Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
_ _ _
Musique douce
_ _ _
Corpus domini Christi.
- Amen.
- Amen.
- Tu vois, on les a cueillies ensemble,
on les a fait sécher...
et maintenant,
on les colle.
- Corpus domini Christi.
Corpus domini Christi.
- Amen.
_ _ _
- Philippe, une fois à Paris, veille bien sur ta sœur.
- Bien sûr, père.
La situation est vraiment si grave ?
- Disons...
qu'elle est incertaine.
- Des nouvelles de ton mari ?
- J'ai reçu une lettre il y a dix jours, tout allait bien.
Il s'ennuyait même à la caserne.
Depuis ces derniers événements, plus rien.
Mais je ne m'inquiète pas, il reviendra.
J'attendrai à la Martillière.
D'ailleurs, cet été, venez !
Les enfants seraient ravis de vous avoir!
- Promis.
- Anne !
Ma toute petite.
- Mon papounet ! - Oui !
Ma toute petite... oui...
Entrechocs de couverts
- Qui en reprend ? Allez, Philippe.
- Merci, mère. - M. Leroux les a cueillis.
Vous lui porterez des œufs ?
- Vous devriez essayer les cataplasmes d'argile,
ça soulage toutes les douleurs.
- Mais moi, c'est le matin. - Alors du jus de bouleau.
- Du jus de bouleau ? - Ah oui !
C'est excellent ! - Finalement, tu as tout mangé.
- Je peux jouer ? - Non, attends qu'on termine.
- Et le meilleur reste à venir, vous allez voir.
Polka italienne (Sergueï Rachmaninov)
_ _ _
- Ton concours est maintenu ?
- Oui. Navale doit vite fournir des officiers.
- Ne sois pas trop pressé.
- Mes cousins combattent déjà, je ne veux pas être un planqué.
- Tu n'es pas un planqué, tu as 18 ans.
- Il a toujours été volontaire.
Au final, il fait ce qu'il veut,
comme son père...
- Et comme sa mère... Vous vous rappelez
ce qu'Yvonne a dit en voyant votre fils ?
"Ce sera lui et nul autre."
Sachez que ma nièce était un parti très convoité.
- Elle n'a pas perdu au change.
- C'est vrai.
- Élisabeth ?
Ce n'est pas le bon jour,
mais nous profitons de la présence de votre père.
- Quelle joie.
Rires
- Tiens.
J'espère que tu y trouveras le plus grand réconfort.
- "Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores."
- "Étonnons-nous
"des soirs...
"mais vivons les matins."
Musique douce
_ _ _
Brouhaha
Si on continue, on pourra établir une jonction vers Laon,
et à partir de là, couper la route de Paris.
- Vos principes sont les bons, mon colonel.
Attaquer sans relâche.
Si seulement l'aviation avait été là.
- Nous avançons, Hettier,
tant que nous le pouvons, avec ou sans appui aérien.
- Il y aura une contre-offensive allemande.
- Oui !
Les Allemands sont déstabilisés pour quelques heures encore,
il faut agir vite.
Nos hommes ont beaucoup donné, je le sais.
Je vais exiger des renforts pour faire tenaille parle nord.
Mon objectif est d'organiser une tête de pont
à partir de notre percée.
- Vous avez bon espoir ?
- Oui, Hettier. Il faut exploiter notre maigre victoire.
Être inerte, c'est être battu !
Mon général, je vais avoir besoin d'un millier d'hommes
et de l'appui de l'aviation.
Dès demain, j'engage une cinquantaine de chars
précédés d'un barrage d'artillerie comme jamais vu,
et si possible, d'une attaque aérienne massive.
La route de Laon... *- Non, il faut replier.
- Replier ? Mais nous gagnons du terrain, mon général.
Nous freinons l'avancée de l'ennemi...
*- Je dois organiser la défense. C'est un ordre.
- Poursuivons, nous pouvons gagner.
*- De Gaulle,
les Allemands vont nous attaquer sur la Somme.
Je dois tenir cette ligne, sinon tout sera perdu.
Il raccroche.
- Que faisons-nous ?
- Ces vieux généraux se croient toujours en 14 !
Ils se placent sur la défensive ! Jamais ils n'attaquent !
Une victoire, c'est aussi
une disposition de l'esprit, une volonté de vaincre.
Une foi intacte, indestructible !
Et cette foi, je redoute que certains ne l'aient plus.
- Mon colonel. Pourriez-vous répéter ces paroles ?
- Je suis pas un perroquet. Qui êtes-vous ?
- Capitaine Surchamp,
opérateur radio, chargé de la propagande.
Ces temps-ci, parler de victoire,
c'est pas banal.
Je pourrais diffuser vos mots pour vaincre le défaitisme.
Croyez-moi, la radio est une arme puissante.
- Dois-je parler fort, capitaine ?
- Normalement, mon colonel.
- C'est la guerre mécanique qui a commencé le 10 mai.
En l'air
et sur la terre,
l'engin mécanique,
avion ou char,
est l'élément principal de la force.
L'ennemi
a remporté sur nous un avantage initial.
Ses succès viennent de ses divisions blindées
et de son aviation de bombardement,
pas d'autre chose.
Nos succès de demain
et notre victoire,
oui, notre victoire,
nous viendront de nos cuirassées et de notre aviation d'attaque.
C'est cela qu'il nous faut pour vaincre.
Grâce à cela, nous avons déjà vaincu
sur un point de la ligne.
Grâce à cela,
un jour,
nous vaincrons sur toute la ligne.
Voilà. J'ai tout dit.
- Si possible, nous le diffuserons dès demain.
- Capitaine, vous rejoignez l'arrière ?
Ma chère petite femme chérie. Voici donc la guerre,
la véritable guerre commencée.
Il faut prévoir une activité croissante des aviations
et en conséquence, prendre des précautions.
- Pour toi, pour le tout-petit, pour Mlle Pottel.
Colombey serait un bon gîte s'il n'était pas
sur la route de Strasbourg à Paris.
Fais bien attention, de jour, à faire rentrer s'il y a alerte,
et le soir, bien éteindre les lumières.
- Il vaudrait mieux que tu trouves un meublé
pour attendre la fin de la crise.
Ce serait de préférence soit Charente,
Dordogne, Haute-Vienne,
soit Bretagne.
Je t'enverrai 1500 francs par mois à partir du 30 juin.
Écris-moi bien.
Même si je te réponds irrégulièrement.
Depuis le 15 mai, je n'ai pas dormi trois nuits.
Pour Philippe, à Paris, il faut
qu'il ne fasse pas inutilement le malin si l'on tire.
Ci-joint, lettre reçue d'Élisabeth.
J'ai bon espoir pour son bachot.
- Je t'embrasse de mon cœur qui t'aime,
ma chère petite femme.
- RIEN NE COMPTE PLUS QUE CECI...
- Il faut sauver la France.
Piaillements de poussins
_ _ _
- Anne, regarde.
Papa nous a écrit, regarde.
"Pour le tout-petit de la part de son papa."
- Merci.
- Il pense beaucoup à toi, tu sais.
Il va revenir bientôt, papa. Hein ?
Sois pas fâchée, il va revenir.
- Papa...
- T'inquiète pas.
Grondements d'avions
- C'est la 3e fois depuis ce matin.
- On ne peut pas prendre de risques. Il faut quitter la maison !
Musique dramatique
_ _ _
- Félicitations, de Gaulle.
Une victoire éclatante qui prouve que tout est encore possible.
- Nous aurions pu aller bien plus loin,
et même renverser la situation
si on m'avait écouté.
- Weygand a tout mon soutien. Croyez-moi, il fait ce qu'il peut,
malgré la dérobade des Britanniques.
Vous connaissez la situation, elle est dramatique.
J'ai besoin d'hommes comme vous à mes côtés...
général de Gaulle.
Oui, je vous ai promu général de brigade
à titre provisoire.
- J'en suis honoré. - Ainsi,
vous aurez plus de poids.
Vous entrez au gouvernement,
je vous nomme sous-secrétaire d'État à la Défense Nationale.
- Il me faut des garanties. Je veux pouvoir appliquer mes vues
sans être entravé.
- Intégrer la politique vous donnera l'autorité nécessaire pour agir.
- Je l'espère.
- J'ai...
aussi conservé le maréchal Pétain. Il vaut mieux l'avoir dedans.
- Changez d'avis, le maréchal pense que nous avons déjà perdu.
Son défaitisme risque de tout submerger.
- Pétain est un étendard, il rassure.
J'ai nommé Mandel au ministère de l'intérieur.
Il partage votre point de vue.
- Il faut être lucide, M. le président,
nous n'avons aucune chance
de vaincre dans la métropole.
- C'est vous qui dites ça ? - Oui.
Quoi que nous fassions, cette guerre sera mondiale.
Continuons le combat ailleurs.
Je ne vous rejoindrai que si nous sommes d'accord
sur ce point essentiel.
- Mais oui, c'est évident.
- Il nous reste un vaste territoire, c'est notre empire,
et il est totalement intact.
C'est pourquoi il faut ne sortir de la guerre sous aucun prétexte.
Et maintenir nos accords avec les Anglais, malgré nos griefs.
- Vous avez mon aval, d'ailleurs vous partez pour Londres.
Vous me représenterez auprès de M. Churchill.
Vous pouvez le convaincre que nous voulons tenir.
Messieurs.
- Messieurs. - M. le président.
- Je suis, M. le président,
celui qui, autour de cette table,
a le plus de sang allemand sur les mains.
Je n'admettrai pas le reproche d'être considéré comme conciliant
avec ceux que je combats depuis toujours.
- Croyez, cher maréchal,
que personne ici n'émet
le moindre doute sur votre patriotisme.
Vos combats victorieux, notamment celui de Verdun,
vous donnent une légitimité absolue
et irréfutable. - C'est au nom de cette légitimité
que je considère qu'il faut accepter notre défaite
et faire taire le feu.
- Messieurs, si nous perdons, c'est parce que l'ennemi
met en œuvre une tactique que j'ai moi-même toujours soutenue
et que le commandement refuse d'appliquer,
coupler les blindés avec l'aviation...
- Je n'ai pas fini !
Écoutez-moi.
Mon expérience
m'impose aujourd'hui cette conclusion :
la guerre est perdue.
Je le déplore comme vous, mais plutôt que de subir
l'humiliation d'un écrasement encore plus grand
et la mort de milliers de Français,
je souhaite engager le pays
vers l'armistice.
- C'est bien là le seul moyen de sortir la tête haute
et de traiter avec l'Allemagne.
- Et d'épargner nos soldats
et notre peuple.
Huit millions de Français fuient. La défense que j'ai constituée
ne tiendra pas longtemps.
- Il est étrange de renoncer à vaincre
quand on a la plus grande armée du monde.
- De Gaulle...
Cessez vos sarcasmes !
Je vous connais bien.
Vous avez longtemps servi sous mes ordres.
Et j'ai même de l'estime pour vous.
Mais nous sommes face à l'Histoire.
Nous avons perdu au moins 60000 hommes.
Vous entendez ? Soixante mille morts !
- Des milliers de soldats français sont déjà prisonniers.
- Il faut arrêter ce massacre qui a trop duré.
On doit s'entendre avec l'Allemagne
et rebâtir la France
sur des bases nouvelles.
- Messieurs, allons-nous à ce point manquer de courage
et accepter l'ignoble ?
Nous sommes la France, vous entendez !
Ressaisissons-nous
et insufflons à nos troupes le désir de vaincre.
Ne nous complaisons pas
dans cet état d'esprit défaitiste.
- "Se complaire" ?
Vous ne comprenez rien à la situation.
Acceptons de parler avec l'Allemagne
un point c'est tout.
- M. Mandel, comment le ministre que vous êtes depuis quelques heures
peut-il avoir un avis sur la conduite des combats ?
- S'il vous plaît.
- Ce n'est pas le ministre qui vous parle, M. Weygand,
c'est un Français fier de son pays,
conscient de son histoire.
- La guerre concerne les militaires.
- Non, le politique ordonne. La lutte doit continuer
et nous avons des territoires intacts,
des forces combattantes qui attendent nos ordres.
Nous devons transporter
notre armée vers l'Afrique du Nord.
Et reprendre l'offensive. - C'est irréaliste !
- Absolument d'accord !
- Messieurs, arrêtons les mots.
Voici les faits.
J'ai dit que les Allemands attaqueraient sur la Somme
et ils attaquent en effet.
Je ne peux empêcher ce drame.
- Soit, ils passent.
Et après ?
- Après, c'est la Seine et la Marne.
- Et après ?
- Après, c'est fini.
- Comment ça, c'est fini ?
- Fini, terminé ! Les Allemands seront à Paris.
- Je sais, mais je suis très inquiet.
Petit brouhaha
_ _ _
- Il faut écarter de Gaulle.
Ses théories fumeuses sont dangereuses,
mais je le connais bien.
Il est dévoré par l'ambition et il aime la guerre.
Il fera tout pour gravir les échelons du pouvoir.
- Ne faut-il pas évincer Reynaud ? - Reynaud est un faible,
il s'effondrera seul. - Détrompez-vous.
Il a cette faculté propre aux politiciens :
rebondir, toujours !
Regardez le juif, Mandel. On le croyait fini...
le voici ministre de l'intérieur, donnant son avis sur tout.
- C'est insupportable !
Ces politiciens nous ont menés où nous sommes,
et continuent à occuper la place.
Il faut se tenir prêts, Weygand !
Le pouvoir n'aime pas le vide et très bientôt,
nous nous en emparerons et réglerons son compte
à cette République de malheur.
- M. le ministre,
voici un bilan de nos troupes et de nos besoins.
Il y a aussi des notes sur le cabinet de Churchill.
Anthony Eden, ministre de la guerre, nous est favorable.
- L'avenir nous le dira, les Anglais peuvent
se montrer parfois imprévisibles.
- Je n'ai aucun doute, Churchill maintiendra nos accords.
C'est dans son intérêt.
- Un dernier essayage, mon général ?
- Parfait, je vous remercie.
Ah ! N'oubliez pas, organisez dès mon retour de Londres
un rendez-vous avec le président Reynaud.
- Il faut rester très vigilant.
Pétain et Weygand savonnent la planche.
- Veillez sur eux pendant mon absence.
- Reste à valider les membres de votre cabinet.
- Des gens fiables, voués à continuer la guerre.
- Ils le sont. - Et vous, M. Laurent ?
Vous dirigez mon cabinet, je dois savoir.
- Je suis au service de l'État.
Au service de la politique que vous déciderez.
- Bien.
Faites entrer mes enfants, je vous remercie.
Des trains roulent encore,
allez chez tante Suzanne.
- Mais j'ai le concours d'entrée à Navale.
- Et moi, mon bachot !
On ne peut pas partir.
- À voir l'avancée des Allemands, ils corrigeront bientôt ta copie.
- Tout n'est pas perdu. - Pas Paris.
Les Allemands n'y entreront pas comme ça.
- Allez à la gare et voyez ce qui est possible.
- Je veux m'engager !
Vous, à 24 ans, vous combattiez déjà.
' - La situation n'a rien a voir, Philippe.
- Mère nous rejoint? - A priori, je suis sans nouvelles.
Il faut partir le plus vite possible.
- Combien de temps ?
- Je l'ignore. Tout se joue au jour le jour.
Voilà tout ce que je peux vous donner,
et aussi une lettre pour votre mère.
Ne traînez pas.
Et soyez prudents, mes enfants.
Allez.
Musique nostalgique
_ _ _
Il chantonne.
Anne pleure. Il baragouine.
Elle est où, ta maman ?
H baragouine.
Elle est là, maman. - Je suis là, chérie.
- Elle est là, elle arrive.
- Mama. - Maman ? Elle est où ?
Rires
_ _ _
J'aime bien ça !
_ _ _
Oui, oui, oui.
- Alors, chérie, tu t'amuses ?
Viens voir maman.
Oui, chérie.
Oh oui !
Les oiseaux ? Regarde !
Ouh ! Attention ! Ouh, c'est froid !
C'est froid !
Les médicaments d'Anne.
J'ai l'impression de revivre mes 14 ans.
On avait dû fuir et tout abandonner. Allez savoir pourquoi,
ma mère avait embarqué toutes les nappes.
- La mienne nous avait gavés de mouchoirs.
Comme si c'était la chose la plus importante.
À votre retour, la maison avait été pillée ?
- Pillée, ravagée, détruite...
C'est là que mon enfance a été engloutie.
Que Dieu préserve celle-ci.
Ça fait un moment que j'ai pas vu Anne.
- Anne ?
- Anne ?
Anne ?
- Anne ?
Anne ?
- Anne ?
- Anne ?
- Anne ?
Aide-moi à chercher ! Cherche, mon chien, cherche !
Monsieur, avez-vous vu une jeune fille en tablier bleu ?
- Elle a 12 ans, elle est handicapée.
- Je n'ai vu que les Allemands brûler notre village.
Restez pas là ! Partez ! Fuyez !
Je l'ai pas vue, votre gamine !
- Je vais voir du côté du village.
Aboiements
_ _ _
_ _ _
- Tu m'as fait une de ces peurs, Anne !
Ma chérie. J'ai eu très peur, mon tout-petit.
Je sais que tu veux pas partir, mais c'est dangereux ici.
Il faut partir !
- Je dis non !
- Je rigole pas ! Il faut partir !
- Non et non ! - C'est pas toi qui décides.
Tu vas retrouver tante Suzanne, hein ?
Et le poney,
Cendre.
Tu l'aimes bien, Cendre ? - Oui.
- Tu vas jouer avec Cendre, d'accord ?
Elle geint.
Musique dramatique
_ _ _
- Winston Churchill vous recevra dès 9 h.
- Il faudra se montrer convaincant. Courcel, vous maîtrisez l'anglais ?
- C'est la langue des diplomates. - Ils ne servent que par beau temps.
Dès qu'il pleut, ils se noient.
- J'espère vous prouver l'inverse.
Musique dramatique
_ _ _
(Avec l'accent anglais) - Comment va notre fidèle allié ?
- La terre de France.
Un mélange de cendres
et de sang.
Mais notre gouvernement
est décidé à poursuivre la lutte, M. le Premier ministre.
À partir de notre empire, s'il le faut.
- Mais comment allez-vous vous y prendre
et avec quels moyens ?
- Avec votre aide.
Nous requérons vos forces aériennes et navales
pour contenir leur percée.
- Pas question ! J'ai besoin de la Royal Air Force.
Nous craignons un raid aérien à tout moment.
Après la débâcle à Dunkerque,
nous devons renforcer notre propre armée.
On a perdu presque 20000 hommes, sans parler des prisonniers.
- M. Churchill considère...
- Anglais
et Français sont indéfectiblement unis
dans les drames comme les victoires.
- Nous ne pouvons pas mettre en péril le Royaume.
Que prépare Hitler selon vous ?
- Je comprends bien, mais peut-être pourriez-vous baser
une partie de vos avions au sud de la Loire,
le front ira immanquablement dans ce sens.
- Je laisse le ministre de la guerre vous répondre.
- Je crains que ce soit impossible.
Nous ne pouvons vous garantir
que le maintien de la 51e division écossaise.
Et d'ici peu de temps, une division canadienne.
- M. Eden propose...
- Mais la division écossaise n'est plus qu'un fantôme.
Quant aux Canadiens, qui peut dire quand ils arriveront ?
Monsieur le Premier ministre, c'est une urgence.
Chaque minute
passée là voit l'Allemagne engloutir la France.
C'est maintenant qu'il faut nous aider.
- Je comprends votre désarroi.
Ne doutez ni de mon soutien, ni de mon affection pour votre pays.
Mais pour l'instant, je suis aussi le leader
d'une nation plutôt isolée
et en passe de subir un terrible choc.
- Il aura suffi
d'un seul revers sur le continent
pour que l'Angleterre nous tourne le dos ?
- Les sangs anglais et français
se sont mêlés à Dunkerque !
Et je ne puis supporter, M. de Gaulle,
une mise en doute de notre loyauté.
- Si vous ne nous soutenez pas,
il y a en France des défaitistes très actifs
qui n'hésiteront pas à s'emparer du pouvoir.
Ils s'arrangeront avec Hitler.
Et à partir de ce moment-là, effectivement,
vous serez seul face au Reich.
- M. le Secrétaire d'État, pourriez-vous
nous donner des garanties sur l'avenir de la flotte française.
- Le sort de la flotte est lié à celui de la France.
- On ne peut pas laisser l'ennemi s'emparer de votre flotte
et l'utiliser contre nous.
Ce serait un désastre
que nous ne laisserons pas se produire.
- Alors agissez, M. le Premier ministre.
Agissez !
- Allez !
- Oui, ces dossiers aussi !
- Dépêchez-vous !
- Allez-y, brûlez tout, brûlez tout. - Très bien.
- Allez-y, brûlez tout, brûlez tout !
Le téléphone sonne.
- Dépêchez-vous !
_ _ _
_ _ _
_ _ _
- Vous ne pouvez pas laisser
l'ennemi envahir Paris sans opposition.
- Mon premier devoir
est de préserver les Français.
Nous partons pour Bordeaux. - Comme ça, sans résister ?
- Nous luttons, vous le savez !
Et nous perdons. Les verrous sautent tous.
Tout s'effondre, de Gaulle !
Tout s'effondre.
Paris sera déclarée ville ouverte, afin d'éviter un massacre.
- Weygand et Pétain vous ont convaincu ?
- Je ne suis sous l'influence de personne.
- Paul ?
Ah...
De Gaulle.
Paul, allons-y, le chauffeur nous attend.
Dépêchons-nous. - Je sais, Hélène.
- M. le président,
plus tôt, vous cherchiez l'aide des Anglais
et j'ai engagé la parole de l'État.
Et maintenant vous fuyez ?
- L'ennemi a franchi la Seine. Les canons sont pointés sur Paris.
- Mais que voulez-vous, de Gaulle ? Que la ville soit rasée
comme Rotterdam et Varsovie ?
Que Paul en porte la responsabilité ?
- Il faut sauver ce qui peut encore l'être.
Il ne s'agit pas d'une fuite, mais d'un départ.
- En langage militaire, c'est une désertion.
- Je ne vous permets pas !
Notre objectif est commun, continuer la guerre.
- Vous me disiez l'inverse hier soir.
- Je sais, Hélène.
- Le maréchal Pétain, lui, a tout compris.
Il faut l'écouter !
Il faut que tout cela cesse.
Parler avec l'ennemi, ça s'appelle la diplomatie
Ça permet d'avoir un avenir.
- Vous partez avec nous, de Gaulle.
Nous profiterons du voyage
pour envisager la suite.
- Charles, mon grand amour.
Nous sommes bien arrivées dans le Loiret.
Ici, la guerre paraît loin.
Je suis fière de toi, chérie.
Comme étrangère.
J'ignore combien de temps cela durera
et j'ignore si Élisabeth et Philippe nous rejoindront.
Anne profite bien de ce moment de calme.
Le voyage a été une épreuve terrible,
mais elle a été courageuse.
Notre toute petite est si forte
et si fragile à la fois.
- Anne ?
- Essaie de te lever. Lève-toi.
- Allez, Anne. C'est quoi, ça ?
- Regarde.
Regarde.
Prends.
- Allez, fais un effort. Oui.
Tintements
Anne ? Anne ?
- Anne ? Écoute. Écoute, Anne.
Anne ? Babillages
Allez, Anne.
Je te donne toute ma force, toute ma vie.
Anne pleure.
Allez ! Allez, Anne.
Seigneur, dites-moi que tout va bien je vous en supplie.
Mon bébé. Oh, mon petit bébé.
Oh, mon bébé.
- Votre enfant présente les symptômes d'un handicap
nommé "mongolisme",
dont nous connaissons mal l'origine.
Anne présentera...
- Mais elle va vivre ?
- Oui, beaucoup d'enfants atteignent l'âge adulte.
- Elle ne va pas mourir ?
- Non,
mais elle aura des difficultés pour se déplacer,
pour parler...
- Elle va souffrir ?
- Elle pourrait présenter
des déficiences cardiaques ou respiratoires.
Les capacités d'apprentissage sont possibles,
mais il est probable qu'elle ne soit jamais autonome.
- Pourquoi ?
- Les raisons de cette infirmité sont encore très mal identifiées.
- Il y a une explication.
- Absolument, c'est ça que je cherche avec mon équipe.
Anne gémit.
Il faut réfléchir à la suite. Anne restera vulnérable
et inadaptée à notre monde.
Des institutions existent, comme ici.
Nous visons à offrir aux enfants handicapés
un cadre médical
rassurant,
de pouvoir les observer, avoir un suivi de leur pathologie.
Et puis...
ça soulage les parents.
Je vous laisse réfléchir, mais ne tardez pas à vous décider.
- Merci, docteur.
- J'étais fatiguée les 9 mois, elle a dû le sentir.
- Tu aurais dû te reposer. - Me reposer ?
Avec deux enfants et ta mutation en Allemagne ?
- Rien ne t'oblige à en faire autant.
Tu veux toujours tout assumer. On aurait pu engager quelqu'un.
- Je prie qu'elle guérisse.
- Mais tu n'as pas compris, elle ne guérira pas ! Jamais !
...
- Quelle panique, les trains étaient pris d'assaut.
Les gens écrasés dans des wagons à bestiaux.
C'était chacun pour soi.
- Des femmes s'insultaient pour une place.
- Dieu merci, vous allez bien. - Père m'a donné ça pour vous.
- Merci.
- On a mis 15 heures pour vous retrouver.
- Faut voir ça,
les routes sont bloquées par les gens.
- Mais où vont-ils ? - Ils fuient, tante Suzanne.
- Paris a été bombardé.
Des centaines de morts.
Tout le monde a eu peur.
- Vous savez où exactement ?
- Je crois que c'est l'ouest, vers le quai de Javel.
- Ils visaient sûrement les usines Citroën.
- Vous y avez de la famille ?
- Oui, une sœur aînée.
- Il faut vite partir.
- Pourquoi ne pas rester ici ? Nous avons tout dans le jardin.
- Mais les Allemands sont à moins de 200 km.
- Se ruer sur les routes n'est pas plus sûr.
Les enfants sont trop petits pour partir. Et avec Anne...
- Oui, Anne a besoin de repos
et de retrouver ses habitudes. - Tante Richard est en Bretagne,
comme à chaque été. Elle nous accueillera.
- Il faudra vous serrer,
alors qu'ici...
Vous en prendrez.
Il y a des prunes aussi. Elles sont précoces cette année.
- Tu as toujours eu la main verte. Tes pommiers sont magnifiques.
- Je n'imagine pas tout abandonner.
Tu comprends ? - Tu nous rejoindras, petite sœur.
Elle rit.
- Difficile sans permis de conduire.
...
- Fais attention.
...
Oscillations du projecteur
_ _ _
- Nos armées n'ont pas démérité.
Elles ont été vaillantes,
mais il est l'heure,
sans honte et sans déshonneur,
de reconnaître notre défaite.
- Et que proposez-vous ? Un cessez-le-feu ?
- Un cessez-le-feu ne serait qu'une pause dans les combats.
- Alors la capitulation ? - Hors de question.
Cela attribuerait la défaite aux militaires.
- Votre état-major mène la guerre.
- La défaite est avant tout politique.
Causée par une série d'erreurs des gouvernements
qui ont précédé, et vous en étiez, Mandel !
- Vous exagérez.
- Qui a réduit le budget
des armées ? Qui a diminué les commandes
d'armement ? Qui a cédé devant le Führer, à Munich ?
Vous, les politiciens !
- C'est faux, vous le savez.
- Ils ont soutenu votre stratégie.
Construire un mur.
Résultat, les nazis défilent à Paris.
C'est vous qui avez sous-évalué les risques
et vous êtes bercés d'illusions.
Aujourd'hui, des innocents en payent les conséquences.
- Je vous rappelle
qu'une capitulation entraînerait la saisie
de nos armes et de notre marine,
ce qui aurait pour conséquence de donner aux Allemands
la suprématie absolue sur les mers.
La seule voie possible est de demander l'armistice.
- Général Weygand, où en est notre armée ?
- Toutes les unités sont en 1re ligne.
Sans répits, sans sommeil. La poussée ennemie est inouïe.
Les Allemands relèvent leurs troupes tous les 2 jours,
ce qui n'est pas notre cas.
- Pourquoi ?
- Des problèmes de transports.
Nous manquons de matériel.
Il nous faudrait plus de camions, de chars, d'avions...
- Mais où sont-ils, ces chars et ces avions ?
- Sur les chaînes d'usines.
- Messieurs,
le vieux monde s'écroule
sous nos yeux. Que propose le chancelier Hitler ?
Une Europe nouvelle groupée autour de l'Allemagne.
Nous pourrions en être !
Et de vaincus, nous deviendrions partenaires.
- Je vous rappelle que nous ne pouvons rien signer
sans les Anglais, ce sont nos accords.
- Défaisons-nous de cela.
M. Churchill ne nous aide en rien.
Il souhaite utiliser la France pour contenir l'ennemi.
Il veut la guerre jusqu'au dernier soldat,
mais le dernier soldat français.
- Allô, tante Richard ? Yvonne est-elle bien arrivée ?
*- Non, personne n'est encore là. Je suis inquiète.
Ça fait trois jours que je l'attends.
Vous m'entendez, Charles ? - Oui, je vous entends.
C'est compliqué, en ce moment. Elle va sans doute arriver.
*- Je l'espère.
On frappe. - Entrez !
*- Où êtes-vous ? - Je vais bientôt quitter Bordeaux.
Je vous rappelle au plus vite. Je vous embrasse, au revoir.
- Le bruit court que vous démissionnez ?
- Ce n'est pas un bruit.
Ma présence au gouvernement n'a aucun sens.
C'est un échec.
Je dois retrouver ma famille. - Vous savez où ils sont ?
- Sur les routes, à la merci des bombes allemandes.
- Écoutez-moi, de Gaulle.
Je crois comme vous qu'il faut continuer la guerre.
Il y va de notre survie.
- Les défaitistes ont gagné. Reynaud est avec eux.
- Sauf si un homme comme vous demeure en place.
Il soupire.
Reynaud est comme une girouette
et si vous partez, il n'y aura plus de résistance.
Restez ! C'est de l'intérieur que l'on peut agir.
Nos alliés doivent savoir que nous ne renonçons pas tous.
- Et vous, Mandel ? Vous pourriez être cet homme-là.
Vous en avez la qualité
et la légitimité.
Les Anglais vous connaissent bien et d'ailleurs, ils misent sur vous.
- Je le sais,
mais je suis politique depuis si longtemps.
J'appartiens a ce monde qui porte sa part de responsabilité.
Et puis vous le savez...
je suis juif. Cela compliquera tout.
C'est vous qui avez l'avantage d'être au milieu de nous tous.
Un homme intact et neuf.
Ne démissionnez pas.
- M. le ministre, le président a encore changé d'avis.
Vous repartez pour Londres. Vous avez rendez-vous
avec Churchill.
- Vous voyez, de Gaulle,
rien n'est perdu.
C'est notre dernière chance.
- Avant Brest, vous prendrez la direction de Carantec,
en suivant la D73.
- Le contre-torpilleur Milan quittera Brest en milieu de journée.
- Je sais, inutile de me le rappeler.
J'espère y retrouver
ma femme et mes enfants.
Et vous ?
Des nouvelles de votre famille ?
- Mon jeune frère est à l'hôpital de Lille.
- Vous irez le voir à votre retour. - J'essaierai.
...
- Il y a quelqu'un ?
Tante Richard ?
...
Aboiements
...
- Papa !
Charles baragouine.
Anne crie de joie. - Ma chérie !
- Ça va, toi ?
- Ma chérie !
- J'avais besoin de te voir.
Même un bref instant.
- C'est derniers jours ont été très durs.
J'imaginais pas que le pays en soit arrivé là.
- J'aimerais vous protéger,
ne pas vous savoir livrés à vous-mêmes.
Je ressens l'impuissance partout.
Ça m'est insupportable.
- Tu as fait ce que tu as pu.
Tu n'es pas responsable des décisions.
- Je n'ai pas réussi à convaincre.
La réalité, c'est qu'aujourd'hui,
personne ne veut résister à la disparition de la France.
- Si ce que tu dis est juste, on ne doit pas s'y résoudre.
- Mais je ne m'y résous pas.
Je retourne à Londres pour arracher le soutien de Churchill.
Même si c'est une cause perdue.
- La volonté est la 1re des armes.
- Mais les réalités nous dominent.
- Seulement si nous nous laissons dominer.
Rappelle-toi "Le fil de l'épée".
Tu parlais d'Alexandre, de César,
de Napoléon.
Ils ont été mis face aux événements, pour les dominer.
Et changer le cours des choses.
- Tu connais mes écrits par cœur.
- C'est toi que je connais par cœur.
- Ces hommes étaient exceptionnels.
Ils ont fait l'Histoire et non l'inverse.
- Et bien peut-être, je dis bien peut-être,
que toi aussi, tu peux agir sur les événements.
Tu n'as pas le choix, tu dois continuer.
Musique douce
_ _ _
Anne a fait ça pour toi.
Soupir attendri
- Tu embrasseras très fort pour moi notre toute petite.
Elle me donne beaucoup de force. - Oui, je sais.
- Je ne veux pas te quitter.
- Je te rejoins à Bordeaux. - Non !
Je préfère ne pas vous savoir sur les routes.
Je risque de partir pour Alger.
Le gouvernement peut s'y installer. Rien n'est encore décidé.
J'essaierai de t'appeler des mon retour d'Angleterre.
- Fais bien attention à toi.
...
- Puisque vous refusez d'aider la réorganisation de notre armée
depuis l'Afrique du Nord, l'ambassadeur va vous exposer
une ultime proposition née du cerveau de nos diplomates.
- Monsieur le Premier ministre.
Aux Affaires étrangères, nous travaillons
sur un plan sans précédent afin de fusionner nos deux nations.
Plus de frontières,
une armée unique
et une destinée commune.
- Nos deux nations réunies en une seule.
Bien triste perspective
pour notre Royaume, Monsieur l'Ambassadeur.
- La France dissoute dans l'Angleterre.
Après le désespoir, l'humiliation !
- Cette fusion ne durerait que jusqu'à la victoire.
- J'ai bien du mal à croire à une idée aussi farfelue.
Mais j'y vois un avantage :
donner au président Reynaud
un peu d'espoir et de temps.
- Monsieur,
souhaitez-vous vraiment lier notre vieux Royaume,
dont les forces et territoires sont intacts,
à une nation à genoux ?
- Ce projet permettrait de poursuivre la guerre.
- Ne serait-il pas opportun
de traiter avec Hitler et de mettre fin au conflit ?
Nourrir le crocodile en espérant qu'on sera le dernier à être mangé,
ce n'est pas ce que j'appelle
une politique étrangère, Lord Halifax !
Et vous, Amiral ?
Seriez-vous prêt à fusionner
avec ce qu'il reste de l'armée française ?
Ce qui nous préoccupe,
C'est la flotte française. - Pour l'instant, elle est intacte.
- Entre nous,
j'ai bien du mal à imaginer les amiraux français
mettre de côté leur aversion naturelle pour nous,
et obéir aux ordres de la Royal Navy.
- La Marine française obéira aux ordres.
J'ai exigé ce matin même
que le Pasteur, un de nos navires chargé de canons
soit dérouté vers l'Angleterre, afin de ne pas tomber
aux mains des nazis. - J'ai personnellement la certitude
que la France va nous entraîner dans sa chute.
Elle doit affronter son destin. Et nous le nôtre.
- Mais la France n'est pas qu'un allié
de papier ou de traité.
Elle est comme notre sœur.
Elle est une partie de nous
et nous, une partie d'elle.
La France et l'Angleterre sont les seuls pays
à ne pas avoir succombé à la dictature.
L'ltalie ? Dictature.
L'Espagne ? Dictature.
L'Allemagne ? Dictature.
Nous sommes les derniers pays
à penser que la démocratie et la liberté
sont les pierres angulaires de tout progrès humain
dans une société moderne.
Nous sommes les derniers à pouvoir résister
face à la haine
et à la barbarie.
Alors,
qu'attendons-nous ?
Serrons-nous les coudes
et joignons nos forces !
Cliquetis
_ _ _
- M. le président.
Rendons grâce à M. Churchill,
le projet de fusion de nos pays a été approuvé.
*- Quel coup de théâtre. Bravo, de Gaulle !
- Vous pouvez le faire valider. La guerre peut se poursuivre.
*- Comment cela va-t-il s'organiser ?
- Vous avez rendez-vous demain avec M. Churchill
pour signer cette union historique.
*- Demain ? - Oui, il faut agir vite.
À partir de là,
* nos armées fusionneront et nos forces seront décuplées.
- Vous avez raison,
je file l'imposer au Conseil. On m'attend.
* À ce soir, de Gaulle.
- C'est une catastrophe, Paul Reynaud a démissionné !
- Quoi ? - Il a été mis en minorité.
- Un coup de Pétain ?
- Pas seul, mais il s'est présenté comme successeur.
- Pétain est nommé chef du gouvernement.
- Baudoin aux affaires étrangères, Weygand à la Défense.
Vous êtes renvoyé. - Les défaitistes ont le pouvoir.
- Vous risquez d'être inquiété. - Pour avoir voulu sauver le pays ?
- Votre détournement du contre-torpilleur Pasteur
est considéré comme une faute grave.
Weygand a été très virulent à votre égard.
On parle de condamnation.
Que voulez-vous faire, mon général ?
- Je ne veux plus jamais voir ces politiciens.
Je pensais vraiment
qu'en ralliant les pacifistes, Paul aurait sa place.
Mais ils l'ont trahi et Paul n'est plus rien.
Plus rien ! Je ne veux plus jamais les voir.
- Nous comprenons votre désarroi.
- Ils ont manœuvré en coulisses.
- Et nos accords ?
Et la venue de Churchill ?
- Pétain a parlé d'un mariage avec un cadavre,
car il est persuadé de la victoire totale d'Hitler.
La paix, ils n'ont que ce mot à la bouche.
- Nous avons tout perdu !
Et surtout, notre parole
face à Churchill.
- Comment avez-vous pu nous imaginer devenir
un dominion britannique ! Vous connaissez mal les Français.
- Je n'ai pas dit mon dernier mot.
- Non, Paul, ça suffit.
Partons loin.
Ils ne vous méritent pas. - Bien sûr, Hélène.
Les conditions de l'armistice seront si lourdes qu'il sera rejeté.
Et de nouveau, ils feront appel à moi.
Et nous pourrons imposer nos vues.
- Demain, nous serons sur la Côte d'Azur.
- Je connais l'appétit de pouvoir insatiable du maréchal Pétain.
Une fois entré dans la place, il ne la cédera jamais !
- Ça ne sera plus notre problème.
Jeune homme, vous voulez bien m'aider ?
- Et bien,
la situation est limpide, l'armistice sera signé
et c'en est fini de notre pays.
- C'est une catastrophe.
J'aurai tout essayé.
Que comptez-vous faire ?
- Mais surtout vous,
que comptez vous faire ?
Depuis Londres, vous pourriez diriger un gouvernement en exil.
Jean,
faites croire que j'accepte et que je demeure à Bordeaux.
Organisez-moi un rendez-vous par heure.
Fixez-moi un déjeuner, un dîner demain soir...
Je repars pour Londres.
- J'ai un pied-à-terre à Londres.
Voici l'adresse. On ne sait jamais.
- Merci.
- Je vous en prie.
- Voici 100000 francs.
Une partie de nos fonds secrets. Ils pourront vous être utiles.
Vous avez bien conscience des risques que vous prenez ?
Musique dramatique
_ _ _
- Adieu, Courcel.
Personne ne sait ce que sera demain. Bonne route.
- Je pars avec vous, mon général !
_ _ _
Vrombissement de moteur
_ _ _
Propos lointains
_ _ _
- Charles chéri, mon grand amour.
Je ne sais pas où tu es et je ne sais pas où je vais.
J'ai pourtant tellement besoin de te parler
et j'espère que ces mots te trouveront.
- Et voilà.
- Voilà.
Pour la première fois depuis 20 ans,
nous nous trouvons perdus,
dans l'incertitude absolue de nous revoir un jour.
Charles, où es-tu ?
Quand nous sommes ensemble, je me sens si forte,
si sûre, certaine du chemin à suivre.
Qui pouvait imaginer cette situation ?
Me voici seule, sans rien,
à la tête de cette pauvre cohorte qui ne peut rien faire
face à l'embrasement qui nous encercle.
Propos en allemand Rires
_ _ _
Viens !
J'ai toujours su trouver
des forces et de la joie dans les épreuves
qu'il nous était tenu d'affronter.
Et je ne parle pas seulement de la guerre
et de la peur obsédante, permanente, de te perdre,
je parle aussi de notre petite Anne,
tant aimée.
Allez, Anne, viens.
Aujourd'hui,
face à un pays qui semble disparaître,
sans toi à mes côtés,
je suis désemparée.
Je suis dans la situation
d'une mère qui doit protéger ses enfants
et qui va pourtant prendre le risque de les entraîner vers la mort.
Propos en allemand
_ _ _
Air de piano Propos en allemand
_ _ _
- Yvonne.
Rires Propos en allemand
_ _ _
- Vous avez une très belle demeure, Madame.
Rires lointains
_ _ _
...
- Tu veux aller à Brest ?
C'est dangereux, le port a été bombardé.
Je suis même pas sûre que tu trouves de bateau.
Et pour aller où ? - En Algérie ou en Angleterre.
- Les routes sont impraticables, il y a des soldats partout.
- J'ai besoin que tu viennes.
- N'y compte pas. Je ne veux pas laisser 2 orphelins.
Le mieux, c'est d'attendre.
- Si vous me permettez, madame,
je souhaite être des vôtres.
Dix ans que je suis à vos côtés. Je ne compte pas vous quitter.
- Une imprévisible doublée d'une tête de mule,
voilà ce que tu as toujours été.
Tiens, prends ça, tu en auras besoin.
Prends soin de toi et des enfants.
- Merci.
...
- Les Français vivant à Londres et pouvant servir de relais.
- Et leurs intentions ?
- Elles convergent avec leurs intérêts.
- Je vois, ils vont s'aligner avec le nouveau pouvoir.
- Certains détestent l'idée de la défaite.
Vous pourrez les rencontrer, voir s'ils peuvent aider.
- Il va nous falloir des engagements
et des moyens surtout.
- Avez-vous pu parler à votre épouse ?
- Non, elle ignore que je suis à Londres.
- Voici une amie d'enfance, Élisabeth de Miribel.
- Bonjour. - Enchanté.
- Elle nous a obtenu ces listes.
- Que savez-vous sur ces gens ? Que font-ils à Londres ?
- Il y a des hommes d'affaires,
des artistes... 3 000 Français vivent à Londres.
- Et vous ? - Je travaille
à la mission économique. Ainsi, j'ai pu rédiger ces listes.
- Il faudra les contacter
pour sonder leur état d'esprit.
- Bien, général.
- Si je peux vous aider...
- Vous tapez à la machine ?
- Je peux essayer. - Alors vous êtes la bienvenue.
- Le maréchal va parler à la radio.
- Il n'aura pas perdu de temps.
*- Radio diffusion nationale de l'État français.
M. le maréchal Pétain,
président du Conseil des ministres, vous parle.
*- Français !
À l'appel de M. le président de la République,
j'assume à partir d'aujourd'hui
la direction du gouvernement de la France.
Sûr de l'affection de notre admirable armée,
qui lutte avec un héroïsme
digne de ses longues traditions militaires
contre un ennemi supérieur en nombre et en armes ;
sûr de la confiance du peuple tout entier,
je fais à la France
le don de ma personne
pour atténuer son malheur.
En ces heures douloureuses,
je pense aux malheureux réfugiés,
qui, dans un dénuement extrême,
sillonnent nos routes.
Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude.
C'est le cœur serré
que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.
Clameurs choquées
Je me suis adressé cette nuit
à l'adversaire
pour lui demander s'il est prêt
à rechercher avec moi, entre soldats,
après la lutte et dans l'honneur,
les moyens de mettre un terme
aux hostilités.
Que tous les Français
se groupent autour du gouvernement que je préside...
- Attendons.
Le vainqueur de Verdun peut-il se tromper à ce point?
*- ... pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie.
- Tu parles ! Quelle humiliation !
- Une fois encore, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.
- C'est à cause d'officiers de salon comme vous
qu'on a perdu. - Tous des planqués !
Vous devriez vous battre !
- Se battre ? Mais la guerre, nous n'en voulons plus.
J'ai quitté Arras il y a 2 semaines. J'ai tout perdu !
Ma maison a été bombardée, mon mari est prisonnier.
Et sur les routes, des corps.
Personne ne nous a protégés.
Personne !
Ni les soldats ni les politiciens !
Je n'en veux plus de cette guerre,
je n'en peux plus ! Je voudrais pouvoir rentrer
et que le sang arrête de couler.
Sanglots
- Il fut un grand chef militaire.
À l'époque, il n'aurait pas rendu les armes.
Pourquoi renonce-t-il si vite ?
- Le maréchal Pétain a toujours rêvé d'abattre la République.
Alors aujourd'hui, auréolé de son passé,
il se pose là, en sauveur.
- Vous le connaissez bien.
Vous avez servi sous ses ordres.
- J'ai vécu en caserne avec lui.
J'ai même écrit des théories militaires qu'il signait.
- Votre essai, Le Fil de l'épée,
lui était dédié, n'est-ce pas ?
- J'admirais l'homme d'action.
Dans ma dédicace, j'y louais sa gloire.
- Mais aujourd'hui, il trahit nos accords.
- Il trahit la France !
C'est pourquoi il faut une autre voix.
- Et bien sûr, cette voix,
c'est vous ?
- Oui. Mon message de résistance doit être relayé et répété.
C'est le seul moyen de sauver la France
et de s'opposer aux nazis.
- Ce que j'aime bien chez vous,
c'est que vous voyez les choses en grand.
Mais je m'interroge toujours à votre sujet.
Êtes-vous un fou
ou un génie ?
- Je suis un petit général de brigade
sans troupe, sans aucune légitimité
et surtout sans aucun moyen.
- Pourquoi devrais-je vous faire confiance ?
- Parce que je ne plierai pas devant Hitler.
Parce que je suis là.
Parce que je suis le seul.
- Je vous le confirme.
Je ne vois personne derrière vous.
Pas un soldat,
pas un fusil, pas un bateau.
- Monsieur Churchill,
vous connaissez la puissance des mots,
la force du verbe.
Les mots, ce sont les seules armes qu'il me reste.
- Mais votre prise de parole,
politiquement, serait une bombe !
Ça pourrait être une mort diplomatique.
La France est notre allié !
Et je dois maintenir le dialogue tant que possible.
- Dialoguez avec le vaincu si c'est votre intérêt immédiat.
Mais ne tournez pas le dos à celui qui refuse la défaite.
- En fait, vous n'êtes ni un fou ni un génie,
vous êtes un orgueilleux.
- Je suis surtout un homme qui a tout quitté :
son pays, ses fonctions,
sa carrière. Et qui a laissé sa famille
dans un pays à feu et à sang...
- Vous êtes seul.
Et je vous reconnais, même seul.
Je vais me battre pour votre prise de parole.
Sans garantie.
Mes ministres sont plutôt frileux.
Vous savez ce qui découlera de ce discours ?
Une solitude absolue.
Celle où votre passé ne compte pour rien
et où votre avenir ne sera que néant.
Les...
Les représailles seront immédiates sur votre famille.
Ils sont en Bretagne, m'a-t-on dit ?
- A priori oui, mais...
je n'ai aucune nouvelle.
- Je vais envoyer un avion
pour les ramener auprès de vous.
- Ce serait un soulagement immense. Oui.
Brouhaha - Philippe, tu viens ! Philippe !
Alarme Propos en anglais
_ _ _
Philippe !
_ _ _
- Allez, les gars ! Plus vite !
Ne laissez rien en état de marche !
- Allons voir par là. Philippe, viens !
- Brûlez tout !
On n'est pas là pour boire le thé ! Allez les gars ! Allez !
Ne laissez rien aux Allemands !
- Je vais vous répondre.
- Suivez bien ! Philippe !
Suis bien, Philippe !
- Rentrez chez vous !
Rentrez, ne restez pas là ! Il n'y a plus de place !
Il ne faut pas rester là. C'est dangereux.
Il ne faut pas rester là,
c'est dangereux !
Il y a plus de place sur aucun bateau.
Je peux rien faire pour vous.
Il y a plus de place sur aucun bateau.
Il faut rentrer chez vous, c'est trop dangereux.
Explosion Hurlements
Rentrez chez vous ! - Elle est où ? Anne !
Anne ? Anne ?
Anne !
Anne !
Anne rit.
- Anne ?
Anne chantonne.
Oh, ma chérie.
- Maman !
Cliquetis de bouteille
Monsieur,
vous savez s'il y a encore un bateau qui part ?
- Au bout du quai sud. Un bateau néerlandais. Le dernier.
- Merci. - C'est à vos risques et périls.
Celui d'avant a coulé tout net,
torpillé par les Schleus.
...
- Vite !
Propos en néerlandais
_ _ _
- Où va ce bateau ? Où ? La destination ?
Où allons-nous ?
- Là où Dieu voudra bien nous mener.
...
- Ça va, ma puce ?
- Je sais qu'il ne faut pas se plaindre,
mais que c'est dur...
Nous ne savons même pas où nous allons.
- T'inquiète pas, on a la chance
d'être ensemble et vivants. C'est tout ce qui compte.
Yvonne murmure une prière.
_ _ _
...
Klaxon
...
- Allô, Mademoiselle ? Je voudrais un numéro en France.
C'est en Bretagne. Carantec, 6-1-4-6, s'il vous plaît.
- Les lignes sont coupées en France.
- Comment '? - Les lignes sont coupées en France.
Musique intrigante
_ _ _
- Ce sont les chars, les avions,
la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs.
Moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis...
Et vous dis que rien n'est perdu pour la France.
Rien n'est perdu pour la France,
mais le dernier mot est-il dit ?
La défaite
est-elle définitive ?
La guerre n'est pas tranchée par la bataille de France,
cette guerre...
est une guerre mondiale.
_ _ _
On frappe.
C'est ouvert !
- Bonjour, mon général.
Nous avons de quoi travailler.
- Courcel, tapez-moi ça au plus vite.
- J'arrive, mon général.
- J'aimerais le relire rapidement. - Bien sûr.
- Bonjour, mon général. - Bonjour.
- Ça va ?
- Un peu tendu. Avez-vous pensé à l'encre ?
- C'est illisible.
- Ce gouvernement, virgule, alléguant la défaite...
- Attendez...
- Ce gouvernement, virgule,
alléguant la défaite
de nos armées,
virgule,
s'est mis en rapport avec les Allemands...
- Non !
Remplacez "Allemands" par "l'ennemi".
- S'est mis en rapport avec l'ennemi...
pour lui demander de cesser le combat
point.
- Le combat.
- Merci.
Le téléphone sonne.
- Oui.
Bien sûr.
Je lui transmets de suite. Entendu. Pour ce matin.
À plus tard.
Le cabinet de guerre valide votre demande.
Vous aurez 4 min d'antenne ce soir. - Je n'en ai jamais douté.
- Ils attendent votre discours dans la matinée.
- Quoi ? Faire relire ma copie ? Mais ils se prennent pour qui ?
La voix de la France ne dépend pas
des humeurs de politiciens britanniques.
Vous leur dites que c'est non.
- Nous n'avons pas vraiment la possibilité d'engager
un rapport de force.
C'est déjà un miracle, de parler à la BBC.
Qu'avons-nous à craindre et surtout qu'avons-nous à perdre ?
- Bien, vous leur transmettrez.
Mais ils ne pourront modifier que les virgules. Et encore...
Il soupire.
Allô, Suzanne ?
C'est Charles. Comment allez-vous ?
*- Je suis heureuse de vous entendre. Je vais bien.
- Vous me passez Yvonne ? *- Elle est partie avec les enfants.
Je l'ai accompagnée jusqu'à Brest.
- Elle est partie ? Elle a pu s'embarquer ? Pour où ?
*- J'en sais rien. Elle m'a parlé d'Alger, je crois.
- Alger. Elle a pu prendre un bateau ?
*- Je l'ignore, c'était l'affolement.
Je n'ai pas pu rester, j'avais laissé les enfants.
- Faites bien attention à vous. Je vous laisse.
Je vous embrasse. Au revoir.
Renseignez-vous sur l'état des rotations
à partir du port de Brest. - Un problème ?
- Ma femme et mes enfants ont cherche à s'embarquer.
- Bien. Je m'en occupe.
- Général de Gaulle. Je suis attendu.
- Personne ne peut entrer, monsieur.
- Ah, de Gaulle ! Vous êtes là.
Laissez-les passer. Ils sont avec moi.
Il va falloir patienter. - Patienter ?
Il y a urgence.
- Le cabinet de guerre a fait marche arrière.
Certains craignent
que le gouvernement français ne considère votre discours
comme une déclaration de guerre.
- C'est le cas !
- Je vous demande un peu de patience.
Churchill est sur le coup.
...
Général Spears à l'appareil.
...
Détonation
_ _ _
...
- Allez-y doucement ! Ça va aller.
Propos lointains en anglais
_ _ _
- Il nous faut de l'eau. Maintenant !
*- Mesdames et messieurs,
ici votre capitaine.
Ne bougez pas.
N'allumez aucune lumière.
Restez calmes et silencieux.
L'aviation allemande
est encore dans la zone.
- Du calme ! Restez calmes !
- Dieu du ciel.
- Reste calme.
...
*- Pourriez-vous faire un essai de voix ?
- La France...
*- Plus fort.
Il se racle la gorge.
- La France...
*- Merci, c'est parfait.
Bonsoir. Ici Londres,
la BBC parle à la France.
Bienvenue dans "Le quart d'heure français".
Ce soir, nous aurons le plaisir d'écouter Lucienne Delyle.
Mais pour l'heure,
un général français souhaite vous parler, le général...
Charles de Gaulle.
- Les chefs, qui depuis de nombreuses années,
sont à la tête des armées françaises,
ont formé un gouvernement.
Ce gouvernement,
* alléguant la défaite de nos armées,
s'est mis en rapport avec l'ennemi
pour cesser le combat.
Certes, nous avons été,
et nous sommes submergés par la force mécanique,
terrestre et aérienne de l'ennemi.
Infiniment plus que leur nombre,
ce sont les chars, les avions,
la tactique des Allemands qui nous font reculer.
Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands
qui ont surpris nos chefs au point de les amener
* là où ils en sont aujourd'hui.
Mais le dernier mot
est-il dit ?
L'espérance doit-elle disparaître ?
La défaite est-elle définitive ?
Non !
Croyez-moi !
* Moi, qui vous parle en connaissance de cause
et vous dis que rien n'est perdu pour la France.
Les mêmes moyens qui nous ont vaincus
peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n'est pas seule.
Elle n'est pas seule !
Elle n'est pas seule !
Elle a un vaste empire derrière elle.
Elle peut faire bloc avec l'empire britannique,
qui tient la mer et continue la lutte.
* Elle peut, comme l'Angleterre,
utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.
Cette guerre n'est pas limitée
au territoire malheureux de notre pays.
Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France.
Cette guerre est une guerre mondiale.
Toutes les fautes,
tous les retards, toutes les souffrances
n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers,
tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis.
Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique,
nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure.
Le destin du monde est là.
Moi,
général de Gaulle, actuellement à Londres,
j'invite les officiers et les soldats français
qui se trouvent en territoire britannique
ou qui viendraient à s'y trouver,
avec leurs armes ou sans leurs armes,
j'invite les ingénieurs
et les ouvriers spécialistes des industries d'armement
qui se trouvent en territoire britannique
ou qui viendraient à s'y trouver,
à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive,
la flamme de la résistance française
ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Demain, comme aujourd'hui,
je parlerai à la radio de Londres.
*- Et bien maintenant, comme prévu, écoutons Lucienne Delyle.
- Monsieur.
- Hm ?
- Un télégramme pour vous.
- Merci.
"Le gouvernement français vous condamne pour trahison,
atteinte à la sûreté de l'État, désertion
en temps de guerre. Vous êtes dégradé
et déchu de la nationalité française.
Tous vos biens sont confisqués.
Ordre de vous rendre immédiatement en France.
Froissement de papier
- Je viens d'avoir Spears.
Les Allemands ont atteint Saint-Nazaire et Brest.
Ils détruisent tout.
- Des bateaux ont pu partir ? - Sur les trois partis hier,
deux ont été coulés.
Rien ne dit que votre famille était à bord.
- Je sais.
...
- Écoutez-moi.
Les soldats à droite, les civils
à gauche.
S'il vous plaît, pas de débordement. Respectez la file.
Préparez vos papiers ou vos identifiants militaires.
Les soldats à droite, Les civils à gauche.
On va vous servir de la soupe.
Je répète, les soldats à droite...
Allez, dépêchez-vous !
Plus vite !
Les civils...
- Monsieur. On ne veut pas rester ici.
On veut aller en Afrique du Nord. - Tous les navires restent à quai.
Un seul est prévu demain, pour New York.
En attendant, faites la queue.
Les civils sur la droite. On va vous servir de la soupe.
Avancez, s'il vous plaît.
Préparez vos papiers.
Merci.
Messieurs, reculez.
Madame, avancez s'il vous plaît.
- Je vais voir combien de temps tout ça va durer.
Assieds-toi là ! Anne !
- Viens, ma grande. - À côté de Marguerite.
Retenez-la. - Je l'ai.
- Maman !
- Regarde.
J'ai quelque chose à te montrer.
- Attention please !
- Tu peux le caresser.
Il est gentil.
Il s'appelle Pacha.
Tu peux le caresser si tu veux.
- Je comprends. Merci, Monsieur.
Pardonnez-moi.
Désolée.
- Ça risque d'être long.
- Ils peuvent nous renvoyer ?
- Non, enfin j'espère...
Le plus dur sera de se loger. Les hôtels sont complets.
Pour nous, ça ira, mais je m'inquiète pour Anne.
- Les habitants louent des chambres.
Il y a des annonces dans les pages locales.
- Merci, madame. - De rien.
- Bah, regardez, avec un peu de chance...
Faites attention au prix.
- Mère !
Mère, regardez !
UN GÉNÉRAL FRANÇAIS DÉCLARE : "NOUS FINIRONS PAR GAGNER"
Musique douce
_ _ _
Le téléphone sonne.
- Allô ?
Oui.
_ _ _
Soupirs soulagés
J'ai eu si peur !
Si peur...
_ _ _
Cris de joies
_ _ _
_ _ _
- Mon général, madame.
*- l'honneur, le bon sens,
l'intérêt supérieur de la patrie
commandent à tous les Français libres
de continuer le combat
là où ils seront et comme ils pourront.
Moi, général de Gaulle,
j'entreprends ici, en Angleterre,
cette tâche nationale.
J'invite les chefs,
les soldats, les marins,
les aviateurs des forces françaises
de terre, de mer, de l'air
où qu'ils se trouvent actuellement
à se mettre en rapport avec moi.
J'invite tous les Français
qui veulent rester libres
à m'écouter et à me suivre.
Musique douce
_ _ _
Sous-titrage : Cineli Digital
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.