All language subtitles for Violette.2013.DVDRip.x264.HORiZON-ArtSubs.fr

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Original subtitles

La hideur chez une femme es! un p�ch� mortel.

Vous �tes belle,

vous �tes celle qu'on regarde pour sa beaut�.

Vous �tes bide,

vous �tes celle qu'on regarde pour sa laideur.

- La porte !

L'argent !

- Voil� ! C'est tout ce que j'ai pu sauver.

- O� �tiez-vous ? Je me suis fait un sang d'encre.

Je vous ai dit que vous en emmeniez trop.

� cause de vous, j'ai pass� 3 nuits en prison.

- Gr�ce � votre absence, j'ai travaill� comme jamais.

- Vous m'avez donn� l'adresse pour le gigot.

- L'avidit�, ma ch�re Violette,

c'est votre vice, pas le mien.

Sans moi, vous seriez � Paris, � crever de faim,

comme les autres !

- Du boeuf, tu peux en avoir ?

- C'est cher.

- � titre d'avance.

Je peux beaucoup pour toi, tu sais.

- Vous faire tuer, c'est ce que vous voulez ?

# avais lav� mes cheveux pour vous.

Tenez, sentez.

Quand je vous aurai quitt�, ce sera trop tard.

Vous en mourrez.

Faites-moi plaisir, lisez plut�t mon manuscrit.

# ai besoin de savoir ce que vous en pensez.

Alors ?

�a vous pla�t pas ?

- Y en a que pour vos amis c�l�bres.

Vous parlez jamais de moi, jamais.

Si j'�crivais, je parlerais de vous.

De mon amour POUF VOUS.

- Ecrivez.

Depuis le temps que je vous le dis.

- Je peux pas.

Prenez-moi dans vos bras. Touchez-moi !

- Vous n'allez pas recommencer !

- Fermez les yeux, imaginez que je suis quelqu'un d'autre.

- Vous �tes folle, faites-vous soigner !

- Vous �tes un monstre !

Un manipulateur!

Voil� ce que vous �tes.

Qui a eu l'id�e de me faire passer pour sa femme ?

Qui m'a pouss�e � jouer Iesjeunes mari�es ?

Je suis prise au pi�ge.

- Nous sommes venus pour manger.

Je pouvais penser que cette guerre allait durer ?

Parlez-moi de ce que vous avez lu.

Votre avis est important pour moi.

- Je vous dirai rien !

Vous �tes comme ma m�re.

Ego�ste, perverse.

- Et vous, une horrible femelle.

Conformiste et stupide.

Entre nous, il ne se passera jamais rien.

Mettez-vous �a dans la t�te.

- Je suis capable de me tuer, vous savez.

- Prenez ce cahier.

Allez vous foutre au frais, sous un pommier.

Vous cracherez sur papier ce qui vous rend aussi insupportable.

Tout le monde s'en portera mieux.

Ma m�re ne m'a jamais donn� !a main.

Elle m'aidait � monter, � descendre des trottoirs,

en pin�ant mon v�tement l� o� Femmanchure est saisissable.

-"Ecoute-moi. Essaie de comprendre."

- Cela m'humiliait.

Je repoussais la main.

-"J'�tais qu'une bonniche."

- Elle me pin�ait et me soulevait

comme un poulet qu'on enl�ve par une aile.

Je devenais molle.

Je r�avan�ais plus.

Ma m�re voyait mes larmes.

"Tu veux te faire �craser .7

"Tu pleures .7"

C'�tait e!!e qui m�crasait.

- Ma pauvre enfant...

Je n'ai qu'une chose � vous dire.

Il ne vous reste plus qu'� continuer.

- Maurice !

Vous partez ?

Comme �a, sans me pr�venir ?

- Faut que je trouve de l'argent pour vivre.

- Laissez. Je retournerai � Paris.

- Je vais essayer de soutirer des sous � la NRF

en �change de mon manuscrit.

Vous ne l'avez pas trouv� mauvais ?

# irai voir mes amis riches.

Ils vont pas me laisser.

- Vous m'avez dit qu'ils vous d�testaient.

- Que racontez-vous ?

- On va vous faire du mal !

- Vous divaguez, je n'ai tu� personne.

- Et la jeune fille juive � la gare ?

Vous la connaissiez bien.

Elle vous a donn� de l'argent?

- Arr�tez de me harceler !

Dans une semaine, je suis rentr�.

Je ne peux pas me passer de vous.

- Vous mentez !

Vous ne reviendrez pas.

Vous m'abandonnez, vous aussi.

- Qui estl� ?

- L'amie de Maurice.

- Une seconde.

Mon fils veut vous voir. Je vous ouvre.

Entrez.

Ne bougez pas, je reviens.

Tenez.

- Simone de Beauvoir, qui est-ce ?

- C'est une amie de mon fils.

- Un femme, �crire un si gros livre ?

Vous l'avez lu ?

- Une histoire de m�nage � trois ? Non, merci.

- Une femme entre deux hommes ?

- Une femme entre un homme et une femme.

Ah, voil� mon fils.

- C'est vous l'amie de Maurice ?

- C'est moi.

- Il est coinc� en Allemagne, pr�s de Hambourg.

Un certificat de grossesse le ferait revenir.

# ai trouv� un m�decin.

�a sera pas un probl�me.

- Qu'est-il all� faire l�-bas ?

-Il s'est engag� comme travailleur volontaire.

�a a mal tourn� pour lui.

- Mal tourn�, �a veut dire quoi?

- Je n'ai pas � le juger.

C'est mon ami.

- C'est non. Trouvez un autre pigeon.

- Vous signez sa mort.

- Vous rigolez. Il s'en est toujours sorti.

Il s'en sortira sans moi.

On frappe.

C'est qui ? - C'est moi.

- J'arrive.

- T'es couch�e en plein milieu de l'apr�s-midi ?

Qu'est-ce qui va pas encore ?

On fattendait, hier, � d�jeuner.

C'est toi qui as �crit �a, L'Asphyxie ?

- Touche pas � �a !

- C'est gai, comme titre.

- Tiens, de la joue de boeuf.

Fais-la bouillir.

C'est pour Michel. Tu rendras le torchon.

- Tu penses � ton fr�re, maintenant?

Je veux bien des oeufs.

Ah !Tu vois. Tu lui diras que c'est moi.

- Tu peux pas trouver un vrai travail ?

La guerre est finie.

Tu vis encore comme une voleuse.

- T'en profites comme les autres, non ?

Pour une fois que je me fais du fric.

- Patou ?

Ah bah, dis donc...

Tu te prives de rien.

Avec tout l'argent que tu gagnes,

tu peux pas louer quelque chose de plus convenable ?

- J'ai d'autres projets.

'�a f)

- Oui ?

- Mlle Debaralle ?

- C'est moi. Bougez pas.

Voil�. - Merci. Le compte y est.

- Debaralle, quelle id�e ?

- C'est pour les affaires.

C'est le nom de mon p�re.

- Faudra pas que �a te monte � la t�te, Debaralle.

Debaralle, �a alors...

Si la police t'arr�te ?

Tu leur diras que tu t'appelles Debaralle.

�a les ferait chier � Valenciennes.

Elle rit.

- Mademoiselle ?

Oh, non.

Bonjour, madame.

Ch�re madame ?

Bonjour, madame.

# ai lu L'invit�, merci d'avoir os�.

Tenez, j'ai mis toute ma vie l�-dedans.

- Je suis press�e, maisje vais le lire.

C'est promis.

- J'ai tout vendu.

- Tu m'avais promis ! - Va voir Marcel.

- Marcel.

- Ah !

- Du caf� et du sucre.

- Oublie, les Halles ont rouvert ce matin.

# ai 1 kg de lard.

Du p�t� de t�te...

- Je prends le tout. Combien ? -2000.

- T'y vas pas avec le dos de la cuill�re.

1500.

- Ouais, c'est bon.

Viens !

- Mon argent ! J'ai perdu mon argent.

- Bonjour, Violette. - Bonjour, madame.

- Vous m'autorisez � vous appeler Violette ?

Entrez.

Je dois d'abord m'excuser.

Je vous avais prise pour une bourgeoise

dont l'enfance allait m'ennuyer.

Je me suis tromp�e.

Vous avez �crit un beau livre.

Puissant.

Intr�pide.

C'est cela qui compte.

Vous �crivez depuis longtemps ?

- Non.

Enfin, pas grand-chose, quelques articles.

C'est Maurice qui m'a pouss�e.

- Le Maurice du livre ?

- Oui, Maurice Sachs.

- Ah, Maurice Sachs...

�am?

- Le d�but, mais il est parti en Allemagne.

- Je suis au courant. Vous avez de ses nouvelles ?

- Non, et je n'en attends pas.

- Maurice Sachs est le contraire de vous.

Il se cache.

Surtout derri�re les mots.

Enfin, il vous a donn� l'�lan et le go�t de l'�criture.

Les pages qui lui sont consacr�es me plaisent moins.

Il serait pr�f�rable de les enlever.

Gardez-les pour un autre livre peut-�tre.

# ai l'intention de donner votre manuscrit

� Albert Camus.

Il cr�e sa collection � la NRF.

Faites les coupes au plus vite.

Vous devriez travaillez certains passages.

Votre p�re, par exemple.

On ne sait rien de lui. Un fant�me.

C'est sa l�chet� qui a fait de vous une b�tarde.

Approfondissez.

Il me faut le manuscrit dans une semaine,

10 jours au plus tard.

Nous nous reverrons, alors.

Bravo, Violette.

Nous allons bien travailler ensemble.

- Non I

Me faire �a, � moi !

Salaud !

Non,non!

Non I

Va voir !

- Ma m�re est l� ? - Sois gentille avec elle.

- Simone de Beauvoir a aim� mon livre!

Je vais �tre publi�e.

- Je quitte Paris. Ernest a vendu.

Il a achet� une ferme en Charente.

Sans me consulter.

- Je te l'avais dit !

Fallait pas l'�pouser.

- N'en rajoute pas ! C'est d�j� assez dur comme �a.

- Oh, non.

Pardon, pardon.

Pardon.

Je te demande pardon.

Pardon, pardon.

Viens vivre avec moi.

Laisse-le, il te m�rite pas.

- Et ton fr�re ?

- On s'en occupera toutes les deux.

Je vous ferai vivre.

- Et o� on habitera ?

Dans ton trou � rats ?

- Je trouverai plus grand.

C'est fini le march� noir.

Je reprends ma vie en main.

Tout va changer, maintenant.

- Tu r�ves, Violette.

Rien ne changejamais.

- Vous m�ritez davantage.

Il disait cela avec douceur.

Rentrez, calmez-vous.

Cette piti� m'humiliait pour ma m�re.

Je vous promets de r�?�chir.

Je la voulais dure, d�cisive.

Pourquoi il la plaignait .7

Des ann�es que je tra�ne un boulet!

Elle voulait se jeter sur lui.

Mais il s'enfuit.

Il partait s'abriter dans sa maison au parc bien peign�.

- C'est arriv� pour vous, tant�t.

- Merci, Mme Moustier. - � votre service, Mlle Leduc.

- Ah, Violette.

- � demain. - � demain, Nathalie.

- Bonjour. - Bonjour.

- D�sol�e, je suis occup�e.

- J'ai termin�.

- Vous �tes rapide, c'est bien.

- Tenez.

Du foie gras.

Un camembert, il est � coeur.

Et du p�t� de t�te, voil�.

- Du march� noir ?

- J'en faisais, c'est termin�.

- Je vais vous payer, y a pas de raison.

- Non, rien. Pour vous, c'est cadeau.

- Merci.

Je vous laisse, je ne suis pas seule.

� tr�s vite.

- � tr�s vite.

- Bonjour.

Vous �tes au courant?

Maurice. - Quoi, Maurice ?

-Il est mort en Allemagne.

On l'a �limin�, une balle dans la tempe.

- J'ai dit .-

"Mon ami est mort."

Je !'ai r�p�t�.

# ai dit .'

"La mort."

J�ssayais d'avoir le mot.

Une syllabe, ce n'est pas long � traverser.

Prononcez celle-l� comme vous voudrez.

- Oui?

- Bonjour, j'ai rendez-vous avec M. Albert Camus.

- Qui dois-je annoncer ?

- Violette Leduc.

Je viens pour la signature.

- Vous �tes en avance. - Oui, un peu.

- Suivez-moi.

- Pourquoi je ne suis pas �dit�e dans la collection Blanche ?

Cette couverture est sinistre, avouez.

- C'est pour une grande diffusion � moindres frais.

Voici la liste desjournalistes.

M. Camus passera dans un instant.

Enfin, c'est ce qu'il a dit.

- Maisje n'en connais aucun.

Qu'�crit-on � quelqu'un qu'on ne conna�t pas ?

D'habitude, on �crit: "hommage de l'auteur".

- Hommage de l'auteur ?

C'est pas un hommage d'envoyer son texte � un critique.

- Vous recevrez vos exemplaires par la poste.

- Attention, j'ai la cr�ve.

- J'ai quelque chose pour toi.

- L'Asphyxie.

- �a sort la semaine prochaine.

- Chez Gallimard, rien que �a.

Collection Espoir, je connais pas.

- C'est une nouvelle collection.

Cr��e par Albert Camus.

Grande diffusion.

- Albert Camus, bah dis donc!

Je suis contente pour toi, Violette.

Toi qui pensais ne jamais y arriver.

- Tu le liras, hein ?

Et on se reverra ?

Dis-moi qu'on se reverra, Hermine.

On est rest�es loin trop longtemps.

Et toi?

Raconte-moi.

- Pas grand-chose.

Toujours pareil.

Beaucoup de travail. Et toujours les �l�ves.

Je me plains pas.

Il y a les vacances.

- Et l'autre ?

�a va.

- Tes mains.

Elles ont chang�.

- C'est la vaisselle.

Faut quej'y aille.

- Toujours � St-Lazare ? -N'insiste pas.

- Je veux te revoir. - Tu me fais mal, l�che-moi.

- Tu m'en veux encore ?

- Parlez-moi de votre avortement.

- Rien � dire l�-dessus. Vous le savez comme moi.

- Vous en �tiez � combien ?

-5 mois et demi.

# ai failli crever.

Le b�b� a d� �tre extirp� bout par bout.

C'�tait lui ou moi.

Mon mari voulait le garder.

- Vous �tiez mari�e ?

- Pas longtemps.

Avant, j'ai v�cu avec une femme.

Mais �a n'a pas march� non plus.

# ai cru que le statut d'�pouse effacerait l'ardoise,

me rendrait identique aux autres.

- L'enfant, vous le regrettez ?

- Oh... Non.

Il m'aurait ressembl�.

Il aurait souffert, je l'aurais tu�.

Ma m�re ne m'a pas tu�e, je lui ai assez reproch�.

- Le mariage est une imposture, Violette.

Pour les femmes, le d�but de l'esclavage.

Vous l'avez compris avant les autres.

Pas de libert� pour elles sans libert� �conomique.

Mais on en est encore loin.

- Ma 1re histoire d'amour, c'�tait en pension.

Elle s'appelait Isabelle.

�a a dur� une ann�e scolaire.

On a �t� d�couvertes, ma m�re nous a s�par�es.

Je l'ai jamais revue.

# imagine que je vais la croiser.

Dans la rue, dans le m�tro...

- Faudra raconter tout �a.

- Je pourrai pas.

- Si, je serai l�, � vos c�t�s.

Faudra aller encore plus loin.

Tout dire.

Vos trafics, vos amours et surtout, l'avortement.

Vous rendrez service � bien des femmes.

- Bonsoir, Castor.

- Ah, Genet, vous tombez � pic.

Voici Violette Leduc dontje vous ai parl�.

Jean Genet.

- Vous �tes le plus grand.

- Sans blague.

Castor m'a dit du bien de votre bouquin.

- Je vous arrive pas au mollet.

- Allons, pas de fausse modestie.

Vous avez d�n� avec Sartre ?

- Oui, comme d'habitude on a trop bu.

Il a voulu rentrer se coucher.

Moi, c'est l'heure o� je m'�veille. Scotch !

- Non, c'est pour moi.

Monsieur, 3 scotchs.

- Excusez-moi. - Oui?

- Je cherche un roman.

L'Asphyxie.

- Quel auteur?

- Une certaine Leduc, je crois.

Violette Leduc.

C'est sorti chez Gallimard.

Collection Espoir.

- Jamais entendu parler.

- J'ai fait les librairies, il est nulle part.

Vous trouvez �a normal ?

- C'est souvent pour les auteurs de moindre importance.

L'�diteur aura fait un petit tirage.

Je vous le commande ?

- Non, merci, je suis de passage.

Que voulez-vous dire par "petit tirage" ?

Pardon ? - Soyez pr�cise.

Que sous-entendez-vous ?

�a ne m�rite pas le m�me traitement que les autres ?

Non, mais dites-le !

Il y en a que pour Julien Green, ici !

- Calmez-vous, vous n'�tes pas dans votre �tat normal.

- Pas dans mon �tat normal ?

Qu'est-ce qui vous permet de dire �a ?

# ai compris votre petitjeu.

Vous pensez que je suis Violette Leduc!

Je ne suis pas Violette Leduc.

C'est une amie tr�s ch�re.

Violette Leduc a des amis, elle !

Et du talent !

Heureusement qu'elle a des amis pour le dire !

Je n'ai plus envie de vivre.

*- Je vous connais, vous vivrez.

*.J'y veillerai.

- J'en ai parl� � tout le monde autour de moi.

Tout le monde le cherche et on ne le trouve pas.

*- J'appellerai Gaston Gallimard demain, promis.

- Mais �a changera quoi?

Et de quoi je vais vivre, maintenant?

Pour moi, tout a toujours �t� plus dur.

Depuis petite, tout est dur.

�a ne s'arr�te pas, �a ne s'arr�tera jamais.

*- Pensez � l'�criture, � ce qu'elle vous a d�j� donn�.

*Elle vous donnera ce que la soci�t� vous a refus�.

*�a demande du temps.

*Continuez, travaillez.

- Si seulementje pouvais vous tenir la main.

*- Je vous la tiens.

*Je vais devoir raccrocher.

- Je vous aime.

Les cloches sonnent.

- Que faites-vous l� ?

- C'est parce que je suis laide que vous ne m'aimez pas ?

- Pour moi, le physique compte peu.

- Le mien vous d�pla�t.

Avouez-le.

- J'ai encore beaucoup de travail.

On en parlera une autre fois.

- Que faire pour que vous m'aimiez ?

Je suis une bonne personne.

Je peux �tre tr�s gentille.

- Arr�tez de geindre.

- De quoi je vais vivre, maintenant?

# ai d�pens� tout mon argent.

Remettez-vous au travail.

- Ecrivez vos obsessions.

Les solutions viendront.

- Ecrire pour qui?

Je n'int�resse personne.

- Pour vous � d�faut de le faire pour moi.

L'Asphyxie est un 1er livre, il y en aura d'autres.

Donnez-vous cette chance.

�a suffit, maintenant.

Sortez !

- Non.

- Si vous avez du temps � perdre.

- Qu'elle mbrdonne d'�ter mes chaussures,

de courir sur les cailloux, les clous,

!e verre, !es �pines,

je saurai le faire.

Elle n'a pas besoin de mes pieds nus

sur !e verre, !es �pines,

les clous, je le comprends.

Je crie car je le comprends.

# ai r�v� que vous m'aimiez, madame.

Je savais que je r�vais

pendant que vous m'aimiez.

Ma place est en moi-m�me.

Le reste est vanit�.

Arrive, solitude.

Arrive avec tes longs cheveux d�faits sur ton visage.

Commencez de ron?er, les orgues de mon d�sert.

Mon coeur, madame, c'est ma croix d'honneur.

Comment concevrais-je de vous saluer d'une autre fa�on 7

Je voyage-

Je suis un glacier qui se d�place.

- Je d�range ?

Voici quelqu'un qui a aim� votre Asphyxie.

- Vous l'avez trouv� ?

Il n'int�resse personne.

-Il m'a beaucoup plu.

- Le genre de livre qui vous d�chire le coeur.

- �a, c'est gentil.

- Jacques aime les �crivains.

Il est assez fou pour collectionner les manuscrits.

- Jacques Gu�rin, enchant�.

- Le pr�nom de mon mari.

- Mari�e ?

- Je l'ai �t� pour mon malheur.

- T'aimes les femmes, toi.

- Pas seulement.

Vous avez des cigarettes ?

Je suis � sec.

Merci.

- Vous travaillez, nous ne voulons pas vous d�ranger.

- Calva ?

Calva, c'est tout ce que j'ai.

- Regarde.

- On se so�lera pas.

- C'est lui, le mari?

- C'est lui. Vous g�nez pas.

- Gringalet.

Crevette.

- Que faites-vous dans la vie ?

-Il travaille dans les parfums.

-Il est grand, il peut r�pondre seul.

- Les parfums d'Orsay, c'est moi.

- Vous �tes riche, alors ?

- Oui.

Et b�tard, comme vous.

- Un b�tard riche.

- �a existe ?

- Mon p�re ne m'a jamais reconnu.

Il n'est pas sur mon �tat civil.

# ai pass� mon enfance cach� avec mon fr�re.

Ma m�re passait nous voir de temps en temps.

- Elle vivait o� ?

- Ailleurs, avec lui.

- Lui qui i?

- Mon p�re. Il l'ajamais �pous�e.

Il ne voulait pas quitter sa femme.

Vous voyez, je suis riche

et je suis b�tard.

- Oh !

On est trois, je me sens moins seule.

- En ce qui me concerne,

je sais pas si j'y ai droit.

Je n'ai ni p�re ni m�re.

� vos Asphyxies.

Cocteau l'a beaucoup aim�.

Tu es au courant?

On t'emm�ne d�ner quelque part ?

- � cette heure ? Je suis pas en �tat.

Mais allez-y, vous.

- Non, on d�ne ici. T'as ce qu'il faut?

- Je vais voir.

- Vous viendrez � la campagne.

Ma maison vous est ouverte.

Je veux que vous vous y sentiez chez vous.

- Les week-ends � Luzarches sont �patants.

On �crit des sayn�tes, on fait les idiots.

Jacques voudrait qu'on joue au Cin�matographe.

Tu jouerais la m�re dans mon film ?

- La m�re, pourquoi la m�re ?

# ai des pommes de terre.

C'est tout.

C'est fini, l'abondance.

Alors ?

T'es gon?�e.

Il rit.

Elle est au courant?

Va au bout.

Tu lui donneras. C'est une femme intelligente.

- Elle me laissera tomber.

- Non, je crois pas.

Elle a besoin de toi.

Sartre s'est entich� de moi. Elle de toi.

C'est dans l'�quilibre.

T'as besoin d'argent? J'en ai.

Tiens.

Te g�ne pas.

Je vous le rendrai, promis.

- Tu peux taper Gu�rin.

Il t'aime bien. - Comment?

- Arr�te, t'es amoureuse de Simone.

Il est pas pour toi.

Elle non plus.

Je te ferai bient�t lire quelque chose.

Une pi�ce. Des bonnes.

Tu m'inspires, tu sais.

Je te le d�dierai.

Les bonnes, merci. C'est ma m�re qui va �tre contente.

- Et le cruel amour que j'accuse a chang�

en constante douceur l'amertume de vivre.

- P�trarque.

- J'�tais sans famille, j'ai trouv� une soeur.

- Pourquoi ne pas me donner vos 1res pages ?

Je pourrais peut-�tre demander � Gallimard une avance.

- C'est trop t�t. Je veux aller au bout seule.

Que vous le lisiez d'une traite.

- Vous �tes t�tue.

Vous voulez pas me dire de quoi il s'agit?

- Non.

- Au moins, �a a le m�rite d'�tre franc.

- Et vous ?

Vous ne parlez jamais de vous.

- Je suis dans mon essai sur la condition des femmes.

Je me suis lanc�e � l'aveuglette.

Je me rends compte de la montagne � laquelle je me suis attaqu�e.

# �tais � une r�union avec Sartre,

un type m'a encore dit:

"Vous pensez �a car vous �tes une femme."

# allais pas lui r�torquer

qu'il pensait comme �a car il �tait un homme.

Je v�rifie partout et tout le temps

qu'un homme est dans son droit

et que la femme est dans son tort.

Je ne sais pas comment mon livre va �tre accueilli,

mais il appuie o� �a fait mal.

Je suis habitu�e � prendre des coups.

- Vous avez trouv� un titre ?

- Je suis pas s�re encore, mais...

Le Deuxi�me Sexe, peut-�tre.

Et vous ?

- Moi, je sais.

L'Affam�e...

- Violette, Violette !

Tu es une actrice ex�crable doubl�e d'une emmerdeuse.

On reprend !

- Non, on reprend pas, j'en ai marre !

- Si tu continues, je te remplace.

- Et tu m'as fait mal, regarde !

- T'avais qu'� marcher droit.

- Je vous ai dit que je peux pasjouer une m�re!

- Ne t'en prends pas au landau !

- Si, justement !

Je suis grotesque.

Jacques, prenez ma d�fense.

Il me pers�cute.

Il est devenu m�chant.

Dites-lui qu'il est m�chant.

- Genet, tu es m�chant.

Cris et rires

- Oh!

Violette.

- Je ne peux pas �tre une m�re.

M�me pour rire, je vous l'avais dit.

- Je comprends, Violette.

- Non, vous comprenez pas.

Vous n'�tes pas une femme.

Vous ne savez pas ce que c'est de tomber enceinte.

- Vous prenez tout au tragique, c'est un jeu.

- Un jeu ?

Pour vous, c'est un jeu ?

Moi, je me suis sentie maltrait�e.

Utilis�e, pire que �a, humili�e.

Je vous croyais moins superficiel, Jacques.

- Je suis vraiment navr�.

Tout vous blesse.

Nous cherchions � nous amuser.

� vous faire plaisir.

- � me faire plaisir ?

Elle rit.

Mais rien que �a ?

Mais qu'est-ce que vous en savez de mon plaisir ?

Vous savez ce qui me ferait plaisir, l�, maintenant?

Vous savez de quoi j'aurais le plus envie ?

- Violette, c'est ridicule.

# aime les hommes, vous le savez.

- Les hommes, les femmes...

Il n'est pas question de �a.

Moi, je vois l'enfant grave qui est en vous.

- Oh, arr�tez !

Violette, ne nous quittons pas

sur un malentendu.

Laissez-moi faire un geste.

Je vous offre une �dition de luxe pour votre prochain livre.

Un tirage limit� sur beau papier.

# ai fait la m�me chose pour Jean et son Miracle de la rose.

Pauvert fait �a tr�s bien, n'est-ce pas, Jean ?

O� en �tes-vous de votre livre ?

- J'ai presque termin�.

- Parfait. Pour cette publication, je vous donnerai 100000 francs.

Pour vous, �videmment.

Le reste est � ma charge.

S'il vous pla�t.

- Simone de Beauvoir ne va pas aimer �a.

- T'es pas oblig�e de lui dire.

- Je vais r�?�chir.

- Tr�s bien, tr�s bien.

Bonne route et � bient�t.

- Tu t'es bien d�brouill�e, dis donc.

Pour Le Miracle de la rose, j'ai eu que 70 000.

T'es pas pr�s de les voir, tes 100000.

C'est un radin.

Elle rit.

- Ce Jacques Gu�rin est un parfumeur, non ?

- Et un grand collectionneur.

Je me m�fie des collectionneurs. -Pourquoi ?

-Ils collectionnent les choses mortes.

Ces choses sont mortes, vous le savez.

Les mots sont vivants.

Ils vivent, ils agissent.

Le culte des objets est morbide, non ?

-Il a quand m�me sauv� les manuscrits de Proust.

- Bonjour, M. Meyer. - Mme Beauvoir.

- Je vous laisse les cl�s.

- Parfait, Mme Beauvoir.

- Merci beaucoup. - Bon voyage.

- Bonjour.

- At'tendez !

Tenez.

- Vous l'avez enfin termin�.

Je le lirai dans l'avion.

- Gu�rin veut publier une �dition de luxe.

- Ah bon ?

- Oui, contre de l'argent.

100000 francs.

- Vous n'aurez jamais une telle avance de Gallimard.

C'est le bienvenu, non ?

- Bient�t, je pourrai plus payer mon loyer.

- Le livre est l�.

Ne faites pas cette t�te.

Je ne suis pas morte.

- Vous revenez quand ?

- A l'a�roport du Bourget, s'il vous pla�t.

- Et si l'avion s'�crase avant d'arriver a New York ?

- M. Gu�rin est tr�s occup�.

C'est bient�t la saison des roses.

- Oui, entrez.

- M. Gu�rin, Mlle Leduc.

- Ah, Violette. Quelle bonne surprise !

- Comment allez-vous ?

- Bien, merci.

- Et votre livre ?

- �a y est, c'est termin�.

- Vous en �tes contente ?

- Oui, j'en suis contente.

- Et Simone de Beauvoir ?

- Je viens de lui donner.

- Que puis-je pour vous ?

- Je viens chercher les 100000 francs.

Si vous n'avez pas chang� d'avis,

bien s�r.

- Oh, mais pas du tout, pas du tout.

Vous pr�f�rez un ch�que ou des billets ?

- Des billets.

Il est doux, votre tapis.

C'est une vraie ?

- Une vraie quoi?

- Panth�re.

- Elle est belle, n'est-ce pas ?

C'est un cadeau de ma m�re.

- J'ai pens� � ce que vous m'avez dit.

Nous nous sommes comport�s comme des imb�ciles.

- N'en parlons plus.

- Si vous voulez les recompter.

- Ce n'est pas la peine.

Je vous fais confiance.

- Voil�.

C'est pas plus compliqu� que �a.

Voil�...

Vous avez du charbon ?

- Juste ce qu'il faut. # en monterai demain.

- Laissez faire les hommes.

Je vous en monterai avec le mien.

- Au plaisir. - Allez, au plaisir.

- Au revoir.

- Et bien des choses � votre dame.

Et � la petite.

- J'y manquerai pas.

- Laissez faire les hommes.

Tu parles.

Si on les laissait faire...

Au fait, ton livre...

- Quoi, mon livre ?

- L 'Asphyxie. Merci.

C'est pas vrai ce que tu racontes.

�a fait de moi un monstre.

- Tu trouves ?

- La dame sur le mur, c'est elle ?

- Oui, c'est elle.

Comme si tu le savais pas.

- Tu vas pas recommencer avec tes b�tises.

� faire honte � ta m�re.

- Faut toujours que tu rabaisses tout � �a.

- Les waters sont sur le palier ?

- Oui.

T'oublieras pas le papier.

H�!

- Oh, tu me d�soles, Violette.

Tu vis encore au Moyen Age.

- T'inqui�te pas de �a, va.

Merci.

- Les oeufs,

je les vends au volailler.

Ils sont bons, tu verras.

On me redemande.

Maisje peux pas inventer les douzaines.

Je fais aussi les poulets.

Les oeufs, je les mets � couver pr�s du fourneau.

Tu verrais �a, quand ils cassent leur coquille

avec leur petit bec...

�a me donne envie de pleurer.

Ernest dit que c'est l'instinct maternel.

-Il a bon dos, Ernest.

- Mais...

Violette, qu'est-ce que t'as ?

- Je sais pas, mais �a tourne.

�a m'est arriv�, l'autre jour, dans la rue.

Tu crois que c'est grave ?

- Sotte.

Tu devrais �tre contente.

- Contente ?

- C'est le retour d'�ge.

Enfin.

� quelque chose malheur est bon.

Tu vas pouvoir en profiter.

- Profiter. Profiter de quoi ?

- Prendre quelqu'un.

-Il faudrait que je sois autrement que je suis.

Qu'est-ce qui te manque ?

Sois femme.

Et tu trouveras. Sois femme, bon sang.

C'est pourtant pas sorcier.

Regarde ta m�re.

O� tu vas ?

- Mme de Beauvoir est rentr�e ?

- Toujours pas.

- On a ouvert la fen�tre. - C'est la femme de m�nage.

- Vous �tes s�r ?

- Elle est pas rentr�e.

- Vous avez son adresse. Elle fait suivre son courrier.

- Non.

- �a fait 3 mois qu'elle est partie. Elle rentre quand ?

- J'en sais pas plus que vous. - Vous en savez pas plus ?

Vous cachez quelque chose.

- C'est pas bient�t fini !

Mme Beauvoir, elle est pas l�.

Elle est pas l�!

Qu'est-ce que c'est ?

- Mme de Beauvoir ? - Non, y a personne.

- Je peux entrer ?

Laissez-moi entrer !

- Vous �tes folle !

- N'oubliez pas que ces femmes se ha�ssent.

Elles ha�ssent leur condition.

Et surtout, elles se d�testent elles-m�mes.

Incapables de s'aimer, elles sont incapables d'aimer.

Il n'y a plus que le rituel �rotique.

- Je ne comprends pas bien.

Leur haine de Madame,

c'est leur haine d'elles-m�mes ?

- �videmment.

Si vous voulez bien reprendre vos places.

Il s'agit d'un rite qui doit atteindre

le sublime de la trag�die.

Nous sommes chez Racine, entendez bien.

Ces femmes n'arriveront pas � leurs fins

mais se d�truire elles-m�mes.

Regardez ce gant.

Ce n'est pas n'importe quel gant.

Il s'agit d'un gant en caoutchouc.

Ce gant doit �tre au coeur de vos pr�occupations.

Quant � vous, je vais pas vous dire ce qu'il doit repr�senter.

- Un objet �rotique. - C'est vrai.

En un geste, vous lui faites quitter l'eau de vaisselle

pour devenir peau, douceur, fantasme.

R�?�chissez-y, c'est important.

On reprend.

- Si vous n'avez pas aim� L'Affam�e,

ayez le courage de me le dire.

- Ah, Violette.

# allais vous appeler.

- � la bonne heure! O� �tiez-vous ?

- Aux �tats-Unis.

Pour un cycle de conf�rences � Chicago et en Californie.

Je suis rentr�e il y a 2 jours.

- Vous mentez !

Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Enfin, Simone.

- Un peu de silence.

S'il vous pla�t.

- Je n'ai pas � me justifier ainsi.

- Vous avez rencontr� quelqu'un ?

- Oui, un Am�ricain. �a vous va ?

- Vous l'aimez ? - �a ne vous regarde pas.

# ai lu L'Affam�e.

C'est ce que vous avez �crit de plus beau.

Je ne m'attendais pas � tant d'amour.

C'est pas si facile pour moi.

Sartre trouve que c'est un grand livre.

Gaston Gallimard va vous signer le contrat.

Nous sortirons ensemble.

Le Deuxi�me Sexe et L'Affam�e.

La collection Blanche.

�a vous va ?

- Si seulement je pouvais vous ha�r.

- Qu'y a-t-il ? On entend que vous.

- Que veux-tu ?

Personne me d�roule le tapis rouge.

Que veux-tu qu'il se passe !

- Ce que tu peux �tre m�lodramatique.

- Genet, j'ai lu ta pi�ce, c'est de la merde!

On demande � Racine d'�tre Rimbaud ?

On demande � Rimbaud d'�tre Racine ?

- Mlle Leduc, s'il vous pla�t.

- Derni�re porte � gauche.

Au fond du couloir.

- Merci.

- Oui?

C'est moi.

- Je ne suis pas pr�sentable.

Je m'inqui�te, j'ai pas de nouvelles.

Vous ne r�pondez pas, que se passe-t-il ?

- Je n'ai pas fait mon m�nage.

Je ne fais pas le mien tous Iesjours non plus.

Il fait bon chez vous.

- Bient�tje n'aurai plus de quoi mettre du charbon.

- Vous travaillez l� ?

- Vous me trouvez ridicule ?

- De collectionner les photos de moi?

- Franchement, oui.

Maisje ne suis pas venue parler de �a.

- Merci.

Bravo, quel foin !

- On ne parle que de vous.

- Je suis d�contenanc�e par certains.

Les communistes, par exemple.

Camus, que�estime,

qui dit que je ridiculise le m�le.

Un type m'a dit que j'�tais humili�e d'�tre une femme

et que j'humiliais les hommes...

Il faudra du temps.

- Un verre de vin ? C'est tout ce que j'ai.

- Je ne refuse jamais du bon vin.

-Ici, c'est de l'ordinaire.

- Je ne suis pas venue parler de L'Affam�e.

Vous savez ce que je pense de l'�chec d'un livre.

Je ne l'attribue pas au fait que vous d�criviez

votre amour pour moi.

Otez-vous �a de la t�te.

Le livre est l�.

Il est bon.

Il vivra.

Je suis venue pour parler de votre avenir.

# esp�re que vous allez vous mettre au travail.

- Je n'y crois plus.

- O� en �tes-vous de ce projet dont on avait parl� ?

Cette 1re exp�rience sexuelle.

Avec cette �l�ve quand vous �tiez jeune pensionnaire.

- Isabelle ? - Oui.

- �a n�nt�ressera personne,

ces coucheries entre filles.

Je ferais aussi bien de faire le trottoir.

Mais avec ma t�te, personne veut de moi.

Qui irait payer en plus ?

Je suis une vieille n�vros�e, tar�e, rat�e.

- Mais non.

- Si...

# ai 40 ans pass�s.

Rien devant moi.

Personne...

Seule, toujours seule.

# ai pas d'argent.

Pas de vie amoureuse, rien.

- Gallimard est pr�t � vous verser une somme tous les mois.

Je ne sais de combien...

Mais suffisante pour vivre et �crire en paix.

� condition de se mettre au travail.

- Vous plaisantez ?

- C'est le r�le d'un �diteur

de faire entrer de l'argent

gr�ce � des �crivains m�diocres qui vendent

pour redistribuer aux talentueux qui vendent moins.

- Ou pas du tout.

- Parlons de votre projet.

-Il y a cette 1re exp�rience en pension.

Il y a aussi Jacques, mon mari.

L'avortement, tout �a.

- J'avais m�me un titre. - � la bonne heure.

- Ravages.

- �a vous ressemble.

- C'est un vrai ravage, ce que j'ai v�cu.

- Rien que de la d�molition.

- Raison de plus pour faire quelque chose de constructif.

Je vais partir quelque temps en voyage.

- Retrouver votre Am�ricain ?

- Pas du tout, nous avons rompu.

Je vais en Norv�ge. - Avec qui ?

- Sartre.

- Emmenez-moi.

Ne me laissez pas seule.

- Pourquoi ne partez-vousjamais ?

Vous n'aimez pas les voyages ?

- On m'a pas appris, on n'avait pas les moyens.

- C'est une question de curiosit�.

�a vous ferait du bien.

# attends vos 1res pages, ne me d�cevez pas.

- Courrier.

-"Mlle, r�visant la comptabilit� de la NRF

"� l'occasion de la fin de l'ann�e,

"je me fais un phisir de vous annoncer

"que nous vous verserons

"une mensualit� de 25000 francs."

- La pieuvre dans mes entrailles fr�missait.

Isabelle buvait au sein droit,

au sein gauche.

Je buvais avec elle.

Je m'allaitais de t�n�bres quand sa bouche s'�loignait.

Je conduisis !a main jusqu'aux larmes rares de la joie.

Je creusais dans son cou avec mes dents,

�aspirais !a nuit sous le col de sa robe.

Les racines d'un arbre frissonnaient.

Je la serre, f�touffe l'arbre.

Je !a serre, ��touffe !es voix.

Je la serre, je supprime la lumi�re.

L'orage �clate.

Faites qu'elle vienne.

Qu'elle me pr�te son �paule

ou qu'elle emprunte la mienne.

Faites que j'aie son visage pr�s du mien.

!! faut �changer de l'innocence avec elle.

Elle me sortait d'un monde o� je n'avais pas v�cu

pour me lancer dans un monde o� je ne vivais pas encore.

Elle me donnait une le�on d'humilit�.

Je Veffrayais.

Je suis chair et sang.

Je suis vivante.

Je ne suis pas une idole.

"Ch�re Simone de Beauvoir.

"Ravages avance.

"J'ai quitt� Isabelle

"et me voici avec Jacques, mon mari.

"J'�cris pour !es aimer,

"pour les retrouver, pour ne pas les perdre."

"Et je vois se creuser le gouffre

"entre la vie que je m�ne et l'�rotisme du livre que j'�cris. "

C'est bient�t, Roussillon ?

- C'est loin derri�re, ma petite dame.

On approche de Vaison.

- Je vous avais dit que je descendais � Roussillon.

C'est quoi, le village, l�-bas ?

Je suis perdue.

On est o�, ici ?

- Faucon, vous �tes � Faucon.

-Il y a un h�tel?

- Un h�tel � Faucon ? Ah �a, non.

- Et o� puis-je trouver une chambre ?

Elle est � qui, cette maison ?

- Le propri�taire est mort, les enfants ne viennent plus.

- On se sent bien ici.

C'est quoi, cette montagne ?

- C'est le mont Ventoux qui nous prot�ge de tout.

- C'�tait la 1re fois que je p�n�trais dans l'intimit�

d'une lingerie d'homme.

Ma main effleurait un amas de tendresse

comme dans le sein d'une femme.

Sur lui, je cherchais, je t�tonnais.

Je trouvais.

Je touchais !a peau frip�e,

fragile comme une paupi�re.

Il s'offrir.

J �touffer' mon on'.

C'est la 1re fois.

� aucun prix il ne te faut de �a, a dit ma m�re.

- Simone.

Revenez � la raison.

- Violette Leduc est un grand �crivain.

Vous la traitez bien mal.

Vous �tiez moins pointilleux avec Genet.

- Peut-�tre faudrait-il supprimer l'�rotisme et...

garder l'affectivit�.

Faire un r�cit � part avec ces deux coll�giennes.

Si l'auteur consentait � entourer d'un peu d'ombre

ses techniques op�ratoires.

- Vous ne pouvez supporter

qu'une femme parle ouvertement de sa sexualit�.

C'est votre regard qui est sale.

- Que pense Sartre ? - Comme moi.

Que Violette Leduc est un grand �crivain.

- Et ce passage sur l'avortement ?

�a passera jamais.

La censure sanctionnera.

-Il faut bien que ces choses-l� soient dites.

Grasset et Albin Michel ne veulent pas.

Ou avec des coupes drastiques.

Avec Gallimard, on sauve le passage sur l'avortement.

Vous serez la 1re � en parler ouvertement.

- Que me conseillez-vous ?

- C�dez.

- Et si je r�siste ?

- Je sais ce que vous ressentez.

Nous nous rattraperons un jour.

Violette, regardez-moi.

Vous parlez de la sexualit� f�minine comme aucune femme ne l'a fait.

Avec po�sie, v�rit� et plus encore.

Un jour, on vous remerciera pour �a.

- On me mutile.

C'est affreux.

# ai mal au ventre.

- Avez-vous bien dormi ?

C'est important, le sommeil.

# ai �vit� de faire du bruit en tournant les pages.

- Bonjour.

- Je suis d�sol�e, on a interdit les visites.

- Elle dort.

- Je suis furieuse.

- On lui a fait des �lectrochocs malgr� mon opposition.

Excusez-moi, je dois parler au Dr Fouquet.

- Voulez-vous que je vous accompagne ?

- C'est inutile.

-Il y a d� avoir des d�penses importantes.

Je veux y participer.

-Il n'en est pas question.

- Je suis reconnaissant

de l'amiti� que vous lui portez.

De votre aide constante.

- On ne peut pas �tre ami avec Violette.

- Vous le savez comme moi.

C'est un devoir que j'accomplis.

Excusez-moi, je suis press�e.

Il y a des lettres aussi.

Vous le lirez quand vous pourrez.

Ecoutez �a.

"Il faut sauter dans Ravages comme dans le feu.

"Violette Leduc n'a peur de rien,

"n'a piti� de rien.

"Son personnage est poss�d� d'un fr�n�tique besoin d'aimer

"qui transforme en bourreaux les �tres qu'elle aime.

"Elle ose ce qu'aucune femme n'a encore dit,

"ces choses tues,

"ces anges arrach�s aux entrailles."

Violette.

Vous avez fait la moiti� du chemin.

Je ne vous I�cherai pas comme �a.

*- Fid�les � un demi-si�cle de tradition litt�raire,

*les Goncourt vont d�cerner leur prix annuel.

*Les 9 parmi lesquels Francis Carco, Roland Dorgel�s, Pierre Mac Orlan,

*Philippe H�riat et Armand Salacrou

*ont couronn� Les Mandarins de Simone de Beauvoir

*qui demeura invisible.

*Musique entra�nante

*Moins timide Jean Reverzy, laur�at du Renaudot,

*a fait face aux obligations de la gloire en signant...

- Elle �tait dr�lement bien, cette clinique.

Mme de Beauvoir a pay� tout �a ?

# ai vu le prix de la chambre.

# ai jamais dormi � ce prix-l�.

M�me pas pour ma nuit de noces avec Ernest.

Appuie-toi sur moi, allez !

Prends appui sur ta m�re.

Mon Dieu !

Ce capharna�m !

Oh!

Je voulais passer faire le m�nage,

maisj'ai attrap� que le train de 11 h.

Tu devrais te d�shabiller et l'allonger un peu, ma Violette.

Et la poubelle m�me pas vid�e.

Tu devrais aller au lit.

-"Mlle, nous vous confirmons le versement de votre mensualit�

"d'un montant de 25000 F, ce jour. La comptabilit�."

- J'en peux plus d'ici !

# en peux plus de vivre ici.

- �a sert � rien de se venger sur les choses.

- Tiens, tu le donneras � Michel.

C'est fini, j'�crirai plus.

- Demain, t'auras chang� d'id�e.

Allez, au lit!

- Non. Non !

# �crirai plus.

- Avale.

Hop !

Ton ami M. Gu�rin est venu plusieurs fois

pendant ta cure de sommeil.

Avec des bouquets grands comme �a.

Ton ami Genet aussi.

Vous �tiez f�ch�s ?

Mme de Beauvoir venait une fois par semaine.

Parfois avec M. Sartre.

Qu'il est laid !

Une si belle femme, vivre avec un homme si vilain.

Enfin!

On a eu des attentions pour ma petite ch�rie.

Les ?eurs sont fan�es.

Mais il y a les cadeaux. Je les ai mis dans ta valise.

Tu veux les voir ?

Tu vas pas pleurer alors que j'ai fait ce voyage

pour �tre avec ma petite ch�rie.

- Tu vas te taire !

Une fois pour toutes, est-ce que tu vas te taire ?

- Pourquoi t'es m�chante ?

Qu'est-ce que je t'ai fait ?

- Tu m'as faite !

Voil� le probl�me.

Tu m'as faite alors que tu voulais pas de moi,

ni mon p�re ni personne !

Je suis une b�tarde !

Voil� le probl�me.

Et personne ne veut de moi.

Personne ne veut de moi.

- Voil�.

- Violette, quelle bonne surprise!

Comment vous sentez-vous ?

�a va.

# ai ma m�re sur le dos.

- Vous partez ? - Non, je d�m�nage.

# ai pas l'instinct de propri�t�,

maisj'ai achet� pr�s de Montparnasse.

Mes Mandarins se vendent bien.

- Je sais.

Bravo pour le Goncourt.

- Merci.

- Mme Beauvoir ?

Que fait-on pour le bureau ?

- On se retrouve quelque part ?

Je viens.

- Je vais vous aider.

Laissez-moi vous aider ?

Pour une fois que je peux �tre utile.

Et les rideaux ?

Vous avez oubli� de d�crocher les rideaux.

- J'en ferai faire d'autres. Prenez si �a vous int�resse.

- Je disais pas �a pour �a.

- J'ai laiss� des choses, le vieux r�chaud...

Ne vous g�nez pas.

- Je demande pas l'aum�ne.

- Enfin, Violette.

Ne vous vexez pas, nous n'en sommes plus l�.

- Nous n'en sommes plus l� ?

Nous en sommes o�, alors ?

Vous le savez, o� nous en sommes ?

Vous avez raison.

On se verra plus tard.

Je m'en vais.

Au fait...

La pension...

- Ne vous inqui�tez pas, ils paieront. Je m'y engage.

- Gaston Gallimard,

verser une pension � Violette Leduc.

Vous me prenez pour une imb�cile.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez.

- Je sais que c'est vous.

Jalouse, aigrie, malheureuse,

voil� ce que je suis � cause de vous.

Je reste attach�e � vous.

Vous me dites que je vais r�ussir.

Je vous crois, je vous ob�is.

Je finis dans une clinique, drogu�e, folle, sans avenir,

pendant que vous accumulez les succ�s.

Sortez de ma vie !

- C'est vous qui m'avez donn� cette place !

Donnez-m'en une autre.

- J'y arrive pas l

- Reprenez votre plume, vous changerez le cours des choses.

Pas autrement.

Les cris ne font pas avancer, l'�criture oui.

- Je n'ai plus rien � dire.

- Reprenez depuis le d�but, depuis votre naissance.

- �a changera quoi?

- Tout puisque vous n'�tes plus la m�me.

Votre regard sur vous a chang� !

- Vous avez du feu ?

Pourquoi vous galopez ?

- Je suis press�e.

- Je m'appelle Ren�. Que faites-vous l� ?

- Je suis venue prendre l'air.

Et vous ? Moi ?

- Vous vous appelez comment ?

- Violette.

C'est ici que nos chemins se s�parent.

�a vous amuse de suivre les vieilles biques ?

- Je veux vous revoir.

- Vous �tes venu comment ?

- Quelle question ? En m�tro.

C'est bien chez vous, �a sent bon.

- Le rosbif.

- C'est qui, sur les photos, une actrice ?

- C'est Simone de Beauvoir.

�a vous dit rien ?

- J'ai lu des choses sur elle.

Des articles.

- C'est mon amie.

- Elle a pas la grosse t�te ?

- A table n

- Oh, oh !

- Je peux ?

- Oui, mais pas de fioritures, hein ?

C'est baroque.

C'est un sexe d'homme dans une main de femme.

Pourtant c'est la racine du monde.

- Qui est-ce ?

- C'est moi, Violette.

# ai t�l�phon� du bistrot d'� c�t�.

Je voulais le d�poser.

Je l'ai enfin termin�.

Je veux pas vous d�ranger. Voil�.

�a fait 1000 pages.

# ai fait comme vous m'avez dit.

# ai gard� que l'essentiel.

Ces messieurs de l'�dition le charcuteront.

Allez, on verra bien.

De toute fa�on, je m'en fiche.

- Je vais le lire tr�s vite.

Excusez-moi, je me sens pas tr�s bien.

- Je veux pas vous d�ranger.

- Violette.

Entrez, on va boire un verre.

�a nous fera du bien.

- C'est rudement bien chez vous.

C'est grand.

- Tenez.

- Merci.

- J'ai enterr� maman, hier.

- Ah bon ?

- Dans la plus stricte intimit�.

Je ne voulais personne.

Rendez-vous compte, c'est moi qui pleure.

-Il fallait me pr�venir.

Je serais venue vous soutenir.

- C'est all� tellement vite.

Pauvre femme.

Je suis p�trie de remords.

Dire que je lui faisais peur.

Un jour...

Moi aussi je serai l�.

# ai beau le savoir, cette id�e me r�volte.

- Pourvu que �a ne m'arrive jamais.

Perdre ma m�re.

Je n'y survivrai pas.

- O� en �tes-vous de vos amours avec votre ma�on ?

-ll est mari� alors c'est compliqu�.

Il m'envoie son fr�re pour que je couche avec lui.

Que faire ?

- Son fr�re vous pla�t?

- Non.

Mais le temps passe.

Et je suis seule.

Toujours seule.

Rien ne changejamais.

Je suis un d�sert qui monologue.

- Je vais le lire maintenant, �a me fera du bien.

- Je peux rester un peu ?

- Pour La B�tarde, je vais �crire la pr�face.

�a tourne dans ma t�te depuis un moment.

Je mets toutes les chances de notre c�t�.

- Mon cas n'est pas unique.

# ai peur de mourir e! je suis navr�e d'�tre au monde.

Je n'ai pas travaill�.

Je n'ai pas �tudi�.

# ai pleur�, j'ai cri�.

Les larmes et les cris m'ont pris beaucoup de temps.

Je m'en irai comme je suis arriv�e.

Intacte.

Charg�e de mes d�fauts qui m'ont tortur�e.

# aurais voulu na�tre statue.

Je suis une limace sous mon fumier.

Les vertus, les qualit�s,

le courage, la m�ditation, la culture,

bras crois�s, je me suis bris�e � ces mots-l�.

- On me reproche aussi

De n'avoir pas aim�

Ce qui s'appelle aimer

Qu'ils appellent aimer

Mais qu'est-ce qu'ils en savent .7

Et qu'est-ce que j'en sais .7

A chacun son amour

Et son besoin d'amour

Peut-�tre que le mien

Est un besoin d'amour.

Qui ne peut tout � fait se fixer

Dans un corps

Et qui reste le chant

Que je jette vers vous

Que je n'oserais pas

Si je manquais d'amour

4964, la r�forme du r�gime matrimonial est en cours.

La femme a droit � un compte en banque,

de g�rer elle-m�me ses biens.

D' exercer une profession

sans l'autorisation de son mari.

Simone de Beauvoir, bonjour.

- Bonjour.

Vous venez de pr�facer La B�tarde de Violette Leduc.

Elle incarne avec bonheur et po�sie

le combat d'une femme pour sa libert�.

Il semble que la soci�t� est � la veille de profonds bouleversements

qui modifient de mani�re irr�versible

le rapport des femmes � la litt�rature.

Dites-nous-en un peu plus

sur votre relation avec l'auteur.

En quoi l'�criture a �t� fondamentale

dans son processus d'�mancipation.

- Tout �crivain aspire � la sinc�rit�.

Chacun a la sienne qui ne ressemble � aucune.

Je n'en connais de plus int�gre que celle de Violette Leduc.

La B�tarde montre avec clart�

qu'une vie est la reprise d'un destin par la libert�.

Inlassablement elle interroge

et recr�e ce qu'elle a d�couvert.

*� la fin des ann�es 50, sur mon conseil,

�Violette Leduc a entrepris de raconter sa vie.

*Je venais de publier mes m�moires.

*Je l'ai encourag�e � en faire autant.

*Elle a ri d'elle-m�me,

*comme si elle ne m�ritait pas ma confiance.

Je l'ai d�tremp�e etj'ai insist�.

Elle �tait accabl�e de solitude,

de d�sillusions, de pauvret�.

Je ne croyais ni � sa solitude ni � sa pauvret� int�rieure.

Un jour, elle a d�couvert la Provence.

Le paysage doux et sauvage convenait � cette fille du Nord.

Sensuelle, curieuse, �motive,

elle trouv� dans ce d�cor la s�r�nit�

qui lui a permis de se comprendre,

d'isoler le motjuste,

de construire une oeuvre qui a enfin rencontr� le public.

Elle m�lait la vraie vie et la vie r�v�e.

Ses r�ves, � sa grande surprise, n'�taient plus l'occasion

de se couper du monde, mais de le r�v�ler � ses lecteurs.

Je ne connais pas de plus beau salut par la litt�rature.

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