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C'est ton p�re ?
Alors, c'est ton grand-p�re ?
Sa t�te me dit quelque chose.
Il est juif.
Juif ?
�a ne va pas ?
Tu vas avoir des ennuis avec les voisins.
C'est mon patron.
Ton patron ?
UN DIVAN A TUNIS
- Olfa, que fais-tu l� ? - Et toi ?
- Tu vas vivre ici, il para�t ? - �a te pose aussi un probl�me ?
- C'est quoi, ce truc ? - T'es en cavale ?
Regarde-moi ce bazar !
T'as fait une connerie � Paris !? Sinon, tu ne serais pas revenue.
De toute fa�on, tous les Arabes sont des voyous en France.
En m�me temps, je ne te vois pas braquer une banque.
- Je viens travailler ici. - Il n'y a pas de travail.
J'installe mon cabinet sur le toit.
Ton cabinet ? Dans ce trou ?
Vas-y, tu peux me dire ?
T'as tu� un patient ? T'es enceinte ? T'es enceinte d'un patient ?
Quelle imagination !
Alors, tu prends de la drogue. C'est oblig� !
C'est quoi ton probl�me !? Je pensais que tu allais �tre contente !
Tu parles ! C'est la pire nouvelle de ma journ�e !
Comment je fais, maintenant ?
Je comptais sur toi pour aller en France apr�s le bac.
T'as pas besoin de moi. Tu peux y aller.
Tu crois vraiment que mes parents vont me laisser !?
Merci beaucoup. C'est � moi.
- Je peux le garder ? - Oui, garde-le.
Tu ne triendras pas, de toute fa�on.
Ils ne vont pas vous d�ranger. C'est sur le toit, de toute fa�on.
Tu ne peux pas faire entrer des fous � la maison.
J'ai trois filles. Olfa est en �ge de procr�er, elle a la peau claire.
On n'est pas en Europe !
Je continue � pieds.
- Elle est magnifique. - Ce n'est pas ce qu'on avait dit.
Ton p�re m'a t�l�phon�. Il m'a dit que t'as besoin d'une voiture pratique.
- Vous appelez �a pratique ? - Elle est presque neuve. Peugeot !
La reine de la route.
Vous, les femmes, avez beaucoup d'affaires. Ma femme aussi.
- Je me fiche de votre femme. - Moi aussi.
Comment je conduis �a, avec la circulation, les routes et tout !?
Elle est pratique, presque neuve.
Vous allez me rendre mon acompte. Je veux mon argent.
Argent ? Je veux le reste.
Et voil� les cl�s !
Dis bonjour � ton p�re.
Hajj !
Ya hajj !
Tout va bien ?
Oui.
Je ne retrouve pas mes lunettes.
Bonne nuit.
Je ne vous demande pas de garanties. Je veux juste que vous sachiez que j'existe.
Vous parlerez de moi oui ou non ?
Mais ne r�vez pas. �a ne va pas se bousculer.
C'est un peu raide, non ?
Raide ? C'est un brushing. �a doit �tre comme �a.
Je ne veux pas t'offusquer, mais tout � l'heure quand t'es rentr�e,
avec tes cheveux en bataille, on aurait dit une bonniche.
On a du mal � s'imaginer que t'arrives de Paris.
- T'habites o� � Paris ? - 17e, vous connaissez ?
�videmment que je connais Paris. T'es n�e l�-bas ?
Non, je suis n�e ici. Je suis partie quand j'avais dix ans.
Tu sais quoi, d�s que t'es rentr�e,
je me suis dit que t'avais un air de bl�darde. J'ai l'�il.
- T'es mari�e ? - Non.
- Pourquoi ? - Comme �a.
Okay.
T'es parfaite.
Merci.
Baya, vous permettez que je fasse une annonce dans votre salon ?
Quel genre d'annonce ?
En fait, je suis psychanalyste. Je veux ouvrir mon cabinet ici � Ezzahra.
Je voudrais en parler aux clients du salon si vous me le permettez.
Oui.
- Et tu crois que �a va marcher ? - Oui.
- Les gens ont besoin de parler. - �a, c'est s�r.
Surtout nous, les Arabes. On parle beaucoup.
Mais quand les clientes viennent ici, elles parlent, elles parlent...
Mais au moment de payer, elles ressortent avec un brushing, beau comme le tien.
Ou des m�ches...
Elles viennent, elles parlent, elles te cassent la t�te.
Mais elles ressortent, elles sont toutes propres.
De chez toi, quand les gens sortent, ils sortent avec quoi ?
�a d�pend. Chacun repart avec quelque chose qui lui appartient.
�a co�te combien ?
- �a d�pend. - �a d�pend ?
Il faut changer de disque. �a d�pend de quoi ?
Des situations de chacun. Je m'adapte, voil�.
Toi et moi, on va faire du business. Je t'apporte les clientes,
et on fait moiti�-moiti�.
T'as vu ces brochettes de n�vros�es que j'ai au salon ?
Avec moi, tu deviens millionnaire.
Non, Baya. �a ne marche pas comme �a.
Vas-y, dis-leur.
En fait, c'est un peu comme un voyage, un voyage en soi,
qui permet de trouver une porte de sortie pour aller mieux.
Et si je fais ce voyage avec toi,
vous me garantissez que je n'aurai plus de difficult�s dans ma vie ?
Non, je ne dis pas que les difficult�s vont dispara�tre.
La psychanalyse transforme la nature des difficult�s.
Parler de ses difficult�s � quelqu'un, c'est d�j� leur donner un autre statut.
La France.
Descendre.
Quel alcootest ? Je n'ai pas bu. Je ne bois jamais.
Tatouage et 404 Peugeot, tu ne bois jamais ?
Allez, soufflez.
Il est o�, le truc ? Je souffle dans quoi ?
- Coupure budg�taire. - Quoi ?
Coupure budg�taire. Allez, soufflez.
- Mais je ne peux pas... - Soufflez.
D�sol�e.
Je peux y aller ?
Papa, je vais raccrocher.
Non, je n'ai toujours pas chang� d'ami.
Tu ne vas pas m'appeler tous les jours pour me demander �a ?
Non, je te le r�p�te. Je ne vais pas rentrer.
- Il y a une dame qui te demande. - Papa, je te rappelle.
Coucou !
C'est Baya.
Baya, vous avez le choix : le divan ou ce fauteuil.
Mais ici, c'est ma place.
Eh ben dis donc, quel accueil !
Tu crois que tu vas r�ussir si tu re�ois toutes tes clientes comme �a ?
D�j�, ce ne sont pas des clients, mais des patiens.
Et je pr�f�re qu'on se disent "vous".
� toi toute seule, je vais dire "vous" ?
Mon fran�ais est excellent.
Je n'ai pas dit le contraire, mais il faudra me dire "vous".
Baya, je vais vous poser des questions, ensuite je vous expliquerai comment je travaille.
Non, je vais partir.
Je me suis renseign�e sur les psychologues en Europe.
Quand ils travaillent, ils disent des choses, ils conseillent les gens.
ll ne faut pas que vous me preniez comme �a de haut.
�a a �t� une tr�s mauvaise id�e de venir ici aujourd'hui.
C'est quoi, tout ce bazar ?
Je suis venue avant eux.
Gare � toi si tu b�cles mon cas.
Donc vous travaillez dans une boulangerie ?
Oui. Mais je n'aime pas trop parler de moi.
Dites-moi ce qui vous am�ne alors.
J'ai besoin de m�dicaments et d'un certificat m�dical pour mon patron.
Je ne suis pas docteur. Je ne donne ni certificat ni m�dicament.
Vous servez � quoi, alors ?
Pourquoi vous avez besoin d'un certificat ?
Parce que je suis malade.
Qu'est-ce que vous avez ? - Je ne sais pas.
On peut essayer de comprendre.
Je ne veux pas comprendre. Je veux juste un certificat.
Je suis la nouvelle assistante de Mme Selma.
Vous faites quoi exactement ?
Je veux garder mon tricot pour les courants d'air.
Rhabillez-vous. �a ne me fait pas rire.
- Vous voulez jouer, hein ? - Rhabillez-vous et rentrez chez vous.
- Je peux aussi appeler la police. - D�sol�, je n'ai pas compris.
On m'a parl� d'une Fran�aise, d'un canap�...
Il y a beaucoup de choses que je veux.
Je veux ta veste, par exemple.
Je veux ton canap�.
Je veux ta maison.
Je veux ton cerveau.
Allez-y, continuez.
C'est quoi, ce jeu ?
Quoi d'autre ?
Je voudrais savoir mentir.
C'est tout ?
Non, ce n'est pas tout.
Si je me mets � vous raconter, �a me prendrait des ann�es.
Tu fumes chez toi. Pas ici, pas devant les filles.
Je suis chez moi, Amel.
Je ne comprends pas ce truc.
�coute, Mourad et moi, on a pris une d�cision.
Tu ne vas pas r�ussir � me faire partir. Tu perds ton temps.
Dommage, je voulais vous inviter quelque part pour f�ter ces bonnes nouvelles.
Invite-nous pour f�ter ton d�part.
Je vous l'ai dit. On n'a vu personne.
Hajj, vous ne voulez pas un verre d'eau ?
Depuis que je suis arriv�e, il n'est pas sorti de chez lu, il ne parle jamais.
Il n'a pas l'air de beaucoup s'alimenter.
Il a tent� de se suicider, j'en suis s�re.
- Vous �tes qui ? - Il pr�sente des signes d�pressifs evidents.
- Vous �tes m�decin ? - Psychanalyste.
Je viens juste de m'installer ici. J'ai ouvert mon cabinet il y a quelques semaines.
Ah bon, o� �a ?
L�-haut, sur le toit.
- Et vous viviez en France ? - Oui.
Et votre mari vous a suivi ?
J'ai besoin d'un mari pour venir vivre ici ?
Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. C'est juste pour...
C'est votre fa�on � vous de me demander si je suis c�libataire ?
Non, je m'int�resse. C'est tout.
Je vous fait marcher.
Je repasserai pour finir de l'interroger.
C'est dr�le de se revoir ici. Vous en aviez marre des alcootests ?
C'est le bordel ici.
Demain, ils m'enverront surveiller les fronti�res ou nettoyer les toilettes du minist�re.
Allez, je vous laisse. Bonne soir�e.
Bonsoir.
Bonsoir madame.
Hajj.
Salam.
C'est pour vous.
Il ne fallait pas.
Comment allez-vous ?
Tr�s bien.
Si vous avez besoin, je suis juste l�.
J'ai besoin de personne.
J'ai tout dans la vie.
J'ai un mari qui gagne sa vie.
J'ai une affaire qui marche tr�s bien.
J'ai une belle voiture � mon nom.
Mon fils va bient�t partir au Canada faire ses �tudes.
Et ma m�re...
J'ai une m�re qui...
Pourquoi je parle d'elle ? Ce n'est pas important.
Si je viens, c'est parce que je n'arrive pas � me d�barrasser d'une envie de vomir.
Parfois,
ce go�t amer reste dans ma bouche pendant des jours.
Et il dispara�t.
Baya, vous pouvez m'expliquer le lien entre votre m�re et vos naus�es ?
Il n'y a pas de lien.
Le lien, �a pourrait... Je dis n'importe quoi...
On va s'arr�ter l�.
�a fait � peine 10 minutes.
Vous aviez 20 minutes de retard.
Quand je suis arriv�e, je t'ai dit
qu'il a fallu que je vire la minette qui piquait dans ma caisse.
Aucun probl�me. On continue la semaine prochaine.
Vous pourrez poser l'argent sur la console.
Pour 10 minutes, de l'argent ?
Je vous ai expliqu� les r�gles, Baya.
C'est vrai, je n'ai aucun secret pour lui.
Je ne vais pas n�gocier avec vous. Vous allez attendre dehors,
elle vous racontera si elle le souhaite, mais je ne veux pas vous voir ici.
Quel pot de colle !
Vous ne voulez toujours pas me donner votre nom ?
Bonsoir.
Je peux ?
Il a commenc� � parler quand je lui ai fait part de votre hypoth�se.
Je vous l'avais dit.
Il s'est mis en col�re et �videmment il a ni�.
Vous savez,
j'ai beaucoup de respect pour votre dipl�me.
Mais j'ai l'impression que vous n'�tes pas tr�s au courant de comment �a se passe ici.
J'ai seulement donn� mon avis mais �a ne me regarde pas.
Je vous assure qu'il y plein de choses que vous ignorez.
Malgr� vos airs d'intellectuelle parisienne.
Ah bon, dites-moi ce que j'ignore.
Je peux voir votre autorisation, par exemple ?
Ma quoi ?
L'autorisation de libre pratique.
Je n'en ai pas.
C'est parce qu'il n'a plus rien � planquer, lui ?
Et pourtant vous exercez depuis quelques semaines.
C'est vous qui me l'avez dit l'autre fois, non ?
�coutez, on se fiche de ce papier.
Qui va venir me contr�ler ?
J'esp�re que l'�tat a autre chose � faire.
Vous croyez avoir atterri chez les sauvages, ici ?
Nous aussi, on a des lois.
Il faut les respecter.
Un instant, j'arrive.
�a devrait aller.
Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'en attendant, il va falloir suspendre votre activit�.
Je suis m�me aller voir une sorci�re � Tataouine.
On m'a dit qu'elle faisait des miracles.
Seulement quand je suis rentr�, c'�tait pire.
Je me suis mis � r�ver de Poutine.
Que des dictateurs arabes.
Et l�, je ne comprends pas. Pourquoi il y a Poutine ?
On peut faire quelque chose ?
Tu ouvres et tu l'enl�ves.
Chaque fois, c'est moi qui les embrasse.
Et le pire dans tout �a, c'est que j'aime �a.
Je me jette par la fen�tre.
L�, ce n'est m�me pas possible.
Madame ?
Bonjour.
Excusez-moi.
Mademoiselle ? Pardon, je...
T'es Fran�aise ? - Oui.
Alors vous connaissez bien les pauses-d�jeuner en France, non ?
Pardon, je vais attendre.
L'extrait de naissance.
C'est l'attestation de nationalit�.
Les copies certifi�es conformes des dipl�mes
avec les originaux.
Apporte-moi la bouteille d'eau l�-bas sur le bureau de mon coll�gue.
Merci, ils ont forc� sur la dose de harissa aujourd'hui.
�a va aller ?
Ah oui. Tu sais, je viens de Nabeul.
� Nabeul, on est �lev� � manger de la harissa dans la bouche.
Avec la cuill�re. Apr�s �a, tu files droit.
Ne t'inqui�te pas, �a va aller.
Mon dossier va passer, vous croyez ?
S'il vous pla�t, oui ou non ?
Tu aimes la lingerie ?
C'est beau ?
20 dinars. Touche, c'est rembourr�.
Et les bas.
� 10 dinars. Pour toi, 30 les deux.
Qualit�.
Olfa !
Je t'en supplie. Ne dis � personne que je suis l�.
- S'il te pla�t, il faut que tu m'aides. - C'est quoi, ton probl�me ?
Qu'est-ce que t'as fais ?
Non, je viens juste de rentrer.
Qu'est-ce qu'elle a fait ?
Alors dis-moi.
On vient de passer une heure au bureau du directeur du lyc�e.
- Qu'est-ce qu'elle a fait ? - Ce qu'elle a fait ?
En plein cours d'�ducation islamique.
Elle a montr� ses seins au prof.
J'ai fait attention � ses fr�quentations.
Je l'appelle. Je suis s�re qu'elle me parlera.
Tu ne la menaces pas. Tu me promets !?
Je ne veux pas qu'on lui fasse du mal.
Tiens.
Tu bois quand tu veux.
Tu fumes quand tu veux.
Tu sors.
- Tu as des amants ? - Je t'arr�te tout de suite. Tu fantasmes.
Tu crois que je suis na�ve ? Tu crois que je ne vois pas ?
Je t'arr�te tout de suite.
J'attends quelqu'un. D�s que j'ai des nouvelles, je t'appelle.
- Il n'y a rien � raconter, allez. - Mais si, mais si.
�a sent tellement bon, la libert�.
O� t'as trouv� �a ?
Tu veux bien arr�ter de fouiller dans mes affaires ?
Je l'ai amen� � un pote pour qu'il en fasse une copie.
T'en as plus besoin maintenant que tu vas redevenir bl�darde.
Il faut que tu m'expliques : comment tu veux porter le voile,
et montrer tes seins � un prof d'�ducation islamique ?
Premi�rement, le prof est un pervers qui n'arr�te pas de nous mater.
Et deuxi�mement,
ce n'est pas un voile,
c'est un cache-mis�re.
C'est cette paysanne qui m'a fait �a.
Je lui ai ramen� une photo de Rihanna et regarde le r�sultat.
Pourquoi t'es rentr�e, Selma ?
Tout le monde r�ve de foutre le camp d'ici et toi, tu nous nargues.
Regarde, m�me une simple couleur de cheveux, ils ne savent pas faire.
Tu ne peux pas imaginer tout ce qu'il y a � faire ici.
Il n'y a rien � faire !
� Paris, j'avais deux confr�res dans mon immeuble et dix dans ma rue.
Je ne servais � rien l�-bas.
Comment t'as pu laisser ta vie ? Tu n'avais pas un fianc� ?
- Non. - Pourquoi ?
Quoi, pourquoi ?
Je ne veux pas d'homme dans ma vie. J'aime la solitude.
Comment tu peux dire �a ?
Les enfants sont importants, quand m�me. J'en veux.
Tu fais ce que tu veux. - Et ta m�re ?
Tu lui en veux encore ?
Je ne lui en ai jamais voulu.
C'est pour elle que tu fais tout �a ?
Je pr�viens ta m�re avant qu'elle n'appelle l'arm�e.
Je peux dormir avec au moins cette nuit ?
- �a suffit. Rend-le-moi. - C'est mort, je dors ici.
Maintenant, je comprends l'int�r�t d'allonger les patients.
On pourrait tout avouer dans cette position.
�a ne marcherait pas avec nos banquettes, toutes dures.
C'est peut-�tre pour �a que nous, les Arabes, on a du mal � parler.
C'est juste une question de confort.
Vous lisez le coran ?
- �a vous surprend ? - Non.
- Si, �a vous surprend. - Non, je vous assure.
Vous vous �tes dit, comment cette c�libataire tatou�e
et s�rement d�nu�e de toute spiritualit� peut-elle avoir un exemplaire chez elle ?
Vous me prenez pour un imb�cile ?
C'est la nouvelle mode, les barbus.
Au moins, le v�tre a l'air plut�t sympathique.
Il est tout sauf sympathique � mon avis.
Merci encore pour le plat.
Madame Selma, je peux avoir votre num�ro de t�l�phone personnel ?
Si j'ai des angoisses dans la nuit, peut-�tre que je pourrais vous appeler.
Mais attention, je vous payerai.
Je sais que c'est un travail pour vous.
On se voit d�j� trois fois par semaine. On n'a pas besoin de plus.
Mais on avance bien. Soyez serein.
Oui je sais, madame Selma. Mais voil�, c'est tr�s peu.
Je n'ai pas le temps de tout vous raconter.
On doit s'arr�ter l�.
Je vous raccompagne ?
Vous �tes trop dure avec moi.
Vous savez, l'autre soir. J'ai fouill� dans les v�tements de ma s�ur.
Je me suis mis des claques.
- Je lui ai encore vol� des v�tements. - On reprend la semaine prochaine.
Bonsoir, madame Selma.
J'esp�re juste qu'il ne va pas avaler une bo�te de m�dicaments.
Parce que sans autorisation, �a va �tre un peu compliqu� � expliquer.
- Je sais que vous ne me prenez pas au s�rieux. - Je n'ai jamais dit �a.
Je vous demande juste de travailler dans les r�gles.
Ils sont en train de traiter le dossier. La fille du minist�re me l'a garanti.
Je n'arrive pas � savoir si vous �tes na�ve, id�aliste ou stupide !?
Un peu des trois.
S'il vous pla�t, laissez-moi travailler.
Si vous continuez comme �a, vous risquez la prison.
On est dans un �tat de droit maintenant, vous �tes au courant ?
�tat de droit ?
Et c'est moi qui suis quoi d�j� ?
Na�ve, id�aliste et stupide ?
Il va falloir trouver un autre moyen de gagner votre vie en attendant.
Gagner ma vie !?
Voil� comment je gagne ma vie.
Donc tu risques la prison pour un salaire � base de friture ?
C'est une monnaie d'�change comme une autre.
- C'est gentil, merci. - C'est toi qui m'a dit de repasser aujourd'hui.
Monsieur est encore absent.
Arr�t maladie. Je ne sais pas quelle maladie.
Comment je vais faire ? Tu sais que je risque la prison ?
C'est la premi�re fois que je passe toute une soir�e sans avoir envie de la gifler.
Et j'ai not� mes r�ves comme tu me l'as dit.
Je r�ve beaucoup, juste apr�s mes insomnies de 4 h du matin.
Hier j'ai r�v� que je commettais un meurtre.
Pendant mon r�ve, j'avais tr�s peur. Je savais qu'on allait m'arr�ter.
Bizarrement au r�veil, j'�tais apais�e. Comme si j'avais regard� un coucher de soleil.
Selma ?
Oui.
Mais qu'est-ce que tu as ?
Continuez.
- T'es bizarre. - Bizarre ?
Oui, tu me regardes normalement. T'es bizarre.
On va s'arr�ter l�.
T'as de la chance !
On va s'arr�ter un petit moment.
Je dois fermer le cabinet temporairement quelques semaines.
Pour des questions administratives qui n'ont rien � voir avec vous �videmment.
Si c'est un probl�me d'espace, tu viens t'installer chez moi.
Je te lib�re la salle des �pilations.
C'est plus compliqu� que �a.
Ne t'inqui�te pas. �a va aller.
On va s'arr�ter l� un petit moment.
Je dois fermer le cabinet temporairement.
Quelques semaines.
Pour des questions administratives qui n'ont rien � voir avec vous �videmment.
Mme Selma, vous m'abandonnez ? Vous n'avez pas le droit !
C'�tait un malentendu. Je suis d�sol� pour ce qui s'est pass�.
Vous �tes malade ? Vous �tiez � la pharmacie ?
- Vous allez mourir ? - Non, il faut que je lib�re la place.
- Comment vous m'avez trouv�e ? - Je vous ai suivie partout.
- Il faut que je vous parle. - Je vais vous trouver un confr�re.
Je n'en veux pas. Je ne veux parler qu'avec vous, Mme Selma.
Si je continue de vous parler, je vais avoir des ennuis.
Non, vous n'aurez pas d'ennuis. Je serai l� pour vous prot�ger.
Vous vous rappelez quand je vous ai dit que je n'avais pas retrouv� mon premier souvenir d'enfance ?
Ce n'est pas le moment. Pas de s�ance dans la voiture.
- On est dans la voiture. - J'avais mis une robe noire et blanche � carreaux,
et ensuite, on a jou� toute l'apr�s-midi.
Je m'en souviens comme si c'�tait hier.
Non ! Raouf, relevez-vous !
Je vous demande de vous redresser.
Il faut que je retrouve cette robe. Vous n'allez pas m'abandonner ?
S'il vous pla�t, vous allez m'aider. Mme Selma, vous n'allez pas me laisser tomber.
Oui.
Bonjour.
Je vais continuer mes consultations avec certains patients.
J'aimerais que tu fermes les yeux.
Il n'y avait rien avant toi.
Chacun va retrouver sa vie, je t'assure.
Tu ne comprends pas !
Bien s�r, je ne suis qu'un flic.
Et si je poursuis, tu vas me signaler ?
Je ferais ce que j'ai � faire.
J'esp�re que tu comprends mon point de vue.
Comme je t'ai d�j� dit, sans r�gles, ce pays va droit dans le mur.
Oui, je comprends.
�a te dit de sortir un soir pour manger un truc ?
Comment �a ?
Ben... ce n'est pas urgent. C'est quand tu veux.
Attends, tu m'as rattrap�e pour me demander de sortir avec toi ?
Oui.
Mais t'es � c�t� de la plaque !
Je te demande de fermer les yeux sur un d�tail administratif pour �viter que des gens souffrent,
et toi, tu veux m'emmener manger une glace !?
Tu peux juste dire non, je suis un grand gar�on.
T'es un pervers, en fait.
Carr�ment ?
Je n'�tais pas au courant.
Moi non plus.
Tu m'expliques ?
Il ne te pla�t pas ? C'est ses cheveux ?
C'est quoi, votre deal ?
On va se marier. Apr�s, on va aller vivre � Paris ou � Londres.
- Tu sais qu'il est n� � Lyon. - Et alors ?
Ben c'est cool, il est Fran�ais. On n'aura pas besoin de se marier.
- Tu te fous de moi ? - Non, � Londres plut�t.
Paris est un peu mort, non ? Tu ne serais pas l�, sinon.
Mais tu ne peux pas te marier avec lui !
- Pourquoi ? - Tu sais tr�s bien pourquoi.
Ah, parce qu'il est p�d�.
T'as l'�il, toi. Tu n'es pas psy pour rien.
Ne t'inqui�te pas pour �a, on s'est arrang�.
Il vit sa vie, je vis la mienne.
Je vous croyais plus ouverte d'esprit que �a.
Selma, je suis psy. Je g�re ma vie seule.
J'emmerde ma famille. En fait, tu juges comme tous les autres.
Tu ne vas pas la laisser faire �a ?
Ne t'inqui�te pas. Il a promi qu'il allait se couper les cheveux.
Elle ne va pas se marier. C'est n'importe quoi !
- �a aussi, c'est int�ressant. - Merci.
Elle a presque disparue, votre blessure.
Vous parlez de quelle blessure, exactement ?
Je parle de celle que vous vous �tes inflig�.
Je trouve que vous parlez beaucoup pour une analyste.
Je ne savais pas qu'on avait convenu d'un cadre ensemble.
Je voulais simplement une petite entaille.
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris.
Ils m'ont reproch� � la mosqu�e de ne pas avoir de barbe.
Je leur ai dit : quand m�me !
Vous n'allez pas me juger parce que je n'ai pas de barbe !?
Les deux taches sur le front.
Ils m'ont jet� comme un malpropre en m'insultant.
Vous savez par qui on m'a remplac� ?
Le boucher de mon ancien village.
- Vous n'avez pas mieux � faire ? - On reprend, Mme Selma.
Est-ce que vous recevez des hommes chez vous ?
Des hommes et des femmes.
Il est �crit sur le rapport que vous leur demandez de s'allonger.
Pas toujours.
Il est �crit aussi que vous avez �t� form� par des agents du Mossad.
Mme Selma, il est �crit aussi que vous avez �tudi� en Isra�l !?
Et que votre grand-p�re �tait un rabbin et que vous accrochez sa photo dans votre salon !?
Non !
Il est �crit aussi que vous utilisez le mot...
...sexe devant des femmes et des personnes �g�es.
Sexe = prison.
Il ne faut pas te froisser, toi hein !?
T'es content ? Tu t'es bien amus� ?
4 h de garde-�-vue, c'est tout ?
Tu ne veux pas me faire passer la nuit au moins ?
Tu penses que t'es l� � cause de moi ?
T'es l� parce qu'il y a des gens qui t'ont d�nonc�e. Je fais juste mon travail.
Tu te crois aussi importante que �a ?
- T'es pire qu'Olfa. Tu ne respectes rien. - Je veux juste faire mon m�tier. Rien d'autre.
Fais ton m�tier, personne ne t'en emp�che. Mais pas ici.
Rentre chez toi. Je t'assure que personne n'a besoin de toi ici.
Tu vas te faire du mal.
Alors ?
J'ai de tr�s bonnes nouvelles.
La commission se r�unit lundi.
Le dossier est complet, mais il manque quelque chose.
- Donc, il n'est pas complet. - Si.
Il est complet. Mais il manque quelque chose.
- Il manque quoi ? - Attends.
Une lettre de recommendation...
d�livr�e par un haut fonctionnaire tunisien.
Quoi ?
Une lettre de recommendation d�livr�e par un haut fonctionnaire tunisien.
J'ai compris, mais comment je vais faire ?
C'est simple. Tu vas voir un haut fonctionnaire tunisien.
Et tu lui demandes une lettre de recommendation d�livr�e par un haut fonctionnaire tunisien.
Selma, je suis s�re que tu vas finir par trouver. Inch'Allah !
Tu me r�ponds, oui ?
Tu sais que tu me mets dans la merde ? Qu'est-ce que t'as fait encore ?
Il a tout dit � ses parents, qui ont tout dit � mes parents.
Ce mec est un faible. Il a tout g�ch� !
T'imagines ? Il leur a dit qu'il aimait les gar�ons !
Il ne voulait pas vivre dans le mensonge.
Tu parles ! Il va surtout arr�ter de vivre, maintenant !
On va o� ?
Tu veux que je te d�pose quelque part, peut-�tre ?
- C'�tait juste pour... - Tais-toi !
Attends-moi ici.
Ne parle pas de ta maman.
Ne parle pas politique.
Il est fatigu�. S'il te pla�t.
Comment �a va ?
Tu as retrouv� le chemin de notre maison ?
Ben oui.
- Tu ne nous aimes pas, c'est �a ? - Si.
Qu'est-ce que tu deviens ?
Je vis � Ezzahra maintenant. �a fait quelques mois.
- Tu es mari�e ? - Mari�e ? Regarde ses bras !
Je travaille ici.
- Un m�decin, il para�t ? - Psychanalyste.
- Quoi ? - J'ai arr�t� m�decine.
Et tu precrits des m�dicaments ?
Non.
- Une sorci�re, alors ? - Non, pas vraiment.
�coute, je suis venue te demander un service.
- Un service ? - Oui, j'ai ouvert mon cabinet.
J'attends toujours une autorisation. J'ai besoin d'un coup de main au minist�re.
Tu ne peux pas te d�brouiller toute seule ? Il est fatigu�.
Non, je ne suis pas fatigu�. Je peux t'aider.
- C'est vrai ? - �videmment, je connais quelqu'un.
Vraiment ? C'est g�nial !
Il pourra t'aider. Fais-lui confiance.
C'est une blague ?
C'est fini. Il est parti.
Il est parti. C'est termin�, tout �a.
Non, il n'est pas parti.
- Tu ne lui as pas dit ? Il n'est pas au courant ? - Je n'ai pas pu. Chut !
Je lui en parle ce soir. Ne t'inqui�te pas.
Repose-toi. Je repasserai te voir.
Tu veux que je t'aide, oui ou non ?
Selma, tu peux rouler moins vite, stp ? On n'est pas press�es, non ?
Toi, tu n'es pas press�e. Moi, je suis press�e.
T'as bac + 10 et tu ne sais pas qu'il faut une putain d'autorisation pour ouvrir un cabinet ?
- Tu me fatigues. - Je n'ai pas le bac et je le sais.
M�me mes s�urs, elles le savent.
M�me le mec en bas de la rue qui vend des kakis, il le sait.
Tais-toi !
Vas-y, acc�l�re ! Je m'en fiche !
On va crever ici.
On n'a pas de r�seau. On n'a pas d'eau, rien.
On attend juste que les salafistes viennent nous trouver.
Il y a bien une voiture qui va s'arr�ter.
Mais quelle voiture. Je n'entends aucune voiture. Tu n'as pas compris ?
C'est beau.
C'est quoi, d�j� ?
Je ne vais pas craquer.
Tout le monde voudrait que je craque.
Que je reprenne la vie en haut. Que je retourne � ma petite vie � Paris.
Je vous le dis � vous, car vous vous en foutez.
Je ne sais pas pourquoi je suis l�.
Je sais juste que je veux �tre ici.
Je me sens bien ici.
Bon, au d�part,
je croyais vouloir r�parer la souffrance de ma m�re ou...
venger l'exil de mon p�re mais...
mais ce n'est pas �a.
C'est visc�ral.
C'est comme si j'avais �t� appel�e.
Je ne sais m�me pas ce que je raconte.
Je fatigue.
Je ne veux pas craquer.
On a besoin de moi ici, non ?
Oui, je fais mon maximum.
- Selma, tu n'as rien pour moi aujourd'hui ? - Non, je n'ai rien.
J'exige de parler � ton sup�rieur. Je partirai pas d'ici avant.
Je ferai une gr�ve de la faim s'il le faut.
On m'a ramen� des foulards en soie 100 % v�ritable de Turquie.
Ils sont magnifiques, regarde.
On va s'arr�ter l�.
Je suis contente que tu reprennes les s�ances mais tu crois que tu vas tenir comme �a ?
- � jeudi, Baya. - C'est toujours le m�me prix ?
Vous pouvez mettre l'argent dans la bo�te � gants.
Je ne veux pas dire, mais ce n'est plus du tout le m�me confort, plus la m�me intimit�.
- Toujours � la m�me place, la m�me rue ? - Oui.
- Tu fais quoi ? - Le seul flic en service de ce pays !
- T'es s�rieuse ? - Est-ce que j'ai le choix ?
Ils vont t'embarquer. Je ne pourrai rien faire pour toi.
Je ne te demande rien. Si je dois rentrer � Paris dans un charter...
T'auras plein d'autres soucis avant ton charter.
Descend de mon camion.
Il y a du monde qui attend.
Descend de mon cabinet, je te dis !
Et c'est pour faire pression que je me suis install�e devant le minist�re.
Qu'est-ce que vous faites dans la voiture avec les rideaux ferm�s ?
- Vous vous �tes mari�s tous les deux ? - �a ne va pas ou quoi ?
La prostitution est interdite, m�me avec un passeport fran�ais.
Baisse le volume. Un peu de respect !
- Viens, on monte dans ton camion. - Ne me touchez pas.
Je voudrais r�cup�rer mon dossier. Je repars � Paris.
- D�j� ? - Oui.
Tu n'as plus besoin de cette lettre, alors ?
C'est quoi ?
L'autre jour, tu es partie tellement vite pour ta gr�ve de la faim que je n'ai pas eu le temps de te le donner.
- La commission s'est r�unit. - Je croyais qu'il fallait...
Ensuite, le rempla�ant de M. Blahar m'a donn� �a.
T'es contente ?
Je ne vais plus te voir, alors ?
Non.
Dommage.
J'aimais bien discuter avec toi.
Tu fais quoi, en fait, dans la vie ? Je ne t'ai jamais demand�.
"On va s'arr�ter l�." "On va s'arr�ter l�."
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