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Paix ! Bonheur ! Sourires !
Souriez ! Montrez vos dents !
On filme en gros plans !
Soyez beaux pour la caméra !
Souriez ! 1, 2, 3, 4 !
De la joie authentique, pas du chiqué !
De la beauté naturelle ! On est dans la réalité !
VoilĂ , paix ! Paix ! Paix !
L’ACTE DE TUER
En 1965, le gouvernement indonésien été renversé par la junte militaire.
Tout opposant à la dictature militaire pouvait être accusé d’être communiste.
Membres d’un syndicat, fermiers sans terre,
intellectuels, personnes d’ethnie chinoise.
En moins d’un an et avec le soutien de gouvernements occidentaux,
plus d’un million de communistes furent exécutés.
L’armée se servit de gangsters et d’organisations
paramilitaires pour exécuter ces meurtres.
Depuis, ces hommes sont au pouvoir
et continuent de persécuter leurs opposants.
Quand nous avons rencontré les meurtrier, ils se sont vantés de leurs actes.
Pour mieux comprendre, nous leur avons proposé
de recréer les scènes de ces meurtres.
Ce film retrace cette reconstitution et ses conséquences...
Anwar Congo Bourreau en 1965
Herman Koto Gangster et leader paramilitaire
Ouvrez.
Je cherche une actrice
pour jouer une mère.
Des femmes âgées comme vous.
Vous voyez des stars à la télé ?
Vous devez rêver d’en être une.
- Non, je n'y tiens pas. - Pourquoi pas ?
- Vous n’avez rien d’autre à faire - Non, je suis occupée.
Ces femmes n’accepteront pas de jouer des communistes.
Ça marchera si on les invite d’abord dans votre maison.
Mais si on leur demande ici, elles auront peur.
Les gens croiront qu’elles sont vraiment communistes.
Je ne suis pas d’accord Dans mon quartier, elles accepteraient.
Alors, allons plutôt là -bas. Ici, c’est impossible.
Tout ce quartier était communiste.
Toi, comment tu t'appelles ?
Essaye.
N'aie pas peur !
On cherche des mères avec des enfants,
pour jouer des femmes communistes.
Vous essayez de nous empêcher de brûler votre maison.
Finalement, on la brûle quand même.
Alors tu pleures.
Pleure et prends ce gosse dans tes bras, le moche, lĂ .
"Maman, ils ont brûlé notre maison !"
Voilà , comme ça c’est bien.
C’est pas grave si tu touches ses seins. T’es encore qu’un gosse.
PrĂŞts ?
Tuez-les !
Non !
Détruisez leur maison ! Non, par pitié !
Brûlez-la !
Tuez !
Criez ! Pleurez !
Ne brûlez pas ma maison.
Continuez de pleurer !
C'est bon coupez !
Que ça passe au cinéma
ou seulement à la télé, c’est sans importance.
- Mais on doit montrer… - La véritable histoire.
C’est ce que nous sommes.
Comme ça, plus tard, les gens se souviendront !
Pas besoin d’en faire un grand film
comme la Rank Organization, Paramount Pictures ou MGM.
Nous-mêmes, à notre façon, pas à pas.
On va raconter l’histoire
de ce qu’on a fait pendant notre jeunesse.
Pardon…
Il y a des fantĂ´mes ici, beaucoup de gens sont morts lĂ .
Mais pas de mort naturelle.
Ils sont arrivés en bonne santé,
Arrivés ici, ils ont été battus et ils sont morts.
On les traînait…
Jusque-lĂ .
D’abord, on les battait jusqu’à ce qu’ils crèvent,
mais il y avait trop de sang.
Il y avait tellement de sang, ici.
Quand on nettoyait, l’odeur était insoutenable.
Pour éviter le sang, j’avais inventé un système.
Je peux vous montrer ?
D’accord.
Vous voyez ce poteau ?
J’attachais le fil de fer au poteau.
Assieds-toi la.
Regarde par lĂ -bas.
Ça doit être crédible.
VoilĂ comment on fait,
pour éviter qu’il y ait trop de sang.
J’ai essayé d’oublier tout ça avec de la bonne musique.
En dansant,
en gardant la pĂŞche.
Un peu d'alcool…
Un peu de marijuana…
Un peu de... comment on appelle ça ? Ecstasy.
Une fois que j’étais soûl, je planais, je me sentais bien.
Cha cha cha.
VoilĂ un homme heureux !
Gouverneur du Sumatra du Nord Syamsul Arifin
C'est pourquoi, toutes ces photos ?
Viens, ma belle.
T'as un petit ami ?
Non, monsieur.
Tu mesures combien ?
1 m 63.
Anwar Congo, du groupe des paramilitaires.
Vous avez entendu parler de lui ? Il travaillait au cinéma Medan.
Maintenant, je suis gouverneur. S’il me menace, je le tue.
Anwar adorait danser.
Il y avait une boîte en ville,
il allait y danser tous les soirs.
Tout le monde avait peur de lui,
sauf moi.
Il s’occupait de moi quand j’étais gosse.
J’allais au collège.
J’étais le seul à ne pas avoir peur de lui.
Pour moi, c’était pas un gangster
Quand les gens entendaient son nom, ils étaient terrifiés.
- Pourquoi ? - C'était un des tueurs.
On l’aimait bien quand il était petit,
il était tout rond, comme une boule.
Maintenant, les enfants des communistes commencent Ă parler,
en refaisant l’histoire.
Y en a un qui a écrit "Je suis fier d’être l’enfant d’un Communiste".
Ça ne durera pas.
Les gens ne l’accepteront pas.
Le communisme ne sera jamais toléré en Indonésie.
Il y a trop de gangsters et c’est très bien comme ça.
Le mot gangster vient de l’anglais "hommes libres".
Les bandits veulent être libres d’agir, même quand ils ont tort.
Quand on sait s’y prendre avec eux,
il n’y a plus qu’à les commander.
On était des gangsters, sans vrais boulots.
On aurait fait n’importe quoi pour faire de l’argent
et s’acheter des beaux vêtements.
Ça, c’est le cinéma
oĂą je travaillais.
Je me tenais lĂ et je revendais des places, en frimant.
Quand les films marchaient, on revendait des tickets
Mais quand les communistes ont voulu faire la loi,
ils ont demandé l’interdiction des films américains.
Ils n’en voulaient pas.
Alors, nous les gangsters, on gagnait moins.
Le public ne venait plus.
Les films de Hollywood marchaient bien.
Sans ces films, les gangsters faisaient moins d’argent
Chez nous, on dit "Le repas a raté le ventre."
Quand on regardait des films joyeux, comme ceux d’Elvis,
on quittait la salle avec le sourire, en dansant sur la musique.
Nos mains, nos pieds,
suivaient le rythme.
On était dans l’esprit du film.
On sifflait les filles qui passaient.
C’était super. On se foutait du regard des autres.
Ça, c’était le bureau des paramilitaires où j’assassinais les gens.
Je voyais le gars, en train d’être interrogés.
Je lui filais une cigarette, en continuant Ă danser et Ă rire.
C’était comme si on tuait
dans l'allégresse !
Quand ma mère vivait encore,
parfois, je criais dans mon sommeil.
Elle accourait pour me réveiller.
"Avant de dormir, lave-toi les pieds !"
"Dis tes prières, ne dors pas tout de suite !"
Je sais que mes cauchemars sont causés par ce que j’ai fait.
Tuer des gens qui voulaient pas mourir
Je les ai forcés à mourir.
Ă€ quoi rĂŞves-tu, mon amour ?
En es-tu si incertaine ?
Regardez, la star !
T'es une star, maintenant !
Incroyable !
Ce type est une star !
Éditeur de journaux Ibrahim Sinik
Joshua, filme les photos !
C’est le beau père du président, Sarwo Edhie.
Je les présente un par un.
Lui, c’est le président.
- Et un autre président ! - Et un candidat à la présidentielle.
- Les trois sont candidats. - Le chef des armées.
Encore un président…
Le président Suharto…
Ibrahim Sinik est célèbre dans tout le pays,
pas seulement Ă Sumatra Nord.
Nous, les gangsters, on le protège.
Longue vie Ă lui !
Mais n'oublie pas de partager ton fric !
Demande plutĂ´t du fric Ă Joshua.
Après tout, il vient de Londres !
Vous interrogiez des communistes Ă votre journal ?
Il cherchait toujours à avoir de l’information.
Quand on l’avait obtenu,
il disait "Coupable !" On les emmenait et on les tuait I
Vous pouvez me parler d'Anwar Congo ?
Qui ?
Qu'est-ce que vous pensez d'Anwar Congo ?
Y'avait pas que lui !
Y en avait des centaines comme lui.
Pourquoi parler d'une seule personne !
Il n’était qu’un parmi tant d’autres.
Pourquoi perdre mon temps Ă parler de lui ?
Quand vous interrogiez des communistes dans votre bureau,
quelles questions leur posiez-vous ?
Quelle que soit la question, on changeait leur réponse,
pour les faire mal paraître.
En tant qu’éditeur de journal,
mon travail était de faire en sorte que la population les déteste.
Et votre relation avec l'armée ?
- L’armée. - Aucune relation formelle.
Une fois qu’on avait capturé les jeunes communistes
et qu’on les avait bien tabassés,
on les livrait à l’armée, mais ils n’en voulaient pas.
Ils nous disaient : "Balancez-les dans le fleuve."
Vous avez un souvenir précis de ce que l'armée disait ?
Ce n’est pas moi qui les emmenais. J’avais des hommes pour ça.
Pourquoi j'aurais fait ce sale boulot ? Pourquoi j'aurais tué des gens ?
J’avais pas à le faire. Un signe de moi et ils étaient morts.
Les Jeunesses Pancasila sont l’une des plus puissantes
organisations paramilitaires d’Indonésie.
Elles ont joué un rôle majeur dans les exactions de 1965-1966.
Jeunesses Pancasila !
Chef des Jeunesses Pancasila Yapto Soerjosoemarno
Comment ça va, Artwan ?
Anwar Congo en personne !
J’ai apporté des photos de nous, de l’époque.
Super ! On va les mettre sur un CD.
Hé, on pourrait les passer à notre congrès national.
Jeunesses Pancasila, au service de la Nation.
Toutes voiles dehors,
nous allons de l’avant.
Les Jeunesses Pancasila comptent plus de
trois millions de membres en Indonésie.
- Pancasila ! - Pour toujours !
Tous les membres des Jeunesses Pancasila sont des héros.
De l’extermination des communistes
au combat contre les néo-communistes et l’extrême gauche,
et contre tous ceux qui veulent détruire notre pays.
Ce n’est pas seulement la tâche de l’armée et de la police.
Nous, Jeunesses Pancasila avons le devoir de nous impliquer.
Devant ces menaces contre la Nation nous devons agir.
On dit que Jeunesses Pancasila est une organisation de gangsters
Si on est des gangsters,
je suis le plus grand des gangsters !
Eh merde !
Comment Jeunesses Pancasila a-t-elle exterminé les communistes ?
On les a tous tués.
Voilà comment ça s’est passé
Je peux frapper ma balle ?
Quand il y a trop de démocratie, c’est le chaos.
Démocratie de mes deux !
Tout allait mieux sous la dictature militaire.
Meilleure économie. Plus de sécurité.
Trop d'exercice après manger… Je vais gerber.
Les gangsters sont libres.
Ils veulent profiter de la vie avec style.
Relax et Rolex.
Sérieux, t’as un grain de beauté sur la chatte.
C’est vrai en plus.
J’abats les quilles, j’ai un massage.
Et n'échappe pas la boule !
- Regarde-moi. - Je vais faire comme toi.
Super, non ?
Pour un "strike", tu me masses.
Pour un "spare", laisse tomber.
Il y a beaucoup de fantĂ´mes, ici.
LĂ , on les battait
à mort. On les trainait…
Assieds-toi lĂ .
Jamais j’aurais porté un pantalon blanc.
Je portais jamais de blanc.
Que des couleurs sombres.
Je suis sapé comme pour un pique-nique !
Pour faire ça, je devrais d’abord boire.
- Je devrais avoir l’air violent. - Brutal.
Pas comme ça.
Regarde, je rigole. C'est raté, non ?
C’est ma faute.
Al Pacino… Un de mes préférés.
Dans les Westerns, des stars comme John Wayne…
Tu vas ĂŞtre ravissant avec celui-lĂ ! Parfait !
- Putain, qu'est ce que c'est ce truc ? - Juste une décoration.
Ça s’accorde parfaitement avec tes formes.
Parfait !
- Celui lĂ pour le "Big Boss". - Oui ! C'est parfait pour moi.
- Et celui-ci pour moi. - Ça va ?
Il me va parfaitement !
Je prenais une table comme ça.
Je la mettais pile sur le cou.
- Le pied de la table ? - Oui. Je la soulevais...
… et la plaçait sur la gorge.
- Ici ? - Oui, la tĂŞte ici.
La table était sur le balcon.
Donc le type était bâillonné.
On s’asseyait dessus.
- En regardant... - La rue ?
En regardant la rue et le cinéma.
On s’amusait. Comme ça.
On va s’asseoir sur la table. Hé, ta braguette.
En chantant… En battant la mesure…
Hello, hello Bandung.
Ville des jours heureux !
Hello, hello Bandung !
Ville des souvenirs joyeux !
Il y a si longtemps que je t’avais vue.
L’ennemi t’a incendiée.
L’ennemi t’a, incendiée.
Nous te reconquerrons !
Oh ! Il est mort !
Debout ! Il est mort !
On retire le corps.
On va me prendre pour un fou !
- Maintenant ? - Oui.
Détendez-vous, respirez par le nez.
Les dents toujours nickel.
Il y avait plein de communistes chinois.
J’avais un gros carnet avec tous leurs noms.
J'allais les voir et je leur disais : "Combien tu me payes ?"
Ils me disaient : "Pitié, Monsieur ! Je suis vieux"
On les extorquait On les tuait pas.
Mais s’ils payaient pas, on les tuait.
Ils peuvent pas tout avoir, non plus.
La bourse
ou la vie.
Chef paramilitaire local Safit Pardede
Ils sont coriaces, ces Chinois. Parfois, ils m’insupportent.
Voilà … Vous parlez bien des chinois.
Quand j’ai besoin d’argent, rien ne vaut un vieil ami.
Avec les autres, quand il y a pas le compte, je refuse.
Salut Lung. Allez, serre-moi la main. Ça fait un bail.
- J'ai besoin d'argent. - Pourquoi moi ?
Je te demande gentiment.
Aux autres, je demande mĂŞme pas. Je frappe.
Un uppercut dans le plexus.
C est de bon cœur ? Alors merci beaucoup.
Qui est le suivant ?
Notre organisation prévoit un grand rallye. On a besoin d’argent.
Plus que d’habitude.
Il nous faut un gros montant.
Pas la somme habituelle.
C'est quoi ces merdes ?
Tu donnes plus ou c’est non.
- S'il vous plaît… - J'accepte jamais si peu.
VoilĂ .
C’est pas assez, je te dis.
Qu'est-ce qui t'arrive, Cik ?
T’es comme notre papa, Cik.
Alors, crache l’oseille. C’est pour la bonne cause.
Compte les biffetons, mets-les dans l’enveloppe.
Vice-président de l’Indonésie Jusuf Kalla
L’esprit des Jeunesses Pancasila,
que la population accuse de gangstérisme…
Les gangsters sont des gens qui travaillent hors du système,
pas pour le gouvernement.
Le mot gangster vient de "homme libre".
Ce pays a besoin "d'hommes libres !"
Si tout le monde travaillait pour le gouvernement,
nous serions une nation de bureaucrates. Ce serait l’inertie.
Nous avons besoin de gangsters pour que les choses avancent.
Des hommes du secteur privé, libres et efficaces.
Il nous faut des hommes
prĂŞts Ă prendre des risques dans les affaires.
Faites travailler vos muscles !
Les muscles ne servent pas Ă tabasser les gens.
MĂŞme si parfois, il faut bien les tabasser un peu !
- Allez, Pancasila ! - Pour toujours.
- Pancasila ! - Liberté !
Nous profitons de l’attente du passage de ce tram pour vous rappeler
que le code de la route vous protège, vous et votre famille.
Nous vous informons également que, selon la loi…
Je déclare que les jours prochains
seront ceux de l'action !
Le gouvernement avait produit ce film
pour qu’on déteste les communistes.
À partir de l’école élémentaire
tous les enfants devaient le voir.
Chaque année, on les emmenait au cinéma pour voir ce film.
Je m’en souviens, je travaillais au cinéma.
Les enfants étaient répartis en deux groupes.
Les plus jeunes au premier rang.
Certains enfants étaient traumatisé par le film.
Mais au fond de moi, j’étais fier
parce que je tuais les communistes, qui avaient l’air si féroce
dans le film…
Moi j’ai fait bien pire que ce qu’il y a dans le film.
Papa !
Papa !
Adi Zulkadry Assistant Bourreau en 1965
- Adi ! Comment va la famille ? - Très bien, merci.
Bon vol ?
- Comment tu vas, Anwar ? - Ça va.
- La ville a bien changé. - Tu trouves ?
J’ai essayé de t’appeler plein de fois.
Jamais de réponse.
Pas mal, hein ?
On voit le fil de fer ?
Non c'est super !
Voilà , Adi. C’est ici.
- Notre bureau ? - C'est lĂ qu'on tuait.
On en a tué un paquet, ici.
J’appelais ça le "bureau sanglant".
Le Medan Post. C’est le bureau d’Ibrahim Sinik.
Voilà , la rivière Deli.
Tout le monde sait que la Deli est hantée.
On jetait les corps par-dessus le pont.
On les traînait par les pieds…
Et on les balançait... Un, deux... et trois !
C'était beau. Comme des parachutes. Boum !
J'imagine que vous avez chacun tue des centaines de personnes…
Je voudrais connaître votre avis sur le film de propagande.
Pour moi, grâce à ce film, je me sens pas coupable.
Je le regarde et ça me rassure.
Ah bon ? Pas moi, je crois que c'est un tissu de mensonges.
MĂŞme les tortues grimpent aux arbres abattus.
Facile de dénigrer les communistes, maintenant qu’on les a décimés.
Ce film a été fait pour ça.
Des femmes communistes qui dansent nues…
Bien sûr, c’est un mensonge.
Tuer, faut faire ça vite ! Tu jettes les cadavres et tu rentres chez toi !
C’est vrai quand on tuait, on faisait ça presto.
Aussi vite que possible.
On voulait pas attirer l’attention.
On devrait pas parler de ça, Adi.
On devrait pas dire du mal de ce film devant des étrangers.
On devrait parler de notre film.
C’est lui qui a posé la question.
- Tu te souviens de Soaduon ? - Bien sûr, il est où ?
LĂ -bas, Soaduon Siregar.
Aujourd’hui, il se la ramène, mais dans le temps, c’était un minable.
Je me souviens de lui.
- Adi, je te présente Soduon Siregar - Je me rappelle de toi.
C’est un des journalistes d’Ibrahim Sinik.
Comme on dit :
"En Arabie, le chameaux ne visitent jamais la Mecque."
Avoir un patron riche, ça l’a pas rendu riche.
C’est comme moi. Assieds toi.
Les communistes étaient moins cruels que nous.
On était plus cruels.
La cruauté, c’est différent du sadisme.
- Non, les deux sont synonymes… - Non.
Le sadisme, c’est autre chose.
- Tu joues sur les mots ! - Pas du tout !
Tu joues sur les mots.
Interrogatoire communiste : prise 2.
On donne la terre aux fermiers.
Des fertilisants, des semences, des outils agricoles.
Dans le but de propager le communisme, c'est ça ?
Précisément, on veut montrer que les communistes sont le meilleur parti.
Pourquoi recrutez-vous des gens dans un parti-hors-la-loi ?
À l’époque, c’était légal.
- Vraiment ? - Avant 1965 ? Bien sûr !
- Il a filé ! - Non, on I'a.
Tiens-le
Il s’est cogné la tête.
Parfois je me dis, si mon père avait été communiste et assassiné,
je serais en colère. Normal, non ?
Par exemple, si t’avais tué mon père, je t’en voudrais à mort.
Pourquoi t'as tué mon père ?
Après, tu m’interdis d’aller à l’école. Tu m’empêches de travailler.
Tu refuses même que je me marie. Ça doit changer.
Il n’y a eu aucune excuse officielle.
Pourquoi c'est si dur de s'excuser ?
Ce serait au gouvernement de s’excuser, pas à nous.
Comme un remède qui atténue la douleur.
- Le pardon. - Ils nous maudissent pas,
parce que s’ils le faisaient ouvertement,
on les arrĂŞterait, alors ils nous maudissent en murmurant.
Tu vois, Adi, finalement,
si je dors mal, c’est peut-être que
quand j’étranglais les gens avec un fil, je les regardais mourir.
Avec les autres méthodes, tu regardais aussi.
C’est ça qui provoque mes cauchemars.
Tu te sens hanté parce que ton esprit est faible.
Les gens qu’on a tués ont perdu.
MĂŞme quand ils avaient un corps, ils avaient perdu.
Maintenant ils n’ont plus qu’une âme.
Ils sont encore plus faibles. Comment peuvent ils te hanter ?
Mais si tu culpabilises, tes défenses s’écroulent.
T'as déjà vu un neurologue ?
Si je voyais un neurologue, ça voudrait dire que je suis fou.
Non ! Les psys, c'est pas que pour les fous.
Ils ne traitent pas que la folie. C’est des experts en nerfs.
Même moi, j’en ai vu un, pour un petit AVC.
Tes cauchemars, c’est un problème nerveux.
Vas en voir un, ça coûte rien d’essayer.
Quand tu vois un psy, tu parles, il parle,
et après, il te donne des vitamines pour les nerfs.
C'est lequel qui est infirme ?
- Lequel ? - Le blessé.
Celui-lĂ .
- Pauvre petit canard. - Lâche-le, tu lui fais mal.
Il est faible, tu lui as cassé la patte.
Arrête. C'est un bébé !
- Dis-lui "Pardon, petit canard." - Pardon, petit canard.
C'est bien Dis-lui : "c'était un accident"
"J’ai eu peur, alors je t’ai frappé"
- Allez. - Pardon canard.
Dis lui : "C'était un accident." Plus fort.
- Pardon, canard. - Caresse-le un peu.
Tu te souvienne la campagne : "Écrasez les chinois", en 1966 ?
Tu m’avais donné la liste des communistes chinois.
Le long de la rue Surdiman,
j'ai poignardé tous les Chinois que je croisais !
Je ne me souviens plus combien, mais c’était par douzaines.
J’en croisais un, je le poignardais.
Jusqu’à la rue Asia, où j’ai connu le papa de ma fiancée.
Tu te souviens qu'elle était Chinoise ?
"Écrasez les Chinois", c'est devenu : "Écrasez le beau-père !"
Lui aussi, je l'ai poignardé Parce qu'il était Chinois !
Il est tombé dans un fossé.
Je l’ai frappé avec une brique. Il a coulé.
Tuer, c’est le pire crime qu’on puisse commettre.
Le truc, c’est de trouver une façon
de ne pas ressentir de culpabilité.
Il faut trouver la bonne excuse.
Par exemple, si on me demande de tuer quelqu’un
et que c’est bien rémunéré,
alors bien sûr j’exécute.
En un sens, ça se justifie.
Il faut arriver à s’en convaincre de faire les choses comme ça.
Après tout, la moralité est relative.
Au début, j'étais terrifié. C'était des gangsters de première !
Comme toi et Anwar…
Terrifiant ! En faire un film, ça me choque !
- Ça fait mal ? - Non.
Caméra.
Tu ferais mieux de m’écouter
ou tu vas entendre ma faucille !
Ma faucille est rouillée !
Et ton œil va goûter cette rouille !
Et les applaudissements ? Allez, applaudissez !
Vous voulez une histoire vraie ? J'en ai une bonne.
Raconte. Tout doit ĂŞtre vrai dans ce film.
Il y avait ce commerçant.
Le seul Chinois du quartier.
En fait, c’était mon beau-père.
Voisin d'Anwar : Suryono C'était mon beau-père...
Mais même en tant que beau-père,
On vivait ensemble depuis que j’étais bébé.
Ă€ 3 heures du matin, on frappe Ă la porte.
Ils appellent mon père ! Ma mère lui dit : "C'est dangereux ! Ne sors pas !"
Il y est allé quand même.
On l'a entendu crier : "Au secours !" Puis plus rien.
Ils l’ont emmené. On n’a pas dormi de la nuit.
- T'avais quel âge ? - 11 ou 12 ans.
Je m’en souviens très bien.
C’est impossible à oublier.
On a retrouvé son corps sous un fût de pétrole.
Le fût était sectionné en deux
et le cadavre était dessous. Comme ça.
Sa tête et ses pieds étaient recouverts de sacs.
Mais un pied dépassait.
Ce matin-là , personne n’est venu nous aider.
On l’a enterré somme une chèvre, sur le bord de la route.
Moi et mon grand-père, on a transporté le corps
et creusé sa tombe. Personne ne nous a aidé. J’étais qu’un enfant.
Après, toutes les familles communistes on été forcées de s’exiler.
On nous a entassés dans un bidonville, à l’orée de la jungle.
C’est pour ça, en fait, que je suis jamais allé à l’école.
J’ai dû apprendre par moi-mème à lire et à écrire.
Pourquoi je vous le cacherais ?
On doit apprendre à se connaître, non ?
Je jure que je ne critique pas ce que vous faites.
C’est juste du contenu pour le film. Je vous promets, c’est pas une critique.
Écoute, tout est déjà planifié.
On peut pas tout raconter non plus. Le film finira jamais !
Ton histoire est trop compliquée. Ça demanderait des jours à tourner.
- Peut-être qu’on peut l’intégrer. - Ça motiverait les acteurs.
- On devrait lui donner une cigarette. - Ouais.
Donnez-lui de l’eau et une cigarette. Il a peur.
Nous croyons que cet homme est communiste.
Après qu’on les condamnait, y’avait diverses réactions. Certains priaient.
- Allez, prie. - "Dieu, aide-moi !"
D’autres gémissaient.
Dirige-le
Gémis. Regarde autour de toi, terrifié.
Comment tu lui annonces qu'il va mourir ? Durement ou doucement ?
Normalement.
- Froidement ? - Oui.
J’essaie de le leur faire accepter l’idée de la mort.
Anwar, montre-nous comment on torture.
"Tu veux que j'me serve de ça ?"
- Je dois lui faire peur ? - Oui.
"Tu veux que j'me serve de ça ?"
Supplie-le de ne pas le faire.
Maintenant, bande-lui les yeux. Bâillonne-le aussi.
Pas le nez, faut qu’il puisse respirer.
C’est pas grave s’il meurt pour vrai.
Pas trop serré. Ça va, on va le tuer pour de bon.
On avait toujours du fil sous la main C’était notre outil principal.
On le passe autour du cou, sans qu’il voie ce qui se passe.
Tout à coup, il se sent étranglé.
Josh me demande tout le temps : "Tu bossais dans le mĂŞme bureau,
comment t'as pu ne pas voir ?"
Je t’affirme que je n’ai jamais rien vu.
Maintenant que je vois votre reconstitution,
je réalise à quel point vous étiez des rusés.
Même moi, le journaliste aux "oreilles d’éléphant",
les sens bien aiguisés, je n'ai jamais rien vu !
Je suis étonné. Parce qu’on a jamais caché ce qu’on faisait.
Si lu ne savais rien, je serais choqué.
Sérieux, je savais pas.
On était dans le même bureau.
- Et ça se passait au grand jour. - Jamais rien vu.
Vous étiez des rusés et je montais rarement à votre bureau.
- Ton éditeur dirigeait la torture. - Non !
- Il le dit lui-mĂŞme ! - C'est un mensonge !
Lui et les autres chefs décidaient qui on allait tuer.
Je dis pas que t'es menteur, mais en toute logique…
- Continue, Adi. - Je le traite pas de menteur, Joshua.
Mais cet homme, un journaliste qui se distancie des faits…
Des actes qu’on commettait au grand jour,
comment il pouvait ne pas savoir ? MĂŞme les voisins savaient !
Ils ont été des centaines à mourir. C’était un secret de polichinelle.
- Bois ! - Prends de l'eau.
- Bois ! - C'est pas du poison !
C’est pas du poison.
Bois. Ça va te rafraîchir.
Donne-lui une cigarette.
Laisse le fumer.
C’est du sadisme, Adi.
Laisse-le fumer. Après, interroge-le.
Calme-toi. Relax.
Balance sa cigarette.
Ligote-lui les mains dans le dos.
Questionne-le de nouveau sur ses activités.
Ayez pitié de moi !
S’il vous plaît, monsieur.
Est-ce qu'on devrait te tuer ?
Attendez. Vous pouvez transmettre un message Ă ma famille ?
Bien sûr.
Je peux leur parler une dernière fois ?
C’est bon, tirez.
Baisse un peu la tĂŞte.
Emballez-le.
Emportez-le.
Écoutez, si on arrive à faire le film,
ça dissipera toute les rumeurs sur la cruauté des communistes.
- C'est nous les plus cruels ! - On incarne là cruauté.
Si le film est un succès. Il faut comprendre
chacun des gestes qu’on pose.
C’est pas une question de peur. Ça s’est passé il y a 40 ans.
Il y a prescription.
C'est pas une question de peur mais d'image. La société dira :
"On s’en doutait, ils ont menti sur la cruauté des communistes."
C’est pas un problème pour nous, c’est un problème pour I’histoire.
Toute l'histoire sera inversée. Pas à 180 degrés, à 360 degrés !
À condition de réussir cette scène-là .
Mais pourquoi cacher notre histoire si c'est la vérité ?
Non, l’enjeu, c’est que
tout ce qu’Anwar et moi avons toujours raconté est faux
Les communistes n’étaient pas cruels.
- Mais c'est la vérité ! - J'approuve complètement.
Tout ce qui est vrai ne doit pas nécessairement être rendu public.
Je crois que mĂŞme Dieu garde des secrets.
Je suis conscient que nous avons été cruels.
C’est tout ce que j’ai à dire.
Maintenant, c’est à vous de voir.
Sans vouloir vous mettre mal à l’aise, je m’interroge.
En insinuant qu’il s’agit d’une guerre, vous n’êtes pas hanté comme Anwar.
La convention de Genève définit pourtant vos actes comme des crimes de guerre.
Je ne suis pas entièrement d’accord avec ces lois internationales.
Quand Bush était au pouvoir, Guantanamo se justifiait.
Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive.
Sous Bush, ça allait mais plus maintenant.
La Convention de Genève, c’est peut-être la moralité d’aujourd’hui,
mais demain, on aura la Convention de Jakarta. Genève, terminé !
Ce sont les gagnants qui définissent les crimes de guerre.
Moi, je suis un gagneur. Je fais mes propres définitions.
Je ne me soumets pas aux règles internationales.
L’important, c’est que toute vérité n’est pas nécessairement valable.
Certaines vérités ne sont pas bonnes. Comme le fait de rouvrir cette affaire.
Même si ce que vous trouvez est vrai, ce n’est pas bien.
Mais pour les familles des millions de victimes,
si la vérité sort au grand jour, c’est bien.
D’accord, mais parlons du meurtre originel, Caïn et Abel.
Pourquoi se focaliser sur les communistes ?
Les Américains ont tué les indiens.
Qui les a punis pour ça ? Punissez-les, eux !
Pour moi, rouvrir ce dossier, c’est de incitation à se battre.
Je suis prêt ! Si le monde veut la guerre perpétuelle, je suis prêt.
Si vous voulez qu'on se batte, je suis prĂŞt !
Et si on vous assignait devant la Cour des droits de l'homme Ă La Haye ?
- Maintenant ? - Oui.
J’irais. Je suis pas coupable, mais j’irais.
C'est que je serais célèbre ! Je suis prêt !
Je vous en prie, faites-moi assigner Ă La Haye.
Ça va être chaud.
Très chaud.
Et sans se presser, hein ?
J'adore ! Du bonheur pour le yeux.
Pour un mec comme moi, c’est bon pour la santé.
Pourquoi les gens regardent James Bond ?
Pour voir de l’action.
Pourquoi ils regardent des films sur les les Nazis ? Pour le pouvoir et le sadisme !
On fait ça très bien, nous.
On peut ĂŞtre encore plus sadique.
Pires que dans les films de Nazis.
Bien sûr que je peux.
On ne voit jamais de films où les gens sont décapités.
Sauf en fiction, mais c’est autre chose.
Moi, je l’ai fait pour de vrai.
Ce qui est clair, c’est qu’aucun film n’a jamais utilisé notre méthode.
On peut faire un carton au box-office.
L’humour, c’est un must.
- L'histoire d'amour ? - On l'a !
Parce que si le public reste tendu tout le long.
Avec rien pour se divertir, ça ne marchera jamais !
Tu sens bon, Herman !
Par chance que je l'ai apporté. Imagine-comme tu sentirais, sinon !
Mais faudra me la rendre. C’est pas un cadeau.
J’ai toujours mis de l’eau de Cologne.
C'est seulement pour que t'en mettes Pas pour la garder !
- Alors tu me la rends, entendu ? - J'te la rendrai.
Une fois j’ai porté un parfum
qui s’appelle Christian Dior, Herman.
Les gens qui me croisaient
se retournaient sur mon passage.
"Ce type sent super bon !" qu'ils disaient.
Comme moi maintenant ?
Toi t’es laid, alors si l’un de nous sent bon,
on croira que c'est moi, sûrement pas toi !
Hé, c'est quoi cette rivière, Herman ?
Je vois toutes les veines.
Dans mes paupieres.
Je vois chaque veine.
J'ai un couteau au lieu du revolver !
Quand j’étais petit, j’imitais les stars américaines.
Je les regardais tellement
que je m’y croyais.
Je regardais des films, de gangsters…
Des films violents… Je voyais toutes ces façons de tuer.
Et je les imitais.
Surtout quand les gangsters tuaient avec un fil de fer.
C’est ma méthode pour capturer et tuer les communistes.
Bien sûr, On n’est pas au même endroit.
Maintenant, je suis dans la jungle
Ă jouer aux cowboys.
Baisse la tête, s’il te plaît.
Baisse tes mains comme un bon garçon…
T’es un traître.
Elle est super ma chemise rouge, non ?
- J'aime pas la mienne. - La jaune ?
- C’est moche, le jaune. - Ça dépend qui le porte.
Qu'est ce que tu veux dire ?
Certaines couleurs vont Ă certaines personnes.
N'importe quoi ! Comment tu sais que le rouge te va ?
C'est nous qui te regardons !
Je sais ce qui me va bien parce que je suis artiste.
- Donc je suis pas un artiste ? - Eh non.
T'es le seul artiste ?
Admirez le paysages, Madame. Attention…
- 1,2,3... - Ah !
- Un autre.1,2,3... - Ah !
J’ai rejoint le Parti des Patrons et Ouvriers Indonésiens.
On m’a demandé de me présenter au parlement.
Ça m’a surpris.
"Pourquoi moi ?" Ils ont dit : "tu peux y arriver ! "
Alors je me suis dit, "Pourquoi pas ?"
En fait, je suis le candidat idéal, tout le monde me connaît.
Vive le parti "Patrons et Ouvriers !" Je m'appelle Herman.
Je me battrai pour les droits des ouvriers.
Votez pour moi le jour des élections !
Si je suis élu, je siégerai à la Commission de la construction.
J’obtiendrai de l’argent de tout le monde.
Par exemple, si un immeuble est trop court de 10 centimètres,
je peux exiger sa démolition !
On me suppliera "Ne nous dénoncez pas. Voici votre argent."
Et même si l’immeuble est en règle,
si je les menace, ils paieront.
Et pas des petites sommes. Dans un pâté de dix immeubles,
chacun rapporte 10 000 dollars. Faites le compte.
Ça fait déjà 100 000 dollars.
Et ça c'est qu'un seul quartier !
En fait le parlement devrait être l’endroit le plus noble de la société.
Mais quand on ce qui s'y passe…
Ce ne sont que des gangsters en cravate.
À quel type d'activités illégales s'adonne Jeunesses Pancasila ?
Le jeu.
Membre du parlement de Sumatra du Nord Marzuki
Les casinos et les boîtes de nuit.
Les supermarchés.
Ce n’est pas illégal. On assure seulement leur sécurité.
- Et les activités illégales ? - Les casinos.
- Quoi d'autre ? - La contrebande.
Pèche illicite, coupe de bois, jeu.
S’ils ne paient pas, on les fait chanter.
Ces entrepreneurs me craignent.
S’ils ne payent pas,
mes sbires vont les retrouver.
Et parce que je suis proche des milieux du pouvoir.
L’armée, la police, le gouverneur.
Le gouverneur a besoin des Jeunesses Pancasila
pour le maintien de l’ordre.
S’il y avait seulement la police, il n’y aurait pas de sécurité.
Qu'est-ce qui a besoin d'être sécurisé ?
Les gangsters peuvent maintenir l’ordre comme provoquer la révolte.
En exterminant les communistes, on a montré de quoi on était capables.
Ceux qui sont au pouvoir ont compris.
Si on ne s'occupe pas de ces gangsters, c'est dangereux !
Bienvenue Ă notre candidat, Marzuki !
Pancasila !
Je suis prĂŞt !
Qu'est-ce que je dois dire déjà ?
Ma première phrase, c'est quoi ? "Je suis Herman ”.
Je suis Herman ! Debout, ça sera mieux.
Mesdames et messieurs. Ensuite ? J'arrive pas Ă m'en rappeler.
"Je suis Herman, du parti Patrons et Ouvriers."
- Y a des T-shirts gratuits ? - Non. Voici ma carte, madame.
Des T-shirts ! Des cadeaux !
Vous en faites pas, on reviendra avec des cadeaux.
Priez pour qu’il remporte l’élection.
À ceux qui réclament des cadeaux,
dites qu’ils en auront, si vous l’emportez.
Dites-leur qu’on filme, aujourd’hui.
Tenez, madame. Pensez Ă voter pour moi.
- Une carte, c'est tout ? - Et les cadeaux ?
- Ça viendra plus tard. - Si vous êtes élu ?
- Attends, coco, tu te crois oĂą ? - Oui, mais...
Certains partis distribuent des pots-de-vin.
En fait, ils le font tous.
Quand vous voyez des milliers de gens aux rallyes,
ils sont tous payés pour être là .
Pour eux, c’est comme un boulot.
Pour eux, c’est comme un boulot.
Pas payés, ils ne viennent pas.
- Ils se demandent tous entre eux. - "T'as touché combien ?"
Les chefs, pareil. Ils touchent juste un peu plus.
Aujourd’hui plus aucun candidat ne croit aux idée qu’il défend.
On est tous devenus des stars de feuilleton télé.
Nos âmes ressemblent a un feuilleton télé.
Ils sourient tous, lĂ , mais au fond, ils ont la haine.
Ils se disent : "Qu'ils aillent se faire foutre !"
Herman a toujours été dans les Jeunesses Pancasila.
Mais il a pris la grosse tête. Il veut devenir quelqu'un…
Même les candidats riches ne trouvent pas d'électeurs…
Herman n’a que ses belles paroles. Jamais il ne pourra gagner.
Herman n’a pas été élu au parlement.
Febby, souviens-toi toujours de Dieu.
Et prie pour ton papa.
Quand je serai mort, tu devras continuer ta route.
Alors sois courageuse…
Tous tes désirs…
Tu dois ĂŞtre courageuse,
pour faire face aux épreuves à la réalité…
C’est un beau film de famille. Plein d humour.
Une belle histoire, des paysages merveilleux.
Ça montre vraiment ce qui est spécial dans notre pays…
même si c'est un film…
sur lĂ mort.
Les enfants de communistes pourront-ils apprécier ce film ?
- Je pense… - Bien sûr.
Bien sûr, mais…
S’ils savent de quoi ça parle,
ils ne voudront pas le voir.
Mais s’ils ne savent pas, ils voudront le voir.
Dans mes rêves, ils ont une voix menaçante.
Comme si les fantĂ´mes me haĂŻssaient.
C'est peut-être les communistes qu'on a tués en 1965 ?
J’imagine pas tant en détail.
- Ils ont un rire terrifiant. - Essaie de rire.
Le cauchemar d’Anwar, prise 2.
Moteur.
Action !
Je croyais t'avoir tué !
- J'ai pas dit le bon truc ? - Lève-toi, tout simplement,
et dis : "Pourquoi t'es toujours vivant ?" C'est pourtant pas compliqué.
Je... Je croyais t'avoir tué !
Je me souviens. J'ai dit : "Descends de la voiture."
Il a demandé : "Où m'emmenez-vous ?”
Puis, il a refusé de continuer à marcher.
Alors je lui ai foutu des coups de pied dans l’estomac.
J’ai vu Roshiman m’apporter une machette.
Spontanément, j’ai marché vers lui et je lui ai tranché la tête.
Mon copain ne voulait pas regarder.
Ils ont couru vers la voiture
et j'ai entendu ce son…
Son corps était tombé.
Et sur sa tête, les yeux étaient encore…
Au retour, je me suis demandé pourquoi je ne lui avais pas fermé les yeux.
Ça m'obsédait. Pourquoi ne lui ai-je pas fermé les yeux ?
C'est la source de tous mes cauchemars…
Ces yeux que je n’ai pas fermés ne cessent plus de me regarder.
C’est ce qui me perturbe toujours.
- Ça me ressemble ? - Celui-là , oui.
- De profil ? - C'est tout Ă fait toi.
De profil, c’est ton portrait craché.
Tranche-lui la gorge !
Décapite-le !
Bois son sang !
Pose la tĂŞte par terre.
Pose-la !
Maintenant ris ! Éclate de rire !
Je vais poser avec toi.
C est un honneur !
Vous l'avez eue ? Elle est bonne ?
- Merci. - Merci Ă vous, monsieur.
Une si belle fille, c’est plutôt moi qui devrais vous remercier.
Dommage qu’elle se teigne en blonde, elle a l’air d’une pute.
- Raconte-lui, dans la voiture. - Il s'est passé quoi ?
Il y avait cette fille…
Elle a sucé six mecs.
Pas une goutte de sperme par terre.
- Six mecs ? - Elle a tout avalé.
Quand le dernier dernier a éjaculé, elle suçait toujours.
Comme si elle en redemandait.
Mon Dieu faites que notre grande organisation
soit le pilier de cette nation.
Fais des Jeunesses Pancasila un modèle pour tout le pays !
Homme d’affaire et chef paramilitaire Haji Anif
Tu veux savoir le prix de cette terre ? 200 millions de dollars.
Je l’ai donné aux oiseaux,
pour qu’ils soient heureux. Comme moi, je suis heureux.
Tout le monde craint les paramilitaires.
Quand un homme d’affaire convoite une terre habitée par des gens,
s’il doit payer plein pot, ça fait cher.
Nous, on peut l’aider à résoudre son problème.
Comme les gens nous craignent, quand on arrive,
ils nous disent "Prenez la terre, donnez-nous ce que vous voulez."
Ça c’est spécial. Edition limitée.
C’est très rare, alors je l’ai acheté.
C’est très cher. On en trouve très peu d’exemplaires.
C’est une rose.
Très, très limitée.
Un éléphant. Très, très limité.
Seulement des séries limitées.
Extrêmement limitées.
J’achète ces souvenirs dans tous les pays que je visite.
Hongrie. 2 250 dollars.
On est contre les manifestations politiques.
Par exemple quand le président vient et les gens manifestent contre lui,
on n’accepte pas ça.
Alors on les disperse, de force.
Tu dois ĂŞtre furieuse, et triste Ă la fois.
Regarde ça !
Tu dois être en colère, triste. Sadique.
Regarde, ton sang.
Regarde ce que j'ai trouvé dans tes entrailles, ton foie !
II est pourri !
Regarde ça
Regarde, ton sexe ! Je te le fourre dans la bouche.
Samedi soit, j’ai été au cinéma.
Ho ! Je vais pas tortiller du cul, non plus !
J’ai vu un film tout seul avec ma chérie.
Comme c’était complet,
On a acheté les places aux gangsters qui en revendaient.
C’était délicieux.
Rien que nous deux.
Comme un roi et une reine dans un palais.
Je suis allé acheter à boire
mais j’avais pas d’argent.
Comme c'est embĂŞtant. Que dois je faire ?
Imagine si le film finissait sur cette scène…
Les gens penseraient que j’ai un mauvais karma.
Mais si c’est au début,
alors, tout les trucs sadiques que je fais ensuite
seraient justifiés par le sadisme de cette scène.
Totalement justifiés !
Mais Anwar, tu es mort dans cette scène,
puisque je t’ai décapité.
Alors si elle est au début,
il faudrait couper la fête à quelqu’un d’autre, pour la tienne.
Non, parce que cette scène…
- Mais cette scène est hors du temps. - Ouais.
Le type qui appelle à la prière, il était communiste.
Lui ?
Celui qui appelle à la prière ? Oui.
Il a eu la chance de ne pas tomber entre mes mains. Sinon, il serait mort.
Même maquillé on dirait qu'il arrive d'Éthiopie !
- De Tanzanie. Comme ldi Amin. - Idi Amin Dada.
Caméra 3, sur Citra ! Gros plan sur Citra pour ouverture.
Tout le monde est prêt ? Lancez le générique !
Télévision Nationale Indonésienne "Dialogue spécial"
Bienvenue sur le plateau de "Dialogue spécial".
Nos invités aujourd’hui sont des gangsters de cinéma,
qui tournent un film
commémorant la répression des communistes.
Commençons avec vous, Ibrahim Sinik.
D’après le beau père, du président, le général Sarwo Edhie,
2.5 millions de communistes ont été massacrés.
Eh bien, Sarwo Edhie a eu cette idée :
Si on exterminait les communistes ?
J’étais à la tête de tous les groupes anti-communistes
mais je recrutais mes hommes chez les Jeunesses Pancasilas.
On applaudit bien fort les Jeunesses Pancasilas pour leur vision du futur !
Les Jeunesses Pancasila Ils étaient au cœur de l'extermination !
Voici maintenant la star du film, Anwar Congo.
On applaudit Anwar Congo.
Quel est votre acteur de cinéma préféré ?
Celui qui me ressemble plus…
C'était un acteur noir, fameux…
Sidney Poitier.
Sidney Poitier !
À vous de décider si Anwar ressemble à Sidney Poitier !
De face, non, mais de profil, oui !
À l’époque, les gangsters de cinéma étaient très réputés.
Quelle est l'origine du mot "gangster" ?
En fait, gangster veut dire "homme libre".
C’est pour ça que le thème du film
est une chanson intitulée "Born Free".
Donc vous emmeniez les communistes directement dans votre bureau ?
Oui, et après les avoir interrogés,
on décida qu’ils ne méritaient plus de vivre.
On devait les exécuter.
Et vos méthodes d'exécution s'inspiraient de films de gangsters ?
Parfois, oui.
C'est comme…
Incroyable ! Il s'est inspiré du cinéma !
Chaque genre a ses codes. Dans les films de mafia,
on étrangle un mec dans sa voiture et puis on jette le corps
Nous aussi, on a fait ça.
Voyez qu’Anwar et ses amis ont développe
une méthode unique et efficace pour exterminer les communistes.
Moins cruelle et moins sadique, sans violence excessive.
En fait, vous les avez oblitérés.
- Combien de gens il a tué ? - Environ 1000.
Comment il arrive à dormir ? Ça ne le hante pas ?
- Beaucoup sont devenus fous. - Tu m’étonnes.
- Ils se sont surtout enrichis. - Ouais.
Enrichis par le vol.
Mais tuer tous ces gens les a aussi rendus fous.
Quel message faites-vous passer aux jeunes dans ce film ?
Ils doivent se rappeler de leur histoire.
Ne jamais oublier.
Dieu doit ĂŞtre contre les communistes.
C'est vrai, Dieu hait les communistes !
C'est pourquoi il a permis que ce film soit si beau !
Et pour ce qui est de la réconciliation, il n'y en a pas !
Parce que ce qui s’est passé est historique.
C'est le sens de l'histoire. Donc pas de réconciliation !
Pourquoi les enfants des victimes n'ont-ils jamais songé à se venger ?
Ce n'est pas qu'ils ne veulent pas. C'est qu'ils ne peuvent pas !
Parce qu'on les exterminerait tous !
Al Pacino.
C’est ton portrait craché.
Membre du parlement Rahmat Shah
J’ai acheté ça aux enchères, à Christie’s.
Michael Schumacher, Michael Jordan, Michael Jackson… Tous les Michael.
Regarde, la chaussure de David Beckham.
Je les ai fait empailler…
J’en ai des tas comme ça.
J'ai tiré celui là ! Un rhinocéros noir. Ils sont en voie d'extinction...
T'imagines si le cerf était une femme et le léopard un homme ?
- Là c’est moi, Anwar Congo. - Oh, c’est toi i
Regarde, je roule un joint.
Tu fumes de l’herbe.
Là , en Thaïlande pour un tournoi de bowling…
On a perdu… Le bowling…
C’est moi. Chemise à motif, pantalons camouflage.
Ta vu ? Des chaussures Ă plateforme.
Trop classe, non ?
Pour la scène de Kampung Kolam… C'est un massacre, alors…
Pour les massacres, normalement, je mets des jeans.
Pour les massacres, faut des pantalons épais. Comme ça…
- Et un motif à carreaux ? - Ça pourrait aller, mais alors petits.
Ne la nourris pas maintenant. On fera ça au tournage.
Ne vous arrĂŞtez pas.
Anwar, pourquoi tu fais les cent pas ?
C’est seule foi qu’un ministre se déplace pour l’un de nos tournages.
Il vient spécialement pour vous motiver et vous soutenir.
Soyez-en fiers !
Vous serez tous dans le film !
Voici les paramilitaires de Sumatra Nord !
Le monde entier va voir ça. Londres, au Royaume-Uni.
Oubliez Jakarta. Jakarta, c'est rien !
Ministre adjoint de la Jeunesse et des Sports Sakhyan Asmara
Super ! Tes assassins sont tous lĂ .
- Salut Herman. Ça va ? - Bien.
C’est un vrai combattant. Il a maigri.
Improvisez pour exprimer votre fureur.
Hurlez : "Écrasez les communistes !"
- Écrasez les communistes ! - Exterminez-les !
C’est bon, on essaie.
Attaque de Kampung Kolam, prise 1 !
Aucun communiste ne doit s'échapper !
Ă€ mort les communistes !
Massacrez-les !
PrĂŞts Ă l'attaque ?
Maintenant, Anwar va mener I’attaque contre les communistes.
Mort aux communistes !
Ne faites pas pas prisonniers !
Massacrez-les tous !
Brûlez leurs maisons !
Mort aux communistes ! Taillez-les en pièces !
Exterminez-les Ă la racine !
Coupez-leur la tête ! Brûlez-les ! Tuez-les tous !
Ă€ mort !
- Tuez les tous ! - Chante, Herman. "En avant, sans peur".
En avant, sans peur ! Défendons ce qui est juste !
En unisson ! Nous vaincrons !
Coupez ! Coupez ! Coupez !
Joshua et l’équipe, je m’adresse à vous,
comme dirigeant des Jeunesses Pancasila.
Ce que nous venons de voir n’est pas représentatif
de notre organisation.
On ne doit pas avoir l’air de bêtes assoiffées de sang.
C’est mauvais pour notre image.
Faut exterminer les communiste,
les éradiquer totalement,
mais avec moins de cruauté.
Ce qu’on a filmé là , c’est très pénible pour moi.
Surtout de voir mon image, au milieu de ce carnage.
Tu comprends, Joshua ?
Une histoire vécue. C'est ce qu'on veut tous, non ?
Évidemment.
Tu vois, la scène qu’on vient de filmer.
Garde-là ! Elle doit de servir à montrer à quel point on peut être féroces !
En fait, on peut l'ĂŞtre encore plus !
Interprète ça comme une simulation de notre fureur,
lorsqu’on menace notre pays.
C’était fabuleux d’être ici. Bonne chance à tous.
Je vous laisse.
- Pancasila ! - Pour toujours !
Si elles sont jolies, je les viole toutes.
Surtout à l’époque où on dictait notre loi.
La nique !
Toutes celles que je rencontre, je leur défonce le cul !
T'es une femme communiste ?
Tu caches quoi lĂ -dessous ?
VoilĂ , c'est le principe !
Quand t’en trouves une de 14 ans.
Le délice !
Je lui dis : "Tu vas vivre l'enfer, mais pour moi, ça va être le paradis !"
Il faut nous résister.
Personne n'aime être torturé, on est d'accord ?
Si vous avez un moyen de sauver votre peau, faites-le.
Et si vous pouvez vous enfuir, courez !
On fait comme ça…
Fais le tour…
Faut que ça fasse le tour du cou. Attention tout le monde !
Quand vous jouez, pensez aux caméras.
Allez, mesdames. On pense positif !
Si vous pensez positif,
votre jeu sera sensationnel et la scène sera réussie.
Positif. Pensez positif !
Emmenez-le.
Tuez-le.
Coupez !
Bakti ! De l'eau !
Laissez-la se reposer.
Febby, t’as bien joué, mais là , faut arrêter de pleurer.
Tu me fais honte ! Les vraies actrices pleurent uniquement durant la scène.
Mon seul regret, franchement,
je ne pensais jamais que ça serait si horrible…
Mes amis me disaient d’être plus sadique,
mais quand j'ai vu les femmes et les enfants…
Imaginez l’avenir de ces enfants.
Ils ont été torturés.
Maintenant on brûle leurs maisons.
C'est quoi leur avenir ?
Ils vont nous maudire pour toujours.
C'était très, très…
Quand tu penses au 'karma',
qu'est-ce que ça évoque pour toi ? De quoi as-tu peur ?
Le 'karma' est comme une loi de la nature.
Je pourrais me retrouver handicapé…
Comme une punition de Dieu, je dirais.
Toute cette obscurité…
C’est comme vivre à l’extrémité du monde.
Autour de nous, il n’y a que l’obscurité.
C’est terrifiant.
On leur enfonçait du bois dans le cul jusqu’à qu’ils en crèvent.
On leur brisait la nuque avec du bois, puis on les pendait.
On les a étranglés avec un fil de fer. On leur a tranché la tête.
On leur a roulé dessus avec des voitures.
C’était permis de le faire.
La preuve, on a assassiné des gens, sans jamais être punis.
Ceux qui sont déjà mort, on ne peut rien faire.
Il faut l’accepter.
Peut être je me justifie simplement mais j’ai réussi.
Je ne me suis jamais senti coupable dépressif, ni eu de cauchemars.
Ne remue pas la tĂŞte. On dit : "Oui, monsieur !"
C'est bien d'ĂŞtre communiste, hein ? Tu baises les femmes des autres...
Vraiment marrant ! Tu voles leurs biens aussi.
- Surtout les chefs. - Alors tuons-le.
- Tu veux une clope, Pang ? - Non.
Tiens, un cigare néocolonialiste.
Prends une taffe.
Mets-toi le dans le nez si tu veux pas fumer.
- Regarde-le ! - Regarde-moi.
Regarde-le dans les yeux !
Tu es jaloux.
Tu es jaloux de ma cravate, pas vrai ?
On veut pas être pauvres. Même si on n’est que des gangsters de cinéma,
on veut se sentir comme ceux qu’on voit dans les films.
Espèce de salaud !
T es jamais content !
Fils de pute.
Fais ce que je te dis.
Fais une pause.
- Tu m'offres ton enfant ? - Non.
- Ne m’insulte pas. - Ta fille est laide et n’a qu’un œil.
Ta femme, ça irait, mais ta fille, elle n’a qu’un œil.
Espèce de minable !
- Tu me dégoûtes. - Je vous en prie, monsieur.
Regarde le plafond.
Tu m’as insulté.
- Tu veux que je te frappe ? - S'il vous plaît, non.
Donne-la-moi.
S’il vous plaît, ne lui faites pas de mal.
- Je ne veux que la tenir. - Ne faites pas de mal Ă mon enfant.
- Assieds-toi ! - Ne faites pas de mal Ă mon enfant.
Donne la moi !
- Lâche-la, sinon... ! - Oui, monsieur.
Tu essayais de m'acheter avec cette enfant ?
Tu t'imagines qu'elle est assez bonne pour moi ?
- C'est une insulte ! - Ma fille.
Regarde-la, maintenant !
Non !
Assieds-toi !
Assieds-toi !
Tu m’as insulté.
Regarde !
Regarde, l’œil qui lui reste.
Ses jolies fossettes…
Ses jambes... Tu te souviens quand elle courait vers toi ?
Les deux.
VoilĂ ce qui arrive Ă ceux qui essaient de nous acheter avec leurs enfants.
Tu vois ? C'est toi le sans-cœur.
C’est toi le barbare.
Le vrai barbare.
Je ne ressens rien, je ne vois rien venir…
mais le tourment se fait toujours plus grand.
Tu fais comme on dit !
Écoute !
Écoute bien les questions qu'on te pose !
Réponds ! Plus vite !
Jalaludin Yusuf.
Alors c'est toi le chef ?
Tu vas voir comme je vais t'arranger !
Parle !
Note. Il a dit "Oui".
Parle ! Parle !
Réponds, ou je te casse les jambes !
Dépêche-toi ou je te casse les jambes !
Dana, pose-lui la question.
Ailleurs qu'à Titi Kuning, où exercez-vous vos activités ?
Hamparan Perak.
Tu nous fais perdre notre temps !
Tiens-toi droit !
Lève ta main ou je la coupe !
Regarde-moi ça ! De l'or !
Retire ta montre !
Pose-la sur la table. T'as quoi d'autre ?
Une bague ?
Non.
Une chaîne en or ?
Calme-toi et écoute !
Allez. Parle
Donnez-lui un mouchoir. Ça lui coule dans les yeux.
- Voilà , voilà . Ne pleure plus. - Ça m’a coulé dans les yeux.
Tant mieux. Ça fait plus réaliste !
Alors comme ça, on veut interdire les films américains en Indonésie ?
Ça rime à quoi, au juste ?
Ta gueule !
- T'essaies de faire quoi ? - S'il vous plaît, monsieur.
ArrĂŞte avec ce ton amical ! On n'est pas tes amis !
Réponds aux questions !
Parle !
- Pitié, non - Je le fais pas, mais parle !
Parle !
Coupez.
Tes mains ont tant fait…
À ton cou, j’accroche cette médaille.
Un instant, j'ai cru que j'étais mort…
Respire.
- Prends pas ça tellement au sérieux. - C’est pas ça.
N’y pense plus.
Bon, on reprend.
- Ça va ? - Non. J'y arrive plus.
Apporte de l’eau.
Bois.
Naître libre, libre comme le souffle du vent.
Libre comme l’herbe qui verdoie. Naître libre de poursuivre son cœur.
Vivre libre, la beauté qui t’entoure.
Le monde qui toujours l’éblouit Quand tu regardes une étoile.
Rester libre. Nul mur te sépare.
Libre comme le rugissement de la vague, ce n’est pas la peine de se cacher.
Pour m’avoir exécuté et envoyé au ciel,
merci mille fois, pour tout.
C’est magnifique Joshua. Vraiment très bon.
Jamais je n’aurai pu imaginer participer à un projet aussi grandiose.
Ce qui me rend le plus fier,
ce sont ces chutes d’eau qui expriment la profondeur des sentiments.
Tu sais, cette scène où on m’étrangle avec le fil de fer.
- Tu l'as, ici ? - Celle où on t'étrangle ?
Tu peux la mettre, s'il te plaît ?
Yan ?
Je veux qu’il voie ça.
- Yan ? - Il est déjà au lit.
Yan, viens voir la scène où grand-papa se fait torturer.
Ami, viens voir grand papa battu et ensanglanté.
Mais c’est bien trop violent.
Regardez ça. Grand-papa se fait tabasser.
Monte le son.
C'est trop violent, Anwar. T'es sérieux ?
Mais si, ça va aller T'as pas peur, Yan ?
C’est qu’un film. Regarde bien.
Grand-papa a l'air si triste, non ?
Ça fait trop peur.
C'est triste, non ? C'est grand-papa.
Grand-papa se fait frapper par un gros mec.
Il m’explose la tête.
Les gens que j’ai torturés,
tu crois qu'ils ressentent ce que je ressens maintenant ?
Je me sens comme ceux que j’ai torturés,
parce que ma dignité a été annihilée.
C’est à ce moment précis que la peur s’installe.
Soudainement, la terreur s’empare de mon corps.
En fait, ceux que tu as torturés ont ressenti bien pire,
parce que toi, tu sais que c’est un film. Eux savaient qu’ils allaient mourir.
Mais je le ressens. Josh. Au plus profond de moi.
J'ai pêché, non ?
D’avoir fait subir ça à tant de gens, Josh.
Tout est en train de remonter, c'est ça ?
J’espère vraiment que non. Je veux pas, Josh.
C’est ici qu’on a torturé et exécuté tout ceux qu’on capturait.
C’est mal, je sais,
mais je devais le faire.
Pourquoi je devais les tuer ?
Ma conscience me le dictait.
Ça…
c’est l’un des plus simples moyens d’enlever une vie humaine.
Et ça,
on s'en servait pour emporter…
les corps des victimes
Sans ces sacs,
les gens se seraient peut-être doutés.
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