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En ville
Hé ! Tu as vu ?
Il y a écrit un truc sur le verre, là.
Ah oui.
Et sinon, vous allez souvent au cinéma ?
Ça nous arrive.
Vous aimez quel genre de films ?
Comédie ? Action ? Épouvante ?
Elle, elle adore les pornos.
Vous êtes inséparables ?
On se complète bien, ouais.
Je suis bien entouré, ce soir.
J'ai été champion de France junior de fleuret.
C'est quoi, le fleuret ?
L'escrime.
Oui.
Si vous voulez, on peut aller chez moi ?
J'en peux plus, de son petit air. Je vais rentrer.
Ça y est ? Sainte Iris va se coucher ?
C'est glauque, ici.
Mais attends, je rêve.
Il te faut des histoires ? Des aventures ?
Tu ne veux pas mourir idiote ?
Je ne veux pas mourir dans le lit d'un idiot.
On le connaît même pas. Ça pourrait être un psychopathe.
Tu crois que c'est avec sa petite épée qu'il va te...
- Attends, je vais le faire. - Tiens.
Ne bouge pas.
- Qu'est-ce que vous buvez ? - Aucune idée.
Vous me faites penser à quelqu'un de connu,
une actrice, une chanteuse peut-être.
Scarlett Johansson ?
Peu importe, vous êtes parfaite.
Vous êtes vraiment parfaite.
- Je vous chatouille ? - Vous avez les mains froides.
Ça va mieux ?
J'ai envie de danser.
Vous êtes magnifique, comme ça.
Fous le camp.
J'ai tout rendu.
J'ai tout rendu, je te dis.
Tu éteins la lumière, ouais ?
Hé ! Ça va.
"Tout rendu"... N'importe quoi !
Tu ne dors pas ?
J'ai pris un cachet, mais ça n'a fait aucun effet.
Petit père.
Je peux savoir pourquoi il est là ?
Je le dépanne.
Pourquoi tu héberges ce mec ?
Il me dégoûte.
Écoute, Iris, arrête.
C'est vrai, ce mec me dégoûte.
Je n'aime pas ce côté égoïste que tu as depuis quelque temps.
Tu n'étais pas comme ça, avant.
Ça m'énerve, ce genre de discussions.
Je vais me coucher.
Qu'est-ce que tu as fait, ce soir ?
Rien de spécial.
Tu peux me parler, tu sais.
Tu ne veux pas non plus que je te raconte mes nuits.
Mais pourquoi pas ? Ne te gêne pas.
T'es pas bien.
C'est pas un hôtel, ici.
Monsieur, vous allez nous quitter ?
Moi aussi, je m'arrête là.
Vous êtes dégoûté ?
Un peu, mais pas trop.
"Victor Hugo dit :
"'Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent.'
"Moi, je dis que la loi cruelle de l'art est que les êtres meurent
"et que nous-mêmes mourions en épuisant toute les souffrances,
"pour que pousse l'herbe,
"non de l'oubli, mais de la vie éternelle,
"l'herbe drue des oeuvres fécondes,
"sur laquelle les générations viendront faire gaiement,
"sans soucis de ceux qui dorment en dessous,
"leur déjeuner sur l'herbe."
J'ai eu ton message.
Tu peux l'oublier. J'ai eu tort de te l'envoyer.
Pourquoi ? C'était pas sincère ?
Je vois bien que tu ne veux pas.
Je n'ai pas dit ça.
Tu n'as pas dit le contraire non plus.
Laisse-moi réfléchir.
Alexandre ?
Tu peux venir ? Je voudrais te parler.
Je voudrais te présenter quelqu'un.
- Salut. - Salut.
- Tu viens d'où ? - Wuppertal.
- C'est quoi ? - Une petite ville en Allemagne.
C'est glauque.
Qu'est-ce que tu fais ?
Tu vois, je bois de la vodka.
Tu n'as que ça à faire ?
Mais de quoi tu parles ?
Toi, tu dis rien.
Que veux-tu qu'il dise ?
Tu es pénible. Tu t'en rends plus compte.
- Tu viens ? - On est bien ici.
Ça, c'est sûr.
Tu m'as brûlé les cheveux, espèce de...
Comment s'appelait ce type déjà ?
- Je ne vois pas de qui tu parles. - Mais si.
Tu le fais exprès ou quoi ?
- Hector ? - Merci, Isabelle.
Bien sûr, "Hector".
Et alors ?
Il était brésilien.
Tu veux de l'aide ?
Oui, je veux bien.
C'est la 1re fois que tu manges du poulet ?
Iris, tu te crois maligne ?
Il y a un début à tout.
- Et vous êtes d'ici ? - Oui.
Non. Je ne suis pas de la région. Je ne suis pas d'ici.
Ah bon. Et ça vous plaît ?
Oui. Il y a du soleil.
Il est mort
Il est mort, le soleil
Quand tu m'as quitté
Il est mort, l'été
L'amour et le soleil, c'est pareil
Isabelle, tu as des projets pour l'année prochaine ?
Merci.
Je vais aller m'installer à Paris.
On m'a proposé un truc.
Tu vas aller où, là-bas ?
Chez Philippe.
Il a un appartement à Montmartre.
C'est qui, Philippe ?
Tu racontes n'importe quoi.
Peut-être.
Il faut de l'argent, pour vivre à Paris.
Il est même pas anglais.
Fuck you. Fuck you.
Tu manques d'ambition.
Toi, tu vas rester dans ton trou.
Tu vas te marier dans ton trou.
Pour qui tu te prends ?
Et ce sera avec Alexandre.
Tu es complètement folle.
Je te le laisse.
C'est pas du tout mon style.
Il m'a fait monter au dernier étage d'un immeuble moderne.
On s'installe dans le canapé.
Il m'a demandé si je voulais regarder un film.
Quand il a allumé, ça s'est mis à tourner.
Je suis allée dans la salle de bains.
Puis il avait mis de la musique. On s'est mis à danser.
Je me suis accrochée à lui pour enlever mes chaussures.
Il m'a dit que je pouvais partir, que j'étais libre.
Mais qu'il me trouvait mignonne.
Tu es restée ?
Il m'a dit aussi qu'il était devenu prisonnier de son travail,
que ce n'était pas facile pour lui.
La preuve : il avait du mal avec les filles.
Il devait passer par Internet,
alors qu'il n'avait jamais eu ce genre de problème.
J'ai commencé à avoir le tournis.
J'avais chaud, alors j'ai enlevé mon pull.
Et j'avais encore la tête dedans...
J'ai senti qu'il embrassait mon ventre,
qu'il dégrafait mon jean.
Il est resté à genoux.
J'avais l'impression qu'il priait.
Tu vois ce que je veux dire ?
Oui, je vois.
J'ai fermé les yeux.
Il y avait la musique qui continuait.
Je me suis allongée par terre.
Il s'est étalé sur moi, les bras en croix.
Tu ne dors pas ?
Si. J'attendais que tu viennes me réveiller.
C'est bon, je peux aller chez moi.
Salut.
Je ne sais pas ce que je pense. Je ne veux pas te mentir.
Je voudrais te demander quelque chose.
Je n'ai pas envie de rentrer. J'aimerais rester avec toi.
Ça veut pas dire qu'on est ensemble.
Que veux-tu que je te dise ?
Oui ou non ?
Je ne peux pas te dire non.
- Ça avance, tes révisions ? - Pas trop.
Iris va venir s'installer à la maison quelque temps.
- Il reste du café ? - Laissez, je vais le faire.
J'ai besoin de quelqu'un en plus demain.
Tu es libre ?
- Pas trop. - Allez, un petit effort.
Non. Franchement, ça me dit rien.
Mademoiselle, vous pourriez me rendre service ?
Pourquoi pas ?
Tu avances dans ta voiture,
tu vides tous les déchets et poubelles
que tu trouves sur les sièges,
dans les poubelles, sur les porte-bagages,
sous les sièges, aussi, il faut regarder.
Il faut descendre tous les accoudoirs.
Il faut que tout ça soit baissé.
Il faut avoir un rythme soutenu.
Tu regardes partout si les poubelles sont pleines.
Quand ta poubelle est pleine, tu l'emmènes sur le quai.
Tu as compris ?
Tu termines cette voiture, je vais faire celle de derrière.
Excusez-moi.
Vous connaissez la région ? Je cherche le centre-ville.
Moi aussi.
Si vous m'indiquez, je peux vous rapprocher.
J'arrive pas à voir où on est sur la carte.
On est là.
- Ça veut dire quoi, ZAC, déjà ? - Je sais pas.
Mais Z, c'est pour zone.
Je suis désolée.
Pas de problème, c'est qu'une vieille poubelle.
Je peux mettre ça où ?
N'importe, dans la boîte à gants.
C'est la 1re fois que je vois des gants dans une boîte à gants.
C'est une poubelle où tout est à sa place.
- Vous en voulez ? - Oui, merci.
Et ça, qu'est-ce que c'est ?
Ce sont des photos de film.
- Vous faites quoi, dans la vie ? - Je suis artiste.
- Vous êtes connu ? - Un peu.
- Vous êtes peintre ? - Non.
- Vous faites de la sculpture ? - Non plus.
La question d'après, c'est : "vous en vivez ?"
Sinon, je voulais savoir...
Vous en vivez ?
Qu'est-ce que vous faites ?
Je vais prendre de l'essence.
Ça me fait envie, tous ces sandwichs.
Vraiment ?
Vous photographiez quoi ?
Des endroits, des routes, des ports,
des lieux un peu comme ça.
Et ça vous plaît ?
On dit que... Ce sont des endroits où passent plein de monde,
et on dit qu'ils sont sans âme.
Moi, je ne trouve pas.
Vous ne photographiez jamais les gens ?
Presque jamais.
Je suis fatiguée. J'ai travaillé toute la journée.
Vous faites quoi ?
Un peu la même chose que vous.
Je travaille dans un endroit où il passe du monde.
- Et ça vous plaît ? - C'est provisoire.
Et après ?
"Après" ? Je ne sais pas.
Je vous envie.
Pourtant, ça fait un peu peur, je trouve.
Oui, c'est difficile,
de savoir quoi faire. On n'en finit jamais.
C'est impossible, pour moi, de me projeter dans une vie future.
- C'est de la pure science-fiction. - Pourquoi ?
Vous pensez que la jeunesse est un privilège ?
C'est la vieillesse qui en est un, puisqu'on ne vit pas tous vieux.
Je crois que ça n'intéresse personne, comme privilège.
Vous vous sentez privilégié ?
C'est le genre de question où il faut répondre non.
Même si on pense le contraire.
Ça m'arrive aussi de répondre le contraire de ce que je pense.
- De quoi ? - Posez-moi une question.
- Je peux vous tutoyer ? - Non.
Je la trouve vraiment très belle, Iris.
Tu as de la chance.
Je te dis ça parce que tu t'en rends pas compte.
Dis-moi, toi qui sais tout,
explique-moi cette phrase :
"La femme est l'avenir de l'homme."
C'est un peu obscur.
Je pense que ça ne veut rien dire.
Ou alors, attends.
Opérons par déduction : le passé de l'homme, c'est quoi ?
- Le singe. - Exact.
Donc l'homme est en toute logique coincé entre le singe et la femme.
Nous sommes un compromis dans l'évolution destinée à disparaître.
Un jour, il n'y aura que des femmes.
Vous racontez quoi ?
On parle de notre avenir.
T'es pas mal, en fille.
- Tu penses à quoi ? - À rien.
- Je flotte. - Tu flottes ?
- Oui. - Tu flottes où ?
Je sais pas. Par là.
Tu sais, j'ai bien réfléchi.
C'est pas une bonne idée que tu restes là.
Tu veux que je me retrouve à la rue ?
Tu n'es pas du tout à la rue.
Ça ne va pas durer.
C'est pas ce que je veux dire.
C'est n'importe quoi.
Ça ne rime à rien, cette situation. T'es là, mais on n'est pas ensemble.
Je ne sais pas ce que tu veux.
Je pensais que ça nous rapprocherait.
C'est complètement absurde.
J'avais raison.
Tu es vraiment une drôle de fille.
Ça rend mou, cette ville.
À Paris, il y a 50 personnes
qui me poussent pour que je marche vite.
- Je suis prête. - Je vois.
- Tu fais quoi, avec ton téléphone ? - J'ai envie d'annuler.
C'est un peu tard.
Il n'est jamais trop tard. Tu devrais en faire ta devise.
Ils ont fait tellement d'efforts,
et puis on part dans une semaine.
J'ai vraiment pas envie de sortir.
Ah là là !
- Ils t'admirent tellement. - Pourquoi tu dis ça ?
Parce qu'ils me l'ont dit.
Sinon tu ne serais pas dans une si belle résidence.
L'idée d'aller dans leur resto pseudo chic à la con...
Qu'est-ce que ça peut me foutre, de serrer la main du patron.
Oh ! Écoute...
J'ai négligé les médias.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Je me suis...
Je me suis laissé engluer dans les préjugés sur la communication.
- C'est le moment de parler de ça ? - C'est exactement le moment.
Écoute, au moins, tu produis des choses.
Personne ne t'empêche de faire ce que tu veux.
Pas moi, en tout cas.
On vit à ton rythme, donc à un moment, il faut choisir.
Entre quoi et quoi ?
Entre ton travail et ce que je pourrais faire.
Tu as toujours dit que tu pouvais t'adapter n'importe où.
Je passe mon temps à te suivre et à jouer les assistantes.
Je croyais que ça te plaisait, de voyager avec tes dictionnaires.
Oui, mais c'est pas moi que l'on invite.
Ça ne t'empêche pas d'en profiter.
- Vous avez pensé à moi ? - Absolument pas.
Qu'est-ce qui vous a amené ?
On m'a prêté un appartement pour venir travailler.
Ça me change de Paris.
Vous trouvez ça exotique ?
D'une certaine façon, même si je ne recherche pas l'exotisme.
- Vous recherchez quoi ? - Une forme d'ennui.
Je sais que ça peut paraître bizarre,
mais par moments, j'ai besoin de m'isoler
dans des lieux peu accueillants, pour m'y mettre.
J'ai besoin d'être inquiet.
Parfois, je touche du doigt le moment
où je me dis que je peux pas y arriver.
C'est une forme d'impulsion négative qui vient du vide.
Le vide, on le ménage comme un vieil ennemi,
en lui faisant croire qu'on va le laisser vaincre.
Je suis venu chercher ici mon vieil ennemi.
Et c'est pas du tout lui que j'ai trouvé.
Je vais prendre un bain.
Comme toujours tu fuis dans l'eau chaude.
Oui, à la vie.
Sans la vie, pas de mort, et sans la mort, pas de vie.
- On vous a rapporté des coquillages. - C'est quoi ?
Ce sont des ormeaux.
On les a achetés à notre voisine.
- Et ça se mange comme ça ? - Ah non.
Ça se fait cuire comme des escalopes.
- Tu peux les mettre à la cuisine ? - Je vais en faire en entrée.
Il y a tout ce qu'il faut.
Oui, mais on n'a pas l'occasion d'en manger tous les jours.
C'est un peu long à préparer, mais c'est délicieux.
C'est très rare.
Entre nous, c'est illégal de les pêcher.
Qui m'aide à les préparer ? Alexandre ?
Oui.
Mon mari vous a engagée ? C'est bien.
Vous devez être contente.
Ça va. Mais je ne tiendrai pas plus de 5 jours.
Elle a raison, c'est pas très exaltant.
C'est déjà gentil d'avoir accepté.
Et sinon vous... Vous avez une famille ?
Oui.
Ils sont dans une roulotte dans la rue juste en bas.
Ils attendent votre signal pour venir s'installer.
Il faut les taper pour les attendrir, sinon c'est trop dur.
C'est que du muscle.
C'est quoi, ces cochonneries ?
Ah ! Tu verras. C'est très bon.
Est-ce que tu as une poêle ?
Vous revenez dès que vous aurez fini. Dis donc, ta fiancée a l'air perdue.
- J'en ai marre. - Tu sens le vin.
Ça fait 4 heures que je bois.
Sois patient.
Tu ne me laisses rien espérer.
Tu me réponds la semaine prochaine, sinon tu pars.
Et ça raconte quoi, ce film ?
C'est l'histoire d'une femme qui se sépare d'un homme,
après une nuit de discussion.
Et après, elle rencontre un agent de change.
Elle passe des soirées avec ses amis, elle écoute des disques, elle danse.
Et elle revoit l'agent de change.
2 ou 3 fois, et elle finit par se retrouver dans son bureau.
Ils passent un moment ensemble.
Alors après, ils se donnent un autre rendez-vous,
et aucun des deux ne vient.
Voilà.
- C'est tout. - C'est déjà pas mal, non ?
Un jour,
mon père m'a raconté qu'il avait rencontré une fille dans la rue,
quand il était étudiant.
Il l'a invitée dans un bar et ils ont discuté
toute une journée sans s'arrêter.
Ils ont fini par épuiser tous les sujets de conservation possibles :
le cinéma, la politique, la musique,
les pays où ils rêvaient d'aller,
leurs projets.
Ils se tournaient autour, mais personne n'osait faire le 1er pas.
La fille, elle devait prendre son train.
À la fin, il lui a dit : "Je sais plus quoi dire."
C'est à ce moment-là qu'ils se sont embrassés.
Ils se sont revus ?
Ben, j'aimerais bien vous dire que oui, mais non.
Il était déjà fiancé avec ma mère.
Alors c'est sans espoir ?
- C'est immense, chez toi. - Oui, je sais.
C'est à ma mère. Elle n'est jamais là.
- Qu'est-ce qu'elle fait ? - Je ne sais pas trop.
Elle s'est lancée dans les affaires. N'importe quoi !
- C'est classé comment ? - C'est pas classé.
Je refuse toute forme de classement.
Comment tu les retrouves ?
Je n'ai pas besoin de les chercher. Ce sont eux qui viennent à moi.
Comment ça ?
J'en prends un au hasard,
je l'ouvre et je tombe sur la phrase qui est la bonne,
celle qui rejoint exactement mes préoccupations.
Ce sont souvent des choses sur la mort ou la disparition.
- Tu y penses beaucoup ? - Oui.
Pour l'instant, ça reste flou, mais ça va se préciser avec le temps.
J'ai rencontré un type qui fait de la photo.
Intéressant.
On dit que les peuples primitifs se cachaient le visage
quand on les prenait en photo,
par peur qu'on leur vole leur âme.
Et ils se trompaient.
C'est l'âme du photographe qui est emportée par la pellicule.
Je peux te le garantir.
Tu vois, tu as ressenti quelque chose ?
Non.
Moi, oui.
On leur a quand même volé leur âme par d'autres moyens.
- Tu bois quelque chose ? - Oui, je veux bien.
Alexandre m'a proposé de venir m'installer avec lui à Paris.
Tu ferais quoi, à ma place ?
Tu peux tout me demander Iris, mais pas ça.
Ton truc avec les livres, ça marche ?
Ben, essaie. Tu verras bien.
"L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas."
- C'est nul, ton truc. - Je te l'avais dit, que ça marchait.
J'aime pas qu'on me pose des questions.
Pourquoi ?
Car c'est comme des petites agressions.
Je passe ma vie à répondre à des questions.
Les gens s'en fichent, de la réponse.
Ça me fatigue.
Des fois, j'ai envie de m'endormir sur place.
Il faut bien discuter.
Si les gens se disaient des phrases tournées comme des sujets du bac...
Salut, Iris. Toute prise de conscience est-elle libératrice ?
Au fait, l'expérience peut-elle démontrer quelque chose ?
Je crois que tu serais plus fatiguée.
- Tu te moques de moi ? - Pas du tout.
Tu peux me donner un trait de ton caractère ?
La curiosité...
Et l'imprudence. La preuve : je suis là.
Quelle est la qualité que tu préfères chez un homme ?
- La timidité. - Pourquoi ?
Car quand ils arrivent pas à s'exprimer, ils ont l'air sincère.
- Chez une femme ? - La résistance.
Ton principal défaut ?
Mes parents.
Ton rêve de bonheur ?
Des bottes violettes que j'ai vues dans une vitrine.
Quel serait ton plus grand malheur ?
Me rendre compte que je suis devenue ce que je détestais le plus.
- Ton occupation préférée ? - Faire mes devoirs.
Je plaisante.
Ce que tu détestes le plus.
Les gens qui sont toujours de bonne humeur.
Pourquoi ?
Soit ils mentent, soit ils sont aveugles.
Et le don que tu voudrais avoir ?
Attirer irrésistiblement la chance.
Comment voudrais-tu mourir ?
Comblée de bonheur.
À demain.
- Tu travailles ici ? - Ben, tu vois.
- Tu fais quoi, pour les vacances ? - La route des vins.
Tu vois, la plage, ça m'emmerde, mais l'ivresse, ça m'intéresse.
Je cherche un film, mais je connais pas son nom.
- C'est récent ? - Je ne sais pas.
Et ça raconte...?
C'est l'histoire d'un rendez-vous raté.
- Comme ça, je ne vois pas. - C'est pas grave, laisse tomber.
- Bonne chance. - Tu l'as vu ?
Tu rigoles ?
Tiens, je t'ai fait 10 %.
- Tu viendras prendre un café ? - OK.
À plus tard.
- On n'a rien oublié ? - Je ne crois pas.
Bon. On y va.
C'est incroyable.
Il n'y a plus personne.
Heureusement, on est encore là.
Vous pourriez dire quelque chose. Est-ce que je vous fais peur ?
Ah ! Mais non, pas du tout.
Mes fils m'ont toujours fait passer pour un monstre.
Ils n'arrivent pas à comprendre que j'ai traversé beaucoup d'épreuves.
Je veux pas paraître vieux jeu, mais il y a eu une chose
qu'on appelle la guerre.
- Oui, je suis au courant. - Peut-être.
Il y a toujours eu beaucoup de monde ici.
C'était très joyeux. Et que des gens bien.
Tu peux fermer la fenêtre ? Il fait froid.
On étouffe, ici.
Ça me dérange pas.
Il y a de la salade ?
Non, je pensais que ça suffirait.
- Aucune importance. - Mais il y a un dessert.
Merci.
- Je vais aller me reposer. - À tout à l'heure.
- Elle ne supporte pas le sucré. - Je ne savais pas.
Il est vraiment obligé de faire ses mondanités jusqu'ici.
- Il a beaucoup de travail. - Pauvre chéri.
Qu'est-ce que tu vois ?
Je vois une rangée de pylônes avec des fils,
qui dessinent des lignes sur le paysage.
Il y a un type qui passe en combinaison de chantier, là-bas.
Là, à part cette tache,
je ne sais pas, c'est peut-être un animal ou une plante.
À moins que ce soit un vieux sac en plastique.
Là, je ne vois rien du tout.
Je ne sais pas trop ce que c'est.
Là...
Elle regarde vers moi. Elle a des yeux...
avides et naïfs.
Peut-être qu'elle me défie.
Je crois qu'elle me demande quelque chose.
Je suis pas sûre de ce qu'elle veut.
Elle non plus, sans doute. C'est ce qui la rend un peu fébrile.
Ou plutôt si, je sais ce qu'elle veut.
Si on sortait ?
- Pour quoi faire ? - Un tour dehors.
- Oh ! Non, merci. - Je ne sais pas ce que tu veux.
Je vais aller regarder la télé.
Il y a rien à foutre.
Bonjour. Je m'appelle Jean. Tout va bien.
Monika et moi, on vit heureux.
On est ensemble depuis 10 ans.
Nous nous aimons.
Vas-y, continue.
Construire une relation durable,
c'est le sentiment le plus fort qu'on puisse connaître dans sa vie.
On se rend compte qu'on n'est pas tombé amoureux depuis des années.
Au début, on se sent un peu ridicule de penser à ça.
On est obligé d'aller chercher très loin,
pour retrouver ce que ça pouvait bien faire.
Et on se souvient. C'était différent.
Ça balayait tout sur son passage.
Rien à voir avec les incartades de fin de soirée.
Ça se pose sur toi, simplement, sans calcul.
Tu cherches son visage,
mais ses traits t'échappent.
Tu essayes de retrouver son expression exacte,
et tout ce temps que tu passes à l'imaginer te brûle encore plus.
Très vite ça suffit plus. Il faut la voir, vérifier.
C'est l'être entier que tu désires, mais tout ça n'existe pas encore.
Tu te dis qu'il y a du chemin à faire, tu ne sais pas où aller.
Un jour, quand tu reçois ce regard,
personne n'est là.
Tous les doutes et toutes les hésitations ont disparu.
Je l'entends murmurer.
Je lis sur ses lèvres.
Ton visage aussi, je l'ai façonné des nuits entières dans l'obscurité,
croyant te voir quand tu t'échappais toujours.
"Tête parfaite et parfait diadème."
- De quoi ? - Paul Valéry.
Un génie.
Compris, lui, au moins.
- Tu te sens incompris ? - Vous êtes un génie ?
Elle est charmante.
Parlez-nous de vos amours. C'est passionnant.
Je n'ai rien à dire.
De quoi on parle, quand on a 18 ans ?
Toi, tu parlais de quoi, quand tu avais 18 ans ?
Oh là ! C'était une autre époque.
Il y avait des idéaux.
C'était beaucoup plus intéressant.
C'est réactionnaire, tout ça.
Je ne vois pas le rapport.
On vivait beaucoup plus de choses.
On a tout connu :
le sexe, la drogue,
la politique, l'engagement.
Toi, là, qu'est-ce que tu connais ?
Et si vous aviez mon âge aujourd'hui,
qu'est-ce qui se passerait ?
Vous feriez la révolution ?
Je crois pas. Vous seriez comme tout le monde.
Moi, c'est la même chose.
C'est facile de nous taper dessus car on n'est pas pareils.
Vous pouvez pas comprendre ce qui nous intéresse.
Fais gaffe, avec ta clope.
Finalement, ça tient dans pas grand-chose.
Il faut 7 minutes pour aller du lycée au parc,
12 min pour traverser le centre commercial,
car on rencontre toujours quelqu'un.
À 19 h 30, les réverbères vont s'allumer.
Il n'y aura plus de circulation.
On s'installe ensemble, mais tu sais qu'on aura plein d'histoires.
Ce ne sera pas forcément de l'amour,
mais ça comptera car on aura besoin d'aller jusqu'au bout.
Tout ce qui a de l'importance, on va le remplacer sans s'en rendre compte.
Il y aura d'autres endroits,
d'autres cafés, d'autres soirées.
Ce sera toujours irremplaçable.
Au bout d'un moment, on mélangera tout, on confondra.
J'ai envie de me souvenir de maintenant pour plus tard.
Mais maintenant, c'est jamais bien.
Profiter de l'instant présent, tu parles.
Autant cueillir un fruit pourri.
On s'en va et on quitte tout ça.
Je suis contente, je ne suis pas triste.
- Tu es là depuis quand ? - Pardon ?
- Tu es là depuis quand ? - Ça fait un moment.
C'est un peu compliqué, mais je te raconterai.
- Et toi ? - J'ai pris un appart en coloc.
- Tu as dis quoi ? - J'ai pris un appart en coloc.
- C'est bon. - Tu es sourde.
C'est un bon début.
Quoi ?
Tu ne voudrais pas me présenter ?
Iris, une amie, et Gérald.
Gérald, c'est mon nom de scène.
En fait, mes parents m'ont appelé Claude.
Tu es belle.
Regarde-moi.
- Tu as du maquillage, là. - Non, laisse.
Sous-titrage : Eclair Group
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