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Original subtitles

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UN BAISE

Un BAISE s'il vuos plait

-Pardon. Vous savez o� je peux trouver un taxi ?

-Euh, attendez, pr�s d'ici...

Je vois pas, je suis d�sol�.

-C'est pas grave. Je vais en trouver un qui passe.

-Excusez-moi. Vous d�sirez vous rendre dans quel quartier ?

-Je vais � l'h�tel Dobr�e.

-Vous �tes de passage ?

-Oui. J'habite � Paris.

-Vous venez souvent � Nantes ?

-Non, c'est la premi�re fois.

-Pour le travail ?

-Oui. Je con�ois des tissus d'ameublement.

Je travaille chez moi,

mais je vais rencontrer les fournisseurs.

-Excusez-moi. La porti�re ne s'ouvre pas de l'int�rieur.

-Merci beaucoup.

-Vous rentrez quand � Paris ? -Demain.

Bon ben, au revoir.

-Au revoir. Et...

bonne fin de s�jour.

Excusez-moi.

Je me suis pas pr�sent�, je m'appelle Gabriel.

-Moi, Emilie.

Bon ben, merci.

Merci pour la soir�e, pour la conversation,

pour les d�placements, pour le vin qui �tait excellent,

pour l'addition que vous avez r�gl�e dans mon dos

et pour me laisser un si bon souvenir de Nantes.

-Si vous permettez, je...

je voudrais vous laisser un dernier souvenir.

Excusez-moi. -Non, ne vous excusez pas.

Je ne vous en veux pas. Je dirais m�me, je suis flatt�e.

Je serais tent�e moi aussi, mais... -Mais ?

-Peut-�tre qu'il vaut mieux pas.

-Il y a quelqu'un dans votre vie ?

-Oui.

-Ecoutez, je voudrais �tre honn�te avec vous.

Je vis moi aussi avec quelqu'un.

Le baiser que je voulais vous donner �tait un baiser d'au revoir,

un baiser pour vous dire

que j'ai �t� tr�s heureux d'avoir pass� ce moment avec vous.

-Un baiser sans cons�quence. -Oui.

-Je pensais � la m�me chose. -Qu'est-ce qui vous retient ?

-Une histoire.

-Une histoire ?

-Hum.

-Qui vous est arriv� ?

-Non, � des gens que je connais.

-C'est ce qui leur est arriv� qui vous emp�che de m'embrasser ?

-Oui.

Certaines histoires produisent un effet sur vous malgr� vous.

J'aurais aim� vous la raconter pour que vous puissiez m'excuser,

mais c'est leur intimit�. Et je dois aller me coucher.

J'esp�re que vous comprendrez.

Au revoir.

-Vous ne voulez pas me raconter cette histoire ?

Vous me dites que c'est leur intimit�,

mais il n'y a aucune chance que je rencontre ces personnes

puisqu'on ne se reverra jamais. N'est-ce pas ?

Vous avez �veill� ma curiosit�.

-Je voulais aller me coucher. -Eh bien, faites-moi un r�sum�.

-C'est l'histoire d'une jeune femme pour qui tout allait bien.

Enfin, c'est difficile de savoir si tout va bien,

mais je crois que �a allait bien pour elle.

Elle habite � Paris, on a le m�me �ge.

N'allez pas croire que c'est moi et que je me cache derri�re elle.

Elle s'appelle Judith et on ne se ressemble pas.

Elle �tait heureuse dans son travail.

Elle fait de l'analyse ou de la recherche.

J'ignore sur quoi.

Elle aimait d'autant plus travailler

qu'elle savait que ce n'�tait pas une n�cessit�.

Son mari lui avait propos� d'arr�ter de travailler.

Sa famille �tait riche et l'avait aid�

� devenir propri�taire de sa pharmacie.

Elle avait refus�.

Elle avait travaill� pour en arriver l�

et ne se sentait pas une femme d'int�rieur.

Du moins, pas encore,

mais elle devrait s'arr�ter quand elle aurait des enfants.

Au moins quelque temps.

Elle voulait des enfants avec Claudio, et lui aussi.

Oui, elle �tait heureuse.

Parmi les amis de Judith,

il y en avait un qui comptait peut-�tre plus que les autres.

Elle le connaissait depuis le lyc�e.

Leur vie n'avait aucun secret pour l'autre.

Il avait connu tous ses amoureux et elle, toutes ses amoureuses.

Claudio travaillait le samedi, ils se voyaient donc le samedi.

Ils discutaient de leur semaine pass�e.

Ils parlaient de leurs tracas, de leurs joies,

de leurs interrogations.

Les sentiments, les d�sirs, tout y passait.

Judith �tait fascin�e que Nicolas se confie ainsi.

Cette libert� d'expression

l'amenait � lui livrer ses pens�es intimes sans peur.

Et m�me avec la satisfaction de pouvoir les communiquer.

C'est Judith qui a pr�sent� Louise � Nicolas.

Le courant est bien pass� entre eux.

Tr�s bien.

Et deux ans apr�s,

Louise a trouv� un travail � l'�tranger.

Ils se sont s�par�s, mais en tr�s bons termes.

-Non, prends-le. Je veux que tu le prennes.

-Judith �tait inqui�te pour Nicolas.

Mais tout semblait bien aller pour lui

et elle en �tait m�me impressionn�e.

Mais quelques mois plus tard,

les moments pass�s avec Nicolas n'avaient plus la m�me saveur.

Judith sentait que Nicolas restait sur sa r�serve.

Ce n'�tait jamais arriv� auparavant.

Lorsqu'un jour, un jeudi, vers 15h43, je crois...

-Euh, excusez-moi, je reviens...

Chuchotement des �l�ves

All�. Oui, c'est moi.

Excuse-moi de te d�ranger, je sais que tu es au travail.

En fait,

j'aurais besoin de te voir le plus t�t possible.

C'est-�-dire que c'est un peu urgent.

Non, je peux pas t'expliquer au t�l�phone.

-Alors ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Tu es la seule personne � qui je puisse le dire.

-Quelque chose ne va pas ? -Oui.

-C'est grave ?

-C'est lancinant. Oui, c'est �a, lancinant.

-C'est physique ou psychologique ? -C'est un peu des deux.

-Comment �a ?

-Ca peut para�tre �trange,

mais tu vois, il y a des gens qui manquent de vitamines ou de fer.

Moi, je manque d'affection.

-Y a plein de gens qui t'aiment autour de toi.

-Je parle pas de ce genre d'affection.

-De quel genre d'affection ? -D'une autre vari�t� d'affection.

-Quelle vari�t� ?

-Je manque d'affection physique.

-D'affection physique. -Hum.

Tu vois pas de quoi je parle ? -Pas vraiment.

-Tu sais, quand deux physiques s'affectionnent physiquement,

entre eux.

Je suis tellement en manque de �a que je pense � rien d'autre.

Cela m'obs�de � un tel point que je vais pas bien.

C'est comme si tu avais une petite �charde dans les fesses.

C'est rien,

mais pourtant, �a prend des mesures disproportionn�es.

Quand on vit en couple, l'autre peut nous l'enlever.

Mais moi, je suis seul.

Tu me trouves ridicule ? -Mais non.

-Mais si.

Moi-m�me, je trouve �a d�risoire

compar� aux probl�mes qui nous entourent.

-Ce n'est pas parce que c'est rien qu'il ne faut pas te soigner.

-Je sais, mais je sais pas comment.

Il n'y a pas de docteur, ni de m�dicament pour �a.

-Tu ne veux pas rencontrer une femme qui t'enl�verait cette �charde ?

-C'est ce qu'il faudrait,

mais je vais pas rencontrer une fille pour me soigner.

Ce serait pas correct. -C'est vrai.

Tu peux faire une rencontre qui soit d'abord sentimentale.

-Je peux pas avoir de sentiment dans l'�tat dans lequel je suis.

-Tu sais, il existe une sorte d'infirmi�res

qui peuvent soigner le mal dont tu souffres.

Tu n'as pas pens� � aller voir une prostitu�e ?

-Oui, oui. Enfin, j'y ai pens�,

mais je crois pas que c'est ce qu'il me faut.

-Tant que tu n'as pas essay�, tu ne peux pas savoir.

-J'y suis all�, ce matin.

-Ah oui ? Et alors, comment �a s'est pass� ?

Raconte.

-Cela faisait plusieurs jours que je voulais y aller,

pour me soulager.

Puis, j'ai vu un reportage qui montrait comment �a se faisait.

En fait, il faut aller sur Internet.

-Tu viens pas d�jeuner ?

-Non, c'est que, en fait, j'ai des copies � corriger.

Allez-y sans moi.

Comme je n'ai pas Internet chez moi,

j'ai profit� de l'ordinateur qui est dans la salle des profs.

Elle frappe.

-Excusez-moi, monsieur. J'ai vu que vous �tiez l�

et je voulais juste vous dire que vous aviez oubli� votre stylo.

Je voulais vous le rendre. Posez-le l�, juste l�.

Voil�. -Voil�. Au revoir.

-Merci. Au revoir.

J'ai choisi une fille au hasard.

Il y avait des photos, mais on ne voyait pas les visages.

En fait, je l'ai choisie � cause de son pr�nom : Eglantine.

J'ignore si c'est son vrai pr�nom, mais �a m'a inspir� confiance.

Il y avait un num�ro, j'ai appel�.

Elle m'a donn� son tarif et rendez-vous chez elle.

Enfin, devant chez elle.

J'ai pris un pseudonyme.

All� ? Bonjour. Oui, c'est Fr�d�ric.

Oui, je suis devant le 11.

Elle voulait que je traverse la rue

avant de me donner le code.

Oui, je vois.

D'accord, tr�s bien, � tout de suite.

Ce n'est que plus tard que j'ai compris.

Elle avait pu m'observer et voir si je lui convenais.

-Entrez.

-Bonjour. -Bonjour.

-Ah oui, excusez-moi.

-Merci.

C'est pour faire l'amour ?

-Oui. Si �a pose pas de probl�me ? -Non.

Donc, voil� la salle de bains.

Allez-y pendant que je me pr�pare.

-Je vous attends dans la salle de bains ?

-C'est pour que vous puissiez vous doucher.

Je vous ai pr�par� une serviette. Je vous attends en haut.

-J'ai d�j� pris une douche, ce matin.

-C'est une question d'hygi�ne. C'est comme �a pour tout le monde.

-Je savais pas.

Je suis pas oblig� de me laver la t�te ?

-Ben oui, justement, oui.

On a pour tout X appartenant � E,

l'application nulle de X et nul.

Nul n'est pas irr�ductible

puisque les sous-espaces stables par nul

ne sont pas r�duits � nul et � E. Alors si Q

est un sous-espace de E et N sup�rieur � 2,

alors Q appartient � L.

Donc si tu as PSI de EI qui est �gal � EI plus 1,

tu as pour... Raclement de gorge

Je te rappelle plus tard.

Je vous avais pas entendu sortir de la salle de bains.

-Non, non, mais il n'y a pas de souci.

-Vous venez ?

-Ben... oui.

-Qu'est-ce que vous faites ? -Je voulais vous embrasser.

-Mais vous savez pas qu'on n'embrasse pas ?

-Et, et... et j'ai pas su quoi r�pondre.

-Je ne savais pas �a.

-J'ai pr�f�r� repartir sans redemander mon argent.

-Pourquoi ?

-J'ai besoin d'embrasser.

-Ah bon ? -Ben oui.

Il me faut un peu de complicit�, et �a passe surtout par les baisers.

-Je suis s�re qu'il y a une solution,

m�me si pour l'instant, je ne vois pas laquelle.

-Id�alement, il y en a une qui aurait pu �tre envisageable.

Mais elle est impossible � envisager.

-Laquelle ? -Ca ne sert � rien que je la dise.

-Cela m'int�resse.

-Evoquer des choses qui sont irr�alisables,

c'est inutile.

-Qu'en sais-tu que c'est irr�alisable ?

-Je m'en doute.

-Si tu en doutes, c'est qu'il y a une incertitude.

Peut-�tre que cette id�e me donnerait une id�e.

-Peut-�tre, c'est vrai.

-Alors, dis-moi.

-En fait, je m'�tais dit que,

enfin vu la configuration actuelle,

tu aurais pu peut-�tre me gu�rir.

-Comment �a ?

-A cause de la complicit�, de la confiance,

de la compr�hension qu'il y a entre nous.

Ecoute. En fait, je veux pas t'emb�ter avec mes probl�mes.

-C'est normal entre amis de partager ses soucis.

-Je voudrais bien t'aider, mais l�...

-Je comprends, mais c'est pas grave.

Je te l'ai dit parce que tu voulais savoir.

-Pourquoi tu ne demandes pas � une autre amie,

� H�l�ne ou � Sophie ?

-Enfin, c'est que tu es ma meilleure amie

et la plus compr�hensive.

A elles, j'oserais pas leur en parler.

-Quand veux-tu qu'on le fasse ?

-Ben, quand tu veux.

-Pourquoi pas le faire maintenant, comme �a, tout serait r�gl� ?

-Oui. Oui, oui, oui, oui.

Pourquoi pas ? C'est une tr�s bonne id�e.

-Tu veux que je me d�shabille ou tu pr�f�res le faire toi-m�me ?

-Ca te d�range pas si on prend un peu notre temps,

histoire de pas brusquer les choses.

-Non, je suis pas press�e.

Je peux m'asseoir ? -Oui.

-Tu veux venir ? -Oui.

-N'h�site pas � me dire ce qui te ferait plaisir.

-Ce qui me fait plaisir, c'est aussi ce qui te fait plaisir.

-C'est pareil que toi.

Ca me fait d'autant plus plaisir quand je sais que �a fait plaisir.

-On est pareils de ce c�t�-l�. -Oui.

On devrait se lancer, non ? -Oui.

-Vas-y.

-Je peux te toucher ? -Oui.

-Je peux toucher tes seins ? -Hum hum.

-C'est agr�able ?

-Je prends du plaisir comme c'est ce qui te fait plaisir.

-Merci. Ca me fait plaisir.

Ca va ? Tu n'en as pas marre ?

Je peux caresser l'autre sein ? -Hum hum.

Tu veux que je m'allonge ? -Euh... ouais.

Je peux continuer ? -Oui.

Cela ne te d�range pas si je ferme les yeux ?

-Non.

C'est pour penser � Claudio que tu fermes les yeux ?

-Non, pas du tout, c'est... Il me caresse peu les seins.

Quand il le fait, ce n'est pas comme �a.

-Comment il fait ?

-Il est plus... brut.

-Et qu'est-ce que tu pr�f�res ?

-Je ne sais pas, �a d�pend des moments.

-Je peux promener ma main sur ton corps ?

-Oui.

-Qu'est-ce qu'il y a ? -D�sol�e, j'ai la gorge s�che.

Tu veux aussi un verre d'eau ? -Euh... ouais.

-Ca te d�range pas si je mets un peu de musique ?

*Musique classique

-Merci.

-Tu veux que je me remette dans la m�me position ?

-C'est comme tu veux. -C'est comme tu veux, toi.

-Peut-�tre qu'on pourrait se d�shabiller.

-Hum hum. Hum.

J'y arrive pas.

Ca y est. -Moi aussi.

Je...

je peux t'embrasser ?

-Tu y tiens vraiment ? -Oui.

Tu n'en as pas envie ? -C'est pas �a, c'est que...

Si je n'appr�cie pas le baiser, je ne suis pas s�re que je pourrai.

C'est plus facile pour moi de le faire avec un gar�on

que je n'ai pas embrass�,

plut�t qu'avec un gar�on que j'ai appr�ci� sans ses baisers.

-Certainement.

C'est pour �a que les prostitu�es ne veulent pas se faire embrasser.

-Su tu tiens � m'embrasser,

tu prends le risque que je me montre r�ticente.

-Bon, je prends le risque sinon j'y arriverai pas.

Mais promets-moi de me dire si tu n'aimes pas mon baiser.

Je veux pas te forcer. -D'accord. Promis.

-Ca va ? -Hum.

Je peux essayer avec la langue ? -Hum.

Musique jazz

-Merci.

-Merci.

-Moi qui voulais aller me coucher t�t.

Vous avez l'heure ?

-Euh... Il est 23h30. -D�j� !

Je vais vous raconter la suite. -Je vous �coute.

-Un mois s'�tait �coul� avant que Judith ne revoit Nicolas.

Je ne sais plus ce qui les avait emp�ch�s de se voir.

-Ca va ? -Euh... oui, oui.

-Et toi, comment �a va ? -Ca va.

Tiens, j'oubliais. Ca y est, j'ai rencontr� quelqu'un.

-Vraiment ? -Ben oui.

-Mais c'est super. Elle s'appelle comment ?

-C�line. -C�line. C'est tr�s joli.

-Oui. Moi aussi, je trouve �a tr�s joli.

-Donc, tu es content ?

-Euh... ben oui, je suis tr�s, tr�s content.

-Tu dois te sentir l�ger, transport� par l'amour, non ?

-J'ai pas eu le coup de foudre. -Mais tu es amoureux ?

-Oui. Enfin, c'est un peu t�t pour me prononcer compl�tement.

Mais il y a en elle le potentiel pour que je tombe amoureux.

Je pense que �a va s'amplifier petit � petit avec le temps.

-Elle te pla�t, quand m�me ? -Bien s�r. Tu veux voir sa photo ?

-Elle est belle. Vous vous entendez bien ?

-Oui. C'est �a qui m'a emball�. On s'entend vraiment bien.

On passe du temps � parler. C'est important dans un couple.

C'est quelqu'un de bien.

J'ai eu de la chance de la rencontrer.

-Donc, tu n'as plus de souci ? On peut dire que tu es gu�ri.

-Ben oui. Oui, oui, oui.

-Ca ne va pas ?

-Ah non, non, non, non.

Enfin, trois fois rien.

-Dis-moi.

-Voil�. Tout se passe tr�s bien avec elle,

seulement... -Seulement ?

-C'est stupide, mais quand je l'embrasse,

c'est bon, mais...

-Mais ?

-Mais...

C'est diff�rent de ce que j'ai ressenti avec toi.

J'essaye d'oublier, mais j'y arrive pas.

-C'est devenu diff�rent avec Claudio.

Enfin, tout va bien,

mais c'est plus ce que c'�tait, cela me para�t moins...

-Pour toi aussi, �a a �t�...

C'est ma faute, tout �a. -C'est la faute � personne.

On n'a pas �t� objectifs sur ce qu'on ressentait.

On a compl�tement perdu nos facult�s de jugement.

C'est pour �a que ce souvenir est un souvenir fauss�.

Ce n'est m�me pas un souvenir, mais une illusion.

Si on recommen�ait, on verrait qu'il n'y a rien d'exceptionnel.

-Tu crois ?

-Oui. N'importe quel psychologue nous le dirait.

-Il n'y a pas d'autre rem�de selon toi ?

-Je n'en vois pas d'autre. Et toi ? -Il faudrait que j'y r�fl�chisse.

-Combien de temps ? -Je l'ignore.

M�me si je r�fl�chis, ce n'est pas s�r que je trouve.

-Le probl�me, c'est que je suis press�e.

On doit partir en amoureux et j'aimerais �tre d�barrass�e de �a.

-Je ne voudrais pas non plus que �a freine mon histoire avec C�line.

-Que fait-on ? -Ce qui t'arrange.

-On peut faire �a, maintenant ? -Vite fait, bien fait.

-Bien fait, non.

On doit bien d�mystifier notre souvenir.

-Bonne id�e. On n'a qu'� faire �a m�caniquement.

-Tr�s bien. -Tu veux faire �a o� ?

-Faisons �a par terre. Ce sera moins confortable.

Comment c'�tait pour toi ? -Ben... Pour toi, c'�tait comment ?

-R�ponds en premier.

-Tu m'en voudras pas si je te dis la v�rit� ?

Il faut que je te dise que c'�tait...

c'�tait trop bien, encore plus que la premi�re fois.

D�sol�, j'ai pas fait expr�s. Au contraire, je voulais pas.

Tu es f�ch�e ? -Oui.

Mais je suis f�ch�e contre moi. J'ai ador�, moi aussi.

-Mince. -Tu veux pas qu'on recommence ?

Histoire d'en �tre s�rs une bonne fois pour toutes.

-Ben oui. En fait, il faut en finir au plus vite.

On s'y prend comment ?

-On va faire de notre mieux pour que ce soit le mieux possible.

-Je comprends pas. C'est pas ce qu'on veut.

-En voulant ce qu'on voulait, on a eu ce qu'on ne voulait pas.

En voulant ce qu'on veut pas, on aura peut-�tre ce que l'on veut.

-Oui, en effet, peut-�tre.

-On va s'appliquer pour que ce soit formidable.

-Bien.

-Et ce fut formidable. Je me trompe ?

-Non. Vous avez raison.

-Je ne sais pas pourquoi, mais c'�tait �vident.

-Je t'ai pas fait mal ? C'est la 1re fois que �a m'arrive.

-Sur le moment, �a m'a pas fait mal. Au contraire, c'�tait bon.

-Que va-t-on faire ? -J'ai plus ma t�te.

Oh non. -Quoi ?

-J'ai envie de t'embrasser, comme si c'�tait possible.

-Ne dis pas �a.

C'est terrible, �a vient. Ta bouche.

-Quoi ?

-Quand je l'ai devant les yeux, je n'y peux rien, �a m'attire.

-Je te la donnerais volontiers. -Retiens-toi, s'il te pla�t.

Je ne pourrai pas lutter seule. -Je me retiens.

Le mieux, c'est qu'on reste pas trop � c�t� l'un de l'autre.

-Oui, tu as raison.

-Qu'est-ce qui nous arrive ? -J'aimerais bien le savoir.

-Tu crois pas que c'est... -Quoi ?

-Tu crois pas que c'est de l'amour ?

-Je ne crois pas. Et toi ? -Non.

Je me pose la question. Je dis �a comme �a.

Quand on sait pas, il faut envisager toutes les �ventualit�s.

Et puis, c'est vrai qu'on s'entend bien, non ?

-C'est de l'amiti�. -Oui, tu as raison.

Mais dans l'amiti�, il y a de l'amour

puisqu'il y a du plaisir � �tre avec quelqu'un.

-Oui, mais c'est pas pareil quand on est amoureux.

-Evidemment, oui.

Qu'est-ce qu'il y a de plus quand on est amoureux ?

-Il y a de l'attirance. -Bien s�r, oui.

Mais c'est pas ce qui nous arrive ?

-C'est une attirance consentie. On est d'accord d'�tre attir�s.

Nous, on est attir�s, mais sans consentement mutuel.

-Je vois. Tu as raison.

Mais c'est pas ce qui se passe quand il y a un coup de foudre ?

-Je sais pas.

Ce que je sais, c'est que je suis amoureuse de Claudio.

-Tu as de la chance. -Comment �a ?

-Que les choses soient claires. Moi, je doute.

-D'�tre amoureux de C�line ? -Je crois.

Entre amour, amiti�, attirance, complicit�,

je m'y perds un peu. Tu comprends ?

-Ca m'arrange pas. Il ne faut pas que tu doutes.

-Excuse-moi.

-T'es amoureux d'elle. -Ah bon ?

-Mais oui, bien s�r.

On est un peu d�pass�s, mais il ne faut pas exag�rer.

Dans quelques jours, ce sera pass� et on en rira.

-Ca n'est pas pass� ?

-En effet.

-J'en commande d'autres. J'ai soif aussi.

-Ce sera le dernier. Apr�s, je vais me coucher.

-S'il vous pla�t, on va reprendre la m�me chose.

-D�sol�, monsieur. Le bar est ferm�.

J'allais vous proposer de vous diriger

vers l'accueil. -Ah.

Un dernier petit verre.

On le boira � l'accueil. Non, navr�, je ne peux pas.

Je ne peux pas servir d'alcool en dehors du bar et de mon service.

Je vous ferais bien plaisir, mais si la direction l'apprenait...

Je suis encore � l'essai.

-Oui, je comprends. -Merci, monsieur.

-Savez-vous si on peut

trouver un bar pr�s d'ici ?

-Non, je crois que tout est ferm� par ici.

Vous pourriez essayer vers la gare.

-D�sol�e pour le d�sordre. Je ne m'attendais � recevoir ici.

Vous voulez boire quelque chose ? -Oui, volontiers.

C'est vous qui les avez cr��s ? -Oui.

-C'est tr�s beau. J'en ferais bien des rideaux.

-Merci, mais pas question que je vous le vende.

-Pourquoi ?

-Je vous raconte cette histoire car vous n'avez aucun lien avec moi.

Il faudrait passer commande

et on devrait forc�ment �changer nos coordonn�es.

On serait donc contraints � nous reparler,

peut-�tre m�me � nous revoir.

Mais c'est trop tard.

Quand j'aurai fini l'histoire, on ne se reverra plus.

Tant pis pour mes affaires. -Tant pis pour moi.

Ca vous ennuie si je m'allonge ?

J'ai un peu mal au dos. -Non, allez-y.

-Et si j'enl�ve mes chaussures ?

-Oui, je...

-Asseyez-vous.

-Oui.

-C'est pour �tre s�re que vous m'�coutiez bien.

-Oui, il faut que je sois concentr�.

-J'en �tais o� ? -Au moment

o� ils se demandaient s'ils �taient amoureux ou pas.

A mon avis, ils le sont,

mais �a les arrange de ne pas s'en rendre compte.

Ca me rappelle une histoire.

-Une histoire ?

Quelle histoire ? -Je n'interromprai pas la v�tre.

-Ca me fera une pause. A condition qu'elle soit pas longue.

-Elle est tr�s courte.

C'�tait il y a deux ans, un jour de la semaine.

J'�tais presque seul dans le mus�e quand j'aper�ois au loin une amie,

enfin la compagne d'un bon ami.

Je suis g�n� avec les compagnes de mes amis.

Il faut se forcer

� n'avoir aucun d�sir

et en plus se montrer ami, m�me si on ne l'est pas vraiment.

-Gabriel ?

Gabriel. Comment �a va ? -Bien. Et toi ?

-Ben �coute, super.

-Tu visites le mus�e ? -Oui. Oui, oui.

-Ben, moi aussi.

Tout va bien, alors ? -Des changements, quand m�me.

-Comment �a ?

-T'es pas au courant ? -Non.

-Fran�ois m'a quitt�e pour une autre fille.

-Je savais pas, je suis d�sol�.

-Tu n'y es pour rien, c'est pas ta faute.

Ca peut para�tre �trange,

mais je me sens mieux, maintenant.

Vraiment, je t'assure.

Je ne dis pas �a pour que tu lui dises.

M�me dans mon corps, je me sens mieux.

Je sais pas si �a se voit.

-Ben, c'est que... Oui. Oui, oui.

-J'ai d�couvert que j'�tais quelqu'un d'autre.

Quelqu'un de plus ind�pendant,

quelqu'un de plus l�ger, de plus ouvert aux choses,

quelqu'un de plus libre.

J'ai plus envie de me remettre en couple.

-Mais si quelqu'un te pla�t ?

-J'y vais, je fonce, je m'abandonne.

Je me pose pas de questions,

je m'ouvre compl�tement, mais � condition que �a dure pas.

-M�me si c'est tr�s bien ? -Oui.

J'ai envie d'avoir que des aventures,

j'ai envie d'�ph�m�re, de me laisser porter par le plaisir.

J'ai pas envie de s�rieux.

Je veux go�ter � ce que la vie peut m'offrir de d�licieux.

Ca doit te choquer ce que je dis.

Elle rit.

-Une petite aventure assez dr�le. Quel rapport avec mon histoire ?

-Je ne vous ai pas encore dit la chute.

Depuis, on vit ensemble.

-Vous �tes ensemble ?

-Oui. C'est ma compagne.

Et Judith et Nicolas me font penser � cette histoire.

C'est quand on s'y attend pas qu'on tombe amoureux.

Ils sont � un moment o� ils s'aiment,

mais sans le savoir.

-Effectivement.

Ils l'ont appris rapidement.

Musique, bribes de conversation

Ils ne s'�taient pas vus depuis plusieurs semaines

et tout semblait bien aller.

-Excuse-moi. Je reviens tout de suite.

-Excuse-moi. Je reviens tout de suite.

Je suis d�sol�, Judith, mais il faut que je te parle.

-Pas maintenant. On va nous voir.

-Non, viens, viens.

-Qu'est-ce que t'as ? Tu me fais peur.

-J'ai deux choses � te dire.

La premi�re, c'est que, apr�s avoir r�fl�chi,

je t'aime.

J'en suis s�r, c'est certain. Je t'aime d'amour, Judith.

La deuxi�me chose, c'est que je sais que je dois arr�ter de t'emb�ter.

Alors pour �a, il faut que tu m'aides � ne plus t'aimer.

J'ai besoin d'un refus cat�gorique de ta part,

de sentir que c'est pas r�ciproque

pour que je puisse passer � autre chose.

Alors, dis-moi, l�, droit dans les yeux

que tu n'es pas amoureuse de moi.

Vas-y.

On va faire autre chose.

Euh... voil�.

Je vais essayer de t'embrasser et tu vas me repousser fermement

pour que je comprenne bien.

Attention, j'y vais.

Repousse-moi, repousse-moi. Hein, d'accord ?

Je recommence.

Si tu r�agis pas, je sais plus comment faire.

Je vais y aller plus franchement pour que tu r�agisses v�ritablement.

Je vois pas d'autre solution.

Eh bien, tu dis rien ? Tu n'es pas f�ch�e contre moi ?

Je t'en prie, dis-moi que tu es f�ch�e contre moi.

Bon.

Regarde ce que je fais. Tu vois ce que je fais ?

Hein ? Dis-moi que t'as pas envie que je fasse �a.

Dis-le-moi, je t'en prie. Dis-le-moi.

-Je cherche Judith.

Excusez-moi. Est-ce que vous avez vu Judith ?

-NON.

-Merci.

Il frappe.

Musique et bribes de conversation

Ah, mais t'es l� ! Je t'ai cherch�e partout.

-Oui. Ben, on discutait.

-Oui. C'est que j'avais des choses � lui dire.

-Rien de grave, j'esp�re.

-Non, mais �a m'a fait beaucoup de bien de lui en parler.

-C'est bien.

-Une femme m'a dit : "L'homme id�al n'est pas celui dont je serai folle,

"mais celui pour lequel j'aurai une tendre affection

et dont je n'arriverai pas � �tre jalouse."

-Dr�le de femme.

-C'�tait une vieille femme, mais je trouve �a sens�. Pas vous ?

-Trop sens� pour moi.

J'ai un ami qui dit :

"On ne peut devenir sage qu'� la condition d'avoir �t� fou."

Je crois qu'il a raison.

Je n'ai pas �t� assez fou pour devenir vraiment sens�.

Et vous ?

-Je sais pas.

Cependant, regardez, il est 1h du matin,

je suis dans une chambre d'h�tel avec un homme que je connais peu.

Ca r�pond un peu � votre question. Non ?

-Je vous trouve tr�s sage, plus que moi en tout cas.

-Mais cette histoire a des cons�quences terribles.

-Comment �a, terribles ?

-Sans �a, cette histoire n'aurait pas eu cet effet sur moi

et je vous aurais embrass� bien volontiers.

Et Dieu seul sait ce qu'on serait en train de faire.

L'histoire de Judith et Nicolas peut para�tre charmante aussi,

mais dans votre histoire,

vous et votre amie, vous �tiez c�libataires.

Pas eux.

Avec leur compagnon respectif,

ils mettaient leur bonne volont� pour donner le change.

Ils ne savaient qu'esp�rer, ni que vouloir, ni que penser.

Peut-�tre n'�tait-ce qu'une fantaisie

qui allait vite s'�puiser avec le temps ?

Et si ce n'�tait qu'un d�sir de changement,

une fa�on de rem�dier � un ennui inconscient du quotidien ?

Et si cela n'�tait pas de l'amour, mais une affinit� charnelle,

une histoire de ph�romone, un simple ph�nom�ne biologique ?

"Peut-�tre ne suis-je pas comme les autres,

trop faible pour me laisser guider par la raison ?",

se disait Judith.

"Peut-�tre suis-je un monstre d'�go�sme,

uniquement guid� par mes instincts sensuels ?",

se disait Nicolas.

"Comment esp�rer un monde sans conflit

avec des femmes si peu respectables que moi ?"

"Peut-�tre est-ce � cause des gens comme moi

qu'aucune civilisation ne peut se d�velopper harmonieusement ?"

"Doit-on changer sa vie et tout bousculer

rien que pour des baisers et les caresses qui s'ensuivent ?"

"Et si c'�tait une histoire de complicit� extraordinaire ?"

"Et si c'�tait une belle histoire d'amour,

comme il y en a dans les romans ?"

-Qu'est-ce qu'il y a ? -Il ne faut pas.

-Tu n'as pas envie ?

-Si, mais, ce soir, je dois faire l'amour avec Claudio.

Pourquoi cette t�te ? T'es jaloux ? -Un peu.

-Tu veux que je pense � toi, comme �a, je ne te trompe pas.

T'es jaloux. -Oui. Mais je comprends.

Ca me permettra de faire l'amour � C�line,

sans avoir mauvaise conscience.

-Vous allez faire l'amour ?

-Oui. Tu ne veux pas que je la quitte.

-C'est pour nous deux que je veux pas que tu la quittes.

Je veux pas te savoir seul quand je retrouve Claudio.

Je culpabiliserais trop de te savoir abandonn�.

-Mais je serais mieux seul. -C�line est quelqu'un de bien, non ?

-C'est pour �a que je culpabilise de ne pas l'aimer comme il faut.

Elle m�rite mieux que �a.

-Claudio m�rite mieux que �a aussi.

*Musique classique

-Tu me dis si tu veux que je change de musique.

-Claudio.

Il faut que je te parle. Ne me regarde pas, s'il te pla�t.

Tu dois te demander ce que j'ai � te dire.

Je sens que le ton de ma voix t'inqui�te.

Je ne vois pas ton visage, mais j'imagine qu'il s'est assombri.

Je n'ai pas � te dire des choses rassurantes.

Pourtant, j'aime tellement te rassurer.

Ce ne sont pas non plus des choses m�chantes.

Ce sont des choses qui risquent de te faire du mal.

Je n'en ai aucun doute. Cela va te faire du mal.

Je sens ton coeur.

Ton joli petit grand coeur qui s'affole.

Il s'affole � cause de moi et j'aimerais tant te serrer,

mais je ne peux pas, il ne faut pas.

Oui.

Je ne suis plus � toi.

Pourtant, il y aura toujours pour toi

une partie de moi rien qu'� toi.

Mais seulement une partie.

L'autre partie, la grande partie,

elle est partie vers un autre sans que je m'en rende compte.

J'ai pas choisi que �a se passe comme �a.

Ca m'est tomb� dessus. Je n'y peux rien.

Cependant, je serai pas loin.

On sera voisins. Enfin, j'esp�re.

Je regrette d�j� de te quitter,

mais j'aurais plus de regrets si je ne le faisais pas.

Puis, pour te consoler, dis-toi que je t'�pargne

la compagnie de mes regrets.

C'est quelqu'un d'autre qui va devoir les supporter.

-Tu me dis si tu veux que je change de musique.

-Je vais chercher quelque chose. Tu veux boire un truc ?

-A quoi tu penses ?

-J'imagine que l�, c'est chez nous,

que chaque jour, je puisse me retrouver ainsi, dans tes bras.

-Comment on s'y prend ?

-Pour quoi faire ? -S'installer ensemble.

Il faut l'annoncer � Claudio et � C�line

et r�fl�chir o� on s'installerait.

Qu'est-ce qu'il y a ?

-Il y a que...

Il y a que je ne pourrai jamais quitter Claudio.

Je ne pourrai jamais lui faire du mal.

L'id�e qu'il souffre � cause de moi n'est pas possible.

Musique jazzy

-Ton cocktail n'est pas bon ? -Euh, j'ai pas tr�s soif.

-Ca va ? -Oui. Oui, oui.

Enfin, non, pas tr�s bien. -Qu'est-ce qu'il y a ?

-Je pr�f�re te le dire quand on aura d�ner.

-Pourquoi ?

-J'ai peur que �a te coupe l'app�tit.

-Rien ne peut me couper l'app�tit.

Quand mon p�re est mort, je mangeais comme d'habitude.

On croit que j'�tais pas triste, mais c'est pas vrai.

-Voil�, C�line.

Je crois qu'il est temps de nous s�parer.

C'est pas ta faute. J'ai rien � te reprocher.

Au contraire m�me, je te trouve super.

Mais tu conviendras que c'est pas le grand amour.

-Oui, oui, c'est vrai.

-Cependant, �a aurait pu marcher avec le temps et des efforts.

-Oui, c'est ce que je m'�tais dit.

-J'ai pas fait d'efforts ces derniers temps.

-C'est vrai. T'avais l'air ailleurs.

T'as rencontr� quelqu'un d'autre ? -Oui.

Et malheureusement, c'est le grand amour.

-Pourquoi, malheureusement ?

-Parce que �a n'arrange pas nos affaires � tous les deux.

Ca aurait �t� mieux qu'on reste ensemble.

-On ne choisit pas tout dans la vie.

-Tu n'es pas en col�re contre moi ?

Tu trouves pas que je suis un monstre ?

-C'est que je suis fataliste. -Comment �a, fataliste ?

-Imagine.

Tu marches dans la rue et l�, un v�lo te renverse.

T'es bless�, t'as mal, mais tu peux rien y faire.

T'as qu'� attendre que �a gu�risse.

Ca sert � rien de g�mir.

-Et tu n'es pas un peu en col�re contre le v�lo ?

-Ca sert � quoi ?

C'est pas en �tant en col�re que tu gu�riras plus vite.

Et �a se trouve, le v�lo ne l'a pas fait expr�s.

-Mais certains lui reprocheraient de pas avoir fait attention.

-Pour faire attention, il faut de l'exp�rience.

On peut pas reprocher le manque d'exp�rience.

-C'est exactement �a. C'est tr�s bien ce que tu dis.

Voil� que je d�couvre en toi encore plus de charme.

-Merci, �a fait plaisir.

-J'aurais envie de t'embrasser. -Non, c'est trop tard.

-Oui, c'est trop tard.

-Si tu veux, on peut se faire la bise.

-Oui.

Est-ce que j'ai gagn� une amie ? -Et moi, un ami ?

-Ouais.

Les chemins qui m�nent � l'amiti� sont eux aussi �tranges.

-Qu'as-tu dit ? "Les chemins vers l'amiti�..."

-Je ne sais pas si j'ai dit :

"Les chemins qui m�nent � l'amiti� sont eux aussi �tranges."

Cette phrase m'est venue ce matin, mais c'est ce � quoi je pensais.

-C'est vraiment une fille super.

-Oui, c'est vraiment une fille...

super, oui.

Mais pourquoi tu fais cette t�te ?

-J'�tais pas jalouse d'elle, mais si �a devient une amie...

Si la vie �tait juste, Claudio aimerait une autre fille

et tout serait arrang�.

-Ca y est. Tu as trouv�. -Quoi ?

-Tu viens de le dire.

S'il aimait une autre fille, c'est lui qui te quitterait.

Il n'aurait pas de peine

et il serait rassur� de nous voir ensemble.

Il n'aurait aucune culpabilit�.

-Coucou.

J'ai pas beaucoup de temps. Ca va ? Que voulais-tu me dire d'important ?

-Eh bien...

je voulais savoir si tu �tais toujours c�libataire.

-Nicolas, tu sais. J'ai beaucoup r�fl�chi

et on n'�tait pas faits l'un pour l'autre.

Et je veux plus faire des efforts.

-C'est pas de nous qu'il s'agit.

Je voulais savoir si tu serais d'accord

pour rencontrer quelqu'un. -Que je rencontre quelqu'un ?

-Quelqu'un de bien, beaucoup mieux que moi.

-C'est quoi, cette histoire ? -C'est compliqu�. Je t'explique.

C'est pour �a que j'ai pens� � toi. Tu n'as rien � perdre, tu es libre.

-T'es vraiment terrible. -Mais pourquoi ?

-Non, pour rien. -Tu allais rencontrer des hommes.

Tu en rencontrerais un de plus.

S'il te pla�t, tant mieux, s'il ne te pla�t pas, tant pis.

Je t'ai apport� sa photo.

Comment tu le trouves ? -Oui, il est pas mal.

-Si tu le voyais en vrai, il est encore mieux.

-Je veux bien le rencontrer, mais parce que c'est toi.

Il y a une chance sur mille pour qu'on se plaise.

-Il y en aurait une sur un milliard

qu'il faudrait la tenter aussi. C'est notre seul espoir.

Merci, C�line. Merci, merci.

-Je dois y aller. Je t'appelle quand je rentre.

-Merci.

-Eh bien, ravie de faire votre connaissance.

Nicolas m'a parl� de vous. -Oui, moi aussi, enchant�e.

Vous voulez boire quelque chose ? -Non, �a ira. Merci.

-Oui, c'est... C'est lui.

-Ah oui. Nicolas me l'avait d�j� montr�.

-Il y a...

Cette photo est un peu plus r�cente.

Sonnette Excusez-moi.

-Je suis d�sol� pour le retard. Ca va ? Vous vous �tes pr�sent�es ?

-Oui, oui. -Oui.

-Eh bien, on a planifi� quelque chose.

Tu vas me dire si �a te va.

-C'est compliqu�, mais c'est pour mettre toutes les chances

de notre c�t� et du v�tre aussi. Claudio est un peu sp�cial.

Jusqu'ici, il ne s'est int�ress� � aucune autre fille que moi.

C'est le principal probl�me.

On a donc cherch� quelques artifices,

afin qu'il s'int�resse particuli�rement � vous.

Et on a trouv� Shubert.

-Shubert ?

-Oui, le compositeur.

Il s'int�resse � ce qui concerne Shubert.

Il conna�t sa musique par coeur et a lu tout ce qui le concernait.

-On s'est dit que s'il rencontrait une femme qui partage sa passion,

il se passerait quelque chose.

Judith, raconte-lui le plan.

-Oui. Alors, voil�.

Claudio travaille � sa pharmacie � c�t� du parc Monceau.

Tous les jeudis, vers midi, il quitte la pharmacie.

Il prend un cours de tennis au bois de Boulogne.

Apr�s son cours, vers 14h, il ne retourne pas � la pharmacie.

C'est toujours au m�me endroit qu'il mange son sandwich.

Il aime cet endroit pour son calme et les grandes vitres.

Il reste l� jusqu'� 15h environ.

Parfois, il lit, ou �coute de la musique,

ou reste juste r�veur.

C'est donc l�-bas qu'il faudra l'attendre avec ce livre.

C'est une nouvelle biographie sur Shubert que j'ai command�e.

Il ne pourra pas s'emp�cher de demander o� vous l'avez eue.

-Oh, l� l� ! Mais moi, je connais rien sur Shubert.

-Dites-lui que vous d�couvrez � peine le personnage

et il se fera une joie de vous en parler.

-Tout est clair ?

-Oui, oui, mais bon, pour vous parler franchement,

je trouve �a un peu l�ger, quand m�me.

-On sait jamais.

*Musique classique

-Qu'est-ce qu'il y a ? -Rien.

-Il va m'arriver quelque chose de grave ?

-Pas du tout, au contraire.

Il va t'arriver quelque chose de formidable.

-Alors pourquoi tu prends cet air-l� ?

-C'est pas formidable pour moi. -Je ne comprends pas.

-Tu vas rencontrer quelqu'un. -Et alors ?

-Quelqu'un dont tu vas tomber fou amoureux tr�s bient�t.

-Qu'est-ce que tu racontes ? -Les cartes sont tr�s claires.

-T'es sotte de te faire du souci. C'est n'importe quoi, ce truc.

Viens dans mes bras.

-C'est pas n'importe quoi.

-Bonne journ�e.

A ce soir. -A ce soir.

-Quoi ? Tu me dis � ce soir comme si tu me disais adieu.

Ne me dis pas que tu penses au tirage des cartes.

Tu commences � �tre ridicule, tu sais.

-De toute fa�on, ce qui doit arriver arrivera.

-Tu es compl�tement folle. Je m'en vais.

Je ne veux plus jamais entendre parler de �a.

-All� ? Oui, c'est moi.

Ca y est, il est parti.

-La journ�e fut longue.

Tr�s, tr�s longue pour Judith et Nicolas.

Chuchotement des �l�ves

-Je pourrais avoir du silence, s'il vous pla�t ?

-L'heure du rendez-vous �tait d�j� pass�e

et ils n'avaient toujours pas de nouvelles de C�line.

Sonnerie de t�l�phone

-Excusez-moi, je...

Rires et chuchotement

All� ?

-C'est moi. T'as des nouvelles ?

-Non, elle m'a pas appel�. Et toi, tu as des nouvelles ?

-Il n'est pas revenu � la pharmacie.

Il ne r�pond pas sur son portable.

-Ils sont peut-�tre ensemble.

Et C�line doit m'appeler d�s qu'elle sera seule.

-A 21h, Claudio n'�tait pas rentr�. Et aucune nouvelle de C�line.

-Comment �a se fait ?

Elle pouvait bien les appeler et les rassurer.

Si Claudio n'�tait pas rentr�,

c'est que �a se passait bien avec C�line, non ?

-Rien ne s'�tait pass� comme ils avaient pu l'imaginer.

Vous vous souvenez, le matin, quand Claudio s'appr�tait � partir ?

-Bonne journ�e. A ce soir.

-A ce soir.

-Quoi ? Tu me dis � ce soir, comme si tu me disais adieu.

Ne me dis pas que tu penses au tirage des cartes.

Tu commences � �tre ridicule, tu sais.

-De toute fa�on, ce qui doit arriver arrivera.

-Tu es compl�tement folle.

Je ne veux plus jamais entendre parler de �a.

-Ca y est, il vient de partir. Oui, il a pris sa raquette.

Non, il ne pleut pas. Je pense qu'il va y aller.

Oui, j'ai fait le coup des cartes, mais je suis pas fi�re de moi.

C'�tait pas une bonne id�e. En plus, il y a pas cru.

Nicolas ? All� ? Je t'entends plus.

Tu m'entends ?

T'as eu C�line au t�l�phone ?

Dis-lui bien qu'elle y soit avant 14h

et qu'elle am�ne le livre sur Shubert.

Moi aussi, je croise les doigts. Moi aussi, je t'aime.

Tu m'appelles quand tu as des nouvelles de C�line.

A tout � l'heure.

-La surprise a �t� si forte

que sur le moment, il a �t� incapable de r�agir.

Il est parti travailler.

-Bonjour, monsieur.

Monsieur ?

Bonjour, monsieur.

S'il vous pla�t. S'il vous pla�t, monsieur.

-Ca va ?

Par ici. -Oui.

-C�line �tait venue comme pr�vu, sans s'attendre � rien de sp�cial.

Sans s'attendre � ce qui allait se passer.

-Shubert vous int�resse ?

-Euh... oui.

Enfin, je d�couvre, mais j'ai envie de mieux conna�tre.

Pourquoi ? Vous vous int�ressez � lui ?

-Entre nous,

vous n'y connaissez rien.

-Oui, parce que je commence � peine, mais j'ai envie de mieux conna�tre.

-C'est la 1re fois que vous venez ici ?

-Je me suis dit que �a me ferait du bien de faire du sport

et une copine m'a conseill� cet endroit.

Je suis surtout venue pour voir � quoi �a ressemblait.

Vous venez souvent ?

-Vous n'avez pas honte ?

-Pardon ?

Je ne comprends pas.

-Je suis au courant.

-Mais...

J'ignore de quoi vous parlez.

-C'est vrai que pour avoir honte, il faut avoir un peu de coeur,

un peu de sensibilit�.

-Vous devez vous tromper de personne.

-Non, je ne me trompe pas. Et je ne trompe personne, moi.

-Vous devez faire une erreur.

Je ne vous connais pas. -Arr�tez de me prendre pour un con.

Vous avez �t� pay�e ?

-Ecoutez. D'accord. C'est vrai.

Je suis pas l� innocemment.

Je sais pas ce que vous avez appris,

mais personne n'a voulu se moquer de vous.

J'ai pas �t� pay�e.

-Vous ne faites pas �a pour l'argent.

Vous le faites...

gratuitement ?

Vous me d�go�tez encore plus, presque autant qu'eux.

-Si j'ai accept� cette rencontre, c'�tait pour les aider.

C'�tait leur unique espoir.

Ils ont pens� � �a pour votre bien.

-Pour mon bien ?

Vous attendez que je vous remercie ?

Quelle chance d'avoir autour de moi des gens aussi bienveillants !

Et je ne le vois pas !

-Je comprends votre �tat, mais essayez de comprendre.

-Mais comprendre quoi ?

-J'ai pas de coeur, mais vous en avez, vous ?

-Si je n'en avais pas, je serais dans cet �tat-l� ?

-Est-ce du coeur ou votre orgueil qui est bless� ?

-Vous parlez, mais vous ne me connaissez pas.

Si vous saviez combien j'aime Judith...

Comme vous n'avez jamais aim�.

-Vous devez vouloir son bonheur. -Mais bien s�r.

-Son bonheur est ailleurs, mais il d�pend de vous.

Elle vous aime trop pour vous quitter.

Jusque-l�, elle a pr�f�r� souffrir.

Vous pouvez choisir de la rendre heureuse

si vous l'aimez.

-C�line voulait appeler Nicolas pour le pr�venir.

Toute la nuit, Judith a attendu des nouvelles de Claudio.

Toute la nuit, Nicolas a attendu des nouvelles de C�line.

-Je cherche le num�ro de Nicolas Gimas, s'il vous pla�t.

Oui, � Paris, rue Fontaine.

Vous �tes s�r ? Sur liste rouge ?

-Rien � faire.

-On doit y aller. -Merci.

-Elle n'avait le num�ro de Nicolas que dans son t�l�phone vol�.

Pendant trois jours,

Judith et Nicolas n'ont eu aucune nouvelle.

Claquement de porte

-Bonjour.

-Bonjour.

-Tu veux manger ?

-Non, merci.

-Boire quelque chose ?

Tu t'es bless� ? Qu'est-ce que tu as ?

Je t'ai fait mal ? -Non, non.

-Tu vas o� ?

-Tu avais raison.

-Pour quoi ?

-J'ai rencontr� quelqu'un.

-Ah.

-Les cartes avaient raison.

-Comment �a ?

-Quand tu m'as dit l'autre soir que j'allais rencontrer quelqu'un.

-Je comprends pas.

-J'ai rencontr� une femme

et �a a �t� le flash comme on dit.

Je ne pensais pas que �a pourrait m'arriver,

mais je suis parti avec elle.

Je suis d�sol� de te dire �a aussi brutalement,

mais je ne veux pas te mentir.

Je sais, c'est fou, mais tu me comprends. Non ?

Cela ne te fait pas trop de mal ?

-Non. Enfin, si, beaucoup. Je sais pas.

Je m'attendais pas � ce que �a se passe aussi brusquement.

-Tu n'es pas trop en col�re ?

-Non, �a ne sert � rien

qu'on soit f�ch�s ou qu'on se d�chire.

-Je suis content que tu prennes les choses comme �a.

J'y vais, on m'attend.

Allez. Je passerai une autre fois chercher le reste.

-Plus tard dans la matin�e, C�line est arriv�e � Paris.

Elle s'est rendue chez Nicolas. Il �tait chez lui.

Elle a pu lui expliquer comment avait �t� le rendez-vous.

Nicolas a t�l�phon� � Judith pour tout lui raconter.

Judith a appris que Claudio �tait reparti en Italie,

dans sa famille,

qu'il n'allait pas bien.

-Comment ont �t� les retrouvailles entre Judith et Nicolas ?

-C'est pas bien ce qu'on a fait. -On ne pensait pas � mal.

Il faut dire que c'est un mal pour un bien.

-Ne m'en veux pas.

Tant que Claudio sera malheureux, je le serai aussi.

Ca risque d'�tre long, tr�s long.

-Et vous, que pensez-vous ?

Vous ne pensez pas que c'est un mal pour un bien,

mais plut�t le contraire. Non ?

-Ce que j'en pense ?

C'est un bien pour un bien.

-Ah bon ? Comment �a ?

-Sans ce qui est arriv�, je n'aurais pas rencontr� mon mari.

-Ce pauvre Claudio est devenu votre mari ?

-Pauvre, non. Maintenant, il est tr�s heureux.

-Je commence � comprendre pour le baiser.

-Je ne tiens pas � ce que cela lui arrive une 2e fois.

-Oui.

Mais il ne s'agissait que d'un tout petit baiser.

-Avant qu'un baiser soit donn�,

on ne peut pas savoir s'il sera petit ou grand.

Je ne veux pas que vous ayez de regret.

J'ai envie que vous soyez content de cette soir�e.

Vous avez �t� si gentil et patient.

-Je n'ai eu que du plaisir.

-Il me semble que je vous dois ce baiser.

J'aurais m�me un certain plaisir � vous le donner.

M�me si on d�sire un l�ger baiser,

on doit se prot�ger contre l'impr�vu.

Nul ne sait ce que peut le corps.

-Comment voulez-vous faire ?

-On va s'embrasser,

et une fois le baiser fini, on se taira.

On ne se dira plus rien, m�me pas au revoir.

On se dira au revoir avant de s'embrasser.

On gardera le silence pour pr�server ce qu'on a ressenti.

Vous ne connaissez pas

mon nom, je ne connais pas le v�tre.

On ne cherchera jamais � le savoir, ni m�me � nous revoir.

Et une fois le baiser termin�, vous partirez,

sans un mot, ni m�me un regard,

ni m�me une expression du visage.

Et on gardera �go�stement pour nous nos sensations.

Etes-vous d'accord ? -Pour vous dire vrai,

je dois avouer que ces r�gles me plaisent beaucoup.

-Tant mieux.

Il est tard.

J'ai pass� une excellente soir�e.

Il faut se dire au revoir.

-Au revoir.

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