All language subtitles for 2018_Jeanne Moreau - Die Selbstbestimmte.fra

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Original subtitles

...

-"A chaque Nouvelle Vague, on sonne � ma porte et c'est pour moi",

disait Jeanne Moreau.

On ne saurait mieux r�sumer le rapport au cin�ma

de celle dont la personnalit� hors du commun

a rencontr� le d�sir de cin�astes attir�s par la modernit�.

-Il y a eu une �poque o�, tout d'un coup,

les metteurs en sc�ne avaient besoin d'une com�dienne

pour interpr�ter certaines h�ro�nes.

J'�tais la femme de cette �poque-l�.

-Ce moment-l� commence

� la fin des ann�es 50 et culmine avec la Nouvelle Vague.

Jeanne Moreau devient l'h�ro�ne de r�alisateurs

qui r�v�lent l'�tranget� de son jeu, comparable � nul autre.

Femme libre avant l'�mancipation f�minine,

actrice transgressive

dans une soci�t� normative, amoureuse

affranchie des conventions, la com�dienne

a toujours m�lang� la vie et la sc�ne,

brouillant les pistes et les fronti�res.

Il s'ensuivra

une carri�re ahurissante avec plus de 130 films jou�s,

50 pi�ces de th��tre interpr�t�es,

un tourbillon de chansons, servies par la voix rauque

de celle qui ne s'est jamais r�solue

� cesser de fumer.

Pour comprendre la trajectoire de la derni�re grande star fran�aise

du XXe si�cle, disparue le 31 juillet 2017

� l'aube de ses 90 ans, il faut revenir

� la dizaine de films qui l'ont r�v�l�e,

� elle-m�me et au grand public.

Moteur.

...

-C'est moi qui n'en peux plus.

(Je t'aime.)

Alors il faut bien...

-S'il fallait commencer par un titre,

ce serait "Ascenseur pour l'�chafaud"

et le visage � nu de Jeanne Moreau

dans le 1er film de Louis Malle, tourn� en 1957.

(-Avec toi.)

-La rencontre avec Louis Malle a �t� d�terminante dans ma vie.

Ma vie professionnelle.

Les deux se confondent.

Donc ma vie personnelle en a �t� profond�ment marqu�e

et influenc�e.

-"Ascenseur pour l'�chafaud" rompt

avec les canons acad�miques du cin�ma

en inventant une fa�on de filmer

qui allie la simplicit� � la modernit�.

-Ca se passait avec une toute petite �quipe.

La cam�ra �tait � l'�paule

ou bien elle �tait cach�e dans un landau.

Les gens n'avaient pas l'habitude qu'on filme,

donc personne ne se retournait.

Et on m'a suivie comme �a.

-Louis Malle avait l'habitude de dire :

"Ce qui a fait le film,

"c'est Jeanne, descendant les Champs-Elys�es

"avec pour seul �clairage, les vitrines."

-Pour moi, �a a �t� une libert� totale.

C'est-�-dire plus de maquilleur, de coiffeur.

Plus rien sur le visage.

J'ai vraiment...

d�couvert la profondeur et la beaut� du cin�ma.

-C'est un b�b� ?

-Dans ce thriller,

Jeanne Moreau incarne une nouvelle h�ro�ne cin�matographique.

Une femme �l�gante, insaisissable,

dont le visage laisse entrevoir en une nuit

des sentiments aussi divers que la peur, l'attente,

la jalousie, la passion, le d�sespoir.

(-Julien avec cette petite.)

(Pourquoi ?)

(Oui...)

(J'ai reconnu la petite fleuriste.)

(Ce n'est pas possible.)

(Ce serait trop m�diocre.)

(Il a eu peur. Il n'a pas tir�.)

(Un l�che...)

M�lodie sensuelle

...

-Miles Davis est le 2nd coup de g�nie de Louis Malle.

Le cin�aste a d�couvert

le trompettiste dans une discoth�que.

Il l'a convaincu d'enregistrer la musique

sur les d�ambulations nocturnes de l'actrice.

...

-Ca a commenc� �... 7h du soir.

On a vu le film.

Il improvisait un th�me avec ses musiciens.

Et on arr�tait le film, on recommen�ait.

Et puis alors comme �a, petit � petit,

on a fait l'enregistrement de la musique du film.

Je suis rest�e pendant tout le reste de la s�ance

qui a dur� jusqu'� 5h du matin.

...

-A 25 ans,

Louis Malle est le plus jeune r�alisateur fran�ais.

Son film est un ovni. On s'interroge sur son audace

et son inventivit�. En r�alit�,

"Ascenseur pour l'�chafaud" n'est pas son 1er opus.

-Ce n'est pas ma 1re oeuvre. J'ai fait, avec Cousteau,

"Le Monde du silence", dont j'�tais cor�alisateur.

C'est mon 1er film avec acteurs. Je n'avais dirig� que des poissons.

-Vous les aviez dirig�s de main de ma�tre, en tout cas.

Tout le monde se souvient de Jojo.

-C'est plus difficile de faire jouer Jojo que Jeanne.

-Merci !

Ils rient.

Quand j'ai dit

� mon impresario de l'�poque : "J'ai rencontr� un jeune homme.

"Il va faire son premier film.

"Il �tait scaphandrier chez Cousteau.

"Il m'offre le r�le principal."

Il m'a dit : "Pfff, laissez tomber �a.

"Ne soyez pas ridicule. C'est lui ou moi."

Ca a �t� Louis. J'ai chang� d'impresario.

-Adapt� d'un polar,

"Ascenseur pour l'�chafaud" n'avait aucun personnage f�minin.

Louis Malle a cr��, avec l'�crivain Roger Nimier,

le r�le de Jeanne en la d�couvrant sur sc�ne,

au th��tre.

-Laisse-moi prendre ta main.

Doucement... Tendrement...

Pour y d�poser cette chose pr�cieuse

que tu as laiss�e glisser entre tes doigts. Ta propre vie.

Ne me repousse pas !

Rien n'est plus acharn� qu'une chatte sur un toit br�lant.

Tu sais que je t'aime.

Le personnage

�tait un peu violent, � la limite de l'hyst�rie.

Ca a �t� une pi�ce difficile. Les critiques l'ont accueillie

mod�r�ment et surtout, le public

manifestait violemment. Parfois, on baissait le rideau.

En tout cas, �a m'a valu d'�tre remarqu�e

par Louis Malle qui pr�parait "Ascenseur pour l'�chafaud".

Ce qui a d�termin� toute ma carri�re

cin�matographique.

-Cette carri�re qui fera la part belle aux sulfureuses,

aux insoumises explorant les zones d'ombre de la nature humaine,

Jeanne a mis plus de 10 ans � l'initier.

Elle a commenc� de fa�on classique sur les planches

en signant, � 20 ans, en 1948, un contrat de pensionnaire

� la Com�die-Fran�aise dont elle devient la benjamine.

Vite remarqu�e par la critique, elle y interpr�te

les auteurs les plus divers. Marivaux, Musset, M�rim�e.

-Moteur.

Ca tourne. Annonce.

-Livre. 449. 4e.

-Elle fait ses premiers pas au cin�ma pour "Dernier amour".

S'en suit

une vingtaine de r�les de starlette dans des s�ries B.

-Tu me plais.

-Vous �nervez pas. -Bah quoi ?

Je te fais peur ?

-Attention, mes roses !

Brute.

-Allons, petite patronne.

Donnez-moi cette lettre.

-Je vais arracher vos lunettes.

-Ah non. Non, pas deux fois.

-Pendant 10 ans, j'ai fait des films

qui n'�taient pas consid�r�s comme de la qualit�.

C'�tait des films commerciaux.

Je ne le regrette pas du tout. Je le faisais avec enthousiasme.

-Tu as de l'argent ? -Non.

Tu m'en pr�teras.

Je rentrais le soir et je disais :

"Ah ! On a tourn� une sc�ne fantastique."

Le film sortait. Mes copains �taient constern�s.

"Mais enfin, Jeanne..." J'apprends, j'apprends, j'apprends.

-Au cours de cette p�riode,

un seul film sort du lot :

"Touchez pas au grisbi". Summum du polar

� la fran�aise gr�ce au talent

d'un monstre sacr� : Jean Gabin.

-Il �tait assez froid, j'�tais morte de peur.

Il me dit : "Quelque chose ne va pas ?"

Je lui dis : "Oui, je suis malade de peur."

Il m'a dit : "Ca passera, te caille pas la laitance."

Je savais pas ce que �a voulait dire.

Il fallait pas avoir peur.

-O� tu le rencontrais pour faire l'amour ?

-Bah... � l'h�tel.

-A l'h�tel...

-Sonn�e, Jeanne aurait murmur� :

"Vous exag�rez, M. Gabin."

Il aurait r�pondu : "C'est �a, le m�tier. Exag�rer."

Les baffes de Gabin portent chance aux actrices qui d�marrent.

Mais physiquement, Jeanne ne poss�de

ni le classicisme de Mich�le Morgan

ni l'incroyable plastique de Brigitte Bardot.

On ne la trouve pas photog�nique avec ce visage triste,

cette bouche tombante que les maquilleurs modifient.

-J'avais du blanc... les cernes. On me remontait

les coins de la bouche.

Pour faire plus creux, on me mettait du fonc�.

On me mettait du rouge. Le front �tait trop grand.

Et alors,

en gros plan, pas le droit de bouger la t�te.

Juste... comme �a, le regard pouvait aller comme �a.

Je faisais �a et... "Non, non, surtout pas !"

-Dans le cin�ma fran�ais des ann�es 50,

peu inventif sur l'esth�tisme et conformiste dans le narratif,

Jeanne a du mal � trouver sa place.

-Je faisais des essais

avec tous les metteurs en sc�ne c�l�bres � ce moment-l�.

J'ai fait les essais de Duvivier, Ren� Clair, Carn�...

J'�tais jamais prise.

Duvivier a dit, une fois, devant moi,

� mon impresario de l'�poque : "Elle a tout ce que tu veux.

"Elle a du temp�rament, du talent, mais alors, physique, z�ro."

Il avait dit �a devant moi, comme si j'�tais un objet.

Ca m'avait galvanis�e, j'�tais pas accroch�e au cin�ma.

A cause de cette r�flexion,

je me suis dit que je ferais du cin�ma.

-Le cin�ma, le vrai, celui que Jeanne appelle de ses voeux,

elle l'a d�couvert avec Louis Malle.

Bient�t, le r�alisateur et la com�dienne

ne se quittent plus. Ils vivent une histoire d'amour.

Dans "Les Amants", le 2e film de Malle, le couple

innove � nouveau...

C'est leur passion qui insuffle au cin�ma une sensualit�,

un �rotisme in�dit en cette fin des ann�es 50.

Non seulement Jeanne est l'une des premi�res � appara�tre nue,

mais le cin�aste filme explicitement

la jouissance d'une femme.

-Quand il s'agit de montrer

un homme et une femme qui se trouvent au moment de v�rit�,

au moment o� ils se trouvent oblig�s d'�tre eux-m�mes,

on fait un panoramique sur la fen�tre.

L'histoire du cin�ma, c'est �a.

Des panoramiques sur la fen�tre au moment...

Si vous voulez, ce que "Les Amants" a apport�

par rapport aux films qui pr�c�daient,

c'�tait que le panoramique sur la fen�tre avait lieu plus tard.

(-Mon amour...)

(Mon amour...)

Mon amour...

-Pr�sent� au Festival de Venise en 1958

par le r�alisateur et son actrice f�tiche,

le film est attaqu� pour son immoralit�.

Censur� dans de nombreux pays,

il est interdit en France aux moins de 16 ans.

Le journal La Croix explique ceci...

Mais le public est au rendez-vous.

La critique c�l�bre la 1re nuit d'amour jamais film�e au cin�ma.

Gr�ce aux "Amants",

son 22e film, l'affranchie qui fuit les lieux communs

a trouv� sa marque de fabrique.

Elle a 30 ans, Louis Malle l'a quitt�e,

la d�cennie qui s'ouvre va lui permettre de s'imposer

d�finitivement comme l'une des plus grandes actrices.

Elle int�resse d�sormais

les cin�astes europ�ens.

-Tout � coup, il y a 6 mois,

par accident, au milieu d'une nuit,

je lis "Moderato cantabile".

Je tombe amoureux du sujet. Et en m�me temps, quel miracle,

le r�le principal est un r�le merveilleux et id�al pour Jeanne.

Jeanne est la seule femme du monde qui pourrait jouer ce r�le.

-Je passais, voyez-vous ?

-C'est un temps � se promener.

-Hier, � cette heure-ci, j'�tais chez Mlle Giraud.

-Je vous reconnais, Madame.

-Oui. Mlle Giraud donne des le�ons de piano � mon petit gar�on.

-Vous permettez ?

-Non, merci, mais... C'est que je n'ai pas l'habitude.

-Quelle place

la soci�t�, � l'aube des ann�es 60, laisse-t-elle aux femmes

qui refusent d'�tre r�duites au r�le d'�pouse ou de m�re ?

"Aucune", r�pond Marguerite Duras,

dont le roman "Moderato cantabile"

est adapt� � l'�cran pour Jeanne Moreau,

une femme mari�e attir�e par l'ouvrier Jean-Paul Belmondo.

Soudain, un drame survient sur le tournage.

J�r�me, le fils de Jeanne,

�g� de 10 ans, est victime d'un accident

alors qu'il �tait � bord de la voiture

de sport pilot�e par Jean-Paul Belmondo.

L'acteur s'en sort miraculeusement par un bref s�jour � l'h�pital,

mais le petit gar�on reste 17 jours dans le coma.

Quand elle n'est pas � son chevet, la com�dienne

continue de tourner. Une situation d'autant plus cruelle

qu'elle interpr�te une femme qui s'accroche

� son fils pour ne pas sombrer.

Jouer la com�die alors que son propre enfant

se trouve entre la vie et la mort est quasi insurmontable.

La lassitude, la souffrance

qu'on lit sur le visage de l'h�ro�ne de "Moderato Cantabile"

n'est pas de composition.

Jeanne Moreau y gagnera, au Festival de Cannes,

son premier prix d'interpr�tation.

Applaudissements

-Les actrices,

c'est �a.

Vous portez en vous votre propre vie,

mais toutes les vies que vous avez travers�es,

de tous les personnages.

Quand vous avez eu la chance, comme moi, d'incarner des femmes

assez folles, il faut bien le dire,

y a bien une disposition naturelle.

-Jeanne a toujours pens� qu'une actrice

se nourrit de ce qui lui arrive.

Si J�r�me se r�tablit

et sort de l'h�pital,

le courage de Moreau a impressionn� l'�quipe de tournage.

Du courage, il en faut,

face aux lettres re�ues qui interpr�tent l'accident

comme une punition pour avoir jou� dans "Les Amants".

L'�mancipation de la femme est loin de recueillir tous les suffrages.

-Prends ton cartable.

Voil�.

Tiens, ta biscotte. Mademoiselle est l�-bas.

-Jeanne est m�re depuis l'�ge de 21 ans.

Ni la contraception ni l'avortement n'�taient autoris�s.

-A demain, ch�ri. Travaille bien.

-Cette maternit�

est v�cue comme une contrainte avec des concessions.

Comme son mariage avec le p�re de J�r�me, Jean-Louis Richard.

-Je me suis mari�e la veille de la naissance de mon fils.

Je me suis mari�e un 27 septembre, � midi, � la mairie du 18e.

Mon fils est n� � 6h du matin le lendemain matin.

-Vous avez eu 9 mois pour r�fl�chir.

-Oui...

Je voulais pas.

-Pourquoi ?

-J'avais pas envie.

Cet enfant, je pensais que je pouvais l'�lever.

Mon mari n'avait pas envie de se marier.

Et puis...

la famille de mon mari...

nous a beaucoup influenc�s. Je voyais pas mes parents.

-Vous avez eu un enfant, J�r�me,

qui a 42 ans aujourd'hui. Vous le voyez souvent ?

-Je le vois

� peu pr�s une fois par an. Il vit en Californie.

-Vous dites : "Je n'ai jamais �t� m�re".

C'est dur, � dire.

-Non, pas du tout, je suis m�re. Ce que je dis...

Pas "maternelle" dans le sens conventionnel.

-Moreau a toujours privil�gi� sa carri�re � sa famille,

� une �poque qui exigeait des femmes

qu'elles choisissent entre maternit� et travail.

Tandis que la soci�t� du d�but des ann�es 60

consid�re les femmes comme inf�rieures aux hommes,

Jeanne affiche une libert� annonciatrice de l'�mancipation

f�minine de la prochaine d�cennie.

Elle est alors

la seule actrice � offrir ses services aux cin�astes.

C'est ce qu'elle fait avec Antonioni

dont elle a aim� le 1er film : "L'avventura".

Le r�alisateur lui propose aussit�t

le r�le principal dans "La Notte",

le 2e volet de sa trilogie consacr� � l'incommunicabilit�.

-Que ce soit Michelangelo, que ce soit Louis Malle,

je suis tr�s...

tr�s consciente que les rencontres que j'ai faites

avec les metteurs en sc�ne,

c'�tait une attirance r�ciproque,

m�me lorsque nous ne nous connaissions pas,

qui permettait � des hommes,

les r�alisateurs, de d�couvrir des choses sur les femmes.

Je pense qu'il y a une co�ncidence merveilleuse

entre ce que je repr�sentais,

ce que je pouvais provoquer,

et ce qu'ils cherchaient � d�couvrir.

-Chez Antonioni,

elle est une bourgeoise � la d�rive.

Le r�alisateur la filme d�ambulant dans les rues de Milan

comme pour rendre hommage � "Ascenseur pour l'�chafaud".

Couronn� par l'Ours d'or du meilleur film

au Festival de Berlin de 1961,

"La Notte" fait partie des chefs-d'oeuvre du cin�ma.

Cette cons�cration

n'a pas permis � Jeanne d'oublier

un tournage cauchemardesque.

-C'est un souvenir horrible.

C'�tait pour des raisons physiques. Il a �t� tourn� la nuit.

Ne dormir que le jour, �a n'a l'air de rien,

mais faire �a pendant 4 mois, c'est �pouvantable.

Et puis sans doute qu'il y avait quelque chose dans l'histoire,

dans l'humeur de chacun qui correspondait

� l'histoire du film qui faisait qu'on �tait tous tr�s tendus.

Et tr�s d�sesp�r�s.

-Froid et r�serv�,

le cin�aste �change � peine avec sa com�dienne principale.

Quant � Monica Vitti, sa rivale � l'�cran,

elle la tient � distance. La r�putation de croqueuse d'hommes

de Jeanne l'a pr�c�d�e.

Monica craint qu'elle ne s�duise le r�alisateur, son compagnon.

Pour lutter contre le sentiment

g�n�ral de d�fiance qui plombe le tournage de "La Notte",

Jeanne,

toujours du c�t� de la vie, s'engage dans une romance

avec Marcello Mastroianni.

Une liaison �ph�m�re qui laisse � l'acteur

un souvenir mitig�.

"Elle vous rend votre amour seulement jusqu'� la fin du film.

"Elle est tout le temps � la recherche de l'amour

"et abandonne ses victimes."

-Si ce soir, je voudrais mourir,

c'est parce que je ne t'aime plus.

Cela me d�sesp�re.

J'aimerais �tre vieille

et t'avoir consacr� ma vie.

Je voudrais �tre morte,

car je ne peux plus t'aimer.

Voil�.

C'est la pens�e qui m'est venue

alors qu'on �tait au night-club et que tu t'ennuyais.

-Si tu parles comme �a...

que tu voudrais �tre morte,

�a veut dire que tu m'aimes encore.

-Non.

C'est uniquement de la piti�.

-Apr�s "La Notte",

Jeanne se l'est jur�,

elle ne jouera plus ces femmes en �tat de fatigue,

de d�pression, qui l'ont rendue c�l�bre.

-Il semble qu'au cin�ma,

depuis quelques ann�es, vous soyez fig�e

dans un personnage de femme marqu�e par un destin contraire

et il semblerait que vous vous mettiez � jouer du Jeanne Moreau.

-Moi ? -Oui.

-Mais vous m'attaquez, l�.

-Non, je demande votre impression.

-Parce que moi, je crois pas.

Les destins contraires, non... Euh...

Attendez voir, que je r�fl�chisse.

-Vos derniers films...

C'est �a, que je veux dire.

-Oui, peut-�tre, vous avez raison, l�.

Mais �a va changer, hein.

Parce que... -C'est-�-dire ?

-Oh bah j'ai... Enfin... J'ai envie de...

J'ai plus envie de rire.

-Cette envie de rire, ce d�sir de l�g�ret� et de libert�

rencontrent les aspirations de la Nouvelle Vague,

ces jeunes r�alisateurs qui veulent faire voler en �clats

le conformisme du cin�ma fran�ais.

*Musique jazzy

-Ca va ?

-Et vous, �a marche avec Jules et Jim ?

-Moderato.

-Le clin d'oeil est bref, mais joli.

Jean-Luc Godard rend hommage � Moreau et annonce son tournant.

Nous sommes en 1961, elle joue dans "Jules et Jim",

avec un autre cin�aste de la Nouvelle Vague.

-Truffaut... Euh... Je l'ai connu...

C'�tait � Cannes dans les couloirs de l'ancien Palais du Festival.

J'�tais avec Louis Malle.

Et de loin, on a vu arriver un...

Un homme jeune. Et Louis m'a pr�sent�e.

Il avait une fa�on hypocrite de regarder les femmes par en dessous.

Il n'en perdait pas une. Il m'a donn� son t�l�phone.

Il a obtenu le mien. Louis n'y a vu que du feu.

Et l�, ont commenc� nos...

Nos d�jeuners hebdomadaires o� il mangeait la m�me chose.

Quand il avait des boutons, il changeait de plat.

Il a commenc�

� me parler de "Jules et Jim".

-Quand le r�alisateur d�couvre le roman

d'Henri-Pierre Roch�, "Jules et Jim", magnifique

histoire d'amour � trois, il d�cide que ce sera Jeanne

qui jouera Catherine, la femme aim�e que se partagent les amis.

-Jeanne Moreau est vraiment la meilleure actrice fran�aise.

Et euh...

Elle d�sirait faire ce r�le depuis que je lui avais donn� le livre.

Je crois que ceux qui lisaient le livre disaient

que c'�tait pour Jeanne Moreau. Ca s'imposait.

Et � ce moment pr�cis de sa carri�re,

�a lui permet de se renouveler. Elle s'est montr�e

sous un jour tr�s souvent tragique.

Et ce film lui permet, au contraire, de rire, de sourire,

et d'�tre tr�s vivante.

-Est-ce que quelqu'un accepterait de me gratter le dos ?

-Gratte-toi et le Ciel te grattera.

-Quoi ?

-Gratte-toi et... -Tiens !

Ils rient tous les trois.

Avant de vous conna�tre, je ne riais jamais.

Je faisais des t�tes comme �a.

-Oh oh oh !

Mais c'est fini. Maintenant, c'est comme �a.

Ils rient.

...

C'est un film qui �tait comme des vacances et...

On �tait comme des jeunes fous,

et persuad�s intimement et tr�s profond�ment

qu'on faisait un truc formidable.

On s'est pas tromp�s. -Non.

-Dans "Jules et Jim",

Jeanne Moreau cr�ve litt�ralement l'�cran.

A 34 ans,

elle incarne avec une l�g�ret� et un brio formidable, une femme

lib�r�e qui m�ne sa vie comme bon lui semble,

alors qu'en France, une femme mari�e ne peut pas ouvrir

un compte bancaire sans l'autorisation de son �poux.

En 1962, Moreau et Truffaut

inventent la lib�ration sexuelle avant l'heure.

Le film devient mythique, port� par une chanson

qui en donne le ton et le "la".

Elle chantonne "Le Tourbillon".

...

-J'ai un ami peintre qui inventait des chansons.

Je les chantais, comme �a, tout le temps.

Et Fran�ois Truffaut, une fois,

m'a dit : "Mais il y en a une que j'aime beaucoup.

"Pourquoi on ne la mettrait pas dans "Jules et Jim" ?"

C'�tait "Le Tourbillon".

-Elle avait des bagues A chaque doigt

Des tas de bracelets Autour des poignets

Et puis elle chantait Avec une voix

Qui sit�t m'enj�la

Elle avait des yeux Des yeux d'opale

Qui me fascinaient Qui me fascinaient

Y avait l'ovale De son visage p�le

De femme fatale Qui me fut fatal

On s'est connus On s'est reconnus

-Ecrite par son ami Serge Rezvani,

le guitariste de "Jules et Jim",

les paroles s'inspirent d'un couple pr�cis :

Jeanne et son 1er mari, Jean-Louis Richard, p�re de J�r�me,

connus pour leurs allers-retours amoureux.

-Je l'ai revu un soir

A�e a�e a�e

-S'ils se s�par�rent jeunes,

ils rest�rent intimement li�s.

-Ca fait d�j� Un fameux bail

-Jeanne ne passait pas un jour

sans lui parler et joua plusieurs films

sous sa direction.

-Sa voix si fatale Son beau visage p�le

M'�murent plus jamais

Je me suis saoul�e En l'�coutant

-Le succ�s est tel,

plus d'un million de disques vendus en 1962,

qu'il installe Jeanne Moreau comme chanteuse

et "Le Tourbillon" comme un bijou qui survit au temps qui passe.

-ALORS TOUS DEUX ON EST PARTIS

DANS LE TOURBILLON DE LA VIE

ON A CONTINUE A TOURNER

TOUS LES DEUX ENLACES

Applaudissements

...

-Tournant majeur dans la carri�re de l'actrice,

Fran�ois Truffaut a, toute sa vie, cit� "Jules et Jim"

comme l'�pisode le plus lumineux

de sa filmographie gr�ce � Jeanne.

Le film sid�re par sa simplicit�

et sa force, � l'image des souvenirs d'enfance.

Ce n'est pas un hasard.

L'amiti� entre Truffaut et Moreau

est n�e sous les auspices de l'enfance malheureuse

qu'ils avaient en commun. Le cin�aste a racont�

sa jeunesse avec "Les quatre cents coups",

son 1er film, dans lequel la com�dienne c�l�bre

fait une apparition, destin�e � lui porter chance.

-Oh, vous pouvez m'aider � l'attraper ?

-Oui, bien s�r, Madame.

-Tout comme Truffaut, Jeanne, n�e en 1928,

d'une m�re anglaise et d'un p�re restaurateur � Montmartre,

a connu une enfance difficile.

-Je n'ai pas �t� d�sir�e.

Pas maltrait�e, entendons-nous.

Mais je n'ai pas �t�...

le miracle.

Mon arriv�e a boulevers� la vie de ma m�re,

qui �tait danseuse,

qui a rencontr� mon p�re � Montmartre.

Ca a �t� le coup de foudre et elle a �t� enceinte.

Mon arriv�e inopin�e

a boulevers� le cours de sa vie.

-Ses parents s'entendent mal.

Jeanne grandit, persuad�e d'�tre un obstacle au bonheur de sa m�re

qui a abandonn� ses r�ves pour �lever ses filles.

Cette douleur du renoncement, Jeanne ne voudra pas la conna�tre.

*-L'enfant que j'�tais Me tourmente

Elle est gentille Elle est charmante

Mais je la trouve trop pr�sente

Elle me traite sans �gard

Elle m'obs�de Elle m'�gare

Et transpara�t dans mes regards

L'enfant que j'�tais Est m�chante

Pieds joints dans mon coeur Elle se plante

Elle r�clame Elle est violente

Comment pourrais-tu l'apaiser Toujours, elle se sent l�s�e

Et veut bien plus

Que des baisers

...

Je n'en puis m'en d�barrasser

-Cette enfant, c'est vraiment vous ?

-Oh oui.

Vraiment.

J'ai �t� �lev�e...

d'une fa�on assez s�v�re. Je n'avais pas le droit

de lire les journaux, je n'avais pas le droit

d'aller au cin�ma.

Jusqu'au jour o�...

le d�sir �tait plus fort que tout et je suis all�e au spectacle.

C'est une chose

qui m'a absolument galvanis�e. Je le vivais...

Applaudissements

intens�ment.

Quand j'ai vu ces gens

dans la lumi�re,

que j'ai vu ces...

Ces personnages au paroxysme...

de l'absolu, de la passion...

j'ai eu envie de vivre cette vie-l�

et pas d'�tre dans l'ombre � regarder ce qu'il se passe.

Et puis, c'�tait comme...

envisager d'aller ailleurs.

J'ai commenc� � jouer � la Com�die-Fran�aise,

mon p�re ne le savait pas.

Il l'a appris parce que j'�tais en premi�re page

et c'est un de ses clients, au bar,

qui lui a dit : "Dis donc, ta fille, tu as vu ?"

Il m'a foutue � la porte.

Le fait qu'il soit violent, j'ai dit :

"Je vais lui prouver".

Mais ce qu'il y a d'�tonnant, c'est qu'il est mort

et que j'ai toujours �a.

Quand quelque chose m'arrive, je dis : "Tu vois ?"

-Il est certain que le p�re de Jeanne peut �tre fier.

Elle a tr�s bien r�ussi.

Artistiquement, mais aussi financi�rement,

elle qui a �t� �lev�e par un couple

qui tirait le diable par la queue.

Petite fille,

elle se souvient avoir v�cu dans une chambre d'h�tel meubl�e

avec les prostitu�es pour voisines,

et les punaises pour compagnes.

Cette pauvret� a marqu� la com�dienne

qui, toute sa vie, aimera le luxe

et la haute couture.

C'est � l'occasion d'une s�ance d'essayage

que Jeanne Moreau rencontre Pierre Cardin. Elle tombe

instantan�ment amoureuse de ce couturier tr�s en vogue

et homosexuel notoire.

D�laissant Chanel qui l'habillait depuis des ann�es,

elle lui livre une cour assidue.

"Si j'avais eu les moyens, je serais revenue tous les jours

"pour acheter les robes de Cardin et continuer � le voir.

"Homosexuel, h�t�rosexuel, �a ne veut rien dire,

"on est sexuel ou on ne l'est pas",

proclame Jeanne en un temps o� l'homosexualit� est un tabou.

Comment lui r�sister ?

Il se murmure qu'au d�but des ann�es 60,

les ourlets de Cardin sont les plus courts de Paris

en hommage aux jolies jambes de Jeanne.

-Ma liaison avec Jeanne Moreau

a �t� publique, et je n'ai aucune raison de...

Ca a �t� suffisamment �crit sur les journaux.

Elle �tait merveilleuse.

-Vous l'avez aim�e ?

-Oui et je l'admire profond�ment.

Elle correspondait � l'id�al f�minin, � ce que j'aime.

Elle a du talent et le pouvoir d'�tre diff�rente et la m�me.

Elle a un attrait exceptionnel. Je ne suis pas le seul � le dire.

-S�rement pas.

Elle disait souvent, � l'�poque, qu'elle souhaitait vous �pouser.

-Oui, nous avons failli nous marier,

et �a ne s'est pas fait.

Je crois que les choses se brisent.

-Je voulais me marier et avoir un autre enfant.

Et puis, je...

J'ai pas pu avoir cet enfant-l�.

Alors j'ai plus voulu me marier.

-Vous avez eu une liaison avec Pierre Cardin.

-C'�tait un vrai amour.

-Avec Cardin ? -Ah oui.

-Combien de temps ?

-Ca a dur� plus de 4 ans. -Ah oui.

-En 2001, les anciens amants se retrouvent

� l'�lection de Jeanne, premi�re femme � �tre re�ue

� l'Acad�mie des Beaux-Arts.

Rev�tue du prestigieux habit noir et vert

des Immortels, elle est accueillie par Pierre Cardin

qui n'a rien oubli�

de ce qui les liait, jadis.

*-A Venise, � l'h�tel Danieli,

dans la chambre de Sand et Musset, nous faisions l'amour.

Est-il plus belle raison d'exister ?

Je m'excuse...

L'assembl�e rit.

C'est inhabituel � l'Acad�mie.

Applaudissements

-A partir de leur rencontre et longtemps apr�s leur rupture,

Jeanne lui restera fid�le � la ville

et � la sc�ne. Le couturier expliquait

que personne ne comprenait une robe mieux qu'elle,

qui en adoptait aussit�t la d�marche

et le style. Il est vrai

que les costumes qu'il dessine la sublime.

Toute de noire v�tue quand elle interpr�te Eva,

femme fatale venimeuse,

sous la direction du cin�aste anglais Joseph Losey,

toute de blanc quand elle est Jackie,

dans le film d'un r�alisateur prometteur

qu'elle coproduit : Jacques Demy.

D�color�e,

extravagante et amincie,

elle est une joueuse dans "La baie des Anges",

o� elle perd tout ce qu'elle gagne... et davantage.

-Quand j'ai quitt� l'h�tel, j'�tais d�cid�e � rentrer � Paris.

Je suis all�e jusqu'� la gare avec ma valise,

j'avais juste de quoi prendre mon train.

Au moment de payer mon billet, �a m'a repris.

J'ai laiss� ma valise � la consigne

et je suis revenue au casino. Vous comprenez ?

-Oui.

-J'ai jou� tout l'apr�s-midi.

J'esp�rais regagner ce que j'avais perdu.

Je m'acharnais b�tement sur le 17. J'�tais s�re du 17.

Je perdais. Je voyais fondre mon billet et je me disais :

"J'arrive plus � Paris, mais je peux aller � Dijon."

Au tour suivant, je m'arr�tais � Lyon.

Avec mon dernier jeton, je pouvais plus aller � Marseille.

J'ai jou� et j'avais tout perdu.

-Comme � Enghien. -A Enghien ?

-Je vous ai vue � Enghien.

-Vous vous trompez.

Je connais pas Enghien. Je le regrette.

On dit que c'est une ville de plaisance.

-Je croyais... -C'�tait pas moi.

"J'�tais petite fille..."

-Au sommet de sa beaut� et de son jeu,

Jeanne profite de sa notori�t�

pour donner sa chance, non pas � un d�butant,

mais � un r�alisateur ostracis�

dont personne ne veut plus entendre parler.

Elle r�p�te en anglais.

Orson Welles.

-"Je lui demandais � quoi je ressemblerais"

-"Son consentement". Et �a commence :

"J'�tais petite fille la derni�re fois

"que je me suis regard�e dans ce miroir".

Brouhaha du plateau

...

-Fascin�e par celui qui repr�sente l'incarnation de la d�mesure

au quotidien, la folie cr�atrice permanente,

Jeanne accepte un r�le secondaire

dans son adaptation du "Proc�s" de Kafka.

Pour elle, le cin�ma est une affaire de rencontres.

10 ans auparavant,

c'est la passion pour le th��tre qui les a r�unis,

lorsque Orson Welles assiste

� la Com�die-Fran�aise, en 1950, � la premi�re d'Othello.

Jeanne y joue Bianca, la s�duisante courtisane.

-Un monsieur est venu me voir en coulisses.

Il m'a dit : "Orson Welles voudrait souper avec vous."

J'ai dit : "Je peux pas, je suis mari�e."

-Que repr�sentait Orson Welles ?

-Pour moi, il incarnait l'Am�rique,

il incarnait le g�nie,

il incarnait "Citizen Kane".

-Au d�ner,

assise � c�t� du cin�aste qui la complimente sur son jeu,

Jeanne, submerg�e par l'admiration ne dit mot.

Elle a racont� que plus tard, Orson s'est moqu� d'elle.

"Vous avez �t� stupide. Ce soir-l�, je suis tomb� amoureux

"de vous".

Dans la lign�e des muses qui jalonnent la vie du r�alisateur,

Jeanne est la seule Fran�aise.

D'une fid�lit� pr�cieuse, elle va lui permettre,

en acceptant de jouer quasiment gratuitement pour lui,

de financer les deux derni�res fictions qu'il tournera.

-N'es-tu pas bless� � l'aine ?

-L'improbable "Falstaff" d'apr�s Shakespeare,

o� elle appara�t comme un �tre entre r�ve et r�alit�

face � un g�ant repoussant incarn� par Welles,

puis "Une histoire immortelle", leur 1er film en couleur.

-Tu fermes les rideaux.

Tu te retournes pour aller l�...

-Mais en d�pit du g�nie du r�alisateur,

du talent de l'actrice qu'il consid�rait comme la meilleure,

leur collaboration, si elle offre des moments jubilatoires

ne laisse aucune oeuvre inoubliable.

Mais l'amiti� amoureuse

qui les lia jusqu'� la mort du metteur en sc�ne en 1985

a marqu� Jeanne Moreau,

qui disait avoir v�cu avec lui des moments essentiels de sa vie.

-Je trouve �a formidable, toujours,

comme les incidents de la vie quotidienne

ont une influence directe sur le cin�ma, sur les films.

-Oh, le cin�ma... Oh...

Les incidents et surtout les accidents.

-Oui, les accidents.

-C'est sublime, pour le cin�ma.

Je sais pas ce que tu penses. Je d�teste le mot "professionnel".

-Moi non plus, j'aime pas.

-Tous les com�diens, les autres, qui disent :

"Moi, je suis professionnel. Je suis un pro."

Qu'est-ce que c'est, �a ? Il y a plus triste que �a ?

-Non. -Parce qu'"amateur",

c'est bas� sur le mot "amour".

Il faut faire les choses pour "love". Sinon, c'est idiot.

-Compl�tement.

-Dans le tableau de chasse international,

un troph�e manque encore :

l'espagnol Luis Bunuel,

ma�tre du cin�ma surr�aliste.

Ils se rencontrent sur l'impulsion du producteur

qui a pens� � elle pour jouer dans "Journal d'une femme de chambre".

A plus de 60 ans,

le r�alisateur est connu pour son caract�re difficile.

"Je n'aime pas les stars" a-t-il pr�venu.

-Il �tait pas s�r.

Mais au premier repas, j'ai mang� des frites et bu.

Il a dit : "Les stars font des r�gimes."

-L'entente entre Bunuel et Moreau est instantan�e.

Ces transgressifs sont faits pour s'aimer.

Leur go�t pour la s�duction,

leur sens de l'ironie, leur penchant pour le r�ve,

tout les rapproche.

-Je le trouvais magnifique,

cet homme-l�. Son imaginaire, son...

Je disais : "J'aurais aim� avoir un p�re comme vous."

Il me disait : "Tu sais pas � quoi tu as �chapp�.

"Je t'aurais enferm�e dans un placard,

"ta vie aurait �t� un enfer."

-La com�dienne voue une telle admiration � "Don Luis",

qu'elle accepte le film sans avoir lu le sc�nario.

La qualit� des relations

entre le r�alisateur et l'actrice rejaillit sur son interpr�tation.

Bunuel, d'habitude tr�s directif avec ses com�diens

est �trangement discret.

"Elle m'apprend des choses sur le personnage

"que je ne connaissais pas. Je la laisse vivre, je la regarde."

Leur connivence fait du film un chef d'oeuvre

de dr�lerie et de m�chancet� qui marque l'ann�e 1964.

-Elles sont sales.

-Une s�quence reste inoubliable : celle des bottines.

Quand il tournait ses plans, insistant sur le vacillement

du talon haut de la bottine, Bunuel r�p�tait toujours :

"Merci � Louis Malle de nous avoir montr� comment elle marchait,

"d'avoir compris qu'une partie du secret est dans sa d�marche."

Encore un hommage � "Ascenseur pour l'�chafaud".

-Marchez un peu par-l�. Retroussez un peu vos jupes.

L�. Allez.

Marchez. Marchez.

Allez.

Allez, marchez.

Allez. Allez.

Que je les voie remuer, ces petites bottines.

Que je les voie vivre...

Ma petite rose des vents. "Rediviva" !

*Musique de cabaret

-C'est une tout autre ambiance que Jeanne d�couvre

quand elle rejoint Louis Malle au Mexique

l'ann�e suivante pour le tournage de "Viva Maria !".

-Silence !

-Un d�fi pour elle,

qui partage l'affiche du film avec la star absolue :

Brigitte Bardot.

Quelqu'un hurle.

-C'est un r�le nouveau, ce r�le de femme d'action ?

-Un peu. C'est le genre du film qui est nouveau.

C'est nouveau de voir deux femmes ensemble.

-OLE !

*Musique flonflon

-OLE !

...

-Bardot, contrairement � Moreau, a r�dig� ses m�moires.

Elle dresse un portrait au vitriol de sa partenaire.

Dans les pages qu'elle lui consacre,

Jeanne semble obnubil�e

par le para�tre de la bourgeoisie,

ayant fait venir au Mexique sa Rolls,

son argenterie,

ses nappes et sa gouvernante,

pour la servir.

Jeanne, d'un milieu modeste, n'avait pas les m�mes choses

� prouver que Bardot, n�e dans la haute soci�t�.

-Que pensez-vous de Brigitte Bardot ?

-Oh... -Attention, hein.

Elle rit nerveusement.

-Bah...

Ca se dit pas. -On s'aime bien.

On a travaill� dur ensemble, alors �a nous fait un lien en plus.

-Jeanne reconna�tra ne pas avoir gard� un bon souvenir de ce duel

orchestr� par son ancien amant, Louis Malle.

-Il s'occupait d'elle. Avec vous, c'�tait r�gl�.

Il donnait beaucoup d'attention � elle ?

-Il le faisait car il la sentait plus fragile.

Il la sentait plus fragile.

Quelques fois, je ne le prenais pas bien, de sa part.

Applaudissements

-Le jeu en valait la chandelle. "Viva Maria !"

est le 41e film de Moreau et un immense succ�s

qui l'installe en haut du box-office international.

Elle n'atteindra plus un tel sommet de notori�t�.

Bient�t, les ann�es 60 s'ach�vent,

de nouveaux cin�astes apparaissent

qui font passer la Nouvelle Vague pour du classicisme.

Jeanne, son �g�rie, a atteint le cap de la quarantaine,

un �ge difficile pour les com�diennes.

-On a commenc� � me proposer des personnages.

Elles sombraient dans l'alcool, �taient jalouses de leur fille,

ou se tapaient des gigolos.

J'ai d�cid� que je ne voulais pas montrer

cette image

des femmes aux femmes qui avaient mon �ge.

-Partez, partez ! Partez loin.

-La surprise arrive, comme toujours avec Jeanne,

du c�t� de la jeune g�n�ration.

En 1974, le cin�aste Bertrand Blier

la fait tourner dans son 1er film : "Les Valseuses",

avec des acteurs

qui deviendront des stars : Depardieu, Dewaere, Miou-Miou.

Il confie � Jeanne un petit r�le difficile

qu'elle accepte � l'instinct et qui va stup�fier le public.

Des 1res images qui la montrent us�e pr�matur�ment...

-Ca vous dirait de coucher avec une vieille ?

-Oui.

Mais je vois pas de vieille.

T'en vois une, toi ? -Non.

-A celle de son suicide brutal apr�s l'amour avec les deux voyous,

Jeanne Moreau atteint un sommet dans son art de la suggestion.

Coup de feu

Une fois encore, une fois de plus,

les bien-pensants crient au scandale

et reprochent son impudeur.

A 46 ans, l'actrice n�e dans les ann�es 30, autant dire un si�cle,

est en phase avec les subversives ann�es 70.

Elle n'a jamais reni� sa soif de libert�

et son anticonformisme l�gendaire.

Ce n'est pas un hasard, si, � presque 60 ans,

elle s'embarque dans ce qui sera

la plus grande aventure de la derni�re partie de sa vie.

Sous la direction de Klaus Michael Gruber,

elle accepte d'interpr�ter la servante Zerline,

une domestique qui,

en d�pit de sa condition, n'a renonc� ni au d�sir

ni � l'amour.

-Un homme pareil est facile � avoir.

Moi aussi.

Si j'avais voulu,

je l'aurais eu.

-Le Moli�re est attribu� � Jeanne Moreau...

Ovation du public

-Avec celle nouvelle incarnation d'une femme libre,

Jeanne conna�t, au th��tre, un succ�s public sans pr�c�dent.

"Jamais je n'avais

"connu �a de ma vie de com�dienne.

"Ce sentiment de fusionner avec le public.

"Cette intimit� totale,

"comme s'il n'y avait que lui et moi au monde."

Applaudissements

Au fil du temps, elle peut tout interpr�ter.

M�me son amie Marguerite Duras

rencontr�e au d�but des ann�es 60, autre figure transgressive,

avec laquelle elle partageait la passion de la litt�rature,

le go�t des hommes, du vin et de la cigarette.

L'hommage est magistral.

-C'est magnifique.

*-Capri, c'est fini

Je ne crois pas Que j'y retournerai un jour

-CAPRI, C'EST FINI

ET DIRE QUE C'ETAIT LA VILLE DE MON PREMIER AMOUR

CAPRI, C'EST FINI

JE NE CROIS PAS QUE J'Y RETOURNERAI UN JOUR

...

NOUS N'IRONS PLUS JAMAIS

OU TU M'AS DIT JE T'AIME

NOUS N'IRONS PLUS JAMAIS

COMME LES AUTRES ANNEES

PARFOIS JE VOUDRAIS BIEN

TE DIRE "RECOMMENCONS"

MAIS JE PERDS LE COURAGE

SACHANT QUE TU DIRAS NON

*-Capri, c'est fini

Et dire que c'�tait la ville De mon premier amour

-Elle qui avait annonc� qu'elle ne jouerait pas

toute sa vie, encha�ne les tournages jusqu'� 82 ans.

Elle qui disait

pr�f�rer le r�el au cin�ma,

les hommes � ses partenaires, ne v�cut aucune

histoire d'amour et ne fut plus heureuse que devant les cam�ras.

Alors continuons de la regarder...

sans avoir la m�moire qui flanche.

-J'ai la m�moire qui flanche Je me souviens plus tr�s bien

Quel pouvait �tre son pr�nom Et quel �tait son nom

Il s'appelait, je l'appelais Comment l'appelait-on ?

Pourtant c'est fou ce que j'aimais L'appeler par son nom

J'ai la m�moire qui flanche Je me souviens plus tr�s bien

De quelle couleur Etaient ses yeux

Je crois pas Qu'ils �taient bleus

Etaient-ils verts, �taient-ils gris Etaient-ils vert-de-gris ?

O� changeaient-ils Tout le temps de couleur

Pour un non Pour un oui

J'ai la m�moire qui flanche Je me souviens plus tr�s bien

Habitait-il ce vieil h�tel

Bourr� de musiciens ?

Pendant qu'il me, Pendant que je,

Pendant qu'on faisait la f�te

Tous ces saxos, ces clarinettes Il me tournait la t�te

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