redoutable chef de la police politique,

Beria,

et des principaux responsables des organes de répression.

Staline leur a demandé d'enquêter sur une lettre de dénonciation

du cinéaste R. Karmen qui se plaint de la liaison entre son épouse,

l'actrice Nina Orlova, et le deuxième fils de Staline,

Vassili, 21 ans, pilote de chasse

au 32e régiment de la Garde.

Un pilote dangereux. Son père a fini par le faire interdire de vol.

Il est ivre, la plupart du temps. Il tire sur les lustres,

bat sa femme qui vient d'accoucher. Surnommé "le tsarévitch",

il organise des orgies.

La lettre met aussi en cause la seule fille de Staline,

Svetlana, 16 ans, surprise dans les bras d'un scénariste connu,

Alexeï Kapler, 38 ans.

Staline voit mal sa fille avec un homme qui a 20 ans de plus qu'elle.

Pourtant,

Staline avait la même différence d'âge avec la mère de Svetlana,

Nadejda, morte en 1932,

officiellement d'une crise d'appendicite.

Svetlana avait toujours été sa préférée,

cajolée par ces hommes d'apparence si paisible :

comme celui qu'elle appelle "oncle Beria", le chef de la police,

ou dans les bras du tyran, qui était un bon père de famille,

à l'occasion, facétieux.

En 1942, en pleine bataille de Stalingrad,

Svetlana apprend que sa mère s'était en fait suicidée,

10 ans plus tôt. Pourquoi ? Secret d'Etat. Le réconfort de Svetlana,

c'est Kapler. Il lui fait découvrir la littérature, souvent érotique.

Svetlana écrira : "Ce qui troublait le plus mon père,

"c'est que Kapler était juif."

En ce mois de novembre 1942,

la lettre dénonçant les enfants de Staline

est une affaire sensible, parce qu'elle touche à la nomenklatura,

la liste magique des privilégiés du régime :

les dignitaires du Parti, les artistes utiles au pouvoir,

ou les bourreaux de la police.

Tant qu'ils sont les favoris,

ils vivent dans le confort, même aux pires moments de la guerre.

Ainsi,

le grand amour de la fille de Staline,

le scénariste Alexeï Kapler, personnalité du monde du cinéma,

se croyait intouchable.

Il est envoyé comme correspondant de "La Pravda"

se faire tuer à Stalingrad.

Il survit à cet enfer,

alors Staline le fait déporter en Sibérie, au-delà du cercle polaire,

au camp de Vorkouta, surnommé "la guillotine glacée".

Accusé d'avoir des liens avec l'étranger et d'être un espion,

Kapler est condamné

à 5 ans de goulag.

Goulag,

initiales de "Administration principale des camps".

Ce que le grand écrivain russe Soljenitsyne

appellera "l'Archipel du Goulag".

Des centaines de camps de concentration,

datant souvent de Lénine, et multipliés à l'infini par Staline.

En pleine guerre, au moment où le sort du monde se joue à Stalingrad,

au moins 3 millions de Soviétiques sont des zeks, des bagnards,

pour la plupart des malheureux raflés pour remplir les quotas,

fixés par Staline à sa police,

pour compenser un taux de mortalité très élevé.

Cette main-d'œuvre d'esclaves

est une importante contribution à l'économie de guerre soviétique.

L'or est extrait au camp de la Kolyma

ou le charbon à Vorkouta.

Dans ce complexe minier, descendent au fond

des professeurs d'université, des violonistes, des prêtres.

D'autres zeks construisent la voie ferrée

qui traverse

d'interminables étendues de neige.

L'enfer, pour les Russes, n'est pas un brasier éternel,

c'est un désert glacé.

Les gardes rivalisent de brutalité. Ils se partagent les femmes,

violées dès leur arrivée.

Un zek comme les autres, Miron Etlis, dit :

"Le camp est une école de décomposition pour tous.

"L'homme en sort irrémédiablement abîmé.

"Tout notre peuple a été abîmé par cette expérience collective.

"Le goulag est entré dans nos gènes."

1 607 000 zeks

vont mourir au goulag.

Kapler, l'amant de Svetlana, la fille de Staline,

survit en intégrant la troupe du théâtre construit par les déportés

qui divertissent l'administration du camp.

Ce théâtre est animé par un zek, ancien directeur du Bolchoï,

et de nombreuses célébrités

ayant eu le malheur de déplaire à Staline.

Kapler restera 10 ans à Vorkouta.

Svetlana, la fille de Staline, ne l'attendra pas.

Novembre 1942 :

muré dans la solitude paranoïaque du Kremlin,

coupé de sa famille, Staline vieillit.

La bataille de Stalingrad le mobilise 16 heures par jour.

Il dort quelques heures sur un lit de camp dans son bureau.

Il fume sans arrêt,

et l'artériosclérose, à 63 ans, menace sa vie.

19 novembre 1942 : 13 000 canons soviétiques se déchaînent

avec les terrifiants lance-roquettes multiples

surnommés par les Allemands, pour leurs rugissements,

"les orgues de Staline".

Rugissements infernaux.

...

Les armées soviétiques du général Joukov encerclent l'armée allemande

du général Paulus dans les ruines de Stalingrad.

Hitler interdit à Paulus de rompre cet encerclement

et de battre en retraite.

Un mois plus tard, les Allemands sont à bout de munitions

et de vivres.

Les cas de cannibalisme se multiplient.

Les Soviétiques avancent partout.

Tirs en rafales.

...

2 février 1943 : le cinéaste Roman Karmen,

qui avait alerté Staline sur ses enfants,

a le privilège de filmer ce moment :

la reddition du général Paulus.

Le chef des forces allemandes de Stalingrad

avait été fait la veille maréchal par Hitler

pour le pousser à se suicider dans l'honneur.

Mais Paulus dit :

"Je ne vais pas me flinguer pour ce caporal."

Pour Paulus, Hitler n'est plus le Führer,

mais le soldat de 14-18

dont l'incompétence a mené au désastre.

Quand Paulus se retrouve prisonnier,

face aux Soviétiques,

il ne ressent que de la haine contre Hitler.

Hitler, lui, cherche à l'échanger contre le fils aîné de Staline,

Iakov,

prisonnier depuis juillet 1941. Staline fait répondre :

"On n'échange pas un maréchal contre un lieutenant."

Le cadavre du fils de Staline est retrouvé dans les barbelés

de son camp de prisonniers en Allemagne.

A Stalingrad, au bout de 6 mois de combats,

500 000 Allemands sont morts, 100 000, capturés.

Bien peu reviendront,

10 ans plus tard.

900 000 soldats soviétiques ont été tués,

700 000 ont été blessés.

Pour le monde entier,

le grand triomphateur de Stalingrad est Staline,

qui pose dans son nouvel uniforme avec, sur ses épaulettes,

la grande étoile de maréchal.

Il est en couverture

du numéro du 29 mars 1943

du plus grand magazine américain de l'époque, "Life".

Une consécration.

Pourtant, rien n'était acquis, 20 ans plus tôt.

1921 :

après 4 ans de guerre civile en Russie, des millions de morts,

d'émigrés,

d'orphelins, la famine fait des ravages.

Staline s'inquiète de voir toujours Trotski triompher

sur la place Rouge.

Pourtant,

le communisme de guerre a entraîné l'effondrement de l'économie.

Le rationnement

est féroce, sauf pour les 20 000 cadres du Parti et de la police

qui ont droit à 4 kilos de viande et 4 kilos de poisson par mois,

alors qu'un ouvrier n'a que 200 grammes de poisson pourri.

Les ouvriers ne peuvent plus nourrir leur famille.

Ils se révoltent

alors que la grève est interdite depuis décembre 1917.

Trotski dit :

"Toute résistance peut être surmontée par ce mot : 'fusillé'."

C'est alors que les 18 000 marins

et officiers du Kronstadt, la base navale de Petrograd,

se déclarent solidaires des ouvriers en grève.

Leur mot d'ordre :

"Les soviets, oui, mais sans les bolcheviques."

Tirs en rafales.

Trotski ordonne l'assaut contre les marins de Kronstadt

le 7 mars 1921.

20 000 soldats de l'Armée rouge avancent et,

derrière eux, pour empêcher leur recul,

les hommes de la police politique, avec leurs mitrailleuses,

se positionnent.

Après 10 jours de combats sanglants, les mutins,

à bout de vivres et de munitions, se rendent à l'Armée rouge.

2 168 marins sont fusillés

et enterrés groupés. Ce sont pourtant les mêmes

qui avaient permis la victoire des communistes en 1917.

Mais la révolte des marins de Kronstadt

oblige Lénine à faire marche arrière. Il dit :

"Nous pouvons revenir quelque peu sur nos pas

"sans détruire la dictature du prolétariat."

Dès mars 1921, Lénine institue la NEP,

initiales de "Nouvelle Politique Economique",

une libéralisation temporaire, mais spectaculaire.

Dénationalisation, fin des réquisitions forcées,

fin du travail obligatoire, rétablissement de l'héritage.

Les paysans peuvent de nouveau librement vendre leurs récoltes.

Les boutiques se remplissent. Moscou recommence à espérer

et à faire la fête.

Les bolcheviques ont besoin d'argent.

Lénine envoie au Politburo,

le 19 mars 1922, la directive suivante :

"Nous devons confisquer les biens de l'Eglise

"et livrer bataille au clergé de la manière la plus résolue,

"écraser sa résistance avec une telle cruauté

"qu'il ne l'oubliera pas."

Lénine conclut :

"La violence est la vérité de la politique."

Les événements se précipitent, au Kremlin.

Les Rolls des dirigeants bolcheviques arrivent.

Le 3 avril 1922,

celui qui est appelé "le meilleur disciple de Lénine", Staline,

devient secrétaire général du Parti communiste. Il est puissant,

mais toujours respectueux de Lénine. Son futur ministre,

Molotov, dit : "On me demande qui est le plus dur,

"Lénine ou Staline ?

"C'est Lénine, bien sûr, c'est lui qui nous a tous formés."

...

Lénine est soudain terrassé, à 52 ans,

par un accident vasculaire cérébral le 25 mai 1922.

Il est à moitié paralysé.

6 mois plus tard, il est victime d'un deuxième AVC.

Le Comité central du Parti

confie à Staline le soin de veiller sur lui.

Staline l'isole et empêche son entourage

d'écrire quoi que ce soit sous sa dictée.

Et l'année se termine par la création,

le 22 décembre 1922,

de l'URSS, l'Union des républiques socialistes soviétiques,

dont l'emblème est la faucille du paysan

et le marteau du prolétariat ouvrier.

...

Cette annonce grandiose et la fin de la guerre civile

laissent espérer un répit,

mais la terreur s'abat de plus belle.

Les fourgons de la police politique

déversent leurs cargaisons de condamnés d'avance.

Le commissaire du peuple à la Justice, Isaac Steinberg,

s'enfuit en Allemagne en 1923.

Il avait dit à Lénine : "A quoi bon un commissariat à la Justice ?

"Appelons-le plutôt 'commissariat à l'Extermination sociale'."

Lénine avait répondu : "Excellente idée !"

Steinberg écrira :

"La terreur, c'est le réseau étroit de la surveillance,

"la police secrète qui observe tous les faits et gestes,

"les provocations, les formes méprisantes,

"humiliantes et douloureuses des interrogatoires,

"les prisons bondées où l'on affame,

"les déplacements de population, les réquisitions,

"les confiscations

"qui frappent les affamés et les épuisés."

Staline porte le cercueil de Lénine.

La veuve de Lénine,

Nadejda Kroupskaïa,

révèle qu'il aurait quand même réussi à dicter un testament

où il aurait dit :

"Staline est trop brutal.

"Je propose aux camarades d'étudier un moyen

"de le démettre de son poste de secrétaire général."

Staline réagit très violemment et oblige, sous la menace,

la veuve de Lénine à publier un démenti dans "La Pravda".

Tous ceux qui portent le cercueil, les fidèles des fidèles,

les bolcheviques de la première heure,

qui chercheront à utiliser ce testament pour écarter Staline,

en mourront.

Le vrai testament de Lénine,

respecté à la lettre par son héritier, Staline,

ce sont ses préceptes :

l'épuration sans fin du corps social,

la traque du parasite, le faux communiste,

infiltré dans les organes du parti-Etat.

La tâche essentielle est de se débarrasser de ces parasites,

des survivants de la maudite société capitaliste.

Pour Staline comme pour Lénine, ce sera la purge permanente.

La lutte contre l'ennemi

ne sera jamais achevée.

Pendant que la dépouille de Lénine est rapidement embaumée,

Staline fait dynamiter le sol gelé devant le mur du Kremlin

pour poser les fondations d'un mausolée,

d'abord en bois puis en granit rouge et marbre noir,

avec une tribune

sur laquelle les tout-puissants dirigeants communistes

viendront dominer le peuple.

Mais le peuple aime Trotski,

et Staline est encore obligé de l'applaudir.

Applaudissements d'une foule.

Une lutte à mort souterraine ne fait que commencer.

Devant le tombeau, les pionniers et les komsomols,

les jeunesses communistes, défilent toute l'année.

Dans leurs rangs, Vassili Nikolaïev pleure.

Il dira :

"Mais comment le grand Lénine peut-il être mort ?

"C'est impossible, c'est un saint !"

Le culte de la personnalité commence.

Staline institue une commission

pour l'immortalisation

de la mémoire de Vladimir Oulianov, dit Lénine.

Et le nom de Lénine est donné à Petrograd, l'ancienne capitale,

Saint-Pétersbourg, qui s'appellera désormais "Leningrad".

1943 : depuis 2 ans, les Allemands encerclent la ville.

Hitler n'a pas su s'emparer du 1er symbole du pouvoir soviétique,

Stalingrad, et il s'acharne sur l'autre symbole, Leningrad.

Hitler dit : "Je raserai cette ville,

"anéantirai sa population. Elle ne se relèvera jamais,

"j'en fais le serment solennel."

C'est l'un des plus longs et des plus atroces sièges de l'Histoire.

800 000 habitants meurent de faim.

Tania Savitcheva,

13 ans, a écrit un petit journal intime

devenu un trésor national russe.

En 9 pages,

Tania résume son calvaire.

"28 décembre :

"Jenia est morte.

"25 janvier : grand-mère est morte.

"17 mars :

"Leka est mort.

"13 avril : tonton Vassia est mort.

"10 mai : tonton Liocha est mort.

"13 mai : maman est morte."

La 10e page ne sera jamais écrite,

parce que Tania est morte d'épuisement.

Les femmes sont en pleurs.

...

C'est toute la souffrance et la résistance du peuple soviétique.

Mais a-t-il une autre mémoire

que celle de la malédiction ?

1925 :

c'est le temps où les enfants de Moscou croient en l'avenir

et acclament les héros de la révolution

réunis autour de Staline, qui marche vers le pouvoir.

Ici, les premiers bolcheviques : Zinoviev,

Kamenev,

Vorochilov,

ou Boukharine, qui se méfie de Staline.

Il dit :

"C'est un intrigant sans principes

"qui subordonne tout à sa soif de pouvoir. Il change de théorie

"au moment où il parle, selon la personne qu'il veut éliminer."

Mais tous s'allient à Staline pour lutter contre Trotski,

toujours soutenu par beaucoup de militants.

Staline, pour supprimer les débats et les contestations,

fait alors donner les cartes du Parti à des prolétaires

descendants de prolétaires.

Ils sont sans instruction, ni formation politique,

mais ils seront toujours reconnaissants à Staline

de leur avoir permis de s'élever dans la bureaucratie.

Trotski est bientôt sifflé et,

petit à petit, marginalisé.

Staline n'a pas encore le pouvoir de tuer ses ennemis.

Mais au bout de 3 années de lutte tenace et de complots perfides,

il obtient

l'exclusion du Parti de Trotski. Staline peut alors l'humilier,

l'exiler dans une république soviétique d'Asie centrale,

le faire filmer

encadré sans ménagement par des policiers, dont le chef, à droite,

pistolet en poche, dirige la caméra.

Staline obtient ensuite du Politburo

que ce fondateur de l'URSS soit accusé d'activités antisoviétiques

et expulsé.

21 décembre 1929 : Staline a 50 ans.

Il est le maître absolu de l'Union soviétique.

Il convoque les caméras au Kremlin devant une statue de Lénine

pour signifier qu'il est son continuateur.

Avec ses hommes de main,

dont le dévouement aveugle est gagé sur leur vie,

Staline peut enfin se débarrasser de la NEP,

la tentative libérale, et se lancer dans la collectivisation.

Dans les couloirs du Kremlin est affiché le quotidien du Parti,

"La Pravda",

avec ce titre en première page : "Un grand salut bolchevique

"au plus grand dirigeant communiste du monde."

20 ans plus tard,

il sera réellement l'un des hommes les plus puissants de la planète.

25 novembre 1943 : Staline prend l'avion pour la première fois.

Il a peur en survolant son Caucase natal. Il se rend à une conférence,

à Téhéran, entre les principaux alliés contre l'Allemagne.

Il est alors assez puissant

pour imposer comme lieu de rencontre son ambassade en Iran,

sécurisée par un bataillon de policiers soviétiques

et truffée de micros.

Staline surprend les témoins :

il boite, et son bras atrophié ajoute à sa démarche d'ours.

Churchill, en uniforme de la Royal Air Force, prend la pose.

La cérémonie d'ouverture de la conférence

commence par l'Internationale,

encore un temps, l'hymne soviétique.

Staline, qui décide seul de tout,

s'est entouré, pour la galerie,

de ses vieux complices : le maréchal Vorochilov et Molotov,

son ministre des Affaires étrangères.

Churchill offre à Staline, au nom du roi George VI,

une épée sur laquelle est gravé :

"Au courage héroïque des citoyens de Stalingrad."

Vorochilov,

par malheur, fait tomber l'épée.

Il jette un regard éperdu à Staline.

Il sait qu'il va se faire insulter

devant tout le monde.

Jusqu'à ce qu'un policier le soulage de son fardeau.

Ensuite,

Churchill et Staline rejoignent le président des Etats-Unis,

Franklin Roosevelt, handicapé et fatigué du long voyage à Téhéran.

Staline cherche à se rapprocher de Roosevelt, qu'il juge,

d'après les écoutes, naïf et malléable.

Staline a besoin d'un appui contre Churchill

au sujet du second front.

Churchill voudrait attaquer par le sud,

prendre les Russes de vitesse et arriver le premier à Berlin.

Mais Staline obtient le débarquement en Normandie,

plus éloigné, pour le printemps 1944.

Roosevelt montre sa sollicitude à Staline pour la photo officielle.

Tous espèrent être présentés à Staline,

comme Sarah, la fille de Churchill.

L'atmosphère est à l'optimisme.

Staline vient de mettre en échec Hitler à la bataille de Koursk.

Churchill dit : "Dieu est aux côtés des Alliés."

Staline répond :

"Le diable est avec moi. Le diable est communiste."

Staline va-t-il devenir le maître du monde ?

Sous-titrage : Vdm

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