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�t� 1934.
Depuis un an et demi maintenant,
les Allemands vivent dans un pays qu'Adolf Hitler a mis au pas.
Quelques mois lui ont suffi pouran�an�r
la d�mocratie.
La libert� dela presse
et les libert�s civiles ont �t� abolies.
Les opposants ont
�t� jet�s en prison.
Le parti nazi
est devenu le parti unique.
Malgr� la r�pression
et les violences,
le pouvoir d'Hitler est encore fragile.
Hitler est tiraill� entre les deux forces qui l�ont
port� � la t�te du pays.
D'un c�t�, les milieux conservateurs.
De l'autre, les r�volutionnaires du parti.
Presse de toutes parts, il va devoir trancher.
Il va le faire dans un acte fondateur et brutal,
sacrifiant dans le sang des compagnons
dela premi�re heure,
parmi lesquels son vieil ami Ernst Rdhm,
l�autre grande figure du nazisme, le chef de file
de la tendance r�volutionnaire.
Cette vague d'assassinats va marquer un tournant
pour l'Allemagne
et la pr�cipiter dans la dictature nazie.
Ainsi, en ce mois de juin 1934,
se pr�pare une hallucinante op�ration criminelle d��tat
qui va durer trois jours
et que l�histoire a retenue sous le nom de:
la nuit des Longs Couteaux.
Berlin, 8 h du matin,
28 juin 1934.
A l'a�roport de Tempelhof, on attend Hitler qui se rend
� Essen.
C�est dans ce temple dela puissance nazie
aujourd�hui d�saffect�
que commence l�histoire dela nuit des Longs Couteaux.
Hitler est chancelier.
Il entame ce jeudi un voyage de plusieurs jours
en Rh�nanie-Westphalie, dans l�ouest du pays.
En d�collant de Tempelhof,
Hitler laisse un Berlin en proie � des luttes intestines
o� s'affrontent les conservateurs,
les principaux dirigeants nazis
et les franges les plus radicales de son propre parti.
Il est 11 h
quand l�avion atterrit � Essen,
au c�ur du bassin industriel dela Ruhr.
Hitler quitte l'a�rodrome pour se rendre au mariage
de l'un de ses proches:
Josef Terboven, Gauleiter de Rh�nanie,
le dirigeant nazi de la r�gion.
C'est la tre �tape
de son voyage.
Hitler a tenu � �tre pr�sent pour marquer sa fid�lit�
� ce compagnon dela tre heure
qui, il y a 10 ans, en 1923,
participait � ses c�t�s � la tentative de putsch de Munich.
A 15 h, Hitler quitte la f�te du mariage
et roule vers la demeure de Gustav Krupp,
le pr�sident du plus grand conglom�rat
militaro-industriel allemand.
Gustav Krupp est l�un de ses plus solides appuis
dans l��lite conservatrice du pays.
C'est lui qui a cr�� le fonds Adolf Hitler
pour l��conomie allemande.
Apr�s les amabilit�s d'usage,
on fait visiter � Hitler les usines.
Hitler vient s�assurer du soutien de Krupp,
et aussi le rassurer, rassurant ainsi les grands industriels
du pays.
Car tous s'inqui�tent du d�sordre que font encore r�gner
certains groupes nazis fid�les � l�esprit r�volutionnaire
et anticapitaliste des d�buts.
Aujourd'hui, Hitler se tourne
vers les grands patrons.
Il y a quelques mois encore, c'est aux ouvriers qu�il s'adressait,
se tenant au milieu d'eux
dans les usines de Krupp comme de Siemens
ou de Daimler�Benz.
"'-Hommes et femmes du peuple allemand!
Mes travailleurs allemands !
Si je vous parle aujourd�hui, ainsi qu�� des millions
d'autres travailleurs et travailleuses allemands,
c�est parce que j�ai plus de l�gitimit�
qu'aucun autre � le faire.
Je suis sorti de vos rangs,
j'�tais jadis parmi vous,
j'ai �t� pendant 4 ann�es et demie de guerre l�un des v�tres
et ensuite, en m'appliquant,
en apprenant et, je dois dire, en souffrant de la faim,
j'ai gravi lentement les �chelons.
Au fond de moi, je suis rest� exactement ce que j'�tais avant.
En revanche, je voudrais que la post�rit� reconnaisse
que je me suis efforc� de r�aliser correctement
et honn�tement mon programme.
Peut-�tre y a-t-il quelqu�un parmi vous
qui ne m'excusera pas d�avoir an�anti les partis marxistes.
Mais mon ami, j�ai pareillement an�anti les autres partis !
*Ovation, applaudissements
-Le lendemain matin, vendredi 29 juin,
Hitler entame la 2nde partie de son voyage.
Une grande tourn�e d�inspections des camps de volontaires du R.A.D.
Au camp d'0lfen, les jeunes volontaires se lancent
dans une d�monstration de force physique et de discipline
qu�il affectionne tant.
Hitler doit encore visiter les camps 210 et 211
o� l'on remet en �tat le canal
dela Niers.
Mais soudain, il d�cide de tout annuler.
Il ordonne � sa d�l�gation de changer de route.
Dix grosses Mercedes-Benz,
dont la d�capotable o� se trouve Hitler,
longent maintenant le Rhin
vers le Nord.
A leur bord, son aide de camp, son garde du corps,
et plusieurs dirigeants parmi les plus proches.
Hitler a d�cid� de les r�unir dans un endroit qu�il conna�t bien,
l'h�tel Dreesen, sur les rives du fleuve.
-Hitler est venu ici pour la premi�re fois en 1926.
Il s'est inscrit sur le registre
en tant que:
"Hitler, Adolf, r�sidant � Munich, �crivain, apatride."
Personne ne le connaissait ici.
Il est venu sur recommandation de son entourage, Rudolf Hess.
L'h�tel Dreesen �tait l'un des lieux de s�jour favoris d�Hitler.
Un nouveau lien avec le Rhin allemand.
C'�tait ce qui le fascinait ici.
C'est sans doute pour cette raison qu�il venait si souvent.
Les raisons pour lesquelles Hitler est venu � l'h�tel ce jour-l�,
je ne les connais pas.
Mais ce n'est pas �tonnant car il fr�quentait l'h�tel depuis 8 ans.
-Hitler arrive � l'h�tel Dreesen
en d�but d�apr�s�midi.
Le propri�taire et le personnel n�ont �t� pr�venus
que quelques minutes auparavant.
La d�l�gation nazie d�barque en nombre.
Elle est conduite dans les grands salons.
On met � sa disposition l'unique cabine t�l�phonique de l'h�tel
afin qu'ils puissent rester en contact permanent avec Berlin.
Ce qui se met en place est
une cellule de crise improvis�e.
Car Hitler va engager une bataille d�cisive
contre son ami Ernst Rdhm.
Ernst Rdhm, lui, se trouve alors en vacances
� pr�s de 500 km del�, en Bavi�re,
au bord du lac Tegern.
Ernst Rdhm est
le chef de la SA, la section d�assaut.
Le groupe paramilitaire du parti nazi
qui a particip� �la conqu�te du pouvoir.
C'est surtout un des premiers fr�res d�armes d�Hitler
et un de ses tr�s rares amis.
Mais aujourd�hui, il s�oppose frontalement � Hitler.
Il ne veut pas se contenter du pouvoir.
Il veut continuer la grande r�volution nationale�socialiste.
Entre la pension Hanselbauer o� est install� Rdhm
et l'h�tel Dreesen o� se trouve Hitler,
un fil invisible, immat�riel esttendu.
Celui d�une histoire commune de plus de 15 ans.
Une histoire d'amiti�
et de combats partag�s.
Et qui est en passe de se rompre.
-Rbhm est le seul qu�il tutoie et qui le tutoie.
Il y a une relation d'estime r�ciproque.
Voire de fascination r�ciproque entre eux deux.
Rdhm a reconnu dans Hitler le g�nie politique.
Celui qui va sauver l'Allemagne, selon lui.
Hitler a reconnu dans Rdhm le g�nie militaire.
L�homme qui sait diriger les troupes.
Hitler a une fascination pour cela
parce qu�il a v�cu
les 4 ans dela Grande Guerre
comme l'exp�rience ultime de sa vie.
Exp�rience dela socialisation, du courage,
du sens donn� �la vie.
Il reconna�t en Rdhm l�homme dela Grande Guerre.
-L'amiti� entre Rdhm et Hitler est n�e � Munich en 1920,
dans l'ambiance troubl�e de l�apr�s�guerre.
Rdhm est encore militaire.
Capitaine de l�arm�e allemande, la Reichswehr.
Il nourrit une rancune envers sa hi�rarchie
qu�il tient pour responsable dela d�faite.
Rdhm fr�quente les milieux d'extr�me-droite.
Il y fait la rencontre d�Hitler.
Ils adh�rent au Parti allemand des travailleurs
qui va bient�t devenir le NSDAP, le parti nazi.
Ensemble, Rdhm et Hitler cr�ent la SA,
la section d�assaut.
La milice du parti.
-Hitler commence
ses activit�s politiques au sein du NSDAP.
Et il est persuad� que la victoire des nazis passera
parla conqu�te d�une forme d�opinion publique,
avec les moyens de l��poque,
c'est-�-dire parla grande r�union publique.
Donc Hitler, tout b�tement,
parie d�abord devant 100 personnes,
puis 200, puis 300.
Sauf qu'on est dans un pays qui sort de la guerre,
et o�, en 1921,
il y a 2 millions de fusils encore en circulation.
*-SIEG HEIL !
-Et quand quelqu'un d'aussi radical,
d�aussi antis�mite, d�aussi fanatique qu'Hitler
monte sur une estrade pour parier,
il y a un r�el risque
de se faire tirer dessus.
Car les communistes vont s�introduire dans ses meetings,
l�extr�me�droite, idem.
Donc il y a une r�elle violence politique.
*-SIEG HEIL !
-Et donc, qu'est-ce que la SA ?
C�est un service d'ordre.
-II y a beaucoup de gens
qui ont rejoint le parti nazi, la SA, la SS,
qui sont des v�t�rans de 14-18.
Qui ne se sont pas resocialis�s, en quelque sorte,
apr�sla1re Guerre mondiale.
Et qui, naturellement,
voient dans les mouvements nationalistes,
avec une composante martiale voire paramilitaire,
une fa�on d�exister.
-Ce qu'on oublie et qu�on ne voit jamais,
c'est qu'une institution comme la SA et le r�gime nazi ensuite
sont des institutions nourrici�res, protectrices.
Je dirais presque maternelles. Pourquoi ?
Elle est une institution de vie totale,
ce qu�on appellerait des bonnes �uvres,
l�assistance publique.
Les nazis l'appellent SA Heim,
les maisons dela SA.
Ces institutions dela SA vont recueillir des jeunes ch�meurs.
On vous donne une soupe gratuite le soir.
On a un peu de formation id�ologique,
on dit que ce serait bien
de ramener l�ordre et de lutter contre les communistes,
et on vous promet l�aventure, la dignit�...
C'est un produit d�appel
tr�s fort.
Et Rdhm le sait.
Rbhm joue la carte du chef militaire.
Du chef militaire charismatique qui va promettre � ses "ouailles",
protection, action, sens dans la vie.
Pour le dire simplement, la SA est une arm�e r�volutionnaire.
Les deux mots sont importants: une arm�e,
donc les uniformes qui font symbole.
�Nous sommes les repr�sentants des tranch�es."
Et r�volutionnaire,
qui a pour but de d�truire la r�publique de Weimar.
D'un c�t�, Hitler en fait un pur outil,
mais on sent qu�il veut que �a reste un outil,
qu'elle ait peu d�autonomie par rapport au parti.
Alors que Rdhm, qui est l'�manation de cette SA,
un de ses dirigeants importants,
lui veut une totale autonomie.
-Hitler reste r�ticent envers la strat�gie r�volutionnaire
pr�n�e par Rdhm.
Mais � l�automne 1923, Rdhm parvient � le convaincre
de tenter un coup d'�tat pour renverser la R�publique.
Il l'assure qu'ils auront le soutien de l�arm�e.
Dans la nuit du 8 au 9 novembre, � Munich,
Hitler harangue la foule,
appelant � prendre le pouvoir dans la capitale r�gionale
pour ensuite marcher sur Berlin.
Or Rdhm s'est tromp�.
L�arm�e ne suit pas.
Et le coup d'�tat est un �chec total.
Les manifestants sont dispers�s.
Les SA sont arr�t�s
et d�sarm�s. *Cris, brouhaha
Hitler, bless�, est condamn� � 5 ans d�emprisonnement
� la forteresse de Landsberg.
Il n'y reste que 9 mois.
Le temps d'�crirela1re version de �Mein Kampf".
L'ouvrage o� il expose le socle de sa doctrine.
Tirant les le�ons de l'�chec du putsch,
il y �tablit une nouvelle strat�gie de conqu�te du pouvoir,
non plus par la force, mais par les �lections.
Dans cette strat�gie,
Rdhm, le militaire, n'a plus sa place.
Il quitte la sc�ne politique allemande
et s'exile en Bolivie,
o� il officie comme instructeur dans l�arm�e nationale.
-Hitler est bien celui qui a
�r�lesle�ons du putsch rat� de 1923
et qui dit a son appareil
que jamais, au grand jamais,
on n'arrivera a prendre le pouvoir par les armes.
Il faut adopter une tactique, qui n'en est qu�une,
car la finalit� est subversive.
Mais la tactique est �lectoraliste.
-L'id�e qu�on peut tuer la d�mocratie par ses propres armes.
On peut retourner les armes dela d�mocratie contre elle
et tuer le r�gime de Weimar
avec des �lections libres et d�mocratiques.
"Je vais gagner les �lections
et en plus en te disant en face que je vais te tuer."
*Mart�lement des pas
-II existe une 2e sc�ne
o� on fait dela politique en Allemagne.
Pas le Parlement, le Reichstag ou les parlements des L�nders,
mais la rue.
Sans la SA, le NSDAP aurait eu
bien plus de mal � entrer dans l�espace public
et � faire valoir l�existence
d'un groupe politique qui se pr�sentait
comme une alternative radicale au syst�me.
-En Allemagne, ce ne sont pas que les sociaux�d�mocrates,
les communistes et les nazis
qui organisent des d�fil�s en uniforme.
Il y a les mouvements radicaux de droite ou de gauche
dans toute l�Europe.
Pour les partisans de Mussolini,
lesquels transcendent d�j� tous les d�mocraties
encore existantes,
et proclament la violence comme outil
dans les confrontations politiques.
-La violence est n�cessaire d�s le d�but
pour cr�er une communaut� au sein dela SA.
*Tambour, rythme militaire
On s'expose au danger ensemble,
et si on le surmonte ensemble, on se sent plus �troitement li�s.
C'est un m�canisme tr�s important.
*Slogans
-Hitler joue sur deux tableaux.
D'un c�t�, le respect formel dela d�mocratie.
De l'autre, la violence de la rue.
Il donne ainsi une place capitale �la SA dans son combat.
En 1928,
les nazis ne p�sent presque rien politiquement
avec 2,6 % des voix et 12 d�put�s seulement.
Personne n�imagine alors
que ce petit parti d�extr�me�droite puisse occuper une place
autre que marginale.
Mais un �v�nement majeur vient �branler la vie politique.
La crise de 1929 d�ferle sur l�Allemagne.
Le pays, qui se rel�ve � peine de 14-18
est durement touch�.
La production chute brutalement.
Les usines ferment, le ch�mage explose.
Dans certaines r�gions, la famine s'installe.
Dans ce contexte, les extr�mes vont plus facilement faire entendre
leurs voix.
Le parti communiste,
et, � l'autre bout de l'�chiquier politique,
le parti nazi.
*Brouhaha
La personnalit� d'Hitler joue
un r�le capital.
Par ses talents d�orateur comme par son absence
de scrupules � tenir les discours les plus d�magogiques.
En septembre 1930,
le parti nazi cr�e la surprise aux l�gislatives
avec une perc�e spectaculaire
�18%.
Ce qui en fait la 2e force politique d�Allemagne.
C�est pour Hitler le premier r�sultat probant
qui valide sa strat�gie �lectorale.
Avec cette tre victoire, les app�tits s'aiguisent
� l'int�rieur du parti.
Dans la SA, une faction radicale tente d�imposer ses vues
pour une prise du pouvoir par la force.
Otto Wagener, le chef de la SA, �choue � ma�triser l'agitation.
Hitler doit remettre au pas
cette organisation d'autant plus essentielle qu'elle contient
la SS, sa garde d'�lite, reconnaissable aux uniformes noirs
qui la distinguent du reste des SA aux chemises brunes.
Hitler a donc besoin d�un homme fort et loyal � la t�te dela SA.
Il rappelle alors
Ernst Rbhm, qui revient de son exil bolivien.
-On se pose bien s�r la question:
�Pourquoi Hitler a de nouveau nomm� Rdhm chef des SA ?"
Il aurait d� se douter que leur ancien conflit recommencerait.
Le conflit � propos dela primaut� du militaire
ou dela politique.
Mais Hitler a probablement cru qu'il avait d�j�,
avec les succ�s �lectoraux du NSDAP, d�pass� Rdhm.
Que ce dernier ne pouvait plus �tre un concurrent s�rieux.
Que le rapport de d�pendance du d�but
s��tait invers� en sa faveur
et que c��tait maintenant lui qui dominait.
-En m�me temps, il est certain que Rbhm,
entre autres � cause de cette blessure au visage,
ne sera jamais le grand orateur.
Il ne sera jamais le visage du national�socialisme.
Il en est parfaitement conscient.
C'est donc une alliance tactique
et la reconnaissance de ses capacit�s limit�es
qui donnent la priorit� � Hitler dans tous ces domaines.
-Rbhm reprend rapidement la SA en main.
Et tout au long des ann�es 1931 et 1932,
Hitler et Rbhm se renforcent l'un l�autre dans un m�me �lan,
chacun � sa place, chacun dans son r�le.
L�un tient la rue parla violence et la terreur,
l�autre fait campagne et se pr�sente devant les �lecteurs.
-Tout �a �merge en 32. C�est l�ann�e fondamentale:
il y a deux �lections l�gislatives
parce qu'in a une dissolution du Reichstag,
une �lection pr�sidentielle.
Et l�, les nazis font tout � la fois:
la propagande �lectorale,
une propagande massive, extr�mement moderne.
Hitler utilise pour la tre fois les avions.
Il peut faire des discours
un m�me jour � deux endroits diff�rents,
parfois trois.
*Clameur de la foule
Devant 20 000 personnes, 30 000 personnes.
Des discours d'une heure.
Et c'est un bon orateur. Parfois, c'est m�me
devant 200 000 personnes.
Gr�ce �, et c'est une invention de l��poque,
des syst�mes de son qui permettent � quelqu�un
d��tre entendu par autant de personnes.
Quitte � soutenir les discours les plus r�actionnaires,
mais il le fait
dans les canons dela modernit� de l'�poque.
*Discours
*Heil ! *-HEIL !
*-Heil ! *-HEIL !
*-Heil ! *-HEIL !
*Ova�on
-Le message des nazis est
un message de promesse de lib�ration.
"Freiheit und Brot", �la libert� et le pain".
La libert� : l�Allemagne sera � nouveau une grande puissance,
et le pain, c'est la prosp�rit�.
Le retour a la prosp�rit� �conomique.
La th�matique du pain est importante car elle est concr�te.
En Allemagne,
on meurt de faim � l��poque.
Donc les nazis ont un discours que les Allemands veulent entendre
et qui est re�u comme tel,
etquiepoque leur progression �lectorale
fulgurante :
de 2,5 % en 1928 jusqu�� quasiment 40%
� l'�t� 1932.
-En 1932, le vieux mar�chal Hindenburg
est pr�sident de la R�publique.
Il est solidement install� � son poste depuis 7 ans.
Il incarne les valeurs dela droite conservatrice.
Et il est, au sommet de l'�tat,
le repr�sentant de toute l�institution militaire.
En avril 1932, Hindenburg affronte Hitler
aux �lections pr�sidentielles.
Hindenburg l�emporte, mais Hitler r�alise un score
plus qu�honorable.
Puis,
deux �lections l�gislatives s'encha�nent.
En juillet,
le parti nazi arrive en t�te avec pr�s de 40 % des voix.
Le pr�sident Hindenburg
refuse pourtant de nommer Hitler � la t�te du gouvernement.
De nouvelles �lections l�gislatives sont convoqu�es en novembre.
De nouveau, les nazis l'emportent. De nouveau, Hindenburg refuse.
-Hindenburg dit non.
Il dit : �Je parle pas � un caporal."
Vous imaginez !
Paul von Hindenburg, le plus grand g�n�ral de l'arm�e allemande en 14,
le vainqueur de Tannenberg,
celui qui a sauv� l�Allemagne en ao�t 14
quand eHe estenvahie parles Russes,
s'abaisser � parler � un caporal
alors que lui a 84 ans et Hitler en a 44!
L�, la hi�rarchie est trop forte.
Sauf que petit � petit,
et c�est la 3e cl� de compr�hension dela victoire nazie,
Hindenburg va �tre pouss� par un complot interne au pouvoir,
entre les diff�rents chanceliers von Papen, Br�ning, Schleicher,
qui vont lui dire: "Mettez Hitler au pouvoir."
C�est ce qu'il fera le 30 janvier 33.
-La nomination d'Hitler par Hindenburg en janvier 1933
�tait, en quelque sorte, une solution provisoire.
Elle consistait � utiliser Hitler
comme figure de proue d'un tel gouvernement
et de placer autour de lui des forces conservatrices
afin que ce mouvement de masse, qu�il ne comprenait ni acceptait,
ne puisse pas faire de d�g�ts.
*Discussions
-Le 30 janvier 1933,
Hitler pr�sente officiellement son gouvernement.
Il n�a pu y nommer que deux ministres nazis.
Et le Pdt Hindenburg a impos� comme vice-chancelier von Papen,
un ancien Premier ministre et le repr�sentant
de la droite conservatrice.
Sa mission affich�e est de maintenir Hitler sous contr�le.
Le soir m�me dela nomination du gouvernement,
comme si leur victoire �tait totale, des milliers de SA
d�filent au flambeau dans la nuit.
Chacun a sa fen�tre,
Hindenburg et Hitler les regardent passer.
L'opposition des deux attitudes est frappante.
Hindenburg reste immobile, subissant l��v�nement.
Hitler, lui, manifeste sa joie
par un salut de soutien.
Il sait ce qu�il doit aux SA. *Chant militaire
-Pendant cette premi�re moiti� de l�ann�e 1933,
l'�tat est tr�s rapidement r�ogarnis�.
Et la SA y joue � nouveau un r�le tr�s important.
Tout simplement parce qu'elle combat l'adversaire politique
avec une grande violence
et l'�limine dans une large mesure jusqu'� l��t� 1933.
-Une fois arriv� au pouvoir, fin janvier 1933, il ne faut
que quelques mois aux nazis
pour d�truire la d�mocratie.
Les communistes sont frapp�s en premier.
En effet,
moins d�un mois apr�s la formation du gouvernement,
l'incendie criminel du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 f�vrier
sert de pr�texte pour d�capiter le parti communiste.
Plus de 4 000 de ses membres sont arr�t�s et intern�s.
La plupart � Dachau,
ler camp de concentration cr�� parla SS
dirig� par Himmler.
Le 29 f�vrier,
un d�cret pr�sidentiel pour la protection du peuple et de l'�tat
sign� par Hindenburg
suspend sine die la libert� d�expression,
le droit � l�association et aux r�unions publiques,
la libert�
dela presse.
Les libert�s civiles n'existent plus en Allemagne.
Le 5 mars, le parti nazi remporte 40 % des voix
aux �lections l�gislatives.
Malgr� les actions violentes et les intimidations dela SA,
l'interdiction des meetings de l'opposition
et la r�pression contre les communistes,
Hitler ne dispose pas de majorit� absolue.
Alors le 23 mars, il fait voter la loi
des pleins pouvoirs
qui lui permet de l�gif�rer sans tenir compte du Parlement.
Et le 14 juillet,
le parti nazi est d�cr�t� officiellement parti unique.
En six mois, toutes les forces politiques d'opposition
ont �t� an�anties.
*Musique militaire
Face � Hitler, il ne reste plus qu'une institution, l�arm�e,
et son repr�sentant au plus haut niveau de l'�tat,
le pr�sident Hindenburg.
Mais cette arm�e qui d�file devant le gouvernement est toujours
limit�e par le trait� de Versailles
sign� en 1919.
Elle ne peut, en th�orie, exc�der les 100 000 hommes.
Alors que les SA vont bient�t
se compter en millions.
Et Ernst R�hm n'a qu'une ambition:
voir son arm�e nazie absorber la vieille arm�e allemande.
Quand c'est au tour des SA
de d�filer,
Hitler leur adresse le salut nazi.
Le reste
du gouvernement,
dont le vice-chancelier von Papen
reste de marbre.
La nazification
ne se limite pas �la sph�re politique.
Elle p�n�tre la soci�t� tout enti�re.
La population, des plus vieux aux plus jeunes,
assimile et reproduit
tout le c�r�monial jusqu�alors r�serv� aux nazis.
Le salut la main tendue.
Les d�fH�s.
Le culte d�Hitler.
*Ova�on
Dans sa Bavi�re natale o� elle habite toujours,
Anna Heiss se souvient.
-J'avais 11 ans.
C'�tait � l'automne 1933,
lorsqu'il y a eu un �norme d�fil�
dans toute la vall�e du lac Tegern.
C'�tait une �norme attraction pour toute la vall�e.
Je me trouvais sur la terrasse d'un h�tel.
Et j'ai regard� ce d�fil� passer.
*Musique militaire
Il y avait des centaines de SA.
Tout le monde pensait que Rdhm
�tait un ami personnel d�Hitler.
Telle �tait l�opinion g�n�rale.
Tout le monde pensait qu�il avait aid� Hitler � acc�der au pouvoir.
R�trospectivement, on a entendu dans les conversations
que Rbhm �tait devenu beaucoup trop dangereux
pour Hitler.
-Les SA comptaient,
en 1933, apr�s la soi-disant prise du pouvoir,
environ 500 000 membres.
Rdhm a �largi cette organisation
jusqu'� atteindre plus de 4 millions de membres en 1934.
Il a d�velopp� une sorte de conception d�un �tat dans l��tat.
Donc d�une entit� de pouvoir ind�pendante.
*Chant militaire
Il voulait armer ses SA et aussi leur proposer des postes,
les loger, les aider � se relever �conomiquement.
Les r�int�grer dans le processus du travail.
*Ova�on
Rbhm utilisait le mot�cl� de 2e r�volution.
La diff�rence entre Hitler et R6hm
�tait que Rdhm voulait pousser plus avant
ce processus de prise du pouvoir,
la soi-disant deuxi�me r�volution.
Tandis qu�Hitler a interrompu ce processus en juillet 1933,
en d�clarant la r�volution nationale-socialiste termin�e.
-Hitler le dit lui-m�me : �La r�volution est termin�e."
En tout cas, la conqu�te du pouvoir est achev�e.
Il n'y a plus d'opposition structur�e.
Le nazisme a rapidement et violemment
balay� les forces de gauche et syndicales,
le mouvement ouvrier.
Il n'y a plus d'opposition politique constitu�e.
Donc la SA, dans la 2e moiti� de 1933,
du point de vue d�Hitler, ne sert plus � rien.
-Bien s�r, la SA n'acquiert de l'importance
que quand elle a des adversaires.
Puisqu�elle les a �limin�s,
la question est : "Pourquoi a-t-on encore besoin dela SA ?�
Et les SA ont, sciemment ou non, peur de cette perte d�importance.
-Hitler et son cercle de dirigeants, c'est important,
voient que les SA essaient d��largir leur pouvoir
dans diff�rents domaines.
Dans le domaine militaire,
dans le domaine policier,
en tant que groupe social r�volutionnaire
contre la bourgeoisie.
�galement contre les forces traditionnelles
dans l'administration
et contre le parti.
Une rivi�re coule.
-Quand Hitler se retrouve � l'h�tel Dreesen
ce vendredi 29 juin 1934,
il sait qu�il doit r�gler le probl�me
d�une SA qui se montre de plus en plus exigeante.
Les membres dela SA ont contribu� �la prise du pouvoir.
Apr�s les �lections,
ils ont aid� � imposer toutes les lois d'exception.
Maintenant,
Ernst R6hm et les siens
r�clament leur d�, leur r�compense pour services rendus.
-Ce qui est d�terminant,
c'est que Rbhm demande des compensations
pour ses hommes et son mouvement.
Des exigences auxquelles Hitler ne peut r�pondre
que jusqu'� un certain point.
Ce qui fait que l'ambiance au sein des SA se d�t�riore.
-Von Papen essaye d�sormais de tirer profit
de cette crise entre Hitler et Rbhm,
notamment pour renforcer la position des conservateurs.
-Les milieux conservateurs rassembl�s autour de von Papen
font eux aussi pression sur Hitler.
Ils ne peuvent plus tol�rer
cette SA que Rbhm maintient de toutes ses forces
dans sa logique de violence r�volutionnaire.
Hitler essaie de gagner du temps.
Mais le 17 juin, pouss� parle Pdt Hindenburg,
von Papen,
celui-l� m�me qui a fait nommer Hitler chancelier 18 mois plus t�t,
lance un br0lot contre le F�hrer.
Dans un discours prononc� � l�universit� de Marburg,
von Papen fustige ouvertement
les exc�s des nazis qui lui sont devenus inacceptables.
-C'est le signal qu�on ne peut pas continuer � manigancer.
Qu�on ne peut plus faire tra�ner les choses.
Ce sont les r�actionnaires conservateurs qui lancent le d�fi:
"Il faut prendre une d�cision maintenant."
-Hitler va-t-il faire le choix
de rassurer les puissances conservatrices
au sein du Reich et de la Wehrmacht,
ou va-t-il choisir de pousserle bouchon
de son activisme politique un peu plus loin
en favorisant la SA ?
Mais sur cette question de savoir
si on fait de la SA une arm�e r�guli�re,
une force a part enti�re
du r�gime nazi,
la r�ponse va �tre simple : "Non."
-Hitler est pris dans un �tau entre les 2 forces
qui l'ont port� au pouvoir.
Il est mis en danger par les exigences dela SA,
et par les critiques publiques
des conservateurs.
3 jours apr�s le discours de von Papen,
il rend visite au Pdt Hindenburg pour tenter de le rassurer.
Il se retrouve face � un Hindenburg inflexible
qui lui d�clare que si le probl�me dela SA
n'est pas r�solu d�?nitivement,
il est pr�s � d�cr�ter la loi martiale
pour confier le gouvernement � l�arm�e.
Hitler perdrait le pouvoir.
Car c�est bien d'un coup d��tat militaire
dont Hindenburg le menace.
-Donc la Reichswehr ou d'autres institutions
avaient peur d�une prise de pouvoir par les SA.
Ou m�me juste d�une augmentation du pouvoir des SA.
Cette peur �tait r�elle.
Ce n'�tait pas un fantasme.
-En ce mois de juin 1934,
Rdhm profite tranquillement
de ses vacances au lac Tegern,
au sud de Munich, dans les Alpes bavaroises,
entre promenades et canotage.
Malgr� les tensions et les menaces
qu?lsent s�accumuler sur la SA,
il est s�r qu�il peut compter sur l�amiti� et la confiance d�Hitler.
Cette fid�lit�
que rien ne pourrait remettre en cause.
La derni�re fois qu'ils se sont vus, le 4 juin,
ils sont convenus, pour apaiser la situation,
de mettre la SA en cong�
et d�attendre la rentr�e pour d�cider de son avenir.
Rdhm a obtenu du F�hrer de tenir, avant cette mise en cong�,
un dernier grand meeting � Munich.
Il aura lieu dans quelques jours. Hitler a promis d'y assister.
Rdhm ne peut pas se douter que, dans son dos,
ce sont maintenant les nazis du ler cercle,
ceux qui parlent � l�oreille d�Hitler,
qui complotent contre lui...
pour pousser le F�hrer � l'�liminer.
A l'h�tel Dreesen, Hitler d�ne seul.
Mais il est assailli
de dizaines de messages, d'appels et de d�p�ches de Berlin
que lui envoient Gbring, Himmler et Heydrich.
Gbring, le No 2 du r�gime dont le pouvoir ne cesse de cro�tre.
Himmler, le chef de la SS.
Et Heydrich. son adjoint.
Ce sont eux, les conspirateurs,
les plus hauts dignitaires nazis,
qui vont porter le coup de gr�ce contre l�un des leurs
en inventant de toutes pi�ces
une tentative de putsch imminente de Rdhm pour renverser Hitler.
Pourfab?quer les preuves du putsch,
Himmler et Heydrich disposent d'un outil particuli�rement efficace:
la SS
et son service de renseignement, le SD.
-La SS se consid�rait
comme une organisation totalement disciplin�e.
Absolument fid�le envers le dirigeant du parti.
Tandis que la SA n�en faisait qu'� sa t�te.
Elle empruntait son propre chemin.
Ainsi, il y a souvent eu des conflits
dans lesquels la SS �tait utilis�e
comme une police interne du parti contre la SA.
-Hitler sait bien que depuis deux mois,
Himmler et Heydrich ont mobilis� tous les services dela SS
pour pr�parer dans l�ombre
une op�ration d�envergure contre la SA.
Heydrich ala haute main
sur le SD, le service de renseignement
qui a d�j� fich� tous les dignitaires dela SA
et une bonne partie dela population allemande.
Il a tout � disposition pour dresser des listes
de personnes � �liminer en priorit�.
Listes qu�il va soumettre � Himmler puis � Gdring.
-Gdring, Himmler, Heydrich
voient le conflit grandissant entre Hitler et Rdhm.
Ils se pr�parent et fournissent les preuves n�cessaires � Hitler,
qui les conforte dans ce r�le.
Ainsi se cr�e un processus de radicalisation
dans lequel Rbhm sera de plus en plus isol�.
-Le mode de gouvernement nazi estf�odaL
Vous avez un suzerain, qui s�appelle Hitler,
quitranche, en dernier recours,
des luttes de clans et des luttes de personnes
� l��chelon inf�rieur.
Et il tranche en faveur de ce qui l'arrange
ou de ce qu�il estime �tre optimal ou le plus radical.
A l��chelon des paladins,
au-dessous du suzerain, donc,
les Himmler, Gdring, Goebbels, Rdhm, Ribbentrop, etc.,
tous ces gens-l� se d�testent absolument.
Rdhm ne fait pas exception.
Il est d�test� comme il d�teste les autres.
Par ailleurs,
Rdhm, par son activisme et par ses projets,
inqui�te les autres paladins du F�hrer.
Qui sont suffisamment intelligents
pour mettre un temps sous le boisseau
leurs querelles permanentes
pour se liguer tous contre Rdhm.
-Ainsi, Gdring, en tant que chef de l'administration prussienne,
se retrouvait face � R�hm
qui voulait, lui aussi, �tendre sa propre influence.
Himmler, en tant que chef dela police politique,
est absolument loyal envers Hitler.
Il se positionne lui aussi face � Rbhm.
Nous avons enfin la Reichswehr qui se croit en danger
� cause des ambitions politique et militaire de Rbhm.
Ainsi se forme entre ces diverses personnes,
Hitler est � mentionner en ler lieu,
une constellation qui d�veloppe un int�r�t commun
quant � l��limination des dirigeants SA.
-Himmler, Heydrich et Gdring peuvent compter sur le soutien
d'un autre adversaire de R�hm : l'arm�e.
Elle propose de fournir les armes n�cessaires aux op�rations
ainsi que son appui sur le terrain.
Tout le monde est pr�t.
Mais tout est suspendu �la seule d�cision d�Hitler.
Himmler, Heydrich et Gbring le poussent � agir vite.
Et a se retourner
contre son vieil ami Ernst Rdhm.
A 11 h, Gbring a fait parvenir � Hitler un dernier rapport
accr�ditant la th�se du putsch
que pr�parerait R6hm.
Le message de Gbring plonge Hitler
dans un �tat d'exaltation et de rage fr�n�tique.
A 1 h du matin, c�est Himmler
qui appelle Hitler depuis Berlin.
Il lui annonce que les SA se sont mobilis�s pour aujourd'hui, samedi.
Hitler hurle au putsch,
se d�cha�ne en invectives.
et quitte pr�cipitamment l'h�tel pour rejoindre l'a�rodrome de Bonn.
Quand Hitler franchit cette porte,
l�engrenage implacable dela nuit des Longs Couteaux est lanc�.
-II avait d'autres plans.
Il �tait au pouvoir et il allait affirmer ce pouvoir
contre les SA et les conservateurs,
car le v�ritable objectif �tait la guerre,
et la lutte contre les juifs.
Voil� les buts principaux d�Hitler.
Et pas une autre r�volution nationale�socialiste,
laquelle avait d�j� eu lieu.
-A 2 h du matin,
un avion d�colle de Bonn avec Hitler � son bord.
Le F�hrer est entour� de sa garde rapproch�e:
Br�ckner, Schreck, Schaub,
ceux qui le suivent depuis plus de 10 ans et mourraient pour lui.
Certains sont l� depuis Berlin.
D'autres l'ont rejoint � l'h�tel. Ils resteront avec lui
jusqu'� la fin des op�rations.
Pour Hitler, le temps des questions
et de la r�flexion est termin�.
Il est dans l'action et tendu vers l�objectif :
l�arrestation de Rbhm et de ses compagnons.
Et la mise sous contr�le dela SA.
Apr�s plus de 2 h de vol,
l�avion se pose � Munich, capitale dela Bavi�re.
Des dirigeants locaux du parti et d'autres compagnons
pr�venus dans la nuit l�accueillent.
Sans perdre de temps,
tous s�engouffrent dans les voitures pour Munich,
�la suite d'un Hitler
de plus en plus nerveux.
Sur la route de Munich,
Hitler fulmine contre les SA qu�il traite de cochons,
reprenant � son compte l�insulte employ�e constamment par les SS
depuis plusieurs mais.
Puis il se mure dans le silence.
Il lui faut prendre
tout le monde de vitesse, ne laisser � personne
le temps de r�agir.
Il va directement au minist�re de l�Int�rieur de Bavi�re
o� certains ont
�t� avertis depuis l'h�tel de l�arriv�e du F�hrer
mais tenus dans le secret des op�rations � venir.
D'autres ignorent ce qui se pr�pare.
Hitler fait convoquer les deux plus hauts grad�s SA de Munich:
le g�n�ral Schneidhuber, qui est aussi le chef de la police,
et le g�n�ral Schmid, d�put� au Reichstag,
membre du parti depuis les d�buts, qui a particip� au putsch de 1923
au c�t� d�Hitler.
Cela ne compte plus aujourd'hui.
En les voyant, Hitler se rue sur eux,
arrache leur insigne et d�corations militaires et crie:
"Tra�tres ! Vous serez fusill�s !"
Ils sont emmen�s �la prison de Stadelheim
o� ils seront ex�cut�s.
-II est entr� dans une sorte de rage.
Un �tat second qui lui permettait d'agir contre des personnes
avec qui il avait travaill� durant des ann�es.
-Dans cet �tat de rage, Hitler ne peut rester en place.
Il quitte le minist�re,
trop impatient pour attendre les compagnies SS venant de Berlin.
Avec une quinzaine de fid�les,
il quitte Munich et prend la route vers le sud,
vers Bad Wiessee, au bord du lac Tegern,
o� se trouve R6hm.
Son modeste convoi, 3 ou 4 voitures tout au plus,
traverse, dans un silence lugubre,
les for�ts sombres des Alpes bavaroises.
Hitler a d�cid� de se rendre lui-m�me � l'h�tel Hanselbauer
pour affronter Rdhm en personne.
-Un de ses plans a probablement �t� de se dire:
"Je dois me rendre sur place, car en cas de probl�mes,
je pourrai les r�gler avec mon autorit� de chancelier."
-Hitler peut-il anticiper exactement
le d�roulement des �v�nements,
au moment o� il va tout de m�me s'en prendre
� des gens qui ont une stature importante,
un grand poids politique au sein de son propre mouvement ?
Il ne peut pas l'anticiper.
Qu'est-ce qui lui interdit de penser
que l�affaire va mal se passer
et que des gens vont refuser d'ex�cuter ses ordres ?
La meilleure mani�re d��carter ce danger,
c'est de s'y rendre lui-m�me.
-Pourquoi Hitler fait�il �a ?
Parce qu�il veut battre Rdhm sur son propre terrain.
Qu'est-ce qu'un F�hrer ?
Un F�hrer, c'est un chef militaire.
C'est le terme g�n�rique
qui d�signe l�homme qui conduit, �f�hren",
qui conduit les hommes au combat.
Rdhm est l�arch�type du F�hrer.
C'est l'arch�type.
C'est un chien de guerre, c'est un cochon de tranch�e.
C�est un homme qui a v�cu pour diriger ses hommes au combat,
�la mort, �la victoire.
Hitler veut faire la m�me chose.
En se montrant � la t�te de ses hommes
au petit matin � Bad Wiessee,
il veut montrer � son antagoniste
que, sur son propre terrain � lui,
il est le plus fort.
Et que Hitler ne se d�file pas.
Il ne se d�bine pas.
Il m�ne ses hommes au combat comme R�hm.
-Quand il approche de l'h�tel Hanselbauer, Hitler sait
qu'une partie de l��tat�major dela SA y sera.
llveut tous les surprendre au r�veil.
Les arr�ter d'un seul coup de filet.
Hitler et sa cohorte font irruption dans l'h�tel.
Ils enfoncent les portes des tres chambres
et saisissent les SA qui s'y trouvent,
abasourdis, h�b�t�s, encore engourdis de sommeil.
Parmi eux, le No 2 dela SA,
Edmund Heines, d�put� au Parlement,
arr�t� dans le lit qu�il partage avec deux autres hommes.
Le comte von Spreti-Weilbach,
amant et aide de camp de R6hm.
Julius Uhl,
chef de la garde d'�tat�major � la r�putation de tueur,
sont arr�t�s.
Tout comme une quinzaine d'autres grad�s dela SA.
Puis Hitler va vers la chambre de R�hm.
Il frappe �la porte de plusieurs coups.
Coups forts C'est un Rbhm
� demi�nu, encore lourd de sommeil qui finit par lui ouvrir.
Le F�hrer p�n�tre dans la chambre, pistolet au point.
Il proc�de lui-m�me � son arrestation.
Quand Hitler quitte Bad Wiessee avec les SA prisonniers,
il est 6 h 15.
L�op�ration n�a pas dur� plus de dix minutes.
-L�, on est en plein dans Bertolt Brecht.
C�est le Hitler gangster.
C'est les nazis mafieux.
C'est Chicago en Bavi�re, cette op�ration.
L'id�e d'un Hitler en imperm�able et chapeau mou,
revolver � la main,
qui conduit lui-m�me ses hommes sur le lieu de l�assassinat,
pas de R�hm, mais de nombre de ses compagnons,
cette image-l� est absolument ahurissante.
On est au c�ur du XXe si�cle, au c�ur de l�Europe.
Et vous avez un chef de gouvernement
qui m�ne une op�ration de...
d�assassinat... Une op�ration mafieuse de gangster.
-C'est surprenant qu'Hitler soit ce chef de meute.
Pour tout autre chef de gouvernement de l��poque,
�a peut �tre surprenant.
Pour Hitler, compte tenu dela nature de son pouvoir,
de ce qu�il a toujours fait,
c�est la continuation de ses pratiques.
-Ces hommes partent � l�assaut pour deux raisons.
D�abord parce que le colonel est pr�t � payer de sa personne
et parce qu�ils ont l'exp�rience qu�il va en ramener
le maximum �la maison vivants.
C�est cette raison et cette m�taphore,
celle de l'assaut et celle dela guerre,
qui me semble jouer et expliquer
comment Hitler se voit � ce moment-l�,
comme le F�hrer, l�homme providentiel, etc.,
mais il se voit aussi comme chef de guerre.
Et cette guerre�l�, interne au militantisme nazi,
cet assaut�l�, il fallait qu�il le m�ne lui�m�me.
-A peine revenu � Munich, Hitler abandonne Rdhm aux mains des SS
�la prison de Stadelheim.
Choc m�tallique
Les SS l'entra�nent
sans m�nagement
a travers les couloirs,
passant devant les cellules o� l'on enferme
ses compagnons.
Au fond, � l'angle du b�timent,
c�est la cellule qui lui est r�serv�e.
Une fois R6hm emprisonn�,
rien n'arr�tera plus la machine implacable de la r�pression.
Il est 9 h du matin.
Hitler est revenu au minist�re dela police de Bavi�re.
Au m�me moment,
des milliers de SA arrivent de toute l�Allemagne,
pour la grande convention
qu'Hitler et Rbhm avaient d�cid� de tenir.
Ils vont �tre des milliers � d�barquer en ville.
sans que personne ne puisse pr�voir leur r�action
en apprenant l�arrestation de leur chef.
Pour �viter
tout soul�vement des SA,
Hitler ordonne aux SS
d'investir 2 lieux strat�giques :
la gare o� certains sont arr�t�s d�s leur arriv�e,
et la Maison brune, le si�ge du parti nazi.
Les SA qui commen�aient � s'y r�unir
s'y retrouvent pris au pi�ge.
-Hitler, dans la nuit des Longs Couteaux,
va demander � 500 000 personnes et plus de se taire.
Il est question dela SA,
le corps dela SA, les SA d�avant la prise du pouvoir.
C'est consid�rable, ils auraient pu prendre les armes,
contr�ler les centres de pouvoir, etc.
C'est la SS qui va d�sarmer �a.
Qui prend possession des postes, des t�l�grammes,
des lieux strat�giques pour emp�cher une �ventuelle r�volte
dela SA.
-� Munich, la situation est sous contr�le.
� 10 h, Hitler fait envoyer � Gdring et Himmler
le nom de code "colibri".
C�est le signal du lancement des op�rations
dans le reste du pays.
Les escadrons de tueurs dela SS re�oivent leur lettre de mission
scell�e dela croix gamm�e.
Elles contiennent les noms des personnes � arr�ter
et � ex�cuter sur ordre du F�hrer.
-lls ordonnent aussi que la Reichswehr et la Gestapo
n'interviennent qu'en tant que soutien et s�curisation.
Ce sont deux institutions de l'�tat.
Tandis que le SD, la SS et la Leibstandarte rel�vent du parti.
Les chefs des bureaux de direction du SD
ont ensuite envoy� des listes � Berlin,
o� �taient en poste Heydrich. Himmler et M�ller.
Ils ont tous les trois notifi� via t�lex
comment proc�der.
Quand ils mettaient une croix devant un nom,
cette personne devait �tre ex�cut�e ou emprisonn�e,
ou n'�tait pas inqui�t�e.
-He let go the horses. Il l�che les chevaux.
De fa�on tr�s contr�l�e sur un certain nombre de personnages.
En Sil�sie, par exemple,
il y a von Watch.
Il dit : �Fais ce que tu as envie de faire."
Et dans ce cas-l�, les SS massacrent
plusieurs dizaines de militants SA.
Mais c�est une soci�t� d'information.
Donc tout ce qui passe dela Sil�sie va aller ailleurs.
Il met en place une r�pression qui est assez indiscrimin�e
et qui va co�ter la vie � 70, 80, peut-�tre un peu plus
de dignitaires SA qui vont �tre remplac�s
avec un v�ritable changement de structure
et de destination dela SA,
qui, de cette formation milice r�volutionnaire
va devenir une sorte de structure d'encadrement et d'accompagnement
dela soci�t�.
Et en m�me temps,
par des assassinats cibl�s et tr�s significatifs,
faire comprendre aux autres forces :
�Si vous voulez lever le petit doigt, il peut vous arriver �a."
-C'est probablement Gdring, et bien s�r Hitler, qui d�cidaient.
Hitler n�a certainement pas laiss� Himmler et Heydrich d�cider seuls
qui devait �tre assassin�.
Hitler s'est r�serv� cette d�cision.
� Munich, il a d�j� commandit� l�assassinat
de plusieurs hauts dirigeants SA.
Et le lendemain, � Berlin,
il a coch� sur une liste 60 autres noms de personnes
qui �taient aussi � ex�cuter.
Rbhm ne se trouvait sur aucune de ces deux listes.
Hitler avait encore certaines craintes
de tuer l�un de ses plus anciens compagnons.
Et ce, pas vraiment pour des raisons humaines.
Mais parce qu�il se souciait de l�impact sur l�opinion publique
s'il s�av�rait
que le chef du gouvernement faisait assassiner son propre ministre.
-Seul dans sa cellule,
Rbhm ne se r�sout sans doute pas � l'id�e qu'Hitler l'a trahi.
Il y a 6 mois � peine, Hitler lui �crivait ces mots
dans une lettre qu�il avait tenu � rendre publique:
�Je me dois de te remercier, mon cher Ernst Rbhm,
�pour les inestimables services que tu as rendu au nationalisme
"et au peuple allemand.
�Je rends gr�ce �la destin�e de pouvoir donner
"� un homme comme toi le nom d�ami et de fr�re d�armes.
�Avec toute mon amiti�, ma reconnaissance et ma consid�ration,
"ton Adolf Hitler,
le 31 d�cembre 1933.�
� partir de 17 h, Rbhm entend les tres ex�cutions
qui ont lieu sous sa fen�tre, dans la cour de la prison.
On abat un par un ses compagnons.
Chaque ex�cution est pr�c�d�e dela sentence:
"Le F�hrer l�exige. Enjoue,feu�
prononc�e par Sepp Dietrich luhm�me,
le commandant de la plus prestigieuse unit� SS,
la Leibstandarte, embryon de la future Waffen-SS.
-Ceux qu�on ex�cute sont des putschistes, donc des tra�tres.
Donc on les fusille.
Et en second lieu, c�est une affaire de militaires.
Entre militaires avec un ethos militaire.
Le mode d'ex�cution dans le droit militaire
et dans le code de proc�dure d�exception de l�arm�e allemande,
c'est la fusillade.
Donc le geste d'�limination, ici,
constitue un mode de communication avec ceux qui sont a l�int�rieur.
On reste entre gens qui se connaissent bien,
entre gens qui font partie du m�me ethos, donc on les fusille.
Mais a l'ext�rieur, on les tue, c�est de l'assassinat politique.
Inutile de les amener � la prison, on leur met une balle dans la t�te
comme avec un communiste.
-Dans toute l�Allemagne, en Prusse,
en Bavi�re, en Sil�sie, en Pom�ranie,
on arr�te et on ex�cute.
Berlin retentit des fusillades
qui s�encha�nent durant deux jours,
le samedi et le dimanche dans la caserne de Lichterfelde.
Des d�l�gations diplomatiques �trang�res log�es � proximit�
en t�moignent
et formulent aupr�s dela chancellerie
des demandes d�informations qui restent sans r�ponses.
Le nombre total des victimes est impossible � �tablir.
D'autant que Gbring a fait d�truire d�s le lendemain des op�rations,
le lundi 2 juillet, tous les dossiers li�s � ce d�cha�nement
d�assassinats politiques.
La purge ne se limite pas �la SA.
Hitler, Gbring et Himmler en profitent pour faire assassiner
des personnalit�s qu'ils consid�rent comme dangereuses.
Sur leurs ordres,
les SS ex�cutent dans son bureau dela vice-chancellerie
Herbert von Bose,
r�dacteur du fameux discours de Marburg prononc� par von Papen.
Plusieurs autres proches de von Papen sont ainsi abattus.
Des militaires, comme le g�n�ral de brigade von Bredow,
des conservateurs,
comme l'ancien chancelier von Schleicher,
et le chef de l�action catholique, Erich Klausener,
figure de proue de l'opposition au nazisme.
Il y a cinq jours tout juste,
il avait encore r�uni 60 000 personnes � Berlin
pour manifester contre Hitler.
Aujourd'hui, il repose dans une mare de sang,
tu� d�une balle dans le dos.
Assassinat qui sera maquill� en suicide.
-La violence est, d�une certaine fa�on, l'�lixir de vie
du national�socialisme.
Tout ce qui ne peut pas �tre r�solu de mani�re simple
l'est par la violence.
C'est le principe de base de tous les r�gimes totalitaires.
Et particuli�rement du national�socialisme.
-Le camp de Dachau, pr�s de Munich,
est le ler camp de concentration nazi.
Il a �t� cr�� par Himmler d�s mars 1933
et plac� sous le contr�le direct dela SS.
De nombreux SA sont amen�s dans le camp pour y �tre ex�cut�s
sous le regard des d�tenus politiques qui s'y trouvaient d�j�.
Ceux-ci comprennent vite qu�il s'agit d'un r�glement de comptes
entre nazis.
SS contre SA.
Josef Eckstein, incarc�r� � Dachau d�s mai 1933
a tout vu depuis son baraquement.
Il a laiss� un t�moignage �crit, conserv�
dans les archives du camp.
"Depuis les couchettes du bas et du milieu,
�on pouvait voir ce qu�il se passait.
"Le samedi, vers 17 h, les deux tres victimes
�sont arriv�es au camp.
�Les SS les frappaient avec toutes sortes d�objets.
"Soudain, des tirs ont retenti et les 2 hommes se sont �croul�s.
"Les SS �taient pris d�une folie sanguinaire.
�Ils hurlaient, applaudissaient.
�Ils �taient devenus fous.
"Ils sont all�s chercher des cordes
�qu'ils ont nou�es autour des pieds des victimes.
"Et ils les ont tra�n�s pendant 15 mn
"en crachant sur leurs corps.
�Toute la nuit, les fusillades se sont poursuivies.
"Chaque fois que l�un de ces hommes s'�croulait,
"les SS hurlaient de joie.
�Le lundi, 33 cadavres nus ont �t� mis dans une fosse commune.
Puis ils ont �t� recouverts de chaux vive, puis de terre."
-Les gens qui vont
dans les camps de concentration apr�s le 30 juin 34
ont vocation � ressortir.
C'est donc sciemment qu�on prend les gens a Dachau,
qu'on les roue de coups et qu�apr�s, on les laisse sortir
en leur disant: "Tu r�p�teras rien !"
Ils savent qu'ils vont parler, mais c'est ainsi que la terreur circule.
En faisant �a, le IIIe Reich a montr�
qu'il �tait capable de faire respecter l�ordre
en reprenant la violence et en la circonscrivant
en un endroit qu�est le camp de concentration.
Et en m�me temps, ils la contr�lent en la faisant ressortir
pour la faire passer dans les r�seaux dela sociabilit�
pour qu�elle p�n�tre jusqu�aux tr�fonds
des couches sociales de l'Allemagne.
-Berlin dimanche matin, ler juillet.
Hitler est rentr� de Munich en avion la veille.
Gbring et Himmler le rejoignent �la chancellerie
et le pressent de signer l�ordre d'ex�cution de Rdhm.
Depuis plus de 24 h maintenant,
les SS ont emprisonn� ou assassin�
toutes les personnes inscrites sur les listes
qu'ils avaient �tablies.
Il ne reste plus qu�un seul cas � r�gler.
Celui de R6hm.
Le ler arr�t� hier matin.
Hitler ne se r�sout pas
� le faire supprimer.
Mais Gbring et Himmler veulent sa t�te.
Et ils finissent par l'obtenir.
� 13 h, Hitler c�de, mais � une condition.
Qu�on donne � Rdhm la possibilit� de se suicider,
pour sauver son honneur de soldat.
Himmler t�l�phone � Eicke, militaire nazi qu�il a nomm�
�la direction de Dachau.
C'est � cet homme de confiance qu�il ordonne d'ex�cuter Rbhm.
Cellule 474.
Rdhm est assis sur un lit en fer, torse nu.
Eicke lui tend un revolver
et lui donne 10 mn pour se suicider.
Rdhm refuse.
Alors Eicke ordonne aux deux SS qui l'accompagnent
de l'abattre.
Et il l'ach�ve lui-m�me d'un tir en pleine poitrine.
-Je pense que R�hm, avec ses valeurs morales
et sa perception de sa relation avec Hitler,
ne s�attendait pas � un tel acte.
Il est probablement mort en pensant
que d'autres forces �taient � l�origine de son assassinat,
mais pas Hitler lui�m�me.
-II y a quelque chose d'originel et d'originaire
dans la nuit des Longs Couteaux,
au sens o� il y a une vraie c�sure.
A la fois dans l�exercice du pouvoir
et la dynamique d'accession au pouvoir des nazis,
et aussi
dans le comportement hitl�rien.
-Quelques heures apr�s l�assassinat de Rbhm,
dans la soir�e du dimanche,
Hitler ordonne l'arr�t des massacres.
La mort de son vieux compagnon
scelle la fin dela nuit des Longs Couteaux
et ent�rine la victoire totale d�Hitler.
-ll n'y avait plus vraiment
d�opinion publique en Allemagne.
Les journaux et les m�dias �taient entre les mains du r�gime.
On a l'impression que le 30 juin
�tait accueilli favorablement par l'opinion publique.
Il est difficile de d�terminer a posteriori
si c�est vrai.
Il est incontestable que la r�action oscillait
entre un certain soulagement que ce fl�au des SA soit �limin�,
mais aussi un certain effroi
quand les gens ont d�couvert toutes les victimes du 30 juin.
Selon l�image qu�en donne le r�gime,
l'enthousiasme et la joie par rapport � cet �v�nement
l'auraient emport� sur l�effroi, la d�sillusion et la tristesse.
-Pour couper court aux rumeurs
qui pourraient se propager dans l'opinion,
Rudolf Hess, secr�taire particulier d'Hitler
et No 3 du r�gime,
intervient en personne d�s le lendemain des massacres
dans un discours enregistr� et film�.
"�-Avec la m�me fid�lit� que l'ancien SA vis-�-vis du F�hrer,
le F�hrer est fid�le vis-�-vis de son ancienne SA.
Le F�hrer a puni les coupables.
Notre relation avec la SA est ainsi � nouveau r�tablie.
-L'assassinat de Rdhm, c�est une �limination physique,
mais c�est aussi un assassinat r�putationnel et m�moriel.
Puisque dans les jours qui suivent sa mort,
ce sont des tombereaux d'injures, de calomnies, de d�nonciations
dans le cercle m�me d�Hitler, le cercle priv�,
mais aussi dans la presse.
Autour�.
Outre le fait qu�il �tait coupable cens�ment de haute trahison,
autour surtout de son homosexualit�.
Donc il s'agit de d�truire jusqu�� sa m�moire,
jusqu'� son honneur.
Ettournerla page dela menace SA
de mani�re la plus violente et la plus d�finitive possible.
-L�an�antissement de Rdhm doit �tre total.
Son corps est emport� dans la nuit suivant son ex�cution
et l'on ne saura jamais ce qu�il en est advenu.
*Chant
*Acclamations
-Mardi 3 juillet, 10 h du matin.
2 jours apr�s la mort de Rdhm.
Depuis la chancellerie,
un Hitler triomphant fait voter par son gouvernement les mesures
de l�gitime d�fense de l'�tat.
Il donne ainsi un caract�re l�gal,
apr�s coup, au massacre dela nuit des Longs Couteaux
et l�gitime ainsi tous les crimes � venir.
-II faut
une sanction juridique � ces actes-l�.
C'est le sens des d�crets�lois
qui sont pris le 3 juillet 1934
pour l�galiser a posteriori
les actes de violences voire d'assassinats
commis dans le cadre de l�op�ration
dite nuit des Longs Couteaux.
Il s'agit de dire:
"Non, nous ne sommes pas de vulgaires sicaires.
"Nous sommes la force de l'�tat qui a agi
dans le cadre d�une l�gitime d�fense."
-Avec cette loi,
Hitler essayait d'int�grer ces assassinats terroristes
dans le concept de l'�tat de droit.
C'est absurde.
Car des hommes ont �t� ex�cut�s sans proc�s
et la loi a �t� appliqu�e de mani�re r�troactive.
Mais le ministre dela Justice conservateur n�a pas d�missionn�.
Il a soutenu cette loi.
C�est s�rement aussi une raison pour laquelle on l�a adopt�e.
-La volont� de l�galiser ne dit pas n�cessairement
le fait que chaque dictature a besoin de droit, de l�galit�.
Elle dit simplement que toute dictature a besoin de consentement.
Et que celui-ci ne se fonde pas n�cessairement sur des lois,
mais sur le semblant oula vraisemblance
de lois.
-Vendredi 13 juillet, 15 h.
10 jours apr�s la nuit des Longs Couteaux,
Hitler, dans un discours devant les parlementaires,
livre sa version des �v�nements.
L�histoire r��crite par les nazis.
Le lendemain,
le journal officiel du parti, le Vblkischer Beobachter,
titre en une :
"Chacun doit savoir que le sort
�de celui qui l�ve sa main pour attaquer l'�tat
sera la mort."
La propagande nazie est orchestr�e par Josef Goebbels.
Et la th�se, fabriqu�e de toutes pi�ces
du soi-disant putsch de Rdhm,
est bient�t admise par tous.
Dans son discours,
Hitler s'en est aussi pris � l'homosexualit� de Rdhm.
Celle-ci lui �tait depuis longtemps connue.
Mais il en fait un argument d'opportunit�, a posteriori.
Comme s'il avait �cras� la
un foyer de subversion dela puret� allemande.
-II y a l'id�e de passer sous silence
les quelques morts qui sont peut-�tre les plus importants
que sont l�ancien chancelier,
les repr�sentants de l'aile conservatrice, etc.,
pour rabattre la question dela nuit des Longs Couteaux
� une purge interne au parti,
qui en fait un signal finalement beaucoup plus neutre.
"J'ai fait le m�nage chez moi", c�est un peu ce qui est dit.
Et on voit combien on est tributaires encore aujourd'hui
de ces arguments de propagande,
o� on ram�ne la nuit des Longs Couteaux
� ce que les nazis ont voulu en faire.
-La propagande des nazis affirme que c'�tait une action de purge
pour �liminer certains �l�ments du mouvement nazi
et ainsi sauver l'Etat.
On a, en r�alit�, d�truit les derni�res fondations
de l'�tat de droit.
Qui n�existait de facto plus vraiment depuis 1933.
Mais on n'en parle pas, bien s�r.
-Du point de vue d'Hitler
et de la construction de son propre pouvoir,
il n'y avait pas de n�cessit� de frapper la SA.
Parce qu�il n'y avait pas de danger dela part de la SA.
La SA n'aurait pas boug�
et Rdhm n'aurait rien fait contre Hitler.
Le danger venait d�ailleurs.
Il venait de...
du m�contentement de l�arm�e et de l�entourage d'Hindenburg
� l'�gard des projets...
suppos�s d'Ernst R6hm.
-Jeudi 2 ao�t, 9 h du matin.
A 87 ans,
le mar�chal Hindenburg, pr�sident du Reich, s'�teint chez lui,
a Neudeck.
Avec lui dispara�t l�ancien monde, celui de l�aristocratie allemande
comme celui de la r�publique de Weimar.
Hindenburg �tait sans doute le dernier obstacle
dress� devant Hitler sur la route du pouvoir absolu.
-La disparition d'Hindenburg a fait sortir
du paysage politique allemand
une figure qui restait quand m�me,
par son aura,
une figure tut�laire
dont l�ombre s'�tendait un peu sur Hitler.
Celui qui avait �t� le petit soldat des tranch�es de 14-18
pouvait toujours penser �tre derri�re le grand mar�chal
qui a �t� la figure de proue de l�arm�e allemande,
et qui avait su ensuite s�imposer comme pr�sident
dans la 2nde moiti� des ann�es 20.
-Alors que l'on rend les derniers hommages au pr�sident d�funt,
le gouvernement publie un d�cret�Ici
fusionnant les 2 charges de pr�sident et de chancelier
dans la seule personne d'Adolf Hitler.
Hitler concentre d�sormais tous les pouvoirs.
-Les changements constitutionnels,
qui ont eu lieu quelques semaines plus tard,
et l'entr�e en fonction d'Hitler �la pr�sidence du Reich,
ces 2 �v�nements, le crime et la modification dela constitution,
constituent une c�sure importante dans l'histoire du IIIe Reich.
Ce crime fait partie des fondements
dela dictature
telle qu�elle s'imposera parla suite.
*Musique militaire, acclamations
"'-Le parti, c�est Hitler.
Mais Hitler, c'est aussi l�Allemagne
comme l'Allemagne, c'est Hitler.
Sieg Hell !
Ils reprennent le salut nazi.
*Chant militaire
-Le calcul hitl�rien a �t� r�ussi.
Il voulait
d�finitivement tourner la page dela conqu�te du pouvoir
et faire entrer son r�gime
dans le canal s�r
de l'appareil d'�tat, du contr�le de l'appareil d'�tat.
Il a r�ussi.
-ll obtient le consentement dela bureaucratie minist�rielle
et des repr�sentants des milieux �conomiques.
Et, ce qui est particuli�rementimportant,
des juristes.
Le juriste le plus consid�r�, le plus connu en Allemagne alors,
Carl Schmitt, �crit un article : �Le F�hrer prot�ge le droit".
Il y d�crit de mani�re tr�s d�taill�e
pourquoi Hitler a agi en toute l�gitimit�
dans le cadre de l'�tat d�urgence supranational.
Il re�oit soutien et consentement de toutes parts.
Et si nous pr�tons attention au ressenti populaire,
notamment dans les rapports du SPD, devenuiH�gaL
il y avait aussi une certaine approbation
au sein dela population.
-II y a un facteur qu�il faut bien avoir � l�esprit.
Que ce soit en Allemagne ou � l��tranger,
la violence politique,
la liquidation de quelques centaines de personnes,
n'�tait pas un �v�nement si insolite
dans l'Europe de l'�poque
que cela peut nous appara�tre aujourd�hui.
-� l'�poque, Hitler, c�est un dirigeant certes brutal,
mais personne ne sait qu'il y aura ensuite des camps d'extermination.
Donc on constate qu�il a la main dure,
qu�il y a des opposants politiques qui sont en prison,
mais il y a la souverainet� des pays,
et il faut le contexte g�n�ral : Mussolini en Italie...
Plus on lit l'�poque, plus on s'aper�oit
qu�on a tendance,
quand on attend des indignations internationales,
� transposer des formes vision de valeurs internationales
qui n��taient pas monnaie courante � l��poque.
-Hitler n�a eu aucun mal � faire accepter ce crime
fratricide.
Celui de son meilleur ami
et compagnon de route depuis les d�buts.
Le prix � payer pour obtenir l'all�geance de l'appareil d'�tat,
des politiciens conservateurs
et plus important encore, de l'arm�e.
-La Reichswehr n'a pas
directement particip� � ces assassinats,
mais y a contribu� en s�curisant, en prot�geant et en aidant.
Elle est ainsi devenue co-assassin au c�t� d�Hitler.
Par cons�quent, elle est livr�e � sa merci.
C'est peut-�tre l'aspect le plus important.
Carla Reichswehr n'est plus une entit� ind�pendante,
ce qu�elle �tait jusqu'alors.
*-Sieg ! *-HEIL!
*-Sieg ! *-HEIL!
-Le lundi 6 ao�t,
un dernier pas est franchi.
Lourd de cons�quences.
� compter de ce jour et jusqu'� la fin du Reich, en 1945,
les soldats pr�teront serment � Hitler lui�m�me.
*Musique militaire
Tous vont r�p�ter ces mots rituels.
"Je fais devant Dieu le serment sacr�
"d'ob�issance absolue � Adolf Hitler,
"F�hrer du Reich et du peuple allemand,
commandant supr�me des forces arm�es."
"�-Je jure devant Dieu ce serment sacr�.
"�-Je jure d�ob�ir de mani�re inconditionnelle � Adolf Hitler,
F�hrer du Reich et du peuple allemand.
Adolf Hitler,
commandant en chef dela Wehrmacht.
-Les soldats ne sont plus tenus de pr�ter serment
�la constitution et � l'�tat.
Ils pr�tent serment � une personne.
Comme les milices du parti.
Comme les SA et comme les SS
qui pr�tent serment �la personne du F�hrer.
C'est une cons�quence
absolument gravissime.
Parce qu'ils se sentent li�s de mani�re personnelle et sacr�e
parle serment, �la personne,
c'est-�-dire aux id�es et aux ordres d'Hitler.
Ce qui va rendre
toute r�bellion au sein de l�arm�e allemande
tr�s difficile sinon impossible.
Car m�me quand il appara�t que la situation militaire
est critique voire d�sesp�r�e,
un nombre incalculable de militaires ne vont pas r�ussir
� s'�manciper de la tutelle d'Hitler
parce qu'ils auront pr�t� serment de fid�lit� personnelle.
Donc un des r�sultats les plus tragiques
dela nuit des Longs Couteaux,
c'est ce serment de fid�lit� personnelle.
*Musique militaire
*Musique orchestrale
*Ova�on
*Musique orchestrale
-En d�ployant ses troupes devant le chef du Reich,
l�arm�e c�l�bre sa victoire
dans une image de puissance retrouv�e.
Tout est alors pr�t pour la suite.
Se lancer dans le r�armement,
pr�parer la guerre et imaginer la revanche.
Mais les tres victoires laisseront la place au go�t amer
dela d�faite, de la compromission et de la culpabilit�.
Car contrairement � ce que les militaires croient,
ils ne sont pas les grands vainqueurs
dela nuit des Longs Couteaux.
Ils ont juste pactis�
avec le diable et ses affid�s qui s�appr�tent
� commettre les pires des crimes.
-Les grands vainqueurs
dela nuit des Longs Couteaux,
ilyen adeux:
Hitler, car il �tait dans une position difficile,
avec tous les corps sociaux
qui �taient en train de faire coaliser leurs critiques.
Le 2e grand vainqueur, c�est la SS.
C�est Heinrich Himmler essentiellement,
plus encore que la SS.
Pourquoi?
Parce que Himmler met la main � ce moment-l�
sur, de facto, l�ensemble des fonctions r�pressives
du IIIe Reich.
-La SS, qui �tait une organisation interne �la SA,
devient autonome.
Himmler prend en charge
la responsabilit� de toutes les polices politiques.
C'est ainsi que na�t ce conglom�rat
entre SD, Gestapo, police politique et camps de concentration
dans les mains d'Himmler et de la SS.
-Ainsi, la nuit des Longs Couteaux aura �t� le bapt�me de sang
qui pr�figure toutes les atrocit�s � venir.
Apr�s ces trois jours sanglants,
se mettent en place les camps de concentration de masse,
con�us sur le mod�le de Dachau.
Tous cr��s et g�r�s parla SS d�Himmler
et dont certains
deviendront des camps d�extermination dela Shoah.
La barbarie d'�tat s�est totalement install�e en Allemagne.
Non parla volont� populaire,
mais bien par la terreur
et par des m�canismes insidieux,
des compromissions, des jeux de pouvoir au plus haut niveau.
-Dans notre �poque,
o� le mot de populisme est sur toutes les bouches,
probablement
un enseignement � retenir,
c'est qu�aucune dictature ne s�est jamais �tablie
sans appui de l'appareil d'�tat et des corps constitu�s.
Et que donc, l�arriv�e du nazisme au pouvoir,
n'a pas �t� une irruption pl�b�ienne
en dehors des corps constitu�s
qui aurait balay� des masses, la d�mocratie et les institutions.
Mais bien plut�t l�instauration d'un r�gime
adoub� par l'appareil d'�tat et par les �lites conservatrices.
S'il y a une le�on � retenir,
ce serait que la nuit des Longs Couteaux est un aboutissement
et que le basculement vers la dictature et l'�tat de barbarie,
est un processus progressif, insidieux,
dont les diff�rents paliers
ne sont pas forc�ment aper�us par les contemporains.
*Chanson a plusieurs
ne sont pas forc�ment aper�us par les contemporains.
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