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Original subtitles

On a deux heures.

Camarade.

Le camarade Gérard arrive de Lyon.

Il est responsable pour tout le secteur.

Bonjour camarade.

Bonjour.

Bonjour camarade.

Camarade.

J'ai lu plusieurs de tes articles avant la guerre. C'était toujours... Enfin c'était bien, quoi.

Merci. J'espère que j'en referai d'autres.

...quand on aura foutu les Boches dehors.

Ben s'il y avait un camarade important, c'est risqué de se retrouver ici.

Vu l'urgence, on ne pouvait pas se permettre.

Quelle urgence ?

On vient de recevoir des nouvelles directives du parti.

L'armée rouge traverse une passe difficile.

Les Boches ont pris Kiev. Les pertes sont élevées.

Nous devons aider nos camarades.

C'est un combat mondial.

Tous les partis communistes sont mobilisés sous la direction du camarade Staline.

Mais qu'est-ce qu'on peut faire, nous ici ?

C'est vrai. Avec nos tracts et nos papillons contre les chars et les stukas qui bombardent les camarades soviétiques.

Excuse-moi, Paul. Mais la nouvelle ligne du parti, ce n'est plus des papillons et des tracts.

Enfin... plus seulement.

C'est quoi, la nouvelle ligne du parti ?

C'est de descendre des Boches.

Descendre des Boches ?

Enfin... on n'a pas d'armes.

Et puis on n'a jamais fait ça !

C'est la ligne, camarade.

Voiture de bourge ! Flic ? Non, non, non.

Ils ne débarqueraient pas comme ça.

C'est ton frangin. Qu'est-ce qu'il vient foutre lĂ  ?

Je ne sais pas.

Je vais voir ce qu'il veut. J'arriverai bien à m'en défaire.

Dépêche-toi camarade. On n'a pas la journée.

Tu tombes mal, là. Je suis en pleine réunion d'équipe.

Tu aurais dĂ» appeler.

Papa a fait une attaque ce matin.

La mĂŞme chose qu'il y a deux ans.

Pire.

Borten me dit qu'il ne passera pas la nuit.

Bon. J'y vais.

Je pense que tu devrais venir avec moi.

Oui, mais je n'ai pas d'ausweis.

Tu savais que j'allais venir ?

J'espère qu'on arrivera à temps.

Morten, il t'a vraiment dit que...

Il m'a dit de prévenir le curé.

Vous allez bien ?

Comme un juif aryanisé.

Non, je plaisante. Et vous, la famille ?

Moins on en parle, mieux je me porte.

Sinon, on a un contrôle fiscal sur les comptes de Crémieux-optique.

Alors, je sais. Vous m'avez demandé de garder la direction effective..

...je ne peux pas revenir lĂ -dessus. Mais ?

Vous êtes bien dans les sons, hein ? Vous êtes en déficit pour l'année 40 et pour l'année 41 ça risque d'être pire.

Et... comment dire ? C'est inévitable, ce déficit.

Vous ne pouvez pas gagner d'argent..

Je vous ai dit que c'était ma danseuse.

Ça coûte une danseuse.

Oui, mais le problème c'est qu'officiellement c'est moi qui lui fait des chèques à votre danseuse.

Pourquoi vous continuez de vous approvisionner en zone sud ?

Ça vous coûte une fortune en ce moment.

Parce que c'est lĂ -bas qu'ils ont les meilleures optiques.

A Besançon, il y a un fabricant qui est très bien.

Crémieux-optique, c'est mon territoire, Raymond.

Oui, mais c'est moi qui vais avoir le contrĂ´le fiscal.

Un tel déficit sur une entreprise aryanisée récemment...

Les contrôleurs risquent de flairer quelque chose et de prévenir les affaires juives.

Raymond, un accord est un accord.

Je gère comme je l'entends.

Débrouillez-vous avec le contrôle fiscal.

Mais si je perds Crémieux-optique, il n'y a plus d'accord.

Qu'est-ce que ça veut dire, ça ?

Ça veut dire que la banque qui vous a prêté l'argent pour me racheter dénonce le prêt...

est-ce que c'est clair ?

Ouh... Je ne sais pas ce qu'il a.

Il est intenable, aujourd'hui.

Excusez-moi, Madame, mais si vous lui enleviez le petit pull. Je pense qu'il a trop chaud, lĂ .

C'est vrai que maintenant que vous me le dites, il est bien rouge.

On va l'enlever.

C'était toujours la même chose quand je gardais mes petits frères.

On va l'enlever.

Oh. Oui, oui, oui, oui, oui.

Bonjour.

Le Dr Larcher est lĂ  ?

Non.

Et... Madame ?

Madame Larcher !

Votre mari n'est pas lĂ  ?

Non. Je suis désolée. Daniel a eu un souci de famille.

Sarah, vous voulez bien aller coucher Te Quiero ?

Dans la petite chambre bleue.

Et vous ne savez pas quand il rentrera ?

Non. Vous savez ce que c'est, les soucis de famille, on sait quand ça commence mais...

On ne vous voit jamais aux cérémonies officielles.

Je ne suis pas très officielle.

Au vernissage des peintres bavarois, je pensais quand mĂŞme vous voir.

Ah vous aimez la peinture ?

Non. Ah bon !

Vous avez mal ?

Oh, pas encore beaucoup. Mais avant les grandes crises, il y a toujours des signes qui annoncent...

Vous ne faites pas d'ordonnance, par hasard ?

Ah non, malheureusement, non.

Et.. Vous ne savez pas si votre mari garde ici de la morphine en réserve ?

Si il y en a mais j'ai vraiment la consigne stricte de n'en donner qu'en cas d'extrĂŞme urgence alors...

Ah ! Vous... Vous avez vraiment mal, hein ?

Disons que c'est encore supportable.

Je suis désolée.

Mais bon. Daniel m'en voudrait si...

Non, non, non. Je comprends.

Une femme doit obéir à son mari.

Dites-lui seulement de m'appeler au plus vite dès qu'il rentre.

Bien sûr. Vous pouvez compter sur moi.

Au revoir. Au revoir.

Ah ! Daniel.

J'avais fini par croire qu'il était immortel.

Et votre Hortense, ça va ? Ça va, ça va.

Monsieur Marcel.

Clémentine, bonjour.

Entrez.

Donnez-moi vos manteaux.

Ça va, mon petit ?

Il est comment ?

Faible.

Une tension en chute libre.

Hypoxination.

Il est imprévisible, ton père.

Je lui ai fait une piqûre de dopamine.

Ce n'est pas un peu agressif, la dopamine ?

Je repasserai tout Ă  l'heure.

Merci, docteur.

Je vous accompagne.

Je crois qu'il dort.

Après toi.

Tu la connaissais, cette photo de maman ?

C'est moi qui l'avais emmenée chez le photographe à Trébeurden.

En 28.

Ah ! Daniel.

Ah ben dis donc.

Le petit Marcel !

Il faut vraiment que ce soit la fin !

Bonjour papa.

Ton frère me fera toujours rire.

Aucune nouvelle pendant cinq ans et puis "Bonjour papa".

Ah, cette fois, c'est la bonne.

Allons. Ne dis pas de bĂŞtise.

C'est bien que tu sois lĂ , Marcel.

Ce n'est pas que ça me fasse plaisir, mais...

C'est bien. Tu es toujours avec les bolcheviks évidemment.

J'ai arrêté la politique quand je suis sorti de prison.

Je te crois pas.

Tu as la révolte dans le sang depuis toujours. Les gens comme toi sont la ruine de notre pays.

Papa.

Non. Je sais ce que je dis.

Eh ! Vous avez marché avec les boches pendant des mois et puis du jour au lendemain la vie tombe droite.

Enfin, gauche.

Je te dis que je ne suis plus au parti, papa.

Papa, pourquoi parler de ça aujourd'hui. Il vaut mieux que tu te reposes.

Ne t'inquiète pas, je vais me reposer bientôt.

Mais avant, je voulais... Enfin, je tiens Ă  ce que...

J'ai refait mon testament il y a quelques mois. Papa !

Je te laisse tout, à part une petite pension pour Clémentine. Je suis fier de toi, Daniel. Fier de ce que tu as fait de ta vie.

De ce que tu fais Ă  Villeneuve.

C'est ça, le vrai courage.

Et toi Marcel, tu peux attaquer le testament. Tu es réservataire d'un tiers.

Mais un collectiviste comme toi, ennemi de la propriété...

...tu ne vas pas te battre pour du bien ? N'est-ce pas ?

Tu es content de toi ?

Assez.

Ça ne m'étonne pas.

Depuis toujours je te connais comme ça.

Égoïste, seul et content de toi.

Tu ne t'es jamais vraiment occupé de Daniel et moi.

Tu as brisé le cœur de maman...

...Ă  force de froideur, de remarques blessantes...

...jamais content, jamais un mot gentil.

Jamais je ne t'ai entendu dire que quelque chose sur cette terre était beau.

Tu ne t'es toujours occupé que de toi et de ton sale argent.

Marcel, tu vas trop loin.

Alors ton argent, tu peux te le garder, papa.

Tu peux même l'emmener au fond de ton cercueil si ça te chante.

Moi aussi, je suis content d'ĂŞtre venu.

Toi aussi, tu penses ça de moi ?

Mais non, papa, enfin !

Tu sais, Daniel, il n'y a qu'une chose qui cloche chez toi...

...tu ne dis jamais ce que tu penses.

Un jour ça te jouera des tours.

Asseyez-vous, Asseyez-vous, les enfants.

Je ne voudrais pas perturber le cours de Mademoiselle Lucienne.

Hé bien, je vous présente Hélène.

...qui rejoint la classe Ă  partir d'aujourd'hui. Donc je vous demande d'ĂŞtre gentils avec elle.

Tu as vu ses vêtements ? ...De manière à l'aider à rattraper son retard.

...encore que je suis pas sûr qu'elle en ait beaucoup, hein ?

Bienvenue parmi nous Hélène.

Alors je pense que tu vas t'asseoir entre Gustave et Marceau. Ça limitera leurs bavardages.

Marceau, pousse-toi.

Bien. Eh bien je vous laisse Ă  vos pieux enseignements.

Elle est jolie !

En ce moment, mon papa il a des problèmes.

Il est prisonnier ? Non, mais on est juste, quoi.

On habitait à Strasbourg. Mais l'année dernière on a dû quitter notre maison.

D'un seul coup.

J'ai été obligée de laisser toutes mes poupées.

Sauf une. Moi, j'ai un lapin, un vrai.

Il s'appelle capitaine Carotte. Je pourrai te le montrer un jour si tu veux.

C'est fini, oui ? Et la maîtresse, elle est comment ?

A Strasbourg, elle était très sévère.

Bah, elle est normale, quoi.

Oui, enfin, normale... Ben quoi ?

Qu'est-ce qu'elle a de spécial ?

Rien. Elle n'a rien, elle est normale.

Viens. Ludovic nous attend pour jouer aux billes.

Entrez.

Madame. Oui, Sarah.

Je suis vraiment désolée de vous embêter avec ça, mais comme Monsieur n'est pas là...

Il n'y a pas de problème Sarah, enfin vous travaillez pour nous deux. Qu'est-ce qui vous arrive ?

C'est encore cette histoire de nationalité française. Ma naturalisation n'est pas claire.

Enfin c'est ce qu'ils disent dans ce papier.

Je me suis dis comme Monsieur connaît beaucoup de monde, peut-être... Mais moi aussi !

...je connais du monde, Sarah.

Je connais mĂŞme quelqu'un qui pourrait vous aider.

Il suffirait que j'aille le voir.

Cet après-midi même.

Je ne veux pas vous déranger avec ça, Madame.

Mais vous ne me dérangez pas du tout, Sarah, enfin.

Écoutez, quand Te Quiero se réveillera, vous l’emmènerez faire une promenade

Bien, Madame.

Merci, Madame.

On fait le chargement. Au moins 50 sacs. Ça part à Béziers, là.

D'accord.

Et puis l'autre. L'autre, il s'en va Ă  Breuil.

Comment tu vas ?

Qu'est-ce qu'il veut, lui ?

Vous l'avez appelé ? Non.

Comment ça va, M. Schwartz ?

Moi, ça va. Pleine forme !

M. Caberni.

Vous voulez bien aller voir là-bas si j'y suis, Inès ?

Pardon ? Laissez nous deux secondes, s'il vous plaît. Merci

Alors ?

Comment se porte le... béton Schwartz ?

Ça va bien. Pas mal, hein ! A ce qu'on m'a dit, oui.

A la chambre de commerce, ils m'ont dit que vous alliez doubler les bénéfices pour 41.

Ils en savent plus que moi, alors.

Vous ĂŞtes trop modeste, Schwartz. Moi, je suis ravi pour vous, hein.

Il n'y a qu'une petite chose qui m'ennuie...

M. Schwartz. Figurez-vous que j'ai rencontré votre beau-père par hasard à Paris...

Un homme charmant, grande élégance, vieille France, la vraie, hein.

Finalement, ça n'est pas lui qui vous a fourni les fonds.

Non. J'ai eu une rentrée imprévue.

Ah, comprenez le. Un prĂŞt bancaire.

Tiens ! Que vous avez contracté exprès pour racheter Crémieux.

Ben oui !

Mais, vous ne m'en avez jamais parlé de ce prêt, dites moi.

Ben, je me suis décidé au dernier moment.

Et malgré vos petits soucis de trésorerie, la banque a donné son accord, comme ça ?

Ils sont curieux, pas clairs, vos banquiers. Je les ai appelés, figurez-vous..

Ils vous connaissent Ă  peine.

Quant à votre concurrent, il était prêt à offrir le double à Crémieux...

Alors je me suis il y a une petite conclusion qui s'impose.

Il vous en a donné combien, le youpin ?

Je ne vois pas ce que vous voulez dire.

Raymond, Raymond. Raymond. Vous permettez que je vous appelle Raymond ?

Et si je creuse un peu ce prêt, je suis sûr qu'au bout, je trouve Crémieux.

C'est un malin... Mais pas autant que moi. Alors, j'ai deux solutions.

Ou je vous balance aux affaires juives et vous perdez tout. Hé hé hé.

Je ne gagne rien. C'est idiot non ? Ou alors on y va ensemble, on balance Crémieux et on se partage sa boite 50-50.

Dans les circonstances actuelles, je suis le roi.

Un mot de moi et vous perdez tout. Vous vous retrouvez en prison, Schwartz.

Alors, disons que je vous laisse jusqu'à ce soir pour réfléchir. Vous êtes là, ce soir ?

Jusqu'Ă  19h. Bien. Et bien on dit 19h alors. Autant que ce soit discret.

Merci, Schwartz. Merci

Je ne peux pas. Il est hors de question que je m'excuse.

Je ne te demande pas de t'excuser, mais d'aller le voir.

Tu ne peux pas le laisser partir comme ça, tout seul.

Il n'est pas seul.

Il est en train de recommander son âme à son dieu.

Il est en train de mourir, Marcel.

La mort n'est pas une excuse, au contraire.

Même celle de ton père ?

Tu ne l'as pas entendu, tout Ă  l'heure ?

"C'est bien que tu sois venu, même si ça ne me fait pas plaisir."

On s'est tout dit, il me semble.

C'est terrible, ce que tu peux ĂŞtre rigide quand tu t'y mets.

Et toi, tu ne l'es pas assez.

Tu lui as toujours tout pardonné. Et ça t'a rapporté quoi ?

Je ne fais pas les choses pour qu'elles me rapportent !

Mais parce que je crois qu'elles sont justes. De ce côté là on est pareil, non ?

Tu me passes un peu de soupe.

Écoute, au nom de toutes les fois où je t'ai défendu, protégé, ou j'ai dit que

j'avais fait quelque chose alors que c'était toi...

...je te demande d'aller lui dire au revoir.

Vas-y Marcel. Dis lui ce que tu veux, mais vas-y.

Mes pauvres enfants.

C'est fini.

(Clémentine dit le Notre Père)

Clémentine, j'ai rédigé le certificat de décès. Si vous voulez bien...

C'est bizarre. C'est la première fois qu'il a l'air paisible.

C'est marrant que les filles et les garçons soient dans la même classe.

Je ne savais pas que c'était possible.

Ça, c'est depuis la guerre. Je ne trouve pas que ce soit si marrant que ça.

Tu n'aimes pas les filles ?

Ce n'est pas ça, mais elles font toujours des histoires.

Je fais toujours des histoires, moi ?

Toi, tu viens d'arriver. Je ne te connais pas.

Ça fait longtemps que vous êtes copains avec Gustave ?

Ouais

Pourquoi, tout à l'heure, tu as dit que la maîtresse elle était spéciale ?

Je ne sais pas. J'ai dit ça comme ça.

Ça c'est des mensonges.

Pourquoi tu poses toutes ces questions, aussi ?

Je ne sais pas. Je suis curieuse.

Comme toutes les filles, quoi !

Les autres filles elles ne posent pas de questions. Je ne parle pas avec les autres de toute façon.

Alors, la maîtresse, qu'est-ce qu'elle a de spécial ?

Mais tu es embĂŞtante Ă  la fin. C'est un secret, on ne te le dira jamais.

Viens, on va jouer.

Tu es déjà rentré du bureau ?

J'avais des papiers à régler.

Ça va ? Ça va, oui. Beaucoup de pression, mais ça va.

A ce propos, j'ai eu papa au téléphone ce matin.

Il va bien ? Ah oui. Il m'a dit qu'il avait croisé Caberni à Paris.

Qu'est-ce que tu manigances, Raymond ? Avec quel argent as-tu racheté Crémieux ?

- Avec le mien. - Tu n'en as pas ! Tu aurais pu me dire que tu n'utilisais pas l'argent de papa. Il est blessé, tu sais.

Pauvre papa.

C'est quand même lui qui est le patron de la scierie. Tu sais, il peut très bien changer de gérant.

Non, mais tu n'as pas compris que la scierie ça ne rapportait plus rien.

C'est le béton qui rapporte, Jeannine. Et le béton, il est à moi. Et papa, il ne peut rien contre ça.

- Tu le connais mal. - Qu'est-ce que ça veut dire, ça ?

Ça veut dire que Caberni lui a laissé entendre que l'aryanisation ne s'est pas faite dans les règles.

...que si papa prend la mouche, il relancera Caberni... et lĂ ...

...ils ne te lâcheront lus.

Alors, il vient d'oĂą, cet argent ?

Tu n'as pas fait de bĂŞtise, quand mĂŞme ? Laisse-moi !

Comme tu veux.

Tu vas à la cérémonie du retour des prisonniers ?

Pourquoi faire ?

Eh bien parce que c'est moi qui la préside ! Il y aura avant tout des familles et que...

je ne sais pas, il serait normal que tu sois lĂ , non ?

Je ne sais pas. Si mes rendez-vous me le permettent.

Monsieur Bodin.

Oui, c'est moi.

Vous avez vos papiers ? Oui.

Suivez-moi.

Madame Larcher.

Je vous prends entre deux rendez-vous.

Votre visite est une surprise, une excellente surprise.

Je viens juste parce que mon employée de maison a des problèmes administratifs...

Asseyez-vous.

Sarah Meyer, c'est ça ?

Quelle mémoire ! C'est indispensable pour un policier.

Je me rappelle très bien par exemple, de la première fois où je vous ai vue.

Ah bon. Je venais d'être nommé à Villeneuve. J'étais à la poste et vous êtes entrée.

Robe mauve avec une collerette à dentelle blanche et un chapeau rose vif, qui allait très bien avec votre rouge à lèvres.

Je ne me souviens pas du tout de vous.

Pourtant nos regards se sont croisés et vous avez rougi.

Ça m'étonnerait, je ne rougis jamais.

Et moi, je me trompe rarement.

La lettre, et je n'ai pas vu son nom, poste restante Ă  Dijon.

Je ne connais personne Ă  Dijon.

Et quand vous êtes partie, j'ai montré ma carte de la police allemande

à la postière, je lui ai demandé qui est cette femme rousse si belle.

Mais c'est la femme du maire, Mme Larcher. Surveillez votre langage, Monsieur, dis.

Alors Sarah Meyer a des problèmes. Quels problèmes ?

Elle est juive et en train de perdre sa nationalité française.

C'est un problème.

Tenez.

Et bien, vous ne l'ouvrez pas ?

Non. Cela fait partie des problèmes que je suis sûr de pouvoir résoudre.

Vous aurez le dossier complété par estafette demain au plus tard.

Bien.

Ah oui, j'oubliais. J'ai réussi à joindre Daniel par téléphone et... il m'a autorisé à vous donner cela.

Vous remercierez votre mari.

Merci Ă  vous pour Sarah.

C'est moi qui vous remercie d'ĂŞtre venue.

Non. Non. C'est moi qui vous remercie de m'avoir reçue.

Ma foi. Que des remerciements.

Ça va ?

Ça va !

Ton message étair un peu alarmiste.

J'avais envie de te parler et quand je te laisse des messages pas alarmistes,

j'ai l'impression qu'on ne te fait pas la commission.

Les journées sont courtes.

Ça se passe bien chez de Kervern et Morhange ?

Oui. On est un peu serrés, mais bon.

C'est provisoire.

Je pourrais facilement te trouver quelque chose.

Non merci.

Je ne comprends pas.

Tu me bats froid... On a vécu quelque chose d'important, quand même.

C'est de l'histoire ancienne, ça.

Pas pour moi.

J'ai mes enfants Ă  m'occuper.

J'ai une vie à essayer de gagner et je n'y arrive pas... Je ne sais même pas où est enterré Lorrain !

Parce qu'il est mort ?

Je croyais qu'il avait juste disparu.

Il est mort.

Et toi, la scierie ?

Oh, je devrais plutôt dire la bétonnière.

Tu es au courant ?

Tout le monde ne parle que de ça.

Raymond Schwartz qui fabrique des casemates pour les boches...

Je n'avais pas le choix.

On a toujours le choix.

Bon. Qu'est-ce que tu voulais me dire en particulier ?

Je traverse un moment un peu difficile.

Il n'y a qu'Ă  toi... J'avais envie de te parler. C'est tout.

J'y vais.

J'étais contente de te voir.

Tu ne rentres pas chez toi ?

Non. Mon père vient me chercher. Il m'a promis.

C'est loin la maison.

C'est oĂą ?

Je ne sais pas. Je ne connais pas Villeneuve.

C'est tout petit Villeneuve, mais je ne connais pas.

Ce n'est pas si petit, hein !

A côté de Strasbourg !

Je ne connais pas Strasbourg. Mais un jour mon papa m'a dit qu'il m'emmènera à Moscou, en URSS.

Ah bon !

Là d'où vient ta poupée. A Moscou tous les enfants ont du chocolat autant qu'ils veulent.

En ce moment c'est la guerre lĂ -bas. Tu sais les allemands bombardent. Ils ont pris Kiev.

Non, mais je veux dire après la guerre. Il m'emmènera après la guerre.

Mais dis donc, c'est dingue, ce que m'a dit Marceau, tout Ă  l'heure.

Qu'est ce qu'il t'a dit ?

Bah, pour la maîtresse, il m'a tout raconté.

Ah bon !

C'est incroyable, quand mĂŞme !

Il faut vraiment que tu ne le racontes Ă  personne, hein.

Juré

Marceau aussi, il avait juré.

Ce n'est quand mĂŞme pas si grave.

Si c'est grave. Mon père il dit que les femmes qui vont avec des Allemands c'est des moins que rien.

La maîtresse va avec un Allemand !

Excuse-moi, Chérie, j'ai été retenu.

Tu ne me présentes pas ton petit camarade ?

Oh ne fais pas la tĂŞte. Il s'appelle Gustave. Mon papa.

Bonjour Gustave. Bonjour Monsieur.

Il faudra que tu viennes goûter à la maison, un de ces jours.

Bon. Allons-y chérie, maman nous attend. A demain. Au revoir, Gustave.

Pour la tombe, il reste une place dans le caveau.

Il sera à côté de maman.

La mort fait des miracles.

Tu sais, je voulais dire, à propos de ce que papa a dit... sur l'héritage...

Je souhaite te donner la moitié de ce que je vais recevoir.

Je n'en veux pas de son héritage.

Ça ne vient pas de lui, ça vient de moi.

C'est pareil.

Non, ce n'est pas pareil !

Tu n'as pas envie d'améliorer l'ordinaire de Gustave ?

De lui acheter un manteau chaud pour l'hiver, une paire de chaussures neuves ?

Si mais pas comme ça.

Alors moi, est-ce que je peux lui acheter un manteau ?

Quand tu avais l'âge de Gustave, tu ne manquais de rien, Marcel.

Enfin, rien de matériel.

Laisse-moi au moins lui offrir un manteau.

Au marché noir.

Bah... évidemment au marché noir. Si l'on veut qu'il soit chaud.

Bon, d'accord. Va pour le manteau.

Tu passes prendre un verre à la maison ? On a juste le temps. Avant la cérémonie pour les prisonniers.

Non. Tu es gentil. J'ai un truc Ă  faire, ce soir.

J'aimerais aller embrasser Gustave avant. Tiens, laisse-moi lĂ . C'est plus facile, pour moi.

Merci pour tout. Pour la route, pour le petit. Pour tout.

Quoiqu'il arrive, je n'oublie jamais que tu es mon frère, tu sais.

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Bah rien !

Je suis content de te voir, c'est tout.

Alors comment ç'a été, ta journée aujourd'hui ?

Normal.

En fait, il y a une nouvelle fille en classe. Hélène, elle s'appelle.

Et alors ?

C'est une menteuse. Je ne l'aime pas.

Tu sais, parfois on est obligé de mentir.

Moi, quand j'ai menti, tu m'as toujours disputé très fort.

C'est vrai. Tu as raison.

Tu sais, aujourd'hui on a été à Moissey avec tonton Daniel.

Là où tu es né ? Oui, là où je suis né.

On y a été parce que ton papé, enfin le papa de tonton Daniel et moi... il est mort tout à l'heure.

Ah bon ! Hum. Il était très vieux, tu sais.

Tu dois ĂŞtre triste.

Oui. En fait, je ne sais pas. Tu ne sais pas si tu es triste ? Non.

Vous fermerez, M. Schwartz.

Le gardien, il n’arrive qu'à 11 h ce soir.

Ne vous inquiétez pas. J'ai encore du travail. Merci, Inès.

A demain, M. Schwartz.

A demain.

Ça n'a pas été trop dur ?

C'était juste... dur.

On l'enterre mardi.

Tu... Ça ne t'embête pas de venir à la cérémonie pour les prisonniers ?

Je ne peux pas. Sarah a pris sa soirée...

Je ne vais pas emmener Te Quiero...

Il y aura tout le gratin français... et allemand.

Daniel, écoute, si vraiment ça te fait plaisir, je peux essayer de m'arranger avec Sarah.

Tu es gentille. Oui. Pas souvent !

Daniel tu crois que tu m'aimeras toujours ?

Même après ma mort.

Hum... Je suis un optimiste. J'ai anticipé.

C'est ce que je vois.

Alors ?

Vous avez réfléchi.

Ouais Et vous avez décidé quoi ?

Vous ne me laissez guère le choix.

Oooh ! Quand on n'a pas le choix, la vie est beaucoup plus simple, non ?

Hein, c'est de devoir faire des choix qui fout le bordel dans ce bas monde.

On va se le faire, le youpin. Aux petits oignons.

On va se le faire. On va se le faire. On va se le faire.

Il faut frapper les Boches partout oĂą on peut. Il faut qu'ils aient peur de nous.

Les camarades ont abattu un officier à Paris au métro Barbès, en août...

un autre à Tournai, en Belgique... On t'écoute.

Excusez-moi, mais j'avoue que je ne comprends pas en quoi le fait de

descendre quelques Boches va influer sur la situation en URSS.

Ils seront obligée de mobiliser des troupes pour assurer l'ordre.

La répression, ça fera autant de moins sur le front russe.

Il parait que l'idée vient du camarade Staline lui-même.

Oui. Enfin, je ne sais pas, c'est un truc de terroriste, quoi. Abattre comme ça un type, de sang froid !

Je veux dire, un soldat allemand, c'est aussi un travailleur comme nous.

Un travailleur sous l'uniforme.

Tu as peur, c'est ça ?

Évidemment que j'ai peur mais la question n'est pas là.

Est-ce que en tant que militant internationaliste, on peut descendre de sang froid un travailleur ?

Ah, ça c'est vrai que c'est quand même une vraie question.

Vous avez raison tous les deux. C'est pourquoi la direction clandestine préconise d'abattre uniquement des officiers.

Écoutez, moi j'ai rejoint le parti parce que c'était le seul qui s'opposait à la vie chère, au marché noir, aux réquisitions...

et qui demandait le retour de nos prisonniers. Mais je crois que Paul a raison. On ne peut pas faire ça.

C'est la ligne, camarade.

Mais, on ne va pas suivre la ligne comme des moutons. Surtout quand il s'agit de tuer quelqu'un.

Et puis les Boches ne se laisseront pas faire. Si on en descend mĂŞme un ou deux, ils vont fusiller des otages.

C'est déjà fait. Une dizaine de camarades ont été fusillés en septembre à Paris.

Mais alors comment vous pouvez défendre une action qui mènerait à coup sûr à l'exécution d'un de nos camarades ?

N'importe lequel d'entre nous pourrait ĂŞtre otage aujourd'hui. Vous voudriez

faire un attentat qui condamnerait celui-lĂ  ou celle-lĂ  Ă  mort ?

Je dois dire que...

Moi, je pense qu'il faudrait voter.

Voter ! On n'est pas chez les sociaux-démocrates.

C'est la ligne, bordel !

Je suis d'accord avec toi.

On n'est mĂŞme pas une instance statutaire. Ce vote ne vaut rien.

C'est la guerre camarade, les règles habituelles... Nous risquons tous notre vie, dans cette affaire.

Ce sont des actions qu'on ne peut pas réussir si l'on n'est pas complètement convaincu.

Je propose donc qu'on vote, à main levée.

Bon. Très bien. Mais avant de voter écoutez-moi bien, camarades.

Aujourd'hui une grande partie de la population pense encore que les boches sont corrects.

Que l'occupation ce n'est pas marrant, mais ce n'est pas si grave.

Si on tue des boches, oui ils fusilleront des camarades, de plus en plus, mais qu'est-ce qui se passera ?

Les gens comprendront enfin qui sont les nazis. Et verront que ce sont des communistes qu'on fusille !

Alors, au bout d'un moment, je peux vous dire, ils nous rejoindront en masse.

Tu parles de nos camarades comme si c'étaient des pions dans un jeu d'échec.

Le camarade Staline l'a dit : "Nous sommes tous des pions de la révolution."

Mais la question est de savoir, est-ce qu'on reste les bras croisés devant le processus historique...

...ou est-ce qu'on s'en empare ? Comme les bolcheviks en 17, comme des vrais révolutionnaires...

...tous les gens ici qui sont des vrais communistes doivent voter pour appliquer la ligne.

Bon. Camarades, c'est bientôt le couvre-feu. Maintenant, il faut qu'on se décide.

Qui est pour l'action préconisée par la direction clandestine ?

4 sur 9.

5 sur 9 camarade.

La motion est adoptée.

Les camarades qui ne veulent pas participer Ă  l'action doivent maintenant partir.

On vous recontactera plus tard.

Tu as déjà changé d'avis ?

Non.

Mais un vrai communiste respecte le vote des camarades.

Bien. Demain rendez-vous avec un camarade de Paris pour coordonner l'action.

Déjà ! Oui. La direction veut qu'on fasse très vite.

Mais enfin, comment on va faire, sans formation, sans argent... sans arme ?

C'est avec une grande émotion que nous sommes réunis ici pour fêter le retour

de nos deux villeneuvois qui viennent de traverser une bien dure épreuve.

La joie de leurs familles est notre plus belle récompense. Et nous remercions nos amis allemands, je dis

bien nos amis qui suite aux efforts incessants du Maréchal Pétain et de la mission Scapini...

ont rendu possible cette libération que nous attendions depuis des mois.

Nous remercions aussi Mme Schwartz la présidente d'honneur de la maison du prisonnier de Villeneuve...

...qui a organisé cette cérémonie.

Et puis mes chers amis, assez de discours. Je vous propose de nous retrouver autour d'un verre de l'amitié

pour fêter le retour de nos deux prisonniers, un retour qui, nous l'espérons tous, en prépare d'autres...

Bon retour, mes amis. Vous avez besoin de repos. Reposez-vous.

Vous voulez manger, les enfants ?

Excusez-moi. Excusez-moi. Excusez-moi. Vous permettez ?

Merci.

Je croyais que vous n'étiez pas très officielle ?

Seulement pour les grandes occasions.

Dites-moi vous vous intéressez à la peinture ou...

Oui. Oui, j'aime ça. J'ai pris des cours de dessin quand j'étais jeune et j'aurais rêvé être peintre.

...dans une autre vie, bien sûr.

Dans une autre vie, je vous aurais plutôt vu comme modèle.

Vous voyez que vous rougissez.

C'est l'alcool !

En ce moment dans mon bureau, j'ai deux toiles exceptionnelles, un Marique et un Mouzon.

Un Marique !

Vous voulez les voir ?

Tout va bien, ma chérie ?

Oui. Nous discutons peinture avec M. Muller.

Peinture ! Oh alors, je m'éclipse.

Excusez-moi.

Enfin, tu m'avais promis d'ĂŞtre lĂ  ! Ben, je suis lĂ .

Tu as vu l'heure ?

Pardon.

C'est espagnol ? C'est nouveau. Tu ne trouves pas ?

Oui.

Raymond. Hai ! Ça va ? Ça va. Et toi ?

HĂ© bien, c'est bien.

Mes compliments, Madame Schwartz. Dites, je n'ai pas pu vous présenter mes condoléances. Je suis désolée pour vous.

Je vous en prie. Merci.

Son père est mort cet après-midi. Ah. Mes condoléances. Merci.

Docteur, excusez-moi. Je ne me sens vraiment pas bien.

Ce doit ĂŞtre le champagne.

Non. J'ai mal au ventre depuis ce matin.

Venez avec moi. Je vais ouvrir un bureau.

Pardon.

L'après-midi, vers trois heures. Oui, enfin je ne sais pas si je pourrai...

Bah, quand vous saurez, vous me téléphonerez.

Alors vous croyez que ce n'est pas l'appendicite ?

Pour l'instant, je ne sais pas.

Ça fait longtemps que vous avez mal comme ça ?

Quelques jours, mais lĂ  c'est de pire en pire.

Quand j'appuie lĂ  ? J'ai rien.

Et lĂ  ?

Je vais peut-ĂŞtre vous faire un peu mal.

Je vous rassure. Vous n'avez pas l'appendicite. Vous n'avez rien. Enfin, aucune maladie.

Tant mieux.

Vos dernières règles, elles remontent à quand ?

Je crois que vous ĂŞtes enceinte.

Mais enfin, qui est le père ?

Je sais un secret sur elle.

Il n'y a pas de père.

Si j'étais juive, vous me le reprocheriez ?

Sûrement.

Si vous étiez juive...

Vous auriez peur de moi.

La fornication hors des liens sacrés du mariage conduit toujours au malheur.

Je vous en prie.

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