All language subtitles for Les.Miserables.1958.720p.BluRay.x264.AAC-[YTS.MX]

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Original subtitles

-1802, une chaîne de galériens en route pour le bagne de Toulon.

On entend le chant des bagnards.

-Les dernières galères du roi avaient depuis longtemps pourri..

..dans les eaux des ports.

Mais les forçats restaient pour tous des galériens.

On les occupait à des travaux pénibles souvent inutiles.

C'est ce qu'ils appelaient "Aller à la fatigue".

-Tiens, voilà Javert père et fils.

-Salut, chef !

-Tu vois celui-là, il a l'air de rien.

Mais il a deux tentatives d'évasion.

-Allumez !

Attention, vous autres !

-C'est fini..

..pour eux. Ils étaient à perpète. Les voilà tranquilles.

-Viens ici ! Montre ton pied !

Tu avais limé ta chaîne, salaud ! Tu voulais t'évader !

Tu feras 3 ans de mieux !

En attendant, double chaîne et enchaîné au banc ! Emmenez-le !

-Ce forçat se nommait Jean Valjean.

Il avait été condamné à 5 ans pour avoir volé un pain.

Il tenta encore 2 fois de s'évader.

Et lorsque arriva enfin le jour de sa libération...

Il avait fait 19 ans.

-Voilà tes affaires.

Tu passes à la douche, au coiffeur et à l'épouillage.

-Voilà ton compte.

Cent neuf francs et quinze sous.

Signe ici. -Non, ça ne fait pas mon compte.

J'ai fait le calcul, ça fait 140 F. -Oui mais...

Moins 24 F pour les dimanches et fêtes et 6 F de taxe municipale.

Prends et signe. Voilà ton passeport.

Tu dois te présenter à la gendarmerie partout où tu passes.

Sinon, on te ramasse et en te renvoie ici ! Compris ?

-Si on te reprend à voler, c'est la perpétuité !

Si tu menaces d'un couteau ou même d'un bâton...

Main armée, c'est la peine de mort !

Tâche d'y penser à moins que tu veuilles nous revoir.

-La liberté... Oui, on la leur rendait.

Mais leur passeport d'ancien forçat leur restait attaché..

..comme un boulet. Impossible de trouver du travail.

Et les maisons et les auberges se fermaient devant eux.

Non loin de là, dans la petite ville de Digne...

Une calèche aux armes de la Papauté faisait son entrée..

..sur la place de l'Evêché.

Le visiteur avait l'intention de passer la nuit..

..dans la résidence de l'Evêque.

Mais on lui répondit que Monseigneur Myriel..

..avait laissé le palais épiscopal pour qu'on en fit un hôpital.

Et qu'il habitait là-bas... La petite maison sur la place.

-Monseigneur Myriel est-il là ? -Il est en tournée.

Il ne tardera pas. Entrez ! Tiens le voilà !

-Où ? -Sur l'âne !

-Quoi ? Ce curé pauvre ? -Ah mon Père, vous avez raison.

Sa soeur et moi lui avons dit. Il ne se soigne pas assez.

Il ne garde pas un sou pour lui. Si vous pouviez lui faire la morale.

-Monseigneur... -Je vous en prie.

J'ai jamais vu un évêque dans un tel équipage !

-Je vois ce qui vous scandalise. Il a beaucoup trotté.

Vous y voyez de l'orgueil pour un modeste prêtre,..

..d'emprunter une monture qui a été celle de Notre Seigneur.

Mais je le fais par nécessité et non par vanité.

-Je n'en doute pas. -Viens. Entrez, Eminence !

Il a faim, vous aussi peut-être.

-Je comptais m'arrêter chez vous avec mes gens, mais...

-Ne craignez rien. Votre escorte sera à l'auberge, et vous ici.

J'ai un bon lit pour vous. -Je peux le voir ?

J'ai un sommeil si difficile. -Je vous en prie.

Le souper sera prêt dans un instant.

Quand il y en a pour trois, il y'en a pour quatre.

Vous me priveriez d'un grand honneur en refusant mon hospitalité.

Vous connaissez mon orgueil. Voici ma chambre.

-Méfiez-vous, il y a une marche. Nous serons voisins.

Il est garni de bonne paille d'avoine toute fraîche.

Ca sent encore la moisson. -Merci, mais ce voyage m'a brisé.

J'ai besoin de me reposer vraiment.

Si ça ne vous dérange pas, j'irai chez le maire. Je suis pas un moine.

-Nous servons la même cause, mais on n'est pas du même bataillon.

-Le même soir...

On tape à la porte. -Rentrez.

-Bonsoir. Je vous demande pardon. On m'a dit de frapper ici.

Est-ce que je peux avoir une soupe et un coin pour dormir ?

-Oui, entrez. -Je m'appelle Jean Valjean.

J'arrive des galères. -Oh !!!

Oui madame, des galères. -Entrez !

-J'ai quitté Toulon à pieds y a 3 jours. Je suis fatigué.

-Donnez vos affaires. Mme Magloire, mettez un couvert de plus.

Nous allons souper dans un instant. Entrez !

-Je peux payer. -Je ne suis pas aubergiste.

Gardez vos sous, vous en aurez besoin.

-Vous êtes le curé du pays ? -Oui. Mlle Baptistine, ma soeur.

Mme Magloire, ma gouvernante.

Eh bien, donnez donc une chaise à monsieur !

-Des couverts d'argent.

Les mêmes qui auraient servi pour le Cardinal.

Comment montrer plus simplement à l'hôte inattendu..

..qu'il était considéré ici..

..non comme un galérien mais comme un homme ?

-Ces dames sont très heureuses de votre visite.

Quand nous avons un invité, on améliore un peu l'ordinaire.

Et on boit du vin. -Je sers le potage, Votre Grandeur ?

-Oui.

Monsieur a dit qu'il avait faim. Passez-moi une chaise.

Ma "Grandeur" n'atteint pas jusqu'à l'étagère.

Vous vous étonnez de voir cette richesse..

..chez un homme qui devrait être le plus pauvre du pays.

Cette argenterie vient de ma grand-mère.

J'y tiens. Ah ! C'est une faiblesse, je sais.

Au nom du père et du fils et du Saint Esprit...

Ainsi soit-il. Bénédicité en latin.

-Passez-moi la louche !

Donnez-moi votre assiette, monsieur.

Vous devez avoir hâte de vous coucher.

Mme Magloire, vous mettrez des draps blancs au lit de l'alcove.

-Le lendemain, Mgr. Myriel, comme d'habitude,..

..commença sa journée par une visite à son jardin.

Mme Magloire soignait les légumes et lui, s'occupait des fleurs.

Il disait que le beau est aussi utile que l'utile.

Plus peut-être.

-Monseigneur ! Monseigneur !

Le panier de l'argenterie, je l'avais rangé hier au soir !

Il a disparu ! Savez-vous où il est ?

-Le voici. -Mais il est vide !

Et l'argenterie ? Les couverts ? Où sont-ils ?

-Je ne sais pas. -C'est l'homme d'hier, le forçat !

-Il n'est plus là !

-Heureusement que j'avais monté les chandeliers.

-Allez ! Avance !

Regardez ce que cet homme avait dans son sac !

Nous l'avons interpellé pour le fouiller.

Voilà ce qu'il avait !

Comme je savais qu'il dînait chez vous, nous l'avons arrêté !

-Que leur avez-vous répondu ?

-Rien.

-Pourquoi n'avez-vous pas dit que je vous les avais donnés.

Vous avez même oublié vos chandeliers.

Pourquoi les avoir laissés ?

Mme Magloire, allez chercher les chandeliers de monsieur.

Allez !

-Vous les lui aviez donnés ?! -Bien sûr.

-Alors, on le libère ? -Oui et rendez-lui son bien.

-Pour vous obéir, Monseigneur. -Comment ça, "Monseigneur" ?

C'est pas le curé ? -Non, c'est Monseigneur l'Evêque !

-Merci, Mme Magloire.

Vous prendrez bien un verre de vin, brigadier ?

-C'est pas de refus, Monseigneur.

-Mme Magloire, conduisez ces Messieurs.

Je vous rejoins.

-Merci. -Attendez !

Vous oubliez encore vos chandeliers.

Allez, prenez-les !

Jean Valjean, mon frère...

Je ne crois pas au pouvoir de l'argent.

Mais celui-ci peut vous aider à devenir un autre homme.

N'appartenez plus au mal, mais au bien.

C'est votre âme que je vous achète.

-Jean Valjean sortit de la ville comme s'il fuyait.

Il marcha devant lui toute une journée.

Puis se laissa tomber épuisé sur une souche.

Il se sentait une sorte de fureur parce qu'il ne comprenait pas.

La générosité de cet homme qu'il avait volé...

C'était donc ça la vérité.

Pendant 20 ans, au bagne,..

..on lui en avait enseigné une autre bien différente.

-Qu'est-ce que tu veux, toi ?

-Rien. -Que fais-tu là ?

-Je passais. -Passe.

C'est beau ! Ma pièce, monsieur ! -Va-t-en !

-Je veux ma pièce ! -Va-t-en !

-Rendez-la-moi, quoi ! -Va-t-en, je te dis !

Hé !

Hé ! Ecoute !

Hé, arrête !

-Voleur, il était un voleur.

Et il comprenait tout à coup qu'il n'aurait pas trop de sa vie..

..pour payer cette petite pièce.

-"Plainte de Pierre Buloz, dit Petit Pierre.

Vol à main armée, récidiviste dangereux.

N'a plus fait viser son passeport. A rechercher."

-Des années plus tard, la petite ville de Montreuil-sur-Mer..

..prit un essor inattendu. Un humble artisan inconnu,..

..M. Madeleine, appliquait à l'industrie des bijoux de jais..

..un nouveau procédé de fabrication.

Il acheta bientôt la plus belle maison et en fit un hôpital.

Et lui, habita modestement de l'autre côté de la place.

-Après votre hôpital, M. Madeleine, ce fût une pharmacie gratuite.

Un asile de vieillards, 2 écoles, une pour garçons, une pour filles.

Une caisse de secours pour les ouvriers.

Manifestation de votre générosité inépuisable..

..et de votre inlassable dévouement au bien public.

Votre industrie a apporté la prospérité à la région.

Votre grand coeur combat la misère, l'ignorance et la maladie.

En considération de ces services...

Et malgré votre répugnance pour les honneurs...

Au nom de sa Majesté, je vous nomme maire de Montreuil-sur-Mer.

-Il était devenu Monsieur le Maire.

Les bonnes gens disaient de lui...

"Voilà un riche qui n'a pas l'air fier...

Et voilà un homme heureux qui n'a pas l'air content."

Quand un petit ramoneur passait,..

..il le faisait appeler et lui donnait de l'argent.

Ils se le disaient entre eux et il en venait beaucoup.

Mais un jour, arriva à Montreuil un autre visiteur.

-Ca va, merci.

-Monsieur le maire.

-Monsieur le maire, j'ai tenu à me présenter à vous.

Je suis le nouvel inspecteur de police.

-Je vous attendais. Vous dirigerez la police municipale.

-J'en serai fier. -Comment vous appelez-vous ?

-Inspecteur Javert.

-Javert ?

-Oui, Javert.

Voici ma nomination.

-Merci. Quels sont vos états de service ?

-Je suis dans la police depuis 10 ans.

J'ai fait Montauban, Moulins et Béthune.

J'espère être nommé à Paris, après. -J'espère que nous nous entendrons.

-J'ai été à bonne école. Mon père était surveillant chef..

..du bagne de Toulon. J'ai passé ma jeunesse au milieu de la racaille.

Des irréductibles et des fortes têtes.

M. le maire n'a pas idée. -J'imagine.

-Non, il faut y avoir été.

-Comment reconnaissez-vous la racaille, M. Javert ?

-C'est simple.

Y a les honnêtes gens, établis.

Et les autres qui n'ont ni travail, ni famille, ni domicile.

Les premiers respectent la loi et la société, et les autres, non.

Mon devoir : défendre les premiers contre les seconds.

-Pas si facile. -M. le maire, un accident !

Le père Fauchelevent vient de tomber sous sa voiture !

-Mon Dieu, je veux pas voir ça !

-M. le maire arrive ! -Bonjour, M. Madeleine.

-Le temps qu'on ait un cric, il se passera un quart d'heure !

-Il faudra chercher un madrier !

-Vous vous ferez du mal !

-Attention, vous autres !

-Il le décolle !

-Il est dans un drôle d'état. -C'est rien, tu vas t'en tirer.

-Que Dieu vous bénisse !

-Je n'ai connu qu'un seul homme capable de faire cela.

C'était un forçat, à Toulon. Un nommé Jean Valjean.

-Eh bien, vous en connaîtrez un deuxième !

-Comme dans toutes les villes, il y avait à Montreuil-sur-Mer..

..une classe de jeunes gens qui grignotaient leurs rentes..

..dans un mortel ennui, en croyant s'amuser.

Ils méprisaient les femmes, baillaient, buvaient, jouaient.

Ils ne travaillaient pas et ne servaient à rien.

Ils passaient leur temps au café, l'été comme l'hiver.

-Voilà la môme paillasson qui passe au service !

-Elle ne doit pas avoir chaud aux fesses !

Je parie une louis qu'il y va.

-Perdu, mon vieux !

-Ah, la garce !

Attendez, elle le payera !

-Pst !

Tu viens, chérie ?

Ne fais pas ta farouche. Eh ! On va rire.

-Tiens salaud, prends ça !

Sale brute ! Tiens, tiens, salaud !

Voulez-vous me laisser, ordures ! Vous êtes tous des fumiers !

Lâchez-moi !

-C'est la correctionnelle. Tiens, signe ! Tu ne sais pas.

Tu es bonne pour 6 mois. Allez, emmène-là !

-6 mois de prison, c'est impossible ! Je dois payer la pension de ma fille.

Ils jetteront ma Cosette dehors. C'est hiver !

-Et alors ? -Je fais pas ce métier par vice.

J'avais plus d'argent. Mais j'ai une fillette !

Elle est malade et il faut payer. -Toutes les putes disent ça.

-Hélas, c'est souvent vrai.

-C'est vous, M. le maire ? Vous êtes venu voir votre travail !

Ce que je suis devenue, c'est grâce à vous !

Vous êtes content ? Je vais en prison !

Je travaillais dans votre usine et vous m'avez fait renvoyer..

..parce que j'ai un enfant sans être mariée !

Ma fille n'a pas le droit de vivre ? -J'ignorais cette affaire.

-C'est facile... Toujours des contremaîtres qui s'interposent.

Je vous connais tous ! Tous les hommes sont des cochons !

J'ai vendu mes affaires, mes cheveux ! J'ai vendu mes dents !

Et on m'a dit quoi ? "Vends le reste" !

Eh bien regardez-la ! Regardez la putain !

Regardez votre travail ! Salaud ! Salaud !

-Libérez cette femme.

-Elle vous a insulté et a insulté un bourgeois.

-Pour le bourgeois, il a tort. C'est lui qui doit être arrêté.

-Je suis navré de vous résister, mais cette fille est criminelle.

Je fais mon devoir, je la retiens.

Elle sera punie comme le veut la loi. Elle n'ira pas au bagne.

-Elle n'ira ni au bagne, ni en prison.

Je suis votre supérieur et je vous demande de la relâcher.

-Je suis au regret. -Je vous ordonne d'obéir.

Sortez !

-C'est vrai, monsieur ? Je suis libre, je peux partir ?

Pardon. -C'est moi qui vous demande pardon.

Malheureusement, je ne suis pas au courant de tout.

Vous auriez pu venir me voir. Vous savez qu'on peut tout me dire.

Vous avez une petite fille ? -Oui, ma petite Cosette.

-Nous nous en occuperons tous les deux.

-C'est trop tard. Elle tousse et pleure à la fois.

Si j'avais su ! Si j'avais su...

J'ai quitté Paris, il y a 5 ans.

Je ne pouvais plus y rester. Vous devinez bien pourquoi.

Mais j'étais pleine d'espoir, il faisait si beau !

Je voulais revenir dans mon pays.

Monsieur ! Monsieur !

Vous pouvez nous emmener un petit peu, s'il vous plaît ?

-Mais oui ! Montez donc. Vous allez loin, comme ça ?

-A Montreuil-sur-Mer. -Montreuil-sur-Mer ?

C'est où, ça ? -Dans le Nord.

-Vous n'êtes pas arrivée ! Vous vous userez les jambes !

-Y aura des gens gentils comme vous. -Je vous descends à Montfermeil.

On va rejoindre son papa ? -Oui, il nous attend.

-Allez hue, hue ! -Personne ne nous attendait.

Je n'étais pas mariée et le papa de Cosette nous avait abandonnées.

Arriver à Montreuil avec une enfant sans père, c'est pas possible.

Je n'aurais trouvé ni travail, ni logement. Le brave paysan..

..nous a laissées à Montfermeil.

Montfermeil.

Je suis arrivée près de l'auberge des Thénardier.

Il y avait là des roues énormes avec une chaîne en dessous.

Ca sert à transporter les arbres. On aurait dit un affût de canon.

Mais une maman avait trouvé le moyen d'en faire un joujou..

..pour ses enfants. C'est ce qui m'a donné confiance.

Elle chante une berceuse.

Le brave paysan m'avait dit : "Je crois qu'ils sont honnêtes.

Lui, c'est ancien militaire. Un sergent de Waterloo."

Vous avez là 2 belles petites filles, madame.

-La vôtre est bien mignonne aussi.

Regardez-les, on dirait 3 soeurs. -Madame, c'est Dieu qui m'a guidée.

On voit que vous êtes une gentille maman.

Vous ne voudriez pas me garder la mienne ?

-Vous la garder ?

-Son père est mort. Avec un enfant,..

..ce n'est pas facile de se placer.

Quand je gagnerai un peu d'argent, je reviendrai la chercher.

Je vous donnerai 6 F par mois. -Si ça peut vous arranger.

Entre femmes, il faut s'aider. J'en parle d'abord à mon mari.

-Mon trésor, ma petite Cosette, tu vas quitter ta maman.

-Elle donnerait 6 F par mois. -C'est pas assez.

7, et 6 mois payés d'avance. 6 fois 7, ça fait 42.

-Bonjour, votre dame vous a parlé ? Vous seriez d'accord ?

-Je suis rond en affaires, carré en principes..

..et pointu sur les détails. Faut payer d'avance. 6 mois à 7 F.

6 fois 7 : 42. -Je les donnerai.

-Tenez, je vous laisse calculer.

Mes chevaux doivent être reposés. -Avec toute l'eau qu'ils m'ont bu !

-Vous allez dans quelle direction ? -A Compiègne.

-Y aurait pas une place pour moi ? -Mais oui.

-Si ça vous arrange... Dépêchez-vous, je suis en retard.

Je pars tout de suite. -Attendez.

Faudra me donner 15 F en plus pour les premiers frais.

42 et 15, ça fait 57.

-Je peux vous les donner, j'ai 80 F.

-Allez-y, je ne regarde pas. -Elle a un trousseau ?

-Bien sûr. -Il faudra le donner.

-Je vous laisserais pas mon trésor tout nu.

-Alors ? Si vous voulez partir...

-Oui, elle arrive tout de suite !

Vous pouvez partir tranquille. Votre petite sera comme notre enfant.

-Comment qu'elle s'appelle ? -Cosette.

-C'est joli, c'est pas commun. Et vous, c'est ?

-Madame Fantine. Je vous ferai écrire, à mon arrivée.

-Quand on peut obliger le monde... Allez, accompagne-la !

-J'ai quitté là ma petite Cosette et je ne l'ai plus revue.

Et ils me demandaient sans cesse de l'argent.

J'ai travaillé, je me suis vendue... Je suis épuisée, c'est trop tard.

Fantine pleure..

..et tousse.

-Docteur...

-Comment est-elle, Docteur ? -Toujours dans le même état.

Elle réclame sa petite fille.

-J'espère qu'elle la verra ce soir. -Peut-être ira-t-elle mieux, alors.

C'est la phtisie à son dernier stade. Ca risque d'aller vite.

-Toutes ces filles finissent ainsi. Elles cherchent bien leur mal !

-Ne soyez pas trop sévère, ma soeur.

Fait-on toujours ce qu'il faut, pour ces malheureux ?

Même vous, même moi... Alors ?

-M. Madeleine, que je suis contente que vous soyez venu !

Quand vous êtes là, il me semble que tout va mieux.

Et Cosette ? -On est allé la chercher.

Dès qu'elle sera là, vous irez mieux.

-M. le maire...

-Qu'est-ce que c'est ?

-Vous êtes seul ?

Et l'enfant ? -Ils ne veulent pas la lâcher.

M. Thénardier réclame encore 500 F.

Plus on lui en donnera, plus il en réclamera.

-J'irai moi-même. -Il ne la donnera pas.

Il faudra que la mère y aille. -Préparez la voiture pour demain 4 h.

Elle sait écrire ? -Je ne crois pas.

-Faites faire une lettre...

"Prière de donner l'enfant au porteur de ce mot." Qu'elle signe.

Faites ce que je vous ai dit et venez me le confirmer.

Je m'absente 4 ou 5 jours.

Voilà les commandes pour l'Espagne et l'Angleterre.

Faites commencer la fabrication. -Bien, M. Madeleine.

-C'est fait, M. le maire. La voiture sera prête à l'heure convenue.

Voilà une lettre que Soeur Simplice m'a dit de vous remettre.

On frappe. -Entrez !

-M. le maire, l'inspecteur Javert désire vous voir.

-Qu'il entre.

Qu'est-ce qu'il y a, Javert ? -Un acte coupable a été commis.

Un agent inférieur a manqué de respect à un magistrat supérieur..

..de la façon la plus grave.

Je viens vous demander de le punir comme il le mérite.

-Qui est cet agent ? -Moi.

-Et qui est ce magistrat qui a à se plaindre de vous ?

-Vous. Je viens vous demander de provoquer ma destitution.

-C'est quoi, cette histoire ? -J'aurais pu démissionner.

Mais une démission est honorable, je dois être puni, révoqué.

-Vous avez du génie, celui de compliquer les choses.

-Que m'avez-vous fait ? -Je vous ai dénoncé à la préfecture.

-Vous m'avez accusé d'empiéter sur les droits de la police ?

-Je vous ai accusé d'être le forçat Jean Valjean.

-Qui ça ?

-J'étais sûr. J'avais connu Valjean, je ne pouvais pas me tromper.

-Vous êtes fou. -C'est ce qu'on m'a dit.

C'est pas vous, puisque le vrai Jean Valjean a été arrêté.

-Arrêté ?

-Oui, pour une bricole, un vol de pommes.

On l'appelait Champmathieu, mais il a été reconnu à la prison..

..par un ancien forçat. Moi qui croyais le tenir ici,..

..je demande à le voir. -Et alors ?

-C'est Jean Valjean, je l'ai reconnu.

-Vous êtes sûr ? -Sûr.

-Et que dit ce Champmathieu ? -Il dit ne rien comprendre.

Il fait l'abruti, le simple d'esprit, mais son compte est bon.

-Que risque-t-il ?

-Il y a l'histoire de vol à main armée sur un savoyard.

Et là, il a volé des pommes.

Pour un adulte, c'est un délit, mais pour un bagnard, c'est un crime.

C'est les galères à perpétuité. -Vous pouvez aller, Javert.

-Vous devez me destituer !

-Mais non, vous avez cru faire votre devoir, je vous garde.

-Je refuse votre bonté !

Celle qui donne raison à la pute contre le bourgeois...

Au policier contre le maire, cette bonté est nulle !

Si je ne m'étais pas trompé et que vous étiez vraiment J. Valjean...

Je n'aurais pas été bon pour vous ! -Nous en reparlerons.

Javert... -Monsieur le maire.

-Champmathieu sera jugé quand ?

-A Arras, demain.

-Il y a un spectacle plus grand que la mer...

C'est le ciel.

Et il y a un spectacle plus grand que le ciel...

C'est l'intérieur d'une âme.

-"Au nom de sa Majesté,..

..je vous nomme maire de Montreuil-sur-Mer."

-"Qu'est-ce qu'il risque ?"

-"Pour un homme, c'est un délit. Pour un bagnard, c'est un crime."

-Jean Valjean revient... Jean Valjean revient...

Et Monsieur Madeleine va sombrer dans le scandale et dans la honte.

Le rachat est-il donc impossible ?

-"Après votre hôpital, M. Madeleine..

..ce fut une pharmacie gratuite. Puis, un asile de vieillards.

Un école pour les garçons, une autre pour les filles.

Enfin, une caisse de secours pour les ouvriers."

-Après tout, ce Champmathieu est une voleur reconnu,..

..condamné en tant que Jean Valjean.

Il suffit de ne rien dire et M. Madeleine..

..est désormais tranquille pour toujours.

-"Jean Valjean, mon frère, je ne crois pas au pouvoir de l'argent.

Mais celui-ci peut vous aider..

..à devenir un autre homme.

N'appartenez plus au mal, mais au bien.

C'est votre âme que je vous achète."

-"Champmathieu sera jugé quand ?" -"A Arras, demain."

-Monsieur..

..le Procureur..

..du roi...

-"Et Cosette, ma petite fille, que va-t-elle devenir ?

Ils vont la mettre dehors en plein hiver.

Quand vous êtes là, il me semble que tout va mieux."

-Accusé, avez-vous quelque chose à ajouter ?

Niez-vous toujours être le forçat Jean Valjean ?

-Je m'appelle Champmathieu, moi !

-Dites-y ! Je travaillais chez M. Beloup à Paris, demandez.

-Messieurs les jurés, je vous rappelle que M. Beloup..

..a été cité inutilement. Il est en faillite et n'a pas été retrouvé.

-Vous jugerez le fait de citer des témoins introuvables.

-Vous êtes drôles, vous ! 3 mois que je suis en prison !

On me trimbale partout ! On me dit "Répondez !"

Jean Valjean ! Mais je connais point c'tte personne-là !

-M. le Président, que la Cour appelle de nouveau..

..les condamnés Drevet, Cochepaille et Chenildieu.

..pour confirmer leur témoignage sur l'identité de l'accusé.

-Levez-vous !

-Nous faisons notre réserve sur le témoignage d'hommes tarés..

..en qualité de témoins à charge.

-Reconnaissez-vous l'accusé pour être le forçat Jean Valjean ?

-Sûr, que c'est lui ! -C'est bien lui.

-Je le reconnais bien. -Oh ! C'est fameux, ça alors !

-Quoi ?

-Je dis "fameux" !

-M. le Président, allons-nous tolérer encore une telle comédie ?

-Oui, une comédie !

-Qui est-ce ?

-Le maire de Montreuil-sur-Mer.

-M. le Président, Jean Valjean, l'ancien bagnard, c'est moi.

Regardez-moi bien, vous autres ! Vous ne me reconnaissez pas ?

Vous voilà témoins à charge, maintenant !

Vous aurez donc tout fait.

Toi, Drevet, sale petite crapule, tu portes encore..

..les bretelles en tricot ?

Et toi, Chenildieu, tu as une date tatouée sur le bras gauche.

Celle du débarquement de l'empereur, 1er mars 1815. Relève ta manche !

Et toi, Cochepaille, je ne te demande pas de remerciements...

Mais tu te rappelles de la carrière et de l'éboulement ?

Tu te souviens de Mongenet ? -On l'appelait "le professeur" ?

-Il faisait des colliers avec de la gomme laque.

Tu te souviens ? -Il les faisait revendre aux curieux.

Et ça lui rapportait.

-Fameux !

-Cette modeste industrie d'un bagnard..

..m'a donné l'idée et rendu prospère ainsi que Montreuil-sur-Mer.

Je pense que vous ne doutez plus de mon identité.

Il faut que je parte. Vous savez qui je suis et où je vais.

Je ne me dénonce pas pour ensuite me dérober à la justice.

Vous me ferez arrêter quand vous voudrez.

-Nous achèterons de très belles choses..

..en nous promenant le long des faubourgs.

Les bleuets sons bleus, les roses sont roses.

Les bleuets sont bleus, j'aime mes amours.

-Vous ne devriez pas chanter comme ça ! Ca vous fait du mal.

-C'est parce que M. Madeleine va ramener ma Cosette.

-Montfermeil est loin, il ne sera là que demain, peut-être. Patientez.

-Je suis patiente, j'ai tellement attendu.

5 ans ! Ma petite fille, elle a maintenant 8 ans.

Je ne peux pas le croire. Je la vois toujours toute petite..

..comme quand je l'ai quittée.

Le voilà ! -Mais non.

-Mais si, écoutez ! Je reconnais son pas.

C'est M. Madeleine ? -Oui.

-Il s'est dépêché, il savait que je ne pouvais plus attendre.

Et ma Cosette, comment est-elle ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

-Déjà de retour ? Et l'enfant ? -Je ne viens pas de Montfermeil.

Et malheureusement, je crains de ne plus pouvoir y aller.

-Ce sera une déception terrible. -Bonjour, M. le maire.

-Bonjour Mme Devosse. -Elle vient voir sa grand-mère.

-Bonjour, ma belle.

Ecoutez... Dites-lui que l'enfant est là,..

..mais que le médecin ne veut pas qu'elle la voie tout de suite.

-Je ne peux pas dire ça. -Soeur Simplice ne ment pas.

-Un mensonge comme ça... -Il n'y a pas de mensonge innocent.

Le mensonge, c'est le démon. -Bon...

-Et Cosette ? Où est Cosette ? -Calmez-vous.

Calmez vous. Elle est là, votre enfant.

On entend un enfant rire. -Elle joue, vous l'entendez ?

-Oh, elle est là ! Je veux la voir. -Non, pas tout de suite.

Le docteur dit que vous pourriez la contaminer.

On attend que vous alliez mieux.

-Je n'ai plus mal du tout. J'ai même très faim.

Vous ne pouvez pas savoir ce que ça vous tient, les enfants.

Alors, vous avez fait toute cette route en voiture.

Je la connais bien, je l'ai faite à pieds autrefois.

-M. Madeleine, sauvez-moi !

-N'ayez pas peur, il ne vient pas pour vous.

On n'a pas perdu son temps.

-Allons vite !

-Monsieur le maire ! -Y a plus de monsieur le maire !

-Ecoutez, Javert... -Monsieur l'inspecteur !

-M. l'inspecteur, accordez-moi 3 jours pour aller chercher l'enfant.

-3 jours pour aller chercher l'enfant de cette fille !

-Comment ? Cosette n'est pas là ?!

M. Madeleine, ramenez-moi, ma fille ! Ma petite fille !

-Plus de M. Madeleine. Y a Jean Valjean, voleur !

-Non ! Cosette ! Cosette...

-Vous êtes content ?

Je vous conseille de ne pas me déranger en ce moment.

Je m'occuperai de votre enfant. Je vous le jure.

Maintenant, je suis à vous.

-Il y a parfois avantage à être un ancien forçat.

Le soir même, la servante de M. Madeleine.

-Monsieur Madeleine, mais je vous croyais...

-En prison ? Vous voyez, je n'y suis plus.

-Je savais que vous n'étiez pas un vaurien. On vous a relâché ?

-Pas tout à fait. En tout cas, vous ne m'avez pas vu !

Compris ? -Oui.

-Ma Soeur...

-M. le maire...

-Y a plus de M. le maire. -C'était vrai ? Mais alors...

Alors, pour aller chercher Cosette, j'ai repris ma liberté.

Prenez, pour l'enterrer et pour les sans travail.

C'est gagné honnêtement. J'ai jamais volé qu'un pain..

..et une pièce de 2 F. -Merci. Que ferez-vous de la petite ?

-Je l'ignore. Javert ne me lâchera pas.

J'espère être avant lui à Montfermeil -Allez à Paris, 62 rue de Picpus.

Présentez-vous à la mère supérieure de ma part.

Dites-lui le nom que j'ai abandonné il y a 20 ans : Eugénie de Blémeur.

Elle saura.

On entend Soeur Simplice prier.

-Excusez-moi, ma soeur...

Le forçat Jean Valjean dit Madeleine vient de s'évader.

Il est passé chez lui et on l'a aperçu du côté de l'hôpital

Il y a longtemps que vous êtes ici ?

-Oui.

-Et vous ne l'avez pas vu ?

-Non.

-Il y avait à Montfermeil, une croyance très ancienne.

On disait que dans la forêt,..

..le diable venait le soir de Noel enterrer ses trésors.

Mais cette nuit-là, on aurait pu voir..

..un étrange vagabond creuser le sol.

-Si j'avais le bonheur de rencontrer le diable en train de creuser...

Je ne me sauverais pas. Je lui dirais : "Part à deux !"

-N'ayez pas peur, mes trésors.

Si le diable vient, maman le chassera. Travaille, toi !

-On n'a pas donné à boire à mon cheval ?

-Cosette ! Tu n'as pas donné à boire au cheval de monsieur ?

-Le cheval a bu, il a bu plein le seau.

-Grosse comme le point et ment comme une maison !

-C'est pas vrai. -Répondre ainsi à un client !

Va lui donner à boire, crapaud ! -Oui, madame.

-Mais madame, il n'y a plus d'eau. -Prends-en !

-Mais, madame, la pompe est cassée. -Eh bien, va à la source !

-Dans le bois ? -Oui, dépêche-toi.

N'aie pas peur, le diable ne te mangera pas.

-Tu veux l'acheter ?

-Non. -T'as pas de sous ?

C'est ça ?

-Oui.

-C'est ta maman qui t'envoie chercher de l'eau si loin ?

-Je crois que j'en ai pas, de maman. -Comment, tu crois ?

-Je ne l'ai jamais vue. -Pour qui est cette eau-là ?

-C'est pour Mme Thénardier. -Comment t'appelles-tu ?

-Cosette. -Cosette ?

C'est toi, Cosette ?

-Eh bien, tu y as mis le temps !

-Madame, j'ai trouvé un monsieur qui vient loger.

-Monsieur est en voiture ? -Non, à pieds.

-C'est par là.

Il veut manger. -Drôle de temps, hein ?

Vous voulez une chambre ? -Non, c'est pour dîner seulement.

-On paye d'avance. -Je payerai.

C'est 40 sous. -D'accord.

-C'est 20 sous, le prix. -Pas pour les pauvres.

Ca gâche une maison, ce monde là. C'est même pas du pays.

Travaille, toi, au lieu de regarder.

-On s'amuse bien, mes trésors ? -Oui, maman. Regarde son chapeau.

Il lui va bien. -Sont-elles amours ?...

-Monsieur, il a de quoi boire votre cheval.

-Tel cheval, tel maître !

-Voilà ! -Que fait la petite ?

Elle ravaude mes chaussettes ! Il faut qu'elle gagne son pain.

On l'a recueillie par charité. -Vos chaussettes valent combien ?

-Elles ne sont pas à vendre. -Et si je vous en donnais un louis ?

-Quoi ? Un louis ?

-Voilà monsieur, elles sont à vous. -Avec le repas, ça fera le compte.

-C'est de la belle chaussette ! -Gardez-les.

Maintenant, le temps de cette enfant m'appartient.

Amuse-toi, mon petit.

-Non ! Elle veut prendre ma poupée !

-Vous partez, monsieur ? -Je reviens.

-Regarde ce qu'il m'a donné. -Qu'est-ce que c'est, cet homme ?

-C'est Rothschild ! Il faut lui en faire suer d'autres.

-Il est parti. -Est-ce une bonne pièce ? Aie !

-Juste en sortant, j'ai rencontré le père Noel.

Il m'a demandé si je connaissais Mlle Cosette et si elle était sage.

J'ai répondu oui.

-C'est un banquier !

Eh bien, ma Cosette, monsieur te donne une poupée, prends-là !

-On dit quoi au Monsieur ? -Rien, je fais la commission.

-Il est peut-être temps d'aller coucher ces petites.

-Déjà ? -Si monsieur le permet...

On travaille même les jours fériés. Il faut qu'elle se lève tôt.

Allez-vous coucher mes trésors ! Parle, toi !

-Viens, mon petit, on monte se coucher.

Allons Eponine et Azelma, venez mes chérie !

-Je l'appellerai Catherine.

-Nous aussi, ça va être l'heure qu'on se couche !

Allez, On vous attend chez vous ! -Déjà !

Ca fait 1 h que vous ne buvez rien. Allez, du vent !

-On n'a pas payé. -Ca fait rien, c'est Noel !

-Eh bien merci ! -Je mettrai ça sur votre compte.

-Ne buvez pas ça, c'est le vin que je vends aux clients.

Ca, c'est du bon. Monsieur me fait beaucoup d'honneur.

Alors comme ça, on vient de loin.

-Paris. Pas grand monde, pour un soir de Noel.

-Ah, mon bon monsieur, les temps sont durs !

Nous avons peu de bourgeois, ici.

Sans ces voyageurs riches et généreux, de temps en temps...

-Votre servante ne vous coûte rien. -Elle me coûte les yeux de la tête.

C'est petit mais ça mange, c'est fou ce que ça mange !

Puis c'est pas fort. On la garde parce que ça n'a pas de famille.

Par charité.

Il faut l'habiller, l'hiver est froid.

Puis j'ai deux autres petites filles, sans compter notre petit dernier.

Un garçon qui nous est tombé dessus. A cause du froid, sans doute.

Tout ça, ça coûte ! -Et si on vous en débarrassait ?

-De qui ? De la Cosette ?

Mon bon monsieur, prenez-la, gardez-la !

Et soyez béni de la Sainte Vierge et de tous les Saints !

-Allez la chercher, je l'emmène. -J'y vais.

-Minute ! Va voir dans la cuisine si j'y suis.

Je discute avec monsieur. C'est que je l'adore, cette enfant !

-Je m'en suis aperçu. -On n'est pas riche...

Mais il faut faire quelque chose pour le bon Dieu.

J'ai du pain pour elle, j'aime cette petite !

Ma femme est vive, mais elle l'adore aussi.

Je ne peux consentir. J'ai besoin que ça babille, ici.

Ou alors... c'est 1 500 francs.

-Allez la chercher.

-Il faut que tu rates toutes les bonnes occasions !

1 500 F ! Il est bourré comme un sac d'avoine !

-T'as raison.

Tenez, prenez vos 1 5OO F.

-Ca signifie quoi ? -Que je garde Cosette.

Je ne peux pas faire ça. C'est sa mère qui me l'a confiée.

Je ne peux la remettre qu'à elle. Ou alors... c'est 5 000 francs.

-Vous n'aurez pas un sous de plus. Vous parlez de sa mère ?

Vous avez raison. Vous connaissez la signature ?

-C'est assez bien imité. Enfin, soit.

Pourquoi vous ne me m'avez pas montré ça d'abord ?

-Parce que j'ai mes raisons. -Faut que je réfléchisse.

-Non, il faut que je parte. -Vous partirez demain.

-D'accord, montrez-moi ma chambre. -On finira par s'entendre.

Je vous donne la plus belle chambre, notre chambre de mariés !

-"Au sergent de Waterloo".

-Toi, garde la voiture et surveille la porte.

Toi, attends-moi derrière la maison. Allez viens !

Police ! -Mon Dieu !

-Vous avez toujours en pension la fille d'une nommée Fantine ?

-Tout le monde la réclame ! -"Tout le monde" ?

-Un homme est venu avec un papier de la mère.

Il est là-haut.

-Parfait. -Vous allez pas l'arrêter !

Il me doit de l'argent. -Tais-toi et conduis-nous !

Il est dangereux. -Après vous, alors.

-Toi, tu restes là !

Tu es fait !

Personne.

-C'est moi qui l'ai conduit. -Tais-toi ! Faut tout fouiller !

-Pas là, c'est un ménage.

-Surveillez les portes !

-N'aie pas peur, je t'emmène avec moi, tu veux ?

Ne fais surtout pas de bruit, sinon les Thénardier te reprennent.

Allez, viens.

Viens. -Et Catherine ?

-Tu l'as laissée en bas ?

Cache-toi là, je vais la chercher.

Il y a ça qui donne sur l'écurie, il est peut-être passé par là.

-Pas de danger qu'il nous échappe, il est coincé, j'y vais.

-Attention au feu !

Si t'es là, dis-le, on s'arrangera.

Comme on se retrouve !

Part à deux et je la boucle.

-Y a personne dans l'écurie. Aubergiste !

Et cette pièce ?

-La chambre de mes filles.

Je viens d'y aller.

-On est en bas, chef ! -Vous l'avez ? Que faites-vous ?

-On cherche à boire.

-Viens sur mes épaules ! Allez !

-Il faut une voiture, vite ! Allez !

-"Allez à Paris, 62, rue de Picpus. Au couvent des Soeurs St-Benoît.

Présentez-vous à la mère supérieure de ma part.

Dites-lui le nom que j'ai abandonné il y a 20 ans...

Eugénie de Blémeur."

-Le jardinier du couvent portait au genou une clochette..

..qui faisait fuir les nonnes, car elles n'avaient pas le droit..

..de regarder un homme, même de loin.

-Cosette ! Viens !

Viens !

Je m'excuse, ma mère.

-Ne vous excusez pas, M. Fauchelevent.

L'amour paternel est aimé de Dieu. Mais il ne faut pas..

..la distraire de ses études.

-Il faut qu'elle oublie ses malheurs. -Il n'y a pas meilleur lieu.

Vous savez la vie est si difficile. Ici, elle sera à l'abri..

..des tentations du monde et fera une bonne servante de Dieu.

D'ailleurs, elle sera laide.

-A quelques lieues de là...

Un autre jardinier rêvait aussi en soignant ses fleurs.

C'était un ancien colonel de Napoléon, le colonel Pontmercy.

La Restauration l'avait mis à demi-solde et lui interdisait..

..de porter sa Légion d'Honneur.

Il n'avait le droit d'arborer que ses cicatrices.

Son beau-père, un ultra-royaliste, lui avait dit...

"J'élèverais votre enfant, il sera mon héritier.

Mais à une condition... Disparaissez."

L'officier était pauvre, dans l'intérêt de son fils,..

..il avait accepté.

Marius Pontmercy était devenu un homme sans avoir revu son père.

-Le grand-père de monsieur Marius demande monsieur Marius au salon.

-Ma petite fille, depuis 50 ans, les servantes, j'en change souvent.

Elles s'appellent Nicolette. C'est plus commode de garder le même nom.

Je vous appellerai donc Nicolette. Vous aurez 50 F par mois.

Pour le service, adressez-vous à Mlle Gillenormand, ma fille.

Que fait votre neveu ? Montez voir ! -Dans la chambre de ce jeune homme ?

-Le comble de la pruderie, c'est multiplier les défenses..

..là où la place risque le moins d'être attaquée.

-Vous m'avez demandé ? -Marius !

Ton père nous écrit, il dit qu'il est malade.

Il veut te voir. -Vous voulez que j'aille là-bas ?

-C'est pas de ta faute si tu es le fils d'un de ces brigands..

..qui ont tué notre roi et saigné la France !

C'est à nous de défendre les traditions familiales !

-Ca a l'air sérieux ! C'est écrit par le médecin.

C'est ton père, même s'il était aux galères, il faudrait y aller.

Tu prendras la diligence demain.

-Quand il arriva dans une chambre obscure,..

..il trouva trois hommes.

Un qui était debout.

Un qui était assis.

Et un troisième qui était couché et qui ne l'attendait plus.

Et devant ce mort,..

..Marius appris d'un seul coup..

..quel homme avait été son père.

Simple soldat...

Le bras cassé, aux côtés du Général Kléber.

Sous-lieutenant à Lodi.

La Légion d'Honneur à Austerlitz.

Un des trois survivants du cimetière d'Eylau.

Capitaine à Friedland pour sa 12e blessure.

Colonel à Waterloo.

-Les Thénardier, eux aussi, étaient à Waterloo.

La femme était cantinière.

Et lui, sergent.

-Je peux sortir, y a pas de danger ? -Non.

-Comment ça tourne ? -Les Anglais résistent toujours.

-Attends, je vais voir ça.

-Viens ! Ca a l'air de mal tourner pour l'Empereur.

Chacune de ces lignes, c'est un régiment.

Et ces autres qui s'avancent..

..et qui reluisent au soleil, c'est les cuirassiers blancs.

Ca fait..

..60 000 Prussiens tout frais. Trompettes.

-La garde ! -Couche-toi, ou tu vas à la mort..

..si un officier te voit.

-C'est sa dernière réserve.

Il est foutu ! -Tais-toi !

Demain, ma belle, il s'agira d'être royaliste.

-Serrez les rangs !

Serrez les rangs !

-Appuyez à gauche ! -Serrez les rangs !

Serrez les rangs ! Serrez les rangs !

Tenez ferme !

-Et la nuit s'étendit sur 60 000 morts.

On entend une chanson anglaise.

On donne des ordres en anglais.

-Chouette, un officier !

-Qui a gagné ? -Les "Angliches".

-J'ai une jambe brisée. Il ne faut pas vous laisser prendre.

Moi, je suis fichu. Mais vous, allez-vous en ! Sauvez-vous !

-Ils ne me font pas peur. Je vais vous tirer de là.

Je trouverai une voiture, mais il faut de l'argent.

Je suis sergent Thénardier et vous ? -Colonel Pontmercy.

Je n'oublierai jamais. -Ne vous en faites pas.

-"Pour mon fils...

A Waterloo, un homme m'a sauvé la vie.

Il se nomme Thénardier. Je n'ai jamais pu le retrouver.

Si mon fils le rencontre, il lui fera tout le bien possible.

L'Empereur m'a fait baron sur le champ de bataille.

La Restauration me conteste ce titre mon fils le portera dignement."

-Te voilà Baron, maintenant ?! Qu'est-ce que cela veut dire ?

-Mon père m'a légué ce titre gagné avec son sang. J'en suis fier !

-Ton père, c'est moi !

-Mon père a servi la République, l'Empereur et la France.

Son seul tort, avoir aimé 2 ingrats, sa patrie et moi.

-Marius, abominable enfant ! Ces gens étaient tous des assassins !

Des voleurs, des bonnets rouges ! Tu es aussi baron que ma pantoufle !

Des bandits qui ont trahi leur roi, servi Robespierre et Buonaparte !

Des lâches qui ont fui, à Waterloo, devant les Anglais et les Prussiens.

Tous des traîtres ! Je le dis ! Tous ! Tu m'entends ?

-A bas les Bourbon ! Et ce gros cochon de Louis XVIII !

-Un baron comme monsieur et un vieil émigré comme moi..

..ne peuvent rester sous le même toit !

Quittez cette maison, aujourd'hui ! -Je serai ravi d'obéir !

-Mon père, vous avez bien raison ! -Ma fille...

Vous êtes une hermine de stupidité..

..sans la moindre tache d'intelligence !

-Marius, sans ressource, vint habiter une masure.

Non loin de la barrière d'Italie.

Dans le quartier du marché aux chevaux.

Poursuivant ses études de droit,..

..il faisait des traductions pour vivre.

Mais ses voisins étaient bruyants. Gavroche : ...la faute à Voltaire...

-On ne peut pas travailler ici ! Tu vas voir si je me fâche !

-Seule leur fille, Eponine, paraissait s'intéresser à lui.

-Te v'là, toi ? Ca a été long !

-Fallait me payer un fiacre ! -Comment elle parle à son père ?!

-J'ai les jambes dans le corps. J'ai fait que monter des étages.

Et partout c'est : "Nous avons nos pauvres".

Tiens, j'ai eu 20 sous. Et Encore il a voulu me caresser les mains.

-Pour 20 sous ! Le monde est tombé bien bas !

Voilà qui nous rapportera.

"Mme la comtesse de Monvernat, 9 rue Cassette...

Cassette, ça rime avec gros sous, ça !

-"Je suis une malheureuse mère de 6 enfants.

Le dernier n'a que 3 mois.

Abandonnée de mon mari, malade et au lit, sans ressource...

Je vous envoie ma fille, dans l'espoir de votre bon coeur.

Avec mon profond respect. Signé : Femme Balizard.

-Faudrait qu'elle ait pas de coeur ! -J'espère en tirer 3 sous.

-Gavroche, porte ça et dis que tes soeurs sont malades.

-Non. -Tu parles comment, à ton père ?

Du temps de l'empereur, on t'aurait dressé, tu serais enfant de troupe !

-Non, je ne mandigote pas ! Tu peux travailler !

-Un ancien militaire ne fait pas n'importe quoi !

-Salut militaire ! -Quoi ? ! Fous le camp !

-Pas tant de bruit ! Il y a un étudiant, à côté.

-Un étudiant ? Il ferait mieux de travailler.

-Bonjour, monsieur Marius. -Bonjour.

-Comme beaucoup d'étudiants, Marius venait travailler au Luxembourg.

Il remarquait que les jeunes filles se retournaient sur lui.

Ca le rendait timide et furieux. Il pensait qu'elles le regardaient..

..pour ses vieux habits et qu'elles en riaient.

Le fait est qu'elles le regardaient pour sa grâce et elles en rêvaient.

Un jour, sur un banc voisin...

Il y a un jour où le regard d'une jeune fille a le pouvoir..

..de faire naître au fond d'une âme..

..cette fleur sombre pleine..

..de parfum et de poison..

..qu'on appelle l'amour.

Il lui manquait un bouton et ses chaussures étaient sales.

Il n'osa pas la suivre.

L'homme et la jeune fille habitaient une maison retirée,..

..rue Plumet.

Ils étaient connus sous le nom de M. Fauchelevent et sa fille.

Et souvent, on le voyait jardiner.

A un camarade d'études plus fortuné,..

..Marius emprunta un habit, des gants et un chapeau.

De son côté, elle avait mis une robe neuve.

-Elle me regarde.

Si j'osais, je me lèverais et je passerais devant elle.

Le père aussi me regarde.

Je voudrais être beau, être à cheval. Je suis ridicule.

-Voilà un jeune homme qui a l'air bien pédant.

-Ce jeune homme-là ? -Oui.

Cosette, à quoi penses-tu ?

-A rien.

-M. Fauchelevent changea d'allée, mais Marius les suivit.

Alors, M. Fauchelevent vint seul.

Le lendemain, le banc resta vide.

Et le surlendemain.

Et les jours suivants.

Et tous les autres bancs sur lesquels..

..il l'avait vue s'asseoir.

Près de lui,..

..un autre homme semblait aussi en quête de quelqu'un.

C'était Javert, à la recherche de Jean Valjean.

Les semaines passèrent et Marius ne revit plus cette jeune fille..

..dont il ne savait même pas le nom.

Mais à sa rencontre venaient des évènements..

..qui allaient bouleverser sa vie et enflammer le coeur de Paris.

-A BAS LOUIS PHILIPPE ! A BAS LOUIS PHILIPPE !

Agitation.

-La Révolution de 1830 n'avait pas apporté la République,..

..mais Louis Philippe. Et la France s'agitait.

-Citoyens, le général Lamarque est malade et peut mourir.

C'était notre dernier défenseur.

Si nous le perdons, tout redeviendra comme avant 89 !

-Marius s'était fait des amis..

..dans la jeunesse généreuse du Quartier latin.

Il en était venu à fréquenter des groupes révolutionnaires.

Les amis de l'ABC se réunissaient..

..dans l'arrière salle du Café Musain, Place Saint-Michel.

-Messieurs, voici votre nouvel ami.

-Leur chef se nommait Enjolras.

-Nous sommes heureux de te recevoir parmi nous.

Tu as fait un long chemin avant d'arriver jusque ici. Mahorel.

-Monsieur... -Joly.

-Si Lamarque meurt,..

..les républicains bougeront, les bonapartistes aussi.

La racaille en profitera pour piller et assassiner.

-M. le Préfet, partout dans Paris, le plomb est arraché.

Pourquoi ? Pour en faire des balles. -Il faut me surveiller tout ça.

Vous vous installerez chacun dans un commissariat de quartier.

Voici les dossiers des suspects. Javert, Allez au Val-de-Grâce.

Les étudiants, amis de l'ABC, y sont.

-La bande à Claquesous. -Occupez-vous d'eux.

-Dans la masure où habitait Marius, c'était moins à la République..

..qu'il rêvait qu'à la jeune fille rencontrée au Luxembourg..

..et dont il ignorait même le nom. -Entrez !

-Bonjour, monsieur Marius. Vous ne me reconnaissez pas ?

Pourtant on se connaît, on se croise tous les jours dans l'escalier.

Vous ne faites pas attention à moi.

Je suis la fille de vos voisins, les Jondrette.

La chambre à côté... Vous devez pourtant nous entendre.

Un miroir ! Eh bien, j'en ai une tête !

C'est pas étonnant si vous ne faites pas attention.

-Et que puis-je faire pour vous ? -Je portais une lettre.

-Une lettre ? -Oui, de mon père.

Ne la lisez pas ! Il dit ça à tout le monde pour demander des sous.

Tout est faux, sauf qu'autrefois, on avait une auberge.

Puis la faillite.

Là, on mange quand on a le temps. Je peux ?

C'est bon. Ca casse les dents.

On a l'habitude... Et encore, faut pas se plaindre !

L'hiver dernier, on couchait sous les ponts.

On se serrait pour ne pas geler, ma soeur pleurait.

Des fois, j'avais envie de me noyer. Je me disais que l'eau était froide.

-Moi aussi j'ai eu de mauvais moments.

J'ai fait de la copie pendant des nuits.

J'ai déchargé des sacs... -Vous ?

Pourtant vous avez de jolies mains, elles sont blanches.

Vous savez, M. Marius, que vous êtes plutôt joli garçon.

Vous n'avez pas plus d'argent que nous,..

..pour habiter une pareille baraque.

-On veut détruire la misère. A chacun selon ses besoins.

On voudrait du pain et du travail pour tous !

Vous savez que Lamarque est mourant ? -Qui c'est ?

-C'est notre dernier défenseur. -Alors, on est perdu ?

-Non, on est là. La révolution, on la prépare.

Mon père nous parle sans cesse de l'Empereur.

C'est pas ça qui nous nourrira. -Tiens, il me reste ça.

J'ai déjà déjeuné. -Ah, Louis XVIII !

Vive le roi, quand même !!!

-Quelques jours plus tard...

La jeune fille passant devant une boulangerie, le ventre creux,..

..ne put résister à la tentation.

-O voleur ! O voleur ! Arrêtez-là !

Arrêtez-là ! O voleur !

-Qu'est-ce qui se passe ? -C'est une fille qui a volé un pain !

-Je t'emmène à la police ! Appelez un sergent !

-Pas besoin de sergent. -Vous me paierez le pain ?

-Mais oui ! -C'est quand même une voleuse !

-2 livres de pain ne crouleront pas la maison.

Tenez.

-A ce prix, je vous en vends tous les jours, du pain !

-Tiens.

-C'est bon.

Mais les autres, pendant ce temps, ils la sautent.

-Je savais que vous pensiez à ça. On leur portera un bon morceau !

Mon père s'en occupe. -Mademoiselle...

Voilà la nouvelle robe.

-Vous la voulez ? -Oh non !

-Si, prenez-là, vous me ferez plaisir.

On fait à peu près la même taille.

Les riches, d'habitude, c'est pas comme ça.

Ca vous donne de vieilles affaires et ça vous fait des discours.

Avec leurs mains qui traînent, ils vous donnent des croûtes..

..comme à un chien. Je voudrais les mordre.

Vous, c'est différent.

-Alors, on y va ?

-Je lui ai donné ma robe. -Tu as bien fait.

Tu vois, il y a plus terrible que les chagrins d'amour.

Il entend un bruit de calèche.

-J'ai ramené un riche !

Avec sa fille, ils m'ont sauvée de la taule !

Ils m'ont donné une robe, ils apportent de quoi manger !

On a pris un fiacre ! J'ai bu un coup de trop.

-Un riche ! Toi, couche-toi ! -Pourquoi ?

-T'es malade ! Allez couche-toi ! Va casser un carreaux !

-Pour quoi faire ? -Pour faire pitié !

-Tu vas pas leur jouer des tours ! -Toi, la ferme ! Et ce carreaux ?

-Je saigne. -C'est rien.

La maladie, le froid et le sang. Parfait.

Attention, que lui as-tu dit que j'étais ?

-Mon père. -Le nom ?

-J'ai pas dit de nom. -Je suis Honoré Fabantou, dramaturge.

Va devant eux, allez ! Ca y est ?

-C'est ici, chez nous.

-Entrez, ma bonne demoiselle. Entrez ! Entrez !

Entrez, mon bon Monsieur...

Ma fille m'a expliqué ce que vous avez fait pour elle.

La misérable enfant ! Voler un pain pendant que sa mère est malade !

Je l'ai élevée comme une artiste et elle a du talent !

Elle va voir ce qu'elle va prendre, quand vous serez partis.

Débarrassez-vous... Avance une chaise, toi !

Pas celle-là ! Du bordeaux ! C'est le petit Jésus en culotte de soie !

Débarrasse-ça, toi ! Asseyez-vous, mademoiselle.

Excusez la chaise, c'est la misère.

Vous devez avoir bien du bonheur avec une telle demoiselle !

J'élève aussi les miennes dans la religion.

Que ça soit honnête et gentil. Et que ça croie en Dieu !

La demoiselle ne veut pas s'asseoir ?

-Merci, nous partons. -Vous n'allez pas partir comme ça !

J'aurais voulu mieux vous recevoir, mais ma pauvre femme est malade.

Elle est malade ! Regarde bien cet homme.

Tu le reconnais ? -Qu'est-ce qu'il a ?

Regarde-le, puis gémit, bon Dieu ! -Ahhh !

C'est les étouffements, l'âge critique !

Et puis mon autre fille blessée. Ca se casse, c'est timide, ça.

Elle travaillait à la fabrique, c'est la courroie qui l'a prise.

Son bras a failli être arraché.

-Mon Dieu ! -Ne l'écoute pas.

-Plus de carreaux, plus de feu... C'est la misère, quoi.

-Vous ne travaillez pas ?

-Je suis artiste, je ne peux pas faire n'importe quoi.

J'ai eu du succès. -Je vous connais.

-Je ne peux pas approcher un théâtre dans mon état.

Je dois 4 termes à mon propriétaire, il m'a donné jusqu'à demain.

Sinon il nous met à la rue.

Ma femme malade et mon enfant blessée.

-Mais non, vous n'irez pas à la rue.

J'ai pas l'argent sur moi, mais je ramène ma fille et je reviens.

Je serai là vers 8 heures. -Merci.

-Alors c'est entendu, je serai là à 8 heures.

Merci, mon bienfaiteur. Au revoir, mon bon Monsieur.

Vous êtes la providence. Vous êtes le bon Dieu.

-Nous irons le voir jouer, un jour ? -Non.

Je ne crois pas que tu aies l'occasion de le revoir, mon enfant.

19, rue Plumet.

-Suivez cette voiture ! -C'est 40 sous de l'heure.

-Je vous payerai au retour. -On paye d'avance.

-Hé !

-Elle est belle ! Tu me la prêteras ? -Elle t'irait pas.

Tu es trop maigre. -Ne touche pas, idiote !

-Papa, elle ne veut pas me la prêter.

-Demain, tu auras une robe de satin et des bottines de soie !

-Quoi ? -Oh, t'es maboul !

-Tu ne l'as pas reconnu ? Pauvre vieille !

-Mais qui c'est ?

-Il a plus d'argent que le ministre des Finances.

Trop d'argent. On dira à Claquesous qu'il alerte la bande.

-Ne le fais pas, tu t'y connais pas. -Ne t'en fais pas...

Ce monsieur aime pas la police.

Tu me suis ? Eponine ! Où est-elle, celle-là ?

-Qu'est-ce que vous faites là ? -Je me regarde.

Vous ne remarquez rien ? -Non.

-Qu'est-ce qui ne va pas ? Vous êtes triste ?

-Oui.

-C'est le général qui est mort ? -Mais non.

-Vous n'êtes pas malade, au moins ?

L'autre jour vous avez été gentil avec moi, chacun son tour.

Je ne peux pas vous aider ?

J'aimerais.

-Ecoute... -Oui...

Tutoyez-moi.

-Ce Monsieur et sa fille qui étaient chez toi...

-Vous l'avez vue ? Elle vous plaît ? Vous la trouvez belle ?

-Belle.

-Tu sais où elle habite ?

-Non.

-Mais tu peux la trouver ? -Je ne crois pas.

-Tiens, à ta santé, la mère !

Ah, te v'là, toi ! Où tu étais passée, encore ?

J'ai besoin de toi. Cette nuit on ira chez ton bon monsieur et sa fille.

Où c'est qu'ils habitent ? -Je ne sais pas.

-Comment ça ? -On s'est rencontrés dans la rue.

-Et ta robe ? Tout ça ? -Ils venaient de l'acheter.

Va demander aux commerçants ! -Non.

Je ne veux pas que tu les touches ! -Quoi ?!

Me parle pas comme ça ! -Me touche pas !

Tes mauvais coups, ne compte pas sur moi pour t'aider !

-Voilà ton coup en l'air. -A cause de cette garce ? Non.

Va-t-en, toujours là à rien foutre et à rien dire !

-Je vais où ? -Dehors ! Tu reviendras demain !

Je veux avoir les mains libres ! Si j'en suis sûr ?

Je l'ai reconnu. Il n'a pas changé, le salaud !

Y en a qui ne vieillissent pas. Moi, il ne m'a pas reconnu.

La belle demoiselle, "sa fille", qu'il dit...

-Non ! -Si, c'est elle !

-Ca ? -C'est ça, oui.

-Habillée comme une princesse quand mes filles n'ont rien !

Je voudrais lui crever le ventre ! -Demain, tes filles s'habilleront.

T'auras aussi une robe avec falbalas et des "Suivez-moi, jeune homme!" !

Et nous mangerons du poulet ! J'en ai assez de la misère !

A mon tour, avant de crever ! Etre un peu millionnaire aussi !

-Chut, pas si haut, le voisin. -Ce blanc-bec !

On va prévenir Claquesous, il réunira la bande. A 8h, sa maison sera vide.

L'étudiant sera sorti pour sa politique.

Les chasseurs seront seuls avec le pigeon !

Il s'exécutera le mignon... Aux petit pois !

-Il y a là un homme qui nous amène une affaire intéressante.

-Politique ? -Non, mais...

Elle peut nous permettre de mettre la main sur la bande Claquesous.

-Monsieur Marius Pontmercy ? -Oui.

-Je vous remercie de nous prévenir, pour ces canailles.

Vous nous parlez de flagrant délit, mais ces hommes sont dangereux.

Avez-vous peur ? -Pas plus que vous.

-Vous êtes armé ? -Non, pourquoi ?

-Prenez ce pistolet, cachez-vous dans votre chambre.

Après qu'on vous croie sorti, observez.

Nous laisserons passer les hommes, laissez-les agir un peu.

Juste que nous puissions les prendre sur le fait.

Quand vous jugerez le moment venu, tirez en l'air.

Un conseil, M. Pontmercy...

Les prochains jours, abstenez-vous de fréquenter vos jeunes amis..

..qui veulent refaire le monde.

-Mes idées ne regardent que moi. -Vous me rendrez le pistolet.

-Pourvu que les autres soient exacts.

Y a personne, à côté ? -Il est sorti. Avec sa politique...

Il rentre pas avant minuit. -Va voir.

-Y a personne.

Elle entend du bruit. -Un fiacre !

-Dépêche-toi !

Et s'il le faut, bloque la porte ! On cogne à la porte.

-Oui, oui... Entrez, mon bienfaiteur.

Vous êtes si bon de vous être encore dérangé.

-J'avais dit que je reviendrais vers 8 h.

-Nous ne le savons pas, je n'ai plus de montre.

-Comment va votre femme ? -Elle est mourante.

Mais elle a tellement de courage... C'est pas une femme, mais un boeuf.

-Vos filles ne sont pas là ? -La petite est allée à l'hôpital.

L'aînée l'a accompagnée.

Mon bienfaiteur a apporté l'argent du loyer ?

-Oui, voilà. -Merci bien, monsieur.

Asseyez-vous, mon bon Monsieur. -Asseyez-vous aussi.

Je viens vous proposer quelque chose.

Voilà, Paris ne vous vaut rien.

Vous ne vous y ferez jamais la place honnête que vous méritez.

Beaucoup de comédiens comme vous, et pas assez de recette.

-C'est bien vrai. -Il vous faut un pays neuf.

Je paye le voyage pour vous et votre famille pour les Amériques.

Et je vous donne une petite somme pour vous établir..

..en attendant les rôles qui vous iront.

-C'est combien, la petite somme ?

-Mille louis. -Mille louis !

Seigneur Jésus ! -Ta gueule !

Excusez, mon bon monsieur, les femmes ne pensent qu'à l'argent.

Chez les hommes, c'est le coeur qui parle.

J'aime Paris, je ne peux pas vivre loin de Paris.

Dès que je suis à 2 lieues de la Seine, le souffle me manque.

Il m'en faudrait beaucoup pour oublier Paris.

J'ai dit beaucoup.

-Vous avez tort de refuser ma proposition.

Ca vaudrait beaucoup mieux pour votre avenir.

-Pour mon avenir ou pour le vôtre ? Je vous montre..

..ce qui vous fera comprendre pourquoi je tiens tant à la France.

C'est un tableau, mais un tableau de maître.

J'y tiens.

Mais s'il vous intéresse, je consens à m'en défaire.

Nous avons tellement de misère...

Ne faites pas attention, c'est un voisin.

Il s'est barbouillé parce que ça travaille dans le charbon.

Ici, entre et sort qui veut.

C'est une peinture de grand prix.

C'est David qui l'a faite. Il s'est inspiré de mon histoire.

"Au sergent de Waterloo". Le sergent, c'est moi.

Je suis en train de sauver un colonel de cuirassiers.

C'est le moment où je lui sauve la vie.

Ce tableau ne vous rappelle rien ? Vous ne l'avez pas déjà vu ?

-Non.

-Peut-être que si je le vendais assez cher, j'accepterais de partir.

A combien l'estimez-vous ? -3 francs.

-Nous voilà au complet.

La séance peut commencer.

D'abord, regardez-moi bien ! Vous ne me reconnaissez pas ?

Comme ça, sans barbe.

L'auberge de Montfermeil à l'enseigne du Sergent de Waterloo.

Thénardier !

Je suis Thénardier.

-Je ne vous connais pas.

-Vous ne voyez pas qui je suis ?

-Si, une belle canaille !

-C'est ainsi que vous nous appelez, Messieurs les riches ?!

Parce qu'on a faim, on est des canailles !

Pour mesurer le froid, vous regardez le thermomètre !

Le thermomètre de "la canaille", c'est sa peau !

-Pousse-toi, qu'on puisse travailler.

-Ne le laissez pas échapper !

-Ne lui faites pas de mal. Asseyez-le là.

Et relevez la table, ça fera plus correct.

-Qu'est-ce qu'il attend ? Allons voir ça de plus près.

-Pas de papiers, pas d'argent... Tu te crois malin ?

Mais tu vas donner ton adresse, mon mignon !

-Parce que tu ne la connais pas ? Je te la donne.

-Où est-ce qu'on habite ? -Sur la Colonne Vendôme.

-Salaud, je vais te faire causer, moi !

Amenez-moi le brasero !

Ca va.

Tu vas nous donner gentiment cette adresse.

Après, nous irons chercher ta belle demoiselle.

Alors, tu nous donneras tout l'argent.

Tu ne voudras pas qu'on abîme ton petit trésor. Alors ?

-Attend, il va gueuler ! -Il tient pas à attirer les cognes.

A Montfermeil, il avait déjà la police au derrière.

Hein ?...

L'adresse ! -Non.

-Tu m'avais assommé. Tu te souviens ?

-Vous croyez pouvoir me faire dire ce que je ne veux pas dire ?

Tenez, regardez !

Vous n'êtes pas de taille, mes agneaux !

Le vieux est encore trop dur pour vous !

Que celui qui ne craint pas le chaud, s'approche.

Si vous avez du vice, vous manquez d'épaule !

-Mes petits amis, on s'amuse ? -Javert !

-Vous êtes 6, nous sommes 15.

Ne nous battons pas comme des Auvergnats.

Montparnasse, Gueullemère, toute la bande à Claquesous ?

Tue-moi, mes hommes te prennent... -Ca va, je me rends..

Je demande seulement qu'on me prive pas de tabac, là-haut.

-C'est accordé. Emmenez-moi tout ça, sans oublier madame !

-Salope ! Elle m'a pincé ! -Bande de lâches ! Des hommes, ça ?!

Ca se dit affranchis..

..et ça se fait arrêter comme des gonzesses !

-Attention à ces deux !

Jean Valjean ! Arrêtez-le !

-La mort du général Lamarque ! Tous les détails !

-Demandez le Constitutionnel ! La mort du général Lamarque !

-Les dernières paroles du bon soldat !

-Merci.

Mes amis, que sa mort soit pour la République..

..l'occasion de renaître.

Son dernier mot a été : patrie.

Sa patrie, notre patrie, c'est la République.

La France et la liberté ne font qu'un.

Les obsèques du général Lamarque auront lieu dans 3 jours.

Tout le peuple de Paris l'accompagnera..

..dans son dernier voyage. Messieurs...

Ce sera le jour de montrer si nous sommes prêts à vivre libres...

-Ou à mourir.

-M. Marius, y a quelqu'un qui vous demande à côté.

-Et une côtelette pannée !

-C'est vous qui me demandez ? -Vous ne me reconnaissez pas ?

Eponine. Je m'habille ainsi parce que les cognes me recherchent.

-Je ne t'aiderai pas. -Je n'étais pas dans le coup.

-Je t'ai vue les livrer. Quelle famille organisée !

-C'est pas vrai, car j'ai pas voulu leur donner l'adresse !

Sinon, la demoiselle à cette heure-ci...

Mon père, ça l'a secoué !

Ca m'a démangé, mais je ne l'ai pas donnée.

-C'est vrai ? Tu sais l'adresse ? -Oui.

-Pourquoi tu ne l'as pas donnée ? -Parce que.

Si vous ne devinez pas, je dis rien. -J'ai mieux à faire que deviner.

-Si je vous donne l'adresse, vous me croirez ?

Vous me croirez, maintenant ? Que me donnerez-vous pour ça ?

Vous m'embrasserez au jour de l'an ?

C'est rue de Plumet, 19. Une maison avec une grille et un jardin.

Vous êtes content ?

-Rue Plumet, Jean Valjean quittait brusquement la maison..

..pour un voyage de 24 heures. Il avait pris une grave décision.

Il savait que cette retraite n'était plus un abri.

Que tôt ou tard, les sombres fantômes surgis de son passé..

..en franchiraient les grilles.

Sans compter ce jeune godelureau qui faisait rêver Cosette.

-"Oh printemps...

Tu es une lettre que je lui écris. Dis-lui que je soupire..

..et je languis loin d'elle.

Et de l'avoir perdue que j'ai voulu mourir.

Oh que tout le jardin, la maison, que la branche, la feuille...

Que tout devienne une âme et te parle de moi.

C'est toi qui tiens ma main quand je marche dans l'ombre.

Les rayons du ciel me viennent de tes yeux.

Si j'étais roi des rois, je donnerais l'empire, mon peuple,..

..pour un baiser de vous que je prendrai ce soir.

-Ce soir...

-Ce soir-là, dans les bois de Montfermeil,..

..une paysanne crut de nouveau apercevoir le diable..

..déterrer son trésor.

A la même heure, rue Plumet...

-Le lendemain, Paris enterrait le général Lamarque.

-Alors, vous venez avec nous, M. Mabeuf ?

-On tombera le gouvernement ! -J'en suis !

-Des coups de sabre et de fusil ! -C'est bon !

-Des coups de canon. -C'est bon !

-Mêlez-vous au cortège et dispersez-vous !

-Entendu, chef.

-Présentez, armes !

Chant funèbre.

-Halte-là !

-Laissez-nous passer ! Laissez-nous passer !

Laissez-nous passer !

-L'armée avec nous !

-Honneur au Général Lamarque !

LAMARQUE AU PANTHEON ! LAMARQUE AU PANTHEON !

LAMARQUE AU PANTHEON ! LAMARQUE AU PANTHEON !

LAMARQUE AU PANTHEON !

-Dételez les chevaux !

-LAMARQUE AU PANTHEON !

-Au Panthéon !

On entend des tirs et des cris.

-N'acceptons pas le combat en terrain découvert !

Gagnons le centre de Paris ! -J'ai un fusil et des cartouches !

-Allez ! -J'en suis aussi, moi !

-Ils ont tiré sur le peuple !

Ici, nous ne pouvons rien faire !

-Vous allez me ruiner ! -La Révolution te paiera !

-Et maintenant, aux barricades ! -Aux barricades !

-Ho, les amis ! -Par ici, les gars !

-Allez, on embauche pour la République !

-On arrive. -Allez, les étudiants !

-Nous commenderons..

..sous notre feu, toute la rue Saint-Denis.

Ils n'oseront même pas s'approcher !

Allons-y, mes amis !

-"Au Raisin de Corinte"... Sans h ! Eh bien... Un café, ça me plaît.

Décidément, Enjolras est le roi des stratèges.

Salut !

-Bien ! Mettez ça là-bas !

-Hé ! Ha ! Ha ! Hi ! Hi ! Hi !

-Nous mettrons ici nos blessés. Là-haut, ce sera notre citadelle.

Les balles taperont comme un marteau sur ce plancher de chêne.

-Monsieur, j'ai une idée. -Quoi donc ?

-Buvons un coup, buvons en deux... A la santé de la République !

-Va-t'en, tu nous déshonores ! -J'ai pas tout bu, il en reste.

-Monte les bouteilles, elles nous serviront de projectiles.

-Mourir pour le République, oui. Mais pas de soif.

-Alors, cette idée ? -Elle est là, elle travaille.

Le chauve, là-bas...

C'est un mouchard. -Tu es sûr ?

Y a pas 8 jours, il a failli m'arracher une oreille.

-Je le connais aussi. -Bon, attendez.

-Qui êtes-vous ? -Je vois ce que c'est.

-Mouchard ? -Inspecteur Javert.

-Emmenez-le dans le café. Si ça tourne mal, on le fusille.

Pour le moment, il ne s'agit pas de gaspiller une cartouche.

-On se retrouve.

Tu ne m'as toujours pas rendu mon pistolet.

-Dans le même temps, Jean Valjean, ayant rassemblé ses biens,..

..se préparait à quitter la France.

En attendant ses passeports, il se transportait..

..dans un appartement retiré qu'il venait de louer dans Paris.

-Tu viens ?

Le temps d'obtenir nos passeports et dans 8 jours, on sera à Londres.

7, rue de l'Homme armé.

-"Bien aimé...

Nous allons partir pour l'Angleterre.

Et je mourrai si je te perds.

Rue de l'Homme armé, numéro 7."

-Eponine savait que quels que fussent les événements..

..qui se déroulaient dans Paris, la nuit lui apporterait Marius.

-Cosette...

Cosette...

-Non, pas Cosette !

-Toi ?

-Vous êtes déçu ? -Qu'est-ce que tu fais ici ?

-Je vous attendais. Elle est partie.

Ils ont fermé la maison, ils ne reviendront pas.

-Partie ? Tu sais où ?

-Le monsieur disait : "Bientôt, on sera à Londres".

-Londres ?!

-C'est pas ici, hein ?

-Elle ne m'a pas laissé un mot, un message ?

-Non.

Où allez vous ?

-On se bat, dans Paris.

Je te l'avais dit. -Oui, le grand chambardement !

-J'avais un peu peur de mourir. Maintenant, ça m'est égal.

-Laissez-moi aller avec vous. On va rire.

-Prenons par derrière, il y a un passage.

Une cloche sonne.

-Ecoutez, c'est la cloche de Saint-Merri.

-Monsieur Enjolras, les soldats, ils approchent !

Roulement de tambours.

-Dispersez-vous !

Sinon, nous allons vous donner l'assaut !

-Attendez !

Soldats, écoutez-moi !

La nuit vous cache,..

..mais je connais vos visages. Vous pourriez être mes fils.

En 89, moi aussi j'avais 20 ans ! Je me battais pour la République !

Venez avec nous !

Coup de feu.

-Que chacun défende ce vieillard mort comme il défendrait son père vivant.

Son vêtement sera notre drapeau.

-Attention, alignez-vous !

-Visez bien ! Ne gaspillez pas vos cartouches !

En avant, balayez-moi la canaille ! Feu à volonté !

-Feu !

-Passez les fusils !

-En avant ! Pas de quartier !

-Restez calme !

-Balayez-moi cette canaille !

Enlevez-moi ça !

-Gare au tonneau de poudre ! Sauvez-vous ! Vous allez sauter !

-Vive la République !

Ils se sont sauvés comme des lapins !

-Rechargez vos armes !

Occupez-vous des blessés !

-Sans toi, j'étais fini.

-Bravo, monsieur Marius !

-Monsieur Marius.

Monsieur Marius...

-Attends, je vais t'emmener, on va te soigner.

-J'ai trop mal, laisse-moi ici.

C'est plus la peine.

Reste avec moi.

-Je t'ai vue te jeter au devant des coups de fusils.

Pourquoi tu as fait ça ? -Pourquoi ?

J'ai vu qu'on vous visait, j'ai pas pu...

On se retrouvera après. C'est vrai, qu'on se retrouvera après ?

-Oui.

-Pourtant, si tout le monde se retrouve là-haut,..

..ça doit faire les mêmes drames qu'en bas.

Dans ma blouse, j'ai une lettre pour vous.

Elle était sur le banc.

Je ne voulais pas vous la donner.

Mais c'est drôle, je ne peux pas vous voir malheureux.

Vous vous souvenez quand je vous ai donné l'adresse...

Je vous ai demandé : "Qu'est-ce que vous me donnerez ?

Vous m'embrasserez au jour de l'an ?"

On est qu'au mois de juin.

Promettez-moi... -Quoi ?

-Promets...

-Je promets.

-Quand je serai morte, vous m'embrasserez pour de vrai ?

-Oui.

-Je crois que j'étais un peu amoureuse de vous.

-On coucha Eponine aux côtés du père Mabeuf.

Et Gavroche comprit ce que pouvait être la famille.

Javert, immobile, attendait son sort On avait étendu les morts..

..dans la ruelle. Ils étaient côte à côte,..

..ces hommes faits pour s'entendre et que la société avait séparés.

Grantaire avait réussi à trouver encore quelque chose à boire.

Gavroche jouait... Marius terminait une lettre...

-Tu peux me rendre un service ? -Un service ? Une douzaine.

-Je voudrais que tu portes cette lettre.

-C'est pas l'heure du courrier. -Justement.

Mlle Fauchelevent, 7, rue de l'Homme armé.

-"L'Homme armé", ça me plaît. C'est un nom de circonstance.

-Rue de l'Homme armé, Jean Valjean ne dormait pas.

Il savait qu'on se battait en bas. Mais c'est pas ça qui l'inquiétait.

Il avait fui la police, mais il devinait un autre danger..

..contre lequel il se sentait d'avance désarmé.

Cosette s'était retirée dans sa chambre,..

..dès leur arrivée, et avait refusé de dîner.

-"Bien aimée...

Pour l'Angleterre, mourrai si je te perds."

On tape à la porte.

-C'est pas trop tôt. C'est ici qu'elle habite, Mlle Fauchelevent ?

-Qu'est-ce que tu lui veux ? -Ca la concerne, pas vous.

-C'est une lettre ? -Ca se voit.

-De l'étudiant ? -Vous connaissez M. Marius ?

-C'est un ami. -Il faut que je lui donne.

-Elle dort, je lui donnerai demain. -Non, aujourd'hui. J'attends.

Y a peut-être une réponse. -Donne, je la réveille.

-Dépêchez-vous...

Je dois retourner à la barricade. -Barricade ?

-On fait quoi, nous autres, pendant que vous roupillez ?

J'attends.

-"Bien aimée, adieu. Je vais mourir avec mes amis.

Quand le soleil se lèvera, mon âme sera près de toi."

-Marius...

-Et s'il gardait la lettre...

Cet homme mourrait et elle n'en saurait rien.

Jamais.

Il n'y a qu'à laisser faire.

"Tu l'oublieras et je te garderai."

-Eh bien, je crois que je dormais. La demoiselle, elle est réveillée ?

-Je porterai moi-même la réponse, tu vas me conduire.

-C'est peut-être notre dernier matin, Enjolras.

-Tu regrettes ? -Non. Pas de mourir, mais de tuer.

-Laissez-moi l'officier !

-Quel dommage de tuer ce jeune homme, il pourrait être ton frère.

-Il l'est.

-Canonnier, à vos pièces !

-Soldats, nous allons enlever ça. En avant ! A la baionnette !

Allez sapeurs !

-Feu !

-Ne reculez pas ! -Vite, c'est commencé, là-bas !

-Cessez le feu !

-VICTOIRE !!! -Vive la République !

-Encore une victoire comme celle-là et nous n'aurons plus de cartouches.

-Il paraît que Gavroche entendit cette phrase.

-Je suis né à Nanterre, c'est la faute à Voltaire.

Et non à Palaiseau, c'est la faute à Rousseau.

-Gavroche !

-Joie est mon caractère, c'est la faute à Voltaire.

Misère est mon trousseau, c'est la faute à Rousseau.

Coups de feu.

-Reviens !

-La poudre va aux moineaux, c'est la faute à Rousseau.

J'suis pas propriétaire, c'est la faute à Voltaire.

Je suis petit oiseau c'est la faute à... Rousseau.

Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire.

Le nez dans le ruisseau c'est la faute à...

-Ah ! Touché ! Prends les cartouches !

-Il est mort. -Donnez-le moi.

-Mettons-le à côté des autres. Par ici.

-Et Prouvaire ? -Il est prisonnier.

-En joue !

-Vive la France !

Vive l'avenir ! -C'est Prouvaire.

-Feu ! Tirs.

-Tes amis viennent d'être fusillés.

Le dernier survivant te cassera la tête.

-Voulez-vous que je m'en charge ?

-Vous ? -Oui.

-Tu le connais ? -Oui.

-S'il n'y a pas d'inconvénient, je l'emmène dehors.

-Comme vous l'entendrez.

-Votre situation n'est pas meilleure que le mienne !

Toi, ici... Evidemment, c'est dans l'ordre.

-Lève-toi.

-Prends ta revanche. -Passe devant.

-Attention ! A vos postes !

-Au couteau, tu as raison, ça te va mieux.

-Voilà, vous êtes libre.

Au fond de la ruelle, il y a une palissade, passez par là.

Et si je sors d'ici, je serai au 7, rue de l'Homme armé.

-Je ne comprends pas.

-Vous n'avez jamais rien compris.

Alors...

Roulement de tambours. -Pointez !

Feu !

-Chargez !

Allez, les sapeurs ! A la baionnette !

Allez en avant ! En avant ! Chargez ! En avant !

-Feu ! A volonté !

Ne reculez pas !

-Replions-nous dans le café ! Allez !

Allez !

-Amenez des haches, enfoncez la porte !

-Plus de cartouches, on fait quoi ? -Alors, vite les bouteilles !

-Allez, alignez-vous !

-Attendez !

J'en suis.

Tu ne vas pas partir sans moi.

-Qui êtes-vous ? -Personne.

-En joue !

Feu !

Reposez armes !

-Au cours des premières émeutes,..

..le peuple généreux avait ouvert les portes des prisons.

Avec les innocents étaient sorties les pires canailles.

-Hé là ! -C'est chez moi, on m'a cambriolé !

-Emmenez-le ! -Je ne suis pas un révolutionnaire.

Je suis un honnête homme. J'ai les mains propres.

Attention, ça tire là-bas !

-Oh là... Mauvais, tout ça !

-L'émeute raffermit les gouvernements qu'elle ne renverse pas.

Elle éprouve l'armée, concentre la bourgeoisie..

..et étire les muscles de la police. Il faut traquer les survivants.

-Certains ont pu s'enfuir par les égouts, mais où iront-ils ?

D'ici un quart d'heure, toutes les issues seront occupées.

L'armée à placé des patrouilles dans les collecteurs.

-Je félicite notre ami Javert d'avoir réussi à s'échapper.

Assurez et faites garder la fermeture des grilles.

-Ils tomberont entre nos mains ou ils crèveront comme des rats.

-Au milieu même de la ville,..

..Jean Valjean était sorti de la ville.

Il avait passé du plein jour à l'obscurité, du fracas au silence.

Du tonnerre des explosions à la stagnation de la tombe.

Ce labyrinthe avait un fil : sa pente.

Suivre la pente, c'était aller à la rivière... au salut.

-Tu as entendu ? Ca bouge là-bas ! -Oui.

-Hé là ! Ici 6e de ligne, sergent Lachenal.

-Vous feriez pas mal de faire un peu attention.

Vous avez failli nous tirer dessus. -On avait aperçu quelque chose.

-Vous avez bu un coup de trop, non ?

-Chef...

-Part à deux !

Je comprends, maintenant, pourquoi les cognes te cherchent.

C'est du travail en grand ! Et toi qui me traitais de canaille.

C'est pas plaisant ! Alors, bonne affaire ?

-Touche pas ! Touche pas ! -Tu es trop fort, tu fais mal.

Tu veux la sortie ? J'ai un passe-partout.

-Comment ? -Regarde la clé des champs.

Mais faut partager.

D'accord, mais ton pente...

Il ne faut pas le laisser là, il faut le foutre à la Seine.

-Compte sur moi. -Tu veux un coup de main ?

-Non. -Egoiste.

-Je vous ai déjà dit que j'étais votre prisonnier.

Mais auparavant, laissez-moi le porter chez lui.

-Marius Pontmercy est un meneur, il appartient à la justice militaire.

-Il a déjà payé. -Oui, mais il n'est pas mort.

-Tenez, c'est ce qu'il avait sur lui.

-"Prière de ramener mon corps à mon grand-père, M. Gillenormand.

Rue des Filles du Calvaire, No 25."

Appelle un fiacre !

Sonnerie

-Qu'est-ce que c'est ?

Qu'est ce que c'est ? -Monsieur Gillenormand ?

-Oui. On rapporte son petit-fils.

-Oh, monsieur Marius !

Etendez-le là !

Mon Dieu ! Que lui est-il arrivé ?

-Il est allé à la barricade. -Marius ! Marius, mon petit !

Il s'est fait tuer aux barricades ! En haine de moi !

Va chercher le médecin, imbécile ! C'est contre moi qu'il a fait ça !

C'est comme ça qu'on me le ramène. Oh, misère de ma vie !

Je vous suis. -Marius !

Marius, mon petit, tu es vivant ! Il est vivant !

-Je vous demande encore une chose : rentrer chez moi un moment.

Après, vous ferez de moi ce que vous voudrez.

-Au 7, rue de l'Homme armé.

-Attendez-moi, je ne serai pas long.

-Un instant... Pourquoi m'avez-vous sauvé la vie, ce matin ?

-Vous ne savez pas pourquoi ? -Non.

-Je vous plains.

-Jean Valjean voulait dire à Cosette..

..que rien ne l'empêchait plus d'être heureuse..

..si l'homme qu'elle aimait survivait..

..à ses blessures.

La rue était déserte.

Javert avait disparu.

-La vie avait repris son cours.

L'espoir et l'amour reprenaient leur place.

Chez M. Gillenormand...

Grand-père et petit-fils avaient fait la paix.

Tous les après-midi, ils recevaient la même visite.

-Sont-ils gentils, tous les deux ?

-Tout irait mieux si je pouvais savoir.

-Savoir quoi ? -Tout est flou. Quel est cet homme ?

Il m'a porté et sauvé, et ne veut pas se faire connaître.

-Le lendemain, c'était le mariage.

-Vous êtes blessé ? -C'est en fendant du bois.

-Laissez-moi voir. -Non, c'est rien.

Je vais arranger ça moi-même.

-Fiévreux à la suite de sa blessure..

..Jean Valjean se déclara incapable d'assister à la cérémonie.

-Je suis en retard !

Oh, vous allez être tout seul !

Vous n'êtes pas triste ?

On viendra vous voir demain.

Est-ce que je suis belle ? -Très belle.

-Vous êtes content ? -Très.

-Eh ben alors, riez !

C'est toi qui tiens ma main quand je marche dans l'ombre.

Et les rayons du ciel me viennent de tes yeux.

-Si j'étais roi des rois, je donnerais l'empire et mon char...

Et mon peuple à genou, pour un regard de vous, Cosette.

-Je ne suis plus Cosette. -Et qui es-tu ?

-Je m'appelle Marius, je suis madame Toi.

On frappe. -Entrez !

Oh, Monsieur !

Je préviens Mademoiselle. Non, Madame...

-Non, ne la dérangez pas, Toussaint.

C'est à M. Pontmercy que je veux parler.

-Bonjour. Cosette sera heureuse de voir que vous allez mieux.

Nous avons été un peu surpris hier, de votre absence.

-Monsieur, je tenais à vous voir pour vous dire ceci...

Je suis un ancien forçat. J'ai pas mal à la main, j'ai jamais eu mal.

C'était pour ne pas assister au mariage.

Pour ne pas signer, ne pas faire un faux.

-Ca signifie quoi ? -Que j'ai été 19 ans aux galères.

Condamné à perpétuité pour récidive. Je m'appelle Jean Valjean.

-Depuis longtemps, je me doutais de quelque chose.

Quelque chose d'affreux qui se cachait derrière vous.

Et pourquoi me le dire aujourd'hui ?

-Parce que Cosette disait qu'on vivrait en famille.

Je ne peux être d'aucune famille. Tant qu'elle n'avait que moi,..

..j'étais obligé d'accepter pour elle le danger de ma présence.

Je vous l'ai confiée, moi je dois disparaître de sa vie.

Promettez-moi qu'elle ne saura rien. -C'est promis.

-Merci.

Je vous demande la possibilité de la voir de temps en temps.

Je l'ai eue très petite, je pense que vous comprendrez cet amour-là.

Même venant d'un homme comme moi.

Je pourrais passer dans le quartier et lui dire bonjour.

-Il ne vaut mieux pas.

Chaque fois que vous entrerez ici, j'aurai peur pour elle.

Mieux vaut qu'elle vous oublie. -J'ai été tout, pour elle !

Je crains que si elle ne me voit plus elle soit malheureuse.

Vous n'y croyez pas ? Vous pensez que pour elle, sauf l'amour..

..rien n'existe ?

-Père, vous êtes là et on ne m'a rien dit !

-Je viens te faire mes adieux. -Vos adieux ?

-Je pars en Angleterre. -Encore cette Angleterre !

Je la déteste, elle veut toujours me séparer de ceux que j'aime !

Maintenant que vous êtes débarrassé de moi, c'est bien d'en profiter.

-Je compte m'y fixer pour toujours. -Pour toujours ?

Vous vous y ennuierez, il pleut sans cesse ! Vous nous écrirez ?

-Bien sûr. -Père craignait ton opposition.

-Moi ? Pourquoi ? -Une idée comme ça.

-Madame est servie.

-"Madame !"

-Bon... Eh bien, je vous laisse.

Adieu, Cosette. -Adieu ?

Au revoir.

-Au revoir.

-Pitié pour les malheureux, mais indulgence pour les heureux.

-Une vieille dame qui avait des rhumatismes..

..et rien d'autre à faire que de regarder par la fenêtre,..

..remarqua l'étrange promenade d'un homme..

..qui semblait vieillir à vue d'oeil.

-Cosette !

-Marius de son côté, était obsédé..

..par le pensée de cet homme à qui il devait la vie..

..et qui ne s'était jamais fait connaître.

-La personne attend.

-"Monsieur le Baron...

Si l'Etre Suprême m'en avait donné les talents,..

..j'aurais pu être le baron Thénard, membre de l'Institut.

Mais je ne le suis pas. Je porte seulement le même nom que lui.

Je porte aussi un secret concernant une personne.

Cette personne vous concerne. Thénard."

Thénard... Tu me laisses un instant ? -C'est une femme ?

-Mais non.

Faites entrer !

-J'ai déjà eu l'honneur de rencontrer Monsieur le Baron.

C'était chez Madame la Comtesse de Bagration, je crois.

-Je ne connais pas Madame Bagration. -Ah.

Alors, c'était chez Chateaubriand !

Je connais beaucoup Chateaubriand. Il est très affable.

-Et alors ?

-M. le Baron n'a pas lu ma lettre ? J'ai un secret à lui vendre.

-Quel secret ?

-Monsieur le Baron, vous avez chez vous..

..un voleur et un assassin.

-Chez moi ? Non.

-Assassin et voleur ! Je ne parle pas de faits anciens.

Non, mais de faits récents, actuels et encore ignorés de la justice.

Cet homme a gagné votre confiance sous un faux nom.

Je vous dis son vrai nom.

Et vous le dire pour rien.

Il s'appelle... Jean Valjean !

-Je le sais. -Ah.

Mais ce que vous ignorez, c'est que c'est un ancien forçat.

-Je le sais.

-M. le Baron m'étonne. En tout cas, il voit que je suis bien renseigné.

Mais ce que j'ai à vous apprendre n'est connu que de moi.

C'est un secret extraordinaire.

Je le vends... 20 000 francs. -Je connais ce secret aussi.

-Mettez 10 000 F et je parle. -Vous ne m'apprendrez rien.

-Il faut quand même que je dîne, ce soir !

-Je sais tout et même votre nom !

-Je vous l'ai écrit. Thénard. -Dier !

-Comment ? -Thénardier.

-Thénardier ? -Jondrette, le poète Alvarez...

Fabantou, l'artiste, le père d'Eponine et de Gavroche.

-Là, vous me faites mal.

J'ai perdu ma grande fille, mon pauvre petit garçon.

Ils sont morts pour la République.

C'est vrai, je suis Thénardier.

-Vous voyez que j'en sais aussi long que vous.

Jean Valjean a été condamné pour vol. Un bien petit vol.

-Ce qui n'empêche pas le même Jean Valjean..

..d'être un voleur et un assassin.

-Expliquez-vous ! -Le 6 juin, jour de l'émeute...

Pour des raisons personnelles, j'étais dissimulé dans l'égout.

-L'égout ? -Qui donne dans la seine.

Certaines circonstances obligent parfois un honnête homme..

..à mettre les pieds dans l'eau sale.

Et j'ai aperçu quelqu'un que je connaissais bien.

C'était notre homme. -Jean Valjean ?

-Il n'était pas seul, il portait quelqu'un sur son dos.

Un jeune homme couvert de sang. Flagrant délit d'assassinat.

Le vol était le mobile du crime. -Ce jeune homme n'avait rien !

-Pour le faire sortir, J. Valjean m'a proposé la moitié de son butin.

C'est un homme d'une force terrible, j'ai pas pu refuser.

-Vous veniez accuser un homme, vous l'avez justifié.

Je vous considère comme un canaille ! -Le mot est gros.

Je vous connais ! Mais j'ai envers vous une dette.

Demain, je vous donnerai assez pour partir aux Amériques.

-Merci, mais je ne comprends pas. -Ne comprenez pas, mais sortez !

-Comme il plaira.

Vous avez bien dit demain ? -Sortez !

-Il faudrait le faire porter à l'hôpital.

Il n'a pas de domestique.

Moi, je ne peux pas être tout le temps là à le garder.

J'ai ma loge. -L'hôpital, ce n'est plus la peine.

C'est un homme usé qui a dû perdre quelqu'un qui lui était cher.

On meurt de ça. -Reviendrez-vous, docteur ?

-J'aimerais mieux que ce soit un autre...

-Père, vous êtes malade ! Pourquoi n'avez-vous rien dit ?

-Ah, c'est toi mon enfant ! Tu es venue. Comme c'est gentil !

Vous aussi, vous êtes venu ? -Je vous demande pardon.

Maintenant, je sais tout. Elle aussi.

Venez avec nous, vous serez heureux. -On ne vous quittera plus !

-Demain, je viens vous chercher. -Il est trop tard.

-Non, il n'est pas trop tard !

-Ne pleure pas, mon petit. J'avais si peur de ne plus te voir.

Et tu es venue... Je suis si heureux !

Tu te souviens de Montfermeil et de la forêt ?

Quand j'ai porté ton seau et pris ta main pour la première fois ?

Et la grande poupée ?

Tu sais qu'elle est toujours là, la grande poupée ?

Et le couvent, quand tu mettais des cerises à tes oreilles ?

Dis-moi, mon enfant...

Il est temps que tu saches le nom de ta mère.

Elle s'appelait Fantine. Rappelle-toi bien de ce nom.

Fantine. Tout ce que tu as eu en bonheur,..

..elle l'a eu en malheur.

Elle t'a beaucoup aimée et elle a beaucoup souffert.

-Père !

-Ah, mes enfants !

Il faut que je vous avoue quelque chose, Marius.

Je ne vous ai pas toujours aimé, mais il ne faut pas m'en vouloir.

Je vous en demande pardon.

Mais vous deux, aimez-vous bien. Toute la vie.

Parce que finalement une seule chose compte, dans le monde...

Aimer. Aimer.

Tu emporteras ces deux flambeaux.

J'espère que celui qui me les a donnés est content de moi.

En tout cas, j'ai fait de mon mieux.

Autre chose...

N'oubliez pas que je suis un pauvre.

Et quand je partirai...

Je veux qu'on m'enterre sous une pierre simple, sans nom.

Et ça, c'est ma volonté.

Mon petit, tu es là...

Je suis heureux.

-Il dort. Quoique le sort fut pour lui bien étrange.

Il vivait, il mourut quand il n'eut plus son ange.

La chose simplement d'elle-même arriva.

Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.

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