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Penelope !
Tu continues la lecture ?
Même si comme Tityre, tu m'as l'air bien endormie.
- Oui, madame. - Vas-y.
C'est bien.
Taccardi, vous m'accompagnez ?
Non, le saut à l'élastique, c'est pas pour moi.
Elle est vraiment unique.
Elle a confiance en personne.
Et quand elle a une idée en tête...
C'est tout à son honneur.
C'est surtout sa manière de s'habiller.
- C'est vrai. - Attention aux branches.
T'en fais pas, Calogiuri.
Non, Diana, c'est vraiment pas le moment.
Désolé, madame,
- la corde est restée bloquée. - J'ai vu.
Imma ! Giuseppe m'a dit qu'il l'a quittée.
Il a demandé un transfert près de Matera.
A mon avis, il m'aime encore ! T'en penses quoi ?
- Madame Diana ? - C'est qui ?
La substitute n'est pas disponible.
Très bien, je lui dirai.
Comme vous avez pu entendre, c'était une urgence vitale.
Je suis au bon niveau ?
- Vous devriez bientôt le voir. - OK.
Tout va bien ? Vous l'avez vu ?
Oui, il est devant mes yeux.
Aujourd'hui, c'est cours d'alpinisme.
C'est le moment de faire des blagues ?
Sinon, on a trouvé quelque chose d'intéressant ?
Oui, on a eu de la chance.
La victime avait ses papiers sur elle.
Un certain Domenico Bruno, né à Matera,
le 2 mars 1950.
Domenico Bruno ?
L'architecte disparu il y a 15 ans ? On l'a enfin retrouvé.
C'est incroyable.
Avec vous, plus besoin d'archives informatiques.
C'est magnifique.
Comme il était suspendu, les tissus se sont déshydratés.
Comme quand on égoutte quelque chose.
C'est le processus utilisé pour la momification
au sein de l'église de San Pietro Barisano.
Cette technique est aussi utilisée pour la charcuterie.
Taccardi, les causes du décès ?
Cause du décès... Il est tombé.
J'aurai quand le rapport d'autopsie ?
Madame,
l'architecte, ça fait plus de 15 ans qu'il attend ça.
Mais je vais faire de mon mieux.
Quel endroit magnifique.
Dommage qu'on assiste à une bétonisation de tout.
- C'est vous qui l'avez trouvé ? - Oui.
Je peux en savoir plus ?
C'est pas le genre d'endroit où on passe par hasard.
Je suivais un loup pour le recensement.
Je suis chercheur en biologie à l'université de Basilicate.
Vous êtes un cerveau importé.
- Oui, enfin... - Oui, c'est le contraire.
Voilà la parmigiana.
Super, maman.
Valentina s'excuse, elle est restée chez une amie.
C'est fort dommage.
C'est pas grave.
On aurait pas pu faire pareil ?
Ta mère veut que voir sa petite-fille.
Elle est avec la fille du notaire ?
Non, elles se sont disputées.
Elle a une nouvelle priorité.
Elle s'appelle Penelope.
Vous vous êtes renseignés sur elle ?
On croise les doigts.
Comment ça ?
Vous avez entendu parler de Domenico Bruno ?
Le pauvre, quelle mort tragique.
Un collègue du génie civil
dit qu'on a retrouvé ses archives avec ses projets.
Des beaux projets.
Il venait souvent au centre de Rocco Scotellaro.
C'était un gars un peu aigri.
Il disait toujours qu'à Matera, on construisait trop et mal.
Même s'il était aigri, il était très beau.
Il était très charmant.
Demain, au palais Lanfranchi,
une cérémonie de commémoration sera organisée.
Bref...
Papa, monte le son.
Nous avons réussi...
Regardez !
Veuillez m'excuser.
Pardon.
Beaucoup ont espéré qu'il se soit réfugié en Argentine.
Mais...
Comme j'ai dit à sa famille, il n'est pas avec moi.
Vous vivez en Argentine depuis plus de 30 ans, n'est-ce pas ?
Tout à fait.
Quand vous vous êtes revus, vous l'avez trouvé fatigué ? Abattu ?
Absolument pas.
Il était très énergique, comme à son habitude.
Il est probable qu'au moment où il donnait cette interview,
l'architecte était déjà mort.
Sa mort semble être accidentelle.
Ils ont oublié la moitié des informations.
Sa voiture avait été retrouvée à Contrada Passarelli.
Rien à voir avec le lieu où on a trouvé le corps.
Si tu veux te promener de ce côté des Gravine,
- tu te gares pas là-bas, non ? - Bien sûr.
- C'est nouveau ? - Il te plaît ?
C'est Penelope qui l'a fait.
Magnifique.
C'était la sienne, elle me l'a offerte.
Elle fume cette Penelope ?
Papa !
On s'est partagé une cigarette.
C'était pour essayer.
Le dis pas à maman.
C'est notre petit secret, OK ?
J'ai trouvé ça dégueulasse. Je fumerai jamais.
Bonne nuit, papounet.
Qu'est-ce que vous complotiez ?
Valentina me parlait de sa copine, de Penelope.
Je sais pas si c'est une bonne fréquentation.
Tu l'as déjà rencontrée ?
- Non. - Et alors ?
Alors, rien.
J'ai l'impression qu'elle n'a rien à voir avec Valentina.
Elle est complètement différente.
Elle est bizarre.
Moi, tant qu'elle est différente de Bea, tout me va.
Vraiment tout ?
T'en fais pas un peu trop ?
On la connaît pas.
Quand on l'aura rencontrée, on avisera.
En attendant, je vais dormir.
Bonne nuit.
Bonjour.
Bonjour.
Salut, Imma.
Je me suis assoupie quelques secondes.
T'as dormi ici ?
Non, j'ai pas dormi de la nuit.
A mon avis, mon enfoiré de mari me raconte des bobards.
T'y crois que son transfert à Matera est acté,
mais faut attendre l'aval du ministère ?
Une femme aussi cosmopolite que toi devrait savoir que la bureaucratie,
c'est le mal de ce pays.
Mais faut pas perdre espoir.
Il est où, le dossier sur Domenico Bruno ?
T'énerve pas, j'y suis pour rien.
Ils sont en train de réorganiser les archives,
- on ne trouve plus rien. - Comment ça ?
Mon Dieu !
Imma !
Je te cherchais.
T'as le dossier de M. Bruno ?
Non, personne sait où il a été mis.
Je voulais t'inviter à dîner.
M. Vitali sera présent. Il est impatient.
C'est une bonne idée pour souder l'équipe.
Oui, il manquerait plus que ça.
- Madame... - Ne bougez pas.
On m'informe qu'une révolution est en cours aux archives
et qu'on ne trouve plus rien.
Comment ça ? Je ne comprends pas.
Qu'est-ce que vous cherchez ?
Le dossier sur la disparition de M. Bruno.
Donc on trouve des choses,
mais pas les dossiers de plus de 15 ans.
Il a disparu pour toujours alors ?
La digitalisation des archives est en cours.
Dans quelques mois,
l'accès sera plus simple et sécurisé.
Rien n'est perdu.
C'est dur, mais faut être patient.
D'après ce qu'on m'a dit, sa mort était un accident.
C'est pas le moment de poser des questions.
Ralentissez un peu.
Mon père a participé au premier concours
pour la requalification des Sassi de Matera.
Un projet qui a fait parler de lui,
au cours d'une période
où on pensait raser ces anciens bâtiments.
Ce quartier
rimait avec saleté, avec maladie et avec délinquance.
Ce fut l'un des premiers à demander une requalification.
Mais malheureusement pour lui et pour Matera,
le projet n'a pas abouti.
Ses idées lui ont valu
la chaire professorale au sein de l'université d'architecture de Bari,
où j'enseigne depuis des années.
Ce n'est pas le seul secteur
dans lequel j'ai assumé l'honneur
et la charge
de transposer la vision de mon père dans le monde actuel.
Sans vouloir manquer de modestie,
aussi dans le monde de demain.
Malgré les belles paroles de Giulio Bruno,
il ne s'entendait pas avec son père.
Qu'est-ce que t'en sais ?
Rosy m'a dit qu'il détestait son père. Il pouvait pas le voir.
C'est qui, Rosy ?
Rosy, ma coiffeuse.
Ca fait des années qu'elle coiffe la veuve Bruno à domicile.
D'ailleurs, la pauvre, elle a complètement perdu la tête.
Don Mariano.
- Vous, ici ? - Madame la Substitute.
Vous connaissiez l'architecte ?
Entre utopistes, on se connaît tous.
Que pouvez-vous me dire sur lui ?
Tous les deux, on voulait créer un paradis sur Terre.
Mais contrairement au pauvre Domenico,
je pense avoir trouvé un plan B.
- Le paradis au Ciel ? - Non.
La lutte des classes.
Vous avez rien à me dire ?
Même une rumeur, peut-être sur sa femme.
C'est vrai que Giulio détestait son père ?
Domenico a quitté sa femme. Ils ont divorcé.
A mon avis, son fils l'a très mal pris, c'est tout.
Venez, je vais vous montrer quelque chose.
Ca, c'est la maquette de son projet.
Regardez ces jardins ! C'est magnifique.
Une superbe et gigantesque utopie.
Il avait remporté l'appel d'offres
pour transformer le Vallone della Femmina
en un grand parc public.
Il y a travaillé pendant des années.
Le Vallone della Femmina,
c'est l'endroit où on a retrouvé son corps ?
Mais le conseil municipal a tout arrêté.
C'est là qu'il a commencé à...
s'isoler.
Je l'ai déjà vu dans les Murge,
en train d'errer comme une âme en peine.
J'espère qu'il a trouvé la paix.
Portez-vous bien.
Bonne journée.
Si je peux me permettre, madame la Substitute.
Regardez ses chaussures.
Qu'est-ce qu'elles ont ?
Madame Tataranni.
On se connaît depuis longtemps, non ?
Et vous n'avez toujours pas compris
que si je dis que je vous appelle,
ça veut dire que vous devez attendre mon appel.
Sauf si vous voulez assister à l'autopsie.
Pardon, on était en train de parler.
Tu disais ?
Je disais que...
Je mettrais jamais ce genre de chaussures
pour faire une promenade de quatre heures.
T'as raison, j'y avais pas pensé.
Si j'ai bien compris, vous pensez à un meurtre
car sa voiture était garée loin.
Pas que.
Il y a aussi cette histoire de chaussures
et un autre détail
- qui peut avoir son importance. - Quoi ?
C'était un visionnaire écologiste. Il a bloqué des investissements.
Donc, il a forcément dû se faire tuer.
J'ai pas dit ça.
Mais c'est une possibilité.
Mme Tataranni qui suit les rumeurs. C'est nouveau.
Si la science m'apporte pas de réponse...
A quoi vous vous attendez ?
Un cadavre qui a subi les intempéries depuis des années,
les animaux qui le mangent.
Je vous parie que j'en tirerai rien.
C'est bon, j'ai compris.
Je commence et je vous envoie les résultats rapidement.
Y avait une note dans son portefeuille.
La Scientifique s'en occupe.
Ils vont peut-être déchiffrer quelque chose.
Allez, on s'en va. Il est énervé.
On vous laisse en bonne compagnie.
- Au revoir, M. Taccardi. - Au revoir.
Dites-lui au revoir.
T'as eu la police scientifique ?
Les bonnes manières ont disparu ?
Je veux savoir ce qu'il y a d'écrit sur ce message.
Bonjour, madame.
Qu'est-ce que tu faisais ?
J'ai appelé l'ambassade italienne à Buenos Aires
pour notifier la découverte du corps à son frère.
Il va essayer de venir pour l'enterrement,
même s'il voit rarement sa famille.
J'ai cherché parmi tous les dossiers
depuis 1950...
Du nouveau ?
- Non. - Quelle surprise.
C'est la police scientifique.
"Arrête de m'appeler.
"On pourrait être vus.
"Oublie-moi, ça sera mieux pour nous deux",
signé A.
Une femme ?
Tu mets beaucoup de parfum.
C'est toi qui décides de la quantité qu'il faut mettre ?
Je veux une expertise graphologique.
Je te laisse imaginer les délais.
- Allô ? - Bonjour.
Si on avait parié, vous auriez gagné.
Il a subi un choc à la tête avec un objet contondant.
Il était probablement en fer.
- Vous êtes sûr ? - A 100 %.
Merci, docteur.
Bonjour.
M. Calogiuri, enchanté.
- Bonjour, M. Bruno. - Bonjour, madame la Substitute.
- Vous allez bien ? - Oui, merci.
Ma mère est sur la terrasse.
C'est la terrasse avec vue sur Sasso Baritano ?
- Vous êtes déjà venue ? - Y a longtemps.
Elle appartenait encore aux Venusio.
- Vous voulez boire quelque chose ? - Non, merci.
Ma mère ne va pas pouvoir vous aider.
Après le divorce, son état a nettement empiré.
Même moi, je voyais rarement mon père avant sa disparition.
Donc, je peux pas vraiment vous aider.
Lors de la commémoration, vous avez eu des mots tendres.
La commémoration ?
C'était un discours circonstanciel.
- Qu'est-ce qui vous a éloignés ? - Le divorce.
C'était soudain et injustifié.
Je suis persuadé que l'état de ma mère, c'est lié à ça.
Vous savez,
le temps permet de prendre du recul.
Mon père était un grand homme.
Et c'est bien connu,
les grands font passer leurs objectifs avant tout.
Un grand homme dont les projets échouaient.
Je vous l'ai pas dit, mais on enquête
pour meurtre.
C'est vrai ?
Je pensais que c'était un accident.
Je peux pas vous en dire plus, secret d'instruction.
- Je peux ? - Allez-y.
Bonjour, madame.
Imma Tataranni, substitute du procureur de Matera.
- Enchantée. - Tout le plaisir est pour moi.
On peut discuter ?
- Si c'est nécessaire. - Merci.
Avant de me quitter, mon mari était heureux.
Il était peut-être amoureux.
Moi, il ne m'a jamais aimée.
Excusez mon indiscrétion.
A-t-il été infidèle durant votre mariage ?
Vous voulez savoir si c'était un coureur de jupons ?
Il plaisait beaucoup.
Le charme de l'intellectuel.
Quelque chose ne va pas ?
Non, rien.
Je prépare le concours de maréchal.
J'ai suivi vos conseils.
Mais ça me crée des problèmes avec Maria Luisa.
Elle aime pas ton ambition ?
Si, mais là, on est officiellement fiancés.
Avec la bague, le repas et tout ce qui s'en suit.
J'étais pas au courant.
- Je vous l'ai pas dit ? - Non.
Désolé, ça m'est sorti de la tête.
Selon elle, ça sert à rien de réviser tous les jours.
Elle dit que j'y arriverai jamais.
Elle veut que je déménage pour pouvoir aider son père.
Il a que des filles
et il sait pas à qui laisser son exploitation.
Ca serait vraiment dommage.
Au moins, t'auras un beau mariage au milieu des oliviers.
Mets-moi de côté des dragées.
Tu vas pas oublier ?
Comment pourrais-je vous oublier ?
Vous rigolez ? Vous serez la première...
Promets-moi que je serai la première avertie de ton départ.
Ce genre de chose ça n'arrive qu'à Matera !
Y a qu'ici qu'une responsable des archives
arrive à perdre des dossiers.
Par contre, pour organiser des dîners, elle sait faire.
Mais son mari,
c'est le Préfet, donc elle est intouchable ?
Ici, y en a pas un qui est capable de faire son travail.
Ici, ils dorment, ils mangent et j'en dirai pas plus.
J'ai tort ?
T'as fait quoi depuis ce matin ?
Tu peux me le dire ?
Moi ? Tu sais bien, je fais jamais rien.
J'ai couru partout pour toi et à 20 h, je suis encore au bureau.
L'expertise graphologique.
"Instabilité émotionnelle liée à l'identité de genre.
"Age : jeune."
Diana ?
Et si la personne qui a signé "A"
n'était pas une femme ?
Il était peut-être gay.
Il faut interroger quelqu'un...
Convoque Giulio Bruno demain.
Le fils de la victime. Il sait peut-être quelque chose.
Tu vas où ?
Je vais où ?
Je vais dormir, manger et je t'en dis pas plus.
Pour cette expertise, j'ai fait 3 heures supplémentaires,
l'expert a raté l'anniversaire de son fils
et les gars de la Scientifique n'ont pas déjeuné.
Bonne soirée, madame la Substitute.
Ca en valait la peine, non ?
On a obtenu
un très bon résultat.
C'était fondamental pour notre enquête.
C'est un travail d'équipe, M. le Président.
Un vrai travail d'équipe.
Cette...
Cette affaire privée qui concerne mon père...
Peut-on faire en sorte qu'elle le reste ?
Je ne dis pas ça pour moi,
mais pour ma pauvre mère.
Très bien.
Vous saviez que votre père était homosexuel,
au moment de sa disparition ?
Mais vous n'avez rien dit.
Mon père adorait se prendre pour un idéaliste.
Mais il n'a jamais eu le courage
d'admettre la vérité.
Je l'ai découvert par hasard.
J'ai surpris un coup de fil entre mon père et son amant.
Vous n'avez jamais pensé que son orientation sexuelle
pouvait être liée à sa disparition ?
Honnêtement, non.
A un moment,
vous vous êtes détaché professionnellement de lui ?
Vous avez ouvert votre propre cabinet.
C'est dû à son homosexualité ?
Ce n'était pas la seule raison.
Mais oui.
Oui.
Cet appel m'a choqué.
- Que voulez-vous savoir d'autre ? - Rien.
Pour le moment, ça suffit. Au revoir.
Merci, au revoir.
- Imma ? - Oui.
Ca va pas te plaire.
"Moi, entrepreneur philanthrope victime d'une erreur judiciaire."
On a une preuve irréfutable contre lui
et il parle d'erreur judiciaire ?
Vous montez pas la tête, laissez-le parler.
Il ment.
Il va y avoir un procès
et là, il pourra pas mentir.
Vous savez que l'audience a été fixée à mi-mars ?
La divine lenteur de la justice italienne.
Dommage que les peines ne soient pas divines.
Vous êtes en faveur de la loi du talion ?
Non, mais je me contenterais d'une peine certaine.
Je peux lui répondre ?
Non, ça nous mettrait dans l'embarras.
Vous pensez que ça, ça redore notre image ?
C'est où, la rubrique sport ?
Bon sang !
On a frôlé le drame.
Tout va bien.
J'avais des talons de 12 centimètres
et je vois un gars s'enfuir après un vol à la tire.
Il allait rejoindre son ami qui était en scooter.
Malgré mes talons,
je l'ai poursuivi, je l'ai mis à terre
et je pointe mon arme sur lui.
Son ami a pris la fuite et lui, il arrivait plus à parler.
C'est déjà impossible de marcher avec des talons
et toi, tu cours ?
Ca s'est passé exactement comme ça.
Il est encore là-bas en train de trembler.
Abus de pouvoir et menaces aggravées.
Madame la Substitute.
Selon le règlement,
les talons de plus de 8 centimètres sont interdits.
J'étais pas en service.
C'est la nouvelle, Jessica Matarazzo.
C'est vrai qu'on attendait du renfort.
Matarazzo. Vous venez de Sicile ?
Oui, de Catane.
Vous avez déjà entendu parler du règlement intérieur ?
Oubliez le règlement.
C'est la 2e dauphine de Miss Sicile.
Et alors ? Ca va pas lui donner des points.
Allez, dépêchez-vous.
On a déjà perdu trop de temps. Au travail.
- Calogiuri n'est pas là ? - Il arrive.
On va commencer sans lui.
Domenico Bruno était homosexuel,
mais il vivait sa sexualité en secret.
Retrouver son amant pourrait faire avancer l'enquête.
Ne tirez pas de conclusions hâtives.
L'assassin n'est pas forcément son amant.
C'est sûrement un délit survenu dans le monde homosexuel.
Je viens de vous dire le contraire.
Evitons de penser que le monde criminel
est lié au monde homosexuel.
Que sait-on du milieu gay dans la région ?
Que sait-on du milieu gay ?
- Ca se trouve, y en a pas. - Pardon ?
Y a pas d'homosexuels à Matera ?
C'est statistiquement impossible, vous croyez pas ?
Et à Bari ?
J'y ai bossé pendant 6 mois
et les bars gay, c'est pas ce qui manque.
Il les fréquentait peut-être.
Je note que votre collègue est plus réveillée que vous.
N'est-ce pas, Capozza ?
L'architecte
avait une chaire à l'université de Bari.
J'aimerais que deux d'entre vous
aillent à Bari pour se renseigner sur le milieu gay.
Ca se trouve,
il était connu là-bas.
Bonjour.
Désolé, j'étais en procès.
Vous avez terminé ?
Messieurs,
voilà le candidat idéal.
Vous en pensez quoi ?
Je peux l'accompagner ?
Où ça ?
- Bonjour, police judiciaire. - Bonjour.
On a rendez-vous avec Paolo Calandra.
Oui, suivez-moi.
Paolo ?
La police judiciaire est là.
- Merci, fais-les entrer. - Allez-y.
C'est moi qui parle.
Bonjour.
- Paolo Calandra, enchanté. - Calogiuri et l'agent Matarazzo.
Enchantée.
- Installez-vous, je vous en prie. - Merci.
Alors...
Que puis-je faire pour vous ?
Vous connaissiez l'architecte Domenico Bruno ?
C'est celui qui a été retrouvé mort à Matera ?
Tout à fait.
On sait qu'il était...
- Homosexuel. - OK.
Le professeur Bruno enseignait ici, à Bari.
Vous savez, on est nombreux, on se connaît pas tous.
Peut-être que vous pourriez nous aider
à trouver des personnes
liées au milieu architectural de l'époque.
Il sortait avec un homme,
donc ce dernier est forcément coupable ?
Si vous croyez au stéréotype du gigolo qui tue son client,
personne n'acceptera de vous aider.
C'est pas ce que j'ai voulu dire.
On cherche une personne qui aurait des informations.
Je ne sais pas comment vous aider.
J'ai compris, merci.
Allez, on y va.
Ippazio ?
Désolée de te dire ça, mais même en voiture,
quand on a abordé le sujet, t'as pété les plombs.
Qu'est-ce que tu racontes ?
C'est à cause de Renato ?
C'est qui lui ? Mais de quoi tu parles ?
Ecoutez, j'ai terminé.
Merci et bon travail.
De rien.
Merci.
Allez, Jessica, on y va.
- Il a des soucis ? - Jessica !
J'arrive.
Il traverse une phase compliquée.
Cette enquête lui tombe sur les bras...
Mais c'est bien connu, ainsi va la vie.
Vous voulez dire...
- Il est gay ? - Bien sûr.
T'avais pas deviné ?
Il ne l'assume pas encore entièrement,
mais il m'a craché le morceau.
C'est absurde ! Je m'en doutais pas du tout.
Tu l'as jamais vu avec sa mère. Il l'accapare.
Il est pareil avec toutes les femmes.
Même...
- Avec une certaine magistrate. - C'est vrai ?
C'est typique, non ?
C'est qui ce Renato ?
Je t'ai fait passer pour un gay refoulé.
T'es folle.
Rends-moi mon carnet.
On sait jamais, ça se trouve...
Tu l'as attendri et il va t'appeler.
Oui, bien sûr.
En attendant, on rentre bredouilles, Matarazzo.
Faut qu'on trouve une autre association.
Le dossier sur la disparition de M. Bruno, il y a 15 ans.
J'ai déjà vérifié les relevés téléphoniques.
Mme Moliterni m'a dit qu'elle avait retourné les archives.
Parfois, crier, ça porte ses fruits.
C'est vraiment dommage.
Si j'ai bien compris, tu vas aller dîner chez elle.
Sauf si je trouve une bonne excuse. Tu veux ma place ?
Non, si seulement. Non...
Je me demandais si...
Alors...
Vu que ma tendre moitié
continue de se cacher derrière l'excuse du délai de son transfert,
je me suis demandée si toi,
au cours d'une discussion avec le Préfet...
T'as perdu la tête ?
Tu veux que je le pistonne ?
Je vais faire comme si t'avais rien dit.
Mais non.
C'est pas un piston. C'est...
C'est juste...
Le transfert a déjà été acté.
C'est uniquement
pour accélérer le processus.
- J'entends rien. - Y a pas mieux placé...
Je ne t'écoute pas.
- Ca te coûte quoi ? - Rien.
Mis à part renier tous mes principes.
Ne me demande plus jamais quelque chose de la sorte.
T'as besoin d'aide ?
Sur le communisme platonicien.
- Je t'explique ? - Oui.
- OK. - Bonsoir.
- Je te présente Penelope. - Bonsoir.
Pietro, enchanté.
Tout le plaisir est pour moi.
Vale m'a dit que mon t-shirt vous a plu.
C'est vrai.
Si vous voulez, je vous en fais un.
Merci, c'est très gentil.
Je vous laisse.
- On disait quoi ? - Je te l'explique ?
- Chéri. - Bonsoir.
- Ton cours s'est bien passé ? - Oui.
Je pensais être plus rouillé que ça.
T'as vu qui est là ?
Y a la copine de Valentina.
Penelope, celle qui est bizarre.
Elle m'a l'air tout à fait normale.
Elle a un piercing.
Elles en ont toutes un.
Pas Valentina.
Et si elle en veut un ?
Attendons de voir.
Depuis quand t'es si laxiste ?
J'ai toujours été très laxiste.
Alors, pour commencer...
T'es prête ?
L'abolition de la propriété privée.
- Deux... - Vous étudiez quoi ?
La philosophie.
Super.
Ca me rappelle des souvenirs.
On continue ?
Alors...
Le concept d'école comme lieu physique est dépassé.
Comme disait Kierkegaard, "les vraies choses de la vie
"ne s'étudient pas, ne s'apprennent pas,
"mais elles se rencontrent."
C'est beau.
C'est un beau concept.
Kierkegaard.
C'est celui qui jouait à l'Atalanta ?
C'est un philosophe danois du 19e siècle.
Oui, je sais.
Il disait quoi ?
Kierkegaard, il disait beaucoup de choses.
Il a voulu faire une blague.
C'était pour rire, c'était une blague.
C'est un rigolo.
D'ailleurs, cette citation, c'est d'Oscar Wilde,
pas de Kierkegaard.
Immacolata.
Toujours en vadrouille. Tu tiens pas en place.
Quand on a pas de tête, on a des jambes.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Y a pas plus intelligent que toi.
- Madame la Substitute. - Calogiuri.
C'est l'heure de la récréation ?
Non, excusez-moi.
J'ai les relevés téléphoniques.
La semaine avant sa disparition,
Domenico Bruno a communiqué avec un numéro fixe à Matera
qui n'existe plus.
Contacte l'opérateur
pour savoir à qui appartenait cette ligne.
- OK ? - Oui.
Il y a aussi un don de 100 000 euros à son frère.
Comme s'il savait qu'il allait lui arriver quelque chose.
C'est étrange.
Allô ?
Que se passe-t-il ?
Je crois que c'est une bonne nouvelle.
Tu me passes un...
Oui.
J'ai compris.
Paolo, je sais pas comment te remercier.
T'as fait un vrai travail d'enquête.
Ippazio...
Comme on se tutoie,
je veux te dire quelque chose.
Si t'as besoin de quoi que ce soit ou simplement de parler,
notre association est là pour ça.
Désolé pour hier, on s'est mal compris.
T'inquiète pas, c'est déjà oublié.
A propos de Jessica...
Garde-la à tes côtés.
Elle a l'air extravertie, mais au fond, elle a une âme.
Mais tu le sais, vous êtes amis.
Effectivement, elle m'a surpris.
Très bien...
Merci encore pour ton aide.
Vous avez compris ?
J'ai parlé avec ce Paolo et il a contacté un de ses amis
qui fréquentait la fac d'architecture.
Il lui a dit que M. Bruno
enseignait aussi dans une école privée à Bari.
L'institut...
L'institut artistique Levante.
Il devait y avoir moins d'étudiants.
Très bien.
Essayons de trouver cette école.
Ensuite, espérons qu'ils aient des documents manuscrits
pour comparer avec l'écriture du mot.
Très bien, je m'en occupe.
Tu as fait du très bon boulot.
Merci, même si Matarazzo m'a beaucoup aidé.
Travail d'équipe.
Elle est pas mal ta prof. C'est elle ?
Non, c'est elle, la mienne.
La tienne ?
Mon professeur.
Elle joue bien, non ?
Je trouve que l'autre joue mieux.
T'as raison, l'autre est meilleure.
Si la réalité ressemble à des rubans qui défilent devant un objectif,
pour en capturer une image, il faut une prise rapide.
Le calque de l'image d'une toile
est idéal pour la fixer.
Et, en la dématérialisant, conserver sa légèreté.
Dans ce cas, le cinéma,
c'est disposer d'un objectif qui suit le défilement
du monde
et élargir sa participation à une pluralité d'images.
Ton portable !
Désolé, c'est pour le travail.
C'est son outil de travail.
Allô, Diana ?
T'as oublié que j'étais à un concert ?
Attends deux secondes.
La prescription acquisitive,
c'est l'acquisition de la propriété des biens immeubles
et des autres droits de jouissance
sur ces mêmes biens
après 20 ans de possession continue.
- Allô, madame ? - Calogiuri, écoute-moi bien.
Diana vient de m'appeler.
En comparant avec le formulaire d'inscription,
le graphologue a identifié notre étudiant.
Andrea Saponaro, né à Matera.
Tu peux me rendre un service ?
Découvre où il habite.
Ca correspond aussi à la signature "A".
Attendez, je regarde en ligne.
- Madame ? - Oui, je t'écoute.
J'ai trouvé, il habite à Matera.
Il a un studio graphique rue Bixio.
Demain, on le convoque au Parquet.
Par contre,
il est marié depuis 2009.
Et il a une fille de 8 ans.
Marié depuis 2009... Soit il est plus gay
soit il le cache pour se libérer d'un passé gênant.
J'y ai pensé et c'est un mobile possible.
Parfait, très bon travail. Merci.
Enchantée.
Sa femme, Imma Tataranni.
- Ma femme. - Enchantée.
C'était votre portable ?
Vous avez été géniales.
Désolée, c'était un appel du travail.
Avec son travail, elle est absente jour et nuit.
- Vous êtes médecin ? - Non, substitute du procureur.
Imma Tataranni.
Bonjour, adjoint Calogiuri.
Vous êtes Andrea Saponaro ?
Vous pouvez me suivre ?
Y a un problème ?
Non, on a quelques questions à vous poser.
Tout va bien.
- Je prends ma veste. - Je vous en prie.
Après vous.
Pour commencer, je ne suis pas homosexuel.
J'ai une femme et une fille.
Vous pouvez demander, on est très heureux.
A 20 ans, j'ai eu un moment d'égarement.
Quand je fréquentais l'institut à Bari, j'ai eu...
une aventure avec le professeur.
Souvent, il me ramenait à Matera.
Il a déjà été violent ?
Le professeur ? Non, jamais.
Absolument pas.
Il était à l'écoute.
C'était la 1re fois qu'il tombait amoureux.
Au début, tout s'est fait très naturellement.
Ensuite, j'ai commencé à douter.
D'un côté, j'avais ma famille qui est très traditionnelle,
très simple.
Et de l'autre, le professeur qui me parlait d'art,
de voyages, de musique.
Que s'est-il passé ?
J'ai demandé à ma famille de finir mes études à Milan.
C'était un prétexte pour m'enfuir d'ici.
Et j'ai rompu avec Domenico.
Quand je suis rentré à Matera,
j'ai rencontré Rosaria.
C'est ma femme et la mère de ma fille.
M. Bruno n'a pas essayé d'entrer en contact ?
Environ un an après mon retour,
il m'a appelé pour prendre des nouvelles.
Il voulait reprendre votre relation ?
J'ai toujours refusé.
J'avais changé. On peut dire que j'étais guéri.
Vous savez, c'est pas une maladie.
Essayez de dire ça à mon père.
Les jours précédents sa disparition, il était plus insistant ?
Non, j'ai pas l'impression.
Alors...
Quelques jours avant sa mort, le professeur a appelé
un magasin d'alimentation.
A cette époque, il appartenait à votre tante.
Regardez.
- Etrange coïncidence. - C'est pas ce que vous croyez.
Il voulait me parler.
C'était plus sûr de lui donner le numéro du magasin.
Mais je ne l'ai jamais revu.
Le mot atteste du contraire.
Je sais même plus ce que j'ai écrit.
Je l'ai peut-être écrit pour me libérer de lui.
Tout ça, c'est un cauchemar.
Laissez-moi rentrer auprès de ma famille.
Très bien. Vous pouvez y aller.
- Vous allez bien ? - Oui, merci.
Excuse-moi.
Il était avec Mme Tataranni ?
Qu'est-ce que j'en sais ?
Excuse-moi.
Le gars qui est sorti, il était avec Tataranni ?
- Elle est encore là ? - Oui, je crois.
C'est parfait.
Demain matin, je t'envoie tout et tu me dis ce...
Pardon, je vais devoir te rappeler.
J'ai une femme et une fille.
Vous pouvez demander, on est très heureux.
C'est pas une maladie.
Essayez de dire ça à mon père.
Les travaux pour l'extension de la zone industrielle
sont toujours en cours.
La fin du chantier est prévue pour 2021.
Maintenant, on retourne en studio.
Le corps d'Andrea Saponaro a été retrouvé.
Il avait récemment été interrogé
par la substitute, Mme Tataranni
suite à la découverte
du corps de l'architecte Domenico Bruno.
Selon les enquêteurs, il s'agirait d'un suicide.
Mon Dieu.
M. Saponaro était un ancien élève du célèbre architecte.
Il l'a même suivi à Bari,
où il a, lui aussi, percé dans le métier.
Valentina arrive.
- On verra ça plus tard. - Salut.
- Quoi ? - Ils ont vu le reportage
de Lucania News.
Je savais pas que la Basilicate avait son CNN.
Un journaliste local qui n'aime pas ma mère.
On en vient, ta mère...
Un gars qu'elle a interrogé s'est suicidé.
C'est une blague ?
Ca arrive souvent après un interrogatoire.
Ma mère est pas comme ça.
- Pourquoi tu t'énerves ? - Comme les autres,
tu juges et tu condamnes sans savoir.
Je suis désolée.
T'as raison, j'ai eu tort.
Comment vous dites ici "sécher les cours" ?
Lucania News balance l'info 2 heures après son interrogatoire.
Comme par hasard, Zazza était là.
La presse a le droit d'entrer au Parquet.
Donc, s'il vous plaît, tenons-nous-en aux faits.
Saponaro était l'amant de Bruno.
Bruno meurt après avoir reçu un message de menace
écrit par Saponaro.
C'était pas une menace.
C'était pas un mot d'amour.
L'architecte est mort, pas besoin d'épiloguer.
Ils se sont vus une dernière fois, ils se sont disputés
et le pauvre M. Bruno en est sorti perdant.
Pardon, mais où sont les faits ?
Comment ça ?
Votre récit n'est pas fondé sur des certitudes.
Pour moi, jusqu'à preuve du contraire, il est innocent.
Son suicide, c'est pas un signe de culpabilité ?
Pour vous, ça n'a aucune valeur ?
Ca veut dire une chose.
Je vous en supplie, épargnez-moi ce stress inutile.
Que voulez-vous dire ?
Mon prochain interrogatoire, je le ferai à l'extérieur.
Au Parquet, les gens sont trop curieux.
Au revoir.
Allez faire un tour dehors.
Allez-y.
Comment je vais faire avec elle ?
J'étais présent lors de l'interrogatoire.
En cas de sanction disciplinaire, je témoignerai.
Et alimenter les rumeurs ?
Ils se feraient un plaisir
d'en inventer des vertes et des pas mûres.
Pourquoi ?
Madame la Substitute,
quoi que vous décidiez de faire, je suis de votre côté.
Moi aussi, je suis avec toi, Im... Enfin...
Je suis de votre côté, madame la Substitute.
Vous pensez que je vais vous laisser tomber ?
On est tous avec vous.
Très bien, allez...
Vous allez me faire pleurer.
La seule chose à faire, c'est se remettre au travail.
Entrez.
Excusez-moi.
Je voudrais parler à Mme Tataranni.
Je vous en prie.
Andrea s'est tué à cause de moi.
Que voulez-vous dire, M. Manna ?
Tout d'abord, sachez qu'il a un petit chien.
Il était pour sa fille, mais c'est lui qui le sort pour...
Bref, c'est lui qui s'en occupe.
Généralement, il m'appelait à ce moment-là.
Quand il était seul avec son chien.
Qu'est-ce qu'il vous a dit hier soir ?
Qu'il avait été interrogé pour l'histoire avec M. Bruno.
Il avait peur que ça dégénère et qu'on soit découverts.
J'ai essayé de le rassurer.
Je comptais pas faire mon coming-out.
J'accepte de vivre dans l'ombre, mais...
si ça éclatait, ça m'était égal.
Pour lui, ça aurait été un drame.
Il a une femme et une fille
et ses parents sont importants à Matera.
Je sentais qu'il était agité, mais j'aurais jamais pensé...
Je suis vraiment désolée, M. Manna.
Et dire que tout a commencé avec Domenico Bruno.
Comment ça ?
En 2004, j'avais...
15 ans.
Je travaillais dans le magasin de la tante d'Andrea.
Andrea traînait toujours là-bas.
Il était si beau, madame la Substitute.
J'ai eu un coup de foudre,
mais j'avais pas le courage de l'aborder.
Puis, un soir de début décembre 2004,
je suis sorti pour ranger des caisses dans le jardin du magasin
et j'ai vu Andrea se disputer avec un homme.
Vous avez entendu ce qu'ils disaient ?
Non.
Mais Andrea était en train de pleurer.
Vous avez vu le visage de celui qui l'a fait pleurer ?
Non.
Mais je suis sûr que c'était M. Bruno.
Comment pouvez-vous en être certain ?
Quand je me suis mis avec Andrea,
il m'a dit que c'était Bruno
qui lui avait fait découvrir son homosexualité.
Mais lui, il ne l'aimait pas.
Et ce soir-là, il avait décidé de le lui dire.
Depuis quand t'aimes dessiner ?
J'ai toujours aimé ça.
Comment tu l'as compris ?
Les choses importantes se rencontrent.
- Kierkegaard ? - Non.
J'ai vérifié, c'est d'Oscar Wilde.
Ton père avait raison.
Mais ma mère a préféré que j'étudie les langues mortes.
Elle est contre le dessin ?
Non, c'est pas ça,
mais l'école où je veux aller, elle est loin.
C'est à Milan, pas loin de chez mon père.
On peut s'enfuir.
On va à Milan ensemble.
Et ta mère, elle le prendrait comment ?
Mal.
Mais ça serait génial.
Vivre ensemble ?
Oui, vivre toutes les deux.
- Bonsoir, chérie. - Bonsoir.
J'ai l'impression qu'on va manger des patates.
J'ai fait brûler la sauce que j'ai faite ce matin.
Donc ça sera pâtes et patates.
On est au bord de la famine ?
Non, j'en fais juste un peu plus.
Chérie...
T'es sûre que ça va ?
J'ai entendu parler du suicide.
Je vais bien, mais tu me distrais.
Je suis désolé.
Merci de votre présence.
Je vous ai convoqués
afin d'éviter que se répètent
des événements qui ont causé
la révélation de secrets d'instruction.
On apporte notre soutien
à la famille Saponaro pour ce terrible drame.
Ce n'est pas à nous de juger un choix
et un geste de cette ampleur.
Quand un homme se suicide,
il se prive aussi de la possibilité de se défendre.
Oui, M. Zazza.
Une question pour madame.
M. Saponaro était accusé de meurtre ?
Non, pas par moi.
Mais la presse, vous l'aviez déjà condamné.
Très bien.
C'est un moment difficile pour le Parquet et pour vous,
madame la Substitute.
Enfin,
aujourd'hui, c'est ce suicide,
la semaine dernière, les déclarations de M. Romaniello
qui vous accuse de le persécuter.
Je voulais savoir
ce que vous pensiez de votre surnom de "shérif de Matera".
Fuis-moi je te suis...
Madame la Substitute ?
Tout va bien ?
Ca peut aller.
Je pensais aller à l'enterrement d'Andrea Saponaro.
A San Pietro Barisano.
C'était pas un mafieux.
Pas besoin d'y aller pour voir qui y sera.
J'y vais pas pour ça.
Toi aussi, tu te sens coupable ?
Oui, mais vous n'avez rien à vous reprocher.
Je vais à l'enterrement de Bruno
et toi, à celui de Saponaro et on se tient au courant.
Je veux voir qui sera là.
Allô, Calogiuri ?
A part son fils
et la mère, il n'y avait personne.
Même son frère n'est pas là.
Il avait peut-être plus envie de venir d'Argentine.
Toi, c'était comment ?
Je suis déjà rentré.
Des manifestants gays militaient contre l'homophobie
au sein des institutions.
J'avais l'impression d'être en procès.
Tu vas t'y faire.
On va tous payer à cause d'un crétin,
mais là, retourne au bureau.
Je pensais vous voir à l'église.
On se connaît ?
Je m'appelle Concetta Saponaro.
Je suis la mère d'Andrea.
Je comprends votre peine,
- mais, je... - J'ai une question à vous poser.
Vous qui êtes cultivée,
qui avez du vocabulaire.
Quand une femme perd son mari,
elle devient veuve.
Quand elle perd son père
ou sa mère,
elle devient orpheline.
Comment on appelle quelqu'un qui a perdu son enfant ?
Pour ça, il n'y a pas de mot.
Je veux pas vous haïr.
Même si tout le monde dit qu'il est mort par votre faute.
Y a trop de haine dans ce monde.
L'enquête est en cours,
avant de tirer les conclusions, je ne juge personne.
Mon fils...
Il était différent des autres.
Il était spécial.
J'ai dû le protéger de la méchanceté.
Le monde est méchant, vous savez.
J'ai même pas réussi à le protéger de mon mari.
Je l'ai eu très jeune.
Ici...
Il y a des années,
ceux comme mon fils n'avaient pas leur place.
Ces mots...
Vous les connaissez.
Depuis son enfance,
elles lui collaient à la peau.
Et là, on ajoute un nouveau mot.
"Assassin."
Vous avez tué mon fils.
Et là, c'est moi que vous tuez.
Votre fils m'a avoué sa liaison avec l'architecte.
Je suis certaine
que mon fils n'a pas tué Bruno.
Parce que j'ai parlé à Bruno
deux jours avant sa disparition.
Je l'ai appelé du magasin.
Je lui ai dit de laisser mon fils tranquille.
Sinon, je l'aurais tué de mes propres mains.
Il a accepté ?
Il m'a dit que j'avais mal compris.
Qu'il voulait juste lui proposer un boulot.
Mais je savais qu'il mentait.
Andrea, après ce soir-là,
il est tombé malade.
Il a eu beaucoup de fièvre et il est resté enfermé.
Jusqu'au jour de la disparition.
Je m'en souviens.
C'était autour de Noël
qu'il y a eu le reportage à la télévision.
Et vous ?
En voyant l'émission, vous avez pensé quoi ?
Avec mon fils, on s'est dit la même chose.
Qu'avec un peu de chance,
cet homme était sorti de nos vies pour toujours.
Mais...
Il était beau, mon Andrea.
Vous trouvez pas ?
Qu'est-ce qu'il était beau.
Madame la Substitute.
Il s'est passé quelque chose ?
Désolé pour mon accoutrement.
On va pas au théâtre, Calogiuri.
Je voulais faire le point sur l'enquête.
Sans problème.
Mais là, tout est fermé, même le bar.
On peut aller à la caserne.
T'inquiète pas, on en a pour cinq minutes.
Je viens de parler avec la mère d'Andrea.
Elle est persuadée que son fils n'a pas tué Bruno,
car à cette période, Andrea était enfermé chez lui
parce qu'il était malade.
Le témoignage de la mère n'a aucune valeur juridique.
T'utilises les termes de ton manuel ?
Désolé.
L'examen arrive vite, ça me permet de réviser.
Maria Luisa est toujours contre cette idée ?
Honnêtement...
Oui.
Elle m'a encore dit
que ce concours est inutile.
Que j'y arriverai jamais.
Que je suis bon à rien.
Vous savez ce que je lui ai répondu ?
Je lui ai demandé si elle croyait en moi.
Comme ça, de but en blanc.
Vous savez ce qu'elle m'a répondu ?
Elle s'est mise à rigoler.
Ca veut tout dire, non ?
- Et tu l'as pas bien pris ? - Non.
Je l'ai envoyée au diable.
Elle, son père, les bonbonnières et tout le reste.
Bien fait pour elle.
C'est quand ton examen ?
La semaine prochaine.
Donc tu pars bientôt.
Oui, je pars dans deux jours.
Je pars en voiture avec un collègue.
Comment ça dans deux jours ?
Ca va pas ?
Excusez-moi, c'est de ma faute.
Ma mère me dit toujours que je parle trop.
Je peux faire quelque chose ?
Tu peux te taire, s'il te plaît ?
Tais-toi, Calogiuri.
Allô ?
T'es où, ma chérie ?
Pardon ?
Tout va bien ?
T'es où ? On t'attend.
Où je suis ?
C'est normal.
C'est naturel.
T'es magistrate, pas facteur.
Pourquoi je me sens si mal ?
Tu gardes tout à l'intérieur.
Tu parles jamais de tes problèmes.
Je peux pas ramener mes problèmes à la maison.
Pourquoi ?
Tu peux toujours compter sur moi.
Une épaule sur laquelle pleurer.
Non.
Je suis aussi là pour te dire quand tu fais erreur.
Même si ça arrive très rarement.
Dans ce cas, je te dirai jamais rien.
Quand j'étais petit...
J'avais...
J'aimais bien démonter les montres.
Pas les montres qu'on met au poignet.
Je parle de vraies horloges,
celles qu'on met au mur, les réveils.
Une fois,
j'étais devenu tellement bon
que j'en ai remonté une les yeux bandés.
Voilà.
Je suis certain que...
Même si tu te brises en 1 000 morceaux,
je serais capable de te rafistoler.
Et de te réparer.
Je pourrais le faire les yeux fermés.
Tu penses vraiment que c'est la bonne chose à faire ?
Allô, Diana ?
Pietro à l'appareil.
Oui, Diana, c'est moi.
Je prends un jour de repos.
J'ai des congés en retard, ça ne va tuer personne.
Mon Dieu, c'est la première fois que je fais ça.
T'as vu que tu y es arrivée.
Sinon, ma chérie,
tu veux faire quoi, aujourd'hui ?
T'as pris un peu d'eau ?
Non, j'ai oublié d'en prendre.
- T'as oublié ? - Oui.
Chérie ?
Tu es sûre...
que le seul jour de congé que tu prends depuis des années,
tu veux le passer en te baladant ici ?
Pourquoi ? Ca te plaît pas ?
Non, c'est super.
Mais tout se ressemble, non ?
Et on est pas loin de la maison.
Tu travailles là ?
- Tu bosses là ? - Non.
Regarde-moi.
Non, Pietro, je te le promets.
- Tu bosses ! - Non, je réfléchis.
A quoi ?
Aux zones d'ombre de l'enquête.
M. Rossetti ?
Et lui, c'est qui ?
Madame Tataranni.
Quelle surprise !
De me trouver ici ?
Non, vous vous souvenez de mon nom.
On s'est vus qu'une fois.
- Pietro, mon mari. - Pietro De Ruggeri.
Ettore Rossetti.
Il est de Florence, il étudie les Murge.
- Chez eux, y a pas ça. - Tout à fait.
Ici, y a un microsystème très particulier.
Il a déjà beaucoup évolué.
Les fouilles ont provoqué des dommages.
- Quelles fouilles ? - C'était il y a 15 ans.
On disait qu'il y avait ici une nécropole samnite.
Ils ont fait des fouilles
et ça a fait fuir les animaux pour toujours.
Oui, ça me revient.
Mais au final, ils n'ont rien trouvé.
Rien à part une énorme cavité.
Mais, après les fouilles,
l'endroit a perdu son label de site protégé.
Une grande cavité...
Comment vous êtes-vous connus ?
C'est lui qui a trouvé le cadavre de Domenico Bruno.
Oui, il était dans ce trou-là.
Ma femme est la pro pour faire d'une pierre deux coups.
- Comment ça ? - Rien.
Pietro, désolée, mais je vais passer un coup de fil.
Allô, Diana ?
Ecoute-moi bien.
Je veux un rapport sur le Vallone della Femmina.
Là où on a trouvé le cadavre.
Je veux tout savoir.
D'avant la disparition à aujourd'hui.
Les demandes de permis de construire, tout !
Et tout ce que tu trouves sur les fouilles faites il y a 15 ans.
Oui, très bien. Je vais l'appeler la Moliterni.
Elle a déjà appelé trois fois...
- Salut, Nikolaus. - Bonjour.
Elle, c'est Penelope.
- Enchanté. - Pareillement.
Mamie !
Brunella !
Comme t'es belle.
Elle pense qu'on a le même prénom.
A Matera, 90 % des femmes,
avant les années 70, s'appelaient toutes Brunella.
Enchantée, madame.
- C'est une compagne à toi ? - Oui.
Vous dites compagne au lieu d'amie.
T'es vraiment belle à croquer, Penelope.
Ta grand-mère habitait dans les Sassi ?
Oui.
Elle a déménagé ici dans les années 60.
Et elle ?
C'est maman quand elle avait 8 ans.
J'adore cette photo.
Mamie ?
Je peux prendre la photo de maman ?
T'as dit quoi, ma chérie ?
Merci beaucoup.
Mamie, qu'est-ce que tu fais ?
Madame, on a pas faim.
Quoi ? Vous êtes malades ?
Diana !
Quand le chat n'est pas là, les souris dansent.
- C'était drôle. - J'y crois pas.
Bonjour, madame la Substitute.
- On est allés déjeuner. - Avec Capozza ?
Mais non, j'étais avec Cleo.
Je peux pas la laisser, mon mari est pas là.
Et si y a pas de miracle, il reviendra jamais.
Encore avec cette histoire.
Tu sais que sur certaines choses, je ne change pas d'idée.
J'ai dit quelque chose ?
Non, mais évite-moi tes lamentations.
A vos ordres.
Cleo va perdre son père, mais je dis rien.
T'as le rapport sur le Vallone della Femmina ?
Tu devais pas être de repos ?
Je me repose en travaillant, ça te dérange ?
Les fouilles ont été organisées
par la Surintendance pour trouver la nécropole
qui n'a jamais été découverte.
Après ça, l'écosystème était détruit
et les lieux ont perdu le label de site protégé.
Suite à ça,
on a voulu construire un quartier résidentiel.
Le chef du projet était Giulio Bruno, le fils de Domenico.
Mais le projet n'a jamais abouti.
Cette année, Giulio a redéposé un dossier
pour un projet qui devrait s'appeler "Le Jardin".
Le Jardin ?
Je te ferai remarquer
que malgré mes problèmes, j'ai tout fait.
Tu veux que je te félicite ?
Ca fait longtemps que je crois plus aux miracles.
Capozza, t'as même pensé au champagne.
Bonjour, madame la Substitute.
C'est la fête ?
Un anniversaire ?
C'est un pot pour le départ de Calogiuri demain.
Il va passer son examen.
Ils nous le volent.
Impossible de trouver le même à Rome.
Demain, on convoque Giulio Bruno, le fils de l'architecte mort.
- Vous avez du nouveau ? - Non.
C'est une suggestion, je sais pas où ça va nous mener.
Je vous le vole deux minutes.
- Allez-y. - Excusez-nous.
Ecoute, par rapport à l'autre soir...
Vous inquiétez pas, ça reste entre nous.
Et vos sentiments vous honorent.
Très bien.
N'exagérons pas.
Je te souhaite bonne chance pour ton examen.
Et surtout, fais attention à toi.
Attends, c'est ma mère. Je reviens.
Viens, dépêche-toi !
J'ai une super bonne nouvelle !
J'ai réussi à convaincre ma mère.
- Pour quoi ? - Le lycée à Milan.
- Pour l'année prochaine ? - Non, cette année.
Comment ça ?
Elle a demandé le transfert et y avait une place.
- Tu pars quand ? - Dans deux semaines.
Tu sais que pour moi, le dessin...
T'embête pas.
Valentina...
Tu viendras me voir, OK ?
On va rester en contact.
Allez.
Bonjour, M. Bruno.
- Bonjour. - J'en ai pas pour longtemps.
J'ai quelques questions sur la mort de votre père.
Vous me confirmez qu'après la disparition de votre père,
vous avez présenté un projet de construction ?
Oui.
Pour votre père, ça a dû être un choc.
Son fils qui lance un projet qui aurait défiguré une zone
que lui essayait de protéger.
Je pense que si vous êtes sorti de sa vie,
ce n'est pas parce qu'il était gay,
mais parce qu'il s'opposait à vos projets.
Ce n'est pas si simple.
Vous ne connaissiez pas mon père.
Pour lui, son opinion était une vérité absolue.
Mais le monde est en train de changer.
Et peut-être qu'un quartier résidentiel
qui apporte richesse et bien-être, c'est mieux
qu'un beau paysage désert.
Il voulait porter plainte contre moi et mon entreprise.
Il ne croyait pas en ces fouilles.
Il était persuadé que le seul objectif,
c'était de retirer le label protégé.
Asseyez-vous, M. Bruno.
Au final, votre père n'a dénoncé personne.
Comme s'il avait pris peur.
Vous pouvez me dire quel rôle a joué votre oncle,
Santino Bruno, le frère de votre père ?
Santino Bruno...
Il a été condamné pour coups et blessures.
Il a même fait un an de prison.
Bien sûr que je connais
l'histoire de mon oncle.
Quand j'étais petit, on m'a dit
qu'on l'avait envoyé en Argentine après la prison,
pour le protéger.
Mon oncle, c'était un dur à cuire.
Mon père disait que c'était un fasciste,
un bigot, un ignorant.
Mais il le respectait à sa manière.
Vous lui avez proposé de revenir ?
J'étais persuadé que c'était mon dernier espoir.
J'ai appelé mon oncle en Argentine et je lui ai dit
que s'il arrivait à convaincre mon père de pas porter plainte,
je lui aurais donné de l'argent.
Il est venu,
mais une fois ici,
il m'a demandé...
Il m'a demandé beaucoup trop d'argent.
- Vous lui avez donné ? - Non.
J'avais besoin de temps.
Entre-temps, mon père a disparu.
Peu après, j'ai appris que mon oncle
était rentré en Argentine en catastrophe.
Attendez...
Vous pensez qu'il y a un lien
entre mon oncle et la mort de mon père ?
Vous saviez que votre père a donné 100 000 euros à votre oncle
peu avant son départ ?
Oui.
Ca m'a surpris, car mon père c'est pas le genre dépensier.
Ensuite, ça m'a énervé.
Cet argent aurait dû aller à ma mère et moi.
Dernière chose.
Pourquoi votre projet est-il tombé à l'eau ?
Vous savez ce que c'est... L'administration a changé.
Et ça va se faire dans le futur ?
Je l'espère.
On attend les élections du président de la région.
Bien sûr.
Très bien.
On a terminé, vous pouvez y aller.
- Au revoir, madame la Substitute. - Au revoir.
- Au revoir. - Bonne journée.
Alors, Diana.
Trouve tout ce que tu peux sur Santino Bruno.
On doit au moins avoir un dossier sur lui d'il y a 50 ans
qui contient ses empreintes.
Très bien. Tu penses à quoi ?
Je sais pas, une intuition.
Faut bien commencer quelque part.
Tu penses que Giulio
a demandé à son oncle de faire peur à son père
et comme ça n'a pas fonctionné, il lui a demandé de le tuer ?
J'en sais rien.
Faut qu'on sache à quelle date il est parti de Matera
quand il est venu convaincre son frère.
Tu prends des notes ?
Oui, je prends des notes,
parce que j'ai la tête ailleurs, donc c'est plus sûr.
Je suis désolée,
mais je peux pas faire ce que tu me demandes.
Je sais.
C'est pour ça que je t'en ai pas reparlé.
Qu'est-ce que tu veux ?
Je trouverai un autre moyen ou...
Je m'adapterai.
La vie, c'est pas toujours facile.
Le transfert est validé, c'est qu'une question de temps.
Mais j'ai pas le temps.
Si Giuseppe ne revient pas rapidement,
on va finir par se quitter, tu comprends ?
Si on se quitte,
je te promets...
J'en pâtirai aussi.
OK.
Salut, Imma.
Lui, c'est M. Tataranno senior.
Il a émigré en Amérique
et il est mort.
Lui aussi ? Ils sont tous morts.
A cette époque,
si t'étais pas mort-né
ou atteint de la coqueluche, de diphtérie
ou d'une autre saleté du genre,
t'avais la chance de mourir de vieillesse.
Qu'est-ce qu'il y a, ma chérie ?
Ton amie te manque ?
Comment tu le sais ?
Quand t'es venue avec elle, t'étais heureuse et là...
Tu es triste.
Oui, c'est vrai.
Elle est partie.
Où ça ?
En Amérique, comme le vieux Tataranno ?
Non, elle est plus près. Elle est à Milan.
Elle est partie suivre un de ses rêves.
Toi aussi, tu peux aller à Milan.
Mais, fais attention,
car Milan, c'est pas une belle ville.
Je peux pas à cause de l'école.
Alors...
Fais quelque chose que t'aimes.
Quelque chose que t'adores faire.
Comme ça, ça t'occupera et tu te sentiras moins seule.
Apprends-moi à cuisiner.
Tu sais pas cuisiner ?
Tu sais pas faire la viande à la scisciello ?
De la cervelle frite ?
Les tripes d'agneau ?
Non, je sais rien faire du tout.
Et il va manger quoi ton mari ?
Des patates bouillies à tous les repas ?
T'étais un peu fatigué ?
Qu'est-ce que tu racontes ?
C'est Vito qui m'a épuisé.
C'est qui, Vito ?
Le Préfet.
On joue au foot ensemble.
On joue pas au même poste et pas dans la même équipe.
Il est plus âgé que moi,
mais quand il court, c'est une bête.
Tu joues au foot avec le mari de Moliterni
et tu me dis rien ?
Y a tellement de choses que tu sais pas sur moi.
Mais non, ce sont des secrets de vestiaire.
Des amitiés de vestiaire.
Je sais plus comment on dit.
Quand il a su que j'étais ton mari,
il m'a dit que sa femme
veut organiser un dîner depuis longtemps.
Et elle y arrive pas, parce que t'es toujours occupée.
A mon avis, t'as pas envie d'y aller.
Tu sais que je déteste ces soirées.
Mais je sais que c'est mal de pas y aller.
Tu viens avec moi ?
Bien sûr.
Ca me pose aucun problème.
Non, Pietro, on vient de finir.
Je suis toujours prêt.
- Allez, arrête. - C'est l'heure des prolongations.
Pietro...
Pietro, arrête !
Imma !
J'ai du nouveau.
En enquêtant sur Santino Bruno,
j'ai découvert qu'il est parti après la disparition de son frère.
La télé s'est trompée.
Il aurait eu le temps de demander 100 000 euros à Domenico,
de le tuer et de partir. Pour quelle raison ?
Y a pas de mobile.
Qu'est-ce qu'il a fait en Argentine pendant tout ce temps ?
Après avoir reçu l'argent de son frère,
il a quitté Buenos Aires
et il a ouvert un bar de plage à Bahia Blanca.
Un bel endroit peu touristique.
Le scoop, c'est que tu vas pouvoir l'interroger.
Comment ça ?
J'ai demandé l'historique des voyages
entre l'Italie et l'Argentine, sans spécifier les dates.
Ils m'ont tout transféré.
Santino est actuellement en Italie.
Il est là pour l'enterrement ?
Il est arrivé la veille et il repart là.
Son avion décolle de Rome dans une heure et demie.
En ce qui concerne ses empreintes digitales,
faut attendre un peu, mais ça va arriver.
Ils ont déjà du mal à trouver un dossier d'il y a 15 ans,
donc quelque chose qui remonte au siècle dernier !
C'est pas mal de prendre des notes.
Elle se moque, mais elle dit pas merci.
Bravo, Diana.
- Allô, Calogiuri ? - Bonjour, madame.
Je me prépare pour l'examen.
- Bonne chance. - Merci.
Ecoute, j'ai besoin de toi.
Tout de suite ?
- Maria ? - Imma.
Ecoute, pour le dîner...
- Tu seras là ? - Oui.
C'est vrai ? Je suis ravie, Imma.
J'ai fait des orecchiette.
C'est ce soir.
Je te l'ai pas confirmé parce que t'as dit...
On sera deux.
- C'est à 20 h. - Excuse-moi un instant.
- Allô, Calogiuri ? - Il vient de monter en voiture.
Dans 4 heures, il sera à Matera.
Super, Calogiuri. Bien joué.
- Bonjour. - Madame la Substitute.
Il vous attend.
Bonjour.
Bonjour.
Enchantée, Mme Tataranni.
- Enchanté, Santino Bruno. - Je vous en prie.
J'espère que vous avez une bonne raison
de me faire venir ici.
J'espère que vous n'allez pas avoir besoin d'un avocat,
parce que vu l'heure, vous en aurez un commis d'office.
J'ai rien à cacher.
M. Bruno, vous êtes venu assister
à l'enterrement de votre frère ?
Oui.
Pourquoi n'êtes-vous pas entré
dans l'église ?
Dans la Fiat 500 que vous avez louée.
Pourquoi rester caché ?
Je n'avais pas envie.
Je suis lié à Domenico, pas à la famille et ni à cette ville.
Qu'est-ce que vous avez fait ces derniers jours ?
J'ai visité la Basilicate.
Je voulais découvrir des nouveaux endroits.
Vous savez, je suis parti d'ici,
j'avais 18 ans.
Oui, je sais.
Je sais aussi que vous avez fait de la prison
pour avoir tabassé un jeune du quartier.
C'est vrai.
Il avait insulté mon frère.
Je lui ai fait payer.
D'ailleurs, pourquoi vous a-t-il donné 100 000 euros ?
Faites une séance de spiritisme et posez la question à mon frère.
Vous connaissez ce qu'on appelle le Vallone della Femmina ?
Tous ceux qui ont grandi à Matera
connaissent cet endroit.
Vous y êtes allé
avec votre frère, quand vous êtes revenu en 2004 ?
Non.
Dernière question, M. Bruno.
Vous saviez que votre frère était homosexuel ?
Si vous voulez bien, je voudrais aller me reposer.
On m'a promis une chambre dans le coin.
Demain, j'espère être accompagné à l'aéroport.
Je veux être sur le 1er vol pour Buenos Aires.
A vos frais.
Au revoir.
Il a un garde du corps.
C'est normal, c'est le Préfet.
T'aurais dû voir l'escorte qu'il avait
au foot.
- Je sais, mais les privilèges... - Tu détestes ça.
- On fait quoi ? On monte pas ? - Je sais pas.
Diana, elle te demande pas un piston.
Il s'agit juste d'accélérer un transfert acté.
C'est pas du pistonnage.
Fais-le toi. Vous jouez au foot ensemble.
On s'adresse à peine la parole et je vais lui demander un piston.
C'est pas un piston !
Allez, viens.
Allez, on va bien s'amuser.
Voyons voir qui la connaît.
Points de suspension.
C'est quoi la suite ?
M. Vitali, on a le droit d'appeler un ami ?
C'est quoi cette question ? Je vous en prie, allez-y.
Je demande de l'aide à un ami,
je demande une voyelle.
Imma, t'es la seule
à pouvoir sauver l'honneur du Parquet de Matera
contre l'envahisseur napolitain.
Non, j'ai pas envie de me lancer comme ça.
Tataranni était célèbre pour une chose.
Au lycée, elle était nulle en version.
Ca vous va ?
J'en ai une !
Si on traduit les deux parties de la maxime, ça donne :
"Est faux tout ce qui est contraire à la vérité.
"Mais tous les fils
"sont beaux aux yeux de leurs petites mamans."
Reprenons.
Ca signifie
"Est faux tout ce qui est contraire à la vérité,
"mais qui se présente de manière à paraître vrai."
C'est beau.
C'est ce que j'ai dit.
Non, vous avez dit "ad severantur".
Alors qu'on dit "ad severatur".
Pour une consonne ?
C'est une petite erreur,
mais une erreur quand même.
Elle doit toujours avoir le dernier mot.
Elle est très pointilleuse.
Maintenant...
Qui se présente de manière à paraître vrai.
Excusez-moi un instant.
Chérie ?
Y a pas plus pointilleuse.
M. Bruno, désolée de vous déranger.
Que puis-je faire pour vous ?
Je voulais vous demander,
quelle pointure faisait votre père.
Du 40.
Vous êtes sûr ?
Domenico faisait plus d'1m80, ça me semble bizarre.
A l'école, on le surnommait Cendrillon
à cause de ses petits pieds.
Pourquoi cette question ? Vous avez du nouveau ?
On a intercepté votre oncle à l'aéroport.
On a des questions à lui poser.
Je peux pas en dire plus.
Merci et bonne soirée.
Bonne soirée.
F4 et c'est échec et mat.
Il a pris ma tour !
- Allô ? - Bonsoir, Taccardi.
J'ai une question à vous poser.
Vous vous souvenez de la pointure du cadavre retrouvé ?
Il avait de grands pieds. Du 43 ou même du 44.
Tout est dans le dossier, vous l'aurez demain.
43 vous dites ? 43.
Merci, Taccardi.
Merci et bonne soirée.
Bonne soirée à vous.
Je vais le gagner ce tournoi.
Tous ensemble.
Que les femmes.
C'est parfait, De Ruggeri.
Je vous en prie.
Allez, madame Tataranni, ne faites pas baisser le niveau.
Allez !
- Allez, ma chérie ! - Allez, madame Tataranni.
Tous ensemble.
Madame la Substitut ?
Donnez tout.
Madame D'Antoni, venez là.
Je suis désolée, Maria,
mais demain, j'ai un interrogatoire important.
Mais c'était sympa, non ?
En toute modestie, le dîner était réussi.
Oui.
Les orechiette étaient délicieuses, n'est-ce pas ?
Maintenant que Pietro et Vito sont amis,
on pourrait faire des sorties à quatre.
Bien sûr, pourquoi pas.
Maria, je peux te poser une question ?
Je t'attends dehors.
Je voulais pas te demander ça à table.
Diana...
Ma greffière.
Son mari a un petit problème.
Tu parles du transfert à accélérer ?
Je suis déjà au courant.
Elle m'a déjà posé la question.
Ca pose aucun problème.
Quand elle me l'a demandé,
elle était très gênée.
J'en ai parlé à Vito.
Super, donc tout va bien.
Oui, y a aucun problème.
Mais c'est gentil de ta part, parce que je te connais un peu...
T'es pas vraiment du genre à...
Merci pour cette belle soirée, Maria.
Je pourrais l'étrangler.
Elle est pas méchante.
- Je parle de Diana. - Je comprends mieux.
Le seul vol disponible était l'après-midi.
C'est pas grave.
Je veux partir d'ici le plus vite possible.
Je voulais profiter de ces heures en votre compagnie
pour vous poser quelques questions.
C'est vrai qu'on surnommait votre frère Cendrillon ?
Je m'en souviens plus.
Vous avez dit que le jeune que vous avez tabassé
avait insulté votre frère.
Tu peux me contrôler ça.
Tout de suite.
Allez, fais vite.
Il l'a appelé Cendrillon ?
C'était pas lié à sa pointure.
C'est parce qu'il était homosexuel.
Un gay.
Je me trompe, M. Bruno ?
Vous avez tué votre frère quand vous avez appris qu'il était gay.
C'est la vérité ?
Non.
Laissez-moi vous présenter mes hypothèses.
Vous avez découvert l'homosexualité de votre frère.
Vous comprenez que vous avez gâché votre vie
pour un gay.
L'idée vous est insupportable, donc vous le tuez
et vous le jetez dans le ravin en espérant que les loups
finissent le travail.
Mais le corps reste dans une position étrange.
Il se momifie.
Et on le retrouve tel quel 15 ans plus tard.
C'est plausible.
C'est plausible, mais...
Y a quelque chose qui cloche.
Les chaussures.
Elles sont en cuir de cabiaï.
Un animal qu'on trouve uniquement
en Argentine.
Taille 44.
Vous avez beaucoup d'imagination.
Vous vous trompez, M. Bruno.
J'ai pas une grande imagination, mais j'ai une très bonne mémoire.
Y un souci avec ces chaussures.
Malheureusement pour vous,
les empreintes prélevées il y a 50 ans, après votre bagarre,
ne correspondent pas à celles laissées sur votre verre d'eau.
Ca confirme que vous n'êtes pas Santino Bruno.
Vous êtes Domenico.
Le cadavre retrouvé dans le ravin,
c'est celui de Santino, votre frère.
Vous êtes allé à l'enterrement pour affronter votre passé.
C'est pour ça que vous êtes à Matera.
Vous vouliez parler du meurtre de votre frère.
Après 15 ans,
ce secret était trop lourd à porter.
Je me trompe ?
Je pouvais pas accepter que le Vallone della Femmina
finisse comme ça.
Que ça devienne un quartier résidentiel.
Et que mon fils soit derrière tout ça.
Giulio a appelé mon frère.
Il devait me faire peur.
Me convaincre de rien faire,
de dénoncer personne.
Santino a essayé de me faire peur.
Je lui ai demandé
combien Giulio lui avait promis.
"Je te donne la même somme si tu t'en vas."
Il m'a demandé 100 000 euros.
Je les avais.
Je les lui ai donnés.
Continuez.
Avec Santino, on est allés à la banque pour faire le virement.
Et pendant qu'on y était,
la mère d'Andrea m'a appelé.
La mère d'Andrea Saponaro.
Je crois pas que Santino ait relevé quoi que ce soit.
Il a vu que j'étais perturbé.
Je lui ai demandé s'il voulait aller au Vallone.
On y jouait souvent étant petits.
Une fois sur place,
je lui ai tout avoué.
Je pensais pouvoir lui faire confiance
après lui avoir donné tout cet argent.
Il a compris qu'il était allé en prison
pour avoir défendu un gay.
Il m'a dit que cette histoire avait changé sa vie.
Savoir qu'il avait fait de la prison pour un gay,
ça l'a mis hors de lui.
C'était de la légitime défense ?
Il était aveuglé par la colère.
On s'est battus.
J'étais sur le point de mal finir.
J'ai trouvé un morceau de fer
et je lui ai brisé le crâne.
Il est mort
sur le coup.
Et vous avez décidé d'échanger votre vie contre celle de votre frère.
Je n'avais rien à perdre.
Il avait déjà tout mon argent sur son compte.
Je pouvais pas rester à Buenos Aires.
Il connaissait beaucoup de monde.
Ca aurait été trop dangereux.
J'ai choisi un endroit magnifique.
Et c'est là
que j'ai réussi à me reconstruire.
Vous allez aller en prison.
Oui, je le sais.
Dissimulation de cadavre,
vol d'identité, homicide involontaire.
- J'ai oublié quelque chose ? - Non.
Vous savez quoi, madame la Substitute ?
Ces 15 années passées dans la peau d'un autre
ont été les plus belles de ma vie.
Mon seul regret,
c'est qu'en Argentine, j'ai un compagnon.
Il peut venir ici.
Vous en pensez quoi ?
C'est toujours impossible d'être gay à Matera ?
Aucune déclaration des enquêteurs
qui ont procédé ce matin à l'arrestation de Domenico Bruno,
le célèbre architecte dont les autorités
pensaient avoir identifié le cadavre.
Comme vous savez,
l'enquête a débuté dans la sphère professionnelle
et a été élargie à la sphère personnelle
avec la convocation du frère de la victime
qui réside en Argentine depuis des années.
Des petits indices
ont permis de mettre en lumière un meurtre
qui aurait permis à l'architecte de recommencer une nouvelle vie
en s'appropriant l'identité de son frère Santino,
la vraie victime.
Le procès va servir à éclaircir les zones d'ombre
d'une des affaires les plus sombres de ces dernières années.
La Cour est là.
Ma chérie ! Qu'est-ce que tu portes ?
Viens voir, maman.
Ma chérie !
Qu'est-ce que vous faites ?
Morue et poivrons séchés.
La recette de mamie Tataranni.
C'est bientôt prêt.
Elle aime bien cuisiner.
- Depuis quand ? - Je sais pas.
Va te reposer, on s'occupe de tout.
Allez, vas-y.
Valentina ?
Ca, on peut le mettre au four.
- Et ça ? - On peut tout mettre ensemble.
OK.
Je sais pas qui c'est ce monsieur.
Qu'est-ce que tu racontes ?
C'est ton père.
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