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Jacqueline ?
Vous êtes l'occupant ici ?
Pourquoi ?
- Vous êtes l'occupant ici ? - Non.
Qui est l'occupant ?
De quoi s'agit-il ?
Que faites-vous là ?
- Et vous ? - Répondez-moi.
- J'ai le droit d'être ici. - On vous a invité ?
Ça vous ennuie de me dire qui vous a invité ?
Oui, ça m'ennuie. Qui vous a invité, vous ?
C'est à moi de poser des questions.
Ne faites pas ça.
Vous allez me retenir de force ?
Si nécessaire seulement.
- Restez où vous êtes. - Pourquoi ?
Allongez-vous sur le sol.
M'allonger par terre ? Pourquoi ?
Pour vous empêcher de faire des bêtises.
Une minute. Est-ce qu'on m'arrête ?
Pourquoi ferait-on ça ?
Sinon, je sors d'ici.
Je vais devoir vous en empêcher.
Si je n'y arrive pas, je demanderai de l'aide.
Ça va attirer l'attention.
C'est ce que vous voulez ?
Non, pas vraiment.
Mais je ne m'allonge devant personne.
Allez.
Obligez-moi à m'allonger.
Vous n'avez rien contre un café ?
Il y a du café à réchauffer.
Je m'en occupe. Par ici.
Sergent, je crois que la police ne peut pas entrer...
Ne peut pas entrer chez quelqu'un sans raison.
C'est exact.
- Bonjour, sergent. - Inspecteur Morgan.
Le tourne-disque marchait à plein volume.
- Du jazz. - On me l'a dit.
- Vous êtes le chef ici ? - Oui.
Votre homme m'a empêché de sortir. Pourquoi ?
- Vous ne devinez pas ? - Pas de charades.
Ma question est simple. Répondez simplement.
S'il y a une raison de me retenir, je veux la connaître.
Il pourrait donc y avoir une raison ?
Je ne vois pas.
Je conduis une enquête qui me mène à vous.
Vous faites comme si vous ne saviez rien.
C'est vrai, je ne sais rien.
C'est la réponse classique des criminels.
Attention à ce que vous dites.
Le monde est plein de bébés innocents qui ne savent rien.
Foutu rhume.
- Inspecteur Morgan. Ça va ? - Vous voulez vraiment savoir ?
On dirait qu'un cheval m'a frappé au visage.
- Et vous, inspecteur Westover ? - Au mieux.
Vous venez de la campagne ? Joli chapeau.
On va travailler ensemble apparemment.
Pourquoi cette affaire leur paraît-elle spéciale ?
J'ignorais qu'elle était spéciale.
Les deux meilleurs inspecteurs sur la même affaire ?
Autant aiguiser un crayon avec une hache.
On m'a envoyé ici, alors me voilà.
C'est moi qui l'ai allumé.
Vous n'habitez pas là.
72b Et vous refusez de dire ce que vous faites là. Votre nom ?
- Il ne vous dira rien. - Nationalité ?
Pourquoi toutes ces questions ?
Ici l'inspecteur Morgan.
Quoi de neuf ?
C'était du bon jazz ?
Merci. Je raccroche.
Il y avait de la musique. Fort, et pas très bonne.
- Qui est le chef ici ? - On est à égalité.
J'ai le droit de savoir pourquoi il me retient ici.
C'est vrai.
On ne doit pas en parler.
Ne vous en faites pas. On respectera ses droits.
Sergent ?
Que faites-vous là ?
- J'attends quelqu'un. - Qui ?
Un peu de lumière ?
Mettons que je venais voir une dame.
Habillé comme ça ?
Ce sont mes seuls vêtements.
C'est à elle ?
Vous me surprenez, inspecteur.
Un gentleman ne pose pas ces questions.
- Je ne suis pas un gentleman. - C'était une façon de parler.
Bon, fouillons ce petit nid.
Cuisine, salle de bain. Relevés de banque, bijoux.
Elle vous disculpera en rentrant. Pourquoi vous agiter ?
Qui viendrait ici avec cette armée devant la porte ?
Déplacez les voitures qui sont devant la porte.
Et que personne ne soit visible.
On est assiégés ?
Vous paraissez intelligent.
Si cette femme doit venir, pourquoi taire votre nom ?
C'est le genre à aimer les violettes ?
Je les ai apportées.
C'est l'intention qui compte, n'est-ce pas ?
Il peut me retenir sans accusation ?
- C'est autorisé ? - Vous n'êtes pas chez vous.
Alors dites-moi que je suis accusé d'effraction.
Vous êtes accusé d'être un suspect qui n'est pas chez lui.
Et ce que je dirai pourra être retenu contre moi ?
Ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Ça vous va ?
Bon, finissons-en.
- Vous êtes arrivé à quelle heure ? - A 17h25.
Vous aviez rendez-vous à quelle heure ?
- A 17h30. - Elle est en retard.
- Elle va arriver. - Vous êtes sûr ?
Tout à fait.
Vous étiez seul à l'arrivée du sergent.
- Comment êtes-vous entré ? - A pied.
Elle devait me laisser la porte ouverte.
- Vous n'avez pas de clé ? - Tout s'est fait au téléphone.
- Vous n'étiez jamais venu ici avant ? - Non.
Son absence ne vous a pas étonné ?
Je la croyais sortie une minute.
Les 17h30 sont passées. Elle n'est toujours pas là.
Qu'est-ce qu'il a ?
La police anglaise est célèbre pour ses bonnes manières.
Comment s'appelle-t-elle ?
Asseyez-vous.
Allez, asseyez-vous.
Soit vous pouvez expliquer votre présence ici,
soit vous êtes dans un sale pétrin.
Son nom ?
Quel genre de pétrin ?
Le genre sérieux.
Elle s'appelle Jacqueline Cousteau.
- On le prononce comme ça ? - Elle ne vous l'a pas dit ?
Elle ne me l'a pas dit.
- Où est-elle ? - Là-bas.
Cette Jacqueline Cousteau va corroborer votre histoire ?
J'en suis sûr.
Elle vous a invité chez elle ?
- Je vous l'ai dit. - Vous la connaissez bien ?
Quel est votre nom ?
Jan Van Rooyer.
- De quoi vivez-vous ? - Je suis peintre.
- Peintre ? - Artiste. Je veux voir Jacqueline.
Vous pouvez entrer.
Jacqueline ?
- Elle est morte ? - Vous ne le saviez pas ?
Oui, elle est morte.
Salauds, pourquoi le faire comme ça ?
Donnez-lui du cognac.
Ils ont identifié le corps ?
Oui, grâce à son sac et à une voisine.
C'est bien Jacqueline Cousteau.
- Et c'est l'occupante ici ? - Oui.
Quand vous voulez, Van Rooyer.
Vous allez vous taire ? Donnez-moi une minute.
Vous savez de quoi elle est morte, docteur ?
Tout va bien. On ne lui cache rien encore.
C'est sans doute un choc consécutif à une asphyxie.
On a dû l'étouffer avec un oreiller ou un drap.
Vous avez vu les marques. Elles sont légères.
Elle est morte quand ?
Depuis peu.
175b La température du corps n'est pas très basse.
Elle vivait sans doute encore à 17h30.
Vous êtes arrivé à 17h25 ?
Non, ils n'ont pas pu la tuer.
- Qui, "ils" ? - Ceux qui ont tué Jacqueline.
J'étais là à 17h25. Le légiste se trompe.
- Vos calculs sont faux ! - Elle est morte il y a peu.
Je peux y aller, inspecteur ?
On fera l'autopsie ce soir.
Oui, merci.
On n'a pas pu la tuer sans que vous entendiez.
Ni déplacer son corps à votre insu.
N'est-ce pas ?
Peut-on prendre vos empreintes digitales ?
- Pourquoi ? - Vous êtes resté là un moment.
Vous avez dû toucher des choses.
Ça permettrait de vous écarter.
Le pouce ici et les autres là.
Vous ne trouverez pas mes empreintes sur elle.
Les empreintes ne marquent pas la peau ou les tissus.
- Je l'ignorais. - Vraiment ?
Beaucoup de gens le savent.
Pourquoi perdre du temps avec moi ?
Pourquoi ne pas chercher l'assassin de Jacqueline ?
- Il ne doit pas être loin. - Et voilà.
Van Rooyer,
vous reconnaissez ce manteau ?
C'est le mien.
Je l'ai posé sur le divan en entrant.
- Sur le divan ? - Oui.
Son cadavre était sur le divan.
Vous l'avez posé sur le divan sans remarquer le corps ?
Les rideaux devaient la recouvrir.
- Les rideaux ? - Oui, il y avait des rideaux.
Ils semblaient prêts à partir au nettoyage.
On n'a pas trouvé de rideau sur le corps.
J'aurais laissé son corps sur le divan
et attendu l'arrivée de vos hommes ?
Vous ne les attendiez pas si tôt.
Un appel à Police Secours a été passé d'ici
juste avant l'heure où vous dites être arrivé.
Une femme a dit : "Passez-moi la police."
Une femme avec un accent.
Français, peut-être.
Et puis, le silence.
Le téléphone était raccroché à votre arrivée ?
Jacqueline Cousteau flaire un danger, appelle la police.
Elle est interrompue par l'arrivée d'un... inconnu, disons.
Oui, appelons-le l'"inconnu".
Pour cacher son appel à l'inconnu,
elle laisse le téléphone décroché.
Ça fait un bruit. Elle craignait que vous l'entendiez.
- Ce petit bruit. - L'inconnu, vous voulez dire.
Quelqu'un est forcément passé ici avant moi.
On l'aurait tuée au moment où vous étiez là.
Le légiste doit se tromper.
On l'a tuée avant que j'arrive.
- La porte était ouverte ? - Oui.
La morte s'est levée pour l'ouvrir
ou le tueur l'a laissée ouverte en partant ?
- Alors ? - Je ne sais pas.
Je sais juste que je dis la vérité.
J'ai de quoi vous suspecter de meurtre.
J'aurais des marques, non ?
- Elle a dû griffer, mordre. - Vous avez pu la saouler.
Jacqueline ne buvait pas.
Et pourquoi l'aurais-je tuée ?
Essayons de le découvrir.
D'abord, comment l'avez-vous levée ?
- C'est elle qui vous a levé ? - Personne n'a levé personne.
Elle est morte. Pourquoi la salir ?
Allez, Van Rooyer. Où l'avez-vous rencontrée ?
- A la galerie où je travaille. - Elle a beaucoup d'argent.
Pourquoi une femme de cette classe s'intéresserait à vous ?
Je suis contre la violence, Morgan.
Mais je pourrais oublier mes principes.
Finissons-en.
Si vous me racontiez votre version ?
C'était il y a un mois environ,
là où je travaille, sur Bond Street.
Elle voulait acheter une peinture.
J'aimerais y jeter un oeil.
Ici, à la lumière.
Merci.
Oui, très intéressant. Combien ?
M. Desly va arriver.
Je n'ai pas encore terminé.
Oui, ça me plaît. Des formes si élégantes.
C'est brillant. Qu'en pensez-vous ?
Je suis manutentionnaire, pas critique.
- Vous n'êtes pas anglais ? - Non.
- Quoi, alors ? - Hollandais.
La Hollande exporte donc autre chose que des tulipes.
Je vous ai demandé ce que vous en pensiez.
Qu'importe mon opinion ?
- Vous ne l'aimez pas ? - Pas beaucoup.
- Pourquoi ? - Demandez à M. Desly.
- Je le demande à vous. - Je ne suis pas...
Critique, je le sais.
Vous n'êtes pas poli non plus ?
Très bien.
Je le trouve vide, vain.
Une perte de temps.
Comme ces expos privées pour gens à la mode.
C'est votre truc, pas le mien.
Le cadre est bien.
Annulez votre rendez-vous chez le coiffeur.
Allez à la Tate Gallery. Seule, pas pour briller en société.
Qui perdrait du temps sur une cochonnerie pareille ?
Oui, il est joli, tendance, élégant.
Je préfère son dos.
Vide et froid comme la glace.
La glace peut aussi brûler.
Vraiment ?
Ça tient plus de la collision que de la rencontre.
C'est vieux, non ? Ou vous n'en savez rien ?
XVIIe siècle. C'est une étude.
De Van Dyke, sans doute.
Fascinant.
Et vous vous êtes donc revus ?
Oui.
Vous avez trouvé quelque chose ?
Non.
Après la galerie, qui a fait le premier pas ?
Ecoutez, votre vie amoureuse ne m'intéresse pas.
Mais je dois savoir ce qui vous liait à elle.
Le samedi suivant, j'étais à la Tate par hasard.
- Par hasard ? - Oui, par hasard !
Je vous ai écouté. J'ai annulé mon coiffeur.
Mon mari collectionne les tableaux. J'en achète qui me plaisent à moi.
Ils se révèlent sans grande valeur.
Je n'étais pas venue depuis des années.
Vous venez souvent ?
Non, je travaille à la galerie Desly le matin.
- Et l'après-midi ? - Je suis occupé.
A peindre ? Vous pensiez que je l'ignorais ?
Un manutentionnaire serait plus courtois.
Inutile d'être policier. C'est très simple.
Un homme à béret et moustache est sans doute comptable.
S'il a l'air d'un footballeur, c'est un artiste de Chelsea.
Avec plein de chefs-d'oeuvre sous son lit.
Je loue. J'ai à peine de quoi mettre un lit.
Encore moins des chefs-d'oeuvre.
Je loue aussi un atelier chez un professeur.
Les jours gris, je viens là.
Seul ? Vous avez bien une petite amie.
L'une de ces étudiantes en art avec une frange, des bas verts
et des ongles sales.
- Vous êtes à Londres depuis quand ? - Six mois.
Ça vous plaît ?
La ville est comme un miroir.
Si on est heureux, elle est magnifique.
Si on est seul, elle l'est moins.
Que pensez-vous de celui-ci ?
- Je l'ai déjà vu. - Il est bouleversant.
- Pourquoi ? - Venez le voir.
Avec l'oeil qui sait jauger la couleur de son martini.
- Avec cet oeil-là. - Je serai aveugle ?
On l'est tous plus ou moins.
On ne regarde plus ce qu'on voit au quotidien.
Vous m'avez vu. A quoi je ressemble ?
Ne me touchez pas !
Je n'aime pas qu'on me touche.
Très bien, continuez.
- Ça n'a pas d'importance. - Si.
Vous parliez de votre visage.
Vous le peindriez comment ? De quelles couleurs ?
Les ombres sont vertes ou bleues ?
Et mes cheveux ?
- C'est facile. Blonds. - Blonds ?
C'est du jaune. Il y en a des centaines.
Jaune citron, jaune paille...
Vous êtes particulier.
Vos amis sont tous comme vous ?
Aussi sérieux et passionnés ?
Je suis étranger ici. Je n'ai pas d'amis.
Deux étrangers sur une terre étrangère.
Et celui à qui vous louez l'atelier ?
J'ai répondu à une petite annonce.
Il est généralement parti quand j'y vais.
Je me demande comment c'est, de peindre.
Les Anglaises le font. C'est très chic.
C'est ridicule.
On n'a de talent que si on est un peu bizarre.
Comme la fille d'un boucher.
Ou un Hollandais.
Attendez.
Je regrette.
Vraiment.
J'essayais de dire que...
Ça doit être merveilleux de peindre.
Pas juste pour tuer le temps.
Je vous taquinais par gêne, par incertitude.
Vous me donneriez des leçons ?
Je ne suis pas enseignant.
Puis-je passer à votre atelier, alors ?
Je me ferai toute petite.
Et vous pourriez parfois me montrer mes erreurs.
Même si je n'ai aucun talent, je serais moins aveugle.
Non ? Ça paierait votre loyer.
Et vous pourriez engager des modèles.
Non, c'est ça ?
Merci quand même.
Que cherchez-vous ?
Un flirt pour vous distraire ?
Une nouvelle histoire à raconter au thé ?
Ou oublier votre nostalgie de Paris ?
Peindre, c'est du travail.
Vous croyez pouvoir peindre
jusqu'à la migraine ?
Jusqu'à vous casser les bras ?
Chiche.
Vous saliriez ces mains distinguées ?
On va d'erreur idiote en erreur stupide
jusqu'à maudire le jour où on est né.
Je sais.
Comment le sauriez-vous ?
Voici mon adresse.
J'y suis après 14 h.
Sauf les jours gris.
Mais si c'est pour vous amuser,
trouvez quelqu'un d'autre.
"Si c'est pour vous amuser, trouvez quelqu'un d'autre."
Le facteur est là.
Faites-le entrer.
Ici ?
Vous ne lisez pas les journaux ?
Tout est diplomatie secrète. Une nouvelle ère s'ouvre.
Mettez-ça dans une voiture.
Que se passe-t-il ?
Tout le monde court partout.
Le type est pourtant sans doute loin maintenant.
Une charmante femme.
Quel gâchis.
Vous la connaissiez ?
Disons qu'il était facile de la connaître.
Elle avait plutôt les manières du continent.
Toujours un mot gentil à dire.
Dites-leur comment elle était.
- Vous n'êtes pas policier ? - Non.
Elle était charmante.
Celui qui a fait ça devait être dérangé.
Bon, tout n'est pas si simple.
Prenez celui avait tué ces femmes.
Je le croisais dans un bar local.
L'air tout à fait inoffensif.
Mais il les a assommées et découpées en morceaux.
- Vous voulez en fumer un ? - Merci.
Je suis l'inspecteur Morgan.
Vous m'avez déjà vu ?
Jamais.
Vous connaissiez tous ses petits amis ?
J'aurais bien aimé.
Je pourrais reconnaître celui qui a fait ça.
Comment ça, "ses petits amis" ?
A votre avis ?
Venez vous asseoir.
Quand avez-vous commencé à parler à Mlle Cousteau ?
La veille de Noël.
Elle m'attendait.
Vous montez le courrier d'habitude ?
Non, il y a une boîte à lettres en bas.
Mais je l'avais déjà vue.
J'aimais bien la regarder.
Elle était spéciale.
Comme toutes les jolies filles.
Vous toquiez avant d'entrer ?
C'était inutile.
- Elle m'attendait généralement. - Elle vous attendait ?
Certains après-midi, des courriers de la banque.
Vous avez regardé ces lettres ?
Assez pour savoir qu'elles venaient du continent.
J'ai toujours rêvé d'y aller.
Elle vous invitait à entrer ?
- Oui. - Souvent ?
On prenait juste un verre.
Vous passiez à quelle heure ?
Vers 16 h, 16h30.
Vous buviez à cette heure-là ?
Elle avait la dalle en pente.
Elle buvait beaucoup ?
Pas au point de rouler par terre.
Mais elle buvait beaucoup ?
- Beaucoup. - Mensonge !
Jacqueline ne buvait jamais.
Vous avez parlé du feu ?
La première fois qu'elle m'a proposé à boire,
c'était la veille de Noël.
La lumière est meilleure près du feu.
Vous comprenez.
Que portait-elle ce jour-là ?
Eh bien, elle portait
une robe d'intérieure transparente.
C'est tout ?
Ayez pitié.
Je dois savoir quel genre de fille c'était.
Il n'y a rien eu entre nous.
Vous diriez que c'était une fille facile ?
Facile ?
Je l'ignore.
J'imagine que oui.
Elle recevait souvent des lettres de la banque ?
- Une par semaine. - Quelle banque ?
La Hobbes Bank.
Westover ?
Oui, sir Bryan.
Il serait plus sage de venir.
Oui.
Mme Cousteau aurait longtemps vécu ici ?
Je réponds ?
Pourquoi pas ? On est entre amis.
Elle était là depuis quatre mois.
Elle venait d'emménager.
Je l'ai vue de mes yeux à Noël.
Il vient de dire depuis quand elle était là.
Les voisins diront la même chose.
Merci de votre aide.
J'ai essayé.
J'espère que vous aurez l'assassin.
- Vous changez de version ? - J'ai dit la vérité.
Je ne crois pas.
Refuser de donner votre nom ou le sien se comprendrait
si elle était respectable, mais elle ne l'était pas.
- Vous êtes fou. - Vous mentez, Van Rooyer.
Votre idylle avec elle, c'est du roman feuilleton.
Regardez cette chambre.
Vous parlez d'une femme intelligente, chic, à la mode.
Quel genre de femme a décoré cette chambre ?
- Je ne sais pas. - Mais moi, si.
Le genre qui finit à la morgue.
- La victime type. - Vous avez tort, Morgan.
Non. Le genre miteux.
Mais pas trop miteux.
Juste assez pour pousser un homme au crime.
Les solutions rapides vous rapportent une prime ?
Que ferait-elle ici, la femme que vous décrivez ?
S'échapper, peut-être.
- Vous vous trompez sur elle. - Non.
C'était romantique et charmant. C'est ça ?
Racontez-moi. Quand l'avez-vous revue ?
Elle venait à l'atelier.
- Quand ? - Une fois par semaine.
Mais pas toujours le même jour.
Quand elle avait le temps, j'imagine.
Entrez.
Oui, oui. Entrez !
Entrez !
Inutile de crier.
C'est toujours ouvert. Pourquoi ne pas entrer ?
Ce n'est pas dans mes habitudes.
Je vous connais assez pour vous dire un secret.
Les femmes aiment les petites attentions.
Comme se faire enlever leur manteau.
Merci.
On gèle toujours ici.
Pourquoi fait-il si froid ?
- C'est quoi ? - Une idole du Népal.
- Et ça ? - Le dieu de la fertilité mexicain.
Et voici le dernier Van Rooyer ?
Arrêtez de fouiner. Au travail.
- Je fais quoi cette fois ? - Dessiner.
- La même chose ? - Oui.
Encore ?
Charles, le décapité.
Je doute qu'un roi ait eu de telles épaules.
Quand vais-je peindre ? Je ne fais que dessiner Charles.
Michel-Ange dessinait encore à 17 ans.
Tu entends, Charles ?
Encore une heure glorieuse ensemble.
L'un de nous va finir par s'ennuyer.
Je doute que ce soit toi.
Le corps est un continent. On peut passer sa vie à l'explorer.
Quelle jolie façon de le dire.
Merci.
De quel coin de la Hollande venez-vous, Jan ?
Près de la frontière belge.
Moulins à vent et tulipes ?
Mines de charbon et silicose.
Et votre famille ? Votre père ?
Il était mineur, comme son père avant lui.
Comment le fils d'un mineur en vient-il à peindre ?
- Qui vous a trouvé du talent ? - Mon instituteur.
Il avait raison.
Vous parlez trop.
Arrêtez de bavarder et travaillez.
Ne me parlez pas sur ce ton.
Je ne suis pas une de vos filles. Soyez poli avec moi.
Je ne suis pas une serveuse de pub.
Les serveuses travaillent et ça m'inspire le respect.
Travaillez ou partez. Qui vous demande de venir ?
Je vous l'ai déjà dit.
C'est vrai.
La Hollande vous manque ?
Pas la mine, mais ceux avec qui je travaillais.
En sortant du puits, on allait boire et discuter.
Vous ne peignez jamais de femmes.
C'est quoi ?
Une épaule ?
Vous appelez ça une épaule ?
Une épaule est de chair et de sang.
On y voit des os et des nerfs. Ça peut aussi saigner.
Et ça tremble quand on l'embrasse.
Remettez-vous au travail. Réessayez.
Une femme posera pour vous maintenant.
Mais pas aujourd'hui.
Je dois partir.
J'ai une maison à tenir.
Et un mari qui frappe quand il est saoul.
La violence n'est pas le monopole des pauvres.
Vous savez ce qui se passe dans les quartiers chic, non ?
Quand vais-je vous revoir ?
Je viendrai une fois par semaine.
Si on me voit, je prends des cours de peinture.
A part ça,
je viendrai quand je pourrai.
Comme chez le coiffeur. Pour tuer le temps.
Soyons clairs.
J'ai une position sociale.
Je n'y renoncerai pas. C'est à prendre ou à laisser.
Ce sera où et quand je le pourrai.
Quand ?
Quand je le pourrai.
Où ?
Il y a des endroits.
S'il te plaît.
Tu froisses mes vêtements.
Je t'attends depuis des jours.
Je dois aller à un de ces affreux cocktails.
Je devrais déjà être à l'ambassade de France.
La grande dame ne fait que passer.
Elle sacrifie un peu de son temps aux pauvres.
- Que c'est gentil. - Inutile d'être solennel.
T'es-tu jamais donnée ?
Abandonnée totalement ?
Que veux-tu dire ?
Les riches sont tellement mesquins.
Les pauvres sont tellement vulgaires.
Mais ça te donne un certain charme.
C'est bon.
Non, c'est de la merde.
Il n'y a absolument rien.
Il est vide.
Qu'est-ce qui m'arrive ?
Un jour, j'ai peint une vieille femme affreuse.
La vie l'avait marquée.
La peinture était belle, juste. Mais ça...
Je ne suis pas belle, c'est ça ?
De quoi as-tu peur
à l'idée de t'abandonner vraiment ?
Ça froisserait ta robe ? Çaa gâcherait ton maquillage ?
Ça dérangerait ta coiffure ?
Viens.
Viens !
Et alors ?
- C'est tout ? - Oui.
Vous ne l'avez pas revue depuis ?
Vous n'avez rien à ajouter ?
Rien ?
Eh bien, moi, si.
C'était dans le coffre à bijoux. Avec d'autres lettres.
"Jacqueline, se reverra-t-on après ce qui s'est passé ?
"Sinon, j'en souffrirais, mais je survivrai.
"Je ne veux ni ne peux continuer comme ça.
"Pas même toi ne vaut ce que j'ai enduré ces 10 jours.
"Je n'ai pas pu travailler, alors j'arrête là.
"Soit je te vois dans les 10 jours, soit je ne te verrai plus.
"Si tu veux me contacter, inutile d'appeler ou d'écrire.
"Il faudra venir à moi, tout entière,
"coeur, âme, yeux, amour, rêves, peurs,
"et ne jamais me quitter, Jan."
C'est bien vous qui avez écrit ça ?
Oui.
On trouve souvent des lettres comme ça en cas d'assassinat.
Pas aussi bien écrites, mais dans le même genre.
Vous voulez m'en parler ?
On a aussi eu de durs moments.
Bien sûr.
Vous pourriez utiliser ce que je vais dire contre moi.
J'utiliserai toutes les preuves.
Mais je vous crois honnête.
Parce que je cherche l'assassin ?
Exactement.
Ne pars pas, je t'en prie.
Tu appelles ça de l'amour ?
Voler une heure au réveil ?
Je veux te voir sortir du sommeil.
Je veux te voir te laver les cheveux.
Je veux...
Je veux te voir au crépuscule,
et pâle et fatiguée quand tu te couches tard.
Oui, on en aura.
On aura du temps ensemble. Promis.
Quand ?
Je ne sais pas.
Mais je m'arrangerai, promis.
Je ne peux même pas t'appeler ou t'écrire.
Je demanderai une adresse poste restante à la poste.
Je te donnerai l'adresse plus tard.
L'attente serait moins lourde.
J'essaierai de rendre l'attente moins longue.
Tu veux bien me donner quelque chose ?
- Donne-moi du temps. - Donne-m'en à moi.
Jacqueline ?
Oui, Jan ?
C'est quoi, ça ?
C'est beaucoup pour toi, et rien pour moi.
C'est vrai, tu as travaillé dans une mine.
Une femme peut tout te donner, sauf de l'argent.
Ramasse-le.
Ramasse-le. Emporte-le !
- C'est tout ? - Oui.
En quoi peut-on utiliser ça contre vous ?
Alors, c'est lui le chef ?
Je reviens.
Alors, Morgan ?
Je ne comprends pas, sir Bryan.
Vous vous demandez ce que je fais là.
Vous pensez que Westover m'a appelé.
Vous lui en voulez, et à moi aussi.
Vous vous demandez ce que le commissaire adjoint fait là
et pourquoi on ne vous laisse pas mener l'enquête seul.
Votre laïus me fait gagner 10 minutes, Sir Bryan.
Je vais vous faire gagner encore plus de temps.
Mlle Cousteau recevait donc des lettres de banque.
Sir Howard Fenton lui donnait de l'argent.
Sir Howard Fenton ?
Le nom vous impressionne ? Oui, il est extraordinaire.
- Un ami à vous ? - On se connaît.
Je l'apprécie.
Comment laisser son nom en dehors de tout ça ?
Surtout s'il entretenait cette femme ?
Sir Howard était en Allemagne la semaine passée.
Une mission diplomatique, qui n'est d'ailleurs pas finie.
- Il rentre demain. - Il est au courant ?
Ce sera fait. En temps voulu.
Morgan,
il n'a rien à voir avec la mort de cette femme.
Si la presse en parle, cela détruirait sa carrière
et cela ferait capoter de délicates négociations.
Et lui, où on est-on ?
D'après le légiste, un choc aurait pu la tuer.
Si on faisait passer les charges
de meurtre à homicide involontaire...
Est-ce qu'il avouerait ?
L'affaire serait résolue, avec un minimum de publicité
et un maximum de protection pour sir Howard.
Ce n'était peut-être vraiment pas prémédité.
Un homme est sur une falaise et on lui tire dessus.
Pour éviter la balle, il chute.
Ça reste un meurtre aux yeux de la loi.
- Mais si ce n'est pas lui ? - Bien sûr.
Mais on devait vous informer des enjeux.
Et autres considérations.
Je vous suis reconnaissant.
C'est votre affaire. C'est vous qui décidez.
Tenez-moi au courant.
Je le ferai.
Pourquoi passer au-dessus de moi
et me cacher l'implication d'Howard Fenton ?
Je suis là pour vous aider, Morgan.
C'est aussi un ancien copain de classe à vous ?
C'est un élément de l'enquête ?
"Morgan n'est pas fiable. Appelons sir Bryan."
Que faites-vous, à part protéger vos amis ?
Vous avez enquêté sur la victime ?
Attrapez !
Ça, c'est de l'esprit de corps.
On voit du pays. C'est varié.
Pourquoi les jeunes ne s'enrôlent-ils plus ?
On a une mauvaise publicité. Ces histoires de retraite...
On devrait mettre l'accent sur l'aventure.
Oui, accentuez le côté loisirs.
Ah, vous avez de l'humour.
Non, je crois que...
Pourquoi avoir adressé la lettre poste restante, et pas ici ?
- Son mari... - Elle n'était pas prête à lui dire.
- Exact. - Elle n'est pas mariée.
Westover n'a trouvé aucun certificat de mariage.
Jacqueline vous mentait. Pourquoi ?
Je l'ignore.
A moins que vous ne mentiez, ce que je crois.
On dirait une de ces histoires de gosse.
Je ne suis pas un gosse, et je ne mens pas.
Je pourrais très bien vous avoir la perpétuité.
- J'ai assez de preuves. - Vous le feriez si c'était vrai.
Ecoutez bien.
Mettons que vous lui ayez mis un coussin sur la tête.
- Pour l'empêcher de crier. - Je ne l'ai pas fait.
J'accepterai que vous plaidiez l'homicide involontaire.
En laissant filer le meurtrier ?
Sergent ?
Vous m'accompagnez au poste.
Pourquoi ?
Je vous ai laissé raconter votre histoire.
Je n'y crois pas.
Vous niez l'homicide involontaire, alors place à la manière forte.
Je vais réunir les preuves, et elles vont coller.
Faisons ça discrètement.
Sergent, cette voisine, Mme Fairy...
Assurez-vous qu'elle ne nous voie pas.
Et faites venir une voiture devant l'entrée.
Pourquoi tout ça ?
Elle vous a vu arriver aujourd'hui.
- Et ? - Elle vous avait déjà vu ici.
Impossible, je n'étais jamais venu.
Je vais lui parler.
Non. Vous allez tapisser pour une séance d'identification.
C'est pour vous protéger.
- C'est prêt. - Allons-y.
Envoyez vite tout ça au poste.
Dépêchons-nous.
Le commissaire adjoint est chez le chef.
Il aimerait vous voir.
Entrez.
- Des messages ? - Du sergent Farrow.
- Un verre ? - Non.
Vos empreintes sont partout.
J'ai un peu fait le tour
pendant que je l'attendais.
- Dans la salle de bain aussi ? - Oui.
Vous vous êtes pesé ?
Entrez.
Mettez ça là-bas.
- Vous vous êtes pesé. - Oui.
- Et aussi lavé les mains ? - Oui.
- Elles étaient sales ? - Non.
Je voulais connaître l'odeur de la savonnette.
Videz vos poches, Van Rooyer.
Oui ?
Vous me traitez comme un criminel.
On pense que vous en êtes un.
Et qu'aurais-je fait exactement ?
Vous préférez que je vous fasse déshabiller ?
Très bien.
Que Farrow cherche les empreintes.
J'ai trouvé ça sur la table basse.
- Combien ? - Je ne sais pas.
Je parie sur 500.
Gagné.
Pourquoi avez-vous pensé à 500 ?
C'est un bon chiffre pour un salaire.
Pourquoi m'aurait-on payé ?
Pourquoi pas ?
C'est quoi, sinon ?
J'y ai réfléchi, mais je ne peux pas l'expliquer.
C'est simple.
Un aller pour Amsterdam et 500 £.
Elle a essayé de vous donner l'argent avant.
Vous avez pensé que ça servirait de preuve.
Très bien.
Planton ?
Occupez-vous de lui.
Et veillez à ce qu'il ne se fasse pas de mal.
Vous voulez manger quelque chose ?
Merci, je n'ai pas faim.
Et Van Rooyer devient pressant.
Le charmante passade de Jacqueline Cousteau
menace désormais sa relation avec sir Howard.
Elle essaie d'acheter Van Rooyer. Il y a lutte.
Elle crie, il panique. Où est le problème ?
Non !
Mlle Cousteau ne donnait pas. Elle prenait.
- Vous la connaissiez ? - Mon père était chauffeur.
Une enfance comme la mienne vous fait connaître ces gens.
C'est une question de classe sociale.
Et ça nous mène où ?
J'aimerais parler à sir Howard.
L'argent serait de lui ?
Possible.
Sir Howard aurait commandité un meurtre de sang-froid ?
C'est tout à fait impossible.
Je n'ai aucun doute là-dessus.
C'est une question de classe sociale.
Il faut enquêter sur cet argent.
Ce sera fait.
- Cigarette ? - Non, merci.
Je pensais à vous quand vous êtes entré.
Vous êtes très bon. L'un de nos meilleurs.
C'est gentil, sir Bryan.
Vous êtes du genre à monter haut, ou à ne jamais monter.
Mais pour atteindre le sommet,
une mentalité de fonctionnaire ne suffit pas.
Il faut avoir la notion de service public.
Westover ?
Ce foutu rhume s'accroche.
Rien ne vaut le grog et l'aspirine.
Merci pour l'avis médical.
Prenez ça, John.
Et j'espère vous voir ce week-end.
- Tout vous désigne. - Je suis innocent.
Un détail aurait dû émerger. Mais rien.
Reprenons du début.
Vous étiez là quand on l'a tuée...
Votre histoire ne tient pas. Rien ne tient.
Pourquoi continuer à me harceler ?
Vous ne pouvez prouver où vous étiez juste avant.
Un fleuriste, voilà votre seul alibi.
- Il est urgent de me pendre ? - Il ne vous connaît pas.
Il doit bien y avoir quelque chose.
Vous dites lui avoir acheté des violettes.
Le facteur ?
Un fleuriste qui vend quelques violettes
ne se souviendra pas de vous.
Ces lettres de la banque, ces chèques...
D'un homme, peut-être. Qui ?
Elle accepte un rendez-vous. Vous allez chez elle.
Qui ?
Vos lettres prouvent que vous étiez fou d'elle.
Qui lui envoie ces chèques chaque semaine ?
Elle refuse de vous suivre. Vous êtes furieux.
Que cachez-vous ?
Qui est-ce ?
Elle crie. Vous voulez l'en empêcher.
- Vous le savez. - Vous l'avez tuée.
Qui est-ce ?
Vous n'avez pas répondu, Morgan.
Pourquoi ne pas me le dire ?
Je vous comprends, Van Rooyer.
Le petit peintre fauché ébloui
par la dame élégante qui coûte cher.
Mais, même ça, c'est faux. Elle est bidon.
Un gros gâteau français.
Vous ne m'avez toujours pas répondu.
Venez.
- L'avion de Düsseldorf ? - Il arrive.
Un instant, sir Howard.
Allons-y.
Jacqueline !
C'est Jacqueline !
Elle n'est pas morte.
- Tu vas au bureau ? - Oui.
On se voit au déjeuner.
Et cette conférence, sir Howard ?
- Jacqueline ! - Pardon ?
Je suis l'inspecteur Morgan, lady Fenton.
J'ai une question à vous poser.
- Vous le connaissez ? - Je devrais ?
Pour l'amour de Dieu, Jacqueline.
Vous voulez bien le regarder ?
Vous lui auriez dit vous appeler Jacqueline Cousteau.
- C'est faux ? - Plus que faux. Absurde.
- Vous ne pouvez pas l'identifier ? - Non.
Je ne l'ai jamais vu.
C'est très important, Jacqueline.
- Vous en êtes sûre ? - Absolument.
Dis-lui, Jacqueline.
J'attendais chez toi. On y a trouvé un cadavre.
On me suspecte de meurtre. C'est dur pour toi, je sais.
Et je regrette, mais il faut leur dire.
Dis-leur que j'étais là-bas pour te voir.
- Il est fou. - Ce qu'il dit est faux ?
Complètement.
On va pouvoir partir, madame.
- Vous avez terminé ? - Oui, merci.
Venez.
- Vous la reconnaissez ? - Non.
C'est Jacqueline Cousteau. Vous avez identifié le corps.
Je n'ai pas vu son visage.
- Je n'ai vu que ses chevilles. - Impossible.
Souvenez-vous. Je n'ai pas regardé son visage.
Je n'ai pas supporté de la voir morte.
Je me suis senti mal. Souvenez-vous.
Je le jure.
Cette femme à l'aéroport. Cette lady Fenton,
- c'est ma Jacqueline Cousteau. - Pourquoi donner un faux nom ?
Il y a sa position sociale, un mari célèbre à protéger.
Mais pourquoi ce nom-là ?
Accident, coïncidence. Je l'ignore.
Et pourquoi vous aurais-je désigné une inconnue ?
Qu'est-ce que ça m'apporterait ? C'était elle.
Ce visage, ces cheveux, ces mains.
Même ses vêtements.
Je l'ai serrée contre moi, j'ai embrassé ses yeux.
Bon, nettoyez-vous un peu.
Merci d'être venue.
Asseyez-vous.
- Ça vous gêne ? - Non.
J'ai quelques questions, lady Fenton.
Elles donneront lieu à procès-verbal.
Je comprends.
Vous êtes Helen Fenton, épouse de sir Howard Fenton.
Exact.
Le corps d'une certaine Jacqueline Cousteau
a été retrouvé chez elle.
- Vous la connaissiez ? - Non.
Vous êtes sûre ?
Oui.
Attendez.
Je l'ai déjà vue.
Elle chantait dans un cabaret de Montmartre.
- Vous ne la connaissiez pas ? - Non.
Vous l'avez souvent vue dans ce cabaret ?
Deux ou trois fois.
- Vous étiez seule ? - Seule ?
Mon mari était toujours avec moi.
Elle chantait d'anciennes chansons françaises. Mon mari les adore.
Pourquoi ?
Pure routine, lady Fenton.
Van Rooyer ?
Avez-vous déjà vu cet homme ?
Je vous ai déjà dit que non.
Il était chez Mlle Cousteau à l'heure du crime.
Il dit qu'il avait rendez-vous là-bas.
Pour vous voir.
- C'est faux ? - Complètement faux.
- Jacqueline, je t'en prie. - La ferme !
Il dit qu'il vous voit depuis des mois
dans différents endroits, dont la Tate Gallery,
un atelier à Chelsea, etc.
- C'est faux, ça aussi ? - Bien sûr.
Comme le fait que vous lui auriez dit
que votre mari est un alcoolique ?
Mon mari est célèbre. Sa vie privée est connue.
L'abus d'alcool n'en fait pas partie.
Excusez ma brutalité.
Vous niez connaître cet homme
pour que votre mari ne sache rien ?
En aucun cas.
Vous avez utilisé le nom de Jacqueline Cousteau ?
Jamais.
- Vous en êtes sûre ? - Tout à fait.
Van Rooyer, levez-vous.
Jan Van Rooyer, je suis l'inspecteur Morgan,
des Homicides, rattaché à ce commissariat...
Je peux vous voir ?
Excusez-moi, lady Fenton.
Pourquoi fais-tu ça ?
Il nous a laissés seuls.
Tu sais pourquoi, Jacqueline ?
L'inspecteur Morgan a des doutes.
Alors, il nous observe.
Sois prudente. Ne révèle rien.
Aucun sentiment.
Tu ne devrais pas t'inquiéter.
Tu as l'habitude de faire semblant
et de cacher tes sentiments.
Pourquoi me fais-tu ça, Jacqueline ?
Regarde-moi.
Pourquoi as-tu peur de me regarder ?
Que va en penser Morgan ?
Regarde-moi !
Comment vas-tu cacher
que je t'ai tenue dans mes bras ?
Que je t'ai embrassée. Ici.
Et là.
- Et là... - Non.
Dois-je supporter ça ?
Lady Fenton ?
Van Rooyer avait décrit le tailleur que vous portez.
Tout le monde a un tailleur noir.
Il l'a détaillé.
Je suis formé à voir, à me souvenir
des couleurs, des robes.
Je me souviens des robes.
Une robe en soie imprimée, un manteau noir
aux boutons difficiles à défaire.
S'il a tout prémédité, il a pu m'espionner.
N'importe qui peut décrire mes vêtements.
Même ceux que tu portes en dessous ?
Vous pourriez les décrire ?
Je ne connais pas cet homme.
Je n'ai aucun lien avec tout ça.
C'est inexact, lady Fenton.
La victime était la maîtresse de votre mari.
Mensonge.
Vous ne le saviez pas ?
Je savais qu'il avait une liaison, bien sûr.
Ça arrive dans les meilleures familles.
Mais j'ignorais que c'était elle.
Qu'insinuez-vous, inspecteur ?
J'aurais tué cette fille à cause de cette liaison ?
C'était bien plus qu'une liaison.
Regarde ces objets. Ça ne s'achète pas en magasin.
C'est la collection d'une vie. Regarde ce cadre.
Ce n'est pas un parfum. On offre ça à quelqu'un
qu'on aime plus que soi, plus que sa carrière.
Ton mari allait te quitter pour elle.
Tu n'as pas pu le supporter.
Il n'y avait qu'un moyen, violent.
- La tuer. - Van Rooyer !
Mettons que sir Howard aimait Jacqueline Cousteau.
Alors, Mlle Cousteau allait vous quitter, vous.
C'est peut-être vous qui ne le supportiez pas.
1098b C'est peut-être vous qui avez usé de violence,
vous qui la préfériez morte.
Mais je n'ai jamais vu cette fille.
Vous avez dit que vous voyiez souvent une Mlle Cousteau.
Vous avez évité qu'on vous voie ensemble.
Comment prouver que ce n'est pas cette Jacqueline Cousteau
que vous voyiez ?
Je peux partir ?
J'aurais pu te rendre heureuse.
Tu te trouvais trop vieille pour moi ?
Ça te faisait peur ? Mais tu es jeune pour moi.
Je t'aurais donné ce que tu n'as pas eu dans ta jeunesse.
J'ai pu t'atteindre, je le sais.
Comme personne avant.
Tu sais que c'est vrai.
Je ne t'aurais jamais quittée.
Je t'aimais.
Jan ?
Alors, vous le connaissez.
C'était vrai.
Lady Fenton...
Je refusais d'y croire.
Une lady ! Moi qui me croyais débarrassé de tout ça.
Moi, l'inspecteur David Morgan.
Mais vous avez compté là-dessus.
Lady Fenton, mêlée à une affaire aussi sordide ?
Mais vous ne pouviez deviner que j'allais soupçonner
votre mari d'avoir engagé Van Rooyer pour la tuer.
Sinon, on ne serait jamais allés à l'aéroport.
Dois-je comprendre que vous allez me retenir ici ?
Exactement.
Je vais vous demander où vous étiez hier soir.
Il faudra vérifier les réponses.
Et le guichetier que vous avez vu pour une poste restante.
Il n'a pas reconnu la victime, mais il se souviendra de vous.
Un homme n'oublie pas une femme comme vous.
Soyez sûre d'une chose.
Si vous avez commis ce crime,
nous allons le prouver.
Je demande à appeler mon avocat.
Oui, ça vaut mieux.
Sergent ?
Oui.
Mais je n'avais pas prévu
de tomber amoureuse de toi.
Je ne voulais pas.
Sois maudit.
Sois maudit !
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