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Allô ?
Ah ! Tu vas bien ?
Ton estomac ?
Tu n'as plus d'aérophagie ?
C'est bien.
Non, je suis désolé.
Je suis désolé, mais j'ai un dîner.
Oui, je suis invité à dîner chez une amie.
Je te ferais remarquer que c'est toi qui as insisté pour aujourd'hui.
Hein ?
Écoute, maman, ma petite maman...
Non, n'insiste pas,
sinon je vais être obligé d'être plus ferme, et ça m'ennuierait.
Hein ?
Je suis sûr que tu t'es encore tiré les cartes aujourd'hui,
qu'elles étaient mauvaises,
et que tu as décidé qu'il ne fallait pas partir.
Alors c'est très simple: tu ne viens pas.
Ne viens pas à Paris, c'est pas la peine. Moi...
Maman, maman, mais...
Non, je ne suis pas méchant.
Je veux simplement que tu viennes aujourd'hui, et non demain.
Parle plus fort, je t'entends mal.
Mais tu n'es pas chez Mme Thibaut ?
À la cabine ?
Bon. Ne crie plus, je t'entends.
Très bien.
Oui, je sais, oui.
J'ai tous les péchés de la terre à me faire pardonner,
et c'est pour ça que je t'ai préparé un lit bien propre, bien beau...
Hein, mon petit Gino ? Avec des draps tout frais.
T'es contente ?
Dis...
T'es gentille, oui.
Voilà.
Parfait.
Ne prends pas trop de bagages.
Pour une nuit, c'est pas la peine.
À 16 h 30, près de la locomotive, comme d'habitude.
Ma...
Maman...
Maman, ne recommence pas, sinon nous n'en sortirons jamais.
Si tu veux me dire quelque chose, tu remets une pièce.
Ah bon ? Alors ne te baisse pas, tu vas te faire mal aux reins.
Bon. Ben, ne les finissez pas, tant pis.
En plus, c'est mal fait. Je suis désolée, c'est mal fait.
Non. Là, je suis pas d'accord avec vous.
Absolument pas.
Oh, merde.
Ben, ou vous me refaites tout, ou alors...
Si vous voulez. Ça me gêne pas du tout.
Au contraire. Du moment que c'est fait.
Oui, elles sont déjà commandées, d'accord, mais...
Oui ?
Mais qu'est-ce que t'as ?
Je sais pas, j'ai dû forcer un peu sur la bière. Je sais pas.
- Bonjour. - Bonjour.
- Tu permets ? - Oui, oui.
J'ai pas beaucoup de temps à te consacrer. Je révise.
J'ai pas pu t'apporter tout aujourd'hui.
Mais je te donne le reste la semaine prochaine sans faute.
Je sais pas...
Emprunte à ta mère.
C'est pas le moment. Elle fait repeindre les chambres.
Tu m'avais promis une somme par mois. Je comptais dessus.
À 20 ans, tu pourrais commencer à te débrouiller toute seule, non ?
Maman et moi, ça fait 15 ans qu'on se débrouille sans toi.
Bon. Pour la fac, je ferai ce que j'ai promis.
Je le ferai.
Mais ce sont mes arriérés d'impôts. Tu comprends ? Je donne tout.
Je fais jamais ce qu'il faut, je comprends pas.
Je comprends pas.
Tiens, je vais chercher Gino à la gare.
Elle voudra te voir.
Je lui téléphonerai.
Bon. Ben, au revoir, alors.
Au revoir.
Le prochain venant de Troyes est à quelle heure ?
Il est à 17 h 32.
17 h 32. Merci.
Allô, madame Thibaut ? Bonjour, c'est Pierre.
Pourriez-vous regarder par votre fenêtre si ma mère est là ?
Ah, les persiennes sont fermées.
Vous l'avez pas vue sortir ?
Non ?
Non, non, je suis pas inquiet.
Mais si jamais elle rentre,
vous seriez gentille de me téléphoner.
Oui. Merci. Merci beaucoup.
Au revoir, madame Thibaut.
10 litres, s'il vous plaît.
Oui ?
Pourriez-vous ouvrir la porte de la maison de ma mère ?
Je m'inquiète pour elle.
- Vous êtes passé au commissariat ? - Non.
- Allez-y d'abord. - Ah bon ? Merci.
Je respire. J'avais peur de la trouver évanouie.
- Quel âge a-t-elle ? - 81 ans.
Elle se plaint toujours,
mais en fait, elle est solide comme un roc. Entrez.
Elle a de la famille ici ?
Non. Elle est veuve. Elle n'a que moi.
Je dois faire ma déclaration tout de suite ?
Oh non. Vous allez la retrouver, sinon vous passez au commissariat.
- Je vous dois combien ? - 100 francs.
- Vous prendrez bien quelque chose ? - Non.
Je suis pressé.
Vous pouvez passer par là.
- De toute façon, je ferai un rapport. - Bien. Au revoir.
Ni son manteau, ni son sac, ni ses chaussures
ne sont dans son armoire.
Donc elle est sortie de chez elle pour aller à Paris.
Ma mère et moi, nous nous aimons beaucoup, commissaire.
Rien ne compte plus pour elle que nos rencontres.
Il a dû lui arriver quelque chose.
Vous avez une photo d'elle ?
Oui.
Vous n'avez rien de plus récent ?
Mais cette photo date de 6 mois.
Bien. Nous allons faire une enquête.
Mais j'ai mon travail à Paris.
Je vous tiendrai au courant. Votre numéro de téléphone ?
Merci.
Deux personnes pour la 20...
On est complet, je regrette.
Au revoir, madame.
Oui ?
Tu as bien dormi ?
J'arrive.
J'ai révisé qu'un tiers du programme.
Tu dis ça à chaque fois.
Quand je pense que, dans 2 ans, je vais être dans l'administration.
Allez.
- J'ai une tête à gérer la merde ? - Sois gentille, ne bouge pas.
J'en ai marre de jouer les bonnes élèves rassurantes.
Grand-mère Gino est à Paris. Il faudrait que je la voie.
J'ai pas le temps.
Cette action va de pair avec une politique monétaire ferme
et une restriction de la consommation intérieure
qui a pour corollaire une limitation de la hausse du pouvoir d'achat,
un blocage des salaires.
Il s'agit, en valeur relative, d'une régression des salaires
qui a pour effet un maintien des profits d'entreprises
aux dépens des travailleurs.
Quelle note vous pensez que je vais vous mettre ?
- Le maximum. - Vers le haut ou vers le bas ?
Mettons vers le haut.
Monsieur Delonet !
Monsieur Delonet !
- Tu t'es déguisée en bourgeoise ? - Ta gueule !
Fachos de service !
On a des comptes à régler avec toi !
On s'occupera de toi plus tard.
Ces mecs me font peur.
- T'inquiète pas. T'es libre ce soir ? - Non.
- Demain ? - Non plus.
Fais pas la tête, Marc. Moi, en ce moment, ça va pas.
- Oui, je sais, je t'ennuie. - Mais non.
Je suis trop tendre.
Bon, allez. Ciao.
À bientôt, Marc.
Je t'aurai.
Je t'aurai.
Nous avons interrogé les amis de votre mère, les voisins...
sans résultat.
Elle s'est volatilisée, alors.
Il y a tellement de personnes qu'on ne retrouve jamais.
Donc pour vous, l'affaire est classée ?
Non, le dossier n'est jamais fermé.
Le disparu n'est déclaré décédé qu'au bout de 7 ans.
Une vieille dame, ça compte pas pour vous.
Je veux croire que c'est votre peine qui vous rend injuste.
J'ai là quelques photos d'une personne âgée trouvée morte.
Je vous préviens, c'est une vision assez pénible,
mais je suis obligé de vous les montrer.
Si vous ne voulez pas les regarder,
est-ce que quelqu'un d'autre peut le faire à votre place ?
Non. Non.
C'est pas elle.
- Vous en êtes certain ? - Absolument.
Je cherche ma mère. Vous ne l'auriez pas vue ?
Non.
Merci.
Vous n'auriez pas vu cette dame dans le train mardi dernier ?
Je recherche ma mère.
Vous ne l'auriez pas vue mardi dernier ?
Vous n'auriez pas vu ma mère dans le train mardi dernier ?
Je recherche ma mère.
Vous ne l'auriez pas vue dans le train mardi dernier ?
Vous n'auriez pas vu cette dame dans le train mardi dernier ?
Vous n'auriez pas vu cette dame dans le train mardi dernier ?
Monsieur, c'est ma mère.
Vous ne l'auriez pas vue mardi dernier dans le train pour Paris ?
Non.
- Vous êtes certain ? - Oui.
Vous n'auriez pas vu ma mère mardi dernier dans le train ?
- Regardez bien. - Non, j'en suis sûre.
Vous n'auriez pas vu cette dame ? C'est ma mère.
Non.
Elle s'est perdue mardi dernier dans le train.
- Vous êtes de la police ? - Non, pas du tout.
On m'a demandé de vous dire de ne plus aborder les voyageurs.
Vous comprenez ?
Je peux vous fournir quelques renseignements.
C'est vrai ? Ben, dites-moi.
Venez là-bas, nous serons plus tranquilles.
Asseyez-vous.
J'ai besoin d'un peu d'argent en ce moment. Ce sera 500 francs.
Foutez le camp.
D'accord.
Bien. Ça ira.
J'ai vu votre mère dans le train au départ de Troyes mardi dernier.
Décrivez-la-moi.
Elle portait un manteau vert foncé, elle avait un chapeau beige
et elle avait un grand sac.
Un sac comment ?
Un sac en crocodile.
Ben oui, c'est ça. Il n'était pas sur la photo.
Donc vous dites vrai. Ensuite ?
Elle était bien maquillée. Je suis montée juste derrière elle.
Ensuite, elle s'est installée dans un compartiment à côté du mien.
Elle y est restée jusqu'au départ du train.
Après, j'ai plus fait attention.
Le train s'est arrêté pendant le parcours ?
Oui. Il s'est arrêté 1 minute en rase campagne.
Vous viendriez avec moi au commissariat ?
Oui. J'ai juste un billet à prendre. Je reviens tout de suite.
Bien.
Bon. Elle était dans le train.
Pour téléphoner, je vous prie.
Merci.
Allô, Amélie ?
J'avais envie de bavarder un instant avec toi.
Parle un peu plus fort, je t'entends pas.
Tu te sens pas bien ?
Ta mère n'est pas là ?
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Je reconnais pas ta voix, Amélie.
Mais parle, nom de Dieu. Mais parle, parle !
- T'as prévenu ta mère ? - Elle n'est pas là.
Si elle était là, ça changerait rien. Je veux voir personne.
Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
"Pour graver dans ma mémoire, pour rester lucide,
"3 barres de Mars, 2 bouchées à la reine, une quiche...
"une pomme, 2 œufs au plat...
"une brioche, un petit pain au chocolat...
"un chocolat chaud, un gâteau aux pruneaux,
"un financier, 2 mousses à la crème de marrons...
"un gros paquet de gâteaux...
"un cornet de glace vanille noisette chocolat...
"une plaque de chocolat au lait noisette, une quiche...
"une barre d'Ovomaltine, 3 barres de pâte d'amande...
"100 g de noisettes grillées salées...
"un Carambar, 2 Malabars...
"2 Malabars...
"une pomme, un plat de spaghettis à la bolognaise, du pain...
"du camembert, 2 cuillérées de confiture, 60 g de cacahuètes..."
T'as bouffé ça en combien de temps ?
Laisse tomber.
Allez, dis-moi.
Je sais pas. J'essaie de comprendre.
Ça a l'air con de vouloir l'expliquer.
Je crois que c'est ma révolte.
Comment tout ça a pu tenir dans ton estomac ?
Je dégueule des bureaucrates, les salauds et tout ça...
Je sais que c'est bête...
mais quand je lis un journal, je devrais me battre...
Je mange, je mange, je les dégueule tous.
Je dégueule le monde.
- T'essaies de te détruire ? - Non. J'essaie pas de me détruire.
Je veux juste un moment où je...
où je voudrais disparaître, construire autre chose.
Construire quoi ?
Une société sans rapports marchands.
Je comprends pas, merde.
T'es pas moche, t'es pas idiote,
tu travailles, tu peux réussir.
Réussir dans la société, je m'en fiche.
C'est des clichés, ça.
Tu te bats contre des moulins à vent.
C'est pas des moulins à vent, mais des forteresses.
Mais...
C'est pas une raison, Amélie.
C'est vrai, c'était pas très efficace de manger.
Allez, lève-toi. On va aller se promener.
Fais-moi plutôt un Alka-Seltzer.
Ils sont dans le placard, au-dessus du lavabo.
Et Gino ?
Parlons pas de Gino aujourd'hui.
M. Rivière, s'il vous plaît.
Au 2e étage, porte 20. Prenez l'ascenseur à gauche.
Sur votre demande et celle de la police de Troyes,
nos agents de surveillance des voies ont procédé
à un examen des abords du ballast.
La recherche n'a donné aucun résultat.
Si elle avait disparu sur un bateau entre Le Havre et New York,
je comprendrais, mais là, dans un train,
qu'il soit impossible de retrouver le corps...
Ils ont fait le maximum.
Alors qu'aucune déposition prouvant qu'elle était dans le train
n'a été enregistrée.
À moins qu'on ait laissé une portière ouverte...
Non. Quelqu'un s'en serait aperçu et l'aurait refermée.
Et le suicide, non... Ma mère, non, impossible...
C'est pas avec ses 50 kilos et ses 80 ans
qu'elle aurait pu ouvrir une portière.
Une agression, alors.
Peut-être qu'on l'a attaquée, elle s'est débattue,
et on l'a poussée dehors.
Mais c'est pas ça qui compte, je veux la retrouver.
Je vais donc partir à pied entre Troyes et Paris
le long des voies.
Vous n'y pensez pas ?
Vous n'obtiendrez jamais l'autorisation.
Cette idée est irréalisable. C'est totalement impossible.
C'est quoi ?
C'est ton autorisation pour aller sur les voies.
Entre.
Ça alors, rien n'a bougé ici.
T'as du travail en ce moment ?
Oui, c'est un flamand du XVIe. C'est un travail délicat,
et en plus, c'est un client difficile.
Chapeau !
Comment t'as décroché ça ?
C'est par les cousins de l'oncle de maman.
Tout seul à chercher, tu vas mettre un temps fou.
Si quelqu'un t'accompagne, tu iras beaucoup plus vite.
Je viens avec toi.
Je te remercie.
Mais enfin...
T'embarquer dans cette histoire...
Il me semble que c'est mon problème.
Tu veux pas de moi, quoi.
- T'en as parlé avec ta mère ? - Oh, elle...
Elle peut pas comprendre un truc comme ça.
Faut pas dire ça. Faut pas dire ça, Amélie.
J'étouffe ici.
Je sais.
Mais j'ai plus envie de courir après Gino.
Je préfère imaginer qu'elle est dans un coin,
qu'elle vit sa vie.
Elle reviendra peut-être un jour.
- Interdit de marcher sur les voies. - Attendez.
Ça va être costaud.
Bon. Alors ça, c'est la voie de Paris,
mais elle a pu tomber à droite ou à gauche.
Alors toi, tu cherches là, et moi, là.
- Amélie, tu regardes en traversant. - Je vois.
Amélie, fouille plus en profondeur !
Occupe-toi de ton côté.
Elle a peut-être rebondi.
Si elle a rebondi, elle s'est pas envolée à 20 m.
Elle était très légère.
Allez, fouille plus loin.
C'est pas large.
Oh, oh !
Oh, oh !
Dis donc, si deux trains se croisent...
Bon. Fais le tour, et je te rejoins.
Tu vas rien voir, c'est tout noir.
Bravo. Passe-la.
- Non. Je viens. - Mais non, c'est trop dangereux.
Alors pas de lampe.
Mets ton sac.
Et passe-moi quand même la lampe.
Qu'est-ce que tu fais ?
J'entends la révolution socialiste arriver au galop.
Moi aussi, je l'entends.
Viens, dépêche-toi. Viens !
Allez, passe devant !
Allez, viens !
Amélie ! Si elle est tombée dans la rivière,
il faudrait suivre les berges
sur plusieurs kilomètres.
Attends.
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10.
Bon. Cette rivière fait, disons, 20 m de large,
il y a 180 km entre Troyes et Paris, ça fait...
Attends, laisse-moi faire le calcul...
Tu as 1 chance sur 8000 pour qu'elle ait chuté là.
Elle est peut-être sur une rive dans les roseaux.
Pierre !
Pierre !
Regarde, une hirondelle. Elle est encore toute chaude.
Laisse ça.
T'es bien ?
Toute la journée, j'ai eu peur de tomber sur elle.
Je me suis senti vieux, tout d'un coup.
J'ai plus personne derrière.
Je suis le passé, moi.
Et moi, je suis plus l'avenir ?
C'est formidable d'être le présent.
Bof...
J'étais bien au chaud, moi, entre toi et la vieille.
Pourquoi tu m'as jamais présentée à tes copines ?
- Elles étaient pas marxistes ? - Ah non, non.
Tant mieux pour elles. Tu vois où ça me mène.
La dernière, elle s'appelait comment ?
Elle s'appelle Anne.
Genre la trentaine avec la peur de vieillir ?
On peut rien te cacher.
Tu dois pas être un cadeau
avec ta façon de filer entre les doigts.
Mais j'ai jamais aimé que ta mère.
T'es peut-être pas un amoureux.
Ah si, si.
Mais je sais pas aimer.
J'ai toujours peur que ça s'abîme...
d'où mon ulcère.
T'en souffres plus ?
Non. Depuis mon opération, non, c'est fini.
Allez.
Dors maintenant.
Gino.
Gino.
Reviens.
Reviens.
Reviens.
Gino !
Maman !
Maman !
Reviens !
Maman !
Gino !
Maman, reviens !
Maman, reviens !
Reviens !
Reviens !
Gino !
Maman !
Maman.
Reviens.
Maman, reviens !
Reviens !
Maman !
Maman !
Messieurs dames.
Bonjour, madame.
- Qu'est-ce que vous prenez ? - Moi, un Viandox.
- C'est quoi, un Viandox ? - C'est de la viande liquide.
Un chocolat.
Excusez-moi. L'hôtel, c'est loin d'ici ?
Au prochain carrefour.
Merci, madame.
C'est bon, j'en prends souvent, moi.
Merci, madame.
- Les WC, s'il vous plaît ? - Là-bas.
Je voudrais des gâteaux.
- Combien ? - 5.
Il y a que ça ici.
J'ai faim, moi. Je suppose que toi, non, hein ?
- Tu m'as regardée ? - Je t'ai vue acheter les gâteaux.
J'ai pris les plus dégueulasses.
Moi, en pension, les gâteaux, ça me disait rien.
- J'en mange presque jamais. - Me dis pas ça, ça m'aide pas.
Je me tais.
Les gâteaux, on m'en donnait pour me consoler.
Maman travaillait, toi, t'avais quitté la maison.
Je rêvais de vous réunir, maman et toi.
Moi aussi.
Rien qu'en me pliant en deux, je peux vomir.
Si c'était pas douloureux, je m'éventrerais.
Fallait pas venir.
Je voudrais t'aider.
Ici, je peux pas, c'est même le contraire.
Je demande rien.
Quel orgueil !
Tu veux pas savoir d'où vient mon orgueil ?
Si, mais pas maintenant. Allez, sortons.
Non. Je vais te le dire et tu vas m'écouter.
Fallait que je me débrouille toute seule...
Ça va, ça va...
Non, ça va pas. Tu vas pas te défiler une fois de plus.
Pas ici, les règlements de comptes.
- Faut que je téléphone. - À qui ?
- À Tom. - Qui c'est, Tom ?
C'est mon amant, il habite New York.
Tu vas pas appeler New York d'ici ?
S'il vous plaît, madame,
je voudrais téléphoner aux États-Unis, à New York.
Ça coûte 17 francs la minute, et je vais téléphoner 1 minute.
- Essayez. - Merci.
Hi, Tom. How are you doing ?
Fine.
Yeah.
Out of town with my father.
So, when are you arriving ?
Only by the 23rd.
OK.
Yeah.
You know I look forward to see you.
Yes, sure.
I miss you too.
Bye.
Moi aussi.
Bonjour.
- Vous pouvez nous loger ? - Il me reste qu'une chambre.
- Il y a deux lits ? - Oui.
Merci.
Ben alors, t'attends quoi ? Tu veux que je me retourne ?
- Moi, je vais prendre ce lit. - Pourquoi ?
Parce que je veux lire.
Elle peut pas être sur le viaduc. Pas la peine d'y aller.
Si, comme ça, on verra mieux en bas.
Ensuite, on descendra et on fouillera ?
Oui, ne courons pas le risque de la laisser derrière nous.
Ce serait bête de continuer dans le vide.
Voilà un train. Je vais mettre une pièce.
Tiens, prends un peu l'air.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? - C'est Léopold.
Léopold ?
Oui, ça fait 2 ans que je l'ai. Je l'ai trouvé dans une laitue.
J'ai pas pu le jeter à la poubelle.
Ça a un drôle d'aspect.
Il est tombé du haut d'un frigo, mais il s'en est très bien remis.
Tu manges lentement, c'est bien.
Oui, comme ça, j'ai l'impression de manger beaucoup.
- Ça vit combien, ce truc-là ? - 6 à 7 ans.
Ça fait du 4 m à l'heure.
Et nous, on fait du combien ?
Oh, nous, ma vieille...
On verra.
Mais elle était vieille, Gino.
T'étais pas prêt à ce qu'elle s'en aille ?
Non.
Moi, ça m'arrive de penser à la mort des gens que j'aime.
Je me prépare.
Ça te dirait de te fiancer, Léopold ?
- Amélie, t'as trouvé quelque chose ? - Non.
Amélie, quand je suis venu t'apporter de l'argent,
dans la rue, j'ai eu un malaise.
Tu te souviens, je me suis passé de l'eau sur la figure.
Je sais ce que c'était. Il était quelle heure, à peu près ?
- Un peu avant 16 h. - Oui, c'est ça.
Gino a pris le train à 15 h pour arriver à 16 h 30 à Paris.
Elle est tombée au moment où j'ai eu mon malaise.
Ça, c'est une intuition géniale, mais géniale !
- Tu dérailles. - Mais non, je déraille pas.
Que faites-vous là ? Vous avez pas le droit d'être là.
Nous avons une autorisation.
Faut dégager tout de suite.
On fait des photos pour la SNCF.
Tu les prends avec quoi, ces photos ?
J'ai mal au dos. Attends-moi.
Arrête de râler, maintenant.
Amélie. Amélie, t'es là ?
Oui.
J'ai discuté avec le chef de gare.
Et...
Il a été très compréhensif.
À 15 h 45, au moment où je me suis évanoui,
le train de Gino est passé au point kilométrique 85.
Au point kilométrique 85.
C'est à 40 km d'ici. Demain, je loue une voiture.
Le plus extraordinaire,
c'est que j'ai mis des jours à déchiffrer le message.
Ta mère se tirait les cartes, et toi, t'as des visions.
Gino me l'avait dit. Elle m'avait dit:
"Je veux pas venir aujourd'hui. Je viendrai demain."
Et moi, j'ai insisté.
C'est ma faute, Amélie. Ma faute.
Elle était de la campagne, Gino.
Elle avait un 6e sens.
Et moi, je la comprenais pas.
Ça t'intéresse ou pas, ce que je te dis ?
Cette fierté que j'ai pour elle, je suis seul à l'éprouver.
Je peux la partager avec personne. Ça fait mal d'y penser, non ?
- Je descends prendre un café. - J'ai pas fini.
La parapsychologie, la culpabilité, ça ne m'intéresse pas.
- Je te dis de rester. - Non.
- Tu comprends rien à la vie. - J'ai de qui tenir.
T'es qu'une conne !
Ça suffit comme ça, je rentre à Paris.
Amélie !
Mais quelle emmerdeuse, quelle saleté !
Le prochain train pour Paris, s'il vous plaît.
Paris, Paris...
Il arrive en gare à 36.
Départ: 30...
30...
37, mademoiselle.
- Il n'y en a pas avant ? - Non, pas avant 1 heure.
- Je peux m'asseoir ? - Pourquoi pas.
Un Perroquet ! Et vous ?
- Une tomate. - Une tomate !
Vous êtes égarée ou quoi ? Que faites-vous dans ce trou ?
Je cherche ma grand-mère.
- Oui, oui, "ma grand-mère"... - C'est pas des blagues.
Comme le Petit Chaperon rouge ?
C'est calme chez vous. Vous n'avez pas de clients ?
Je suis debout depuis 6 h du matin.
On bosse ici, faut pas croire. Et pour gagner des clopinettes !
Qu'est-ce qui vous fait rire, là ?
Pourquoi vous travaillez pas dans le Midi ?
Curieuse, hein ? Vous êtes parisienne ?
Oui.
Et vous faites quoi, sans indiscrétion, comme métier ?
Je suis étudiante.
Oh, les études, ça me plaît, ça. C'est mon rêve.
Si tu savais ce qui m'attend...
Oui. Mais les diplômes, ça aide, surtout pour une fille.
Tu m'imagines dans un bureau,
à prendre des décisions qui te concernent ?
J'ai pas envie, moi.
Pourquoi pas ? Moi, avec toi, ce que tu veux, quand tu veux.
Tiens, voilà mon rendez-vous.
Ah, voilà le grand méchant loup.
Bon, ben...
- Non, c'est pour moi. - Ça me fait plaisir de payer.
Bon. Ben, peut-être qu'on se reverra un jour.
Qui sait ?
C'est du pastis avec de la grenadine.
C'est bon ?
Ça doit être meilleur avec de la menthe.
- T'as les joues toutes roses. - J'ai pas l'habitude.
Je suis désolé.
De temps en temps, j'ai besoin d'être brimée,
sinon je suis insupportable.
- Ton train est à quelle heure ? - 37.
J'ai téléphoné à mon client. Va falloir que je rentre aussi.
Si tu pars, tu y penseras tout le temps et tu reviendras.
Je sais pourquoi je deviens idiot.
Il y a des moments dans la journée où je crois qu'elle est morte,
et puis il y a d'autres moments où je me dis non,
qu'elle vit sa vie.
Arrête. Ça m'étouffe de t'entendre répéter tout ça.
Bon, d'accord.
Pourtant, ça m'a fait du bien d'être avec toi.
Je t'ai découvert.
Ça peut m'aider à trouver une solution.
Tu vois, à Paris, je calais vraiment comme une vieille deux-chevaux.
Et moi, je regardais trop dans ton rétroviseur.
T'as qu'à me faire un enfant. C'est peut-être la solution.
Alors là, là... Alors là...
Faudra me payer cher pour être ton mec. Très cher, même.
Amélie...
Le train à destination de Paris va partir.
Attention au départ.
Dommage, je l'ai raté.
Je t'ai pas vue dormir souvent, toi.
C'est dommage.
Hein, ma douce ?
J'étais empoté.
Je t'emmenais au parc Montsouris.
Tu me fourrais des cailloux et des marrons dans la poche.
En rentrant chez moi, je les rangeais dans un tiroir.
Je les ai toujours, ces petits souvenirs.
Des cailloux...
et des marrons.
Je peux avoir le téléphone ?
Oui. Le monsieur est parti, il revient cet après-midi.
Oui, je sais. Merci.
Amélie ? Tu pourrais appeler plus souvent.
Comment ça se passe ? Je suis inquiète.
Tes copains te cherchent partout. Ton ami Marc a été arrêté.
Il est en garde à vue pour 48 heures, pour coups et blessures.
Évidemment que c'est un cas de légitime défense.
Il faut absolument que tu viennes aujourd'hui. C'est urgent.
Ces imbéciles n'arrêtaient pas de menacer Marc.
- Bonjour. - Bonjour.
C'est bien d'être venue.
- C'est pour mon témoignage. - Je sais. Asseyez-vous.
Ne vous inquiétez pas pour Marc. Je peux l'aider.
Mais j'ai un petit problème à résoudre.
Vous, les étudiants, je sais pas très bien où vous situer.
Il faudrait me donner des précisions pour mon rapport...
Écoutez, je suis là pour faire ma déposition,
alors je vous prie de prendre ma déclaration maintenant.
Qu'est-ce que tu leur as raconté ?
- La salope cafte aux flics ! - Pour sauver son Marc !
On la rosse.
Ce n'est qu'un avertissement.
Gino !
Ils me le paieront.
- Il faut que tu restes. - Non, c'est hors de question.
- J'ai pas besoin de ça. - Mais si.
- Tu as le temps de t'allonger 2 min. - Non.
Très bien.
- Tu viens ? - Bien sûr.
Ça fait longtemps que tu l'as pas vu ?
Ah oui.
Poivre et sel, maintenant.
- Et l'œil ? - Toujours aussi bleu.
Il est là.
Hé !
- Je t'ai vu ce matin. - Eh ben, j'aurais mieux fait...
Tu es là, toi.
J'ai raté mon train. Elle m'a accompagnée.
J'ai personne à la réception cette nuit, je reste un peu.
Comme d'habitude.
- C'est à toi, ça ? - Oui.
C'est la 1 re fois qu'on est tous les trois ensemble.
C'est sympa, non ?
- Tu bois quelque chose ? - Je peux pas.
Ah bon ?
Bon. Ben, je te raccompagne.
Merci de l'avoir accompagnée.
C'était simple.
Comment va Jean-François ?
Il a pris un magasin, boulevard Saint-Marcel.
Pour moi, je crois que...
J'espère en tout cas que...
en ce qui nous concerne, je vais commencer à m'y faire.
C'est bien.
- Je t'embrasse. - Je t'embrasse.
- Faites attention tout de même. - Oh, évidemment.
Excusez-moi.
- Elle a changé de voiture. - Eh oui.
Et alors ?
Ben alors, j'ai fouillé partout, les buissons, les roseaux...
J'ai rien trouvé, quoi. C'était une rude journée.
T'inquiète pas.
Pas question d'arriver à la gare de l'Est, sac à dos, bredouilles.
Tu nous vois un peu ?
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Costaud, ma journée, aussi.
"Pierre ?
"Pierre ?"
"Maman ?"
"Tu as encore oublié de mettre ta planche.
"Si c'est comme ça que tu comptes guérir ta scoliose..."
"Maman...
"il est plus de 3 h du matin."
"Pour que tu t'en souviennes, pour que tu n'oublies pas...
"Pour que ça te serve de leçon.
"Tu n'iras pas au football jeudi."
"Non...
"Maman, s'il te plaît, pas ça...
"Tiens, je vais mettre ma planche tout de suite, comme ça,
"elle aura le temps de me faire de l'effet jusqu'à demain matin."
"Non...
"Tu n'iras pas au football jeudi."
"Arrête de faire le singe." "Mais je ne fais pas le singe.
"Je ne fais pas le singe.
"Allez, bonne nuit, Gino."
"Pourquoi tu m'appelles Gino ?"
"Comment veux-tu que je t'appelle ?"
Attendez.
- Bonjour. - Bonjour.
Bonjour.
On vous connaît, maintenant. Vous n'êtes pas photographes.
Je pense souvent à vous.
J'inspecte pas seulement la voie. Je regarde autour, dans les fourrés,
partout.
C'est gentil, ça.
Bon. Ben...
peut-être à bientôt.
Sans doute, oui.
Au revoir, monsieur.
- Bonne continuation. - Merci.
- Pierre, j'ai envie de rentrer. - Non, pas tout de suite.
- Je prendrais bien un peu de vin. - T'es sûre ?
Moi, j'adore le train.
L'avion, je déteste.
J'ai peur, j'ai les mains moites, je m'accroche au fauteuil...
Je prends jamais l'avion.
Mais le train, c'est épatant.
On rencontre des gens, on voit de beaux paysages par la fenêtre.
Tu n'aimes pas ?
Si, si.
Moi, j'ai assisté à la fin des machines à vapeur.
Les voyageurs arrivaient tout noirs avec des escarbilles dans les yeux.
Les femmes allaient se refaire une beauté.
Et les conducteurs de loco avaient des gueules de mineurs de fond.
J'ai vu des voyageurs aller serrer la main au conducteur à l'arrivée.
Pour moi, le chemin de fer,
c'est lié à la Résistance pendant l'Occupation.
J'ai vu un film très fort là-dessus.
Des cheminots attaquaient un convoi allemand.
Cet amas de wagons enchevêtrés comme ça, c'était...
c'était vraiment magnifique, et puis...
et puis terrible aussi.
Vraiment bien.
Oui, la Résistance, résister, ça m'a toujours passionné, moi.
C'est ce que tu fais, toi aussi, tu résistes.
On est bien ici, hein ? C'est bien.
Je me sens mieux.
C'est fini.
- Qu'est-ce qui est fini ? - Notre voyage. Je l'ai trouvée.
J'ai trouvé Gino cet après-midi. J'ai pas pu te le dire.
Oh là là, comme c'est dommage.
Alors...
À Gino, alors.
À Gino et à nous.
Mange, s'il te plaît.
Gino.
Gino...
Reviens.
Reviens.
Maman.
Maman.
Reviens.
Maman !
Maman !
Maman !
Maman !
Reviens !
Gino.
Sous-titrage: ECLAIR
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