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Original subtitles

SILVESTRE

C'est de l'or fin.

- Année prospère, Matias ! - D'autres suivront.

L'abondance comme la lune décroït si elle ne croït pas.

Tu en as le souffle coupé...

Certes !

En vous servant, ce n'est pas sur mon bien que je veille.

Je croYais.

Vous avez déjà vu D. Paio ?

Le bruit court qu'il a doublé ses fûts et le pain.

- Doublé ? - Oui.

En voilà du labourage.

On a semé et pousse le blé !

Riche pitance aux Yeux d'un vieillard.

Vos Yeux ne sont pas malades.

Mais tant d'hivers sur le dos...

Et toujours plus froids !

Le vieux loup s'en sort mieux dans la bergerie.

Oui... Mais il ne fait plus fuir que l'agnelle.

Et qu'elle est belle... Pour notre bonheur !

Bonheur, sans nul doute.

Elle a poussé cet été.

Rien ne l'égale alentour.

Rien, Matias... Un tel trésor est unique !

Belle à tenter le démon.

À l'encorner aussi.

Quelle injure au ciel que ne pas la marier dignement !

Il n'est ni trop tôt ni trop tard.

Louanges sans beau mariage,

c'est laisser flétrir une riche demoiselle.

Voilà une dent qui ne mordra pas ma Sílvia.

Il faut vous marier, ma fille...

D. Paio de AYres vous conviendra.

Il est riche...

Très riche et dissipé.

Il se peut que, dans son nouvel état,

il ne vous offense point.

Mais s'il vous offense,

vous aurez toujours raison et meilleur gré

dans votre amour et votre entente.

De l'honneur de votre tenue, je n'aurai aucun doute.

Car, plus que fidèle à votre mari,

vous le serez à ces vieux os.

Abattage de grand luxe. Le cochon va en procession.

- Et tout ligoté. - N'est-ce pas le saucisson ?

Oui, bien ficelé. Regardez la graisse qui goutte...

Violacé et plein comme une outre.

Ô débâcle de la nature !

Tant d'hommes de compagnie pour un sac à pets !

Il arrive...

SoYez le bienvenu.

Reposez-vous du voYage.

À votre mine, il a dû être long.

Les perdrix grignotées en route sont mal passées.

Mais j'ai chié, ça va mieux.

Belles châtaigneraies, et tendres chênettes que voici.

Sueur de mon front, mon fils !

Rafraïchissez-vous de cet épuisant trajet.

Sans oublier le jambon qu'on va m'apporter.

Hors la chatte, il n'est meilleure odeur que celle du fumé.

Vous êtes chez vous... Le vin vous plaït-il ?

Parfait. Le jambon est du meilleur.

L'addition n'est pas salée.

Du sanglier. C'est notre Matias qui l'a tué.

Mangez et buvez. Je vais voir Sílvia.

Rien ne presse. Moi, je m'assaisonne avec mes gens.

Ne reste pas bouche bée ! Ouvre le bahut et montre les cadeaux.

Matias, sers-toi.

Mesdemoiselles, vous n'en voulez pas un bout ?

Une bouchée qui fond dans la bouche ?

J'ai déjà mangé, monsieur.

Peut-être, mais vous n'avez pas grossi.

C'est la demi-sœur de mademoiselle.

Demie du père ou de qui les lui a plantées ?

De D. Rodrigo. Il en remontre encore à bien des morveux.

Plaisanterie n'est pas offense. Demi-portion, oui.

Et la fiancée sera aussi de moitié ?

Près de l'os, la chair est plus tendre.

Je ne dirai pas le contraire.

Ce qu'il faut, c'est égaYer son esprit

tandis que la panse repose.

Fille, prends donc cette coiffe !

- Elle se montre farouche... - Ne te fais donc pas prier.

Et ce n'est qu'un début.

Pour madame, c'est plus distingué.

- Palpez donc cette richesse. - Je suis trop vieille pour danser !

C'est vendange tant qu'on ne lave les paniers...

Ils sont lavés depuis longtemps !

Demande à ta femme qui lui grignote le raisin.

Paix dans la maison.

À Matias, de la bure pour une belle veste.

Foulée comme aucune autre.

Si pâle figure ne mérite pas de vous déranger.

Laisse-moi te l'essaYer,

te la serrer...

Regarde, Matias... Ça étincelle !

Pointe tes seins, fillette. Le miel dore mieux au soleil.

Ne sois pas timide, tourterelle. On est en famille.

Il faut une couleur vive pour le plaisir des Yeux.

Voilà la fiancée.

Ma fille, Sílvia.

On m'a souvent chanté vos qualités... Je n'ai pas été trompé.

- Je vous la confie, mon fils. - Elle sera servie en bonnes mains.

Laissez-moi exprimer ma gratitude pour une si généreuse hospitalité

en achevant de distribuer ces modestes présents.

Pour vous, que je tiens déjà pour ma sœur,

ces fines dentelles. Observez la délicatesse du travail...

Pour une fée, broderie de fée.

Comment vous remercier de tant de bonté ?

Vous le saurez en son temps, petite sœur.

Pour vous, mon père, cette veste de la lointaine...

... Venise.

C'est trop luxueux pour un paYsan en ces bruYères

mais je vous promets qu'elle brillera à vos noces.

Enfin, le cadeau pour la fiancée.

J'étais dans l'embarras, le fiancé est le meilleur cadeau pour la fiancée,

à qui siérait une fleur qui l'enflamme. J'ai apporté cet anneau.

Simple mais précieux...

Je le mets à votre doigt gracieux.

Je le garderai, monsieur.

Aucune de vous ne m'aide à finir ce morceau ?

Nous n'avons pas encore faim.

- Pas même une aile ? - Vous ne faites rien que mâcher ?

Quand je dors, je m'arrête.

Sinon, sitôt éveillé, mon ventre a besoin d'être rempli.

Pour les gallinacés,

toute ma dévotion va à la cuisse.

Je la roule comme ça entre les doigts.

Et, juste à sucer,

il ne reste que l'os.

Votre sœur est maigrelette...

- Mais elle ne plie pas. - Vous me croYez borgne ?

Les seins ne manquent pas.

Et elle roule bien des hanches.

- D. Paio ! - Laisse, Sílvia. Il est un peu fou...

Demoiselle respectable n'a point d'oreilles.

Ce n'était pas méchanceté, mesdemoiselles...

Je n'ai pas reçu de noble éducation

et n'ai jamais connu demoiselles de votre condition.

- Et aux autres, que disiez-vous ? - Peu de choses...

Ma langue s'embrouille et je ne dis que:

"Oh, fille, mets-toi à l'aise."

- Et elles le font ? - Bien oui, et pourquoi pas ?

- Et vous allez vous marier ! - Que oui...

Mais c'est à voir avec votre père. Il a décidé de tout.

Vous ne voulez pas ?

Oui, mais je vois bien que mon lard ne plaït pas à Mlle Sílvia.

On dit toujours: Au crapaud, la grenouille.

Vous vous faites trop d'idées.

SoYez tranquille : Je saurai honorer les engagements de cette famille.

Dieu vous entende !

Pour moi, je veux emplir cette terre de petits D. Paio...

Maintenant que D. Paio nous a quittés pour un temps,

que le calme est revenu en cette maison,

il faut vous annoncer mon départ pour la cour.

Quelles épreuves vous attendent ?

Aucune...

Je désire que le roi honore vos noces de sa présence, ma fille.

Je partirai à l'aube.

Je laisse la gouverne de la maison à ta sœur, elle en a l'habitude.

Si le temps ne vous joue pas de tour, c'est une année d'excellent vin.

Les grappes deviennent de l'or.

J'espère revenir pour les vendanges mais s'il devait en être autrement,

ne négligez pas les travaux du pressoir.

Je pars fier de toi. Tu as ma confiance.

Partez tranquille, mon père. Tout ira pour le mieux.

Je le crois.

N'ouvrez à personne.

Les chemins sont pleins de gueux

et vous n'êtes pas bien gardées.

Votre bénédiction...

Je vous bénis, et tous ceux de ma maison...

Susana, veille sur ta sœur.

Épargne-lui les fatigues.

Allez en paix, monsieur. Que Dieu vous accompagne !

Veillez au sel, œil sur le bétail,

et verrou la nuit.

Réveille-toi, Sílvia.

- Si nous allions à la rivière ? - Il Y a des chemises à laver...

Allons à la rivière.

Je pourrais mourir d'amour, oh oui...

Tais-toi. Personne ne meurt d'amour.

- Tu as lavé les langes, sœurette ? - Oui.

- Et les chemises ? - Elles sont blanches.

Je pourrais mourir d'amour, oh oui...

Tais-toi, poule molle ! Que ta mère te marie !

- Et le sang sur la chemise, sœurette ? - Il est parti. C'est tout blanc...

- Bon mariage, c'est ainsi. - Je pourrais mourir d'amour, oh oui.

Lave, mauvais augure !

Ton ami est joYeux ? Il joue du pipeau ?

Tu pleureras encore mais tu ne mourras pas.

Il te faudra laver le lait des hommes et du nouveau-né, comme les autres.

Il ne manquait que lui.

Il entre et sort et pas de loup pour le manger.

- La musique change... - Y en a-t-il une meilleure ?

Dis-moi donc, je t'ai vue la nuit. Ton père te tuera.

- S'il le savait ! - Ta mère le sait.

Elle se tait. Qui lui lave les langes et lui garde ses rejetons ?

Tais-toi, langue bien pendue ! Tu attires la lèpre.

- Des amours, j'en ai... - Et qui n'en a pas ?

Tu parles comme si tu étais la seule.

Et je suis seule.

Malheureuse, quel amoureux voudra de toi ?

Regarde la chemise, que le vent te l'emporte...

... que la rivière te l'emporte.

- Laisse... Des amours, j'en ai. - Malheureuse !

Quelle est cette lumière qui rend étrange la lumière ?

Jamais le jour ne m'a paru si calme.

Calme, avant quoi ?

Avant la nuit.

L'air est immobile et sombre.

- La nuit ne viendra peut-être pas. - Jésus !

Laisse pour le jardin les histoires sombres.

Rien n'effraie comme le silence quand il n'Y a pas d'homme à la maison.

Tais-toi.

Tu entends ?

Non, rien...

Les murmures du jour qui tombe.

Où tombe le jour, sœurette ?

Dans la nuit qui enfantera un autre jour...

Ta peur me fait peur.

On a toujours quelque peur. Le cœur est obscur.

Quelqu'un vient...

Qu'il vienne avant que ne vienne cette nuit.

Notre père a dit de n'ouvrir à personne.

Je suis un pèlerin, madame. Un voYageur.

Béni sera le toit qui m'accueillera...

- Le gïte et le pain. - Pauvre homme...

- Il a l'air de craindre Dieu. - Mais l'air farouche aussi.

- Laisse-le entrer, chère sœur. - Le gïte et le pain...

Venez, car la nuit vient.

Le Seigneur soit loué et vous bénisse.

- Vous venez de St. Jacques ? - Je viens de Compostelle.

Vous cheminez depuis longtemps ?

Qu'avez-vous vu ?

La peine des hommes et la ronde des étoiles...

Et des miracles, des choses rares ?

Oui.

Et le sang du Christ répandu sur les chemins.

Quelle douleur !

Que Dieu nous épargne de tels tourments !

Le Seigneur saura vous protéger.

Vous êtes sage.

Vous devez être fatigué et sans patience pour nos questions.

Demandez toujours. Questionner, c'est cheminer.

Nous avons vu peu de monde par ici.

Il n'Y a qu'un monde qui, à la lumière d'un visage, les réfléchit tous.

Vous pouvez vous reposer ici, cette nuit.

SoYez bénies !

Je partirai à l'aube pour les terres lointaines.

Quel chemin suivrez-vous ?

Le chemin des étoiles.

Que le Seigneur soit avec vous.

Auparavant, prenez ces oranges.

Pour votre bonté.

Elles sont des terres brûlantes, doux fruits de la lumière.

Dieu vous paie un si précieux cadeau.

Ma sœur et moi allons nous retirer.

Susana, ma sœur, réveille-toi !

Quel profond sommeil

et quel air heureux, si sourd et aveugle à mon angoisse !

- Ouvrez. Rendez-moi la lumière. - Quelle lumière ?

- La main... - Elle luit ?

Elle luit mais ne brûle pas. C'est main bénie.

- Ouvrez ! - Ce doit être main du diable.

Non. Ouvrez si vous voulez savoir.

Passez la main par la lucarne et je vous la rendrai.

SoYez bénie.

Jésus ! Tu es pleine de sang !

Tu as été blessée, chère petite sœur ?

Et cette main qui traïne là ? Sainte Vierge !

Tu l'as coupée au fil de l'épée ?

Horreur...

Malheureuse qui n'ai pu t'aider à cause de l'orange endormeuse.

Et celle qu'il t'a donnée ?

Je vois bien que tu n'en as pas mangé.

C'est Notre Seigneur qui l'a voulu pour notre salut à toutes deux.

Holà ! Dans la maison ! Ya-t-il eu quelque malheur ?

Nous avons entendu des hurlements de loup et de loup-garou.

Tranquillisez-vous, ce n'était rien. J'ai entendu aussi.

Sans doute le vent, rien de plus...

Il Y a des traces de sabots.

Des cavaliers, venus s'abriter de la bourrasque

et repartis pour n'avoir pas vu de lumière.

Il Y a du sang dans le patio.

Ouvrons l'œil, cette maison n'est pas repaire de bêtes.

Allez, mes amis. Merci de veiller sur nous.

Mon père saura votre zèle.

Allez en paix, vous agitez le sommeil de ma sœur.

Reprends-toi, Sílvia. Ils sont partis.

Ce qui est fait, est fait.

Dis-moi qu'il n'Y a pas eu vilenie. C'était un songe.

Mon âme est en sang, Sílvia.

Ne reste pas muette.

Parle-moi.

Dis-moi que rien ne s'est passé. Rien.

Je te l'ordonne !

Pardonne-moi, je ne sais plus ce que je dis.

Tu es glacée.

Laisse-moi te coucher.

Pour l'amour de Dieu, parle !

Ouvre-moi ton cœur.

Je n'ai pu te venir en aide en un moment si terrible...

Je ne me suis aperçu de rien

comme si la mort m'eût tenue embrassée.

Que dira le père à te voir prostrée comme si tu avais vu le malin ?

Je l'ai vu.

- Tu en es sûre ? - Comme de moi-même.

Ne me touche pas.

Je ne veux plus jamais entendre un mot sur ce qui s'est passé.

Ce qui est passé est passé.

Ne me touche pas. Je t'en supplie, ne me touche pas.

Sílvia ! Père est arrivé !

Tu veux m'ébouillanter ?

De l'eau froide !

Oui, voilà. Ça suffit.

Vous m'avez lavé de la poussière des chemins

et des flagorneries de la cour.

Regardez, ma petite Sílvia,

elle sent encore le pressoir.

Que votre retour m'est doux, père.

Je vois que le voYage s'est bien passé.

Oui, mieux au retour qu'à l'aller.

Un vieux loup ne se sent bien que près de sa tombe.

- Que s'est-il passé ici ? - Rien, mon père.

Les travaux et les jours. Nous vous apportons le vin nouveau.

Donnez-le moi !

VoYons si le vin de la fille fait tourner la tête du père.

Ciel !

Avec une telle maison, un homme peut mourir en paix.

Nous en arroserons tes noces.

De l'union de deux maisons honorables

ne peut naïtre que plus de prospérité pour nous tous.

Assis à cette table,

jouissons en bonne harmonie du calme de cette heure.

Que vienne l'hiver,

mais sans rigueurs.

Que m'emporte la mort, mais en sainte paix.

Ils sont à vous...

Ils sont à vous, les fruits que j'ai semés.

Avant qu'à jamais mes Yeux ne se ferment,

je ne veux que la joie de voir près de moi,

un fils de vous.

Tranquillisez-vous, père, nous vous donnerons toute une nichée.

Je vous fais confiance.

À la santé de D. Rodrigo !

Longue vie à D. Rodrigo !

La vie appartient aux jeunes.

- Buvons aux fiancés ! - Aux fiancés !

Entrez et mettez-vous à l'aise, monsieur.

Excusez le dérangement. J'arrive d'un long voYage.

Vous arrivez au bon moment. La table est dressée.

Ce serait offense que de me dérober.

En terre étrangère, fais ce que tu vois faire.

Nous sommes rudes mais lavons notre visage.

Prenez de ce porc.

Porc divin. C'est offense à Dieu que de ne pas Y goûter.

Et de ce chevreau ?

Ce n'est point nourriture que je recherche.

Remplissez-lui un verre, mon fils.

Vin de ma Sílvia.

C'est un vin doux et chaud.

Parfumé comme aucun autre.

- Il a l'âme de qui l'a fait. - Entends-tu, Sílvia ?

Ma petite pomme en a rougit.

À l'obligeance du chevalier, je puis juste répondre

que vanter les mérites d'une demoiselle

sans en connaïtre ses défauts

la laisse reconnaissante mais fort confuse.

Eppur si muove...

En voilà de belles noces !

Je suis fier d'être le fiancé d'une si jolie fiancée.

Aux fiancés !

Du vin pour tout le monde !

Il n'est pas dans nos habitudes d'offenser un hôte

par des questions indiscrètes

mais nous voYons tous

que, au milieu de ces réjouissances nuptiales,

vous restez taciturne.

Serait-il en mon pouvoir de soulager vos pensées ?

Quel grave motif à votre visite ?

Je suis venu chercher votre fille.

La conversation tourne à l'aigre...

Trop tard.

Ma fille est déjà donnée.

Et je ne suis pas homme à revenir sur ma parole.

En d'autres circonstances, je vous remercierais pour votre attention

mais je crois qu'il s'agit d'une plaisanterie

à mettre au compte de la bonne humeur qui règne à cette table.

Je ne plaisante pas avec l'honneur des demoiselles.

Je suis venu chercher votre fille et ferai tout pour cela.

- Fixez vos conditions. - Donnez-la-lui, père.

Il veut se battre et mon cœur se soulève au sang qui s'annonce.

Taisez-vous ! Personne ne va vous saigner.

Écoutez-moi bien.

Ma fille a élevé un dragon féroce

qui lui est tout dévoué.

Aucun humain ne pourra vaincre ce monstre terrible.

Si vous êtes prêt à paYer de votre vie votre audace,

tuez le dragon.

Et ma fille sera à vous.

Aux premières lueurs de l'aube, je livrerai combat.

Mon père, n'encouragez pas ce combat sanglant.

Personne, ange ou démon, ne pourrait vaincre le dragon.

Heureuses noces, pour une si grande beauté.

Installe les dames, chacune dans sa chambre.

- Il restera à votre service. - Il ne parle pas ?

Sa langue était trop longue et il se croYait drôle.

Malheureux ceux qui ne peuvent dire leur infortune.

- On nous sépare maintenant ? - Pas pour longtemps.

Viens.

Quelle désolation !

Ton sort n'est pas meilleur que le mien.

Je ne reste pas dans cet antre. Appelle ton maïtre !

Ma sœur, quel malheur s'annonce pour nous !

- Qui est cet énigmatique chevalier ? - Calme-toi, Sílvia.

Je comprends ta surprise mais ne t'inquiète pas.

La demeure est austère mais nous la rendrons joYeuse.

L'as-tu déjà regardé dans les Yeux ?

Vous parlez peu ensemble.

Vous semblez deux bêtes sauvages.

Peu à peu, tu prendras confiance.

La femme redoute le mari tant que ne s'ouvrent les cœurs.

Je ne t'abandonnerai pas à ton destin, chère SSílvia

Le voici.

Madame, avez-vous à vous plaindre de l'hospitalité ?

La maison vous déplaït-elle ?

Tout est si différent de chez mon père...

Vous devez être fatiguée du voYage,

et souhaitez sûrement dïner... - Je ne désire rien.

Aucun confort ne vous sera refusé.

Monsieur, si vos intentions sont nobles,

pourquoi me priver de ma sœur et lui refuser de partager ma chambre ?

- Les nuits sont longues et froides. - Comment osez-vous ?

Quelle vie avec vous, qui ne m'avez jamais dit un mot doux !

Vous parlez d'affection ?

Savez-vous qui je suis ?

Le voYageur !

Vous savez maintenant pourquoi je suis allé vous chercher.

Préparez-vous à mourir.

C'est le voYageur.

- Il m'a emmené pour me faire mourir. - Je le savais.

Je ne voulais pas te tourmenter, mais je le savais.

Courage, Sílvia !

Bois, petit fou de Dieu. Quelle peine tu m'inspires !

Bois...

Cela délie la langue, dit-on.

Pauvre créature qui n'en a pas !

Bois, malheureux.

Bois.

La bosse ne te suffisait-elle pas ?

Quelle injustice en ce monde !

Ton maïtre te maltraite ?

Il sera cruel...

Avec ma sœur et moi, tu n'auras pas de mauvais traitement.

Cuve ton vin, créature.

Dors en paix.

La route est libre. J'ai déjà la clef.

Fuir sans toi, t'abandonner au bourreau ?

Ne crains rien. Il ne veut rien de moi et il est plus sûr que je le retienne.

Il me prendra pour toi dans la nuit.

Prends les clefs et ce couteau.

Si c'est nécessaire, n'hésite pas. Droit au cœur.

Va et que Dieu te protège.

Adieu, chère sœur. Je pars l'âme brisée.

Elle doit traverser le couloir.

Le bossu dort.

Elle peut croiser le chevalier, oui.

Elle a le pas léger, ma Sílvia.

Elle ne sera pas découverte par le son.

Sera-t-elle dans la cour ?

Et les chiens ?

Cours, Sílvia, cours !

Elle est déjà à la barbacane.

Encore deux pas, et c'est la porte.

Que la nuit s'obscurcisse et la cache !

Pas de précipitation, Sílvia.

Ce n'est pas la clef ? Alors, la suivante...

Des éclairs, le tonnerre !

Le ciel rugit contre le bourreau.

Fuis, Sílvia !

Ne vous répandez pas en murmures inutiles.

La bâtarde !

Où est ta sœur ?

- Elle n'est pas avec vous ? - Tu sais bien que non !

Où est-elle ?

Avec votre serviteur, peut-être.

Tu paieras ton insolence, immonde ivrogne !

Je fouetterai ta bosse. Elle sera couleur de ton gilet.

Prépare le cheval et lâche les chiens. Je veux dïner de cœur de biche.

Cherchez. Sans relâche.

Nous perdons la trace de la petite renarde.

Tant mieux. Plus la prise s'esquive, meilleure est la chasse.

Dans quel état lamentable, vous voilà !

Quel malheur ?

- Et Mlle Susana ? - Aucun malheur.

Pas tout à fait...

Vous savez ce qui est arrivé à votre père ?

Quoi donc ?

De grands malheurs s'abattent sur cette maison.

Quels malheurs, Matias ? Parle !

Votre père a disparu.

Il a été emmené par une bande de gueux alors qu'il chassait.

- Emmené où ? - On l'ignore.

On a battu les collines sans trouver de traces.

Le roi lui-même a envoYé aussitôt des troupes,

mais rien à ce jour.

Les nouvelles ne sont pas bonnes.

Oh, femmes ! Accourez !

La demoiselle est revenue !

De grands malheurs. Je ne l'ai jamais vue dans un tel état.

Les lamentations n'avancent à rien.

Il n'Y a pas un moment à perdre. Avant tout, allons chercher Susana.

Réunis des hommes bien armés et fais équiper mules et chevaux.

Pourquoi ces larmes, Matias ?

Pardonnez-moi mon audace,

mais vous m'avez fait penser à votre brave père.

Va, pendant que je me débarrasse de ces guenilles.

Prends ce couteau.

Je n'ai pas eu le temps de l'aiguiser, j'espère que tu en feras bon usage.

Allons, allons !

Tout est prêt. Nous pouvons partir.

Allons, donc.

Donne-moi armes et chevaux. La guerre est mon lot.

Tu as les cheveux longs, Sœur, ils te reconnaïtront.

Avec des ciseaux, Coupés net seront.

Tu as le regard timide, Sœur, ils te reconnaïtront.

En compagnie des hommes Mon regard sera droit.

Tu as le visage très blanc, Sœur, ils te reconnaïtront.

Pendant trois jours de route, Les soleils le brûleront.

Tu as les épaules droites, Sœur, ils te reconnaïtront.

Que les armes soient lourdes. Mes épaules ploieront.

Tu as les seins très hauts, Sœur, ils te reconnaïtront.

Je cacherai mes seins Dedans, contre mon cœur.

Tu as les mains très fines, Sœur, ils te reconnaïtront.

Le vent et la pluie De cals les couvriront.

Tu as des hanches larges, Sœur, ils te reconnaïtront.

Cachées sous les habits Jamais les hommes ne les verront.

Tu as les pieds tout petits, Sœur, ils te reconnaïtront.

Dans des bottes les mettrai D'où jamais ils ne sortiront.

Tu auras peur dans les batailles, Sœur, ils te reconnaïtront.

Je saurai être un homme Une fois la lance à la main.

Tu auras des amoureux, Sœur, ils te reconnaïtront.

Ceux qui d'amour me parleront Bien cher le paieront.

Tu as un nom de femme, Sœur, ils te reconnaïtront.

Je m'appellerai Silvestre, Pour homme, ils me prendront.

Que viennent armes et chevaux La guerre sera mon lot.

- Contre qui guerroYons-nous ? - Nous l'ignorons.

Un noble a disparu. Le roi a ordonné la chasse aux voleurs.

Ils ne livrent jamais bataille franchement.

Ils attaquent par surprise et disparaissent en un clin d'œil

comme couleuvres entre des rochers.

Ils attaquent la nuit, brûlent le pain, emportent bétail et femmes.

C'est la guerre, mon garçon...

Laisse la faim te tenailler et tu verras.

Pourvu que l'agneau ne se réveille jamais loup !

- Ce sont Maures ou gens comme nous ? - Qu'importe...

Maures ou non,

si ta lance n'est pas effilée,

mieux vaudra te recommander aux anges du paradis, mon frère !

Maudite guerre !

Il se passe quelque chose...

Qu'est-ce que c'est ? Où l'ont-ils déniché ?

Le garçon était perdu. Il veut parler au lieutenant.

Il a de nobles manières, et nous l'avons amené avec des égards.

Que notre lieutenant décide s'il mérite la cravache ou non.

Il nous a coûté déjà pas mal d'efforts.

Il est gringalet mais leste à tirer l'épée et te coupe l'envie de rire.

Que se passe-t-il ?

Une telle escorte pour un morveux sans barbe !

Tu es soldat ou soldate ? Que me veux-tu ?

Le roi m'envoie pour m'enrôler sous votre commandement.

- Comment t'appelles-tu ? - Silvestre, monsieur.

Tu sens les langes...

- Quel âge as-tu ? - Plus que je ne parais

et n'ai peur que si Dieu et la Vierge m'abandonnent en plein combat.

Nous verrons si tu es aussi leste d'épée que de parole.

Je te garde à mon service, installe-toi.

Nous partirons à l'aube.

Si le loup s'échappe du piège, tue-le avant qu'il te dévore.

Plus tu fermeras les Yeux, plus tu verras.

Descendez ces malheureux et donnez-leur une sépulture.

Pas le moindre bêlement, et pas âme qui vive.

Les gens ont dû fuir dans la montagne.

Nous passerons ici la nuit.

Ne reste pas au froid à rêver. Un chagrin d'amour ?

Viens près du feu et délivre-t'en avant de descendre aux enfers.

- Silvestre ! - Mon lieutenant.

Demain sera une rude journée. Viens te coucher.

Je voudrais rester de garde.

Les sentinelles sont en place.

Va me chercher un pichet de vin et viens te coucher.

Bois.

Sauf votre respect, non, mon lieutenant.

Le soldat n'aime pas boire tout seul.

Alors... pour vous tenir compagnie.

Tu deviens sensé. La nuit est froide et un bon coup te réchauffera.

- Tu dormiras mieux. - Oui, mon lieutenant.

Tu n'as pas besoin de dormir par terre.

- La couche est étroite mais on tient. - C'est plus chaud près du feu.

Il s'éteindra la nuit.

Et tu t'éveilleras gelé.

Nous nous réchaufferons l'un l'autre et tu n'auras pas le corps rompu.

Oui, mon lieutenant.

Tu dors habillé, l'épée à la ceinture ?

Elle peut nous blesser.

Mon lieutenant, je ne m'en sépare jamais.

Je l'ai juré à Notre Dame et ne briserai pas ce vœu.

Silvestre, tu es une créature bien étrange.

La plus étrange que j'aie jamais vue.

Oui, mon lieutenant.

- Arrête tes "Oui, mon lieutenant..." - Oui, mon lieutenant.

Ils sont peu nombreux

et le seront encore moins si nous les cueillons par surprise.

Au diable la gloire !

J'en veux un ou deux vivants, le reste passé à la lance.

Bonne chance ou mort belle.

Tu t'es battu comme un homme et tu pleures comme une demoiselle.

Moi, pleurer ! Moi ?

Où sont tes compagnons ? Aux ordres de qui es-tu ?

Et le seigneur que vous avez pris ? Parle ou on t'arrache les Yeux.

Il refuse de parler. Nous continuons ?

C'est atroce. Laissez-moi l'interroger.

Tu n'Y gagneras rien et nous perdrons du temps !

Même à être miséricordieux ?

Tu es têtu...

Soit ! Tu apprendras peut-être enfin.

Tu as soif ?

Personne ne va te maltraiter. Parole de chevalier.

Nous cherchons un noble seigneur. Sais-tu quelque chose de lui ?

Fils de grande pute !

La guerre a ses lois, mon enfant.

C'est un dur métier qui ne compose pas avec des caprices insensés.

Mon lieutenant, il est mort. Il n'a rien dit.

Peut-être n'en savait-il pas plus que nous.

Laissez-le là, pour signaler notre passage.

Les deux en chemise, je vous dis !

L'une délurée, l'autre pas encore. Toutes deux consentantes.

L'une se fait prier, l'autre pas trop.

La porte grince...

Tu t'ouvres ou pas ? Je la prends sur la gueule.

Je tourne le dos, descends la rue. La porte se remet à grincer...

Je reviens, prends mon souffle, m'appuie contre elle.

Pas la plus petite fente !

Holà !

Rien...

Les gonds sont durs. Ils ont besoin d'huile.

Je fais semblant de rien.

Je les entends rire. On Y est presque !

Ouvrez, deux doigts, pas plus !

La plus franche, celle au petit cul frétillant, dit:

"Les gonds sont vieux, rien n'Y fait !

"Revenez dans la semaine en mettre de nouveaux."

"Une goutte d'huile pour les lampes ?"

"Revenez dans la semaine, la mèche brûle déjà aujourd'hui..."

Me revoilà... Cette fois, j'explose.

Les coups devraient pleuvoir sur ton dos pour dévoYer les honnêtes femmes !

- Tu sais te taire ? - Comme un mort.

- Tu aimes les femmes ? - Comme personne.

Viens.

Vous êtes orphelin ?

Comment l'être près de dames si belles !

Cher petit soldat, appelez-moi Elza.

Et moi, Marta.

- Goûtez cette tarte. - Buvez de ce vin.

- Emmenez-moi avec vous. - Moi, je dirai adieu de la fenêtre.

- Et moi, que ferai-je ? - Mangez et taisez-vous.

- Ne cède pas à des élans vulgaires. - Vulgaires ?

Oui. Que Silvestre décide.

- Décider quoi ? - Il n'Y a rien à décider.

- Que les hommes décident, Elza. - Aucunement.

Au mieux, j'accepte qu'on tire au sort.

Je n'en doute pas, tu triches toujours !

Aurais-tu peur de ce qu'il décidera ?

- Peur, oui. - Et que dois-je décider ?

Laquelle de nous deux...

... recevra votre affection, brûlera à votre feu...

Ne m'embarrassez pas comme Salomon.

La loYauté envers un supérieur m'empêche d'être juge.

L'une ou l'autre serait blessée.

Blessez ! Blessez !

Ne comprends-tu pas que ces dames veulent te partager.

Une tranche de gâteau laisse deux bouches sur leur faim...

On vous veut toutes les deux.

"Toutes deux ou aucune", c'est notre devise.

Sans vouloir vous blesser, mon ami est mon frère.

Je ne puis le laisser seul ni accepter de ne pas partager.

Souffrez que je me retire. Adieu, mesdames.

Les voici envolés... par ta faute.

Tu restais avec le lieutenant, qui n'est pas bossu,

et puis, avec le petit soldat, on s'arrangeait après.

Tais-toi, veux-tu ?

Je suis inconsolable... Je perds la tête pour un jeune garçon.

- Il ne devait pas même être baptisé. - Tu ne le sauras jamais.

Picorer donne plus faim que jeûner.

- Je me sens bien plus mal. - Moi aussi.

- Peut-être vont-ils revenir... - Peut-être...

Coiffe-toi !

Tu as tout fichu par terre...

Partir quand la place est rendue avec fanfare !

En Y allant sur la pointe des pieds, tout le monde Ytrouvait son compte.

- On t'a demandé de faire l'avocat ? - Prendre les restes des autres...

Montre-m'en de pareils tous les jours et tu verras si je meurs de faim.

La faim ne fait pas le mendiant.

Baste ! Un soldat n'est pas rancunier.

Mais c'est péché de gaspiller sa chance,

et quelle chance tu as avec les femmes !

Vous n'attendez rien d'autre de la vie ?

Quand le sang monte à la tête, il faut éteindre le feu qui l'embrase.

- Mieux vaut se jeter à l'eau. - C'est juste.

Viens ! Les eaux aident à laver les esprits.

L'eau douce est pour les dames Et pour qui les accompagne.

Elle ne vaut rien pour les hommes Sinon l'eau de la mer.

Qu'est-ce que tu rumines ? Plonge ! Tu ne te noieras pas.

C'est un ordre !

On a été attaqués !

Les nôtres se battent jusqu'à la dernière goutte de sang.

On craint le pire.

Va demander des renforts, nous tiendrons jusque là.

Ne perds pas de temps. Nous allons flanquer une raclée à ces vauriens.

Ce n'est pas beau mais j'ai connu pire.

Bonne chance, mon ami ! Ne t'éloigne pas, je te couvrirai.

Bonne bataille, mon lieutenant.

Le Seigneur soit loué !

De quel côté penche le sort de la bataille ?

Ils ont pris peur à la vue les renforts. Ça leur servira de leçon.

Ne me déshabillez pas, je vous en supplie !

Il faut voir la blessure. Ne bouge pas.

Tu saignes beaucoup.

Ne me découvrez pas, je veux être enterré tout habillé !

Ce n'est pas pour cette fois...

Si vous me découvrez, je vous tue !

Le diable t'emporte...

Tu en serais capable.

Il s'est évanoui.

Au moins il sera calme. Pauvre garçon.

Ça devait lui faire très mal.

Ah, fou et aveugle !

Tête dure...

Sans savoir, je savais. Il suffisait de suivre le cœur.

Il Y avait quelque chose en lui...

Il Y a quelque chose en elle !

Les Yeux sont d'une femme, pas d'un homme.

Mon ami, ma bien-aimée...

Fou et aveugle.

Sílvia, tu as une visite qui te plaira.

- C'est lui ? - Oui.

Pourquoi tardes-tu ? Amène-le, cours !

Je suis venu prendre des nouvelles.

Votre sœur m'a dit que vos blessures n'inspiraient que peu de craintes.

C'est l'avis des médecins.

Sous peu ce ne seront plus que traces d'une autre vie.

- Quelles nouvelles de mon père ? - Nous n'avons rien épargné.

En vain. Il Y a peu d'espoir.

Je vous le dis car je vous sais valeureuse.

Vous faites toujours de votre mieux.

Et vos amies ? Sont-elles sauvées de leurs bourreaux de maris ?

Je n'ai pas trop eu le temps... Vous me faites rougir, madame.

Ce n'était pas malice...

J'Y ai souvent repensé. Chacun est ce pour quoi il est né.

- Vous avez prononcé vos vœux ? - De servir le roi.

Je ne sais pour quoi d'autre je suis né.

Laissez-moi vous rendre l'ordre du roi.

Pardonnez la supercherie. Sinon m'auriez-vous enrôlée ?

Je crois que non mais je n'ai rien à vous pardonner.

Mon manque de zèle fut que je n'ai jamais appris à lire.

Un moine me l'a lu, je le sais par cœur.

"Qui est-elle, blanche comme le jour,

"belle comme la lune, brillante comme le soleil,

"formidable comme une armée d'étendards ?"

Ce sont paroles des Saintes Écritures.

Si vous les aimez, taisez-les à jamais.

Gardez-les avec vous, je vous les confie.

Ce sont paroles trop belles pour un soldat.

Qu'Y a-t-il de plus beau qu'un chevalier-soldat ?

Demoiselle qui va en guerre...

La réputation de la demoiselle guerrière s'étendit à tout le royaume.

Le roi ordonna à Silvia de venir s'installer dans son château.

On ne sut plus rien de D. Rodrigo et on perdit bientôt tout espoir.

Un jour, arriva à la cour un étranger nommé D. Raimundo de Montenegro,

qui se disait porteur de nouvelles de D. Rodrigo.

"Montenegro de cette lignée qui fut bannie de la cour ?",

s'enquit le roi.

Un doute plana.

"Voyons les nouvelles que ce fou nous apporte", dit le roi.

"C'est toi le fou. Lui n'est personne",dit le bouffon.

Êtes-vous D. Raimundo de Montenegro ?

Lui-même, Sire.

De la famille de ceux qui furent bannis ?

Je ne me connais pas d'autre sang.

Sang ennemi de la couronne.

Fermons nos oreilles aux querelles passées.

Espérons que les nouvelles que vous apportez ne sont pas sombres.

D. Rodrigo est vivant.

Vous avez vu mon père ? Où est-il ?

Son salut dépend d'une entreprise courageuse.

Je mobiliserai le roYaume et conduirai les armées.

Je l'amènerai sain et sauf si le prix me convient.

Impie serait le suzerain incapable de remédier aux peines de ses sujets.

Ce que vous demandez vous sera accordé.

Je ne demande rien.

Libre suis venu et libre partirai.

Si votre insolence ne vous coûte la tête !

Je ne vous dois rien et vous non plus. C'est un marché honorable.

Dites vite.

Je veux cette demoiselle.

Gardes ! Emmenez ce fou ! Arrêtez-le !

"Non, pas encore", dit le roi.

Que dites-vous, Sílvia ? Va-t-on couronner ou tuer l'usurpateur ?

Décidez.

Ma pauvre personne est peu de chose en échange de la vie de mon père.

Vous sacrifiez votre vie en fleur à ce gredin patibulaire ?

Qu'il pose seulement les Yeux sur des biens plus dignes.

Je ne me soucie pas de biens. Je me soucie de vous.

Je veux votre corps.

Votre âme.

Votre paix.

Amenez-moi vite mon père. Je serai votre épouse.

Vos caprices satisfaits, vous pouvez vous retirer.

L'audience est levée.

VoYez comme une noble fille se jette dans l'inconnu

par amour pour son père.

Haut exemple, celui de la demoiselle qui donne sa vie pour son père.

Faites-le proclamer dans tout le roYaume !

Musiciens ! Chantez une chanson de baisers et de mort.

De la lumière !

Voilà, monsieur.

Mon pauvre amour...

Cet homme avait un pacte avec le démon.

Ce fut l'auteur de toutes les calamités passées,

le persécuteur féroce de l'innocence de ma sœur...

Il ne tourmentera plus personne.

Fille, de quels barbares événements parles-tu ?

Quelle main est-ce là ?

Je te comprends mal.

Mon cher père, la main enchantée est à ce démon.

Quelqu'un d'entre nous la lui a coupée au fil de l'épée

et quelqu'un l'a gardée alors que vous étiez à la cour du roi.

Vous avez ouvert la porte en mon absence ?

Oui, mon père, mais Susana n'Y est pour rien.

Moi seule ai désobéi à vos ordres.

Vous ne me donnez que chagrin.

Nous en reparlerons plus tard.

Que les porcs se vautrent sur le cadavre de ce porc.

Ils le mangent.

Venez voir. La main, le visage, les Yeux !

Si tu tardes, tu ne trouveras plus que des os.

Laisse-moi.

Maintenant, je suis seule face aux étoiles.

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