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Cet asile de Charenton est bon pour des fous ou les enragés, mais sûrement pas pour
un homme comme moi, n'êtes-vous pas fatigués tous autant que vous êtes de travailler
à mon enfermement depuis si longtemps ?
croyez-vous que le simple emprisonnement d'un homme
dédommage la société des maux qu'il lui a fait ?
ne voyez-vous pas que plus vous me tracasser plus mon esprit s'enflamme et s'enhardit contre ce monde ?
cette prison et vos imbéciles vexations n'auront servi au final qu'à implanter mille noirceur dans ma tête
ah mes amis entrez, entrez, soyez les bienvenus j'ai justement ici
quelque chose de nouveau à vous conter, mais prenez place, prenez place,
c'est le récit d'une histoire peu banale
qui se passe en italie et plus précisément à venise
oh oui je sais qu'aucun d'entre vous ne sait exactement où se trouve
cette ville et car elle occupe une toute petite place sur les cartes, mais
venise semble avoir été inventé pour être la cité idéale
mes amis, fermez les yeux et laissez vagabonder votre
imagination vous la verrez alors cette cité illuminée
lors d'une soirée chaude de juillet 1772 précisément
une cité fait de labyrinthes inextricables
d'enchevêtrement de ruelles et de canaux qui tournent sur eux-mêmes se frôlent
s'évitent,
et se perdent dans la mer.
a venise les quais sont bordés de palais qui vous toisent fièrement du haut
de leur balcon en dentelle de pierre leur mur plonge sans crainte dans l'eau
des lagunes et ressorte badigeonné de jaunes et d'écaillures de briques rouges
pour franchir ces canaux la ville a créé de petites embarcations
noir sans voile dont la proue brandit fièrement une mince lame de fer finement
ciselés et pourrait vous faire croire par leurs forme funéraire
que vous êtes déjà mort pour le reste du monde...
des procurateur dont sa seigneurie Morosini ont manigancés afin
que la compagnie des comédiens français soit autorisée à jouer au théâtre,
alors que le tribunal l'avait interdit, on m'a également rapporté que l'honorable guiseppe
Contini a été vu à sa grande honte
cherchant sous les tables de jeux si des joueurs n'avaient pas laissé tomber
quelques pièces de monaie
j'ai entendu dire aussi que le boulanger valentino vit dans le plus grand
égarements et que personne ne le considère plus comme un bon chrétien
décidément vous prenez goût à notre maison dommage que vous n'y veniez qu'en visiteur
et non en client - mais madame vous savez que je suis venue de l'angleterre
il est vraiment trop mignon
et quel meilleur endroit que venise
ja sais vous êtes un étudiant désargenté qui vient distraire notre petit comité au
nom de l'art et de la beauté, espérons au moins que vous saurez vous
faire discret, - croyez-bien madame que j'apprécie que vous
soyez en "chaleur" avec moi, - vous voulez dire chaleureuse je suppose ?
je ne souhaite pas jeune homme que vous dessinez mon portrait
vous avez tort sir, car je serais peut-être un jour considéré comme un
grand peintre et votre portrait ornera la galerie d'un roi ou d'un prince,
c'est possible tout comme il est possible que vous finissiez oublié de tous,
n'avez-vous donc rien de plus heureux à
faire dans l'existence que de hanter chaque soir cette maison
les filles y sont charmantes et elles acceptent parfois de poser nu pour moi
à titre gracieux j'imagine ?
il y a aussi une jolie fille que j'ai en amour et qui a aussi moi en amour
une prostituée amoureuse d'un de ses clients
on aura tout vu dans cette ville il ne manquait décidément plus qu'un
amoureux transi venu tout droit d'angleterre pour finir de corrompre la
république de venise !
parlez-moi fort s'il vous plait et ne dites rien à madame la tenancière
bonsoir comte
messieurs bien le bonsoir, ah venise quel endroit extraordinaire
c'est plein d'escaliers dérobés de portes secrètes, de petit logis clandestin
dont la jalousie elle même ne découvrirait pas les mystères
cette ville est vraiment à la hauteur de sa réputation elle est bien le lieu de tous les plaisirs,
n'est-ce pas messieurs que cette maison
est aussi la maison du plaisir ?
n'est-ce pas monsieur ?
croyez vous que je sois ici pour cela, - ai-je bien entendu monsieur et pour quel autre raison
seriez-vous dans cette maison de prostitution alors ?
à moins qu'un jeune éphèbe aux fesses
encore bien serrées serait plus à votre gout, ou l'une de ses bêtes dociles
qui ne craignent point les assauts des hommes - vous m'insultez monsieur
monsieur comment d'ailleurs je ne crois pas que nous n'ayons jamais été présenté
je suis le comte de mazan
est-ce là votre vrai nom ? - évidemment comte de mazan colonel
de cavalerie au service du roi de france - je n'ai pas entendu dire qu'un bataillon
de l'armée française campait aux alentours de venise
je voyage ici dans la république disons à titre privé
quelques affaires de famille à régler
vous voyagez seul monsieur ?
Qu'est-ce ? - les droits que je vous donne sur ma personne
anne vous m'inquiété et vous m'enfiévrez à la fois
je jure à monsieur mon amant de n'être jamais qu'à lui, de ne jamais...
voulez-vous bien vous taire ce n'est pas un monde entier que j'écris ces mots mais à vous seul.
de lui faire le sacrifice de ma vie de mon amour de mes sentiments avec la même
ardeur que je lui fais celui de ma virginité
Anne, mon petit ange
je crois que je vous aime
mais oui c'est bien vous mon ami ma vue n'est plus aussi bonne qu'autrefois mais
il me semblait bien que cette silhouette bondissant d'arbre en arbre ne m'était
pas inconnu - baronne mes hommages, - depuis le temps que nous ne nous sommes
vu comment vont vos enfants ? - Fort bien merci
et rené pélagie votre femme ? - aussi bien qu'il soit possible
la beauté ne l'a pas pourvue aussi bien que vous mais cependant n'oubliez pas
que votre femme est votre meilleur allié bien entendu je vous parle en amie,
oui je sais combien vos conseils m'ont toujours été précieux
Ceci dit, j'espère que vous me ferez l'honneur d'une visite moins formelle un de
ces jours prochains, si vos nombreuses sollicitations vous en laissent le loisir
si je le puis je n'y manquerai pas baronne,
à bientôt donc cher monsieur, - serviteur
vous voyagez seul monsieur ? - non je voyage avec ma femme
mais que je sache nous ne sommes pas ici au tribunal des inquisiteurs mais bien
dans un sérail à la turque non ? - vous avez raison comte, et
veuillez pardonner mon impertinence mais beaucoup d'étrangers se réfugie à venise
pour fuir les méfaits qu'ils ont commis dans leur pays quand ce ne sont pas les
anti royalistes français qui viennent ici pour fomenter leur révolution
chaque habitant se doit donc d'être vigilant
admettons, admettons !
vous gouteriez bien un verre de vin messieurs ? - merci et à votre bonne santé
jeune homme, car pouvoir boire tout son saoul et faire l'amour sans viser à la
propagation n'est ce pas ce qui nous différencie des
autres bêtes - la propagation, what is it ? - euh, c'est la reproduction des espèces
vous voulez parler de la loi naturelle - la propagation n'est certainement pas une
loi de la nature elle n'en est qu'une tolérance
la nature a-t-elle eu besoin de nous pour créer d'autres espèces, diable non,
quand il n'y aura plus un seul homme sur terre le monde n'ira pas moins comme il va !
nous jouissons de ce que nous trouvons mais rien n'a été créé pour nous,
misérables créatures que nous sommes naissants et mourants comme des animaux
nous nous avisons pourtant d'avoir de l'orgueil - de l'orgueil ? oui de cet orgueil qui nous empêche
de voir qu'en remontant du singe des bois qui n'est qu'une espèce particulière
d'homme jusqu'aux plus primitive des peuplades pour arriver enfin jusqu'à notre
civilisation
nous serions bien obligé d'admettre que nous descendons tous du plus vil des
animaux, - lequel ?
le SINGE !
je sais combien cette réflexion est désobligeante pour l'humanité mais
n'est-elle pas moins vrai pour autant
pourquoi vous dites tout cela à moi my Lord ?
parce que tu as l'air d'être le moins stupide
de tous les individus présents dans cette maison, - oh vous êtes trop gentil !
gentil, moi ? c'est bien la première fois que j'entends quelqu'un dire de moi que je
suis gentil !
La roue de la fortune
tu peux me passer le miroir ?
j'ai une idée, nous allons prendre l'argent du comte ! - de quelle manière ? - Par la ruse !
ce conte de Mazan est vraiment des plus surprenants ! - hier il s'est vanté
devant moi qu'il n'était pas comte, - Ah bon, mais qui est il alors ? - il est mieux que cela
il serait marquis ! - Un marquis français ici à venise sans que le conseil des dix en
soit informé c'est improbable,
quel est son vrai nom ? - il ne me l'a pas dit
il m'a juste confier qu'il voyageait avec sa belle-soeur...
qu'il fait passer pour sa femme !
Crois-tu jeune homme que nous payons ces filles pour qu'elles se figent en statue
de sel, le temps que tu finisses tes
gribouillages. - Oh que c'est beau
oui pas mal pas mal mais c'est quand même pas avec un
croquis aussi simpliste que tu escomptes payer les services des pensionnaires de
cette maison ? - bien sûr que si, - jamais elle ne te
donneront une lire pour ce dessin, - elles non, mais vous sûrement - moi et pour
quelles raisons ferais-je une chose pareille ?
Par galanterie pas noblesse de cœur, par générosity, que sais-je encore ! - aucun de ces
sentimentalismes ridicules n'est connu de moi
alors peut-être vous préférez vous jouez le prix de ce dessin aux cartes ?
mais les cercles de jeux sont prohibés dans la république de venise
mais les interdits ne semble pas vous effrayer comte !
insolent personnage que ce diable d'anglais qui sait comment me tenter et
et à combien fixons nous le prix de la partie ?
30 sequins ! - 30 sequins, rien que
cela, insolent et redoutable en affaire en
plus, et à quel jeu de cartes proposes tu que nous jouions ? - la plus simple et la
plus mystérieuse du monde mélanger les cartes,
tirez une carte et je vous dis ce qu'elle représente le plus chanceux sort gagnant
placez-vous bien dans la lumière, comte pour voir mieux la carte
je vois,
je vois, two ladies, very différentes
et entre elles un homme hésitant, incertain,
vers quelle femme va porter mon cœur, mon âme, et mon… pénis !
insolent personnage, redoutable en affaires et finaux avec cela !
mais il me plaît comme il est ! - le dessin est à vous
my Lord
ces gravures érotiques son diablement inspirantes
je jure à mon amant de n'être jamais qu'à lui
comme une bête féroce cet homme ne peut jouir qu'en faisant frémir sa compagne,
de lui faire le sacrifice de ma vie de mon amour et de mes sentiments
toutes ces griffures
sur mon corps afin que cet homme assouvisse
sa perversion
avec la même ardeur que je lui fais celui de ma virginité
le déchirement de ma virginité ne fut que douleurs
et humiliation
quelle honte d'être
ainsi mortifiée par celui à qui j'avais offert mon corps et mon esprit toute confiance
mais que faites vous là mademoiselle ?
allons allons Anne levez-vous,
vous n'allez pas rester toute la nuit allongée par terre ?
si monsieur voyait cela sa colère pourrait être terrible
Allons, ne faites pas l'enfant, venez,
nous allons nettoyer tout ce sang
et en suite vous retournerez vous couchez sagement avec lui
sans faire d'histoires d'accord anne ?
j'admire que c'est beau
vous les garçons comment pouvez vous trouver cela beau ? C'est vilain !
it's exciting d'imaginer pénétrer vous par cette petite fente à moitié cachée,
pour moi c'est devenu quelque chose de banal
n'as tu jamais revé partir d'ici partir loin vers un autre monde
for example en angleterre avec moi
non
ces choses là ne sont pas pour nous,
j'ai ma famille ici mes amis
l'amour c'est surtout bon pour ce qui ont de quoi vivre
les autres ils doivent tout faire pour survivre
toute cette histoire me déplaît et demande une enquête approfondie
l'ambassadeur de france m'apportera probablement un début de réponse sur le
bonhomme.
vous êtes hors de france ici ma chère au delà des alpes dans une ville cernée
par les eaux personne ne vous y sait, vous êtes soustraite à vos amis
à vos parents vous êtes comme morte à leurs yeux
alors ne venez pas vous plaindre d'exister encore grâce à l'attention et
à l'affection que je vous porte - pourquoi saupoudré vous constamment vos
propos d'une dose de cruauté - n'avez vous pas remarqué que la cruauté
loin d'être un vice est le premier sentiment qu'imprime en nous la nature
l'enfant brise sans hochet, mord le téton de sa nourrice étrangle son oiseau
bien avant que d'avoir l'âge de raison
croyez moi à ma chère il est temps pour vous de laisser de côté votre chimérique
colère et de prendre du plaisir quand votre âge vous le permettez encore
la longue litanie de vos reproches me devient de moins en moins supportable
mon ami, - alors évitez moi de vous commander constamment de la tempérance,
de la soumission et une abnégation totale de vous-même pour
n'écouter et que mes désirs qu'ils soient votre unique loi volez au devant d'eux,
prévenez les mais surtout ne les juger pas non pas que vous ayez beaucoup à
gagner avec cette conduite madame mais parce que vous auriez beaucoup à
perdre en ne l'observant pas !
tu veux voir quelque chose d'amusant ? - oui
on dirait qu'il gobe des mouches
je peux le montrer aux autres ? - non non non non
vraiment mesdemoiselles vous ne savez qu'inventer pour me retenir en votre
compagnie
une contrariété comte ? - non juste un mauvais rêve
c'est fou comme cette ville
peut-être étouffante en été, - un peu d'air frais comte ? - c'est bien aimable à vous
madame de songer à ma santé je voudrais vous dire que je vous trouve encore très désirable
comment dois-je interprété le mot "encore"
qui accompagne votre compliment comte ? - pourquoi prenez-vous comme une chose
désagréables le désir que j'ai de jouir de vous ? - vous n'êtes pas raisonnable
sachez pourtant madame que j'aurais de quoi vous satisfaire
je n'en doute pas un seul instant et croyez moi je m'y connais en hommes !
vous n'êtes pas comme cette jeune innocente de mon village de lacoste qui le
lendemain de ses noces se plaignit à sa famille que son mari n'avait pas de quoi
la satisfaire, alertées ses tantes et ses soeurs se réunir dans la maison et au
dessert l'époux étala au vu de toutes ce qu'il portait dans la culotte,
"mesdames, voilà de quoi il est question y a-t-il une d'entre vous qui soient moins
bien servis que cela chez elle ? " Non assurément reprirent toutes les femmes
il semblerait que cette petite pécore soit folle de n'être pas contente d'un
tel met, alors la jeune femme leur répondit en pleurant : "comment voulez-vous que je sois contente de cela ?
mon mari vient d'avoir 30 ans et ne peut guère montré plus gros que les quatre doigts de la main
alors que le petit ânon qui n'a pas encore un mois
en a déjà plus gros que le bras !"
Bien le bonsoir maestro galuppi, il y a
bien longtemps que nous ne vous avons vu ici
oui je le regrette croyez moi mais d'autres préoccupations sont venues
assombrir une existence déjà douloureuse
souhaitez vous que je vous servent un rafraîchissement ? - pas tout de suite dans
un moment, laissez moi d'abord reprendre mon souffle - comme il vous plaira
good evening, sir
j'ai eu si chaud en montant ces escaliers de malheur, merci jeune homme merci
Ah les musiciens ! il ne manquait plus que vous
ça suffit
Julia, ma chérie, n'ai pas peur je suis là c'est moi ton grand-père
cet enfant travaille-t-elle ici ? - vous vous méprenez comte cette jeune fille est
l'enfant naturel de l'une de nos pensionnaires qui l'élève au mieux
qu'il soit possible, - en l'obligeant à vivre dans une maison de prostitution ?
ce monsieur est maestro galuppi il est le grand père de la fillette et pourra vous
certifier que l'enfant ne subit aucune contrainte dommageable à sa jeunesse
c'est d'autant plus dommage que cette fillette aurait peut-être fait une
parfaite pensionnaire,
vous n'êtes donc habité par aucune morale monsieur ?
la morale est une drogue amer pour laquelle l'homme à un dégout naturel
c'est à proprement parler une pilule qu'il n'avale qu'à contrecœur,
est-ce à l'aide d'une telle philosophie de bazar que vous escomptez détourner nos jeunes
gens d'un tel lieu de perdition ? - qui peut mieux détourner les jeunes gens d'aller
au bordel que de leur faire un tableau sincère de tout ce qui s'y passe
et pour y réussir ne faut-il pas emprunter aussi le style
des putains qui vivent et ne pas rechigner à utiliser les termes de con, vit, foutre,
mais monsieur devant une enfant ces mots n'ont pas leur place,
les mots qui passent chez vous pour sales et obscènes sont pourtant l'instrument et l'organe de la
nature humaine les philosophes païens on a fait des
divinités leur mythologie nous dépeint priape sous la figure d'un phallus monstrueux
et Venus sous celle d'un sexe féminin voluptueux
si votre imagination s'en trouve salie monsieur c'est à cause de votre
soumission aveugle à une morale chrétienne qui ne devrait plus avoir cours
quel mérite auraient eu les hommes si Dieu ne leur avait pas laissé la
liberté de faire le bien et celle d'éviter le mal ?
Ainsi, si l'on vous en croit monsieur dieu a voulu tout faire de travers pour
éprouver sa créature, il ne la connaissait donc pas, ne se doutait-il pas
par avance du résultat qui peut comprendre les voies infinies de dieu qui
peut comprendre tout ce que nous voyons surement pas vous monsieur
venez maestro galuppi vous voyez bien que votre place n'est pas ici partez rassuré sa mère
prendra soin de l'enfant comme elle l'a toujours fait depuis le décès de votre fils
Sorry to bother you, êtes-vous il signor Baldasarre galuppi ?
pourquoi cette question jeune homme ? - j'admire ce compositeur
c'est pourquoi je vous demande si vous n'êtes pas cet homme-là,
qu'admirez-vous donc chez lui ? - sa musique, monsieur
elle est si typique de l'esprit de venise
si profonde, - comment connaissez-vous sa musique ? - elle fut longtemps joué en
concert in London, j'ai eu l'honneur de l'entendre quand j'avais 16 ans
cette soirée m'a laissé un souvenir inoubliable,
vous me remémorer jeune homme des souvenirs dont je n'ai plus le coeur à parler
vous voudrez bien m'en excuser
bonjour mon fils je voulais te donner des nouvelles de Julia,
oui aujourd'hui j'ai vu ta fille elle va bien elle est entre de bonnes mains
que dis tu ?
j'ai l'air exténué, oui j'ai dû ferrailler avec un goujat un de ces
nobles français de la pire espèce qui se croient tout permis même de professer l'abject
mais je ne veux pas te faire de peine mon fils
continue de reposer en paix entre les bras de dieu
nous nous reverrons bientôt
l'ennui me guette
personne pour proposer un amusement
vraiment personne ? - voudriez vous entendre une poésie
monsieur - une poésie et pourquoi pas ?
oh
n'étant pas très portés sur la chose
pensez vous tripoter cette chose veuillez m'excuser si je vous vexe, mais
est ce là ce qu'on nomme un sexe masculin je précise car en vérité que je vous dise
c'est la première fois de ma vie que je me trouve face à un vit !
n'est ce pas là tu en conviendras un jeune homme une poésie bien troussé ah je vois
que le poète vénitien Zorzi Baffo a fait des émules jusque dans cette maison,
en tant qu'amoureux des muses ne dois je dois à mon tout renchérir a pareilles
provocation en improvisant quelques vers rimés,
alors voyons, voyons cela,
puis-je vous servir d'inspiration comte ?
ma jolie, voyez-vous plutôt que ses vers doux,
j'eusse attendu de vous une autre invitation
usée donc de vos lèvres non plus pour ces mots mièvres
mais pour grandir la fièvre d'un sexe en érection
car quelles que soient nos vices
qui ne sont que délices
vous êtes au service
des joies de nos pénis !
alors la jeune femme en pleurs leur répondit comment voulez vous que je sois contente ?
ce malotru de mari ne peut pas montrer plus de 4 doigts
alors que le petit ânon en a déjà plus gros que le bras ! - comte ? - oui
une dame se présentant comme votre femme est ici elle demande à vous voir,
ma femme ici à venise c'est impossible - vous nous avez pourtant affirmé qu'elle
voyageait avec vous - moi ? - une pareille visite semble vous contrarier comte
ou plutôt devrais-je dire marquis, car c'est là votre vrai titre de noblesse, n'est ce pas monsieur
qu'est ce qui vous permet d'affirmer cela ?
Votre ambassadeur de france il m'a révélé qu'un certain donatien alphonse François
marquis de sade vient d'être condamné à marseille pour
empoisonnement et sodomie, mais qu'étant actuellement en fuite
la sentence n'a pu être exécutée, - comment cela, moi, condamné ?
à ceux qui invoque l'exemplarité j'oppose que la peine de mort n'a jamais
réprimer le crime puisqu'on le commet chaque jour au
pied de l'échafaud faire mourir un individu qui en a tué un autre est un
mauvais calcul puisqu'il résulte au final qu'au lieu d'un homme ce sont deux
qui périssent
l'ambassadeur ajoute même que l'individu
s'est échappé avec sa belle soeur qu'il fait passer pour sa femme légitime
cela ne vous rappelle-t-il pas quelqu'un en particulier ?
vous affirmez vous jugez vous concluez monsieur, mais que savez vous de la
nature exacte des griefs qui me seraient reprochés
croyez-vous qu'il ne s'agit que d'être condamné pour être déjà criminels ?
non, il ne s'agit que d'avoir des ennemis puissants qui veulent vous anéantir
en réalité l'état tue par raison et non pas par esprit de justice, en s'abaissant
à cela, l'état se rend coupable d'un meurtre institutionnel accompli de sang
froid que rien ne saurait justifier - il n'empêche que votre ambassadeur de
France… - Ah mais je vois bien que j'ai tort de chercher à vous redresser sur ce point
monsieur et mon injustice est aussi grande que celle d'un homme qui
entreprendrait de prouver à un cochon qu'une crème à l'eau de rose vaut
mieux que de la merde - je n'ai pas le pouvoir de vous mettre aux arrêts marquis
mais sachez que dès demain, je rendrai compte à votre ambassadeur de
france de votre présence ici à Venise - allez y monsieur, et ensuite faites-moi
parvenir le prix de votre délation que je vous paierai comptant !
ce misérable petit espion à la solde du tribunal inquisitorial s'était crut plus malin que moi
ce jean-foutre, ce dépuceleur de nourrice fraîchement sorti de la boue, osez me juger moi
le marquis de Sade !
combien de fois dois-je vous ordonné de ne pas chercher à savoir où je me rends
la nuit, ne vous ai-je pas consigné dans votre chambre et défendu par toute
l'autorité qu'un amant peut avoir sur sa maîtresse de mettre le pied dehors sous
quelque prétexte que ce soit ? et pourquoi portez-vous ce chapeau et ce masque
ridicule ? pensez-vous que ce déguisement fera croire à quiconque dans Venise
que vous êtes un garçon ? - peut-être auriez-vous intérêt à
rechercher l'anonymat tout comme moi car l'inconscience dont vous faites preuve en
fréquentant ces maisons public au vu et au su de tous, ne peut qu'attirer
l'attention sur votre personne, - et s'il me plait à moi de vivre au milieu du danger
je ne mange jamais mieux ni ne dort jamais plus en paix, que quand je me suis
suffisamment souillé dans ce que les sots appellent des crimes
mais nous autres libertins pensons que la sagesse ne consiste pas à réprimer ses vices parce
que les vices constituant l'unique bonheur de notre vie ce serait devenir son
propre bourreau que de vouloir les réprimer - mais quelle sorte d'homme être vous donc
monsieur ?
Né libertin, impie, débauché et féroce,
je n'ai parcouru le monde que pour en connaître les vices et ne les ai pratiqués
que pour mieux les raffinés,
cette existence que je mène et que vous blâmez madame, est
mon unique consolation, j'y tiens plus qu'à la vie, je ne suis pas le maître de la changer
et le serais-je que je ne le ferai pas !
après vous ma chère, puisque dans cette ville la galanterie a encore cours,
vous qui semblez tout savoir mieux que quiconque
lisez donc ce que l'on écrit en france sur votre affaire édifiez-vous,
on apprend que dans une ville de province un homme de qualité au mépris des
devoirs que l'on doit à la société se serait fait un barbare plaisir de distribuer
à des femmes des pastilles au chocolat dans lesquelles entrait une composition
à forte dose de mouche cantharide, miction qui en aurait mis plusieurs
au tombeau, - c'est faux, - le marquis de sade qui s'est enfui de marseille après y avoir
fait mourir plusieurs personnes à l'aide de pastilles empoisonnées, vient d'être
condamné par contumace à avoir la tête tranchée et son valet à être pendu puis leurs corps brûlés
pourquoi un honnête homme comme moi se verrait condamner pour une
fille public une putain ?
cette plaisanterie marseillais
dont l'unique inconvénient aurait été, tout au plus la mort d'une entraineuse, ne saurait être
considéré comme un crime pour des gens de ma condition
puisque vous me parler d'écrits, madame, dois-je vous remettre en mémoire votre serment ?
mais regardez et écoutez : "je jure à monsieur le marquis de sade mon amant de
n'être jamais qu'à lui ne jamais ni me marié ni me donner à d'autres
de lui être éternellement fidèle et attachée de lui faire le sacrifice de ma vie de
mon amour et de mes sentiments avec la même ardeur que je lui fait celui de ma
virginité,
je jure de le suivre à venise où il veut mener, d'y vivre éternellement avec lui comme
sa femme je lui permet en outre de faire
tous l'usage qu'il voudra contre moi de ce serment si j'ose enfreindre la
moindre clause par ma volonté et mon inconscience", et le tout signé de votre propre
sang, l'auriez vous oubliez mlle de Launay ?
mais que me reprochez vous au juste ne vous ai-je pas donné tout ce à quoi je
m'étais engagé, nous ai-je pas offert ma virginité
mon renoncement au couvent
j'ai trahi ma sœur et ma famille pour vous,
et en remerciement voilà ce que vous m'offrez, de vivre dans le quartier le plus
infament de venise et d'être traitée plus mal que vos putains, mais si vos putains vous
plaises tant, allez donc la retrouver
non non, ce passage est mal écrit cela n'a pu se passer ainsi,
non c'est impossible
j'ai trahi ma sœur et ma famille pour vous
il est vrai, vous vous êtes offerte à moi sans retenue en toute confiance
et je n'ai su que vous blâmer et vous chargez de propos assassins,
j'entends votre repentir monsieur mais dans le même temps je sais que n'ayant pu faire votre bonheur
il me reste plus qu'à mourir, j'attendrais patiemment que votre
affaire de marseille soit terminée
et ensuite au tombeau
et c'est là que se pose le point final de toute cette
aventure vénitienne mes amis,
puis-ce ce récit vous rendre plus sage
je ne regretterais pas alors toute la peine que j'ai eu à l'écrire pour la postérité
rentrez dans vos chambre, mes amis
quant à moi tous ces bavardages m'ont épuisés
ne pourrez-vous jamais me pardonner
tout le mal que je vous ai fait
mon cher amour ?
vous étiez ce que j'avais de plus précieux dans la vie,
de plus sincère, de plus heureux
pourquoi ne l'ai-je pas réalisé plus tôt ?
Par quelle perversion de l'âme sommes nous passer du rire aux larmes
à présent il est trop tard
le plaisir ne ramènera plus à Venise
il ne faut point être vieux à Venise,
si l'on y mène la vie de son âge, on la mène triste
et abandonné,
et si l'on veut faire le jeune homme alors qu'on ne l'est plus
on y est indécent et ridicule !
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