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Tu crois que ça peut être des Boches ?
Pas en zone sud !
C'est dans les bureaux du premier.
Passez voir à côté.
Dans le bureau, lĂ . Oui !
Je les ai.
Je les ai.
C'est Noël !
On a de la chance. Ils ne sont pas tamponnés !
On pourrait en profiter pour prendre d'autres trucs.
Non, non. Seulement les tickets.
Il y a quelqu'un ?
C'est toi, André ?
Il y a quelqu'un ?
Qui est lĂ ?
Monsieur le maire, c'est vous ?
Tu as les tickets ?
Merde !
Oh, j'y vais.
Pas question !
Reviens.
Viens me couvrir.
Je lui avais pourtant dit de ne pas y aller. Bordel !
Ce sont des balais. C'est lĂ .
Il nous reste 20mn pour passer la ligne.
Tout ce que je sais, c'est qu'elle a été transférée dans la nuit à la gendarmerie de Seurre.
Je lui avais dit de ne pas y aller.
Tu m'as entendu, non ?
Les camarades impliqués dans l'action clandestine doivent obéir aux ordres.
Et ta Suzanne, elle n'obéit jamais.
Si tu n'avais pas oublié les tickets, elle n'aurait pas eu à désobéir !
Mais on a peut-ĂŞtre mieux Ă faire qu'Ă s'engueuler, non ?
La question, c'est : est-ce qu'elle va nous balancer ou pas ?
Tu vas à l'école un dimanche !
C'est pour préparer une surprise à la maîtresse.
C'est son anniversaire, demain.
Ils vont décorer la classe et préparer un gâteau.
Aaaah !!! Ben je comprends que tu sois pressé d'y aller.
Bon hé bien j'y vais, hein.
Gustave !
Oui, je sais. Je ne les ai pas vus tes copains.
Et tes mômes, ça va ?
On pourrait éviter les détails personnels.
Bon, camarade, Suzanne, c'est toi qui nous l'a amenée.
...c'est toi qui la connais le mieux. Tu crois qu'elle va parler.
Je te rappelle qu'en janvier lorsque les RG de Dijon l'ont prise, elle n'a rien dit.
Depuis juin ce n'est plus pareil. Ils cognent maintenant.
Non, pas les RG.
Les Boches, oui, mais pas les RG.
Elle ne parlera pas.
S'ils font le lien avec son histoire de février, ils vont vraiment la pressurer.
Je te dis qu'elle ne parlera pas !
Roland ?
On se découvre devant un officier de l'armée allemande, M. Schwartz.
Ma secrétaire m'a dit que vous vouliez me voir à propos des tranchées ?
Ça m'a un peu surpris un dimanche mais bon !
M. Schwartz, je suis obligé d'annuler le marché passé avec votre entreprise.
Vous voulez dire celle qui était prévue pour l'automne ?
Tous les marchés, M. Schwartz.
Mon intendance a examiné ces contrats. Ils ne sont pas du tout intéressants pour l'armée allemande.
Trop chers, trop lents.
Ça, attendez, on peut en discuter.
Merci d'ĂŞtre venu. Bon dimanche.
Attendez. J'ai quand même un contrat signé par votre prédécesseur qui court jusqu'en janvier prochain.
Un contrat est un contrat.
Je croyais que nous avions gagné la guerre, M. Schwartz.
La Wermacht ne veut plus travailler avec vous.
Vous allez nous poursuivre en justice ?
On vous paiera la livraison de septembre bien sûr.
Vous avez bien gagné, depuis 6 mois, non ?
Vous ĂŞtes sages, hein.
Ne bougez pas.
J'ai envie de faire pipi.
Après, Justin.
Ça, alors !
Si je m'attendais !
Bonjour les enfants.
Et ils vous ont libérée quand ?
Eh bien il y a une semaine.
Allez. Entrez, entrez.
Donc la maîtresse arrive, c'est Lucienne. Toc toc toc. Hop. Elle vous voit tous dans la classe.
Elle va se demander ce qui se passe et puis elle verra l'inscription.
D'accord ? Marceau, s'il te plaît.
Et là , l'un d'entre nous arrive avec le gâteau et la bougie.
Moi, M'sieu ! Moi, M'sieu ! Moi, M'sieu !
Ce sera ...moi. Comme ça, pas de jaloux.
M'sieu, mais elle est où, la maîtresse ?
Elle passe la journée chez son père, elle rentre tard.
Mais elle risque de voir tout ce qu'on aura préparé.
Avec le couvre-feu, aucune chance qu'elle allume. D'ailleurs elle passe toujours par derrière.
M'sieu ? Quoi ? Comment on va préparer un gâteau, surtout un dimanche ?
Système B, Larcher, système B.
C'est quoi, le système B ?
B comme Bériot.
C'est un 3/4, une recette de ma mère : sucre glace, amandes, et le plus beau...
C'est quoi ?
Pépites de chocolat.
Mmmmmm Hoooooooooooo !
Délicieux... Vous ne les mangez pas, hein.
Vous les posez sur le gâteau. M'sieu ! Oui ?
Et si on mettait des guirlandes dans la classe, ça ferait plus joli.
Des guirlandes ? Oui comme à Noël. On avait fait des belles guirlandes à Noël avec du papier gommé.
Qu'est-ce que tu racontes. On n'a même pas fêté Noël.
C'était l'année d'avant, M'sieu.
Avec Madame Morhange.
Ah, oui.
C'est celui-la.
Fermé !
Qu'est-ce qu'on fait ?
Bah... Euh... On va demander la clé à Mr Bériot. Il a forcément toutes les clés.
J'ai trouvé un bout de fromage.
C'est très bien.
J'ai très faim.
Tiens, là il n'y a pas d'étiquette. C'est peut-être celle-là .
Ah ben, Gustave ?
Ça va, Gustave ? Oui, oui, ça va.
Tu as vu une bĂŞte, quelque chose ou quoi ?
Non, non. C'est juste que...
En fait... elles n'y sont pas les guirlandes.
Elles n'y sont pas.
Tu veux dire que tu as ouvert le placard ?
Oui, et il n'y avait rien.
En fait, je me souviens maintenant. Madame Morhange les avait jetées les guirlandes.
C'est bĂŞte.
Le placard n'était pas fermé à clé ?
Non, M'sieur.
Mais enfin, ces boches, ils sont incroyables !
Ils annulent tout ?
Ils paieront la livraison de septembre et puis c'est tout.
Tu lui as dit que tu avais un contrat ?
Jeanine !
Tu vas faire quoi ? Je ne sais pas.
En travaillant pour les boches on a perdu la plupart des autres clients.
Et si on les perd, c'est la clé sous la porte.
Votre thé, Madame.
Laissez, Joséphine. Je m'en occupe. Allez !
Celle-lĂ elle n'est pas juive, mais elle est pire que Sarah !
Tu sais qu'elle sert chez les Larcher, Sarah, maintenant ?
C'est moi qui lui ai demandé de la prendre.
Ah bon !
Mais comment tu as pu laisser la scierie devenir à ce point dépendante des allemands, alors ça, ça me dépasse.
Quand papa va savoir ça !
Ton père ? Ben tu te fiches de moi ?
Tu ferais mieux de lui demander ce qu'il peut faire pour qu'on garde le marché.
Mais, il ne peut rien faire.
Il a des contacts avec les gens de Vichy, pas avec les allemands.
Non. Le seul qui pourrait peut-ĂŞtre faire quelque chose c'est... Larcher.
Daniel ? Qu'est-ce qu'il a Ă voir lĂ -dedans ?
Il est maire. Il bouffe du boche toute la journée. Il va finir par bien les connaître maintenant.
Bon, enfin, il fait ce que les boches lui demandent de faire et pas l'inverse.
Mon pauvre ami. Mais tu ne comprends rien Ă la politique. Je vais l'appeler.
Je suis désolé. C'est tout ce que j'avais à vous offrir.
C'est très bien.
Oh.. Je n'aime pas les pommes !
Raoul ! Bah c'est tout ce qu'il y a, bonhomme.
Je peux mettre la radio ?
Si tu veux, mais pas trop fort.
C'est le gros bouton, lĂ .
Tu veux une pomme toi ?
Oui, merci.
Vous avez des nouvelles de Mr Schwartz ?
Il est complètement avec les boches maintenant.
Vous, vous avez un peu de côté ? Enfin, je veux dire, de quoi voir venir ?
Je dois pouvoir prétendre à une prime de veuvage, mais pour cela il faut que...
...j'aie le certificat de décès de Lorrain.
Vous savez où il est enterré ?
Non... Mais je peux me renseigner.
Ce serait gentil Ă vous.
Ah... C'est Marie Germain.
...mon amie des Essarts. Bonjour.
Madame.
Et puis voilĂ Raoul et... Justin.
Eh bien, dites bonjour ! Bonjour Madame.
Bonjour.
On peut se parler deux minutes ? Oui, bien sûr. J'arrive.
Tu leur as proposé de rester ?
Oui.
Une nuit ou deux.
...voire trois.
Elle sort de prison. Elle n'a plus rien.
J'irai prendre des couvertures Ă la mairie.
Judith, c'est moi qui l'ai entraînée là -dedans.
Il faut bien que je l'aide un peu, non ?
Oui, je sais.
C'est juste que ça tombe mal. Je n'aime pas être malade devant des gens, surtout des enfants.
Ça va s'arranger, ça.
Papa ?
Oui.
A quoi ça sert, la géométrie ?
Ben je ne sais pas. Pourquoi ?
C'est ennuyant.
Ennuyeux !
Papa.
Oui.
Une femme de chez nous qui va avec un Boche, c'est grave ?
Je ne sais pas. Pourquoi tu demandes ça ?
Mais réponds, Gustave !
Pourquoi tu...
Va dans ta chambre, Gustave.
Mais je n'ai pas fini.
Et bien tu finiras en haut.
Lave-toi bien les dents.
Comment ça c'est passé ?
Ah, j'ai eu une de ces chances !
Je leur ai monté un baratin. Moi-même je n'y aurais pas cru !
Tu veux de la soupe ?
Ce n'est pas de refus.
Imagine ma réaction quand j'ai entendu la voiture.
Ça, c'est sûr que...
Heureusement, j'avais eu le temps de remettre les tickets dans le tiroir.
Du coup, quand les gendarmes sont arrivés ben... euh...
J'ai joué la simplette. Merci.
Ils n'avaient pas grand chose Ă me reprocher en fait.
Mais... et pour la porte ?
Ben j'ai dit qu'elle était déjà fracturée.
En fait, j'ai expliqué que... j'étais sans nouvelles de mon mari prisonnier en Allemagne...
...qu'on m'avait dit qu'il y avait des listes Ă la mairie des Essarts...
...que ça faisait des semaines que j'essayais d'appeler, que personne ne répondait...
...et que du coup quand j'étais passée, j'avais vu la porte entrouverte...
...j'en avais profité, j'étais rentrée.
Mais, le couvre-feu ?
Tu as dit quoi ?
Ben... que j'avais du vague à l'âme.
Que j'avais envie de me promener, de prendre l'air.
Ça a marché.
Oh... Quand les camarades vont savoir ça !
Bien dormi ?
Non. Ça ne passe pas.
Ça ne marche pas ton truc de dormir en chien de fusil. J'y pense toute la nuit alors je ne dors pas.
Ça va passer.
Non. Ça ne passe pas. Ça dure depuis des semaines, ça ne passe pas.
Le dos ça peut durer... ça passe.
Il suffit de ne plus y penser.
Je voulais te dire, on fait un dîner ce soir, pour les Schwartz.
Ah bon. Raymond a des problèmes avec le nouveau commandant allemand.
La scierie est menacée.
Alors j'ai invité Henrich Muller, tu sais le flic du SD, celui que je sers en morphine.
Et puis Servier.
J'ai demandé à Sarah de faire du confit.
Et quoi ? Tu veux que je sois lĂ ?
Hortense, tu es ma femme.
Et tu crois que c'est de ça dont j'ai envie en ce moment ? Un dîner mondain avec un sous-préfet et un policier.
Tu as quelque chose contre les policiers maintenant ?
Nous y voilĂ . Tu ne peux pas t'en empĂŞcher, hein ?
Excuse-moi. C'était idiot.
Excuse-moi.
Écoute, fais moi plaisir. Viens ce soir. Si tu n'es pas là , ça va jaser.
J'ai trop mal au dos pour rester assise toute la soirée, Daniel.
Tu vas bien dîner.
Tu es bien assise en train de prendre ton petit déjeuner, là , non ?
Je n'ai pas le courage d'affronter le regard des gens. D'accord ?
Tu voudrais... Tu voudrais...
...prendre un peu de distance, voyager avec Te Quiero ?
Tu pourrais aller prendre les eaux à Trébeurden si ça te dit.
Tu avais aimé il y a deux ans.
C'est tout toi ça. Fuir, partir. Éviter les problèmes...
Je n'ai pas envie de voyager, Daniel. J'ai juste
...pas envie de paraître à ton fichu dîner. Tu peux te mettre ça dans le crâne.
Vous avez pu dormir ?
Oh, oui. C'est vraiment gentil de nous accueillir chez vous.
Oh, je vous en prie. Tiens.
Je n'aime pas ça. Raoul !
Excusez-le.
Non, ce n'est pas grave.
Vous en voulez un peu ?
Oui. Merci.
Qu'est-ce que tu fais, comme métier, toi ?
Policier.
Mais lĂ , je suis en vacances.
Papa disait que les policiers de toute façon ils n'avaient pas inventé la poudre.
Raoul ! Non, non. Laissez.
Tu sais, la poudre, les Chinois l'ont inventée il y a très longtemps.
...alors plus besoin de l'inventer, maintenant. Hein ?
Allez. Va t'habiller.
Mais quand est-ce que vous avez fait ça ?
Hier. J'ai fait venir la garde rapprochée.
Bon hé bien il faut souffler la bougie. Les bougies sont en...
La garde rapprochée, les assiettes.
Doucement, doucement Oh, oh, oh, les goinfres.
Attendez, attendez, il y en aura pour tout le monde.
Tiens, Lucien.
Mais comment vous avez fait un si bon gâteau ?
Système B, maîtresse.
Ça va ?
Non. Ce n'est pas juste, je n'ai pas eu de pépite de chocolat sur ma part de gâteau.
Dis, Gus. Qu'est-ce que tu as donc vu hier ?
Tu étais où hier ?
Si tu me dis ce que tu as vu hier... Je ne te le dirais pas.
Si tu me le dit, je te donnerai 4 carrés de chocolat !
4 carrés de chocolat ?
D'oĂą tu les sortirais ?
Mon père c'est un monsieur important.
...alors les Allemands ils lui donnent des trucs.
Si tu me dis ce que tu as vu, on va chez moi et je te file 4 carrés de chocolat et au lait...
...et pas de l’ersatz, hein, je peux te dire.
Mais il ne faudra le dire Ă personne hein. Promis ?
Alors ?
Qu'est-ce que tu as vu ?
J'ai vu la maîtresse qui embrassait un Boche.
Je voulais vraiment vous remercier pour ce matin.
Ce n'est pas grand chose. Ce n'est rien, mĂŞme.
Quand même, un gâteau avec des pépites de chocolat... Je vous dis que ce n'est pas grand chose.
Je vais peut-être effacer le tableau pour pouvoir dessiner pour la leçon de choses.
Ben oui, oui. Vous avez raison, oui.
Vous faites quoi, comme leçon de choses ?
Les fleurs des champs.
Ah, le charme de la pâquerette et du coquelicot !
Elle est jolie, votre bague. Je ne l'avais jamais remarquée.
Oui. Elle vient de ma mère.
Enfin, c'est mon père qui me l'a donnée. Ah bon !
Quand ça ? Hier Faites voir.
Ah, c'est drĂ´le.
On ne dirait pas qu'elle est aussi ancienne que ça.
Elle a été bien conservée.
Mon père est presque maniaque.
Je sais tout, Lucienne.
Hier soir, j'ai vu le feldwebel Kurt...
...qui sortait de votre chambre.
Je n'y crois pas Ă ton histoire.
Comment ça, tu n'y crois pas ?
Depuis juin des dizaines de camarades se sont fait arrêter. Aucun n'a été relâché comme ça.
Ils ne savaient pas que j'étais une camarade.
Sinon, évidemment...
C'est dingue, ça !
On a la chance qu'elle soit passée au travers et...
Tout camarade qui a eu affaire à la police doit être considéré comme suspect.
Je ne comprend pas qu'ils t'aient crue pour la porte fracturée.
Ben ils ont bien vu qu'elle avait été ouverte au pied de biche.
Comme ils ne l'ont pas retrouvé...
Et puis j'ai eu le temps de remettre les tickets dans le tiroir.
Ils n'ont rien Ă me reprocher.
Ils n'ont pas retrouvé la trace de tes arrestations précédentes ?
Non. Je crois qu'ils n'ont pas cherché.
De toute façon, la communication ne passe pas bien entre les deux zones.
MĂŞme chez les flics.
C'est bizarre, quand même, qu'ils ne t'aient pas gardée plus longtemps.
Au moins pour vérifier ton identité.
Ah ben, je ne vais pas m'en plaindre.
Ç’avait pas l'air d'être des lumières, tu sais.
Couvre feu dans 10mn.
Bon... J'accepte ton histoire.
Mais par sécurité, on va te faire des faux papiers.
Bah entre cette fois ci et ton truc de novembre, tu as trop de casseroles.
Il faut qu'on trouve un autre plan.
...pour les tickets de ravitaillement.
On doit absolument ĂŞtre capables d'aider nos camarades dans le besoin.
...et les femmes de ceux qui sont en prison.
J'ai une idée.
Et bien tu te la gardes.
Ton comportement de l'autre nuit nous a tous mis en danger.
Tu as désobéi à mes ordres.
Dans notre prochaine réunion, je te demande de faire ton autocritique.
Depuis le mois de juin, on est en guerre contre les Boches, camarade...
...et une guerre ça ne se gagne pas sans obéir aux ordres.
Vous allez bien ?
Bonjour Monsieur.
Ça fait plaisir de vous voir.
Ça se passe bien, ici ?
Oui, très bien.
Par ici.
Comment allez-vous ?
Ah, bonsoir Raymond. Jeannine n'est pas avec vous ?
Mais non. Kolwitz n'a pas voulu lui donner d'ausweis.
Ah. Il est difficile ce nouveau kreiscommandant.
On en vient Ă regretter von Ritter.
Et madame Larcher, elle n'est pas lĂ ?
Non. Elle est souffrante. Désolé.
Son dos. Excusez-moi.
Bonsoir, Monsieur le sous-préfet.
Bonsoir.
Je vous en prie, Monsieur Schwartz est déjà arrivé.
Vous allez bien ? Bonsoir.
Messieurs je vous sers un petit verre Ă boire ?
S'il vous plaît.
Vous allez bien Monsieur Schwartz ? Très bien.
Elle était chez vous cette petite, avant. Non ?
Oui. Mais Jeannine ne l'aimait pas.
N'empêche que c'est une fille très bien.
C'est courageux de la part de Larcher de l'avoir pris chez lui.
C'est étonnant comme souvent les juives sont belles.
Vous ne trouvez pas ?
...pourtant tout le monde...
...parce qu'il ne ment jamais.
Quand ses parents lui demandent...
est-ce toi qui as...
Il n'est pas facile ce Kolwitz, hein.
Il applique la stratégie actuelle : faire fermer vos entreprises pour que vos employés n'aient plus de travail ici...
...et aillent travailler en Allemagne.
Ce n'est pas très sport tout de même.
Disons que c'est de bonne guerre.
Nous avons besoin de bras et...
Et il n'y aurait pas un moyen de l'amadouer et qu'il achète mon bois...
...Ă un autre service que la Wermacht ?
M. Schwartz, ne le prenez pas mal, mais dans le Jura, le bois n'est pas très difficile à trouver.
Si le bois ne l'intéresse pas, dites-nous ce qui l'intéresse.
Le béton.
Comme nous allons rester, en tout cas encore quelques temps, la Wermacht a besoin de béton, en grande quantité.
On ne fabrique pas de béton en Allemagne ?
Si, si sauf que tout ce qu'on fabrique part en Pologne, en Bohême et en Grèce.
Fabriquez du béton et vous allez très vite devenir un grand ami à Herr Kolwitz.
Messieurs, je vous propose de passer Ă table.
Écoutez, Schwartz, je dis peut-être une bêtise, mais l'entreprise Crémieux est à vendre, non ?
Oui. Il me semble.
M. Muller, Raymond, M. Le sous-préfet ?
Crémieux est le plus gros fabricant de béton sur tout le Jura.
Avec l'appui de votre beau-père vous pourriez l'acquérir.
Ça ne doit pas être bien cher.
Mais, attendez. Crémieux il est israélite, non ?
C'est justement pour ça qu'il est à vendre.
Cela veut dire que je rachète Crémieux dans le cadre d'une procédure d'aryanisation. C'est ça ?
La préfecture vous soutiendrait à 100%.
Et on vend le béton aux allemands.
Et vos ennuis disparaissent comme neige au soleil, comme on dit chez vous.
Qui parle de soleil ?
Chérie !
M. Muller, je vous présente ma femme.
Ravie de vous rencontrer.
Haaaaaa.
Sarah
Préparez un couvert pour Madame.
Comment allez-vous ?
Monsieur Servier. Bonsoir.
Lucienne !
Lucienne.
Tu n'es pas venue, tout Ă l'heure ?
Monsieur Bériot sait tout.
Il nous a vu hier.
Il ne faut pas que tu restes ici.
Qu'est-ce qu'on va faire ?
Il faut qu'on arrĂŞte de se voir.
C'est la seule solution.
On va se dire au revoir comme ça !
Il faut que tu partes.
Je t'en prie.
N'importe qui peut venir ici. Surtout lui. S'il te voit, maintenant, je ne sais pas comment il réagirait.
Il faut que tu partes.
Il faut que tu partes.
Si-si, si-si. Dites nous ce que vous pensez des Français, de l'esprit français.
On ne demande qu'Ă apprendre, vous savez.
Mais ils sont très bien, les Français...
Hein ? Heureux comme Dieu en France, comme on dit chez nous.
C'est un cliché, ça, M. Muller.
Oui, c'est un cliché, d'abord parce que je ne crois pas en Dieu...
et ensuite parce que c'est nous qui sommes en France.
Et nous ne sommes pas Dieu, croyez-moi.
Alors, sortez du cliché.
Les Français... ne nous aiment pas beaucoup.
...mais enfin, vous savez, on ne vous aimait pas beaucoup non plus quand c'était vous qui occupiez notre pays. Alors !
C'est vrai.
Il faudrait interdire les guerres.
Oui mais qui aurait le pouvoir de les interdire, Monsieur ? La SDN ?
C'est votre dos ?
Vous voulez que je vous fasse une piqûre ?
Ça passera tout seul.
Une blessure de la grande guerre, m'a dit Daniel ?
Vous avez fait la grande guerre ?
A part les planqués, on a tous fait la grande guerre chez nous dans ma génération.
Mais nous aussi, vous savez.
Alors... Cette blessure, racontez-nous.
Mais tu ne vas pas embĂŞter M. Muller ! Ah non, non, non, non.
Ça ne m'embête pas. C'est la blessure qui m'embête.
C'était en 1917, quelque part dans la somme, dans un village qui s'appelait Briar...
L'ennemi, c'est à dire vous avait bombardé pendant trois jours et trois nuits...
Qui n'a pas vécu un bombardement de ce genre ne peut pas savoir ce que c'est.
On croit qu'on va devenir fou.
On ne peut plus dormir, plus manger, plus penser...
On croit que ça ne s'arrêtera jamais.
...mais le troisième jour ça s'arrête !
Le sergent nous fait sortir des abris. Lentement on remonte notre nez au-dessus de la ligne, pour voir...
Plus d'armée !
Plus de soldats, mais on ne pouvait pas marcher trois pas sans tomber tant la terre était meuble.
Et soudain, dans la fumée, on voit les français, avec leur baïonnette au canon...
...avec leurs officiers qui sifflent.
Je les vois encore courir vers moi...
...et le corps à corps a duré trois heures. J'ai pris une balle dans l'épaule et...
...un coup de baĂŻonnette dans le dos.
...et c'est la baĂŻonnette qui...
...Ă un moment, j'ai...
...j'étais par terre. Il y avait un type qui s'est penché sur moi et...
qui voulait m'achever...
...et j'ai pu l'égorger avec son propre couteau.
...et tout ça pour perdre la guerre !
Oui... Vous en avez gagné une autre depuis.
Maman. Oooooh !
Tourne-toi. Ce n'est pas grave.
Qu'est-ce qui se passe ?
Rien. Il a fait un cauchemar.
Vous devriez lui donner un peu d'eau. Ça les calme, parfois.
En fait, il a fait pipi au lit. Je crois que ce n'est pas bien qu'il boive le soir.
Oh, vous auriez dû me prévenir. Je vous aurait donné une alèse.
Je suis désolée. Je croyais que son problème lui était passé.
Je vais vous chercher des draps propres.
Merci.
Aryaniser. Je me demande si lĂ , on ne va pas trop loin.
Pourquoi tu dis ça ?
Papa m'a raconté comment ça se passe : on paie le juif une misère qu'il ne pourra même pas toucher avant la fin de la guerre...
...pour l'exproprier avec son accord !
Non. Mais je ne vais pas pleurer pour un juif, comprends moi bien...
...mais, les allemands, ils finiront bien par partir...
...et ça vaudra quoi, ces aryanisations ?
Je ne te comprends pas. De toute façon Crémieux, il va être aryanisé.
Alors autant que ce soit par des gens bien comme nous plutĂ´t que part des sagouins qui vont faire n'importe quoi.
Et puis, si les allemands partent, on verra bien.
L'important, c'est de sauver l'entreprise.
Et tu y connais quelque chose, toi au béton ?
J'apprendrai.
C'est ça que j'aime chez toi, Raymond. Ta capacité d'adaptation.
Ce matin on était au bord de la faillite et ce soir on est presque tiré d'affaire.
Bon. Ah je t'aime quand tu es comme ça !
Monsieur le maire !
Sarah ! Appelez-moi, je ne sais pas, Docteur.
Parce que Mr le maire, je vais avoir l'impression de faire de la politique en prenant mon petit déjeuner !
J'ai reçu ce papier... en allemand.
Il y a une date. Une convocation ?
Par un juge de paix, un juge civil...
C'est sûrement de la routine.
Bonjour Sarah. Madame.
Je dois y aller, alors ?
Ah ça oui, Il faut y aller. Quand les allemands vous convoquent il faut y aller, sinon ils se fâchent.
Allez-y. Dites que vous travaillez chez le maire. Puis vous me raconterez. D'accord ?
Merci, Monsieur.
Tu règles les problèmes administratifs des domestiques, toi, maintenant ?
Je suis maire. C'est normal.
Tu ne l'aurais jamais fait pour Maria.
Hortense, Sarah est juive.
Ton dos va mieux, on dirait.
Il était réussi, ce dîner, hier soir, non ?
Oui. Tu vois que Servier n'est pas aussi con que tu le dis.
En tout cas, merci d'ĂŞtre venue, finalement.
Et d'avoir été aussi aimable avec notre invité allemand.
Je t'avais dit que c'était un type bien.
Tu... tu l'as trouvé sympathique ?
Quoi, Daniel. Tu es en train de me faire une scène de jalousie, là ?
Mais pas le moins du monde. Encore que je pourrais.
Servier en partant m'a demandé si vous vous connaissiez d'avant.
Mais enfin, c'est quand mĂŞme incroyable. Je fais l'effort
pour toi de venir à ce fichu dîner qui était soi-disant si important...
Je joue mon rôle auprès des invités et tu viens me le reprocher ?
Excuse-moi. Je suis un petit peu fatigué en ce moment.
Oui. Eh bien repose-toi, mais pas sur moi !
Comment vous avez pu me faire ça ?
Ce n'est pas si simple, Mr Bériot.
C'est simple. La confiance en quelqu'un on l'a ou on ne l'a pas. Moi j'ai toujours eu confiance en vous.
Bon. Que vous ne me disiez rien pour... A la rigueur je peux comprendre, mais quand mĂŞme !
Quand je vous ai demandée en mariage, vous m'avez dit que vous n'aviez personne. Je vous ai crue, moi.
Du coup j'ai espéré.
Je... Voila, j'ai espéré que vous changeriez d'avis sur moi.
Ce n'est pas bien de laisser un homme espérer quand ça ne sert à rien.
Vous auriez préféré que je vous mente ?
Que j'invente quelqu'un ?
Vous auriez cessé d'espérer ?
C'est vrai qu'elle est jolie, cette bague.
C'est lui qui vous l'a donnée.
Monsieur Bériot ? Quoi ?
Vous vous demandez si je parlerais ?
Mais je vous aime, Lucienne.
Comment est-ce que je pourrais vouloir vous faire du mal ?
Ce sera notre secret, hein.
Notre secret Ă tous les deux.
Enfin, Ă tous les trois, hein ?
Il est toujours en retard !
C'est un type bien mais il est toujours en retard.
Il dépend directement du Commissariat aux questions juives ?
Non. Il est administrateur nommé par le commissariat en charge de la vente de Crémieux.
Un type... formidable.
Monsieur Cabernis.
Monsieur Cabernis, Monsieur Schwartz. On se connaît.
Mr Schwartz ! Ça alors, si je m'attendais ! Dire qu'il y a trois mois, je l'ai pris pour un juif.
Fâcheux, hein, de nos jours.
Je tiens Ă vous rappeler Ă tous les deux Ă quel point nous tenons Ă ce que cette transaction se fasse.
Nous ne voulons pas que les allemands contrôlent notre béton.
Ils sont sur le coup ?
Oui, oui. Il y a un homme de paille français, évidemment.
Ils aimeraient bien racheter Crémieux les frisés, mais comme c'est moi qui décide...
Enfin c'est Crémieux. Crémieux, il fera ce que je lui dirai de faire.
Il est de la région ?
Non, non. Il est de Strasbourg. Il a des boites un peu partout.
Dans les deux zones, mĂŞme.
Et bien on va le cuire aux petits oignons.
J'ai tout préparé.
Bien sûr, le commissariat devra le viser pour que ce soit effectif.
Mais quand ça vient de moi, ils ne le lisent même pas.
Pouf pouf Terminé.
Il n'y a qu'un point délicat.
L'origine des fonds.
...parce que là , il faut bétonner, hum ?
N'oubliez rien, garanti. C'est pour éviter les magouilles,
genre deux youpins qui s'entendent pour se racheter mutuellement en se cachant.
Bien sûr. Mais à ce niveau là , pas de problème, l'argent vient de ma belle famille.
Mon beau-père.
Langlois, inspecteur des finances, vieille France, la vraie.
Monsieur Crémieux.
Monsieur Crémieux. Bonjour.
Mr Cabernis, que vous connaissez déjà .
Et Mr Schwartz.
Bien. Vous avez étudié la proposition que je vous ai envoyée...
...les originaux sont lĂ ...
Écoutez, ça me parait très bien sur le principe.
Le prix vous convient ?
Mr Cabernis vous a dit que j'avais une autre offre ?
Vous n'allez quand même pas vendre aux allemands, Mr Crémieux ! C'est eux qui vous cherchent des poux dans la tête, hein !
Nous, on ne fait que suivre.
Et l'origine des fonds, vos fonds propres, je suppose ?
Non. Ma belle famille, mon beau-père.
Langlois, vieille France, la vraie.
Vous ne vous intéressez pas assez au béton pour investir vous-même ?
Disons que j'ai des petits problèmes de liquidité en ce moment.
Mais, si si le béton m'intéresse beaucoup... et
il intéresse beaucoup les allemands qui sont déjà mes clients.
Comme le client est roi !
Écoutez, je vais encore réfléchir quelques heures.
Le temps d'appeler un concurrent manipulé par les fritz, je parie ?
Ah, un malin ! Je lui ai dit.
Je préfère vendre à des français.
...mais dans ma situation, je suis obligé d'étudier toutes les options.
Je reviens vers vous très vite.
Marcel !
Je ne m'attendais pas Ă te voir ici.
Je peux te déranger deux minutes ?
Tu as entendu les consignes d'Edmond !
On n'est pas censé se voir en dehors des réunions.
Les consignes d'Edmond...
Oui, je sais.
Ça a dû être pénible qu'il mette en doute ta parole, hein ?
Il avait raison, Marcel.
J'ai menti, hier.
Bon. C'est vrai que j'ai joué la simplette et que les gendarmes ont marché, mais...
...au petit matin, un type des RG est arrivé de Lyon...
...il avait mon dossier...
novembre, février, tout.
Alors il m'a laissé choisir. Retour en prison pour une durée indéterminée, minimum deux ans...
ou alors, j'acceptais de le renseigner.
C'est dur, la prison, Marcel.
Oui, je sais, oui.
Alors je me suis dit "pourquoi pas jouer avec eux ?"
Après tout, qu'est-ce que je risque ?
J'ai dit d'accord !
Je leur ai promis de donner une information dans les trois semaines.
Mais Ă toi, je ne pouvais pas mentir.
Et ils ne t'ont pas interrogée sur les camarades que tu connaissais ?
Je leur ai donné des pseudo.
Ils m'ont questionné sur toi.
J'ai dit que je ne t'avais pas vu depuis le mois de février.
Mais il va te relancer.
Mais puis qu’Edmond va me faire des faux papiers !
Il suffit de déménager.
Non, Marcel il n'y a qu'à toi que je peux dire tout ça.
Si je l'avais dit Ă Edmond...
Ça c'est sûr que...
Tu me fais confiance ?
Oui.
Tu ne diras rien aux autres ?
Non.
M. Schwartz !
Je ne vous dérange pas ?
Oh, non, non. Pas du tout.
Belle affaire, dites-moi hein ?
Assez, oui.
Je suis un peu surpris de vous voir.
Du nouveau ?
Oui, malheureusement.
L'homme de paille des Allemands m'offre beaucoup plus que vous.
Presque le double, en fait.
Et vous avez accepté sa proposition.
Mais l'argent n'est pas tout vous savez...
mĂŞme pour les juifs.
Attendez, M. Crémieux. Moi ces histoires de...
Oui, je suis sûr que vous adorez les juifs...
Je pourrais accepter votre proposition, M. Schwartz..
Mais Ă certaines conditions.
Je ne peux pas monter le prix.
Oui, vous m'avez dit.
Les fonds viennent de votre beau-père.
Et je me suis renseigné, vous avez des soucis de trésorerie.
Mais, si quelqu'un vous prĂŞtait l'argent pour racheter en votre nom ?
Quelqu'un ?
Qui ça ? Un ami.
Vous me prêtez de l'argent pour que je vous rachète, c'est ça ?
Pourquoi pas ?
Nous vivons une époque de paradoxe, hein.
Vous ĂŞtes philanthrope, c'est bien.
Ah évidemment, ce serait donnant donnant.
On vous prête l'argent à un très bon taux...
vous rachetez l'entreprise Crémieux-béton qui devient Schwartz-béton ou...
ce que vous voulez.
Et en contrepartie vous me signez un document.
Un document qui établit qu'à la fin de la guerre, lorsque les lois antisémites seront abrogées
vous me rétrocédez disons 50% de mon entreprise.
Et si ces lois sont abrogées comme vous le dites, qu'est-ce qui me dit que vous respecterez ce qui sera écrit dans ce papier ?
Ah, vous aurez plus qu'un papier, vous aurez ma parole.
Vous voulez continuer à diriger en sous main. C'est ça ?
Pas du tout, Je suis réglo.
Vous rachetez Crémieux-béton, vous dirigez.
A une exception près : Crémieux-optique.
Une filiale à 100%. Optique de précision, jumelles, loupes, c'est ma danseuse.
Mon grand-père qui l'a créée m'a tout appris.
Oh ça ne rapporte pas grand chose, mais, comment dire...
...c'est mon jardin secret.
Je souhaiterais continuer Ă la diriger.
Je vous laisse deux jours pour vous décider.
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