All language subtitles for Addio_Zio_Tom_FR_SSA

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Original subtitles

Nous interrompons cette �mission pour une information urgente

provenant de Memphis, Tennessee.

Aujourd'hui, 4 avril, le leader spirituel des noirs d'Am�rique, Martin Luther King,

prix Nobel de la paix, a �t� bless� par un tireur inconnu.

La victime se trouve dans un �tat tr�s grave.

Nous restons en attente d'autres informations

que nous retransmettrons d�s qu'elles nous parviendront.

La balle du tireur n'a pas seulement frapp� Luther King.

Elle a aussi mis fin � une �poque. La guerre est d�clar�e.

Nous, les noirs, allons entrer dans une phase violente de notre lib�ration.

Nous avons des fusils, des bombes, de la dynamite, des couteaux.

L'Am�rique va �tre � feu et � sang. Les cadavres vont joncher les rues.

Luther King, un esclave de la bourgeoisie,

un parasite social, un serviteur,

un adulateur, un l�che-bottes de Washington, un tra�tre.

Assez des bureaucrates et des �vang�listes !

Assez des oncles Tom !

C'est � notre tour de trancher des gorges.

Aucune gorge blanche ne fut tranch�e.

Les cris de la r�volte furent couverts par les sir�nes de police.

Mais qui �tait donc cet homme tu� � Memphis,

que 30 millions de noirs �taient suppos�s venger ?

Un h�ros, selon Cleaver, ou un porc d'oncle Tom, selon Leroy Jones ?

Tom !

Thomas !

Je l'ai appel� Tom. N'est-ce pas mignon ?

Plus maintenant, mais autrefois,

tous les domestiques noirs �taient appel�s Tom, comme l'oncle Tom.

Ils �taient, disons, les bons noirs,

ceux qui vivaient dans les maisons avec leurs ma�tres,

contrairement aux mauvais, qui restaient dans les plantations de coton.

M�me ce bon pr�tre noir qu'ils ont tu�, comment l'appelait-on ?

Eh bien, nous l'appelions "Oncle Tom" car il �tait bon.

Il n'incitait personne � se r�volter contre nous.

Ils ne sont pas plus mauvais, mais on ne les appelle plus Tom.

Leurs maisons sont en d�sordre et ils d�pensent tout en voitures.

Ils les cassent imm�diatement, et les jettent comme de vieux jouets.

De vrais gamins. Mais c'est peut-�tre une bonne chose.

Ils sont ainsi plus proches de Dieu.

Ils chantent dans la chapelle de famille que je leur ai laiss�e.

Ils sont extraordinaires !

Son domaine s'�tendait au del� de l'horizon.

Il avait d'immenses troupeaux et une grande maison pleine d'esclaves.

Et quand J�sus e�t fini de parler, il lui demanda :

"Que pourraient me reprocher mes esclaves ?

Je les nourris, les habille, les aide, et leur ai donn� un temple pour prier.

Comme tu le vois, ma g�n�rosit� est grande".

Et alors, J�sus lui dit : "En v�rit�, je ne dis pas

que ta g�n�rosit� n'est pas grande, mais que ton orgueil l'est,

que tu aimes tes esclaves parce qu'ils sont esclaves,

et tant qu'ils seront esclaves,

que ton pouvoir se dissipera comme le brouillard au soleil,

et que ta richesse finira.

Et alors, tes esclaves abandonneront tes terres et ta maison, en t'ignorant.

Le ch�timent de ton orgueil sera la solitude."

Notre maison �tait si grande qu'il fallait

au moins 500 esclaves pour l'entretenir.

Un jour, un petit Tom oublia un chandelier pr�s d'un rideau,

et le feu dura trois jours. Vous imaginez ?

Tant de choses disparurent dans l'incendie. Mais cette terre reste � moi.

C'est de la bonne terre du Sud, toujours blanche de coton.

Merci, Tom. Vous souvenez-vous de ce film,

quel �tait son nom, d�j� ?

Elle a pris une poign�e de terre et l'a serr�e sur sa poitrine. Comme �a.

Et tout autour, tout �tait d�truit et br�l� par la guerre.

Les noirs �taient devenus m�chants. Et elle a dit... Je ne me rappelle plus...

Elle a dit qu'elle continuerait � cultiver la terre, m�me sans esclaves.

Pas le coton, bien s�r, il faut des noirs pour �a.

C'est trop dur, avec le soleil.

Mais on peut cultiver plein de bonnes choses dans le Sud :

les fruits, les l�gumes. Comme nos l�gumes sont bons !

Les salades, les pois...

Avez-vous d�j� go�t� les pois du Sud ?

...en lisant les �crits du plus grand po�te noir am�ricain,

Leroy Jones, qui disait...

"Une terre, les noirs ne seront pas des hommes tant qu'ils n'auront pas une terre.

Noir, regarde la terre !

Prend une poign�e de terre, et enfonce tes ongles dans le ciment.

C'est r�el, elle sera � toi. Il suffit que tu le veuilles."

Page 217, Malcolm X ajoute :

"Il n'y a qu'un seul peuple sur terre � pouvoir �gorger le blanc,

le peuple de ses esclaves, le peuple noir."

Nous laissons maintenant le micro au leader des Black Panthers.

- Etre noir est-il beau ? - Oui, oui, oui !

- Et qui sont nos ennemis ? - Les blancs !

- Et qui devons-nous ha�r ? - Les blancs !

Mais ce n'est pas tout. Ils rejettent l'int�gration, pratiquent la violence,

le crime id�ologique et le racisme invers�.

Ils endoctrinent leurs enfant en �change d'un repas.

Ils exigent de poss�der cinq �tats, la lib�ration imm�diate des criminels noirs,

l'exemption du service militaire, le droit de porter une mitraillette.

Mais nous jugeons parfois trop vite.

Regardons ces humains tr�s particuliers.

Leurs intentions sont bonnes, mais incomprises.

Ils pratiquent la non-violence, l'amour id�ologique, l'amour de masse,

la libert� sexuelle, et le m�lange racial avec les noirs,

auxquels ils proposent de b�tir ensemble l'Am�rique de demain.

Leroy Jones, le porte-parole le plus repr�sentatif de la n�gritude dit :

"La non-violence pr�ch�e par de jeunes blancs n'est qu'un

retour dans le grand courant de la civilisation am�ricaine pourrie.

L'Am�rique est Sodome.

L'Am�rique est Gomorrhe.

L'Am�rique est Babylone.

C'est dans cette soci�t� que Luther King voulait faire rentrer les noirs.

Plut�t l'enfer ! Mais la possibilit� de devenir citoyens de Gomorrhe

est ce que les blancs ont � offrir de mieux aux noirs.

Si vous comptez sur la survie de cette soci�t� pourrie, de cet ordre corrompu,

de cette Rome d�cadente, pr�te � vous couper les couilles pour quelques dollars,

vous perdrez. Le Christ et le seigneur Dollar ne font qu'un.

Nous, les noirs, devons nous souvenir de tout �a,

et nous finirons par entrer en �ruption comme un volcan,

pour �craser dans un flot de lave br�lante ce troupeau de porcs

qui a transform� le monde en une immense poubelle."

Washington, le 19 juin 1970.

Encore Leroy Jones :

''L'attitude du blanc envers le sexe est pathologique.

Le blanc est sexuellement un porc, un primitif,

il a l'intelligence sexuelle d'un homme des cavernes.

Le blanc craint le noir, sachant qu'il lui est sexuellement inf�rieur.

Sa sexualit� est en panne.

Ainsi, des blancs lib�raux nous ont conc�d� un progr�s dans la virilit�,

et aujourd'hui nous disent : " Un jour nous vous laisserons avoir des couilles.

Jusque-l�, tenez-vous tranquilles."

Les blancs am�ricains sont form�s d�s l'�cole � l'homosexualit�.

C'est pour �a que leurs traits sont faibles et inexpressifs.

Leurs voix, leurs gestes et leurs mani�res sont celles d'eunuques.

La femme blanche est une grosse putain, couverte de maquillage.

Elle ne sait plus quoi faire pour exciter son m�le impuissant.

La femme blanche am�ricaine est la plus laide et obsc�ne au monde.

La fameuse question : "accepteriez- vous que votre fille �pouse un noir ?"

est d�pass�e. Aujourd'hui, la question a chang� :

"Accepteriez-vous que votre fils �pouse une blanche ?"

Aujourd'hui, les r�les sont invers�s."

Les Black Panthers : "Quand le peuple se l�vera

pour se lib�rer de l'esclavage, il s'armera de fusils.

Si nous voulons nous lib�rer des fusils, armons-nous de fusils."

Et maintenant Cleaver :

''L'Am�rique est aux mains de ma�tres sadiques et sanguinaires.

Le sang, les larmes et les souffrances des noirs sont les fondations de l'Am�rique.

On nous a forc�s � la construire. C'est pourquoi nous allons la d�truire.

Il en r�sultera un terrible bain de sang.

Nous aussi, nous sommes assoiff�s de sang."

Mais les noirs sont aussi affam�s,

du moins selon la banni�re en t�te de cette manifestation � Cap Kennedy

� l'occasion du d�part des premiers blancs pour la lune.

La manifestation �tait organis�e par le successeur de Luther King,

le r�v�rend Abernathy, qui dit :

"Vous, les blancs, �tes la cause de tous nos malheurs.

Vous nous avez arrach�s � l'Afrique, faits esclaves,

laiss�s dans l'ignorance, exploit�s,

et maintenant que vous �tes riches, vous allez sur la lune !

C'est inacceptable !

Arr�tez avec vos jouets de milliardaires, et indemnisez-nous.

O� allez-vous, blancs, avec ce jouet de milliardaire ?

Vous cherchez � quitter votre pass� ?

Qu'avez-vous fait de si mal ?

Pourquoi vos fr�res les noirs vous ha�ssent-ils � mort ?

Inutile de fuir,

car le pass� n'est pas derri�re nous, comme le croit Abernathy,

mais devant, voyageant vers les �toiles, comme a dit Einstein.

Et plus vous irez vite, plus t�t vous le rejoindrez.

ADIEU ONCLE TOM

- Nous d�rangeons ? - Non, venez, s'il-vous-plait.

- Mais qui sont ces messieurs ? - Ce sont des europ�ens.

Des italiens, pour �tre pr�cise.

Des journalistes italiens.

Ils sont venus dans le Sud pour mener une enqu�te, n'est-ce pas ?

Une enqu�te sur l'esclavage. Ils semblent tout � fait scandalis�s.

- De quelle religion sont-ils ? - Catholique, je suppose.

- Vous �tes catholiques, n'est-ce pas ? - Catholique, apostolique et romain.

Alors, ils ne devraient pas �tre trop scandalis�s.

Apr�s tout, le pape, si prodigue en excommunications,

n'a jamais excommuni� les marchands d'esclaves.

Sauf s'ils mangent de la viande un vendredi !

Mais alors, pourquoi sont-ils ici ?

Je dirais qu'ils sont aussi esclaves.

Vous connaissez les catholiques, ils sont esclaves de la fascination du p�ch�.

Ou ils veulent simplement protester.

Mais que peut-on y faire ?

Les europ�ens, depuis la R�volution Fran�aise, ne font que protester.

Messieurs, les temps ont chang�. Rousseau, Diderot, Voltaire...

Incroyable ! Des catholiques qui lisent des �crits diaboliques !

Qu'en dirait Sa Saintet� ?

Voyons ! Ces messieurs sont mes h�tes !

Et, suivant l'exemple de mes autres amis,

je leur ai donn� libre acc�s � toute la maison.

Ils verront ainsi qui sont les vrais esclaves et les vrais ma�tres.

Oh, non, s�nateur, s'il-vous-plait, pas les os de poulet !

Ils sont dangereux pour les gamins.

J'ai d�j� d� en envoyer deux chez le v�t�rinaire. C'est si contrariant.

Donc...

Puisque chacun d'entre vous est une personne illustre,

vos d�clarations franches et autoris�es sur l'esclavage

seraient tr�s utiles � ces messieurs.

Je suis de cet avis, et je parlerai le premier.

Il est absolument exact que l'esclavage ne peut �tre cach�,

comme on ne peut cacher une �ruption volcanique, ou un cancer rongeant le visage.

En ce qui me concerne, j'ai affranchi mes esclaves,

mais seulement parce qu'ils �taient stupides, malodorants,

tristes et ennuyeux.

Je suis un aristocrate, et je crois � la libert�, mais pas � l'�galit�.

C'est ma d�claration. Sign�e : John Randolph de Roanoke.

Je suis monsieur John Pithiou, et mon opinion est que l'esclavage

est la condition naturelle des pauvres, blancs ou noirs.

En fait, �a me semble �tre l'id�al,

car signifiant un ventre plein, un logement garanti,

une assistance pour la maladie et la vieillesse,

et pour nous, un signe de standing.

Et puis, messieurs, nous ne devons pas oublier

que nous, les blancs, ne sommes que 20 % de la population mondiale,

et que si un jour, nous abdiquions de notre pouvoir,

ce serait notre fin.

Il ne d�pendra que de nous, et seulement de nous, prenez-y garde,

que devienne un esclave docile ou un serpent

le noir qui d�barque sur nos c�tes du navire n�grier.

Quelle puanteur ! Qu'avez-vous apport�, une cargaison de viande avari�e ?

Que dites-vous ? C'est du premier choix.

Ils puent car ils mangent comme des porcs et se vomissent dessus.

- La dur�e du voyage ? - 94 jours.

Ont-ils pris l'air sur le pont ?

Vous �tes fou ? Avec les navires anglais partout ?

Les temps ont chang�.

C'est de la marchandise de contrebande.

Si je suis pris avec un seul noir � bord,

je serai pendu, et je ne serai pas le premier.

S'ils ont pass� tout le voyage ici, ils doivent �tre dans un sale �tat.

Comment ? A bord de ce navire, la premi�re r�gle est l'hygi�ne !

Hygi�ne et propret�.

S'il y a un malade grave, pour �viter la contagion, je le jette � la mer.

Ainsi, ma marchandise arrive en bonne sant�.

Alors, vous �tes int�ress� ?

Combien sont-ils ?

327 hommes et femmes. Ceux-l� sont tous des m�les. Sans syphilis...

La viande noire se vendait � la t�te ou au poids.

La cargaison �tait rang�e sur des �tag�res.

Chaque noir avait une couchette de 90 x 30 cm,

� laquelle il restait encha�n� de 45 � 90 jours selon la faveur du vent.

C'est ainsi, pendant deux si�cles,

qu'on transporta vers les deux Am�riques 50 millions d'esclaves,

dont 30 millions ne surv�curent pas au voyage.

Pour �viter les �pid�mies, on arrosait les noirs trois fois par jour

avec un m�lange d'acide et d'eau de mer.

La cargaison �tait assur�e.

Mais comme l'assureur ne payait que si les noirs mouraient � bord,

le capitaine, en cas d'�pid�mie, pr�f�rait ne pas prendre de risques,

et jetait la cargaison � la mer, toujours vivante,

plut�t que de d�barquer des mourants.

La dysenterie d�pr�ciait la marchandise.

Pour la vendre, le capitaine faisait cacheter les malades avec un li�ge

tenu avec de la paille et du goudron.

En novembre 1812,

sur une cargaison de 415 esclaves,

l'acheteur en r�futa 216, parce qu'ils avaient �t� "bouch�s".

Le capitaine �tait Jean Lafitte, le c�l�bre pirate patriote,

qui vendait des esclaves en Louisiane pour financer Karl Marx en Europe.

- Qu'est-ce que cette bouillie ? - Ma�s, m�lasse et graisse de b�uf.

Ils aiment �a !

Il faut les attacher, et leur donner par petites doses, ou ils s'�toufferaient.

- Il n'a pas l'air d'aimer �a. - Lequel ? Celui-l� ?

Il a d�cid� de se laisser mourir de faim, c'est un cas pitoyable.

Eh, infirmier, un burin, un marteau et un entonnoir !

Ce rem�de effroyable servait d'exemple,

et m�me s'il causait au ma�tre un l�ger dommage,

un noir �dent� valait toujours mieux qu'un noir mort.

- Disons, 150 dollars par t�te. - J'ach�te au poids.

- Le tout � deux dollars la livre. - Sept dollars !

- Trois ! - Six !

- Quatre ! - C'est bon, mais je suis perdant.

120 ans apr�s, trois ou quatre g�n�rations au plus,

certains d'entre eux ont d�j� oubli�. Pas beaucoup.

Peut-�tre l'�quivalent de quelques centaines de cargaisons d'esclaves.

Ambassadeurs, ministres, industriels, intellectuels, artistes,

dont les fortunes se comptent en millions de dollars.

Sourds aux insultes des grands pr�tres de la n�gritude, ces porcs d'oncles Tom

se sont int�gr�s au syst�me,

immerg�s dans le grand id�al am�ricain de la r�ussite,

per�ue comme une victoire sportive sur l'adversit� de la vie.

Le "self-made man", l'homme qui s'est fait tout seul,

pour la premi�re fois, est noir, et c'est important si nous consid�rons

que parmi tous ses malheurs, c'est peut-�tre le pire :

bien habill�, mondain, d�sinvolte,

si int�gr� qu'il para�t un peu plus clair de peau,

un peu gras, en raison de la faim qui le hante encore inconsciemment,

il reste le noir arriv� en Am�rique avec Leroy Jones,

Malcolm X, Cleaver et les Black Panthers.

Eux sont � Harlem ou en prison, r�vant de prochaine vengeance.

Lui est ici. Il danse une valse en smoking,

et demain, il ira travailler en costume.

Le noir qui a r�ussi est fier de son infortune pass�e,

et les horreurs de l'esclavage sont son �pop�e.

Voici le plus grand centre de tri d'esclaves de Louisiane.

Nous citons Thomas Ewell.

Voici quelques extraits du r�glement du camp :

"Il est ordonn� qu'� Fort Bastille,

tous les esclaves arrivant d'Afrique soient mis en quarantaine.

Page 116 :

"Dans des cages de fer, on soumettra � des fumigations d'ailanthus

les sujets atteints de la gale et d'autres maladies de la peau.

Les �pileptiques seront pendus par les pieds,

pour que la descente du sang dans le cerveau arr�te les convulsions."

Page 122 :

''Sera obligatoire pour tous les sujets un premier lavage collectif

� base d'eau, de cendre, de sable et de savon."

Maintenant, page 130 :

"Suivra un graissage au lard, � l'huile de palme, ou � la t�r�benthine.

Nous rappelons � nos employ�s que 82 %

des sujets import�s ont des maladies de peau contagieuses,

ce qui, selon la loi, en interdit le commerce.

Par des toboggans, les sujets seront envoy�s

� la phase suivante du nettoyage.

Les lentes et les poux qui auraient surv�cu aux traitements pr�c�dents

seront extermin�s par la destruction int�grale de leur habitat naturel.

Les rasoirs devront �tre aiguis�s tous les 200 rasages,

pour �viter d'abimer les cuirs chevelus."

Nettoy�s de partout, les noirs reprennent des forces

avant leur long voyage int�rieur,

avec une ration journali�re d'un demi-gallon de farine de ma�s,

une pinte de haricots, une livre de patates douces,

- une livre de lard... - Eh, n'exag�rez pas !

Le lard, seulement une demi-livre. Ce n'est pas un restaurant italien.

Et puis nous n'avons pas besoin d'un avocat de la d�fense.

Bon, vas-y !

Regardez-les !

Tout qu'ils veulent, c'est manger, et n'importe quoi.

Manger et baiser, c'est tout ce qu'ils veulent.

Et survivre.

Survivre � tout, aux coups, � la syphilis,

au chol�ra, � la chaleur, au froid.

Leur force est l'adaptabilit�.

En enfer comme au paradis, ils se remplissent la panse

et pondent des douzaines de gosses.

Je suis d'accord avec ceux qui soutiennent la castration obligatoire.

Non par cruaut�,

mais si nous ne coupons pas

quelques millions de couilles noires maintenant,

nous pouvons �tre s�rs que dans 100 ou 200 ans...

Dick Gregory, premier pr�sident noir des Etats-Unis !

L'originalit� de ce candidat noir � la Maison Blanche

est que ce son programme politique ne pr�voit pas d'�gorger

tous les am�ricains blancs.

C'est probablement la cause de son manque de succ�s.

David Hillyard, plus populaire, dit :

"Nous tuerons Nixon et tous les fils de putes qui sont contre nous."

Gr�gory est plus modeste. Il se contente de son image sur le dollar,

et de demander l'application du Manifeste Noir :

300 milliards d'indemnit�s pour les souffrances de 3 millions d'esclaves.

Pour l'instant, il distribue quelques petits acomptes,

et promet le reste pour plus tard.

Les trains � b�tail qui transportaient les esclaves vers le nord

parcouraient 400 miles en trois jours sur la rive gauche du Mississipi

jusqu'� Natchez ou Pittsburgh. Le trafic �tait tr�s intense.

Il subissait un ralentissement seulement en automne,

quand les trains devaient stopper � Baton Rouge,

et les convois devaient avancer � pieds dans les marais inond�s.

Le drapeau rouge, alors symbole de l'esclavage, pr�c�dait les convois.

Un tuba, un violon et un trombone soutenaient le moral

aux moments difficiles.

Personne � l'�poque ne jugeait immoral ce commerce.

D'autant que parmi les clients, il y avait

des gens comme le pr�sident Jackson et le pr�sident Jefferson,

et d'autres comme David Mitchell, gouverneur de la G�orgie,

et James Bowie, le h�ros d'Alamo.

Allez !

Un peu de musique !

Et joyeuse ! Jouez !

Allez, jouez, et joyeusement !

Allez librement avec Dieu.

Allez librement avec Dieu.

Alors, 300 dollars pour les hommes,

200 pour les femmes,

100 pour les gamins. C'est bon ?

En plus des clients illustres,

les marchands avaient d'illustres fournisseurs,

comme les j�suites de Saint-Inigoe, dans le Maryland.

L'�glise catholique avait toujours ignor� l'esclavage.

Mais quand, en 1838, le pape ordonna la lib�ration des esclaves des couvents,

les j�suites s'en d�barrass�rent imm�diatement en les vendant.

Quand les convois arrivaient aux grandes exploitations de coton et de canne � sucre,

les marchands conc�daient quelques jours de repos � leurs noirs,

pour les pr�senter en pleine forme aux clients.

Lesquels �taient peu nombreux, mais bons.

En 1850,

4 millions d'esclaves �taient la propri�t� de 400 000 planteurs.

Les familles poss�dant plus de 10 esclaves �taient � peine 400,

et 80 % de la population blanche n'avait jamais poss�d� d'esclaves.

L'id�e de poss�der une noire jeune et belle a tourment� les r�ves solitaires

des blancs pauvres, contraints � une longue abstinence sur ces terres br�lantes

o� les femmes blanches �taient peu nombreuses et difficiles.

Pas mal, non ?

Beaucoup de ces blancs pauvres et turbulents...

Fermez-la !

Voici mon copain Buzz.

Voici mon copain Sonny.

Voici mon copain Jake.

- Alors, vous voulez venir avec nous ? - Ce n'est pas ill�gal ?

Ill�gal ? Que veut dire ill�gal dans ce foutu pays ?

- De l'argent ! - Vous entendez ? Il veut de l'argent.

Beaucoup de ces blancs pauvres, les "crackers", comme on les appelait,

servaient d'esclaves temporaires,

en travaillant de force, g�n�ralement cinq ans,

pour payer le prix de leur voyage depuis l'Europe.

Une autre partie �tait form�e de voleurs, de violeurs, d'assassins

d�port�s aux colonies des prisons fran�aises ou anglaises.

Leur haine des noirs n'�tait pas seulement une question raciale.

Les noirs �taient esclaves et devaient donc travailler gratuitement,

faisant concurrence aux man�uvres blancs,

qui devaient choisir entre le ch�mage et un salaire de mis�re.

Allez, venez !

Ainsi, la haine de l'esclave blanc pour l'esclave noir

se manifestait par des actes de violence gratuite,

sp�cialement � l'encontre des femmes qui, la nuit, restaient seules

et sans protection dans les granges avec le b�tail.

Allez-vous-en !

Les enfants noirs encore inaptes au travail servaient de jouets aux enfants.

Mais les enfants noirs grandissaient rapidement et pr�f�raient bient�t

d'autres jeux, que les enfants blancs observaient volontiers.

Lisons un extrait du journal de Fanny Kemble, la c�l�bre actrice anglaise :

"T�t le matin, les branches du grand arbre devant la fen�tre de ma chambre

�taient pleines de couples gazouillant comme des merles amoureux.

Moi, anglaise, qui venait juste de rejoindre en G�orgie un mari am�ricain,

j'ai �t� sid�r�e qu'une soci�t� blanche aussi puritaine

laisse ses esclaves se livrer � un tel libertinage dans chaque coin du jardin.

Une autre fois, j'ai surpris dans l'eau des rizi�res,

un groupe si joyeux, si impudique, et si occup� au plaisir,

qu'il n'a fait aucune attention � moi.

Mais apr�s son mariage avec le planteur George Butler,

Fanny Kemble devint une typique dame du Sud.

Moi, une dame du Sud ?

Avez-vous d�j� vu une dame du Sud monter un cheval, jambes �cart�es ?

Je vais vous montrer autre chose

qu'une dame du Sud ne vous montrera jamais.

Regardez ces tourtereaux !

Regardez-les s'enfuir dans les champs de canne � sucre.

Les ma�tres eux-m�mes les encouragent.

Savez-vous ce que dit mon mari ?

"Continuez ainsi !

Plus vous avez d'enfants, plus je suis content.

Faites selon votre plaisir.

Je m'enrichis, et vous vous divertissez."

Ici, vous ne payez pas la casse, les morceaux sont � moi !

Excusez-moi, madame, o� est l'�glise de Turner Bridge ?

Pardonnez-moi, je ne comprends pas, je suis allemande.

O� est l'�glise ?

A trois miles par l�.

Que se passe t-il ici, madame ?

Oh, tr�s int�ressant !

Ils les coupent au n�gre qui a d�flor� 20 vierges de la plantation Peterson.

- Qu'est-ce qu'ils coupent ? - Ses couilles, bien s�r !

Il ne baisera plus !

Les tenailles, les tenailles !

Si les ma�tres accordaient � leurs noirs une libert� sexuelle quasi-illimit�e,

ils n'aimaient pas pour autant que cette libert� leur co�te de l'argent.

Dans les plantations, on gardait toujours des vierges pour la vente.

Leur virginit� avait une valeur,

et celui qui la prenait �tait un voleur.

La punition �tait la castration publique,

qui avait lieu sur la sc�ne du crime.

Hewlett, un habitant de Louisiane, �crivait en 1831 :

"Un spectacle si excitant �tait l'occasion d'interrompre

le long ennui du dimanche.

Homme, femmes et enfants l'appr�ciaient du d�but � la fin.

Plus le castr� criait, plus ils s'amusaient."

Les tenailles !

Non, pas mes couilles !

Vite ! Prends les couilles et tire !

- Les couilles dans les tenailles, vite ! - Il pisse, je suis tremp� !

Non, pas mes couilles !

- Voulez-vous entrer ? - Non, merci. Mais...

- �coutez ! - Serre !

Vous avez entendu ? C'est fait.

Qu'ont-ils utilis� pour �a ?

Des tenailles pour les chevaux.

C'est affreux de faire souffrir ainsi.

Non, les noirs ne souffrent pas.

Papa !

Papa !

Que les noirs �prouvent moins la douleur physique et morale que les blancs

�tait une croyance largement r�pandue.

Les �crits scientifiques de l'�poque,

en particulier ceux de Samuel Cartwright, faisant autorit�

en tant que professeur � l'universit� de Louisiane,

parlent d'un comportement frustre,

typique des singes et des sous-humains en g�n�ral.

Personne n'avait encore soup�onn� que tout le folklore, les exc�s,

l'hyst�rie collective ne d�nient pas la pr�sence de la douleur,

mais au contraire, en prouvent l'intensit�.

Je dois maintenant vous rappeler que Dieu a condamn� � l'esclavage

la descendance maudite de Canaan, au temps de Joshua.

Dieu ordonna aux descendants d'Abraham d'avoir des esclaves,

et d�cr�ta que ces esclaves iraient en h�ritage � leurs fils.

Dieu reconnut Abraham comme le ma�tre des esclaves.

Et J�sus ordonna

que quiconque ose contester ou perturber l'institution de l'esclavage

soit d�savou� en tant qu'individu s�ditieux au comportement dangereux...

L'�glise protestante, toujours plus influente en Am�rique que la catholique,

approuvait et pr�chait l'esclavage comme une d�cision divine.

Les sermons des pasteurs les plus influents, comme ici

le r�v�rend Stringfellow, de l'�tat de Virginie, furent compil�s et publi�s.

La mal�diction de l'Ancien Testament � l'encontre du noir Canaan,

le fils perfide de No�, qui avait castr� son p�re,

retombait lourdement sur sa post�rit�,

aujourd'hui r�duite � l'esclavage.

Les baptistes disaient : "Flagellez-les !".

Les presbyt�riens : "D�niez-leur tout droit !".

Les m�thodistes : "Encha�nez-les !".

Tandis que l'�v�que Polk, qui fut plus tard un g�n�ral conf�d�r�,

battait tous les records en tant que propri�taire d'esclaves.

L'esclavage est une institution divine, ordonn�e et sanctionn�e par Dieu.

Donc, avec toute l'autorit� que mon �glise me conf�re,

moi, r�v�rend Stringfellow, de l'�tat de Virginie,

j'ordonne de respecter l'esclavage

et ne pas le contester sur la base de pr�jug�s moraux erron�s.

En r�alit�, le r�v�rend Stringfellow,

au lieu de pr�jug�s moraux erron�s,

devrait plut�t parler de pr�jug�s �conomiques erron�s.

Un pr�jug� �conomique erron�

�tait, par exemple, de croire que le travail de l'esclave ne co�tait rien

du simple fait que l'esclave n'�tait pas pay�.

Prenons le probl�me �ternel des serviteurs domestiques.

Quand un ma�tre croyait le r�soudre

en remplissant sa grande maison de dizaines de noirs sur leur trente-et-un,

il r�solvait en r�alit� un probl�me tr�s diff�rent,

celui de son propre prestige personnel vis-�-vis de sa famille et de ses invit�s.

S'il vous pla�t, entrez. Venez.

Mais je vous pr�viens que j'ai peu de temps � vous consacrer.

Voyez, ce n'est pas une maison, mais un asile de fous.

- Les bagages. - Quels bagages ?

Ah, oui ! Les bagages de monsieur Thackeray.

Ne t'ai-je pas dit un million de fois de les descendre ?

Vas-y, sans perdre plus de temps.

Mon Dieu, ils ne sont bons � rien ! D�p�chez-vous !

Je dois vous laisser. Jetez un coup d'�il autour de vous. A plus tard.

O� faut-il mettre les draps, madame ?

Allons ! On se d�p�che !

�a semble bien.

Toujours nettoyer, nettoyer. Mes doigts me font mal, madame.

M�me la nuit, je r�ve que je nettoie !

Les esclaves noirs nettoient toujours.

Et vous me dites que je dois nettoyer toujours mieux.

O� mettons-nous les draps, madame ?

O� mettons-nous les draps, madame ?

Mettez-les dans les lits, idiotes !

La vraie ma�tresse de maison �tait la mamie.

La maison �tait son royaume, et les enfants de la maison, ses sujets.

Elle r�gnait sur les enfants des esclaves et des ma�tres,

dans une promiscuit� absolue, car, blancs ou noirs,

tous les enfants font pipi de la m�me couleur.

Elle �tait presque toujours grosse, du fait de ses privil�ges dans la cuisine.

Elle �tait toute-puissante � l'�gard de tout le monde, y compris les blancs,

gr�ce � l'immunit� dont elle jouissait dans la maison.

Quand, par exemple, un blanc...

- A qui est celui-l� ? - Mettez-le ici.

Quand j'aurai fini avec votre gamin, je le mettrai au sein.

Fais attention, il a la diarrh�e, il salit tout.

- J'ai froid, faut-il que je me baigne ? - Rentre, et lave-toi bien.

Toi, pompe l'eau plus vite !

- Ne les laisse pas jouer avec ma robe. - Rentre !

Rendez cette robe !

Donne-moi �a, la poudre de riz co�te cinq dollars l'once !

Ce n'est pas pour des n�gresses comme vous. Sortez !

- Assez, Mamie, je suis propre. - Laisse-moi voir.

Tu n'aimes pas l'eau, hein ? Tu es pire qu'un noir.

Doucement, tu me fais mal !

Mamie, tu connais les photographes italiens qui sont ici ?

Oh, Mamie, je veux qu'ils fassent mon portrait dans ma robe rose.

Elle n'est pas trop d�collet�e ?

Dehors, sales b�tards de blancs !

Canailles ! Vous �tes tous des idiots !

Et toi, fiche le camp d'ici.

L'enfant noir vole dans le ciel !

Et toi, criminel, assassin !

Arr�te d'arracher ces plumes !

Eau potable ! Eau potable !

Voleur ! Rend-moi ce poulet !

Montre-moi ton chapeau !

Et voil�, voleur !

Voleur !

- Il vient, ce g�teau avec des cerises ? - Un moment !

Je mets les cerises dessus, je n'en vois pas la fin,

Je ne comprends pas pourquoi.

Ce sont des oignons, pas des carottes ! Tu ne sens pas ?

L'enfant noir vole dans le ciel !

Je n'arrive pas � �craser les amandes, c'est trop �troit.

Je vais les �craser dans une assiette.

Comme �a.

Ce n'est pas une cuisine ! C'est une �norme latrine !

La malpropre, elle met les mains dans la mayonnaise !

Je suis un noir propre et je casse les �ufs avec des gants.

L'enfant noir vole dans le ciel !

Descend de l� !

L'enfant noir vole dans le ciel !

Des porcs, vous �tes pires que des porcs !

Les porcs sont bien meilleurs !

Et tout �� pour inviter � d�ner deux personnes !

C'est la premi�re sc�ne d'une reconstitution historique

appel�e "le p�lerinage", qui a lieu chaque ann�e au printemps.

Le vieux Sud y fait un retour dans le temps.

Pour la r�ussite du spectacle, on a tout sorti de la naphtaline,

de la vieille grand-m�re paralytique aux noirs du voisinage,

qui, pour douze dollars de l'heure, jouent aux esclaves.

Les esclavagistes revivent leurs p�ch�s d'antan avec courage,

comme celui-ci, le premier de la journ�e.

Un esclave leur apportait leur caf� au lit. Incroyable.

Le 19�me si�cle semble tr�s loin sur l'�chelle du temps,

mais c'est selon que vous regardez d'en haut ou d'en bas de l'�chelle.

D'en bas, sous de vieux tissus, une r�alit� hypocrite et moderne.

D'en haut, par contre, nous voyons d'innocentes et anciennes coutumes,

telles de chastes jeunes filles se lavant en chemise de nuit.

Ici, � cot�, un pilori d'�poque,

utilis� pour fouetter les esclaves.

Plus qu'un instrument de torture, il semble une antiquit�.

A c�t� de la bo�te � musique, la blonde Evelyne est assise

sur les genoux de l'oncle Tom par une soir�e pluvieuse.

Dans la p�nombre de la salle, la vieille pendule rythme le temps,

et nous annonce avec regret que le g�n�ral Sherman est aux portes.

Ils arrivent !

Ils arrivent !

Les nordistes de Sherman furent 30 000 � arriver.

Aujourd'hui, ce sont 100 000 touristes nordistes qui arrivent.

Il y a seulement 100 ans

que le g�n�ral est venu du Nord comme une furie

et a d�truit ces temples de l'esclavage, et d�j� le Sud

semble ressuscit� dans toute la splendeur de cette �poque maudite.

Le style n�o-classique pr�tentieux de ces grandes maisons

�clate � nouveau sur des parcs verts comme au temps de l'opulence,

o� abondaient les esclaves, le tabac, le coton,

et o� les caisses �taient pleines de dollars conf�d�r�s.

Aujourd'hui, les vieilles demeures du Sud sont des mus�es nationaux

et leurs propri�taires en sont les responsables.

La ma�tresse de maison est charg�e de la protection

des meubles et des tapis anciens.

Halte ! Il est interdit d'entrer avec des talons hauts.

S'il-vous-plait, enlevez vos chaussures, mesdames.

Apr�s un long et sinistre hiver sans les nordistes,

le vieux Sud retrouve au printemps son boom �conomique.

Le Nord ach�te aujourd'hui le coton � dix dollars le quintal.

Le Sud vend son coton de haute qualit� � un dollar la balle.

Nixon d�value le dollar de 7%,

le Sud r��value son vieux dollar conf�d�r� de 7%, et il garde sa valeur.

Le boom continue.

Quelqu'un a trouv� dans la cave une vieille colonne

et l'a d�coup�e en tranches.

Aujourd'hui, le vieux Sud blanc se vend en tranches.

Dix dollars pi�ce, et le noir, d�guis� en esclave, en garde la moiti�.

New York, 5�me avenue, c'est P�ques.

Des fanatiques brandissent un drapeau et une Bible.

On crie, concernant les noirs, quelque chose que personne ne comprend.

Dans la rue la plus bourgeoise du monde,

ils f�tent P�ques avec la parade du printemps,

qui, des quatre saisons, est certainement la plus bourgeoise.

Mais au dessus, loin de la soci�t� pourrie,

une poign�e d'�lus a trouv� un autel assez proche du ciel,

bien que d�j� profan� par l'arriv�e des policiers.

"Nous sommes ici pour r�citer notre acte de contrition pour les p�ch�s du monde."

"Nus ?", demandent les policiers.

"Nous ne sommes pas nus, nous sommes spoli�s." Et ils s'embrassent.

Aujourd'hui, les policiers ne se fient plus au code p�nal.

Un d�lit est un d�lit.

Et l�, il s'av�re que c'est un d�lit id�ologique,

et ils passent pour des idiots. Mieux vaut laisser tomber.

Aujourd'hui, le fait d'�tre blanc et sans remords est un grave p�ch�.

Une fa�on de se le faire pardonner est de se barbouiller de peinture.

Chaque tache est un p�ch�, et chaque p�ch� a sa couleur.

Le rouge pour les guerres et les massacres,

le jaune pour la richesse et tous les maux qui y sont li�s,

le noir pour le racisme, le nazisme, le fascisme, et plein d'autres -ismes.

La pire, repr�sentant le diable, est le blanc.

La premi�re victime du diable,

selon ces p�nitents qui montrent leurs derri�res blancs sans vergogne,

est le noir, qui semble ici un peu d�sorient�.

"Abracadabra, je vais t'exorciser."

Pendant des si�cles, le diable blanc a maintenu le noir en enfer,

l'a forc� � ramper par terre comme un ver, l'a emprisonn�, brim�, tortur�,

puis l'a tra�n� encha�n� dans son calvaire am�ricain,

l'a pr�f�r� � Barabas, l'a trahi comme Judas, l'a crucifi� au Vietnam.

Mais aujourd'hui, c'est P�ques, et le noir resurgit

pour s'assoir aux Cieux, � la droite de son p�re.

Parce que le noir est fils de Dieu, parce que Dieu est noir.

A Detroit, dans l'�glise catholique du Sacr�-C�ur,

J�sus a �t� peint en noir. Antiracisme ou racisme invers� ?

On a dit un jour : "Quand Dieu �tait blanc, le noir n'�tait pas un homme,

car Dieu, qui cr�a l'homme � son image, n'�tait pas noir."

Aujourd'hui, depuis que Dieu est noir, il faut dire :

''Dieu a cr�� l'homme � son image,

et si Dieu n'est plus blanc, le blanc n'est plus un homme."

La communaut� noire a afflu� dans cette �glise, o� tous les Saints,

et m�me la Vierge, sont noirs.

Et alors, nous devons penser

au c�l�bre Manifeste Noir d'ao�t 1969, toujours valide, dans lequel les noirs

demandent � l'�glise 300 milliards d'indemnit�s pour les pr�judices subis.

Le Pater Noster dit : "Effacez nos dettes,

comme nous effa�ons celles de nos d�biteurs."

Et qui paiera, si le P�re qui blanchit les d�biteurs n'est plus blanc,

ni personne de sa famille ?

Ils le connaissaient � peine, et d�j� ce Dieu blanc

qui promettait un paradis sans esclaves et sans ma�tres les a fascin�s.

Il leur a paru �tre un d'eux. Il a �t� humili�, flagell�, crucifi�.

Et durant toute sa vie, il a mang� dans l'�cuelle des pauvres.

Un autre plateau, mon fils.

Hewlett �crivait :

"Il est tol�r� que les esclaves se r�unissent apr�s leur travail

pour imiter � leur fa�on les rituels chr�tiens.

L'exp�rience nous a appris que plus un esclave est religieux,

plus il sera calme, humble et r�sign�.

La loi prescrit n�anmoins

que pour surveiller et mod�rer ces r�unions, il y aura toujours un blanc."

De tous les r�cits bibliques, c'est la fuite d'Egypte qui les a le plus fascin�s.

Ils �taient si convaincus que cette histoire �tait la leur,

qu'ils la dessinaient sur les murs. L'Afrique �tait la Palestine,

l'oc�an �tait la Mer Rouge, les requins les pharaons, les �gyptiens leurs ma�tres blancs.

Toutes ces fantastiques analogies entre leur triste aventure

et la fuite du peuple �lu vers la Terre Promise influaient tant sur eux

qu'ils ont commenc� � fuir au rythme de 5 000 par an.

Toujours vers les rivi�res et les marais, car ils avaient franchi l'eau pour venir,

et ils pensaient que derri�re l'eau se trouvait la libert�.

La t�te de l'esclave fugitif �tait mise � prix.

Il n'�tait pas indispensable qu'il soit ramen� vivant,

les mains ou les t�tes suffisaient.

Ainsi, beaucoup de chasseurs, particuli�rement en Floride,

se sp�cialisaient dans les esclaves fugitifs.

L'incendie d'Atlanta a d�truit un daguerr�otype

qui montrait une sc�ne comme celle-ci. Au dos �tait �crit :

''Une bonne journ�e, 137 t�tes.''

M�me Andrew Jackson, le grand pr�sident, approuvait la chasse aux esclaves fugitifs.

Kenneth Stamp �crivait :

"Un jour, Jackson promit 50 dollars � qui lui ram�nerait un de ses esclaves,

plus 10 dollars par centaine de coups de fouet, avec un maximum de 300."

Aucun des 14 pr�sidents am�ricains propri�taires d'esclaves

n'�tait trop gentil avec les noirs.

Ils les trouvaient g�n�ralement stupides, maladroits et surtout bruyants.

Un autre grand pr�sident, Thomas Jefferson, �crivait :

"Mes esclaves sont si idiots qu'au lieu de dormir,

ils passent la nuit sous mes fen�tres, inventant des danses et des chansons

qui, selon eux, tournent leur ma�tre en d�rision."

Quand un noir tournait son ma�tre en d�rision, comme disait Jefferson,

il essayait de blesser sa fiert� avec sa seule arme, le grotesque.

Aujourd'hui il emploie cette arme contre toute sa civilisation,

contre ses h�ros, ses symboles, son syst�me.

Le h�ros blanc est arm�, et l'�p�e symbolise ses abus.

Sous la tunique d'un moine, c'est encore lui

qui brandit la menace de l'enfer, p�le et laid comme le diable.

Nous sommes beaux.

"Nous sommes beaux", dit Carmichael, le leader des �tudiants noirs.

''Nous sommes une race splendide.''

Si bien que cette ann�e, il y aura deux Miss Am�rique,

une blanche, et une noire, qui se nommera Boganda,

parce qu'� d�faut d'�tre beau, ce nom est africain.

Car aujourd'hui, tout noir doit monter sa n�gritude. Afro, africain,

tout, sauf am�ricain.

Carmichael disait aussi : "Savez-vous pourquoi les esclaves parlaient si mal ?

Parce qu'ils contestaient l'anglais."

La contestation est un vilain mot, comme la n�gritude.

Boganda, aussi, est un vilain nom pour une reine.

Il �voque plus les cha�nes que la libert�.

"Nous ne voulons pas d'une libert� blanche",

crient ces manifestants de Harlem.

"Nous voulons une libert� noire et cinq �tats blancs,

que les Etats-Unis doivent nous c�der.''

Ils dansent et sont habill�s comme des africains et parlent le Swahili.

''Nous refusons votre langue anglaise

que vous employez pour dire que nous sommes des sauvages, des b�tes, des singes,

et que notre sueur pue."

Cela a �t� dit pour la premi�re fois par le professeur Cartwright en 1831.

Sentez cette sueur.

Selon vous, est-ce une odeur humaine,

ou bien une odeur animale ?

Et alors, pourquoi cette odeur animale ?

Parce que notre peau est diff�rente.

Et pas seulement par la couleur, qui vient en dernier lieu.

Nos illustres coll�gues du Nord ignorent

que dans un centim�tre carr� de cette peau noire,

les glandes sudoripares sont deux fois plus nombreuses que dans la n�tre.

Il n'y a pas besoin d'un microscope pour observer

que cette capacit� cr�nienne limit�e d�nonce un petit cerveau,

que ce ne sont pas des cheveux, mais une fourrure animale,

que le front est �tonnement bas,

que les yeux sont ternes et sans une lueur d'intelligence,

et que ces monstrueuses et horribles narines ont une structure simiesque,

comme ces dents et cette m�choire,

caract�ristiques des cr�atures anthropophages,

ce qui est la preuve indiscutable qu'il s'agit d'une simple race humano�de,

une race inf�rieure � la n�tre.

Une race qui n'est rien d'autre

qu'une tentative manqu�e de la nature

dans sa marche mill�naire

vers son but supr�me, la perfection,

la race blanche, l'Homo sapiens.

Autrement dit, nous.

Excusez-moi, professeur, �tes-vous juif ?

Oui, bien s�r, pourquoi ?

Imaginons que nous voulions les exterminer.

Feu, gaz, d�portation ? Non !

Il suffirait de ne pas soigner leurs maladies.

Souvenez-vous qu'un noir en bonne sant� est un esclave parfait,

et qu'un esclave imparfait est un noir malade.

Malade ? De quelle maladie, professeur ?

La maladie dont ils sont affect�s s'appelle la draptomanie.

C'est une impulsion � s'enfuir, une maladie nerveuse,

qui pousse le noir � la fugue.

Attention, non par d�sir de libert� ou par dignit�,

les noirs n'ont pas de tels sentiments, mais par maladie.

Ah, voici un tr�s beau cas.

Un cas typique de la maladie

que nous, les scientifiques, appelons la coprophagie africaine.

- Ce sont des museli�res ? - Oh, non ! Ne vous fiez pas aux apparences.

Ce n'est pas une museli�re,

juste un obstacle qui les emp�che de manger toutes sortes de d�chets.

Comme la terre et leurs propres excr�ments.

C'est une des maladies les plus r�pugnantes qui existent dans la nature.

Je suis certain qu'elle est due � une carence en une substance inconnue.

Bonjour, mon oiseau, comment vas-tu aujourd�hui ?

Joli oiseau !

Pauvre gar�on !

Voyez jusqu'o� ils vont. Ils ont une telle peur du travail,

et un tel d�sir de ne rien faire,

qu'ils ont caus� un pr�judice � leurs ma�tres.

Voyez comme ils sont malins !

Ils se passent de leurs bras, jambes, pieds et mains,

pour vivre malgr� leurs mutilations.

Cela semble impossible. Comment est-ce arriv� ?

Je vous l'ai dit.

Pour ne pas travailler, ils se sont fait de petites blessures,

dans lesquelles s'est mise la gangr�ne,

et alors, le chirurgien a d� couper bras et jambes

pour sauver leurs peaux.

Qui sont ces gens ? Des indiens ?

Oui, mais les indiens sont inutilisables. Entre un noir et un indien,

il y a la m�me diff�rence qu'entre un chien et un coyote.

Le chien, m�me battu � l'extr�me, continuera � vous l�cher les pieds.

Priver un coyote de sa libert� revient � le tuer.

Un indien ne sera jamais un esclave.

On n'a jamais r�ussi � les faire se reproduire en captivit�.

Ils ne mangent pas, ne parlent pas, ne dorment pas, et ne font pas l'amour.

Regardez ces �tranges cr�atures, ni hommes, ni b�tes,

d�jections noires et malades de notre humanit�,

qui demandent soudain � survivre dans notre monde.

Ils sont aussi primitifs qu'on peut l'imaginer,

et jusqu'� hier, ils n'avaient jamais vu une roue.

Mais dans un monde comme le n�tre, riche de si�cles de civilisation,

que pourraient-ils faire, sinon m�diter sur notre gloire ?

Chaque ann�e en f�vrier, la population blanche de Louisiane

organise un carnaval avec des d�guisements de noirs.

Aujourd'hui, cela ressemble � une parodie

du privil�ge accord� un jour par an � tous les esclaves.

Ce jour-l�, les ma�tres tol�raient insultes et menaces.

"Plus � gauche que toute gauche, nous marcherons contre le courant."

Mais si Cleaver, ainsi que Bobby Seale, fondateur des Black Panthers,

avaient v�cu il y a seulement 150 ans, ce qu'ils disent maintenant tous les jours,

ils n'auraient pu le dire que le jour du carnaval.

"Vous, porcs blancs qui persistez � brandir

vos drapeaux discriminatoires et racistes,

nous vous collerons contre un mur !''

Mais le lendemain, Cleaver et Seale auraient �t� vendus ici,

au grand march� d'esclaves, o� le rhum coulait � flots.

Puis, quand la trompette aurait sonn� la fermeture,

et apr�s l'expulsion des gens ivres,

on les aurait enferm�s dans les baraques du camp

pour passer une derni�re nuit avec leurs femmes et leurs enfants.

Tout cela est du pass� et appartient � l'histoire.

Toute ressemblance avec des personnes existantes

est purement fortuite.

Ils passaient l� tandis que nous

photographions le site du plus c�l�bre march� d'esclaves du Sud,

o� annuellement, il se vendait 20 000 esclaves,

en particulier pendant le carnaval.

Vente par Hewlett et Bright d'esclaves de valeur

pour cause de d�part de leurs propri�taires pour l'Europe.

400 !

- Non, 200, pas plus ! - Mais je ne l'ai pas vol� !

- Alors, 300 ? - Non !

Alors, gardez votre n�gre !

La Nouvelle Orl�ans, f�vrier 1831.

Sur une estrade, le fils du sheriff, Tommy Adley,

tire les num�ros gagnants de la loterie d'�tat de la 27�me foire aux esclaves.

Premier prix, une mul�tre de 15 ans,

second prix, un cuisinier,

troisi�me prix, trois cochons gras de Virginie.

Avec celle de Memphis,

la foire de la Nouvelle Orl�ans est la plus importante du Sud,

avec des ventes de plus de 40 millions de dollars par an.

La marchandise propos�e est enti�rement de production nationale,

et vient des gros �levages de Floride et de Virginie.

Le march� est � la hausse.

Un m�le standard qui valait 500 dollars il y a six ans

vaut maintenant 1 500 dollars plus les taxes.

Le colonel Bowie, qui ne fait que de la vente d'enfants en gros,

les vend aujourd'hui jusqu'� 15 dollars la livre, hors taxes.

Cette ann�e, les races les plus pris�es sont les ausas, les mandingues, et les turkanas.

Les ausas sont beaux, mais fragiles.

Les mandingues sont plus robustes, mais moins intelligents.

Les turkanas sont plus petits, mais plus dociles et maniables.

Ils sont les plus populaires aupr�s des communaut�s religieuses.

En 1863, � elles seules, les nones fran�aises ursulines en poss�daient 200.

De tout ceux nous avons vu au march�, c'est le plus joli petit ange.

C'est vraiment une cr�ature d�licieuse.

Que devrions-nous faire, ma s�ur ?

Certes, la tentation est forte, mais avez-vous vu les prix cette ann�e ?

- Il est trop cher. - Mais c'est un tel ange !

Et il est sain et robuste. Il pourrait aider � la cuisine.

Ma s�ur, vous imaginez ce qu'en dira la m�re sup�rieure ?

Elle en a d�j� achet� quatre cette ann�e.

Ma s�ur, il n'est pas si cher, � 300 dollars.

Offrons-en 200 !

Il s'est affol� et a perdu sa m�re dans la foule.

On ne peut m�me pas lui faire dire son nom.

Il reste debout l�, calme, sans broncher,

un plus tranquille au milieu de tous ces policiers,

qui semblent le prot�ger des grands fant�mes blancs qui lui ont fait peur.

Apr�s � peine un jour de pouvoir,

le roi carnaval noir a perdu son tr�ne.

Son bref r�gne a expir�.

Maintenant, c'est le tour du blanc.

Pr�s d'ici, dans le Carr�, o� aujourd'hui se sont donn�s rendez-vous

les couples homos les plus connus du quartier,

se trouvaient autrefois deux c�l�bres maisons closes.

Celle appel�e "Les Deux S�urs",

et juste en face, l'autre, "Mr. Robert's".

A l'�poque, elles donnaient dans deux genres diff�rents,

et chacun pouvait choisir selon ses go�ts l'une ou l'autre,

sans craindre de se tromper.

Aux "Deux S�urs", on trouvait ce qu'on appellerait du "normal",

du moins comme on le concevait � l'�poque,

et chez "Mr. Robert's, on trouvait du particulier, de l'anormal,

qu'aujourd'hui on admettrait comme "normal".

Si bien que les deux maisons ne se faisaient pas vraiment concurrence.

Toutes deux se fournissaient au march�, deux blocs plus loin.

Que du premier choix, de l'honn�te, du vrai.

Ce que nous appellerions aujourd'hui de l'authentique.

Le march� de la Nouvelle Orl�ans avait un secteur secret

o� la marchandise, avant d'�tre expos�e, �tait pr�par�e

et tri�e par sexe, �ge et qualit�.

Les femmes s�lectionn�es pour devenir filles de joie

�taient confi�es � un certain Buzz, que Hewlett d�crivait comme

un individu r�pugnant et ob�se, toujours souill� par la graisse

avec laquelle il huilait les filles pour leur adoucir la peau.

Mais les clefs du local o� on gardait les pi�ces pour les vrais collectionneurs

�taient gard�es par un petit nain comique surnomm� "le g�n�ral".

C'est moi qui ai les clefs, je commande, ici.

Rentrez, sales b�tards, ou vous serez fouett�s !

Je vais vous montrer qui commande, ici ! Je suis le g�n�ral !

Venez, entrez !

Ouvrez, putains, c'est moi, le g�n�ral !

Ouvrez, filles de putes !

D�p�chez-vous !

Eh, les blancs, regardez de quelle marchandise je suis charg� !

Le g�n�ral est le gardien du march�.

Voici le coffre-fort du march�.

Regardez, des dizaines de milliers de dollars !

Putains de premier choix, toutes vierges.

Au travail, sale n�gresse !

Aucune n'est pure noire.

Toutes ont au moins 50% de sang humain dans les veines, comme moi.

Elles sont toutes vendues et pr�tes pour la livraison

� domicile, luxueusement empaquet�es.

Eh, les blancs !

On regarde sans toucher, vous connaissez le r�glement.

Il est interdit de toucher � la marchandise expos�e.

Sauf � moi, le g�n�ral.

Vous voulez voir ? Ici !

C'est Cassandra, une m�tisse. Elle vient de chez Harrison.

Elle est la fille de Z�phire et du grand Meatto.

Arth�mise, trois-quarts de sang humain,

les seins les plus fermes de tout le stock.

5 000 dollars, paiement comptant, deux ans de garantie.

Cuv�e 1848. R�serve Imp�riale, blanc ou ros�,

avec garantie du consortium.

C'est Eva. Tu aimes les pommes, hein ?

Mange-les, mais attention aux serpents !

Vous n'avez jamais rien vu de tel !

C'est bon, allons-y, je n'ai pas de temps � perdre, je suis le g�n�ral.

Ouvrez !

Allez !

Toi, le clown, qu'est-ce que tu attends ? On danse !

Allez, dansez !

Non, non, non !

Pas comme �a, idiotes ! Comme �a !

Regardez !

Ne remuez pas le dos, mais le cul !

Ouvrez, c'est moi !

Oh, les europ�ens, quel grand honneur !

Je suis dans un �tat effrayant, regardez mes mains !

Excusez le d�sordre, mais voyez dans quel �tat ils les livrent !

Prenez place ! Je deviens fou � les pr�parer.

La demande est telle qu'on me les arrache des mains m�me pas pr�ts.

Je suis d�sol�, je n'ai pas beaucoup de temps, je suis si occup�.

Allons, mettez-vous en valeur pour les messieurs. Regardez !

Pas mal, hein ? Essayez de deviner les prix. 500, 1 000, 1 500 ?

Non, 3 000 dollars, chers messieurs !

Hewlett �crivait encore :

"Les jumeaux masculins ont �t� � un moment tr�s pris�s,

� cause d'une vilaine habitude devenue une mode.

Mais en raison de la raret� extr�me de ces marchandises,

et de la forte demande, il y a beaucoup de faux."

Des faux ? Que dites-vous ?

C'est un �tablissement s�rieux, renomm� dans tout le Sud.

Regardez cette paire, une raret�.

- Sale p�d� ! - Nos clients peuvent dormir tranquilles,

ce sont deux Kelloggs authentiques.

Voyez leur marquage.

Silence ! Ouvrez, c'est moi, le g�n�ral.

Entrez, mais ne faites pas de bruit, c'est un mus�e.

Pour un roi ou un empereur Prix de base : 15 000 dollars.

- Mais qu'est-ce qu'il a de sp�cial ? - Il en a trois !

Un, deux, trois. Trois, trois, trois !

Un, deux, trois, il en a trois !

Celle-ci en avait six,

y compris le plus petit qui est cass� et en r�paration.

Ils furent vendus � six ma�tres diff�rents,

et la m�re se suicida de d�sespoir.

C'est la sc�ne la plus importante du mus�e.

Au mus�e de cire de la Nouvelle Orl�ans,

parmi toutes les statues d'esclaves encha�n�s et de m�chants ma�tres,

le groupe qui fascine aujourd'hui les touristes

est celui de madame La Laurie, la plus c�l�bre sadique de tous les temps.

Nous savons qu'elle �tait femme de m�decin,

qu'elle appartenait � la haute soci�t� cr�ole de Louisiane,

et qu'elle �tait honorablement connue,

jusqu'au jour o� les pompiers, venus pour un incendie,

trouv�rent dans le grenier toutes les preuves

qui permirent au juge Caldwell d'�tablir

une reconstitution presque parfaite

de la fa�on dont la respectable dame

et son fid�le collaborateur C�sar occupaient leur temps libre.

Venez.

C�sar, tu as recommenc� !

Elle est morte.

C�sar, tu exag�res !

C'est la troisi�me petite fille en une semaine.

Va, n'en fais pas un drame. Je t'en ach�terai une autre.

Mais regardez, ma partenaire, ma ch�re et douce compagne de jeux !

La belle comtesse sait attendre,

reporter le moment divin de la premi�re goutte de sang.

Il n'y a pas de h�te, le plaisir peut attendre.

Nous leur avons donn� de l'opium, et ils dorment, dorment pour des si�cles.

Nous n'avons qu'� tendre la main.

Nous pouvons prendre vite notre plaisir, comme C�sar,

ou peu � peu, les laissant survivre

dans une longue et �puisante attente,

tortur�s pour notre plaisir, aliment� par leur peur.

Et toi, tu n'as pas peur ?

Non, tu n'as pas peur, mon petit coq !

Ne t�inqui�te pas, la peur viendra plus tard,

quand les tenailles te mordront,

l� o� se manifeste maintenant ton d�sir.

D'o� tu viens, quand un noir ose d�sirer une femme blanche,

n'est-ce pas ce qu'on lui fait ?

Je ne sais pas qui tu es, ni d'o� tu viens,

mais ne trouves-tu pas fantastique mon �poque ?

Toute cette belle chair est � moi. Ce corps est � moi.

Je peux en acheter dix, cent, mille, si je veux,

hommes, femmes, gar�ons, filles.

Je peux les consommer, les g�ter,

les corrompre, en jouir, les d�truire.

Qu'est-ce que vous attendez, pauvres idiots ?

Allez, servez-vous !

Quand retrouverez-vous une aussi belle occasion ?

A la Nouvelle Orl�ans de telles occasions ne manquaient pas.

Si un monsieur �tait invit� chez un ami rest� en ville

pendant que sa femme et ses enfants �taient � la campagne,

en plus de la bonne table et du linge propre,

il pouvait esp�rer une belle noire pour la nuit.

Refuser serait offenser le ma�tre de maison.

Cela faisait partie des bonnes r�gles de l'hospitalit�,

dont la grosse mamie �tait responsable.

En ligne !

Toi, montre-moi tes mains !

On dirait les ongles d'un cochon, va te laver !

Toi, viens ! Laisse-moi te sentir.

Tu pues comme une ch�vre dans son �table.

Va, et lave-toi ! Compris ?

Toi, ouvre la bouche et laisse-moi sentir ton haleine.

Tu sens l'ail. M�che �a, �a masquerait la puanteur d'un porc.

Tu es g�n�ralement propre. Tu ne sens pas mauvais. Bonne pouliche.

Toi, retourne-toi ! Tu n'as pas bais�, hein ? Penche-toi !

Ecarte les jambes !

Coucher avec une esclave noire �tait pour tous les m�les blancs

de la maison, p�re, fils et invit�s, une bonne r�gle d'hygi�ne,

comme de se laver les dents.

Le pr�texte �tait la sant�.

Pour les fils, c'�tait r�put� �tre un rem�de � l'acn� juv�nile.

C'�tait bon pour les maris, car les m�urs puritaines d'alors

prot�geaient la vertu de leurs femmes.

Mais, sans parler de la sant�, que valaient ces esclaves au lit ?

Comme le premier cigare.

Une odeur � faire vomir.

Mais la troisi�me fois, vous �tes accroch�.

Plus fort sur le dos, j'aime �a.

Sa m�re a �t� mon premier cigare. Je l'ai fum� � dix ans.

Je craignais d'�tre surpris par mon p�re.

Mais quand j'ai su qu'il fumait aussi, je n'ai plus eu peur et j'ai appr�ci�.

C'est peut-�tre � cause de leur odeur, mais je les pr�f�re aux blanches.

D�s que j'en tiens une, je la mets au lit.

Mais o� trouverais-je une blanche ?

De plus, mon p�re dit qu'on ne gagne pas au change.

Elles puent aussi, mais le cadavre.

Il dit que c'est mauvais pour la sant�.

Il a couch� 70 ans avec des noires sans manquer un coup.

Il les aime grosses, en particulier des seins.

Regardez-moi �a ! Pas mal, non ?

Si vous les ignorez, vous faites leur jeu.

Il faut les d�truire, nuit apr�s nuit.

� mon �ge, �a commence � devenir difficile.

Mais avec l'aide de la Providence et des hu�tres,

J'y arrive encore.

Mamie ! O� es-tu, sale n�gresse ?

O� es-tu, Mamie ?

- J'arrive. - Mamie !

Que se passe-t-il, ma�tre ? Pourquoi �tes-vous f�ch� ?

Idiote ! Tu oses demander pourquoi je suis f�ch� ?

Tu m'as arnaqu� en envoyant cette idiote dans ma chambre.

Ne dites pas �a, ma�tre !

Je n'ai jamais arnaqu� personne.

Elle m'a paru tr�s belle.

Qu'ai-je � faire � mon �ge de la beaut� ?

Cette fille est vierge.

Que veux-tu que je fasse d'une vierge � mon �ge, cr�tine ?

Reprend-la !

Ne dites pas �a, ma�tre. S'il vous pla�t, ne vous f�chez pas.

Je vais vous chercher une autre fille, une qui n'est plus vierge.

Tu devrais avoir honte, sale putain !

Quand tu es venue ici, tu �tais vraiment vierge ?

Ou c'est ce vieux qui n'est plus en �ge de baiser ?

Es-tu vraiment vierge ?

Putain, putain !

Viens, ma petite, entre.

Vous me voulez, ma�tre ?

Je suis propre et toujours vierge.

Mais que dis-tu, mon enfant ? Quel �ge as-tu ?

Treize ans.

- Tu es encore une enfant. - J'ai treize ans, ma�tre, Mamie l'a dit.

Comment, ici, les enfants comme toi...

Ce n'est pas l'usage chez moi, je ne suis pas d'ici.

Voulez-vous commencer avec �a ?

Mamie dit que si les blancs ne se servent pas d'abord du fouet,

ils ne peuvent pas baiser une femme.

Que dis-tu ?

Cet �tranger est le journaliste Malcolm Fawcett,

et cette conversation est extraite de ses exp�riences en Louisiane,

et concerne sa premi�re nuit � Mobile, chez le planteur Charleston,

qui l'avait invit� pour une semaine.

Non, ma�tre, ne me renvoyez pas, faire-moi cette faveur.

- Moins fort ! - Mamie sera furieuse si je reste vierge.

- Venez. - Comment ? Ici ?

Votre lit est si grand et moi si petite.

Si j'enl�ve ma robe, je ne sens pas mauvais

Je me suis enti�rement lav�e.

Je ne sens pas mauvais, ma�tre.

Si vous �tes fatigu�, je vais vous laisser dormir.

Dormir est devenu illusoire, ma fille.

�a ne serait pas bon, ma�tre.

Vous me plaisez.

Fawcett �crit : ''J'ai voulu la dissuader,

bien que, connaissant la tradition, ce fut impoli de ma part,

mais quand je lui ai propos� de prendre un jeune homme de sa condition..."

Que voulez-vous dire ? Un noir ?

Non ! Non !

Je n'aime pas les noirs.

Non, les noirs me d�go�tent.

Un jour, j'ai essay� avec un noir.

Il m'a fait mal, il �tait si gros.

Vous savez, les blancs sont plus petits, ma�tre,

c'est mieux pour une d�butante comme moi.

Les blancs ne puent pas comme les noirs.

Faites-moi plaisir.

S'il-vous-plait, ma�tre.

Oui, comme �a, ma�tre !

Ce livre de Boston est ignoble. �coutez !

"Concernant les dames du Sud, leur c�l�bre vertu

est tr�s d�valu�e par le fait qu'elles n'ont gu�re le choix.

Comment pourraient-elles ne pas �tre vertueuses,

dans la mesure o� leurs hommes pr�f�rent les filles de couleur ?"

- C'est incroyable ! - ''La v�rit� est que ces femmes

ne peuvent obtenir aucun plaisir des maris ou des amants potentiels,

car ceux-ci sont trop souvent avec les noires des plantations."

Quelle horreur ! Comment peut-on �crire de tels mensonges ?

Ce n'est que de la propagande politique ignoble !

Que savent-ils sur les noirs, ces scribouillards de Boston et Philadelphie ?

Rien. Mais l'envie, le pr�jug� et la malice les poussent � nous humilier

par tous les moyens possibles.

Mon Dieu, comment peuvent-ils insulter ainsi nos maris ? Nos hommes ?

C'est scandaleux !

Accuser nos hommes de fornication avec des esclaves

revient � dire qu'ils copulent avec des animaux.

C'est une accusation de perversion sexuelle !

Le ph�nom�ne d'accouplement anormal entre blancs et noirs

a un nom scientifique : la bestialit�.

Ce sont des mensonges !

Comme si nous ne savions pas comment nos maris

se d�foulent le vendredi soir !

Oh ! Mais qu'ai-je dit ?

Excusez-moi, mes amies, mais nous ne devrions pas trop parler devant eux.

Ne vous inqui�tez pas, ma ch�re.

On dirait que nos esclaves ont une tendance g�n�rale

� avoir la peau qui s'�claircit � mesure que le temps passe,

mais ils gardent la mentalit�, l'intelligence et la sensibilit� d'animaux.

C'est vrai, chaque g�n�ration est plus claire que la pr�c�dente,

chez moi, plusieurs b�b�s de noires sont n�s roses.

Mon mari dit qu'on appelle ce ph�nom�ne la...

Symbiose. Le terme scientifique est "symbiose".

Je pense que votre mari a bien raison.

Ils font comme ces animaux qui prennent la couleur de leur habitat.

Exact, ma ch�re. Regardez Scipion, par exemple,

il est gaucher, comme mon fr�re,

ou encore Jason,

mon mari s'en est occup� tout particuli�rement quand il �tait petit,

et maintenant, c'est incroyable, mais il est aussi blond que lui.

La nature est vraiment bizarre.

Voici ma fabrique de noirs.

D'ici, vous pouvez vous en faire une id�e g�n�rale.

Les affaires se d�gradaient, le coton et le tabac �taient en crise.

Alors, j'ai pris mon courage � deux mains,

et j'ai transform� la plantation en �levage.

Et je dois dire que �a marche bien,

parce que les nouvelles lois qui interdisent d'importer des noirs d'Afrique

ont pratiquement fait doubler le prix des esclaves.

- Et alors, apr�s tout... - Eh, papa !

Eh, papa, monsieur Wilson est arriv� !

Il est l�.

Bonjour, monsieur Bighorn. J'ai amen� la n�gresse.

Avez-vous bien compt� les jours ?

- �tes-vous s�r qu'elle est en chaleur ? - Bien s�r, qu'elle est en chaleur.

Elle est juste pr�te � �tre mont�e.

Je suis s�r que le m�le va lui sauter dessus.

Bien.

De quand datent ses r�gles ?

Ma femme a compt� 12 jours,

�a fait 13 avec le voyage.

Si vous me laissez la faire monter tout de suite, je serai parti d'ici deux heures.

Tu me la donnes, papa ?

On verra apr�s les examens,

pour l'instant, va faire tes devoirs.

- Elle est saine ? - Bien s�r !

Elle n'a pas de maladies ? - Comment ?

Nous l'avons toujours gard�e chez nous.

- Alors, elle est vierge ? - Bien s�r ! Nous la r�servons pour Jason.

Comment, une vierge pour un tel �talon ?

Il va l'�ventrer !

S'il l'�ventre, on la recoudra, ne vous inqui�tez pas.

Vous savez que je pourrais la faire monter pour 50 dollars, et chez moi.

Si j'ai fait 100 kilom�tres et si je paye 200 dollars,

c'est que je tiens � la lign�e de Jason.

Bien.

Allons, vous savez bien qu'on ne trouve pas d'�quivalent.

Bien ! C'est votre affaire.

Eh, l'�talon ! L'�talon � trois jambes !

Salut, g�n�ral !

Comment va l'arthrite de votre p�re ?

Mieux, depuis qu'on lui fait comprimer les jambes par des noirs.

Vous avez raison, monsieur Bighorn,

une bonne viande noire soulage les douleurs de l'arthrite, certes.

Mais apr�s, je vais me retrouver avec des gamins arthritiques.

Eh, Wilson, regardez !

- Quoi ? - Devant vous, cette fen�tre.

Pourquoi ?

Bah ! Ces journalistes veulent que nous regardions cette fen�tre.

Attendez-moi devant cette �table, je vous rejoins.

- D'accord. - Je dois d'abord parler � ces gens.

D'accord, monsieur Bighorn.

Cupidon ! Apporte-moi de la canne � sucre !

Ils sont presque tous n�s en 1843, une bonne ann�e,

avec seulement 25 % de perte.

D'habitude, c'est 40 � 60 %, surtout � cause de la rougeole,

b�nigne pour nous, mais d�vastatrice pour eux.

Pourquoi tant de blonds ?

Que voulez-vous que je vous dise ?

Certains pourraient �tre de moi, beaucoup sont de mon fr�re.

Certains sont du pr�tre.

Certains sont d'invit�s de passage.

Arr�tez, arr�tez !

Arr�tez, goulus !

Voici les reproductrices.

Avec mes nouveaux �talons ausas et mandingues,

j'ai 86 % de r�ussite,

avec un intervalle de moins de 60 jours entre les reproductions.

O� �tes-vous ? Venez regarder celle-ci !

La perle noire de l'�levage. Sept paires de jumeaux en six ans.

Et je suis s�r qu'elle en a encore deux dans le ventre.

Cette jument vaut une fortune.

Venez ! Vous avez de la chance.

Venez voir na�tre un petit b�tard.

Il est beau, non ?

Il fait au moins six � sept livres.

Vous savez quoi ? Je vais vous le d�dicacer, en l'appelant "Macaroni".

Bravo, Cl�op�tre. Qui est le m�le ?

- Je ne sais pas. - Comment, tu ne sais pas ?

Je ne sais pas.

J'ai �t� mont�e par Pluton, puis par quatre autres m�les.

Aucune importance.

Tu as fait du bon travail.

Tu vois que le ma�tre respecte sa parole.

C'est la r�compense, un dollar par gamin.

Tradition familiale.

Une autre tradition tr�s ch�re aux �leveurs

est de pr�senter tous les ans aux grandes foires du Sud

de nouvelles races pris�es, qui comme les chevaux, portent le nom de leur famille.

La race Bighorn, c�l�bre pour la pr�cocit� de ses femelles,

qu'on peut faire monter d�s l'�ge de 10 ans,

a valu � son propri�taire deux m�dailles d'or � la foire de Jackson.

Eh, am�ne-moi Popp�e !

J'ai dit Popp�e !

Non, imb�ciles !

Celle-l� est enceinte. L�chez-l� !

Non, celle-l� !

En Louisiane, la proportion est d'un m�le pour cinq femelles.

Mais en Virginie,

un grand sp�cialiste de l'�poque

fixa comme proportion id�ale un m�le pour huit femelles.

Sur cette base, la Virginie produisait plus de 6 000 noirs par an.

C'�tait l'�ge d'or, o� les grandes fermes de reproduction,

comme la fameuse North Carolina Planter, �taient cot�es en bourse.

Dites-moi maintenant s'il ne faut pas du talent

pour cr�er une race comme celle-l�.

Voyez, pour cr�er un hybride, l'�leveur croise diverses races

comme un artiste joue des couleurs, un peu de blanc ici, un peu de noir l�,

puis une pinc�e de rouge et un grain de jaune,

jusqu'� un r�sultat qui n'est ni noir, ni blanc,

ni rouge, ni jaune, mais un chef-d��uvre.

Attrapez-le !

Un esclave qui veut s'enfuir.

Non, il a peur du marquage.

C'est le sort des nouveaux �talons.

Arriv� � 18 ans, � la veille de ses premiers services,

le nouvel �talon re�oit au fer rouge une marque conventionnelle

afin d'�viter les erreurs d'enregistrement.

- Vous �tes pr�t, Wilson ? On y va ? - Je vous attendais.

- Et la jument ? - Elle est pr�te.

- Alors, amenez-la. - Bien.

Reculez !

C'est bon, Casanova !

Ces �talons ! Il suffit de l'odeur d'une femelle !

Ils ont plus de semence que quatre paires de b�ufs.

Savez-vous qu'on m'a offert 4 500 dollars pour chacun ?

Voici le doyen.

100 kilos de muscle, et pas une once de graisse.

Et ce d�mon peut d�charger au moins 20 fois par jour.

Avec ces r�servoirs !

- La jument est pr�te, Wilson ? - Pr�te, monsieur Bighorn.

Bien, faites-la entrer.

Eh, Wilson, je vous l'ai dit, soyez prudent.

Mais c'est votre affaire.

Ne vous inqui�tez pas.

J'en prendrai soin.

Jason, �a suffit !

De l'eau, vite !

Sur lui !

''Votre Honneur, mon nom est Nat Turner.

Je suis pr�t � vous confesser tous mes crimes.

Le 21 ao�t 1831, 55 blancs ont �t� massacr�s

par moi-m�me et 70 autres esclaves.

Ma haine profonde envers les blancs �tait...

Ma haine profonde envers les blancs �tait..."

Pauvres idiots !

"Ma haine profonde

r�sultait de la volont� de Dieu, qui m'a ordonn� de les tuer."

Voyons, 1831.

Si Cleaver, Leroy Jones, Malcolm X, avaient v�cu il y a 140 ans,

eux aussi, comme Nat Turner, auraient ha� les blancs,

hommes, femmes, enfants qui �taient l� par la volont� de Dieu.

L'esclave Cleaver, comme l'esclave Turner, n'aurait certainement jamais os� imaginer

que l'ordre venait directement d'eux-m�mes.

"Le soir du 21 ao�t, nous avons march� en file indienne dans les champs.

Nous sommes arriv�s devant la maison de Travis.

La nuit pr�c�dente, Dieu m'avait clairement fait signe

que ce serait notre premi�re cible.

Nous savions que dans la maison se trouvait le petit Travis,

et la femme, Sarah.''

Qui sait si les blancs d'alors ressemblaient � ceux d'aujourd'hui ?

Ou plut�t qui sait si les blancs d'aujourd'hui seraient comme ceux d'alors

si Nat Turner n'avait jamais exist� ?

M'auraient-ils laiss� aller � l'�cole,

devenir m�decin, gagner 2 000 dollars par semaine,

avoir une belle maison, une femme, un fils en bonne sant� et bien nourri ?

"Nelson, Sam, Jack, Hark et moi-m�me

sommes silencieusement entr�s par la fen�tre de la salle de s�jour.

Will, qui fermait la marche a fait un faux pas

et est tomb� sur la table qui n'avait pas �t� desservie.

J'ai craint que nous ayons r�veill� le vieux Travis,

avec le bruit d'enfer fait par Will.

Au contraire, le vieux Travis dormait � c�t� de sa femme,

alors que Sam et Jack avan�aient sur la pointe des pieds.

Son sommeil �tait profond et tranquille,

comme le prouvait ce ronflement profond et rythm�

que je connaissais depuis mon enfance.

Donc, Sam et Jack ont avanc�.

Ce vieil homme, qui m'avait pratiquement �lev�,

et qui fut un ma�tre tol�rant et bienveillant,

�tait n�anmoins un blanc, et comme tel, devait mourir.

Le vieux Travis, comme tous les blancs,

n'aurait jamais imagin� qu'un esclave,

cr�ature soumise, sans courage ni dignit�,

pourrait un jour se rebeller contre son ma�tre.

Donc, c'�tait probablement l'incr�dulit�

qui dominait son esprit encore ensommeill�, quand..."

Qu'est-ce que c'est ?

"Nous allions...

Nous allions quitter la maison quand Hark entendit

les cris du b�b�, que nous avions oubli�."

''Apr�s le massacre des Travis,

notre second but �tait d'exterminer les Reese."

Encore ces idiots !

''Apr�s le massacre des Travis,

notre second but �tait d'exterminer les Reese.

Reese �tait un ma�tre stupide et cruel

qui s'amusait � tourmenter ses noirs

avec toutes sortes de farces stupides.

Sa femme et sa belle-s�ur, deux femmes sottes et insignifiantes,

encourageaient ces exactions avec des cris..."

Bouffon !

"Avec des cris hyst�riques et aigus

qui per�aient les oreilles comme des poignards.

C'est devant leur maison que j'ai jur� de ne plus transgresser

les ordres de Dieu, et de verser ma part de sang.

Je ha�ssais Reese

qui m'avait un jour impliqu� dans une de ses farces humiliantes et vulgaires.

J'aurais pu refuser, me rebeller.

Mais comment aurais-je pu, moi, un esclave ?"

Mon pote, c'�tait juste une blague !

Tu peux prendre une photo pour moi ? C'est tr�s facile.

Tu appuies sur ce bouton et tu prends une photo de moi avec les filles.

Viens, mon pote !

"J'aurais pu refuser, me rebeller.

Mais comment aurais-je pu, moi, un esclave ?"

Reese �tait un ma�tre stupide et cruel.

Nat Turner n'a pas tu� par haine.

Il a tu� par amour, entre les colonnes de la grande maison.

Qui sait pourquoi, pour nous les noirs, cette histoire reste incomprise.

Donc, Nat Turner, le pieu Nat Turner, fanatique biblique,

presque professeur priv� de la petite Margaret, mais n�anmoins noir,

et � ce titre insoup�onnable de d�sirer cette fille blanche

qui lui tournait autour toute la journ�e.

Et qui le provoquait de mille fa�ons, sans m�me le r�aliser.

O� es-tu, Nat ? Viens, Nat !

Regarde ma nouvelle robe !

Je suis belle !

Nat, celle qui est rose !

Non, non. Pas celle en soie !

Celle qui brille !

L�, regarde ! Maintenant nous voici ensemble.

Elle et Nat. Presque peau contre peau.

Le vent dans ses cheveux blonds.

Ce cou blanc qu'il a tant d�sir�.

"Eh, Nat", m'a-t-elle dit un jour,

et son intimit�, comme son jeune parfum de lavande m'ont fait raidir.

"Nat, pourquoi les noirs sont-ils n�s si mis�rables ?

Pourquoi, dans ce ti�de printemps, sont-ils seulement des fleurs tomb�es ?"

B�tards noirs ! Vous avez vu ce qu'ils ont fait ?

- Viens, papa ! - Je vais t'attraper !

Regardons 140 ans plus tard.

Si moi, je devais tomber amoureux de cette fille blanche.

Amoureux au point de ne pouvoir me passer d'elle.

La vouloir.

Mais simplement parce que je suis un noir, comme Nat Turner...

J'imagine la sc�ne !

Monsieur, je suis le docteur Nat Turner.

J'aime votre fille et j'ai l'intention de l'�pouser.

Margaret venait de rentrer du coll�ge de Southampton pour les vacances d'�t�,

quand nous avons d�cid� que la maison des Whitehead serait notre prochaine cible.

Nous avons avanc�, cach�s dans la for�t de ch�nes

qui entourait la maison sur trois c�t�s.

Quand nous avons vu le p�re, si ravi du retour de sa fille...

et si occup� � manifester sa joie qu'il ne nous voyait pas...

J'ai cherch� Margaret.

Elle se cachait derri�re un coin de la maison.

Quand j'ai fini par la voir, elle s'est enfuie,

l�g�re et vive comme le vent, dans les champs de bl�.

J'ai couru apr�s ses beaux cheveux brillant au soleil,

apr�s la lumi�re de ce visage qui regardait en arri�re.

Je courrais plus vite qu'elle, et je l'ai rattrap�e.

Il le faut !

Je dois te tuer !

Parce que je t'aime ! Parce que tu es blanche !

Blanche !

"Votre Honneur, avant de me condamner � la pendaison,

vous m'avez demand� si j'ai des remords.

Eh bien, en toute paix et tranquillit�,

je vous r�ponds que si c'�tait � refaire..."

Paix, paix, paix !

Je suis un noir comme vous, un ex-esclave comme vous.

Mais aujourd'hui, j'ai trait� avec les blancs et je parle avec leur permission,

et ceci est une voiture de police.

Si vous pensez que je suis un tra�tre, tuez-moi.

Mais �coutez d'abord ce que disait Luther King.

L'esclavage n'est pas notre d�shonneur. C'est notre gloire.

Nous ne devons pas chercher � nous venger.

Chaque fois que le raciste blanc recherche un alibi

pour sa mauvaise conscience envers le noir,

chaque vitrine bris�e le d�lie de toute sa culpabilit�.

Quand nous c�dons � la haine du blanc,

nous jouons son jeu.

Nous jouons aussi le jeu des communistes blancs,

qui veulent se servir de nous pour d�truire l'Am�rique.

Nous n'aimons pas l'Am�rique,

mais nous ne voulons pas �tre utilis�s pour la d�truire.

Nous, les noirs, ne devons pas retomber dans les erreurs des blancs.

Nous ne devons pas r�pondre � leur vieux racisme blanc

par un nouveau racisme noir.

Aux outrages et � la cruaut� qu'on nous a fait subir,

nous devons r�pondre : paix, paix, paix !

Feu !

Feu !

Feu !

D'un c�t�, les nordistes qui voulaient abolir l'esclavage,

de l'autre, les sudistes, qui voulaient le conserver,

la guerre pour la lib�ration des esclaves fit un million de morts.

Aujourd'hui, le public am�ricain, qui assiste � une reconstitution

de la bataille de Shiloh, ne prend parti pour personne.

Il regarde le spectacle.

Les combattants nordistes et sudistes sont interchangeables,

�a d�pend seulement de la taille des uniformes.

La Soci�t� Anonyme Esclavagiste a d�pos� son bilan il y a plus de cent ans.

Les comptes sont bons : pour chaque esclave import�, un am�ricain est mort.

Sans compter les bless�s.

En voici un qui se retrouve plut�t mal.

Un uniforme nordiste. C'�tait son choix, non ?

Mon ch�ri !

Un sourire !

Aujourd'hui, tout le monde sourit, mort ou bless�, vainqueur ou vaincu.

Il est bon de rentrer � la maison par cette splendide journ�e de mai,

prendre une bonne douche pour rincer toute la poussi�re du pass�.

Ce film est un documentaire.

Les �v�nements relat�s sont v�ridiques et les personnages ont r�ellement exist�.

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