All language subtitles for Trois souvenirs de ma jeunesse_track3. - copia

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Original subtitles

Appel à la prière

Des oiseaux s'envoient.

Brouhaha d'une rue

Musique mélancolique

Des instruments traditionnels se superposent à la musique.

- Mon ami travaille à l'ambassade de France, il rentre à Paris...

- Paul Dédalus.

Il a peu d'affaires, un petit container suffira.

Des livres et des documents...

Merci.

Il n'y aura pas de souci à la douane, c'est une valise diplomatique.

Merci.

Le container arrivera dans 3 semaines.

- Ah, bien.

- Quand tu auras emménagé, tu appelleras ce numéro

pour leur donner ta nouvelle adresse.

Ils s'occuperont de livrer tes affaires.

- J'adore les femmes organisées.

- Ça fait partie de mon travail, Pr Dédalus.

Tu es sûr de vouloir rentrer?

- Tu vas me manquer.

- Le bel Ulysse rentre à lthaque.

- Je suis pas Ulysse.

J'ai pas de nostalgie pour mon pays.

- Bah alors? Pourquoi tu rentres?

- J'imagine qu'il le fallait.

J'ai toujours su que je reviendrais un jour.

- C'est un mauvais rêve que je suis en train de faire.

- Irina... - Je me tais.

- Ne parle pas.

- Jette-moi un sort pour que je t'oublie tout de suite.

Allez.

Disparais.

Je veux bien me souvenir de toi

quand je serai une très vieille dame.

- Je me souviens...

Je me souviens...

Je me souviens...

- Dégage! Dégage, sale folle!

Tu fous quoi, ici? - Je fais ce que je veux, petit roi.

- La nuit, tu ouvres les portes!

Ça fait 400 fois que tu ouvres ma porte!

Arrête de nous espionner.

- J'entre là où je veux.

- Pas à notre étage! Ne monte plus!

- Pourquoi t'écouter? Tu es un enfant.

- Arrêtez! Arrête, Paul.

- Cette maison n'est pas à toi, mais à mon père.

- Ta maison, c'est chez les cinglés. Dégage!

J'ai un couteau. Si tu montes, je te le plante.

Je te jure! - Tu veux me tuer?

- Ne monte plus ici. Je le dirai à papa, à son retour.

- Arrêtez, arrêtez.

Pars, il le dira à papa.

- Tu ne diras rien à papa.

Je t'aurai. Regarde mes mains.

Je vais les tâcher de ton sang. - Arrête, arrête!

Tu me rends fou!

Musique inquiétante

Son nette

- Mais tu es là?

Ton frère et ta sœur sont à la maison?

- Oui. - Tu voulais me faire une petite visite?

Entre.

Tu feras ton lit dans le salon.

C'est bon, tu le tiens?

Ça, c'est pour dessiner.

T'as qu'à lire ou copier les images.

Tu veux rester longtemps, ici?

- Je n'irai plus chez ma mère.

- C'est difficile avec Jeanne.

Mon petit neveu est là. - Pourquoi

sa mère ne n'occupe pas de lui?

- Paul a quitté la maison.

Il va habiter ici un moment.

Soupir

- Je t'ai préparé du thé.

- A Ivan, je dois tout.

Il me soulève, moi, je le soutiens.

Nous sommes un seul corps à deux têtes.

Saloperie de vélo!

Prends ça!

Et ça!

- Nous avons reçu une plainte!

Ton frère a pris le vélo d'un camarade

et a foncé dans un mur.

- Il a pas fait exprès.

- Tu étais là?

- Non, monsieur.

- Ivan, tu as dit à Paul que tu avais volé dans les sacoches?

- Non.

- Qu'est-ce que tu as volé? - De l'argent.

- Je suis pas le gardien de mon frère.

- Quoi, qu'est-ce que tu as dit?

- On s'en fout, hein? - Oui, on s'en fout.

- Tu reviens quand à la maison?

- Quand maman sera partie.

Elle lui apprend le russe.

Elle lui fait répéter un mot.

Elle le félicite en russe.

- Je suis arrivée en France, en 1950.

Mon mari était consul à Marseille.

Un jour,

Sacha a reçu l'ordre de rentrer à Moscou.

Moi, j'ai dit à mon mari que je ne rentrerais jamais.

Là-bas, je n'avais connu que la faim, le froid et le manque.

Maintenant, nous rentrions et nous y trouverions le procès,

déportation et la mort.

Mon mari a dit qu'il obéirait parce qu'il devait.

Toujours les hommes doivent.

Et les femmes, elles s'enfuient.

Voilà, mon mari est reparti pour Moscou tout seul.

Là-bas, il a été jugé

et exécuté.

Les cloches sonnent.

Suite française N°1 en ré mineur (Jean-Sébastien Bach)

- Dieu, si vous m'aimez, n'apparaissez pas.

Je ne veux pas vous voir.

Je vous en supplie.

Faites que je ne crois pas en vous.

- Yvan.

Que fais-tu ici?

- Je priais.

- Bien. C'est bien.

- Moi aussi, je prie souvent pour ta mère.

Comment va ton père? Il a repris le travail?

- Oui, il est en voyage.

- Tu le salueras pour moi.

- Un...

Deux...

Trois!

Explosions et crépitements

- T'as vu ces notes?

Quel fils peut rapporter à son père des notes pareilles?

Réponds. - Je sais pas.

- Ne me rapporte pas de telles notes.

Pas à moi.

Si encore t'étais idiot ou arriéré...

Mais je veux pas d'un fainéant dans ma maison.

Me regarde pas comme ça!

- T'as même pas passé ton bac!

- Moi, j'ai épousé ta mère.

Elle était malade, puis enceinte.

J'ai travaillé comme une merde pour toi.

Là, je suis seul avec vous trois et je m'en sors pas.

Tu le vois pas que je m'en sors pas?

Ma femme est morte, toi, tu vas travailler.

- Fallait trouver une autre femme! - Quoi?

- Non! - Viens là!

Viens là. J'ai pas fini avec toi! - Arrête!

Mon père me frappait et je ne sentais rien.

Arrête!

Ça ne me fait pas mal,

je ne sens rien.

- Monsieur.

Il semble y avoir un problème avec vos papiers.

- Je comprends pas.

Je suis fatigué, j'ai pas dormi dans l'avion.

- A quand remonte votre dernière visite ici?

- C'était il y a 8 ans...

10 ans.

- Votre adresse en France?

- Je suis domicilié chez mon frère.

8 rue Vauban, à Roubaix.

- C'est là que vous allez résider?

- Non, je m'installe à Paris

pour travailler au ministère des Affaires étrangères.

- Collègue. - Oui.

- Tu es convoqué à la DGSE, ce matin.

Regarde.

- Ah...

- Très chic.

Alors tu es un espion?

- Pas que je sache.

- Alors qui es-tu?

- Je ne sais plus.

Grésillements du détecteur

- Paul?

- Quel était le souci avec mon passeport?

- Il y a une chose embêtante.

Vous avez un homonyme en Australie.

Nous avons trouvé un autre Paul Dédalus.

- J'imagine que c'est un nom assez commun.

Exclamation dubitative

- Votre homonyme est né au même endroit que vous

et à la même date que vous.

C'est un hasard difficilement imaginable.

- Euh... Oui.

- Vous en convenez?

- Il doit s'agir

d'une usurpation d'identité.

Mais qui êtes-vous?

- Je ne suis pas autorisé à vous le dire.

J'ai ici la liste de vos derniers domiciles sur 20 ans.

Vous êtes un grand voyageur.

Douchanbé.

- Oui.

- Auparavant, vous étiez à Boukhara.

Dachogouz,

- Atamyrat?

C'est au Turkménistan.

- Vous avez vécu en Iran, en 1995.

- Oui, j'ai suivi

des rituels funéraires pendant 6 mois.

- La tête me tourne. Je suis très casanier...

- Je suis anthropologue.

Je conduisais des recherches.

- Vous voilà de retour.

Nous apprenons que vous entrez au Quai d'Orsay.

- Oui.

- C'est un ministère prestigieux.

- Je parle pas mal de langues.

- Puis-je vous demander où vous étiez en 1987?

- Je ne sais pas.

En France, j'imagine.

- Nous avons retrouvé une carte de renouvellement d'identité

au consulat de Tel Aviv,

en 1987.

- Je n'ai encore jamais visité Israël.

Il doit s'agir d'un faux.

- Voilà, c'est la photo...

de votre jumeau.

M. Dédalus, citoyen français résidant à Melbourne.

Vos papiers d'identité ont déjà été volés?

- Pas que je me souvienne.

- Ceci est une déclaration de vol à la douane russe

que vous avez signé à 16 ans.

La signature est encore enfantine,

mais c'est bien la vôtre.

- Mon voyage à Minsk.

Vous me soupçonnez d'être un agent communiste?

- Que faisiez-vous à Minsk?

- Un voyage scolaire avec le lycée.

C'est un copain, Zyl, du lycée, qui m'avait emmené.

- Zyl? - Marc Zylberberg.

Avec ses parents, ils militaient pour aider les refuzniks.

Chant religieux en hébreu

- Parfait.

- Les types de Strasbourg sont là. Tu veux les voir?

- Oui.

- Mais ce n'est pas pour discuter.

Ils n'ont pas de temps à perdre.

- Tu peux te découvrir.

- Pardon.

- Bon. Nous avons des amis qui sont retenus captifs en URSS.

Ils voudraient passer en Israël.

Nous désirons les aider.

Vous en avez entendu parler?

- Mesuravim.

- Oui, les otkazniks.

- Qui vous a parlé de nous?

- Serge, à Rosh Hashana.

- Et toi '?

- Je l'avais lu dans les journaux et Marc m'en a parlé.

- Serge m'a dit que votre lycée partait à Minsk.

- Oui. - Quand?

- DANS 15 JOURS.

- Nous devons transférer de l'argent et des papiers

à nos amis là-bas. Vous voulez nous aider?

- Oui.

- Tes parents sont communistes?

- Mon père était inscrit au PSU, mais il milite pas.

- Tu peux pas leur en parler.

Personne.

- OK.

- Vraiment personne.

- C'est quoi, ce ruban?

- Ma mère est morte.

- Je suis désolé. - Non, ça va.

Ça fait plus de 5 ans.

- Minsk, moi, je connais bien.

J'ai quelques questions à vous poser.

Marc, tu fumes?

Et ton copain, il fume?

- Des Chesterfield ou des Camel.

- Là-bas, ne fumez pas

vos cigarettes américaines ou les flics vous coinceront.

Quand vous visiterez le musée des beaux-arts...

- Je sais pas si c'est prévu.

- On nous a rien dit. - Quand tu pars à Minsk,

tu vois le musée des beaux-arts, que tu le veuilles ou non.

Crois-moi.

- Nous aurons un camarade

parmi vos accompagnateurs.

- C'est qui?

Tu n'as pas à le savoir.

- Ce jour-là, vous changerez vos allures d'Occidentaux.

Vous sortirez du musée pour prendre un tram.

Il y a un arrêt devant.

Vous irez à la station Gagarine.

Vous irez à cette adresse. Dimitri.

- Oui, tiens.

Tiens, lis-moi ça.

(En russe) - Rue d'oktiabraskaya.

Numéro 5-7.

- Vous avez votre billet?

- Non. Je voudrais deux billets pour Gagarina.

- Bien.

Une fois là-bas, donnez l'enveloppe à ceux qui ouvriront.

Elle contient des papiers et de l'argent.

Vous reprendrez le même tram jusqu'au musée des beaux-arts

pour rejoindre votre groupe.

Vous aurez une heure.

Soyez revenus au musée avant la fin de la visite.

Voilà 25 roubles

pour le tram.

Avant votre arrivée, apprenez

l'adresse, la station de tram

et les numéros d'appartement.

- Et toi, t'es juif?

- Non, monsieur.

- Tu es sûr de vouloir le faire?

- Oui.

- Pourquoi?

- Bah...

Parce que Marc est mon ami.

Et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

- Qu'il est sérieux, ce garçon.

Tu t'appelles?

- Paul Dédalus.

- Montre-moi ton passeport.

Paul, j'ai un truc à te demander.

Là-bas, tu pourrais donner tes papiers?

T'as une petite tête d'ange.

Et là, devant moi,

j'ai un petit noiraud.

Tu ne risques pas grand-chose,

à part 2 h dans un commissariat.

Tu veux bien leur laisser tes papiers?

- Je donnerai mes papiers.

- Si tu changes d'avis, ce n'est rien. Compris?

- Oui, je comprends.

- La peur est humaine. Là-bas, tu auras peur.

Même si tu gardes ton passeport, tu rentreras.

Et tu seras fier d'avoir donné l'enveloppe.

- L'enveloppe, c'est important.

- C'est quoi, les mezuravim?

- C'est en hébreu, "ceux qui refusent".

- C'est quoi, le mot russe que j'ai dit?

Otkaznik.

- C'est les refusants ou les refusés?

- Très bien.

- D'où tu sais coudre?

- Te fous pas de moi, c'est ma grand-tante.

Chanson punk

- Pierre-Hub, Camille, les passeports. On arrive.

On arrive en RDA. Les passeports, s'il vous plaît.

On frappe.

- Les gars, vos passeports.

- Pourquoi?

- On arrive en RDA. Vite.

- Vous me le rendez quand?

- Quoi? Tu veux t'enfuir?

- Marc, ton passeport. - Quand passe-t-on la frontière?

- Dans 45 minutes.

Les douaniers passeront dans les compartiments.

Ils demanderont peut-être à voir vos sacs.

- Yorick.

- La douane n'a pas trouvé l'argent.

Ils ont à peine fouillé.

- Vous étiez deux enfants.

- A Minsk, nous nous sommes échappés du musée.

Zyl était bien plus précoce que moi. Il s'est repéré sans problème.

Moi, je le suivais.

- L'auteur a reçu une grande médaille d'or par ce travail.

C'était dans l'examen final

de l'académie des beaux-arts de St-Pétersbourg.

Et le tableau s'appelle Le triomphe d'Alexandre Le Grand,

un empereur ancien...

- Paul, je viens de te glisser ton passeport dans la poche.

Vous restez à la traîne, puis vous prenez l'escalier central.

Au sous-sol, un vestiaire,

avec deux paquets, deux manteaux.

Bonne chance,

VOUS avez une heure.

Musique intrigante

- Les vestiaires. Paul, viens.

Tiens, prends celui-là, toi.

La doublure, la doublure. Vite!

Vas-y, vas-y.

Vas-y, déchire-le. Vas-y, on s'en fout.

- Où tu as eu cette cigarette? - Je suis sorti de l'hôtel, ce matin.

Le tramway nous attendait bien en face du musée.

Le trajet était long.

- Paul! - Et puis,

nous sommes arrivés devant un immeuble étrange, en banlieue.

- C'est quoi le nom, déjà? - On sait pas.

- Bonjour...

(En russe)

- Escalier B.

- C'est Elie qui vous envoie '?

Ephraïm Ilitch.

Enlevez vos chaussures.

Suis-moi.

Naoum!

Voilà nos invités!

Asseyez-vous.

- Vous voulez des gâteaux?

Du thé noir?

- Non merci.

- Alors, mes petits agneaux, qu'est-ce que vous nous avez apporté?

Elie, tu seras toujours dans mon cœur!

Merci!

"Tonton Elie est de bonne humeur,

dans son cœur, il fait meilleur..."

C'est qui, le muet?

- Qu'est-ce qu'il a dit? - Il demande qui t'es.

- Paul.

Tenez.

- Qu'est-ce que tu fais?

- Tenez, c'est pour vous.

- Natan!

Natan?!

J'ai une surprise pour toi.

Et voici,

ton visa pour lsraël!

- Mazel tov!

Je vous présente le nouveau...

Paul Dédalus.

- C'est qui, mon jumeau?

- Celui qui a peur.

Il te plaît, ton frère?

Merci.

Merci à vous deux.

- Eretz Israel.

- Filez, filez.

- Comment tu feras à la douane? - Je trouverai.

- Venez ici tous les deux l Qu'est-ce que vous foutez?

- Je voulais prendre le tramway.

Nous sommes touristes. Touristes français...

- Vos papiers! Tous les deux!

Vos papiers, je vous ai dit!

- S'il vous plaît.

- Foutez-moi le camp.

- D'accord. - Dégage d'ici, je t'ai dit!

- D'accord, monsieur.

- Plus vite que ça!

- Il nous reste 15 min.

- Frappe-moi. - Quoi?

On dira que je me suis fait agresser et qu'on m'a volé mes papiers.

- Non, je ne te frapperai pas.

Arrête.

Qu'est-ce que tu fais, arrête!

- Je veux juste un œil au beurre noir.

Allez, frappe-moi. - Lâche-moi.

- Allez. - Lâche-moi.

Cri de douleur

- Vas-y, plus fort.

Frappe-moi encore, plus fort.

- Je peux pas te frapper.

- Arrête!

Paul, merde!

- Putain...

- Oh merde! Paul...

- Vous êtes du groupe des Français?

- Oui.

- Vous n'avez rien à faire ici!

Le car est parti il y a vingt minutes. Vous étiez où?

- On a perdu le groupe.

- La police vous attend.

Suivez-moi!

- Nous sommes rentrés à l'hôtel.

- Toi, suis-moi.

Toi, tu restes.

- Il dit que tu dois rester.

- Pourquoi Paul n'est pas là?

- Pourquoi vos garçons sont sortis du musée?

- Putain,

ils vous ont dit qu'ils sont sortis fumer!

Merde! - Calmez-vous!

Calmez-vous!

- Qu'est-ce que vous avez foutu?

Regardez son manteau!

La doublure est foutue! - Paul s'est fait agresser.

On lui a volé son passeport.

- Les profs avaient couvert notre escapade.

Il a suffi d'une déclaration de vol et nous sommes rentrés en France.

- Viens.

On va trouver un infirmier. T'as mal?

- Non, ça va.

J'ai rien senti.

Voilà.

- C'est héroïque.

- J'ai bien peur de ne m'être rendu compte de rien.

Deux adolescents français ne risquaient pas grand-chose.

- Et votre ami?

- Un an plus tard, les parents de Marc ont déménagé à Lyon.

Nous nous sommes perdus de vue.

Enfin, je suis ravi

que mes papiers aient servi à qui en avait besoin.

Je ne savais pas que j'avais un jumeau, à Melbourne.

- Il est mort, maintenant.

Nous avons un certificat

de décès qui date de deux ans.

Vous êtes pâle.

- J'ai pas l'habitude de lire mon acte de décès.

- Ainsi, vous étiez mort.

Mais vous voilà en vie.

- La vie est étrange.

Je me souviens...

Je me souviens...

Je cherche des morceaux de souvenirs en moi,

et je n'ai mémoire de rien.

Tout est effacé, sinon trois, quatre bribes,

un bégaiement...

Jenifa Taught Me (De La Sou“

- Salut. - Salut.

- Tu m'attendais, le cœur battant. - J'espérais Janet Jackson.

Tu peux entrer quand même.

Alors, tu t'habitues à Paris?

- Ça va. - Il y a des filles niquables à ta fac?

- Tes 2e année, elles sont comment?

- Que des thons. En pharma, elles sont mieux roulées.

- Oh, mon pauvre.

- Magne-toi, je veux pas croiser ton père.

- Il ne sera pas là ce week-end.

- Ça explique ta venue? - Je suis venu parce que je suis venu.

- Tiens, voilà Kovalki!

- Qu'est-ce que c'est que ça? Qu'est-ce qu'il fait ici?

Ce week-end, t'étais pas censé rentrer?

- Je suis venu visiter certains amis.

- Quels amis? Kovalki?

- Quoi? Qu'est-ce qu'il y a avec Kovalki?

- Il vaut pas le voyage, Kovalki?

- Mais si. - Tu vas bien, Kovalki?

- Ça va, Ivan?

- T'es revenu pour me faire chier?

- Une fille bien élevée ne fume pas dans la rue.

- C'est ça, ouais.

- Tiens, tu peux garder le paquet.

- D'où t'as tout cet argent, toi?

- Scaphoïde, lunatum,

pyramidal, trapézoïde,

le grand os et là, les cinq métacarpiens.

- T'as déjà disséqué un cadavre? - Bien sûr.

- Oh, c'est atroce! - Homme ou femme?

- Les deux.

- Alors, tu ne découvriras ni le sexe ni l'amour.

- Eh non. - Que tu dis!

- Paul, qu'est-ce que tu fais à Paris?

- Je suis en licence d'anthropologie.

- Il s'étudie lui-même. - Putain, c'est bien, Paris!

Tu t'habitues, là-bas?

- Oui.

- T'es pas devenu plus Causeur, en tout cas.

- Je cultive mon mystère.

- Tu parles! Tu veux aussi prendre un ticket?

- Paul!

Paul!

- Style voyou.

- Voyou du pauvre.

- C'est quoi?

Ta mère est d'accord?

- Bah elle sait pas.

- Allez. - Bon, allez, les amoureux!

Allez!

Je monte devant.

- Paul, chez toi? - Ouais.

- Allez, s'il te plaît!

- Tu t'appelles Esther, t'es dans la classe de ma sœur.

Paul.

- Je sais.

J'ai remarqué que tu me suivais.

- Je sais que t'as remarqué,

je te mange des yeux.

- Je fais toujours cet effet-là.

- Ah bon?

- Ouais. Je fais ça aux garçons.

Tu m'as remarquée, il y a deux ans.

C'était bien il y a deux ans?

- Oui.

- Tu n'arrives pas à m'oublier.

Tu m'oublieras jamais.

- Ah bon? - Ouais.

Je fais cet effet-là.

- Pourquoi? - Parce que je suis exceptionnelle.

Je suis pas comme tes connasses de copines.

Blablabla.

- Pénélope et ma sœur.

Quoi?

Euh... Je suis un très mauvais dragueur.

- Ah ouais!

- Je me demande ce que les types vous disent pour vous draguer.

Je vous regarde, ils disent des choses,

vous rigolez.

J'arrive pas à deviner ce qu'ils ont de si drôle à dire.

- Ils disent n'importe quoi,

c'est ça qui fait rire.

C'est super difficile de dire n'importe quoi.

J'admire beaucoup les dragueurs.

Je suis assez ennuyeux.

- Je te fais peur, hein? - Oui...

Non.

- Tu trouves que je suis belle?

- Ah ouais, t'es belle.

Ça me fait un choc physique quand je te vois.

- Moi, je me trouve pas belle.

Même si j'ai un beau cul.

- Le cul le plus renversant du lycée.

- A la sortie du lycée, tu regardes le cul des filles

et ensuite notre visage.

- Non, je peux regarder ton derrière et tes yeux

en même temps. Et tes seins, aussi.

- Ah...

- il paraît que t'es pas très libre,

que t'as trois maris. - Non, je suis pas mariée.

- Que tu sors avec trois types.

- Qui? - Michel machin, le type aux lunettes.

- Ah non, non, lui, c'est fini. Il le sait pas encore

parce que c'est pas fini, fini, mais c'est fini.

- Il te faisait rigoler?

- Ben ouais, j'ai rigolé. Il est marrant.

- Il est pas marrant du tout, Michel Je-sais-pas-quoi.

Il est d'une prétention inouïe,

il trouve ça spirituel d'être fade.

Pourquoi tu l'as pas lourdé?

- Bah, comme ça.

- Et le mec du foot?

- Oui. - Il est super beau.

- Ouais, je l'aime.

- Ça devient difficile.

J'ai pas de conversation, je suis pas très beau,

je fais pas de blagues... Comment je vais m'en sortir?

- Ouais.

- Et le vieux?

- C'est loin... Et il était pas plus vieux que toi.

- Si, il était un peu plus vieux.

Lui, rien à dire, il est impressionnant. - Non.

Ils sont pas jaloux, tes trois maris?

- Ça Va.

Je suis jalouse. Si l'un d'eux touche à une autre fille, je la tue.

- Je vais être pathétique...

Tu voudrais venir chez moi pour jouer au go?

- Au quoi?

- Au go. C'est un jeu chinois. Je peux t'apprendre.

- Je sais tellement pas ce que c'est, j'ai déjà oublié le nom!

- Ça veut dire que tu veux pas y jouer?

- Si, j'adorerais.

- Cet après-midi?

Elle acquiesce.

Au revoir.

Pourquoi Dieu a ordonné à Abraham de tuer son fils,

s'il ne voulait pas qu'il le fasse?

- Pour qu'Abraham lui obéisse.

Si Abraham avait désobéi à Dieu, il aurait aussi suivi sa volonté.

Alors pourquoi?

- Je l'ignore, mais ça prouve

que c'est toujours la volonté de Dieu qui est faite.

- Pourquoi doit-on prier pour que sa volonté soit faite?

- Ivan...

Je n'en sais rien.

- Peut-être que c'est par politesse.

Au lycée, on dit "s'il vous plaît", mais c'est un ordre.

- Aucun homme ne peut aller contre la volonté de Dieu.

Il est tout-puissant et il veut notre bien.

- Oui.

- Un homme ne peut pas vouloir son propre mal.

- Je comprends.

Tezeta (Menelik Wesnatchew)

Chanson rock au loin

- Je voudrais partir d'ici. - Tu veux aller où?

- N'importe où. Je voudrais avoir 10 ans de plus.

- Avec un mari, des enfants? - Jamais!

Je voudrais être libre et voyager. - Où?

- Au nord, au sud... Ici, la vie n'a pas commencé.

- J'ai peur qu'on soit plus jamais aussi heureux.

- Salut.

- Salut. - Tu veux du thé?

Tu fais copine avec ma sœur?

T'es une dure, tu n'aimes personne. - C'est pas ma faute

si les filles ne m'aiment pas.

A part toi, les garçons m'aiment bien.

- Et tu veux toujours jouer au go?

- Je suis venue pour ça.

La conversation de ta sœur, ça me fait mal aux seins.

- Ça, c'est le go-ban.

Ça, ce sont les pierres.

On les pose, une chacun son tour,

mais une fois posées, elles ne bougent plus.

Le but du jeu est de constituer des territoires,

en traçant des sortes de frontières

avec les pierres.

- Je vais pas tout retenir en une fois.

- Ah non... Il va falloir qu'on se revoie.

- Souvent?

- Ah oui, très régulièrement.

- Pour jouer au go?

- Les deux 1res années, tu seras maladroite et puis,

Peu à peu...

- Mais...

Je vais pas m'ennuyer? - Ah non!

Ah non. C'est extrêmement amusant.

- Ta sœur ne croyait pas à ton invitation.

Elle est écœurée.

- Tu vas venir à la soirée, demain?

Il rit.

- Pas sûre d'être libre, on verra.

- Donne. Donne.

Regarde. - Quoi?

Regarde.

T'as vu? C'est le collier de maman. Papa me l'a donné.

- C'est joli.

- Tu te souviens?

- C'est pas des bons souvenirs.

- Depuis ton départ, j'ai peur dans la maison.

Papa est jamais là et Ivan rentre tard.

- Que fait-il?

- Devine.

Il prie.

Regarde. Ivan veut faire un hold-up.

- Un hold-up?

Mais tout seul? - C'est Mehdi qui lui a fait les plans.

- Quels plans? - Ceux de la banque. C'est à Roubaix!

- Ivan sèche les cours pour se préparer.

Regarde. Tada!

- Putain!

Mais c'est une idée épouvantable!

Tu l'as dit à Papa? - Ah non, non... Moi, je t'attendais.

- Ça va?

A quoi tu songeais?

- Je disais "merci".

- Putain, Ivan! Arrête avec tes prières, je te jure, ça sert à rien.

T'es chiant!

Rends-moi ton chapelet.

Delphine me dit que tu veux faire un hold-up?

T'as besoin d'argent? - Non!

Non, c'est...

comme la chimie au lycée.

- C'est pas en ayant séché 3 fois avec Medhi

que tu vas savoir braquer une banque.

- Ça fait un mois qu'on prépare. J’ai même un pistolet.

- Mais je le sais que t'as acheté une arme!

Enfin, Ivan, ça me fait pas plaisir!

Et Mehdi, il ne te gronde pas?

- Non.

- Pourquoi tu lis plus jamais?

- Ben, je lis... la Bible.

- D'autres bouquins... Avant, tu m'empruntais des livres.

Tu n'attaqueras personne avec cette arme.

Putain, t'as quoi dans la tête?

- J'allais pas forcément le faire. Ça va...

Atomic Dog (George Clinton)

- File. File!

- Cinq études... - Cinq études d'ethnologie.

- Ça va durer un siècle. C'est sans fin!

- Putain, quelle tannée, ses parents!

- Delphine, fais quelque chose.

- Sors de la voiture.

En voyant sa nièce, elle va se calmer.

Dis-lui que tout le monde l'embrasse.

- Et pourquoi moi?

- Parce que tu m'aimes.

- Moi, j'y vais pas. - Moi non plus.

- Ah! Ça y est!

- Bouge ton matos.

- Salut, cousin. - Salut, tout le monde.

- Bon, allez...

- Prends ça, c'est pour Pénélope. - Ça marche.

- Paye pour moi. - C'est pour nous.

- Très bien. - Y a 60.

- Très bien. M'attendez pas, je rentre seul.

- Salut, cousin.

- Salut.

- Ça va? Alors, t'es de retour?

- Juste pour le week-end.

- La famille, ça va? - Bah ouais. Tout le monde va bien.

- Je cherche Francis Belkacem.

- Francis? C'est pour acheter?

C'est là.

Pour Francis...

- Six barrettes, tu veux?

- Pour 300, c'est correct.

- Ça dépend. Tu comptes en faire quoi?

Tu vas tout fumer?

- Je fume pas, c'est pour des amis.

- C'est pour revendre, alors?

- Je ne vends pas. C'est pour une soirée.

- A 300, tu vas faire baisser mes prix. Il faut que je te le vende plus cher.

- Je ne vais pas marger.

- C'est où, cette soirée? Youssef, c'est où?

- Je sais pas.

- Je viendrais bien à ta soirée.

Je vends ma marchandise et je gagne plus.

Y aura des Arabes?

- Non. Je fais pas de concurrence. Je vais pas revendre dans le coin,

il y a assez de dealers.

A cette soirée, il n'y aura pas de vendeur.

- Tu iras pour moi, à cette soirée où on n'aime pas les Arabes.

Tu vendras de la drogue pour moi.

- Ça m'intéresse pas. Je ne vends pas.

- Mais je déconne. File-moi tes 300 balles et casse-toi.

Youssef. File-lui six barrettes.

- Au fait,

tu as vendu un truc à mon frère.

- Oh!

- Bouge pas g

- Non non non.

Non non non.

Ivan n'avait pas toute sa tête.

Le pistolet, en fait, on ne va pas en avoir besoin.

- Je suis pas la sécurité sociale.

Tu gardes l'argent, y a pas d'offense.

Et mon frère ne t'embêtera plus.

- Tu m'embêtes jamais, cousin.

- Merci.

Save lt For Later (The English Beat)

- On parle du fait

que tu as invité une certaine fille, hier?

- Non, on n'en parle pas.

- Paul parle jamais de filles.

- Par superstition.

- Esther, elle vient ce soir?

- De toute façon, elle est déjà en main.

- Classe!

Ça tue!

On frappe - Y a quelqu'un?

- Occupé.

Y a personne. - On veut la salle de bains.

- Attends 5 min.

- 10 min. - 15 min.

- Faut assumer quand on est imberbe.

- Donc pas d'alcool et pas de shit?

- Tu en prends car t'es mélancolique.

- Moi, je suis heureux.

- Paul Dédalus est heureux.

- BRAVO!

- Paul ne ment jamais sur rien. - Jamais.

Regardez-le, il est sinistre.

- Ah oui, il est sinistre. - Tire-toi.

A ma façon, je suis heureux, non?

- Ça se voit pas toujours, mais je te crois.

- Si, car je sais que nous nous approchons de Dieu.

- Tu es comme Ivan?

- Non, je crois plutôt à une infinité de vies heureuses.

Toi, tu crains de t'éloigner de Dieu.

- Pas concerné, je suis athée.

- Tu n'es pas athée, tu ne sais pas ce que tu dis.

- Tu vois qu'il dit la vérité.

Ton âme est toute petite et terrifiée.

Musique intrigante

- Esther.

- Tu t'es fait un style. - T'as vu?

- T'as l'air bien con.

Out Of My Hands (Unfinished Business)

- Allez, vas-y. - Non.

- Elle est venue pour toi. Vas-y. - Pénélope...

- Tu veux que je t'attende dans ta chambre?

- Tu es soûle, ma chérie. Tu vaux mieux que ça.

- Ça va, je suis pas soûle.

Out Of My Hands (Unfinished Business)

Mary, Mary (Run-DMC)

- Pourquoi cette connasse n'est pas venue seule?

J'y crois pas, qu'elle vienne accompagnée.

- Joue.

- C'est qui son type? Tu le connais?

- Non.

- Ça Va?

- Je peux t'aider?

- Non, je veux rien du tout.

Musique intrigante

- Bah, t'es rentré? - Oui.

- Je t'avais pas vu. Il n'y a pas trop de bruit?

- Non, je suis content qu'il y ait du monde.

Comment va Paul? Il est rentré de Paris?

- Oui. Mais tu le connais,

il est muet. On l'a amputé de la langue.

- Il s'amuse, en bas?

- Oui, je crois.

- Et Ivan?

- Ivan, c'est lui qui choisit la musique.

- C'est bien.

- T'as besoin de rien?

- Non, je suis bien.

Je suis très bien.

Viens. Il tapote le lit.

Et toi '?

Pourquoi t'es montée?

T'as pas de petit ami, en bas?

- Pas vraiment.

- On dit ça quand il y en a plusieurs.

- Papa, pourquoi je suis laide?

- T'as perdu la tête ou quoi?

T'es pas laide, ma chérie. T'es très jolie.

- Non, mais...

Je sais que je suis pas jolie.

C'est difficile d'être laide, tu sais.

On dit toujours que je suis gentille ou intelligente

pour ne pas dire que je suis laide.

- Attends, attends...

Est-ce qu'un garçon te plaît, en bas?

Faut pas chercher plus loin.

Ça explique que tu sois célibataire.

Tes deux frères prennent de la place, hein?

- Un peu.

- De la patience.

Il nous faut de la patience.

- Dis-moi, ta copine, y a pas moyen de...

- Qui? - Devine.

- Je sais pas.

- Pénélope.

Ce soir, je veux sortir avec elle.

Toi, tu n'en veux plus. - Tu veux ma permission?

- Non, mais elle ne veut pas de moi. Dis-lui.

- Que je lui dise quoi?

- De coucher avec moi.

- Ah!

Et tu veux que je te tienne la bite, mon cousin?

- Hum, oui! - Ah, t'es répugnant! T'es répugnant!

- On se casse, y a que des gosses.

- Non, pas maintenant.

- Viens, on ira en boîte.

- J'irai pas dans ta boîte pourrie.

Déjà que t'arrêtes pas de me coller.

Et j'aime pas comment tu danses, c'est gênant.

T'es gênant, j'ai honte. - Je suis gênant?

- Bah ouais. - Vas-y, prends-le comme ça.

Chanson rock

- Ton type, Michel, il est parti.

- Il devait rejoindre des amis en boîte.

- Tu voulais pas aller avec lui?

- Non, non.

- Ça m'embêterait que t'aies des ennuis.

- J'aurai pas d'ennuis.

I Can't Stand lt (The Specials)

- Lors de la soirée, Esther a dansé avec d'autres garçons.

Elle regardait Paul et il la regardait.

Sur le divan, elle parlait en chuchotant avec Delphine et Pénélope.

- Tu danses? - Ça, c'est un "beau gros".

- Quoi?

- Un beau gros espoir. Dégage!

Musique douce

- Puis, quand elle a mis son manteau,

Paul l'attendait dans le couloir.

- Tu rentres chez toi?

Tu veux que je te raccompagne?

- Il lui a demandé s'il pouvait la raccompagner.

Il faisait déjà petit jour.

- Je suis orphelin de mère.

A 11 ans, ma mère est morte. Cette date m'importe peu.

- Ah...

- Au lycée, à 16 ans, j'avais un ami, Marc Zylberberg, que j'aimais.

On est partis en Russie, tous les deux.

Puis sa famille a déménagé à Lyon et je ne l'ai plus revu.

Je parle vite car je sais pas quoi dire.

Tu étais au courant de ma dépression?

- Je savais.

- Je suis resté 3 mois dans une clinique de repos.

J'en éprouvais une grande honte.

- C'était comment? - C'était très ridicule!

Les ateliers dessins, les entretiens avec les infirmiers...

Après, je suis rentré au lycée. Kovalki m'a aidé pour les maths,

et j'ai passé mon bac.

- Tu étais guéri?

- Je n'ai jamais été malade.

- C'était une crise?

- Oui, une crise de désespoir.

Tu vois, je suis pas une bonne affaire pour toi.

Je te parle pas de tes parents, je m'en fiche.

- Je sais.

D'accord.

- T'as des frères et sœurs?

- Je suis fille unique.

- Et tes parents?

- Je suis la prunelle de leurs yeux.

C'est là.

T'es glacé!

- Je repars à Paris, demain.

- Tu vas m'appeler?

- Tu vas m'écrire?

Au revoir.

- Au revoir.

- Montre encore pour voir.

Hé...

Quelqu'un t'a-t-il déjà aimé plus que sa vie?

- Non.

- Je voudrais t'aimer comme ça.

- Ah!

- Au revoir.

- Paul a embrassé Esther devant la porte de ses parents.

Puis, il est rentré chez lui à pied.

Musique trépidante du western

- Bonjour.

- Y a des types dehors. Ils sont venus pour toi.

- Ah! - Viens voir.

Paul siffle

Ils sont venus pour te casser la gueule.

Patrick, le blond, il sortait avec Esther.

- Tu veux de l'aide? - Non, ça va aller.

Bonjour.

- T'as raccompagné Esther, hier soir? - Oui.

Désolé, je crois que t'es bientôt lourdé.

- Tu l'as sautée? - Tu n'as qu'à lui demander.

Je crois que tu l'agaces.

Même moi, on se connaît pas et déjà, tu m'agaces un peu.

Ah putain, tu m'as fait mal!

- Ivan, amène-le.

Assieds-toi.

Paul, ça va? - J'ai rien senti.

- Tu voudras que je parle à Esther? - Non, non...

Demande-lui de m'écrire.

Je voudrais voir le docteur Béhanzin.

- Vous aviez rendez-vous?

- Non, je n'en ai pas.

- Il vous faut un rendez-vous.

- Je viens de la faculté de Lille.

C'est pas une requête frivole.

J'attends de le rencontrer depuis deux ans.

Mon avenir dépend de ce rendez-vous.

- Attendez.

- J'ai été affecté à une autre université,

ce sont les aléas administratifs.

Mais je suis venu à Paris

pour suivre vos cours. - Pourquoi?

- Représentation du temps et de l'espace chez les Gen-Mina du Bénin.

- Ah, ce livre-là.

Vous avez lu Lévi-Strauss?

- Un peu.

- Structures élémentaires de la parenté.

- Oui, celui-là, j'ai lu.

- Eh bien...

Allez-vous asseoir et dessinez-moi un groupe de Klein.

Vous savez le grec?

- Ah non.

- Pourquoi?

- Parce que je n'ai pas étudié le grec.

- Oui, mais pourquoi?

- Je voudrais partir au Bénin, un jour.

Je devais déjà avoir beaucoup de difficultés scolaires.

- Je ne peux pas vous intégrer à un cursus

que vous ne saurez suivre.

- Il vous faut un mauvais élément.

- C'est-à-dire?

- Vos élèves sont très brillants? - Oh oui.

- Moi, je pourrais être votre élève le moins brillant, ça les rassurerait.

Elle s'esclaffe.

- Dans trois semaines,

vous me donnerez une version

de la première page.

On verra votre façon de travailler.

Mais je ne peux pas vous accepter parmi mes élèves.

- Je reviens...

- Lundi, même heure, même endroit.

- Au revoir.

Réveille-matin Musique douce

- Que se passe-t-il?

- La semaine, Paul est à Paris. Il est pauvre.

Il dort souvent dans des maisons de la jeunesse

et doit aller à la fac avec un sac de voyage.

- Bonjour. - Bonjour.

- Est-ce qu'il y a un lit de libre, ce soir?

- Un groupe d'Anglais va arriver.

Mercredi, il y aura peut-être une place.

- Vous avez du courrier pour moi? - Quel nom?

- Dédalus. - Je vais voir.

- Tenez. - Merci.

Je peux prendre du café? - Oui, sers-toi.

- Merci.

- "Paul, aujourd'hui, lundi, je me suis suffi à moi-même.

"Je sais trop que tu n'es plus là.

"Je suis allée chez toi, hier. Ta sœur est toujours aussi conne.

"En ton absence, on me méprise,

"impression d'être anonyme,

"de n'avoir rien à dire ni à faire avec eux.

"J'ai fini par m'énerver.

"Ils ont cru que c'était dû à mon agressivité naturelle.

"Je les étonne toujours."

- "Esther,

"tu existes tellement fort, comme une montagne.

"Moi, c'est comme si mon existence

"ou le monde qui m'entoure tremblotait.

"Alors, ça me rassure.

"Que tu veuilles de moi ou non, je m'en fiche.

"Si tu existes, ça veut dire que je ne suis pas enfermé dans un rêve.

"En toi, à tes pieds,

"je dépose ma croyance."

Cris de joie Applaudissements

Fracas

- Regarde, c'est comme si le mur tombait tout seul.

- Mais c'est incroyable!

Paul, regarde.

Pourquoi t'as l'air triste?

- Je suis triste.

- Qu'est-ce que tu racontes? C'est heureux!

- Je regarde la fin de mon enfance.

- C'est son voyage en Russie.

Une fois, il était à Minsk avec son copain.

- Zylberberg. Ils sont rentrés avec un jour et demi de retard et un Coquard.

- Un coquard? T'as fait quoi, mon héros?

- Il ne l'a jamais dit.

- J'ai pas le droit de raconter.

Une foule entonne un slogan.

Tu sais où je pourrais la trouver?

- Tu sais, je crois qu'Esther en a trouvé un autre.

- J'avais deviné.

- Fais attention, grand frère.

Romantic Attitude (John Fitch And Associates)

- Allez! Cri

- C'est pas le mec qui te draguait, à la soirée?

- C'est toi qui lui as dit de venir? - Non.

- Ça va?

- Oh, je t'emmerde! - Eh! Détends-toi!

Woman To Woman (Shirley Brown)

Strike!

Yes! On peut y aller!

Esther, on y va?

Tu viens?

- T'es sourd? Je t'ai dit, je reste ici.

- T'as qu'à rester avec ton connard!

Je me casse.

- Salut, Esther.

- Tu viens pas? - Non.

Salut.

- Salut, Esther.

- Eh! Tu t'approches, ducon?

- Tiens, je t'ai raconté ma semaine.

Quand je savais plus quoi écrire, j'ai recopié Stevenson.

- Je la lirai...

Plus tard.

Musique douce

Prends-moi.

Il y a trop de lumière.

C'est ta mère? - Oui.

- Elle était belle.

- Je ne sais pas.

- Mon ami...

Mon ami...

- Tu es partie une fois?

Deux fois?

- Je suis quoi?

- Partie.

Ce sont les hommes qui viennent. Mais une femme, elle, elle part.

- Ah?

- Alors, tu es partie combien de fois?

- Je refuse de répondre.

- Zéro? Une fois?

- Plus, tais-toi.

Bonjour, monsieur.

Exclamation embarrassée

- Pardon.

Mademoiselle.

Bonjour.

Eh, il y a ton père.

- J'adore ce tableau.

- Tu trouves qu'il me ressemble?

Tu trouves pas que je lui ressemble?

Puisque tu l'aimes bien, ton tableau.

- Ah Si.

- Pourquoi?

- Tu dis n'importe quoi.

- Non, non, non. Je vais te dire pourquoi il te ressemble

et pourquoi tu es une fille merveilleuse.

C'est un tableau de Hubert Robert, peint au XVIIIe siècle.

C'est un paysage en Italie.

Tout semble à l'abandon.

Là, le tableau est mangé par les ruines comme après

le passage d'une tornade de temps.

Tu es pareille à cette tornade.

Sauvage, violente.

Je suis comme l'homme à la cape rouge.

Une tache rouge comme ta bouche.

Mais tu es rieuse aussi comme ces deux femmes-là.

L'eau de cette fontaine,

c'est toi qui files entre mes doigts.

Là, ton menton qui semble simple et droit,

comme un texte en latin.

Mais qui est violent aussi comme Actéon.

Je suis comme Actéon, déchiré par les chiens.

Et toi, tu es comme Diane.

Mais tu es douce aussi, comme Vénus.

Ou comme Nausicaa, qui accueille Ulysse,

nu et déchiré,

quand les autres filles se sont enfuies.

Ça, c'est en haut du tableau.

Là, c'est ton front, tes sourcils

et tes yeux bleus comme le ciel.

Ton visage a toute la signification du monde dans ses traits.

- Toi, t'es beau parleur.

- Merci.

- Mais tu le penses? - Quoi?

- Que je suis exceptionnelle.

- Oui, t'es exceptionnelle.

- Alors, je t'aime.

- Parfois, Paul resquille pour dormir dans les locaux.

Il traîne pour se faire inviter par des compagnons de fortune.

C'est une vie solitaire.

- Regarde. Ici, ça, c'est l'avenir,

c'est ce qui arrive dans...

- Désolé de vous déranger.

D'habitude, je dors au foyer, mais il y a plus de place.

Vous auriez un lit de libre?

- Débarrasse-toi.

Tu regardais Trotski? - Oui.

- Tiens. Je t'ai mis une serviette. - Merci.

- Tu te lèves à quelle heure?

- Comme vous.

- 7 heures.

Bonne nuit.

- Merci.

Musique douce Sirènes au loin

- "Paul chéri, comme tu me manquais, j'ai été dormir chez toi.

"Ton père n'était pas là, ta sœur m'a accueillie à contrecœur.

"J'en avais rien à foutre.

"Le lit de ton père est un vrai merdier.

"J'y ai mangé une pêche et je m'essuyais les doigts sur les draps.

"J'imaginais ton père frappé d'un infarctus

"devant le tableau de cette fille

"qu'il méprise et qui se vautre dans son lit.

"Qu'il aille en paix,

"je me soucie autant de lui, que lui de moi."

Tu m'appelles de la même cabine?

*-Non, je suis près du Luxembourg.

- Qu'est-ce que tu vois?

*-Un trottoir brillant de pluie.

Une porte Cochère avec des chasse-roues.

*Il y a des passants aussi.

- J'arrive pas à t'imaginer.

- En face, il y a un arrêt de bus et le café où sont mes affaires.

- Ça va, ma chérie? - Oui.

- C'est Paul?

- Oui.

Dis-moi quand tu vas rentrer.

Je pourrai ainsi compter les jours.

- J'ai pas d'argent pour le billet. *- Je t'en donnerai.

- Je ne veux pas de ton argent.

- Tu pourrais faire du stop.

*-Je veux plus en faire!

Marre des pédés pathétiques

qui s'arrêtent pour mes 19 ans.

*La 5e fois qu'un type te sort sa bite, ça fatigue.

Chanson ska

"Esther, je viens de raccrocher et voilà que je me surprends à t'écrire.

"Quand nous reverrons-nous?

"Je n'accepte pas que mes incertitudes t'empoisonnent.

"Je voudrais que tu puisses t'accrocher à moi.

"Le voudrais-je? Je ne sais pas, cela m'effraie.

"Tu voudrais t'accrocher à moi,

"mais je me blâme de n'être pas assez solide.

"En écrivant, je pense : "solide imbécile".

"J'ai eu si peur d'être un imbécile

"que je ne me suis pas occupé de ma solidité.

"Je me haïrais tout autant d'être frêle.

"Frêle, je ne le suis pas.

"Mais ma solidité, je ne peux te l'offrir,

"je la dois à moi-même.

"A toi, je ne peux offrir que ma légèreté.

"J'admire chacun de tes sourires ou de tes rebuffades.

"Et je mesure combien c'est t'offrir peu.

"Tu me fais rigoler.

"Que tu sois furieuse, ou désagréable ou exquise,

"tu me fais rigoler.

"Je ne sais t'aimer qu'avec légèreté.

"Je suis pourtant si lourd!

"Sinistre, t'étais-tu moquée à la soirée.

"Tu avais raison.

"Je ne veux pas que tu m'attendes.

"Tu ne dois pas compter sur moi.

"Ma vie est beaucoup trop austère pour cela.

"Paul."

- Hé, Paul, n'aie pas peur.

Tes remords te préoccupent trop,

je suis plus simple que ça.

Simplement, je suis heureuse quand je te vois.

- Paul... Le vagabond! - Un jour,

Paul croise Gilberte près de la Sorbonne.

Elle l'avait hébergé pour une nuit.

Gilberte propose à Paul de déjeuner. Son petit ami était absent.

- Formidable!

Ton foulard!

- Mais c'est pas mon foulard.

Pardon.

Je devrais faire changer le fermoir.

- Gilberte était plus âgée que lui.

C'était contre les principes de Paul. - Merci!

- Alors?

Tu t'invites chez nous et tu disparais?

- J'ai très mal dormi chez vous. C'est le matelas.

- Ah! C'était épouvantable?

- C'est pour ça que je vous ai pas remercié.

- Elle avait un physique étonnant.

Ils mangèrent des pâtes puis se retrouvèrent au lit.

- Oups!

Bah viens!

- Paul et Gilberte se voyaient en cachette de son compagnon.

La situation était scabreuse.

Paul raconta sa liaison à Esther et lui demanda de l'accepter.

Esther l'accepta.

- Oh, mon brave petit soldat!

- Parfois, Paul venait travailler chez l'étudiante en lettres,

dans cet appartement spacieux.

Il lui parle en grec.

- Ça veut dire...

- Mais c'est quel mode?

- C'est le mode optatif.

C'est entre le subjonctif et le conditionnel.

"Puisses-tu ne pas séduire ma femme."

- Ah...

- Téléphone!

- Gilberte et son compagnon avaient le téléphone.

Esther prit l'habitude d'appeler Paul chez sa maîtresse.

- Allô, Gilberte.

Oh, Esther!

Dans ses lettres Esther écrivait : "Salue Gilberte de ma part."

Il révise son grec. - Aucune ironie, les deux femmes

étaient devenues alliées. - Il s'améliore...

- Que la vie est étrange, pensait Paul.

Maintenant, Paul habite une chambre de bonne.

Par sa fenêtre, il peut voir la tour Eiffel.

Parfois, Esther lui envoie des photos d'elle.

Une photo de son ventre, une de ses jambes,

une photo avec un chapeau.

Elle ne fait aucun effort, et cela plaît à Paul.

- Vous avez fini?

- Pas encore.

- Puis-je vous demander qui sont vos parents?

- Ma mère s'est suicidée quand j'avais onze ans.

C'était une fin logique, attendue.

Enfin, je crois...

- Votre père vit toujours?

- Oui, je le vois très peu.

- Que fait-il dans la vie?

- Il est représentant, tantôt pour ceci ou pour cela.

- Pourquoi vous voyez peu votre père?

- Il ne parle jamais de son travail.

Quand il passe chez nous...

Il est dépressif depuis la mort de sa femme.

Il devait l'être depuis longtemps.

Et je veux pas qu'il me parle de sa dépression.

- Ah...

- J'aurais dû vous dire que je le vois peu

car je peux rien pour lui.

Chanson Np-hop

Son nette

- C'est tes parents? - Non, ils ont la clé.

Coups de sonnette insistants

- C'est qui?

- Bonsoir, madame.

- Bonsoir. Robert est chez toi?

- C'est ta mère.

- Oh non, pas elle!

Elle fait chier!

- Dis à Robert de descendre tout de suite.

- Il arrive, madame.

- Je ne rentrerai pas.

On est en vacances et c'est samedi.

- Ne m'oblige pas à monter.

Georges est là. On t'attend!

- Il a raison, il est à peine 10h. Soyez sympa!

- Ne te mêle pas de ça!

Une petite morveuse ne va pas me faire la leçon.

- C'est pas possible d'être aussi butée!

Vous voulez pas lui parler? - Non!

J'ai rien à dire. - Je parle pas à cette folle!

- Laisse tomber, on peut rien faire avec elle.

- Vous êtes une mère trop possessive, Mme Christian.

- Ne me parle pas sur ce ton! Tu pourrais être ma fille.

- Heureusement, c'est pas le cas.

- Tu es tellement mal élevée!

Je te laverais la bouche avec du savon, moi.

Ton manteau!

Tu me rends son manteau!

- Je vais pas voler son manteau!

Il est où, son manteau?

Tiens!

Tes gosses, ils vont bientôt te larguer.

- Petite garce! Occupe-toi de ton cul.

- Tais-toi, je t'en supplie. Tu crieras à la maison,

mais pas ici. - Tes parents savent

que tu tiens un bordel?

- Vous êtes grossière. Partez ou j'appelle la police.

- Tout Roubaix sait que t'es une Marie-couche-toi-là.

Seul le train t'est pas passé dessus! - J'ai trop honte!

- Robert!

Georges, il se sauve. Robert!

- Il se sauve.

- Ne l'écrase pas.

Ne l'écrase pas!

- Robert! - Barrez-vous!

- Reviens immédiatement.

- Robert!

Si tu rentres pas, c'est ta valise qui t'attend.

T'as entendu? Ta valise!

- Tu me tues!

Ce gosse me tue!

- Bob!

Hé! Hou hou!

T'es où?

- Bob, c'est Ivan! - Je suis là!

- Je l'ai trouvé. - Ah putain, j'ai froid.

- Tu vas attraper froid.

Qu'est-ce qui t'est arrivé?

- Au matin, quand Bob est rentré chez lui à pied,

il a trouvé sa valise au bas des marches.

- Maman. - Les volets de la maison étaient fermés.

- Maman? Merde!

Maman!

- Bob a pris sa valise, il est allé chez ses cousins,

leur demander s'il pouvait habiter chez eux.

- Bob?

Paul crie.

- Oh, t'habites ici, maintenant?

- Ah, c'est toi?

Mes parents m'ont mis à la porte.

- Pas de chance.

Et Ivan, il ne fait plus de bêtises?

- Non, ton frère, ça va.

- Et Delphine?

- Tiens-toi bien. Elle sort avec un Terminale de la bande des skamans.

Ils ont cherché son vagin. - Quoi?

- Oui, ils sont partis en week-end, à Bray-Dunes.

Elle voulait coucher, mais elle trouvait pas son vagin.

- La pauvre!

- Ça y est, elle l'a trouvé. Elle est contente.

- Ben oui! - Tu veux la place?

- Non, je dépose mes affaires, je vais chez Esther.

- Ah...

- Quoi?

- C'est l'autre nouvelle. J’ai merdé avec Esther.

- Comment ça?

- On a un peu couché ensemble.

- Oh non! Putain!

Tu me fais chier!

Je rentre, tu t'installes dans ma chambre.

Tu couches avec ma femme.

- Ne t'en fais pas. Elle n'aime que toi. - Je sais.

- Je l'ai eue à la pitié.

- Évidemment que tu l'as eue à la pitié.

Je t'en veux un peu. C'est horripilant.

- Va voir ton père.

- Rose!

- Oui, mon chéri?

- Je croyais que tu étais morte.

- Oui,

je suis morte.

- Ah...

Alors, je suis aussi mort?

- Je ne crois pas.

Tu n'habites pas à Paris?

- Si, j'étais venu te rendre une petite visite.

- C'est bien.

Mais va aider ton père.

- Il pleure encore sa femme.

Je me demande s'il se remariera un jour.

- Il doit être très seul.

- Je n'ai jamais aimé ma mère.

- Non.

- Esther?

- Ah! Je suis contente que tu sois là.

- Que se passe-t-il? - Rien.

- Ne dis pas rien, il se passe quelque chose. Regarde-toi.

- Je sais pas.

- Qu'est-ce que t'as fait, aujourd'hui?

- Je veux pas le dire. Je suis très angoissée.

- Pourquoi?

- Je sais pas expliquer.

- Tu peux me le dire.

Tu as eu des idées noires?

- J'avais très peur que tu meures. - Je suis pas du tout mort.

- J'ai pensé que tu mourais. Ça me fait très peur.

- C'est idiot. La mort ne m'impressionne pas.

Je suis un roc.

Tu peux t'appuyer sur moi.

C'est toi qui es fragile.

Tu manges rien, tu fumes trop,

t'as de l'asthme...

- J'ai pensé à ma grand-mère qui est morte.

Un jour, tout va s'arrêter,

après, c'est fini.

C'est très effrayant.

- Mais tu avais peur que je meure ou que toi, tu meures?

- Je suis conne, aussi.

A force d'y penser, je suis très angoissée.

Ça doit être à cause de ma grand-mère. - Elle te manque?

- Non. Un peu.

Mais ça m'angoisse.

- Bon allez, c'est fini. Viens.

T'as foutu quoi toute la journée?

- Je veux pas le dire.

- Pourquoi?

- Parce que je suis honteuse. - De quoi?

- Tu trouves que je suis sinistre. - Merde! T'as fait quoi?

- Je suis pas sortie. - Pourquoi ça si t'en as envie?

- J'ai pas envie. - Mes couilles!

Tu pleures à moitié, t'es toute tendue.

Si tu ne sors pas, c'est mécanique.

- Et pour faire quoi?

- T'as qu'à voir des amis, merde!

- J'ai pas d'amis.

- Pénélope et ma sœur, ça fait déjà deux.

- Elles m'aiment pas, alors...

- T'as qu'à être plus douce avec elles.

- J'en ai rien à foutre. C'est deux connasses.

- Tu risques pas d'avoir des amis comme ça.

- Va voir tes amis. Je ne t'en empêche pas.

- Ouais, ça me ferait plaisir d'avoir l'air normal en société.

- T'as honte de moi? - Oui, j'ai honte.

Pas de toi, juste je ne veux pas me coller la honte à moi.

Dès que je te sors, ou le 1er connard venu te saute,

ou tu insultes ma sœur.

J'aime pas comment tu traites ma famille.

- C'est juste que j'aime pas leur parler.

Je suis pas impolie avec personne.

Je m'en fous de ta famille ou de tes amis.

- Je sens ma bite toute raide contre tes fesses.

- Viens.

- Mon cœur.

- Je veux que tu restes.

- Je sais.

- Je veux que tu restes.

Non.

Non.

Je veux pas que tu partes. Ça va me faire mourir.

- Ma chérie, tu ne vas pas mourir. - Je crois que si.

Je vais étouffer.

J'étouffe... J'étouffe.

- On a déjà été séparés. - J'ai peur quand t'es pas là.

- Chaque départ de Paul était un arrachement.

Esther sanglotait.

Parfois, elle lui disait avoir peur en son absence.

Jean-Pierre ou Bob l'attendaient

et n'arrivaient pas à la consoler.

- J'ai peur quand t'es pas là.

- Tu iras au ciné avec Jean-Pierre. Hein?

- Ouais.

- Je veux pas parler avec Jean-Pierre.

Je veux pas que tu partes et rester toute seule!

- Mademoiselle, vous montez?

- Je peux pas. - Je t'écrirai dès ce soir.

- Mademoiselle...

- Dégage, recule-toi. - Lâche-le!

- Je t'emmerde!

Dégage! Recule! - Arrête!

Faut que j'y aille. Arrête!

Faut que j'y aille.

Je suis désolé.

Coups de sifflet

Arrête.

- Ça va aller?

Coups de sifflet

T'inquiète...

- "Je t'écris pour t'entretenir de Jean-Pierre.

"Après t'avoir reconduit, nous avons parlé dans la voiture.

"Il était plus triste que moi, pour une fois."

- Les deux abandonnés. - Toi, t'es pas abandonné.

- Depuis qu'il est à Paris, Paul s'éloigne de moi.

- C'est pas vrai. Paul est ton ami.

- Ça remonte à vos débuts ensemble.

Je t'en veux pas, je vous aime.

Maintenant, quand il rentre, il va te voir, toi.

Moi, je lui pèse.

Je suis le boulet provincial.

- T'as des idées noires.

Moi aussi, j'ai des idées noires.

- Voilà ce qui va arriver: tous mes amis vont partir.

Paul, aujourd'hui. Demain, ça sera toi puis Bob, puis Ivan...

Moi, je vais rester tout seul ici.

Roubaix, c'est ma malédiction.

Je garde toute votre enfance,

mais vous n'en avez plus besoin.

- "Il était énormément flippé.

"Il sentait que votre amitié allait vers sa fin.

"Que tu n'avais plus envie de le voir.

"Il envisage un sombre avenir.

"Tous ses potes vont partir et lui restera seul à zoner à Roubaix."

- il s'agit de sauter d'une tour.

C'est une femme qui l'a fait la 1re.

- "Il m'a dit qu'il avait besoin de toi.

"Il m'a demandé de ne rien te dire,

"mais je dois te dire qu'il a pleuré.

"Fait extraordinaire et flippant,

"JP a pleuré dans mes bras.

"C'était affreux. Que faire?

"Il s'est remis, mais je crois que ça le travaille.

"Voilà l'anecdote.

"Ça m'a assez remuée."

- Paul?

- Oui?

- Vous aimez la musique? - Ah oui, beaucoup.

- Vous pouvez mettre un disque.

Herr, was trägt der Boden hier (Hugo Wolf)

- Je suis venu te sauver. - Me sauver pourquoi?

- Car tu es faible et sans défense.

- Arrête de parler. Je comprends jamais rien.

- Oh.

- T'es pas trop sortie avec Bob?

- Kovalki veut te voir.

- Il veut me voir pourquoi, ce con? J’ai rien à lui dire.

Atomic Dog (George Clinton)

- La porte!

- Je ne suis pourtant pas un tyran.

A mon retour, Esther me dit

que vous avez couché ensemble.

Je fais bonne figure. Ça me tue, mais je fais bonne figure

parce que tu es mon ami!

Et que toi, je t'aime éperdument.

Je mets ça loin derrière ma tête.

Je me dis que vous étiez perdus. Mais là...

- Esther n'est plus avec toi. Elle est avec moi.

Les règles du jeu ont changé.

Je veux plus qu'elle te voie.

Tu peux rentrer le week-end,

mais l'embrasser, tout ça, c'est fini.

- Ah...

Esther, c'est toi qui dis ça?

- Oui.

- Tu sors vraiment avec ce type?

- Oui.

- Elle est malheureuse avec toi!

Lâche-la un peu.

- On n'entre pas, c'est occupé.

- Bob, tu peux nous laisser? - Oui, laisse-nous.

Tais-toi! Ne lui parle pas comme ça!

- Je fais quoi?

Bob, fous le camp!

Je suis mal à l'aise. Ou nous discutons d'Esther

qui, elle, se tait. Et je me sens comme

un maquignon qui vend son bétail.

L'autre solution : Esther vient s'asseoir.

Vas-y, assieds-toi! - Non.

- Et nous discutons tous les trois entre adultes

de nos raisons matrimoniales.

Et ça me fait gerber!

- C'est fini!

Esther, tu lui dis, s'il te plaît?

- Je suis avec Jean-Pierre, maintenant.

- Tu as compris?

- C'est-à-dire?

Je crois que je vais en mourir.

Je voudrais que tu sortes de ma maison.

- C'est ton frère qui nous a invités.

- Ah...

Tu habites plus ici. Ce n'est plus ta maison.

- Tu vas danser avec ce type? Et puis quoi?

- Ça va?

- Je suis en cendres.

- Ah merde.

- C'est obligé que Jean-Pierre et Esther restent ici?

Y a personne pour les foutre dehors?

Oh!

Faut que j'aille où?

- Je suis une pute, c'est ça?

- T'es une pute à cause de Kovalki

ou parce que c'est mal de me parler?

- Je me suis engueulée avec ce connard.

- T'es une grande gueule, hein? - Ouais.

Il me supporte pas. - T'es insupportable.

- Ouais. Et je t'emmerde.

- Oh, moi aussi, je t'emmerde.

- Ne me blesse pas.

- Je croyais que sans moi, tu serais moins bien, moins belle,

moins insolente, moins toi-même.

Tu m'as cru, c'est une faute que je me reproche.

- Sans toi, je suis moins bien! - Mais non.

Non.

- Des fois, je sais plus quoi faire de moi.

J'étais même pas troublée.

Kovalki, il est... Tu vois...

C'est un type, quoi.

Et puis quand t'es pas là, il me colle tout le temps.

Hé!

- Je suis pas le genre de type à...

- Te marier et avoir des enfants?

- Comment tu sais?

- Je te connais, Dédalus.

- Qu'est-ce que tu feras après ton bac?

- Je vais te décevoir.

Musique douce

C'est petit.

Alors, t'es content que je sois là? - Ah oui!

- J'ai mal aux yeux!

- Attends-moi. - J'ai mal aux yeux...

- Tiens.

Enlève tes mains. - Oui, oui, oui.

Exclamation de soulagement

- Ça va mieux? - Oui... Oui.

- Avec toi, je suis devenue ce que je voulais être.

Je sais plus ce qui est à moi et ce que tu m'as donné.

- Je sais.

- Je suis contente que ce soit comme ça.

- Parce que ça te lie plus près de moi. - Non.

- Si, si.

Avant toi, je sentais pas le temps passer. Je suis bête...

- Oh non, non. - Si.

Mais tu m'aimes quand même.

- C'était pas un compliment.

J'aime pas l'intelligence des femmes,

je trouve ça ordinaire.

Mais toi, ta forme d'intelligence ne me rebute pas.

- Car tu sais que je ne me servirai pas de ma force pour t'écraser.

- Bonjour, ma chérie. - Non.

Esther...

- Bonjour. - Non!

- Qu'est-ce qui se passe, mon trésor? - Je sais plus.

- C'est à cause de ce voyage?

- Je sais pas comment on doit vivre.

"Paul, j'ai dû arrêter le lycée à cause d'un différend avec la prof d'allemand."

J'aime pas l'Allemagne,

c'est tous des nazis.

"Alors que j'allais sécher son cours,

"je l'ai croisée à la sortie du lycée.

"Je l'ai prévenue de mon absence. Elle était en rage."

- J'avertirai vos parents. - "Elle ne veut plus de moi

"dans son établissement.

"Vraiment, cette femme ne m'aime pas.

"Aucun souci pour mes parents.

"Je passerai mon bac seule."

- Esther eut son bac à la surprise de ses parents.

Comme Paul n'avait pas le téléphone, elle envoya un télégramme à sa faculté.

Une secrétaire transmit le télégramme

sous les yeux embarrassés des autres élèves

qui craignaient un décès.

Paul ouvrit le télégramme : c'était le bac d'Esther.

- Je vous vois vous agiter.

Que se passe-t-il?

- C'est une bonne nouvelle, tout va bien.

- Une semaine plus tard, c'était au tour de Paul

de recevoir le résultat de ses examens.

- Madame?

- Paul?

Qu'est-ce que vous faites là?

- Bonjour, je devais voir le docteur Béhanzin.

- Oh!

Paul.

Vous n'avez pas su?

- Non.

- Je suis désolée.

Le docteur Béhanzin est morte avant-hier.

- Qu'est-ce qui s'est passé?

- Elle avait une santé fragile. Ça a été foudroyant.

- Elle est où?

- Le corps reposait

à l'hôpital de la Salpêtrière, mais il est parti pour le Bénin

où elle sera enterrée près des siens.

- Pardon, je vous prie de m'excuser.

- Voulez-vous connaître vos résultats d'examens?

Vous êtes reçu.

Vos notes vous seront envoyées par courrier.

Félicitations.

- Merci.

- Après cette nouvelle, dans un brouillard douloureux,

Paul s'inscrivit pour le doctorat.

Il ne devait lui en rester aucun souvenir,

sinon que ce jour-là, il était désormais orphelin.

Il ne partit jamais au Bénin.

Musique mélancolique

C'est une année amère. Esther et Paul sont toujours ensemble.

Cela pourrait faire dix ans,

alors que deux années se sont écoulées.

- A moi seul, mon frère aîné, maintenant...

- Esther entreprend de mornes études à Lille.

Elle travaille au magasin de ses parents et trouve la vie grise.

Ses lettres sont devenues quasi quotidiennes.

- "Paul, je vais sûrement t'écrire encore une lettre d'abrutie.

"Tu en es arrivé

"à me manquer à un point tel

"qu'à chaque fois que je pense à toi,

"ou que je t'écris, mes larmes coulent toutes seules.

"Je sais que tu m'aimes, et quand je pense à ça,

"j'ai mal au ventre tellement je suis heureuse

"et tellement je sanglote.

"Et tu seras le seul que j'aimerai jamais.

"Quand tu rentreras, peut-être tu défonceras ma porte à coups de hache.

"Je ne crierai pas de terreur.

"Je hurlerai de joie parce que je suis folle de toi.

"Ou bien je tomberai dans les pommes en souriant.

"Esther."

- Paul s'empresse de répondre

à l'absence et au manque qui grandissent.

Mais ses lettres n'arrivent pas assez vite pour réconforter Esther.

- "Je ne vais pas bien du tout.

"Je ne sais plus ce que je fais.

"J'ai peur de quelque chose, de toi sûrement.

"Depuis quelques jours, je suis anormale.

"Je ne parle à personne. Je suis toute seule.

"Excuse-moi de tout ça, mais à qui parler sinon à toi?

"Je suis tellement trop seule.

"Je ne peux donner plus de consistance à cette lettre,

"mais je ne peux arrêter de t'écrire.

"Tu veux savoir comment c'est quand t'es pas là?

"C'est comme si dans ma tête, je t'écrivais tout le temps.

"Je repense aux fois où on s'est pourri la gueule,

"et j'ai encore peur.

"Je voudrais que tout s'arrête. Mais je t'aime et rien ne s'arrête.

"Et la peur grandit.

"Voilà...

"J'ai les yeux boursouflés,

"j'ai du gaz dans la tête,

"je suis très laide, enfin, j'imagine.

"Je ne dois plus plaire à personne, sinon je serais pas seule.

"Je voudrais que tu m'écrives vite.

"J'attends tout de ta lettre.

"Il faut faire quelque chose pour moi.

"Esther."

- Autrefois, quoi qu'Esther dise ou taise,

Paul lui trouvait du génie.

Il la trouvait drôle, noble, triviale et précise.

Il aimait tous ses mots.

Aujourd'hui, ses mots lui déchirent le cœur.

Esther s'étiole et c'est une honte de laisser une telle fille s'étioler.

Remerciements en russe

Quatre années passèrent. Ils s'aimèrent follement.

Esther eut une quinzaine d'amants.

Paul arriva modestement au chiffre de sept amantes.

Puis, il obtint une allocation de recherche pour partir à Douchanbé.

*-C'est fini, Paul. T'es trop loin. - Esther lui annonça

qu'elle décidait de rompre.

- T'es sortie avec un type?

*-Évidemment, je suis sortie avec un type!

- Ah...

T'as besoin d'un protecteur, toi!

“Quoi?

- Tu peux pas vivre sans un protecteur.

T'es une pute. Une pute incertaine qui vacille.

Je te plains de tout mon cœur.

*-Ne me dis pas ça Paul.

*T'es un salaud! - Je ne le dis pas, mon amour.

*-C'est toi qui es parti. Pas moi.

- Tu ne m'as jamais aimé. *-C'est pas vrai!

*Tu sais que je t'aime, mais t'es trop loin.

*C'est fini. Je me déteste de te dire ça,

*mais je vais raccrocher... Je raccroche.

- S'étaient-ils fatigués l'un de l'autre?

S'ils se croisaient dans la rue, ils s'éviteraient.

A quoi bon l'amitié, quand leur passion était intacte?

- Alors, des nouvelles du pays?

- Ouais.

- Des mauvaises nouvelles?

- Un peu.

C'est ma copine, c'est fini.

- Je suis désolé.

- Ne sois pas désolé, c'était déjà fini avant.

- Deux fois, Ivan fit savoir à son frère qu'Esther manquait d'argent.

Elle s'installait à Paris et peinait à s'en sortir.

(Dans une langue étrangère)

Paul avait enfin un travail. Il envoya deux fois mille francs.

Il joint à son courrier un poème de Yeats

qu'il commentait trop longuement.

C'est que Paul lisait Yeats, à l'époque.

Esther lut le courrier en souriant.

Il n'avait pas changé.

Trop fiévreux, obscur.

Musique mélancolique

Ainsi, Paul a retrouvé la France.

Il s'est installé à Paris, il y vit seul.

Son travail au Quai d'Orsay lui prend peu de temps.

La vie s'écoule paisiblement et il se sent plein d'énergie.

Par un matin ensoleillé, il reçoit une lettre de Jean-Pierre Kovalki.

Son vieil ami est devenu chirurgien.

Il lui demande l'adresse d'Esther.

La colère de Paul ne s'est pas éteinte.

- Kovalki...

"L'été est passé comme une flèche.

"Nous voilà en janvier...

"Et disons qu'ici, je t'envoie mes vœux pour cette année.

"Si je t'écris, c'est que ces derniers jours,

"je relisais les lettres d'Esther.

"Dix ans de correspondance.

"Je n'ai su aller au bout tant j'étais ému.

"Horrifié par mes fautes...

"il me semble qu'Esther et moi

"n'avons su nous remettre d'avoir été ensemble.

"Cette sorte d'utopie...

"Oh, je l'ai désirée.

"Je crois qu'Esther aussi, à sa manière,

"a désiré que notre liaison ne connaisse jamais de fin.

"Je sais que pour moi, ce fut pour le meilleur.

"Sans elle... Sans elle, rien du tout. Sans elle...

"ma vie ne m'importait pas.

"Depuis notre rupture,

"je vis dans la terreur que pour elle, je fus le pire.

"Ce n'est pas depuis notre rupture. Depuis mes 19 ans,

"je suis hanté par la crainte de n'avoir pas été assez bien pour elle.

"La certitude que je cherchais et que je ne sais m'accorder,

"bon an mal an,

"avoir été bien pour elle."

Herr, was trägt der Boden hier (Hugo Wolf)

"A l'époque, je me demandais souvent pourquoi

"tu ne sortais pas avec des médecins, des chirurgiens très brillantes.

"Il y avait des belles filles, à la fac.

"Pourquoi ne les ramenais-tu pas?

"Sans doute parce que Esther se présentait

"comme une fille rassurante.

"Pour toi, elle était une absence d'ambition.

"Esther m'impressionnait...

"Sa morgue.

"Elle triomphait de voir que je ne cessais de la choisir.

"Parmi toutes ses rivales, je l'ai choisie pendant six ans,

"les yeux ouverts, tremblant de peur.

"Pour Bob et toi, Esther était une fille sans danger.

"Moi, je ne voulais pas être protégé. Et j'ai été servi!

"Mais pour qui me preniez-vous?

"Comment ai-je pu vous laisser jouer ainsi avec le plus précieux?

"Je n'y pouvais rien! Je vivais à 200 km.

"Esther était si jeune et si seule.

"Je réalise seulement aujourd'hui

"que nous étions un couple de jeunes pauvres.

"Je déteste avoir été cet ami pratique

"à qui vous preniez ses femmes,

"tant vous manquiez de curiosité

"pour le monde féminin."

- Paul n'avait jamais terminé sa réponse à Kovalki.

Quelques mois plus tard,

il le croisait par hasard à la sortie d'un concert.

- Paul?

C'est pas croyable! - Kovalki!

- Je pensais justement à toi.

C'est Paul qui m'a fait découvrir Hugo Wolf.

- Ah. - Notre adolescence...

Je te présente Victorine, mon épouse.

- Enchanté. - Enchantée.

- Madame. - Bonjour.

- On rentre à l'hôtel. Deux provinciaux en visite.

- C'est bien!

- Vous ne voulez pas boire un verre?

Vous étiez où pendant tout ce temps?

- A Douchanbé, au Tadjikistan,

c'est une ancienne république soviétique.

- Paul est docteur, lui aussi.

- Je n'avais jamais rencontré personne qui soit allé là-bas.

- Mes recherches m'ont conduit au Kazakhstan,

en Ouzbékistan... jusqu'en Iran.

- Ah, c'est fascinant!

Un jour, nous avons eu un patient ouzbek, à la clinique.

Il était hospitalisé pour un problème pulmonaire.

Il était très embêté de ne pouvoir appeler sa femme.

Il craignait qu'elle ne s'inquiète.

Je lui ai prêté mon portable. - C'est gentil.

- Le soir, j'ai regardé une carte pour savoir où ça se situait.

J'en avais aucune idée. - Peu de gens le savent.

- Je t'ai écrit une lettre, l'année dernière.

Ton frère a dû se tromper d'adresse, non?

- Non, je l'ai reçue, ta lettre.

Mais je n'ai pas souhaité te répondre.

- Ah '?

- J'avais commencé à t'écrire et puis, je me suis arrêté.

Tu voulais de moi l'adresse d'Esther.

Je me suis dit que tu l'obtiendrais autrement.

- Et qui est Esther?

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Madame est là,

il est donc interdit de parler d'Esther?

Pourtant, tu m'as écrit pour prendre de ses nouvelles.

Tu disais vouloir "penser à Esther",

c'est pas ça? - Je t'en prie, Paul.

C'est ni le lieu ni le moment.

- Oui, sûr, Jean-Pierre Kovalki sait toujours ce qui est opportun.

- Tu as bu avant de venir ici?

- Quand je repartais pour Paris,

qui attendait Esther devant la gare

pour la consoler de mon absence?

C'était toi ou Bob?

Et la consoler, c'était la persuader de vous accorder ses faveurs.

- Ça suffit, tu dis n'importe quoi.

- Bon sang, j'avais 19 ans!

Esther en avait 16!

J'ai relu ses lettres.

Elle m'y raconte comment vous la persuadiez.

Vous l'invitiez au cinéma, au resto.

J'étais loin, peu fiable, mon absence nous déchirait,

c'était si aisé pour vous.

Et je ne voulais pas qu'Esther vive recluse.

Oui, elle couchait avec toi,

comme elle a couché avec Bob, avec Pénélope et d'autres encore.

Ces lettres, mais c'était une telle honte.

Oui, tu semblais rassurant, moi, j'étais l'incertitude.

Et là, tu me dis que c'est ni le lieu ni le moment?

Tu as tourné autour de ma compagne pendant quatre ans!

Quatre! Tu la guettais...

- C'est vrai ce qu'il dit? - Désolé de t'infliger ça.

Je pensais que ça lui serait passé avec le temps.

Depuis notre dernière rencontre, tu t'es pas calmé!

- Notre rencontre?

A Paris, il y a 8 ans? Oui, je me souviens.

J'étais grossier, putain!

D'une bêtise invraisemblable.

Toi, tu te taisais.

Peut-être tes silences exigeaient de moi de la compassion. Mes couilles!

Tu me contactes à nouveau,

tu m'écris vouloir "penser à Esther"!

Je répondrai avec la même outrance qu'hier.

Je conteste que tu l'aies aimée!

- Arrête, Paul! Arrête, maintenant!

- Comme moi, tu connais les codes.

Ils sont dans les Westerns, les policiers, les mélodrames

que nous regardions à la télé, enfants.

Pourquoi tu ignorerais la morale qui t'a été enseignée

comme à moi, par ces intrigues?

Ma vie avec Esther a été rude,

sans appartement pour vivre avec elle.

J'ai jamais pu lui payer de vacances.

J'étais une bien mauvaise affaire.

Pourtant, nous avons été heureux, je crois.

Intact, voilà ce que je t'aurais écrit.

Un amour intact,

un chagrin intact,

ma fureur intacte!

Musique mélancolique

Esther parle en grec.

- Ça veut dire : "Je pense que les dieux existent,

"je ne suis pas athée."

Et ça.

Elle parle grec.

- Cette lettre, elle se prononce "F"?

- Ouais, c'est un Phi.

Phèdre... Cette phrase, elle est pour toi.

- Qu'est-ce que ça veut dire?

- "Tu es divin en ce qui concerne les discours",

ô Paul Dédalus.

- Et qu'est-ce qu'elle signifie, celle-ci?

Elle parle grec.

- "Enfants, où êtes-vous désormais?"

- Pourquoi t'as arrêté le grec? T'as l'air forte.

- Au début, l'alphabet m'a intéressée.

Ça faisait comme un code secret, je pouvais crâner.

Et puis ça m'a emmerdée. Tiens.

Je te les donne.

- Tu ne t'en serviras plus?

- Pas dans cette vie.

- Un jour, j'ai donné mon identité.

- A qui?

- A un type.

C'était en URSS.

Je sais que quelque part, il y a un double de moi.

- Quoi? - Quand j'étais adolescent,

j'ai dû donner mon identité à un type.

Je sais plus si je suis le bon.

- Moi, je sais que t'es bien le vrai.

- C'est l'autre qui est mon double? - Oui, mon amour.

Je confirme.

Musique douce

1989, Just Like Old Times (Roxanne Shante)

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