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Imaginez que vous etes au cinema...
J'avais 17 ans.
Et c'est par un soir de novembre - il pleuvait, je me souviens -
que je suis rentre dans l'oeuvre de Jean Gremillon,
au cineclub universitaire, rue de la Sorbonne,
ou l'on projetait Le ciel est a vous.
Il y a des cineastes que l'on adopte des la vision d'un film,
qui font immediatement partie de votre vie,
et qui ne vont plus en sortir.
Jean Gremillon est de ceux-la.
Des la complainte des orphelins dans Le ciel est a vous,
des Remorques,
je savais qu'il allait etre, comme Becker ou Ophuls,
un compagnon de vie.
Pour penetrer dans son univers,
ecoutons une des musiques de film qu'il a ecrite,
celle du Six juin a l'aube.
Le lyrisme qu'on sent dans cette musique,
il saura le faire partager a tous ses compositeurs.
Il etait intelligent, il etait cultive,
il savait ecrire, il savait peindre,
il savait composer de la musique,
il etait beau, il etait genereux,
il faisait tres bien la cuisine,
il adorait la vie...
Il avait tout pour reussir.
Et il a eu une existence
sans arret contrariee,
marquee d'echecs.
Cela venait un peu de son caractere
et d'une tres haute idee
qu'il avait du cinema.
Il aimait travailler avec les scenaristes, les acteurs.
Il etait passionne de montage.
Malheureusement, il n'aimait pas les producteurs,
et les producteurs le lui ont toujours bien rendu.
On lui faisait payer son engagement politique,
son syndicalisme,
son exigence.
L'oeuvre de Jean Gremillon est un cimetiere de projets avortes :
sujets trop sensibles, trop engages,
trop politiques,
budget trop eleve.
Par exemple, le film qu'il revait de faire sur la Commune de Paris,
ou alors celui sur les tribulations d'une troupe de comediens
dans la France de 1572,
et qui s'achevait par le massacre de la Saint-Barthelemy.
Il n'etait pas soutenu, defendu, comme il le meritait.
Il ne beneficia jamais de la meme passion que Becker, Bresson,
Renoir ou Ophuls,
et cela malgre les efforts de ses trop rares defenseurs.
Les revues ne lui consacraient pas de place.
Il n'y a pas d'interview de Gremillon.
Et il meurt, malchance supreme,
le meme jour que Gerard Philipe.
Le temps, heureusement,
a fait bonne mesure de ces injustices
et de ces atermoiements.
Revenons a la musique,
qui semble inspirer, faire palpiter sa mise en scene,
si melodique.
La fluidite des mouvements d'appareils,
le lyrisme de tant de scenes.
Ca doit vous amuser, l'homme qui bafouille,
qui ne sait pas ce qu'il dit.
Avec moi, vous perdez votre temps.
J'aime pas ce jeu.
Je suis un homme simple.
Ceux qui sont simples ne font pas tant de bruit.
lls n'ont pas honte de leur desir, de leur plaisir.
Vous etes comme les autres,
plein de scrupules, de delicatesse, et vous n'arretez pas de reflechir.
La, vous pensez des choses que personne ne saura,
et meme en voulant etre sincere, vous parleriez de travers,
pour tout cacher.
Pourquoi vous me dites ca ?
- Qu'attendez-vous de moi ? - Rien.
Mais si. Parlez, puisque vous etes sincere.
Qu'attendez-vous de moi ? Que voulez-vous ?
Et vous, que voulez-vous ?
Vous.
- Ecoutez... - Taisez-vous. Embrassez-moi.
Embrassez-moi.
Et l'apprehension de l'espace, de la nature, chez Gremillon,
le lyrisme des paysages.
Qu'est-ce que c'est ?
C'est la ceremonie des Proella,
ca veut dire : le retour des ames au pays.
Gremillon etait un realiste
qui depassait le stade du realisme
pour atteindre un certain lyrisme.
Il y a des moments presque lyriques dans ses films les mieux reussis,
et surtout dans ceux qu'il revait de tourner un jour.
La grande force de Gremillon est de penetrer
a l'interieur de sentiments tres intimes,
la solitude d'une femme,
un amour qui nait brusquement,
et de saisir dans un meme mouvement
ce qu'ils peuvent avoir de sublime et de douloureux,
de courageux et de devastateur, comme dans Le ciel est a vous,
cet extraordinaire portrait d'un couple qui s'aime.
Madeleine Renaud,
comedienne que Gremillon a toujours su magnifier,
et Charles Vanel sont absolument sublimes.
- Ne dis rien. - Regarde-moi.
- Tu voudrais partir quand meme ? - Si tu veux bien.
Mais non. Rappelle-toi hier soir...
Non. Mais oui, je me souviens de tout.
Je me souviens aussi des privations et des peines,
mais je suis sure de moi.
Et puis l'appareil, tu l'as bien prepare.
Moi, qu'est-ce que tu veux, j'ai confiance.
Je sais plus.
Enfin, la plus grande preuve d'amour,
c'est de te dire oui ou non ?
C'est de dire oui, Pierre.
Allez, tu peux partir.
Et maintenant,
regardez tout ce que font passer Vanel et Gremillon.
- Bonjour, papa. - Bonjour.
Et maman ?
Viens, tu vas attraper froid.
- Maman n'est pas la ? - Elle viendra plus tard.
Tu n'avais pas dit a quelle heure tu venais, dans ton telegramme.
Oui, j'avais oublie.
Et puis ca dependait de...
- Et grand-mere ? - Elle pleure tout le temps.
Ah !
Ecoutez, mes enfants. Soyez gentils.
Elle va bientot rentrer, maman ?
Mais oui, mais oui, mais...
Ces jours-ci, il faut etre tres sage.
Comme si elle allait rentrer d'un moment a l'autre.
C'est ce qu'elle veut.
Meme si elle devait rentrer plus tard,
tu comprends ?
Je comprends pas tres bien.
Eh ben... Eh ben, fais comme Jacqueline.
Elle dit rien, mais elle comprend tres bien.
- N'est-ce pas, Jacqueline ? - Oui, papa.
Vous avez pense au mariage ?
Oui, j'ai bien pense.
Mais tous ces enfants,
ca m'a distraite.
40 eleves, ca tient de la place.
Ca me fait plaisir que vous soyez venue.
Vraiment ?
Oui.
Je n'ai pas d'eleves, moi.
Vous les aurez tous, et les parents avec,
quand vous aurez passe 20 ans ici.
20 ans. Ca a l'air d'une condamnation,
et finalement, ca passe tres vite.
Dans l'evocation de ses sentiments, de ses passions,
il y a aussi des dissonances, des virages abrupts,
comme dans Pattes blanches.
Il fait chaud.
Ce carrousel de personnages hantes,
cette cantate pour des ames perdues
qui transcende un splendide scenario
coecrit par Jean Anouilh
qui devait le mettre en scene,
joue genialement
par des acteurs et actrices formidables :
Paul Bernard,
Arlette Thomas,
Suzy Delair
et Michel Bouquet.
Elle est belle.
Elle sent bon.
Ca sentait bon jusque sur la route.
Cette fille n'est pas pour toi.
Il a dit que c'etait sa niece.
C'est pas sa niece, je le sais, moi.
Elle est pour le gros Jacques.
Leve-toi.
Non ! J'aurai jamais de femme, jamais.
Ne dis pas de betises.
Cineaste engage, attentif au metier,
au contexte social,
il savait donner une vraie densite emotionnelle aux rapports de classe.
- La robe est repassee ? - Oui.
Elle est reveillee ?
Je sais pas.
Je t'ai dit de lui monter son cafe, une fois reveillee.
Tu dois la servir comme une dame.
Allez, va lui preparer un plateau.
Un plateau ?
Oui, un plateau.
Et avec un napperon, comme a l'hotel.
- Il y en a pas, ici. - Trouves-en un.
Dainah la metisse, film massacre.
Il en reste
4 bobines suffisamment fortes, intrigantes,
pour nous faire rever sur ce qui a pu etre coupe.
On rentre dans l'histoire comme par effraction.
Il y a d'abord 34 plans,
de mer, d'oiseaux, de bateaux,
entre le generique et la 1re scene,
mais il y a ensuite tant de details insolites,
tant de plans etranges,
esthetes,
camera basse avec avant-plan,
contre-plongee a effet,
plongees dans les cursives et les escaliers,
qu'on reste accroche, touche, emu,
malgre les trous de la narration.
Sans parler de la surprenante utilisation du jazz.
Et de cette extraordinaire sequence de danse
avec tous ces personnages masques.
Parmi les personnages principaux,
incroyable originalite,
ce docteur noir,
intelligent, raffine,
joue avec elegance par Habib Benglia.
Y a-t-il un seul personnage equivalent
dans le cinema americain de l'epoque ?
J'en doute.
Vous avez laisse vos amis au fumoir ?
Sans doute.
Vous etes cruelle.
Comment peuvent-ils se passer de vous ?
On peut se demander si Gremillon et Charles Spaak,
son fidele collaborateur,
n'ont pas songe a Othello.
Vous abusez peut-etre un peu de la liberte que je vous laisse.
Et puis comment mieux lui rendre hommage
qu'en l'ecoutant nous parler d'Andre Masson,
dans ce court-metrage magnifique
dont il composa aussi la musique.
Il faut etre vide devant sa toile,
etre vide pour ressentir le tout.
Il y a, dans les gestes d'un peintre,
quelque chose de nostalgique.
La nostalgie d'un tres lointain pays natal ou il voudrait revenir,
et ou il reprendrait racine dans les vieux mythes de la terre,
de l'eau, de l'air et du feu.
Supports d'images,
qui vont devenir, par la magie de son art, substance poetique
et par lesquelles la chose representee va prendre,
non pas ressemblance, mais signification.
Et revoyons
cette fin de Remorques, que Prevert n'aimait pas,
critiquant son cote religieux.
Il avait completement tort,
car cette fin est tout a fait typique du talent,
du genie de Gremillon,
de la maniere qu'il avait de depasser le realisme
pour acceder au lyrisme le plus pur.
Delivrez, Seigneur.
Comme Noe du deluge.
Delivrez, Seigneur.
- Delivrez. - Comme Abraham de la ville d'Ur.
Delivrez, Seigneur. Delivrez.
- L'ame de votre servante. - Comme Isaac de la main de son pere.
Delivrez, Seigneur. Delivrez.
Comme Vous avez delivre Moise des mains de Pharaon,
roi des Egyptiens.
Delivrez, Seigneur.
L'ame de votre servante, delivrez-la.
Comme vous avez delivre Daniel de la fosse aux lions.
Les 3 jeunes lepreux de la fournaise ardente.
Et puis il y a Max Ophuls,
qui va devenir un autre de mes cineastes de chevet,
un compagnon des bonnes et des mauvaises heures
aupres de qui on retourne
des qu'il s'agit de se rechauffer le coeur.
Des le 1er episode du Plaisir,
j'etais happe par la voix du narrateur,
par la voix de Maupassant.
J'ai ete entraine dans un tourbillon,
une frenesie de mouvements ou la camera valse,
court avec le heros dans une urgence folle,
comme si la vie, sa vie, dependait de ce mouvement.
Au milieu de cette foule apparut un homme.
Un homme maigre vetu en dandy.
Il avait l'air d'une figure de cire du musee Grevin,
d'une etrange caricature du charmant jeune homme
des gravures de mode.
Vous etes en retard, mon cher ! Vite, allons.
Et maintenant, mesdames et messieurs,
venez voir monsieur Antoine.
Des le pique-nique des pensionnaires de la maison Tellier,
moment de bonheur vole a la vie.
Et cette cour maladroite et touchante
que fait Gabin a Danielle Darrieux...
Dites, madame Rosa,
quand je suis monte dans votre chambre,
j'avais bu, j'etais un peu chaud.
Alors il faut m'excuser, il faut pas m'en vouloir.
Merci.
Ah oui, c'etait :
Combien je regrette Mon bras si dodu
Ma jambe bien faite Et le temps perdu
Il fallait faire venir un piano.
Nous etions a 12 km d'une ville,
et on est alles chercher un piano.
C'etait extraordinaire de voir toutes ces dames en 1880
avec un piano dans un champ pour apprendre la chanson.
Dans notre cineclub, le Nickel Odeon,
nous avions programme
certains des films qu'il tourna en Amerique,
ou il s'etait refugie pour fuir le nazisme.
On ne les montrait nulle part.
L'Exile, avec Douglas Fairbanks Junior,
Les Desempares, avec James Mason.
J'epaulerai Pierre Rissient
quand il ressortira Lettre d'une inconnue,
immense chef-d'oeuvre totalement meconnu a l'epoque.
De retour en France, Ophuls, cet eternel exile,
s'integre des La Ronde.
Mais comme le dit Jacques Lourcelles,
pour y faire son cinema, dont la difference avec ce qui l'entoure
saute aux yeux.
Dans La Ronde,
jamais dialogues aussi litteraires
n'ont ete entendus dans le cinema francais,
jamais les acteurs n'ont ete diriges
avec autant de familiarite et de recul.
Emma, tu vas me jurer une chose :
jamais tu ne te lieras avec une femme
qui n'est pas irreprochable.
Je sais, tu ne cherches pas ces frequentations,
mais ces femmes de reputation douteuse
recherchent la societe des honnetes femmes
par une sorte...
de nostalgie de la vertu.
C'est tres profond, ce que je dis.
Elles ont la nostalgie de la vertu.
Elles souffrent de leur indignite.
- Tu crois ? - J'en suis sur, mon petit.
Songe a cette existence de ruse, de mensonges et de perils constants.
Elles payent bien cher le peu de bonheur...
Meme pas de bonheur. De...
Plaisir ?
Comment peux-tu appeler ca "de plaisir" ?
Je suppose, sinon elles...
C'est un vertige.
- Un vertige. - Mais oui, un vertige.
Enfin, tu en as profite.
Oui, une fois.
Nous sommes a Vienne.
Jamais un schema aussi abstrait
n'aura autant seduit le grand public.
Changeons de costume.
1900.
Nous sommes dans le passe.
Cette originalite eclate des l'ouverture.
J'adore le passe.
C'est tellement plus reposant que le present.
Et tellement plus sur que l'avenir.
Avec Anton Walbrook, acteur genial en meneur de jeu,
qu'on a redecouvert dans les films de Powell et Pressburger.
Jack Nicholson m'avait dit que pour lui,
Walbrook etait le plus grand acteur du monde.
Il disait que le film a costume
permettait de degager
les grandes lignes des sentiments,
car on n'avait pas besoin de se noyer dans le detail.
C'etait une facon de...
de rendre un film plus abstrait.
Pour que l'amour commence a rendre, que manque-t-il ?
Une valse.
Voici la valse.
La valse tourne...
le carrousel tourne...
et la ronde de l'amour peut tourner aussi.
Tournent, tournent mes personnages
La terre tourne
Jour et nuit
Comme les autres chansons dans les films d'Ophuls,
les paroles de cette valse sont ecrites par Louis Ducreux,
ce cher Ducreux que j'ai dirige dans Un dimanche a la campagne.
Tu donnes ton corps
Mais tu gardes ton ame
Les hommes se damnent
Pour t'offrir des tresors
Ton regard est si tendre
Ainsi dans ton velours
Quand tu dors et tu valses
En passant pres de nous
Ophuls estimait que le plan fixe etait contraire a la vie.
Ses films sont un festival de mouvements tourbillonnants,
de travellings circulaires
qui dynamisent, amplifient les mouvements des personnages
ou leur immobilite.
Posez des questions, messieurs dames,
Lola Montes vous repondra.
Aux questions les plus choquantes...
aux questions les plus intimes...
aux questions les plus indiscretes...
sur sa scandaleuse carriere de femme fatale.
Citons a nouveau Jacques Lourcelles :
"Le mouvement qui anime chaque sequence et l'ensemble de l'oeuvre
"contient la reponse
"aux questions que pose l'univers d'Ophuls."
Avez-vous de bonnes nouvelles de votre mari ?
Excellentes, merci.
"Qu'est-ce que la frivolite ?
"Ou commence la gravite ?
"Ce mouvement les transforme l'une en l'autre
"comme il transforme les personnages."
Deux jours sans vous voir.
Mon chef de cabinet se plaint de ma nervosite.
Ces mouvements epousent les partis pris dramaturgiques,
les aiguisent,
par exemple la,
en ne penetrant jamais dans la maison Tellier,
une maison close.
Madame, issue d'une bonne famille de paysans,
avait accepte cette profession comme elle serait
devenue modiste ou lingere.
Le prejuge n'existait pas, dans la campagne normande.
Le paysan disait : "C'est un bon metier",
et il envoyait son enfant tenir un harem
comme s'il s'agissait d'un pensionnat de demoiselles.
- Mon chapeau. - Oui, papa.
Henri Jeanson, admirateur d'Ophuls,
l'avait surnomme "Marche Ophuls".
- Et ma canne. - Oui, papa.
A cause de sa predilection pour les escaliers.
J'arrive, papa.
Vous savez tres bien...
Vous savez que je ferais n'importe quoi pour vous.
Etes-vous vraiment mon ami ?
Vous m'aimez un peu ?
Beaucoup.
Beaucoup ?
Quand la camera monte, descend,
tourne, c'est pour mieux penetrer au coeur de ces rondes,
ou l'on court jusqu'a s'epuiser
a la recherche du plaisir,
du bonheur, de la volupte.
Ces rondes qui sont orchestrees
par des meneurs de jeu au moins dans trois films.
Maintenant, la ronde commence.
Du spectacle !
De l'emotion !
De l'action !
Dans Madame de..., il les remplace par des bijoux.
Je ne les ai plus.
Vous n'en portiez pas, ce soir.
J'ai perdu mes boucles. Elles ont du tomber.
Vous ne les portiez pas.
Je l'ai remarque quand nous sommes sortis.
Dans ce film mozartien,
merveilleusement dialogue par Marcel Achard,
ce mensonge futile va declencher, d'enchainement en enchainement,
une tragedie bouleversante.
J'ai perdu ces boucles d'oreilles. Je suis la seule coupable.
Ne faites pas payer aux autres la negligence de votre femme.
Vos desirs sont des ordres, ma chere Louise.
Mais etes-vous certaine d'avoir perdu ces bijoux ?
Naturellement.
Ophuls dissimule les decisions les plus dramatiques,
les plus poignantes,
derriere des details, des pretextes prosaiques.
Je mens si mal.
Oui, mais une fois n'est pas coutume.
Quoi qu'il en soit, j'ai commis une maladresse.
Pardon.
Pardon ?
Pardon.
Repetez encore.
Pardon. Je vous demande pardon.
- Vous etes un peu dur d'oreille. - On l'est tous, dans l'artillerie.
Quand on dit que Mme Bovary, c'est moi,
je crois que Max Ophuls,
Danielle Darrieux dans Madame de..., il etait Madame de....
Et cette souffrance,
il l'a connue en amour, et aucun homme
n'a montre aussi bien,
et peut-etre mieux que Louise de Vilmorin, qui...
Il a ajoute une profondeur a ce que vous avez aime dans ce film.
Le cote qu'en amour on n'a pas le droit de mentir,
meme sur une petite chose,
et que quand la confiance s'en va, il n'y a plus d'amour.
Au revoir, cher ami.
Au revoir.
Derriere cette debauche de recherche visuelle,
d'invention stylistique,
Ophuls rejoint les preoccupations morales,
metaphysiques,
du Rossellini de Stromboli ou d'Europe 51.
Revenez bientot.
Je ne vous aime pas.
Je ne vous aime pas.
Revenez.
Ces heroines, et surtout Darrieux,
inouie, sublime dans Madame de...,
se depouillent, comme Ingrid Bergman,
de tout ce qui est superficiel,
pour retrouver leur ame.
Il atteint avec des moyens radicalement differents
la meme purete, la meme profondeur.
Notre bonheur conjugal est a notre image.
Ce n'est que superficiellement qu'il est superficiel.
"Il adorait la 'frivolite serieuse'", dit Marcel Ophuls, son fils,
et j'aime cette expression.
Elle convient si bien a tous ces grands chef-d'oeuvres
qui partagent une coherence dramatique,
une ambition,
un niveau de perfection absolument siderant.
Vous traversez des moments difficiles ?
Eh bien,
nous les traverserons ensemble.
Napoleon a eu tort deux fois dans sa vie :
a Waterloo
et quand il a dit qu'en amour,
la seule victoire, c'etait la fuite.
Il faut braver l'adversaire.
Vous le pouvez.
Et ses films nous parlent de manque,
d'absence...
Vous pouvez tout ce que vous voulez.
...d'un bonheur qui s'enfuit,
de personnages qui passent a cote les uns des autres.
Vous etes fiere.
Je vous respecte.
Je vous admire.
Et je vous aime.
Je vous demande
a vous,
Lola Montes,
je vous demande si vous acceptez le filet.
Oui ou non ?
Oui ou non ?
Accepte.
Tu finiras par te casser la figure.
Je te jure que si tu te maries, je me tue.
Eh ben, tue-toi.
Tu as tort de me defier, Jean.
Je me jetterai par la fenetre.
C'est la-haut.
La-haut !
Ah.
Non !
Non !
Il l'epousa.
Et comme la vie etait finie pour lui,
il ne lui resta plus qu'a travailler.
Voila toute l'histoire.
Tu ne le salues pas ?
Il ne m'a pas pardonne mon intervention.
Il a trouve l'amour, la gloire, la fortune.
Est-ce que ce n'est pas le bonheur ?
Tu m'avoueras que tout cela est bien triste.
Mais, mon cher,
le bonheur n'est pas gai.
Vous chercherez en vain cette derniere phrase dechirante
chez Maupassant.
Elle parait totalement autobiographique.
C'est-a-dire, pour citer Anatole France,
qu'elle ne doit rien a la mode et tout a la verite humaine.
Je crois que pour durer, il faut avoir peur,
il faut avoir peur constamment.
Il faut avoir peur de la critique, du public,
de la censure.
Je plains ceux qui n'ont pas peur.
Je crois qu'une carriere de cineaste
est faite de modestie,
d'humilite,
et c'est, je crois, comme ca qu'on peut arriver
a quelque chose de gentil.
A priori, il n'y a rien en commun entre cette declaration touchante
et les ambitions revendiquees par Ophuls et Gremillon.
Pourtant derriere cette modestie se cache une oeuvre attachante,
souvent passionnante,
dont les qualites sont comme passees en contrebande.
Il m'a fallu du temps pour comprendre,
pour cerner la personnalite d'Henri Decoin,
meme si tres tot
j'ai beaucoup aime certains de ses films.
J'ai pris du temps pour parvenir a sentir
ce qui les unissait.
Par exemple, La Verite sur Bebe Donge,
magnifique et tres feministe adaptation de Simenon,
tres bien ecrite par Maurice Auberge,
scenariste de Becker.
La mise en scene de Decoin, dans son acuite,
m'avait paru proche de celle d'Otto Preminger.
Dans ce portrait de femme au si doux visage,
genialement incarne par Darrieux,
et dans la longue sequence finale
avec ses changements de plans, d'axes,
si fluides et si evidents.
Que diront les gens ?
Ils ne diront rien, ils ne viendront pas.
Les derniers plans aussi m'avaient etonne.
Il y avait donc d'autres cineastes que Melville
qui filmaient la nuit en prenant des risques.
Ces partis pris visuels,
je les ai retrouves 2, 3 ans plus tard,
dans Les Inconnus dans la maison.
Les passants
se hatent sans detourner la tete,
et...
Voici le chronometre geant de chez Tellier
qui ruisselle de partout.
Vous allez voir la tete de cheval doree
de la boucherie hippophagique.
La voila,
triste et morne.
Et dans Razzia sur la chnouf,
dans ce desir de filmer les protagonistes a contre-jour,
qui se melait a un ton documentaire assez rare dans le cinema francais,
un ton neutre,
depourvu de toute exaltation,
de tout pittoresque,
de toute empathie pour les truands...
Je vais crever, vous entendez ?
Je vais crever !
Avec, en revanche, une vraie chaleur,
une sympathie pour les victimes.
Donne-lui un peu de came.
Les drogues, montres avec un realisme rare a l'epoque...
Emmenez-la et donnez-lui ce qu'il faut.
Viens avec moi.
Allez, viens.
Je vais t'en donner un peu.
En parlant de milieu, de regard,
Le Cafe du Cadran est un des seuls films de l'epoque
qui evoque avec justesse
ce monde des journalistes
qui venaient terminer leur article au bistrot
en se pochetronnant avec les autres habitues.
Le scenario avait ete ecrit par Pierre Benard,
directeur du Canard enchaine depuis 1936,
et qui joua un role tres important
dans la presse clandestine sous l'Occupation.
Bruno veut mettre la main sur le journal.
Le patron se laissera faire ?
Un journal, ca se vend.
Mais ca se laisse pas acheter.
- On s'en fiche. - Et si on te vire ?
Notons que ce cafe existe toujours.
M. Biscarra veut un cafe au lait.
pas un aperitif. - Non, ca va.
Changez-moi ca.
C'est ce qu'il appelle son cafe au lait.
Comment ? Vous pouvez, le matin, a 5 h ?
A mon age, on supporte plus les melanges.
- Je ne change rien. - Et ca vous fait pas mal ?
J'ai le foie qui me pese un peu sur la cuisse,
mais on s'y fait.
Oui, oui, oui.
Henri Decoin etait considere comme un bon cineaste commercial,
capable, parfois, de bien filmer les scenarios qu'on lui donnait.
J'avais senti qu'il y avait quelque chose d'autre.
J'avais peu a peu repere ce qui me semblait unir, souder,
ses meilleurs films :
une absence d'effets, une legerete de ton,
une fluidite dans le decoupage,
un sens du rythme,
et cette maniere d'apprehender l'espace
qui faisait la force du cinema americain,
qu'il avait compris et assimile
avant meme Jacques Becker.
Battement de coeur, cette merveilleuse comedie,
le prouve constamment,
et cela des l'ouverture,
avec un Saturnin Fabre royal,
qui dirige une ecole de pickpockets.
Votre camarade Hector,
dont nous etions sans nouvelles,
ne reviendra pas parmi nous.
Cet imbecile d'Hector vient de se faire pincer...
Va fermer la fenetre.
Cet imbecile s'est fait pincer comme un debutant, un amateur.
On l'a surpris au moment ou il tirait le portefeuille du voisin
avec une legerete d'hippopotame,
et un portefeuille qui ne contenait que 50 F,
je l'ai lu dans le journal.
Le triomphe.
Je l'avais prevenu :
"Tu n'es pas au point."
Il a voulu passer outre, tant pis.
Pauvre Totor.
C'est 3 mois de taule.
Arlette.
Montre-leur.
L'innocence.
L'etonnement.
La revolte.
La peur.
Les yeux suppliants.
Bravo.
Elle va vous dire la 1re phrase de l'exercice
que vous referez devant votre glace ce soir.
Vas-y, Arlette.
Moi, monsieur ?
Non, ce n'est pas moi.
Je vous le jure.
Voila le travail.
La theatralite revendiquee et coquasse des situations,
le rythme de la narration
servent d'ecrin a une Danielle Darrieux eblouissante,
qui passe du marivaudage a la farce
avec une grace absolument confondante.
Alors reprenons, mademoiselle.
Je suis dans un pensionnat de jeunes filles.
J'y retourne demain.
C'est mon 1er sejour ici et mon 1er bal.
- Ca, c'est vrai. - Parfait.
- Et vous etes ? - Je suis crevee.
Non. Qui etes-vous ?
- Mlle Arlette Lechevalet. - De Chevillet.
Mlle Arlette de Chevillet, votre niece.
- Ne reniflez pas, mon petit. - Bien.
J'ai mal aux pieds.
Je vais mettre mes grolles.
- Mes chaussures, quoi ? - Non, non, non.
Je suis tellement plus a mon aise.
J'ai dit non.
Vous etes encore plus em...
empoisonnant que votre patron.
Il n'est pas mon patron, mademoiselle, il est mon chef.
Dans notre monde, on appelle un ambassadeur "Son Excellence".
Merci, baron.
- J'ai mal aux nougats. - "Aux nougats" ?
Dans notre monde, on appelle les pieds des nougats.
On regagna Paris par le train de banlieue.
Mais il gardait ses racines francaises,
par exemple dans Les amoureux sont seuls au monde,
ou le ton giralducien de Henri Jeanson
entraine des audaces narratives que Decoin filme avec une aisance,
un naturel incroyable,
comme ce dialogue en off
sur une suite de travellings.
On dirait du Resnais.
- Je t'ai dit... - "De quel cote allez-vous ?"
Je t'ai prise brusquement par le bras.
- Nous avons failli... - Nous faire ecraser par un taxi.
- Ben quoi, les amoureux ? - J'etais ravie.
- Et nous avons deambule... - Longtemps.
Tu me racontais de longues histoires.
Je faisais semblant de ne pas m'apercevoir que tu m'embrassais.
Je t'embrassais pour justifier ma presence.
On s'est retrouves je ne sais plus ou.
Tu m'as dit : "Mon village, c'est l'ile Saint-Louis."
Nous ne l'avons jamais quittee.
Et tu l'as aimee tout de suite.
Puis j'ai decouvert son attirance pour les sujets sur le couple,
la seduction, le poids du temps, les liens qui persistent,
et cela dans plusieurs films.
Tiens,
c'est notre anniversaire, Elisabeth.
J'ai rien pu t'acheter.
Si tu savais comme je t'aime.
Si tu ne peux pas t'en empecher...
- Il n'y a que la mort qui puisse... - Je suis passee par la.
Moi, c'est fini. Je ne t'aime plus.
Mais si je meurs, Elisabeth,
on te jugera.
Ils ont des lois, et puis
ils te condamneront, ils t'acheveront.
Je sais.
Tu ne te defendras pas ?
Defendre quoi ?
Toi et notre enfant.
Rappelle-toi comme nous l'avons fait.
Il existe.
Il existera sans nous.
Le roman de Simenon,
c'est une jolie chose,
mais en le tournant, avec les images,
ca s'est accentue,
et j'ai compris que la, sur l'ecran,
il y avait le probleme du couple,
un des plus grands problemes du monde.
Mon premier
C'est un coeur timide
Qui pour moi
Ne saurait jamais mentir
Mon second,
C'est deux bras solides
Ou l'on peut
Si bien se blottir
J'aimais comme il mettait en avant les personnages feminins,
tous ceux joues par Darrieux, qui avait ete sa femme...
A les imaginer...
Mais aussi
Renee Devillers.
Il joue remarquablement.
Elle joue remarquablement.
C'est une femme.
Non, une jeune fille.
- Une jeune fille ? - Oui. Ecoute.
Elle joue bleu.
Elle a de l'imagination et de la sensibilite.
Et le propos, la morale, etaient souvent feministes.
Regardez un chef-d'oeuvre comme Retour a l'aube,
avec ses etonnants changements de ton.
Etes-vous heureux ?
Je suis heureux que vous soyez ma femme.
Et vous, etes-vous heureuse ?
Tres heureuse.
Pourquoi souriez-vous ?
Parce qu'a minuit, je pourrai pas voir le rapide de Budapest.
Vous me comprenez, Anita ?
On passe de la comedie maritale douce amere
a un propos beaucoup plus apre,
quand Darrieux se retrouve seule a Budapest
poursuivie par une bande de mufles machistes.
- Je suis grise. - J'irai vous prendre a l'hotel.
A l'hotel ?
Oui, mais gardez le secret. Pas un mot a Austen.
C'est un ami. Il faut etre correct.
Je vous adore.
Il est infect, cet Austen.
Il m'a raconte tout ce que vous faisiez ensemble.
Je sais deja que vous avez un corps adorable.
Et brusquement, on bascule dans le film noir, nerveux, brutal.
Bouge pas. Fais semblant de dormir.
Je ne veux pas que vous telephoniez a Weber.
Ne telephonez pas.
Je vous ai dit la verite, mais ne faites pas ca.
Je ferai tout ce que vous voudrez.
Je vous dirai tout.
Je vous en supplie, ne telephonez pas.
Je n'ai rien fait de mal, je vous jure.
Rien, rien !
Assez, vous me faites mal.
Vous me coupez les bras. J'ai trop mal.
J'ai trop mal.
Enleve-lui les menottes.
J'ai mal.
Et ces moments si rares
des Amoureux sont seuls au monde,
quand Jouvet vient offrir une valse a sa femme.
- Vous m'etonnez. - La chanson...
La chanson d'amour
que je n'ai pas ecrite en 19 ans, je l'ai trouvee
en marchant, et sous sa forme definitive.
Je ne l'ai pas encore jouee, mais je l'entends deja.
C'est une valse, naturellement, et populaire.
Une valse encore sans paroles.
C'est merveilleux, non ?
Oui, c'est merveilleux.
Drole de ton. Ca ne te fait pas plaisir ?
Je suis un peu emue.
Tu m'apportes une valse en pleine nuit, 19 ans apres,
ca me choque.
Ecoute-la.
Attends que je la retrouve.
Je sais juste le 1er vers du refrain.
Je demanderai a Ludo d'ecrire les couplets.
La voila.
Et un jour, je lis le livre de Didier Decoin sur son pere,
et je decouvre une vie incroyable.
Il vient non pas de la misere, non pas du quart-monde,
mais de ce qu'il y a en dessous. De ce qu'il y a en dessous.
Papa a traverse la Seine le soir de Noel,
en s'enduisant le corps d'huile pour avoir moins froid,
en demandant des pieces aux gens qui etaient dans les voitures,
pour faire vivre sa famille.
Une vie qui explique la presence de films moins interessants.
Decoin etait obsede par le besoin de travailler.
Il ne pouvait pas tourner un film sans avoir un autre projet derriere.
Quand on a connu la faim,
on veut se proteger et surtout proteger les siens.
Quand il ne pouvait pas faire aboutir un projet personnel,
Decoin se rabattait sur un sujet de commande,
dit Michel Deville qui a ete son assistant,
en sachant tres bien
qu'il etait moins interessant,
mais que c'etait du boulot, et il pouvait esperer le sauver.
Ses dernieres annees furent decevantes,
et on l'imagine de plus en plus deboussole
par les attaques qu'il subissait.
Pour en revenir a son enfance,
il sera sauve par le sport.
Il sera champion de France du 400, 500, 1 500 metres
nage libre et recordman du 200 - 1 500 m.
Il avait fait partie de l'equipe olympique de water-polo de 1912,
et de cette cascade de records,
il avait garde le gout de la vitesse et de la combativite.
Chaque film etait un match qu'il fallait remporter rapidement.
Il pensait et filmait vite.
Durant la guerre...
Il avait appris le pilotage pour la guerre 14-18.
Oui. Il etait, a ce moment-la, zouave,
dans les tranchees, et un avis etait passe
cherchant des volontaires pour etre pilote.
Il a prefere etre au-dessus
qu'en dessous,
et donc il s'etait propose
pour etre pilote,
et ca l'avait enchante.
Il attaquait les saucisses allemandes,
ces ballons d'observation...
Il adorait ca car c'est difficile a rater.
Il a eu des faits d'armes assez glorieux.
Quatre citations a l'ordre de l'armee.
C'est ici la retraite d'Henri Decoin,
26 films comme metteur en scene en 20 ans.
Vie extraordinaire donc,
digne de tous ces risque-tout qui peuplent le cinema americain,
de Raoul Walsh a William Wellman et Victor Fleming.
Et il n'en parlera jamais,
dans aucune interview,
par pudeur, me dit son fils :
"Quand on a fait quelque chose, inutile de s'en vanter."
C'est cette meme pudeur qui lui fait choisir des films de genre,
ou de faux films de genre,
car les meilleurs, il les detournait.
En tout cas, des films ou il pouvait se refugier
pour ne pas avoir l'air de parler de lui, en tout cas directement.
Sauf brievement dans un tres mauvais film, Bonnes a tuer.
J'ai creve de faim pendant 18 ans.
Mes souvenirs d'enfance sont des tiraillements d'estomac.
Des souvenirs de honte, des que j'ai commence a comprendre.
Tu ne m'avais jamais raconte ca.
J'aime pas m'en souvenir. Pardon.
Sauf aussi dans Au grand balcon,
magnifique film, vibrant, personnel.
Oh ! Qu'est-ce qui lui prend ?
Perte de vitesse.
Decoin rendait hommage a des aviateurs
qu'il avait cotoyes et bien connus,
Doret, Mermoz.
- Tu m'entends ? - Ca va.
Attention, doucement ses jambes.
Voila, par ici. Ho, brancard !
Et le courrier, personne n'y pense ?
Descendez les sacs et sautez sur les extincteurs.
Pierre Fresnay y est absolument remarquable.
Il est une sorte de double du realisateur
dans les valeurs qu'il defend.
Il y a la comme une sorte de manifeste esthetique :
refus de l'epate, de l'esbroufe,
respect du travail artisanal au sens noble du terme,
de la collectivite.
- Content de vous ? - Je crois.
- Vous croyez ? - Parfaitement.
Pas moi. Pour les acrobates, il y a les cirques.
Vous partez ?
- Oh, oui. - Je vois.
Indiscipline.
Pretentieux.
J'ai bien pilote.
Pas pour moi. Pirouette de cabotin.
Je regrette.
Et mauvais caractere. On vous dressera, jeune homme.
Mais vous me mettez a la porte.
J'ai jamais dit ca.
Allez vous mettre a la disposition du mecanicien chef Vuillemin.
- Je suis pilote. - Ici, tout le monde est ouvrier.
Et tous les ouvriers se valent.
Auquel repond Jouvet dans Les amoureux...
J'aimerais vous entendre plus facilement, plus tranquillement.
J'ai besoin de conseils.
Sans doute, peut-etre.
Et a quoi bon ?
Il faut apprendre a vous mefier de la virtuosite.
Ensuite, c'est affaire entre vous et le silence.
Les beaux sons viennent du coeur.
Tout le reste est technique.
Comme dit l'autre : "On est prie d'apporter son ame."
Il est passionnant
d'etudier les rapports entre Decoin et la musique,
entre Henri Decoin et ses compositeurs.
Beaucoup de ses films beneficient de partitions magnifiques.
Notons, par exemple, que ce cineaste dit "commercial"
fut le seul a faire appel deux fois
a un immense compositeur comme Henri Dutilleux
dans Le Cafe du Cadran et La Fille du diable.
On entend juste des morceaux de jazz
provenant du cafe d'en face.
Il n'y a pas de musique de film proprement dite,
audace qui passera totalement inapercue.
Bonsoir.
La partition de Joseph Kosma pour Au grand balcon est splendide.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Fabien ?
Perdu dans les Pyrenees.
Viens.
Je commence a croire qu'ils ont tous les droits.
- Il y a quelqu'un de mort ? - Je ne sais pas.
Allez, les petites, c'est fini.
Allez-vous-en.
Tout comme celle d'Henri Sauguet.
Et bien sur, celle de Jean-Jacques Grunenwald
pour Bebe Donge.
C'est Michel Deville qui m'a donne la cle,
le pourquoi et comment de cette fluidite dans la mise en scene,
de cette absence d'effets dans le decoupage
qui unit, rapproche tous les bons films de Decoin,
qui en fait un auteur.
Gerard Favier.
- Plait-il ? - Je m'appelle Gerard Favier.
Pourquoi me dites-vous cela ?
Il faut toujours connaitre le nom des choses.
Pyrogene.
Carafe.
Tasse.
Gerard Favier.
Chaise. Echarpe.
Sylvia.
Merci.
Contrairement a 90 % des metteurs en scene de l'epoque,
et comme Rene Clement,
Henri Decoin ne preparait pas de decoupage,
ne donnait ses axes, ses cadres,
qu'apres avoir vu jouer les acteurs et exister les personnages.
Laissez-moi tranquille.
Cela explique l'absence de raideur,
la legerete evidente.
- Si vous etiez au cinema... - Au cinema ?
Imaginez que vous etes au cinema.
Avec moi, bien entendu.
Le grand film commence.
Un homme, assez bien de sa personne,
entre dans un bistrot des environs de Paris.
C'est le decor.
Une femme charmante est la, qui fait des reussites.
Elle laisse tomber son echarpe. Il la lui rend.
Alors il decouvre son visage.
A ce moment, vous vous penchez vers moi et vous me dites :
"Pas tres jolie."
Je vous reponds : "Non.
"Elle est pire."
Sur l'ecran, la scene se poursuit.
L'heroine plait beaucoup au principal interprete,
Il va pour le lui dire, mais elle lui impose silence.
Il insiste. Elle se fache.
Il revient a la charge. Elle se derobe.
Vous, dans la salle du cinema, vous me dites :
"Ca va durer longtemps, ce manege ?"
"Ils finiront par s'aimer puisque ce sont les vedettes.
"Qu'elle sourie enfin au monsieur, et que le film commence."
Henry Decoin disait a ses enfants...
"Quand vous vous levez, faites une demi-heure de gymnastique,
"buvez un bol de cafe chaud,
"et lisez une page de Giraudoux
"pour vous familiariser avec les subtilites de la langue."
Je trouve bouleversant
que quelqu'un qui n'avait pas ete a l'ecole
donne a lire du Giraudoux.
J'y vois la toute la grace, la delicatesse d'Henri Decoin,
un grand cineaste et un vrai auteur.
Sous-titrage : ECLAIR
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