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Monsieur Deboucke ?
Monsieur Deboucke !
Où est ce pignouf ?
Monsieur Deboucke ?
Monsieur Deboucke !
Michel !
Il faut prévenir le patron !
J'y vais !
Je n'ai pas l'habitude d'y aller par 4 chemins.
Vous n'avez pas aimé l'article ?
- Je peux vous appeler Alice ? - Euh... Oui.
- La photo ne vous a pas plu ? - Asseyez-vous.
Vous m'avez pris dans vos filets, Alice.
Vous allez devenir ma femme, c'est décidé.
Quels "filets" ? Vous êtes mal tombé, parce que le mariage et moi...
Ne me dites pas non. Vous ne savez pas ce qui arrive
à celles qui me disent non. - Ah bon ? Quoi ?
Non, mais ça va pas, la tête ?
J'adore comment vous dites cela.
Vous êtes bien amoché, là.
Un problème de courroie. Ces voitures de luxe sont fragiles.
Entre nous, Alice...
il n'y aura jamais de problème de courroie.
Je vous le promets.
Voulez-vous m'épouser, Alice ?
Chut...
Laissons le destin parler.
"Oui."
Le frère, l'associé, la maîtresse.
Joli brelan.
Pas vraiment inédit, mais joli tout de même.
J'avoue que j'ai d'abord eu un penchant pour vous.
Tous les ingrédients sont là. Une femme plutôt séduisante,
un homme faible et quelques indices
pour l'assaisonnement. Une brosse à cheveux
retrouvée dans une boîte à outils.
C'est urgent.
Cette trace de bottine, taille 37,
et ce témoin qui a le souvenir entêtant
d'un parfum qui ne pouvait être que le vôtre.
- Quoi ? - La dame,
elle veut voir le commissaire.
- Vous cherchez le commissaire ? - Oui.
Lallin, Josiane. Je veux voir le commissaire Laurence.
- C'est urgent. - Malheureusement...
J'ai fait 1 heure de car. Je ne repartirai pas
avant de lui parler. Je suis claire ?
Parfaitement.
- Mais... - Vous n'êtes pas le commissaire !
Non.
Mais presque.
Je suis Marlène.
Marlène, sa principale... collaboratrice.
Le commissaire est très occupé. Il a des tas de mystères à résoudre.
- Mais si... - Lui, et personne d'autre.
- Ma mère dit... - Je m'en tape !
Vous avez tort. Ma mère est de très bon conseil.
Il y a eu un accident à l'usine.
C'est moi, la concierge.
Le type est mort. Michel, un gars du stock.
Mais ce n'est pas un accident.
C'est un meurtre.
Et cerise sur le cake, je sais qui est l'assassin.
- Vous connaissez... - Oui. Mais je peux rien dire.
Je suis la prochaine sur la liste.
Et cette liste, je vous dis que ça,
c'est pas le Bottin mondain.
Avril ! Je sais que vous êtes là !
Les 3 mois de loyer en retard, je les veux demain !
Pas plus tard, compris ?
Alors là, vous m'avez bluffée.
Moi, j'étais sûre que c'était elle.
C'est une astuce vieille comme le monde.
En lui faisant croire que je la soupçonnais,
je pouvais tranquillement déployer ma toile.
J'adore quand vous déployez votre toile.
Jamais j'aurais pu imaginer que c'était le frère qui...
Un infanticide, c'est pas rien.
Non, Marlène. C'est un fratricide.
Je vais vous expliquer.
Un parricide, c'est un fils qui tue son père.
Oh, quelle horreur !
Fratricide : "fratri" pour frère, et "cide" pour meurtre.
Si je tuais Avril, par exemple...
Non, mais c'est un exemple. Ce serait un avrilicide.
Ah, ça marche comme ça.
Alors, si on voulait me tuer, moi...
Oh non !
Ce serait un...
marlènicide !
- Voilà. C'est très bien. - Voilà.
J'ai un colis pour vous, commissaire.
Ah, c'est pas trop tôt !
Alors...
- Qu'est-ce que c'est ? - Belle bête.
Spécialement fabriqué aux USA pour l'armée américaine,
et un peu pour moi, aussi.
Waouh !
Avec ce téléphone portable, vous pourrez me joindre partout.
Vous serez deux fois dans le bottin, alors ?
Oh ! La vieille bique !
- Pardon ? - Il y a une vieille dame
qui veut absolument vous voir.
Je la fais entrer ? Elle a fait une heure de car rien que pour vous.
Bon... Allez-y, Marlène.
"La vieille bique" s'est envolée, on dirait.
Bonjour, Josiane.
Bonjour.
Attention. Ce n'est plus de votre âge, la grimpette.
De quoi elle se mêle, cette courge ?
Vous devriez vous grouiller.
Deboucke est passé. Vous allez encore vous faire massacrer.
Josiane !
Josiane !
Vous, je vous adore.
Ah, tu es là ! J'avais peur que tu sois déjà partie.
- Qu'est-ce qui se passe ? - Assieds-toi.
Tu vas rigoler.
- On m'a demandée en mariage. - Hein ?
Ah ! Mais c'est...
Et il est...
Riche et très amoureux.
Je suis si heureuse pour toi !
Et j'ai gardé le meilleur pour la fin.
Il est vieux.
"Vieux" comment ?
Ben...
Vieux, vieux ?
Vieux, vieux, vieux.
Mais il demande rien en contrepartie.
Il m'a dit : "Vous garderez toute votre liberté,
"vos amis, vos meubles." Pour ce que j'en ai...
C'est le deal.
Il a ajouté : "Vous pourrez même prendre des amants, si vous voulez."
- "Des amants" ? - Carrément.
Il veut juste, chaque matin, jusqu'à sa mort, se réveiller près de moi.
C'est l'occasion de me ranger des voitures.
Je l'ai pas volé, non ?
La vie m'a pas fait de cadeaux, alors c'est vrai, un beau mariage,
bien comme il faut, avec un monsieur bien comme il faut...
Mais non, Alice ! C'est pas ça, un beau mariage !
Ça ne s'achète pas ! Un beau mariage,
c'est...
Tu dois refuser ! Absolument refuser !
L'amour, ce n'est pas ça !
L'amour, c'est...
C'est...
Trop long ! Un lecteur se prend par la main.
Sujet, verbe, complément.
Ça, confus. Ce mot, trop compliqué.
Paragraphe inutile !
C'est bon, là ! Tu te prends pour qui ?
- Vous êtes une bande de misogynes ! - Voyez-vous ça !
Tu le connais pas, ce mot. Tu en connais combien ?
"Petit chef", "chefaillon", "big boss" ?
Macho ! Je vais te dire comment ça va se passer.
Sujet, verbe, complément :
je donne ma démission !
Voilà !
Le jour où je remets les pieds ici, c'est pour racheter la taule !
Et quand je serai la patronne, mon programme sera très simple :
prendre que des filles.
Et en attendant, tu comptes faire des ménages ?
Je vais me marier.
Et on peut savoir avec qui ?
Avec lui, là.
Pardon !
Bureau du commissaire Laurence.
Marlène ? C'est moi.
Vous ? Mais vous êtes...
Ah ! Je suis bête.
Vous êtes là.
Ce que vous êtes moderne !
- Oh ! - Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle est morte !
Josiane Lallin, la dame
qui est venue pour vous voir.
Mais si, cette femme un peu folle ! Elle est venue pour...
Oh, mon Dieu !
Elle voulait vous prévenir.
Il y a eu un accident, mais c'est un meurtre, en fait.
Et cerise sur le cake, elle connaissait l'assassin.
- Mais si, la vieille bique ! - Attendez, "cake", "bique"...
C'est très grave, Marlène.
- "Très" ? - Oui.
Oui. Nous ne sommes pas loin, disons le mot, de la faute professionnelle.
- Ah, carrément ? - Oui.
Oui. Cette femme est morte, "carrément" morte !
Que vous faut-il de plus ?
- Oh ! - Quoi encore, Marlène ?
- Ça s'est passé à Armentières ! - Et alors ?
Là où habite Annick, la cousine de ma mère !
- Une cousine par alliance. - J'ai un meurtre sur les bras !
Alors vos histoires de cousine, de bique, de cake...
Vous mettrez ça au coffre, Sabine. Confidentiel.
Très bien, monsieur.
Si on cherche à me voir, le genre bellâtre qui roule
en Facel-Vega pour épater les poules de Paris,
mettez-lui Castor dans les pattes, ça lui fera les dents.
Alors... l'escabeau qui glisse,
la vieille qui... tombe et...
Et la tête qui cogne contre le coin du mur. Merci.
C'est ça.
Sabine Toulemonde ? Commissaire Laurence.
C'est bien vous qui avez découvert
le corps de Josiane Lallin ? - Oui.
Oui...
Mais encore ?
Eh bien... Elle...
Elle a crié et... Et puis là, c'était horrible.
Par terre... C'est l'escabeau, il...
Vous avez remarqué quelque chose de particulier ?
Un détail, même insignifiant ?
Non. Vous croyez qu'elle a été assassinée ?
"Assassinée" ? Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
Je... Je sais pas.
Vous êtes au courant de l'accident récent à l'usine ?
Oh oui.
"Michel Loisée." C'est bien ça ?
Oui. Ce pauvre Michel était le délégué syndical
de l'usine. Il est mort sur le coup.
C'est terrible !
Françoise, sa femme, a repris le flambeau au syndicat.
Commissaire, Cast... Monsieur Castor.
Jean Castor, directeur général.
Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Le tour du propriétaire ?
Laissez, Castor. Je vais m'occuper du commissaire.
Elle est de quelle année, votre Facel-Vega ?
Elle n'est pas à vendre.
On dit ça, et puis un jour...
Émile Deboucke, le propriétaire.
Si vous voulez bien...
Josiane Lallin vous a-t-elle parlé de ses soupçons sur la mort de Loisée ?
Évidemment. Dès qu'elle avait un pet de travers, j'étais le 1er prévenu.
Cette bonne femme, comment dire, m'adorait, et c'était réciproque.
C'était une vieille folle complètement tapée.
Quand vous verrez le nombre de mains courantes
qu'elle a signées de sa main...
Une diarrhée. Je vous en prie.
Et la famille Loisée ?
Ah ! Une lignée d'emmerdeurs.
Je me suis coltiné le grand-père, le père,
le fils, et maintenant, la femme.
On ne craint qu'une chose, qu'ils se reproduisent,
et malheureusement, ils font des petits en pagaille.
Je détestais ce petit syndicaliste borné, et il me le rendait bien,
à me menacer d'une grève pour un oui, pour un non.
Et la vieille Lallin était la pire bonne femme
qu'il m'ait été donné de rencontrer.
Ça y est, je suis sur la liste de vos suspects ?
Votre secrétaire semble très affectée par la mort de Mme Lallin.
Sabine ?
"Affectée" ?
Une pleureuse professionnelle, celle-là !
Un rien la secoue !
Je l'avais engagée pour faire plaisir à un ami, mais plus jamais...
Excusez-moi.
Allô ? Oui !
Comment ? Et vous me prévenez seulement maintenant ?
J'arrive !
Je dois vous laisser.
J'ai dit : "J'arrive !"
Castor, mon petit directeur général, va vous faire la visite.
Castor ! Ici !
M. Deboucke est d'un autre temps. S'il m'a recruté,
c'est pas juste pour glisser la poussière sous les tapis. Non.
Mais pour rénover, moderniser, être à la pointe.
Ici, c'est la rame.
En terminant mes études, j'ai fini major de ma promo.
Mon directeur m'a dit : "Jean, de grandes choses vous attendent."
Il avait raison, sauf pour une chose. Je vais pas les attendre.
Et là, c'est l'ourdissage.
On peut assembler jusqu'à 400 fils.
Belle bête, non ?
"Belle bête", oui.
Coupé ou arraché. C'est difficile à dire, vu le poids des rouleaux.
Certains pèsent jusqu'à une tonne.
Rien d'autre ?
Non.
Ah si... Une rumeur court.
Quelqu'un aurait entendu la voiture de M. Deboucke
partir juste après l'accident.
C'est vrai qu'il n'était plus dans son bureau.
Le nom de la personne.
C'est qu'une rumeur. Ce besoin de nuire...
- Vous savez comment sont les gens. - Non, mais vous allez me le dire.
Et avec Michel Loisée, vos relations étaient bonnes ?
- Une barrière nous séparait. - C'est-à-dire ?
La lutte des classes, Karl Marx, ça vous dit quelque chose, j'imagine.
Dans la famille Marx, j'ai un faible pour le petit dernier,
Groucho.
Cette porte, où mène-t-elle ?
Oh, en enfer, j'imagine.
Elle est condamnée depuis des années.
"Nos vies ne tiennent qu'à un fil", le slogan de Michel.
Bonjour, mesdames. Excusez-moi. Je suis le commissaire Laurence.
L'une d'entre vous ne serait-elle pas Françoise Loisée, la femme de...
C'est moi. Vous me voulez quoi ?
- Toutes mes condoléances. - Et à part ça ?
Je peux vous parler 2 minutes ?
Excusez la brutalité de ma question. Votre mari a-t-il pu être assassiné ?
En tout cas, Deboucke et Castor sont responsables de sa mort.
Les sangles, ça fait un bail qu'on aurait dû les changer.
Je crois que Deboucke pourrit volontairement la situation
pour revendre et se faire du fric sur notre dos.
Les patrons, vous leur donnez ça, ils prennent ça.
On se laissera pas faire. Michel se serait pas laissé faire.
Il y a une porte condamnée, au stock. Quelqu'un a la clé ?
Non ?
Et Josiane Lallin ?
Une teigne. Bon débarras.
Je vous remercie.
- Incroyable. - C'est n'importe quoi.
Excusez-moi encore.
Le revoilà.
Vous avez entendu la voiture de M. Deboucke
démarrer juste après l'accident ? Non ?
- Non. - Non.
Bonne journée.
Depuis qu'elle est là, cette baraque revit.
- Le miracle de l'amour. - J'en ai bien peur.
Si vous cherchez à arrêter quelqu'un, c'est de ce côté, commissaire !
Madame.
Je vous laisse.
Les morts accidentelles de Michel Loisée et Josiane Lallin
sont bien des meurtres. J'en suis convaincu, maintenant.
Vous allez me raconter tout ça.
Les rayures causées par les pieds de l'escabeau prouvent
que cette femme n'est pas tombée toute seule.
Si elle a été tuée, c'est que Loisée l'a été aussi.
Le labo devrait confirmer que la sangle a été sectionnée.
Mme Lallin vient dénoncer un crime, elle prétend connaître l'assassin.
Elle a peur d'être la suivante,
et elle se fait tuer à son tour. CQFD.
"CQFD."
Comme vous y allez.
Elle s'est fait tuer aussi parce qu'un certain commissaire
n'a pas pris la peine de la recevoir.
Comment je sais ça ? Je sais tout. C'est mon petit plaisir.
Ça s'appelle comment, commissaire ? Une faute professionnelle.
Je vous taquine.
Mais je ne vous ai pas présenté mon amie.
Annick Devassène, une amie de la famille,
très vieille et toujours aussi jeune amie.
Baptiste !
Rajoutez un couvert.
- Vous dînez avec nous. - Non.
Si. On ne me dit pas non dans ma maison.
Et puis j'ai très envie de savoir, comment dire, ce que...
ce que vous avez sous le capot.
En plus, ma future femme sera ravie.
J'ai l'impression qu'elle a hâte de rencontrer des gens nouveaux.
Je suis la cousine de Marlène.
- Ah... - Votre secrétaire.
Elle m'a prévenue de votre arrivée.
Excusez Émile.
C'est un grand enfant.
Il va se remarier, et il est fou d'elle.
Et comme chacun sait, être amoureux, c'est agir contre son intérêt.
On ne pourrait mieux dire.
Peut-on savoir quelle est la belle profession que vous exercez ?
Je suis bibliothécaire.
La bibliothécaire d'Armentières.
Oh, la vache !
C'est pas...
Vous avez de la chance,
les fleurs sont magnifiques, en ce moment.
Vous avez de la chance, les fleurs sont magnifiques, en ce moment.
J'étais impatiente de vous rencontrer !
...vous rencontrer.
Oh, j'espère que nous deviendrons les meilleures amies du monde !
Émile nous a sauvé la mise.
Sans lui, je rembourserais encore les dettes de papa.
Mais papa était un poète,
et les poètes ne paient jamais leurs dettes. C'est bien connu.
Et en plus, ils sont assommants.
Et dire qu'Annick et moi avons eu une amourette de jeunesse...
Combien de temps ça a duré, cette bluette ?
- 2 mois... - 2 mois et 3 jours.
Quelle mémoire !
Mais Annick est trop modeste.
Elle n'est pas que bibliothécaire, elle est aussi écrivain.
Rappelle-nous le titre de ton petit bouquin.
Le Romantisme chez les soeurs Brontë.
Ah, voilà. C'est ça.
Chaque pièce est unique.
Des amateurs du monde entier viennent pour l'admirer.
Il en manque un, là, non ?
Oui. Il a été prêté au Louvre.
Voici ma caille !
Je vous présente le commissaire Laurence,
que nos impôts payent pour voir des crimes partout.
Et visiblement, ça marche.
Alice, ma future épouse.
Vous avez de la chance, commissaire,
les fleurs sont magnifiques, en ce moment.
Et voici Annick,
dont je vous ai déjà parlé.
J'espère que nous deviendrons les meilleures mamies...
...les meilleures amies du monde.
C'est mon plus grand voeu, mademoiselle.
"Mademoiselle..." Mais plus pour très longtemps !
Bon, à table !
Avril, il aurait pu vous adopter, au lieu de vous épouser.
Mais, au fait, vous êtes déjà mariés ?
Qu'est-ce que vous êtes venu fouiner par ici ?
Attendez.
Il se passe des choses louches, dans l'usine de votre futur époux.
Je vais avoir besoin de vous. Vous êtes à la place idéale.
L'oeil de Moscou. Vous voyez ce que je veux dire ?
Là, vous pouvez toujours courir. Vous m'avez toujours écartée
de vos enquêtes, alors c'est pas quand je suis rangée des voitures...
Écoutez, Laurence.
Nos routes se sont séparées,
et on... Nous ne sommes plus du même monde.
Vous venez, ma caille ? Les ris de veau n'attendent pas !
"Ma caille" ?
Je peux entrer ?
- Deux secondes. - Non, Émile.
Vous vous souvenez de notre accord : chambre à part jusqu'au mariage.
Il faut respecter, Émile. Après le mariage, c'est après le mariage.
Je n'ai pas oublié, mais j'ai juste
une dernière petite exigence.
Oh... Ben, voyons.
Mais je rêve ? Il gratte.
Que voulez-vous ?
Plus de pétrolette, c'est trop dangereux.
Et je ne veux pas vous perdre.
- "Plus de pétrolette" ? - Oui.
- Le scooter ? - Oui.
"Plus de pétrolette..."
Plus de scooter, promis.
- Vous êtes adorable. - Oui.
Merci, ma caille.
Euh...
Si on peut éviter "ma caille", je préfère.
Bonne nuit, Émile.
Vous sembliez bien le connaître,
ce commissaire.
Oui... Vaguement, hein.
Je me disais, aussi.
Un ancien amant ?
Non. Ça, certainement pas.
Vous ne me mentez pas, Alice ?
Non.
Vous savez que je déteste qu'on me mente.
Bonjour, Marlène.
Ça ne vous fait rien ?
Il y a au moins 40 ans d'écart. Il pourrait être...
- Son grand-père. - Son papy, oui !
- Et alors ? C'est moderne. - "Moderne" ?
Vous trouvez ?
Et surtout, on est débarrassés d'elle.
Dites-moi, Josiane Lallin vous a bien parlé d'un assassin ?
Oui. Elle a dit : "Un assassin".
Vous êtes sûre ? Pas d'autres oublis ?
Euh... Oui. Non !
- Et elle a parlé d'une liste. - C'est ça.
Appelez le Louvre et vérifiez
si Émile Deboucke leur a bien prêté un de ses couteaux.
- Le Louvre de... de Paris ? - Non, de Tourcoing.
Et puis vous me retaperez ça.
Tout ?
Oui. Il y a du relâchement, en ce moment, Marlène.
Les messages oubliés, les pauses pipi qui prennent l'après-midi,
les coups de fil à votre maman... "Relâchement", c'est encore gentil.
Vous n'auriez pas vu le capuchon de mon stylo plume ? Il a disparu !
- Non. Qu'est-ce qui va pas ? - Tout le monde me cherche des poux.
Mon banquier me refuse un prêt, ma secrétaire pleurniche,
et mes ouvriers menacent de faire grève !
On leur donne ça,
et ils veulent ça !
Quelle bande de mange-merde !
Euh... Je me disais : je pourrais peut-être
faire quelque chose à l'usine. - Quoi, ma caille ?
Histoire d'être plus près de vous.
Je sais pas, un truc...
Quelque chose, un boulot, quoi. Un job.
Alors, ce capuchon ?
Voyons. Directrice...
Comment dire ? Directrice de la création, ça vous dirait ?
"De la création" ?
Oh oui, ça me botte.
Eh ben, alors,
si ça vous botte. - Oh, merci !
Directrice de la création.
Hello.
Mais qui d'autre, alors, si c'est pas vous ?
La banque ne devait rien savoir de ces éléments comptables !
Mais c'est pas moi. C'est pas moi, monsieur.
- C'est pas moi. - Qui d'autre que vous ?
Ce dossier était confidentiel ! Confidentiel !
C'est du français, non ?
On fait pression sur les banques pour que je vende.
Jamais je ne vendrai à ces chacals !
Qu'est-ce qui vous a pris ? On vous a promis quoi ? Le mariage ?
Oui !
Coucou. L'autre affreux est pas là ?
Non !
Ah ! Quand même.
Alice, tu es magnifique.
Ce rose, cette coiffure...
Alors, les mariages d'amour,
ça vaut le coup ?
Magnifique ! Je suis tellement contente pour toi !
Attends. Maintenant, tu veux connaître la meilleure ?
Non. Enfin, oui ! Quoi ?
Émile m'a nommée
directrice de la création des usines de tissage Deboucke.
"Directrice" ?
C'est pas fini. Moi, je te propose d'être mon assistante personnelle.
En angliche : "My personal assistant".
"My personal assistant" ?
Oh, Alice, c'est adorable, mais je ne saurai jamais.
Mais si ! T'es calée en mode !
Tu m'aideras pour les tendances, le choix des modèles, des matières.
Ah, les matières, oui ! Je suis très tentée, mais...
- "Mais" quoi ? - Très, très tentée.
Très, très.
Mais ce n'est pas possible.
OK, je vois le bidule.
Je peux pas quitter le commissaire. Il a trop besoin
de moi. - Il a besoin de personne.
- De moi, si. - Elle en est où,
l'enquête du siècle ? - Le commissaire
a du flair, tu sais.
S'il flaire une piste,
c'est que...
Allô ?
Quoi ?
Commissaire ?
Je comprends pas !
C'est comme... tout haché,
un mot sur deux !
Quoi ?
Attendez, entendue ou vue ?
Non, vue, de la fenêtre de l'atelier de couture.
Il a couru à sa voiture et démarré sur les chapeaux de roue.
Il avait l'air pressé.
Et vous êtes...?
Ginette.
Ginette Hansel.
J'ai l'impression qu'il y a autre chose, Ginette.
Oui. Sabine, la secrétaire du patron,
elle m'a dit que...
"Que" quoi ?
Que le jour de l'accident,
M. Deboucke avait donné rendez-vous à Michel dans le stock.
Pourquoi ne pas me l'avoir dit avant ?
C'est à cause de Castor, le directeur général.
Il m'a dit de pas en parler.
Il m'a pas vraiment menacée, mais j'ai eu peur.
Hé, dites voir, elle était comment, l'ancienne Mme Deboucke ?
Hein ?
Parle à mon cul...
Bingo !
- Bonsoir, Baptiste. - J'ai la dalle.
Madame ne m'a pas attendu ?
Oh, mais il fallait servir, voyons !
J'ai l'impression que votre commissaire me cherche des poux.
N'est-ce pas votre avis aussi ?
"Des poux", je sais pas.
Mais je peux vous dire que son flair légendaire...
Il vient de Paris. Tout le monde croit qu'il a la science infuse,
mais il sait que dalle. Il a le flair d'une huître, au mieux.
Ça me fait chaud au coeur, de vous savoir de mon côté.
Merci.
Qu'est-ce qu'il y a ?
J'adore comment vous mangez.
Ah ! Non, ben, j'ai toujours eu
bon appétit. Et puis
il cuisine bien, votre loufiat.
Il dit pas grand-chose, mais il cuisine bien la blanquette.
Le téléphone. C'est pour vous.
Allô ?
Marlène ?
Non, tu me déranges pas.
Non. On était en train de...
Comment dire ? De dîner.
Ben, tu serais mon assistante.
Ah non, pas à l'essai. C'est du solide.
Mais Émile...
Émile... Il fait où je lui dis de faire.
Ouais.
Je te laisse. Oui.
C'était Marlène. Vous savez...
Au fait, Alice, vous ne vous êtes pas servi
de votre, comment dire, scooter ?
Non, pas du tout.
Qui vous a dit ça ?
Personne.
Mais si vous me le dites, je vous crois, ma caille.
Allô ?
Allô ?
Oui, Marlène ?
Je comprends rien à ce que vous dites.
Pourquoi vous m'appelez sur ce téléphone ?
"Une démission" ? Qui démissionne ?
Je n'entends pas ce que vous dites. C'est haché.
"Demain" ? Oui, on verra ça demain.
Allô ?
M. Laurence, il faut que je vous parle...
Non.
Commissaire Laurence, il faut que je vous parle.
C'est triste à dire, mais je souhaite donner ma démission.
Vous n'avez rien contre lui. Quoi ? 2 malheureux accidents.
- C'est tout. - Et le Louvre ?
"Le Louvre" ? Oui. J'ai appelé à Tourcoing, et il n'y a pas
de Louvre à Tourcoing. La mairie n'est pas au courant.
Mais enfin, Marlène, le Louvre, c'est à Paris !
C'est ce qu'ils m'ont dit. Moi aussi, je...
Pourquoi vous acharnez-vous contre ce M. Deboucke ?
C'est quoi, votre problème ? Je vous donne deux jours pour régler
cette affaire. Deux ! Pas un de plus !
C'est moi, votre problème.
- Pardon ? - Tout est ma faute.
Si j'avais insisté quand la vieille bique...
quand Mme Lallin est venue, tout ça ne serait jamais arrivé.
Je me sens terriblement coupable.
Oui. Moi aussi, à votre place, je me sentirais coupable.
Très coupable.
Si vous ne passiez pas votre temps le nez dans les magazines,
à rêvasser à je ne sais quel destin de princesse...
Vous n'êtes pas une princesse,
vous êtes une petite secrétaire qui oublie les messages.
Désolé, Marlène.
Oui ?
Je transmets.
- On enlève le corps, commissaire ? - Convoquez-moi Deboucke.
Il est juste au-dessus...
Dans mon bureau ! Je vous le dis en braille ? En sanskrit ?
En argomuche de louchébem ?
"Monsieur le commissaire, c'est avec tristesse
"que je suis très triste de devoir vous annoncer tristement
"que je compte démissionner de..."
M. Boucke.
Je suis Marlène.
Je suis une copine d'Alice, votre femme... enfin, future,
et la cousine d'Annick Devassène.
Annick a de la famille chez les poulets ?
Tenez.
Là.
Ça fait longtemps que je n'ai pas vu Annick. Ça doit faire...
Monsieur Deboucke.
Vous accusez Sabine d'avoir livré des documents à la concurrence.
C'est une nature fragile. Cette injustice la désespère,
elle se jette du toit.
De toute évidence, il s'agit d'un suicide. Affaire classée ?
J'ai eu tort de l'accuser. Elle était si émotive, la pauvre.
Je ne pouvais pas me douter que c'était, comment dire, à ce point.
Quoi ? Une pleureuse professionnelle ?
Avez-vous donné rendez-vous à Michel Loisée au stock,
le jour de l'accident, soi-disant "pour régler des comptes" avec lui ?
"Rendez-vous au stock" ?
On dirait un album de Tintin, votre histoire.
Je dis les choses aux gens en face et devant tout le monde.
Pas besoin de les attirer dans un trou pour régler mes comptes !
Et toc !
C'est bien à vous ?
Oui. Je le cherche depuis plusieurs jours.
Je le perds tout le temps. Et comme le pas de vis est faussé...
Que faisait-il dans la poche de Sabine Toulemonde ?
Elle a dû le trouver et pensait me le rendre.
Pourquoi pas plus tôt ?
C'est étrange de le garder, si elle vous voyait tous les jours.
Je n'ai pas été souvent au bureau, ces derniers jours.
Voilà ce que je crois.
Sabine Toulemonde l'a trouvé chez Josiane Lallin,
au pied de son cadavre encore chaud,
et elle a pensé que c'est vous qui l'aviez poussée.
D'autant plus que vous veniez de passer devant sa loge.
C'est en tout cas ce qu'elle a dit à votre amie Annick Devassène.
Alors elle l'a gardé, ce capuchon, par crainte d'éveiller vos soupçons,
et surtout parce qu'elle commençait à avoir peur de vous.
Attendez, attendez, là...
Si je comprends bien,
j'ai tué Loisée, puis Lallin pour l'empêcher de me dénoncer.
Et je provoque le suicide de Sabine pour la même raison.
Mais comment dire ? Vous n'avez pas de preuves.
Pour les gens évolués comme vous et moi,
un meurtre est un véritable enfantillage.
N'est-ce pas ? Enfin,
si on a la tête sur les épaules et un vrai mobile.
Mais vous m'avez l'air très calé, monsieur Deboucke.
Si un jour je démissionnais,
je vous proposerais ma place. Si vous avez encore
votre tête sur les épaules.
Vous n'aurez peut-être pas le loisir de démissionner, commissaire.
C'est une menace ?
Je ne menace jamais personne.
Je mets en garde.
Je dissuade.
Je convaincs.
Rendez-moi le capuchon de votre stylo.
C'est une pièce à conviction, la numéro 6, si ma mémoire est bonne.
Rien ne vous échappe, commissaire.
Vos impôts me paient pour ça. Assez peu, mais...
En tout cas, c'est divertissant, de jouer avec vous.
"Numéro 6", dites-vous ? Quelles sont les 5 autres ?
Je me ferais une joie de les énumérer à votre avocat.
C'est une menace ?
Je ne menace jamais. Je suggère,
je persuade, je contrains.
Waouh !
C'est vachement...
Justement, en quoi ça consistera, mon travail ?
C'est vous qui me le direz quand vous serez installée.
Ah, Castor ! Venez par ici.
Je vous préviens. Les ouvriers ont fait une collecte
pour les obsèques de Sabine...
C'est très bien. Rajoutez un billet ou deux de ma part.
Je vous présente Alice, ma future épouse et notre nouvelle directrice
de la création.
Castor,
notre directeur général.
- Enchantée. - Enchanté.
Vous réclamiez ce poste à cor et à cri, le voici en chair et en os.
Réjouissez-vous, mon vieux.
Bon. Je vous laisse définir ensemble
ce nouveau poste.
Ah, trouvez-lui aussi un bureau à la mesure de son talent.
Vous verrez, Castor, Alice a plein d'idées formidables.
Je dois y aller.
Vous lui ferez faire aussi le tour du propriétaire.
Je sais que vous adorez ça, Castor.
On me la fait pas ! Les poules dans ton genre, je les connais.
Ça sait faire tourner la tête aux vioques,
et puis, un jour, ils canent, et à vous, la bonne soupe !
Qu'est-ce que tu veux ?
On pourrait faire des grandes choses, toi et moi.
Toi, tu tiens les cordons des... de la bourse,
et moi, je fais fructifier.
Et à l'arrivée, c'est fifty-fifty.
Mon mari sera très intéressé, quand je lui raconterai ça.
Chiche. Je passe 3 coups de fil, et je sais qui t'es vraiment.
Ce tour du propriétaire, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?
S'il vous plaît, mesdames ! Un peu d'attention ! Merci.
Voilà, je vous présente Alice...
Comment est-ce ? Alice Deboucke ?
"Alice Avril", ça ira très bien. Merci.
Bien. Je vous présente
Alice Avril, notre... votre nouvelle directrice de la création,
qui va vous dire quelques mots.
Fais court, je suis pressé.
Euh...
Oui.
Ben...
Bonjour, les filles.
Il paraît que vous faites du très bon boulot. Moi, je vous admire.
Je suis donc la directrice, OK, mais c'est surtout vous
qui allez m'apprendre ce que c'est.
Jusqu'à présent, pour moi, c'était une directrice d'école.
Je viens de l'Assistance, donc je suis comme vous, en gros.
J'ai commencé à bosser très jeune, et je sais
qu'il faut rien attendre de personne. Ce que je sais tient en peu de mots.
On vous donnera jamais rien, alors faut le prendre.
Facile à dire, quand on est la femme du patron !
Ici, je suis la femme de personne. Et mon bureau vous est ouvert
24 heures sur 24.
C'est ensemble qu'on réussira à s'en sortir.
- On est du même côté de la barrière. - Très bien.
Bien. Merci. Bravo. Merci, madame la directrice.
Allez, les filles, au boulot !
C'est quoi, ça ? Tu veux les énerver ou quoi ?
L'emmerdeur, la folle,
et la pleureuse professionnelle.
Tiens...
un mot doux.
"Monsieur, c'est avec tristesse que je suis triste
"de devoir vous annoncer tristement que je compte démissionner
"de mon poste de secrétaire de commissaire.
"J'ai beaucoup aimé être votre collaboratrice,
"vraiment, c'était chouette,
"mais il y a un temps pour tout, et tout a un temps."
Marlène ?
Ma chérie...
Oh, je suis si heureuse !
Oh, je suis tellement...
C'est tellement gentil de me...
Mais c'est juste le temps de me trouver quelque chose à moi.
Mais ne me remercie pas. Tu restes ici le temps que tu veux.
À quoi ça servirait, la famille, sinon ?
Loisée n'est plus là pour nous mettre des bâtons dans les roues.
Sa femme, ça, j'en fais mon affaire.
Quant à la pauvre Sabine...
Exactement, "dommage collatéral".
Sinon, les banques sont de notre côté.
Grâce à vous, je sais.
Deboucke est coincé.
Il manque plus qu'une petite grève,
et dans un mois, c'est vous, le boss.
Saletés de jeunes !
Les trois morts, c'est lui aussi. À qui d'autre
va profiter le crime ? À lui. Depuis le début, je le sens pas.
- Je préviens Laurence. - Non.
Ici, je fais la police.
Ne vous mêlez pas de ça, vous avez déjà assez donné.
Je vais m'occuper de son cas, au petit Castor.
Il a les dents qui commencent sacrément à rayer le parquet.
On va... Comment dire ?
On va gentiment limer tout ça.
Oui, Laurence ? Oui, c'est moi.
Ah, très drôle !
Vous devriez mettre votre nez dans les affaires de Castor.
Le directeur général.
Oui. Il est en train de faire un enfant dans le dos d'Émile.
Vous voyez, sans moi, vous êtes au point mort, hein.
Mais c'est la dernière fois que je vous donne un coup de main gratis.
Ouais.
Bonne nuit.
Les pieds ?
D'accord.
"Le mariage de l'industriel Émile Deboucke semble bien compromis.
"Un certain Robert Vasseur affirme qu'Alice Avril,
"la future femme de Deboucke, est toujours mariée à lui.
"Vasseur nous a expliqué qu'ils se sont séparés,
"mais n'ont jamais officiellement divorcé.
"Le mariage avec Deboucke ne peut donc pas légalement se faire.
"Mais Émile Deboucke pourra toujours l'adopter, à défaut de l'épouser."
Le salaud !
Quoi ? Jamais tu parles, toi ?
Parler, ça te dit quelque chose ? Émettre des sons !
Bouger les lèvres, ça te...
Comment va madame la directrice de la création ?
C'est fou comme des talents
ignorés sont soudain reconnus. Question de maturation.
Ça, c'est de vous ?
Faites pas votre cacou, c'est du Laurence tout craché.
"Il aurait pu l'adopter, à défaut de l'épouser."
C'est dégueulasse. Salir les gens, il y a que ça qui vous intéresse.
Ah non. Je vous rassure, j'ai d'autres centres d'intérêt.
C'est un article de fond. Enfin, je veux dire : qui touche le fond.
Oui. C'est américain. C'est nouveau. C'est moderne, non ?
Depuis que vous avez une cuillère en argent dans la bouche,
vous avez oublié d'où vous venez. C'est pourtant ça, la vraie vie.
La vraie vie, c'est la merde qu'on remue, rien d'autre.
Vous le bouclez quand, Castor ? Quand les poules auront des dents ?
Au fait, merci d'avoir débauché ma secrétaire.
Ça, c'est dégueulasse !
Mais les gens sont libres
de faire ce qu'ils veulent de leur vie, vous savez.
Oui. Ça étonne certains hommes...
De toute façon, elle commençait à me fatiguer.
- Merci. - J'adore ta maman. Sers-toi.
C'est si triste qu'on ne se voie plus comme avant.
On s'entendait si bien, petites.
Mais bon, c'est la vie.
Et toi, on ne s'est pas vues depuis...
Non, c'est pas vrai !
Je crois que c'était le jour de ton baptême.
- Ah, quand même ! C'est vrai ! - C'est effrayant.
Je suis émue.
Ce nouveau travail,
je ne me rends pas encore très bien compte.
Je suis un peu triste de quitter le commissaire.
Dans la vie, il faut savoir tourner les pages
les unes après les autres.
Et puis il était très désagréable, depuis un certain temps.
Les hommes sont inconstants, Marlène.
C'est même à ça qu'on les reconnaît.
On va bien s'amuser, toutes les deux.
Ah, j'espère bien.
Et... tu le connais bien, ce monsieur Boucke ?
- Il est comment ? - Deboucke ?
Charmant, à sa manière.
- Et vous vous connaissez depuis...? - Un bail.
On a même eu une aventure, du temps de notre jeunesse.
"Une aventure", toi et lui ?
Ça n'a pas duré très longtemps.
Un jour, je l'ai surpris en train... Mais ça t'intéresse, ça ?
Ah ben, oui, que ça m'intéresse !
Un jour... je l'ai surpris
en train de recueillir un petit moineau blessé.
Ça m'a tellement touchée, de voir cet homme si puissant
s'occuper d'un si petit oiseau.
Mais la suite m'a réellement épouvantée.
Il a jeté l'oiseau blessé en pâture à son jeune chat,
qui a joué avec longtemps,
avant de le dévorer tout cru.
Un vrai carnage.
"Tout cru" ? Mais pourquoi il a fait ça ?
Mais je ne sais pas.
Après ça, j'ai décidé de rompre.
- Vous êtes où, les cousines ? - On est là !
Alors, ces retrouvailles ?
Alice, tu t'es remise en jean ?
Mais ça t'allait si bien, les nouvelles affaires.
Je me rattrape, le soir.
Et c'est plus pratique, pour le boulot.
En parlant de boulot, je te fais faire un petit tour
du propriétaire ?
Tu as vu ? C'est mesquin, non ?
C'est le mot. En tout cas, je regrette pas d'avoir démissionné.
Je suis déçue.
Mais les hommes sont inconstants. C'est même à ça qu'on les reconnaît.
- Tu sais ce qu'il m'a dit sur toi ? - Non.
Que, de toute façon, tu commençais
à le fatiguer.
- C'est pas vrai ! - Si. Mot pour mot.
Je suis tellement déçue.
Allez, viens.
Vous allez vous plaire, ici. C'est... Comment dire ?
C'est un peu le bazar, en ce moment, mais ça va s'arranger.
Les Deboucke se sont toujours tirés d'affaire. C'est dans nos gènes.
En attendant qu'Alice ait son bureau, vous allez prendre le bureau de...
de cette pauvre Sabine.
- Venez, Alice. - Hein ?
Il faut que je vous parle.
Waouh !
Je peux tout vous expliquer. C'est...
Je me fous de cet article !
Qu'est-ce que c'est que cette tenue, d'abord ?
- Ça va, c'est qu'un jean. - "Un jean."
Vous avez pris votre scooter, en plus. Vous m'avez
encore menti !
Oui, mais... mon jean, mon scooter,
mon blouson, eh ben, c'est ma panoplie. Voilà.
Quand on achète une poupée, la panoplie va avec.
Un accord est un accord, Alice,
et je ne permets à personne de revenir sur un accord.
Jamais !
Monsieur Deboucke ! Vous êtes là ?
Monsieur Deboucke !
Vous me cherchez ?
Il est où, ce con ?
Les filles sont très sympas, tu verras.
Par là, c'est l'ourdissage. On ira après.
Tu dois juste te méfier de Castor, le directeur général.
Tu le reconnaîtras facilement.
Il fait 10 cm de moins que tout le monde.
En plus, il est limite, avec les femmes.
En fait... Garde-le pour toi,
mais l'assassin que Laurence cherche, je suis sûre que c'est lui.
J'en suis convaincue.
C'est un plan machiavélique pour nuire à Émile et l'obliger
à vendre l'usine. Laurence est prévenu. Il devrait le coffrer vite.
Mais ton ex-patron est persuadé que c'est Émile
le coupable.
Tu imagines Émile ? Il ferait pas de mal à une mouche.
Il a jeté le moineau blessé en pâture à son jeune chat,
qui a joué avec pendant de longues minutes,
avant de le dévorer.
Oh, au fait...
Marlène ?
Marlène !
Marlène ?
Castor ?
Phosphore blanc.
C'est bon. Vous pouvez le dégager.
On ne bouge plus !
Votre nouvelle carrière commence sur des chapeaux de roue.
Donc vous avez découvert le corps de Jean Castor.
Oui.
C'était...
affreux. Affreux, affreux, affreux.
Il n'y avait personne d'autre que vous ?
Non. J'étais seule avec ce...
Ah, attention. Vous venez de perdre quelque chose.
Non, là.
Reprenons, mademoiselle. Donc vous étiez seule.
Ben, oui. C'était...
Non. Plus à gauche.
Voilà.
"Affreux, affreux, affreux." On sait.
Donc vous étiez seule, ce qui vous rend suspecte.
"Suspecte..." Moi ?
Vous aviez des raisons de tuer ce jeune homme ? Un mobile ?
Non. C'est la 1re fois que je le voyais !
Ah ! "La 1re fois", et vous le tuez ? Expéditif !
Vous allez entrer dans les annales, mademoiselle.
"Mademoiselle" ?
Pourquoi ? Vous avez oublié mon prénom ?
Pas seulement votre prénom, mademoiselle.
Vous connaissez sans doute cette phrase
du dramaturge anglais, dont le nom ne doit rien vous dire :
"La femme est inconstante, c'est même à cela qu'on la reconnaît."
L'inconstance, ça vous dit quelque chose ?
Vous me faites une blague ?
J'ai l'air de blaguer ?
Alors, ça marche ?
Non. Il faudrait peut-être le reconfigurer.
"Reconfigurer..."
Vous l'avez empoisonné, signature féminine par excellence :
Lucrèce Borgia.
Ça vous parle ?
Non. C'est qui ?
Une de vos aïeules.
Lucrèce ? Non. Nous n'avons jamais eu ce prénom dans la famille.
Vous n'allez pas me mettre en prison ?
Vous pouvez y aller.
Votre cousine, Annick,
est à l'hôpital. On a tenté de l'empoisonner.
"Empoisonner" ? Elle est morte ?
Non, mais il s'en est fallu de peu.
Commissaire,
j'ai quelque chose à déclarer.
Je vous écoute.
C'est à propos d'un moineau jeté en pâture à un chat.
"Un moineau jeté en pâture" ?
Vous allez me raconter tout ça. Venez.
En portant la tasse de thé à ma bouche,
j'ai senti comme une odeur bizarre.
J'ai trempé mes lèvres, à peine...
Ils m'ont fait un lavage d'estomac.
Le médecin m'a dit qu'il s'en est fallu de peu.
Ma pauvre...
Un lavage d'estomac, carrément.
- Ça fait mal ? - Oh...
J'ai décidé de vendre, Alice.
"Vendre... "
Vendre l'usine ?
Oui.
Je suis fatigué de toutes ces histoires.
Et puis, avec l'âge, les soucis pèsent de plus en plus lourd.
Il me reste sans doute peu d'années à vivre,
et je veux vous consacrer tout mon temps, ma caille.
À vous...
et à mes rosiers.
Bonne nuit, Marlène.
Bonne nuit. Repose-toi bien.
Marlène !
Oui.
- Vous voulez m'aider, Marlène ? - Oh oui !
Je pense qu'Avril est dans de sales draps.
En général, ça ne me déplaît pas, mais là, elle est en danger de mort.
Un avrilicide ?
J'en ai bien peur.
J'en ai bien peur.
Tous ces morts, Alice.
Vous croyez aussi que j'ai tué tous ces gens ?
Quel serait mon mobile ?
Je sais pas, Émile.
L'ennui ?
Ah ! Bravo.
C'est une excellente motivation, l'ennui.
Sans doute la meilleure de toutes.
Par exemple... si vous vouliez me quitter, je pourrais vous tuer.
Mais...
ce serait par amour,
pas par ennui.
Mais...
vous ne voulez pas me quitter, ma caille ?
Ben, non.
Le couteau qui manque, il est pas rentré du Louvre ?
Non. Il rentre demain, je crois.
Oui, demain.
Demain est un autre jour.
Un jour meurt, un autre prend sa place.
Euh... Merci.
Émile, allez dormir.
Ouvre.
C'est moi.
- Marlène ? - Oui.
Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Comment tu m'as trouvée ? - Le commissaire m'a fait un plan.
Qu'est-ce qui se passe ?
Waouh !
Marlène !
J'aime bien ce rose.
Je suis en danger de mort, et quoi d'autre ?
"En grand danger de mort." Il a dit que ça.
Ça se marie pas avec tout, le rose, mais j'aime bien.
Il aurait pu venir lui-même.
Il a dit que tu ne lui aurais jamais ouvert.
Ah... C'est pas faux.
Pourquoi ça marche pas ?
Oh, le salaud. Il a retiré la bougie.
Qu'est-ce qu'on fait ?
Viens.
Attends-moi, Marlène.
Alors ?
Vous vous remettez de vos émotions ?
Merci.
Jamais j'aurais cru
qu'Émile...
- Merci. - Je préfère nous savoir ici.
Le commissaire Laurence a bien fait de m'appeler.
Moi, j'ai du mal à y croire.
Je suis partie sans dire au revoir.
Si le commissaire y croit, ça me suffit.
Écoutez, le commissaire Laurence, mais...
Tiens, que fait-il là, ce livre ?
Je savais pas que tu écrivais des livres.
Oh, c'est pas grand-chose.
- Ah oui ! - Si, si.
J'en ai lu un chapitre, hier soir.
C'est très calé.
Je pensais pas que l'amour, ça pouvait être aussi...
tordu.
Bon. J'y vais, moi. Je vous laisse, je vais travailler.
Prenez soin de vous, les filles. Et surtout n'ouvrez à personne.
On ne sait jamais, avec les fous.
Au revoir.
- Au revoir. - Au revoir.
Pour la sécurité, usine en grève !
Pour la sécurité !
Deboucke, ça suffit ! Non à la grande braderie !
Deboucke, ça suffit ! Non à la grande braderie !
On passe pas, là !
Vous préférez que je les embarque pour entrave à la justice ?
C'est bon, allez-y.
Sécurité ! Sécurité !
Deboucke !
Deboucke !
Vous êtes là, Deboucke ?
Loisée, l'emmerdeur, Lallin, la vieille folle,
Sabine, la pleureuse, Castor, le traître,
et Annick, l'ex-maîtresse qui prend le large.
Dès que quelqu'un entre en conflit avec vous,
il risque une mort violente.
Punition divine.
Je ne vois que ça.
Vous trinquez, commissaire ?
Ce serait inédit, pour vous.
Trinquer avec un coupable avant de lui mettre les menottes.
Tout y est, et pourtant, il manque quelque chose.
Le mobile, je parie.
Moi aussi, j'ai beaucoup réfléchi
à ça, le mobile.
Ma femme a suggéré l'ennui.
Elle a raison.
C'est l'ennui, le mobile, commissaire.
Que ne ferait-on pas pour tuer l'ennui ?
Il n'y a vraiment que deux façons de tuer l'ennui.
L'amour ou le meurtre.
Le piège se referme sur moi, donc.
Il ne vous reste plus qu'à trouver la petite fiole de poison.
Dans ma chambre, peut-être.
Je suggère
une boîte à couture à double fond.
Mais accordez-moi au moins ça, commissaire,
j'ai une circonstance atténuante.
Je suis très amoureux.
Et comme chacun sait,
être amoureux, c'est agir contre son intérêt.
- Vous pouvez répéter ça ? - Tout ou la fin ?
"C'est agir contre son intérêt..."
Être amoureux, c'est agir contre son intérêt.
Marlène ?
Marlène.
Il faut appeler les...
- Qu'est-ce que vous faites ? - "La cerise sur le cake",
comme disait l'amie Josiane.
C'est votre tour.
Et vous savoir morte sera mon dernier plaisir.
"Plan machiavélique", vous disiez.
Oui.
Plus personne ne pourra douter de la culpabilité de Deboucke.
Vous voulez le quitter ?
Il vous tue.
La guillotine l'attend,
comme une amoureuse éconduite.
J'étais jeune
et folle de lui, moi.
Mais il s'est servi de moi
pour favoriser le rachat de l'usine de tissage de mon père.
La vente faite, je ne servais plus à rien.
Trente ans,
j'ai attendu qu'il revienne vers moi.
Quand il est devenu veuf, je me suis remise à espérer.
Émile Deboucke allait enfin m'épouser.
Mais non, il vous a préférée
à moi.
C'est ce dernier affront qui a tout déclenché.
"L'amour jamais ne meurt, seuls les amants s'entretuent."
Et le goût de la vengeance attise l'imagination.
- Pourquoi s'en prendre à Marlène ? - Pauvre petite cousine...
Je ne l'aurai vue que deux fois dans ma vie.
Le jour de son baptême et le jour de sa mort.
Marlène !
Ça ne vous étonne pas plus que ça ?
À peine.
En même temps, le plan est admirable.
Je vais vous raconter une histoire. Ça vous dit ?
Si c'est une bonne histoire.
Un jour, du temps de nos amours de jeunesse,
j'ai surpris Annick avec un moineau blessé.
J'ai d'abord été touché de la voir s'occuper d'un oiseau,
mais la suite m'a épouvanté. Me croirez-vous ?
Elle l'a jeté en pâture à son jeune chat,
qui a joué avec longtemps, avant de le dévorer.
Affreux, oui. Vous connaissiez cette histoire ?
C'est dans l'ordre des choses.
C'est juste.
C'est cette histoire qui m'a décidé à rompre,
et un vieux réflexe de classe, sans doute aussi.
Alice...
c'était différent.
C'est la jeunesse.
Un fol espoir de tout recommencer.
Tenez. C'est à vous.
Annick l'avait gardée du temps de son père.
Grâce à cette clé, elle pouvait entrer dans l'usine à sa guise.
Quand vais-je récupérer mon couteau ?
Dès que l'enquête sera bouclée. Pièce à conviction numéro 13.
"13" ?
Il n'était donc pas prêté au Louvre.
Non. J'ai confondu avec un Poulbot qui vient de ma mère.
Je vieillis, ma mémoire aussi.
En tout cas, voilà une porte refermée à jamais.
Belle bête, tout de même.
Et il s'est offert ça avec un salaire de fonctionnaire ?
Bizarre, non ?
Oui, très bizarre.
"Très chère Alice,
"cette maison est bien vide, sans vous.
"Vos rires me manquent,
"et vos pas aussi, dans la chambre d'à côté,
"la chambre rose, que j'ai renoncé à repeindre,
"comme me le conseillait un ami qui me veut du bien.
"Néanmoins, je suis d'accord avec lui :
"ce mariage était ridicule.
"Je ne vous en veux pas, Alice, d'être partie comme une voleuse.
"C'était moi, le voleur.
"Votre séjour chez moi aura été un bon souvenir.
"Passez me voir quand il vous plaira.
"Tendrement,
"Émile."
Si c'est pour les loyers...
C'est pour moi, tout ça ?
Vous êtes venu.
Alors, ce lavage d'estomac ?
Ça décoiffe.
Voilà.
Je m'en veux de vous avoir quitté. Comme ça, en plus.
Sans même dire adieu.
C'était pas très classe.
- C'était très lâche, même. - Oh non...
J'avoue que je n'ai pas non plus été très...
très classe non plus avec vous, Marlène, ces derniers temps.
Et je le déplore.
Non, c'est moi.
Parfois, on fait des choses, et puis...
Mes pensées ont dépassé mes mots.
- Enfin, non, le contraire. - Oui, c'est le contraire.
Tenez. On parle de vous.
"Il s'en est fallu de peu pour qu'Émile Deboucke finisse guillotiné
"pour des crimes qu'il n'avait pas commis."
"De peu",
ça, oui !
"L'incroyable machination a pu être déjouée grâce au courage
"d'une femme incroyable,
"Marlène Leroy."
"Incroyable" ? C'est gentil, ce qu'elle écrit sur moi, Alice.
Ils l'ont donc reprise au journal ?
Il faut croire.
Si je suis une femme incroyable, vous me reprenez ?
Si c'est écrit dans le journal...
Oui ?
C'est pour toi, Marlène.
C'est cadeau.
Alice !
La parfaite panoplie pour trouver un mari.
Pour aller au bureau, ce sera pas mal non plus.
Sous-titrage : Eclair Media
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