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NUESTRAS MADRES - NOS MÈRES
C'est moi...
Tu es bien rentré ? - Oui, repose-toi.
J'aimerais remercier les survivants et les victimes
d'avoir eu la patience d'attendre ce moment historique.
... publiquement dans ce procès,
qui concerne des faits qui remontent à plus de 30 ans,
pendant le conflit armé au Guatemala.
Le procès vise à prouver que le commandement militaire
a considéré la totalité de la population comme des ennemis,
entraînant de nombreux morts, des viols, déplacements de population,
persécutions et bombardements,
et a durci la lutte contre les insurgés,
y compris une population civile désarmée et sans défense...
Levez-vous.
Bonjour, Madame Maria.
Où l'avez-vous trouvé ? - Ici, au cimetière municipal.
On y trouve beaucoup de corps,
l'un d'eux est celui de votre mari.
Nous ignorons les causes du décès mais il y a des traces de violence.
Ce dossier contient tous les détails de l'exhumation
et tous les tests que nous avons faits.
Soyez rassurées, nous l'avons traité avec le plus grand respect.
Lis-ça.
Nous avons aussi trouvé ceci.
Sa boucle de ceinture.
Je peux le voir ?
Madame Maria,
voir les os, cela peut être impressionnant.
Je vous conseille d'attendre d'être dans votre village,
où vous serez mieux entourée.
Mais si vous le voulez, vous en avez le droit.
Je vous laisse un moment.
Merci.
On va l'enterrer. - Oui, comme il faut, chez nous.
Nous t'avons trouvé.
Je te l'avais dit, regarde qui vient.
Tu danses avec moi ?
Qu'est-ce que tu regardes, toi ?
Comment tu vas faire pour bander ?
Ton père m'a conseillé le Viagra.
Un miracle que ta femme t'ait laissé sortir!
Elle s'occupe des enfants, faut que j'en profite.
J'ai échappé à ma dompteuse.
Te fous pas de moi, enfoiré.
Tu te souviens du témoignage dont je t'ai parlé ce matin ?
Une vieille dame.
Elle m'a raconté qu'après avoir massacré tout le village,
les soldats les ont forcées à danser sur les tombes de leurs maris.
Quand j'entends ça,
je pense à ce que ces fils de pute ont fait à mon père.
Moi, j'ai de la chance.
Ils vont mettre le nom de mon père dans la cathédrale.
Il y a encore de la place ?
Ils vont rajouter des plaques.
Il en faudrait des tonnes,
la moitié du Guatemala devrait y avoir son nom.
Dans ce pays de merde, tu vis soit fou soit bourré.
Moi j'ai choisi : bourré.
Bonjour.
Comment va ?
Pardon ?
Dites-moi. - Bonjour.
Je voudrais parler à un enquêteur.
Vous avez rendez-vous ? - Non.
Asseyez-vous, un de mes collègues va venir.
Je viens de loin.
J'ai dû prendre trois bus,
j'ai laissé ma maison, mon champ, mes poules,
pour venir ici.
Dossier 19743599, Ernesto González, enquêteur.
Le 8 septembre, Institut médico-légal du Guatemala.
Commençons par votre nom, date et lieu de naissance.
Je m'appelle Nicolasa Caal de Sic.
Je suis née à Satexa, le 23 avril 1956.
J'ai 62 ans.
Votre carte d'identité, s'il vous plaît ?
En quoi pouvons-nous vous aider ?
Je suis venue vous demander
de déterrer mon mari.
Comment s'appelle votre mari ? - Mateo Sic.
Pour ouvrir le dossier, j'ai besoin d'informations précises.
Je vais vous poser des questions,
essayez de me donner des réponses détaillées, d'accord ?
Quand avez-vous vu Mateo pour la dernière fois ?
C'était fin 1982.
Un matin, les camions de l'armée sont montés au village.
Ils cherchaient des guérilleros et surtout leurs armes.
Ils nous ont demandé s'il y avait des guérilleros.
On leur a répondu qu'ils étaient là,
qu'ils nous avaient demandé à manger et de l'eau
pour passer la nuit.
Comment ont réagi les soldats ?
Ça les a beaucoup énervés.
Ils ont attrapé Mateo et tous les hommes du village.
Ils les ont emmenés dans l'école où ils les ont torturés.
J'entendais des cris.
Je savais que c'était Mateo.
Ça m'a brisé le cœur mais je ne pouvais rien faire.
Après, un soldat m'a attrapée,
s'est moqué de moi et m'a craché au visage.
Un autre a glissé sa main sous ma jupe,
et m'a touchée entre les jambes.
Un des soldats a commencé à sortir...
à baisser son pantalon.
Après le troisième soldat, je ne me souviens plus de rien.
Ensuite,
ils nous ont fait creuser un grand trou
dans un terrain vague que personne ne cultivait.
Et...
Ils ont attrapé les bébés, les enfants et les hommes.
Ils ont tiré sur Mateo et il est tombé dans le trou.
Ça m'a fait encore plus mal...
Mais ce que je voudrais, à partir de maintenant,
c'est que vous sortiez Mateo de là.
Pour qu'il soit dans un endroit où je puisse aller lui parler.
Un endroit digne, pour lui.
Ça va ?
Encore une fosse, je crois, et pas des moindres.
Tu veux pas t'en charger ? - Je peux pas.
Je croule sous le boulot. - Moi aussi, tu crois quoi ?
Je verrai avec le patron, il décidera.
Voilà, madame. - Merci beaucoup.
Merci pour vos réponses.
Je dois prendre votre photo, d'accord ?
Mettez-vous au fond du siège, tenez-vous droite.
J'ai apporté une photo de mon Mateo.
Ça va nous être très utile. Lequel est Mateo ?
C'est lui.
Et eux, c'est qui ? - Les guérilleros.
Ils étaient dans le village quand l'armée est arrivée.
J'ai gardé cette photo.
Mateo disait qu'il voulait avoir un souvenir d'eux.
Et ce guérillero, il s'appelait comment ?
Je ne sais pas.
Un surnom ?
Non, ils l'appelaient juste "chef".
Et son vrai nom ?
Je ne sais pas.
Je dois vous laisser un instant. Ne bougez pas.
Regardez bien cette photo.
Vous reconnaissez cet homme ?
Je crois que c'est le chef.
Et comme ça ? Vous le reconnaissez ?
Oui. - Qui est-ce ?
La même personne.
Ce n'est pas lui.
La dame l'a reconnu.
Qui ça ?
Celle qui m'a donné la photo, celle de San Cristobal.
Tu connais ?
Seulement de nom.
Ce n'est pas professionnel, ce que tu fais.
Tu devrais laisser l'enquête à quelqu'un d'autre.
Je ne pense pas que ce soit ton père.
Ne perds pas ton temps avec ça.
Il était à San Cristobal ?
Laisse tomber, Ernesto.
Je ne sais pas.
Je veux savoir s'il était là-bas, si c'est possible.
J'en sais rien, putain.
Pourquoi t'étais pas avec lui ?
Tu me demandes des choses
que je ne dirais pas même sous la torture.
Elisabeth et Maria vont témoigner, même si elles sont mortes de peur.
Qu'elles y aillent.
Tu devrais y aller aussi.
Écoute, Ernesto...
Les morts sont morts, même si on ignore où ils sont.
Je déclare officiellement ouverte cette séance.
Levez-vous, s'il vous plaît.
Jurez-vous, en tant que témoin,
de dire la vérité en votre âme et conscience,
devant le peuple du Guatemala ?
Je le jure.
Vous êtes devant nous
pour nous expliquer comment, enfant,
vous avez survécu au massacre...
Je veux pas écouter ça.
et comment vous vous êtes réfugiée dans la montagne.
Là, vous avez été arrêtée avec d'autres...
Moi si.
et emmenée dans un camp militaire.
Vous êtes aussi témoin...
J'éteins. - Non, je veux écouter.
...d'autres enfants séparés de leurs parents.
Vous avez vu
comment ils ont été évacués du camp militaire.
Et on ne les a plus jamais revus.
Sur ces faits,
les avocats vont vous interroger
pour que votre témoignage puisse être corroboré.
On sait exactement où se trouve le terrain.
C'est la femme indienne de l'autre jour qui te l'a dit ?
Et tu l'as crue ? - Pourquoi elle mentirait ?
Pour avoir l'indemnisation d'État, pour se venger,
se débarrasser de son mari, toucher un héritage...
On a vu passer de tout. - Elle a souffert, ça se voit.
Comme des milliers de femmes,
d'hommes, d'enfants, des villages entiers.
La souffrance n'est pas synonyme de vérité.
Des cas comme ça, j'en ai des tonnes.
Pourquoi privilégier celui-ci ?
Tu n'auras rien à faire, je me charge de tout.
Non, la priorité, c'est le cimetière municipal.
Il y a au moins 200 corps là-bas.
Je suis venu te parler comme à un ami, pas comme à mon patron.
Le loup sort du bois. Qu'est-ce qu'il y a ?
Le guérillero,
c'est mon père.
Elle est floue.
Je ne me risquerais pas à dire que c'est lui.
Ils étaient dans le village quand l'armée est arrivée.
La dame t'a donné cette photo le jour de son témoignage ?
Alors pourquoi n'est-elle pas dans le dossier ?
Parce que tu m'aurais envoyé chier.
Tu te remets à espérer, sans réfléchir.
Je te le répète,
si tu ne peux pas séparer ta vie privée de ton travail,
si tu ne peux pas faire le tri, tu n'as pas ta place ici.
On s'est démenés pour obtenir les permis pour le cimetière.
Si on ne finit pas bientôt, ça n'aura servi à rien.
Donc oublie ce terrain et concentre-toi sur le cimetière.
Merci de m'accompagner.
On sera rentrés avant qu'il s'en rende compte.
Si on se fait choper, ce sera de ta faute.
T'es con.
Je suis gêné de prendre votre hamac.
Ne vous en faites pas, je vais dormir chez Maria.
Je vous paierai pour la nourriture et l'hébergement.
Tenez, du café.
Alors, madame...
Quand nous retrouverons les restes de Mateo,
nous comparerons son ADN avec celui d'un parent proche.
Un frère, un fils, même un cousin.
Ils sont tous morts.
Il ne reste personne ?
Vous n'avez jamais eu d'enfants ?
Non.
Je suis une femme fanée,
desséchée.
Je n'ai jamais eu d'enfant avec mon Mateo.
Et le guérillero ? Il parlait beaucoup avec lui ?
Mateo, oui.
Il faisait le lien entre le village et les guérilleros.
Et vous ?
Nous les femmes ? Non, jamais.
Les uniformes nous faisaient peur,
ceux des soldats comme ceux des guérilleros.
Ce n'était pas les mêmes uniformes.
Ils défendaient une idée, un idéal.
Quel idéal ? - La libération du peuple.
Vous parlez comme eux.
C'est qui, eux ? - Les gardiens de l'exploitation.
C'est un terrain privé ? - Oui.
Comment on va faire pour entrer ?
On va leur parler, leur donner un peu d'argent.
On ne paie rien. - On va leur parler.
Il faudra nous aider. - Oui, bien sûr.
On va d'abord parler avec eux.
Bonjour Luis, comment vas-tu ? - Bonjour Nicolasa.
Pardon de vous déranger.
Nous voudrions aller sur le terrain.
Voici Ernesto et Juan.
Ils viennent déterrer nos morts qui sont là-bas.
Vous ne pouvez pas entrer.
Laisse-nous passer, Luis.
Mon Mateo est enterré là-bas.
Non, personne ne passe.
Laisse nous entrer. Ta famille est là-bas, elle aussi.
Je dois sortir mon Mateo de cet endroit.
C'est une exploitation privée, on ne passe pas.
On veut parler avec votre patron, il nous laissera entrer.
Le patron n'est pas là.
S'il vous plaît, laissez-nous entrer.
Nous sommes des anthropologues judiciaires.
Nous voulons juste déterrer
les personnes qui ont été assassinées ici.
On ne passe pas.
S'il vous plaît. - Non.
Tu te rends pas compte de ce que tu fais.
Ce sont vos familles qui sont enterrées là !
Ne vous inquiétez pas, monsieur, nous partons.
On peut pas travailler comme ça.
Je te connais depuis petit,
c'est moi qui t'ai appris à travailler.
Fais-moi cette faveur. - Non, on ne passe pas.
Vous ne pouvez pas entrer.
Tu gagnes combien par jour ? - 50.
Je te donne le triple et tu me laisses passer.
Je vois avec mes collègues.
Vas-y.
Paie tout en une fois. - Non.
La moitié maintenant, l'autre quand je sors.
Ça marche.
Allez, ouvre-moi !
Si vous voulez entrer, c'est par là.
Ne fais pas ça !
Touche pas à la terre !
C'est rien, c'est juste la surface.
Je veux pas que tu laisses des traces !
Je la remettrai comme avant.
Tu fais pas ça !
Tire-toi !
Allez !
Pourquoi vous ne m'avez pas dit que c'était un terrain privé ?
Je ne savais pas que c'était important.
Je vais devoir aller chercher un mandat.
Vous savez combien de temps ça va prendre ?
J'ai l'air de savoir ce que c'est un mandat, moi ?
Juan !
Tu m'entends pas, ou quoi ?
T'as payé ?
Oui, pourquoi ? - T'es vraiment con.
Tu sais ce qu'on risque avec tes conneries ?
J'ai mes raisons, fais-moi confiance.
On n'a rien à faire ici, on rentre demain.
On vient à peine d'arriver.
Tu tiens quelque chose ?
Rien. - Alors on part demain.
Mangez un peu de haricots.
Voici des galettes de maïs.
Servez-vous.
Comment vous faites pour continuer à vivre ici ?
Je travaille mon champ.
Je m'occupe de mes poules.
Pour continuer à survivre.
Et puis...
je me suis habituée à vivre avec mes morts.
Mais je n'en peux plus.
Cette nuit, j'ai pensé à quelqu'un
qui pourrait nous aider à identifier Mateo.
Qui ?
Sa fille.
Vous m'avez dit que vous n'aviez pas d'enfants.
Oui.
Nous n'avons jamais réussi, mais il a eu une fille avec une autre.
Elle vit où ?
Ici, au village.
Vous pourriez me la présenter ?
Non.
Elles ne veulent rien savoir de moi.
Quand cette dame a eu sa fille,
elle voulait que Mateo aille vivre avec elles.
Mais mon Mateo ne m'a jamais abandonnée.
Bonjour, Ernesto. - Bonjour.
Désolée de vous déranger.
Mes camarades aimeraient aussi témoigner.
Maintenant ?
Nous savons que le gouvernement
est obligé de nous indemniser.
Il paraît qu'on peut avoir 24 000 quetzals par mort.
Même si ça ne fera pas revenir mon Mateo.
Ça ne marche pas.
C'est une somme fixe par famille,
peu importe le nombre de morts ou de disparus.
Ce n'est pas moi qui décide.
Je peux juste faire remonter votre voix
à l'administration, dans la capitale.
Merci, Ernesto.
C'est très aimable à vous.
C'est toi qui as organisé ce cirque ?
Elles veulent témoigner.
On ne peut pas les laisser comme ça.
Ça va prendre des plombes. - Je sais, alors aide-moi.
On commence par les plus âgées.
Asseyez-vous.
Nicolasa, dites-leur d'avoir un peu de patience.
Chacune à son tour, d'abord les plus âgées.
Je pense que ça ira, nous attendrons.
On va passer une par une.
Vous reviendrez ?
Je ne sais pas quand, mais je reviendrai.
Si vous ne revenez pas, je vais devoir déterrer Mateo toute seule.
Soyez patiente.
Je ne serai pas long.
Dieu vous bénisse.
Faites bonne route - Merci pour tout.
À vous aussi.
Comment ça s'est passé ?
On en parle plus tard.
Ernesto ?
Tout va bien ? - Oui, on en parle plus tard.
Ils nous ont vus nous cacher dans la montagne
et ils sont venus nous chercher.
Ils sont venus nous chercher et là, ils nous ont encerclés.
Nous les avons entendus tirer des coups de feu.
Qu'est-ce qui te prend ?
Tu te rends compte de ce que tu as fait ?
Qu'est-ce que tu fous, putain ?
On a mis un temps fou à établir une relation avec les juges,
et tu fous tout en l'air en bafouant les procédures !
C'est important d'aller sur ce terrain. - Tu m'écoutes, putain ?
Tu as pensé à tes collègues et à nous à l'Institut ?
Tu nous mets tous dans la merde ! - C'est bon, je suis désolé !
C'est la dernière fois que tu me fais un truc pareil, pigé ?
Vous ne pouvez pas dormir ici. - Désolé.
On va devoir compter la nuit.
C'est combien ? - 200.
Vous pouvez pas faire moins ? - Non, c'est le prix.
Il faut partir maintenant. - C'est bon, je m'en vais.
Bon anniversaire ! - Merci, Camilla.
Ça va, toi ?
Bien, ou je te raconte ? - Raconte-moi.
Ce pays de merde me pèse.
On a tous le même problème. - Oui, mais certains plus que d'autres.
Pardon.
Tu as parlé à Cristina ? - De quoi ?
Du procès.
Mon chéri...
il y a des choses dont je ne parle pas avec Cristina.
Tu devrais.
Toi, tu devrais la lâcher un peu.
Je t'aime, petit enfoiré !
Allez, amuse-toi bien. - Toi aussi.
Picole pas trop.
Bonjour.
Voilà le mauvais exemple !
Tiens, prends ça.
Dès que j'essaie d'arrêter, tu apparais.
On n'arrête pas cette merde, c'est comme un mauvais mari.
Allez, fais-toi plaisir.
Allez. - Non, merci.
Toujours fidèle à toi-même. - Moi ?
Je t'admire beaucoup.
Moi ?
À cause du procès ?
Tu sais, je suis terrifiée, morte de peur.
Rien que les imaginer à nouveau face à moi...
Ça me donne des frissons, t'imagines pas.
Le jour où ce sera à moi,
où je passerai à la barre,
je crois que je me chierai dessus.
Mais on sera tous là.
Je serai là, avec toi.
On va s'en sortir, on a vu pire.
Ernesto !
Bonjour. - Bonjour.
Signez ici, svp.
Merci. - Merci et à bientôt.
Je savais que je te trouverais ici. - Je travaille sur le cimetière.
T'inquiète pas.
Qu'est-ce qui se passe ?
Je préfère te le dire moi-même,
pour que tu ne l'apprennes pas autrement.
Quoi ?
On a retrouvé les papiers de Juan Manuel.
Dans un des charniers du cimetière municipal.
Au cimetière ?
Oui, au cimetière municipal.
Tu es sûr que c'est mon père ?
On a comparé sa photo d'identité à celle du dossier,
c'est bien Juan Manuel.
Les résultats de l'ADN ne devraient pas tarder
mais tu dois être patient.
J'ai aussi parlé à ta mère.
Elle est de garde à l'hôpital.
Attends !
Tu veux un café ? - Non
Qu'est-ce que tu ressens ?
Je n'avais jamais imaginé le retrouver.
C'est tout.
Ça fait bizarre.
Quoi ?
De me dire qu'on va l'enterrer.
Qu'on va avoir une tombe.
Parfois, la nuit...
je m'imaginais ce moment.
Comment tu te l'imaginais ?
Je ne sais pas.
Mais ça m'apaisait.
Et tu es en paix maintenant ?
Non.
Bonjour.
Je te fais quelque chose à manger ?
Non, j'ai pas faim.
Allons à la plage.
Quoi ?
Tu voulais aller à la plage, non ? Allons-y.
Comme ça ?
Maintenant ?
Tu peux partir quand ?
Je ne sais pas. - Aujourd'hui ?
Parmi tous les enfants du Tirsa
Celui qu'on appelle Quincho bat tout le monde
Il va avoir dix ans
C'est un garçon sérieux, pour son âge
Pendant que sa mère se bat pour trouver un emploi
Quincho travaille dur comme un mulet
Le matin et l'après-midi, il vend des bonbons dans les bus
Pour que ses frères et sœurs puissent aller à l'école
Salut Quincho, Quincho le cerf-volant
Enfant héros de ma ville
Salut à tous les enfants de mon pays
Exemples frappants de pauvreté et de dignité
Salut Quincho, Quincho le cerf-volant
Son nom ne sera pas oublié
Car à travers les rues, les places, les parcs et les quartiers
Les gens répètent son nom
Prends-en une autre.
Tu bois trop vite.
Il buvait beaucoup ?
Non.
Il ne buvait pas beaucoup.
Je crois que je ne l'ai jamais vu ivre.
Je lui ressemble ?
Dis-le-moi.
J'ai ses yeux ?
Tu as son regard.
J'ai sa bouche ?
Tu parles comme lui.
Je suis comme lui ?
Tu as sa force.
C'est bien Juan Manuel.
Mais ce n'est pas mon père.
Je devais te protéger.
Tu as toujours été ma force.
J'ai plusieurs fois songé à en finir, mais...
À chaque fois je pensais à toi.
Et ça me donnait la force de continuer.
Me protéger de quoi ? - De la vérité.
De la honte.
Je voulais que tu puisses te regarder dans la glace
sans avoir honte de moi, ou de toi-même.
Ernesto...
Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie.
Celle-ci irait bien avec la veste ?
Elle me plaît, mais le décolleté ne va pas.
Et cette couleur que tu aimes bien ?
Fais voir.
Elle est déchirée.
Jette-la, alors. - Non, c'est ma préférée.
Fais voir. - Elle est jolie, non ?
Oui, peut-être.
Elle te plaît ? - Oui, elle te va bien.
C'est joli.
Je voudrais les couper.
Silence, s'il vous plaît !
J'appelle Cristina Ramirez à la barre.
Connaissez-vous les accusés ?
Je les connais historiquement,
mais pas personnellement.
Pouvez-vous nous livrer votre témoignage ?
J'ai été arrêtée par la police militaire en 1982.
Ils m'ont enfermée dans une prison clandestine pendant plus de 6 mois.
Je vivais dans une pièce
où il n'y avait même pas la place pour s'asseoir.
Ils m'ont attaché les pieds et les mains.
Ils m'ont torturée à l'électricité.
Ils m'ont torturée tous les jours
pendant ces 6 mois.
Ils m'ont violée
tous les jours
pendant ces 6 mois.
Quand les militaires m'ont libérée,
j'étais enceinte de 5 mois.
Je suis fier de toi.
Quand tu me regardes...
tu te souviens d'eux ?
Ne pense pas ça.
Jamais.
Tu m'entends ?
Jamais.
Tu seras toujours mon père.
NUESTRAS MADRES - NOS MÈRES
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