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Original subtitles

Entrez.

Salut.

Qu'est-ce que tu fous là ?

T'es folle ? J'ai dit pas au boulot !

Je t'ai appelée 20 fois.

Je t'ai prévenue que je répondrais pas. Tu m'appelais pourquoi ?

Comment va mon fils ?

C'est plus ton fils. Plus maintenant.

Ce qu'il te reste, c'est une teinture et un mari de merde.

Je suis toujours sa mère.

Non, tu sais ce que t'es ? Une enfant gâtée !

C'est toi qui aurais dû être rendue !

Je suis sa mère.

- Pas légalement, non. - Il va devenir quoi ?

Tu veux le savoir ?

Dans deux ans, il en aura douze.

Il s'échappera des services sociaux pour te braquer à bout portant.

De quoi tu parles ?

Il va te piquer ta caisse et tu vas le dénoncer.

- Et ce sera la prison. - N'importe quoi !

Polo ira pas en prison. Tu divagues.

Tu crois ?

Tu peux lui dire que je l'aime ?

Non, parce que je mens très mal.

Un conseil :

concentre-toi sur ta putain de danse.

Achète-toi une poupée et habille-la.

Parce que c'est pas un gosse que tu veux.

Tu veux une chose inerte. Immobile.

Comment va-t-il ? Tu peux au moins me le dire.

Mais j'en sais rien, bon sang !

Il a sans doute une meilleure mère que toi.

- Il a été adopté ? - Aucune idée.

- Il a été replacé en adoption ? - Il faut que j'y aille.

- Dis-moi, merde ! - Je sais pas.

Marcela !

Écoute-moi bien.

Tu es jeune.

Tu as la vie devant toi. Tu finiras par oublier.

Ne reviens pas me voir.

C'est fini. Terminé. Salut.

Il te plaît ?

Non.

Et celui-là ?

Je préfère sa couleur naturelle, comme avant.

Navré, Carlos.

- Désolé. - C'est bon. Assez d'excuses.

Vous vous souvenez quand Paulina est revenue de Playa Ancha ? Le crâne rasé ?

- Elle était ravissante. - Magnifique.

J'ai plus d'énergie, bordel.

Tu ne peux pas rester triste toute ta vie.

C'était un accident. Ça arrive.

- C'en était pas un. - Si.

C'était pas un accident.

Ça n'arrivera plus jamais.

Fais comme les lézards.

Que font-ils quand on leur coupe la queue ?

Ils sont désorientés.

Foutus.

Je peux pas.

- Appuie. - Elle dort.

- Ils lui ont filé quoi ? - De la morphine.

Pourquoi ils lui auraient donné de la morphine ?

Pas beaucoup, alors.

- Il lui faudrait au moins 30 ml. - T'en sais quoi ?

- Ils vont sûrement nous demander du sang. - Dégueu !

Je peux en donner un litre.

N'importe quoi, Ema ! Un demi tout au plus.

C'est mon sang, maman. Je fais ce que je veux avec.

Tout ira bien.

Tout ira bien.

Tu nous pardonneras un jour.

Moi, Ema… et Polo.

C'est comme si c'était la nuit et qu'il y avait un feu.

C'est vrai ?

Ça pourrait être un géant qui provoque des séismes en marchant !

On n'arrête pas de sautiller.

3, 4, 5, 6…

7, stop !

On se fait un câlin pour s'étirer les bras.

Polo pleure des larmes de colère à l'heure où on se parle.

Parce que tu l'as abandonné.

On l'a abandonné. Tous les deux.

Peut-être bien.

Mais ça fait plus mal venant de toi.

Parce que rien ne fait plus mal

que d'être abandonné par sa mère.

Rien ne fait plus mal que la trahison d'une mère.

Celle d'une femme méchante.

D'une mauvaise mère.

Je pense plutôt que

tu as abandonné Polo au moment où il commençait à te faire confiance.

On l'a abandonné tous les deux.

Tous les deux.

C'est un enfant.

Le fait qu'on dorme tous dans le même lit te permettait de ne pas me baiser.

J'aurais adopté un garçon plus jeune, mais…

qui allait te confier un petit ?

Tu lui as appris à foutre le feu.

Tu voulais qu'il brûle la maison.

Pour que je sois obligé de… Je sais pas.

De le rendre.

Il a brûlé le visage de ta sœur !

Tu as chopé une maladie que tu n'as pas soignée et tu es devenu stérile.

C'est ta faute, Gastón.

C'est ta faute si on a dû passer à travers cette merde

et adopter un enfant qui aura bientôt de la barbe.

C'est ta faute si on ne pouvait plus le supporter.

Et c'est ta faute si tout mon corps me fait mal.

Et que les gens nous dévisagent.

Comme si on avait étouffé un chien avec un sac plastique.

Tu sais pourquoi Polo t'aimait ?

- Parce qu'il te trouvait jolie. - Non.

Il l'a dit quand on est allés le chercher.

"Ma jolie, viens par ici."

Et tu t'es rapprochée.

Au niveau de son visage.

T'as jamais arrêté de le séduire. Les sourires et tout le reste.

Tu as foutu ta langue sur ses dents.

Tu te déshabillais devant lui.

Tu as même déjà mis ton téton dans sa bouche.

C'était mon fils.

Mon fils peut téter mon corps entier s'il le souhaite.

Non…

On fait pas ça à un enfant.

- T'as foutu ma vie en l'air. - Toi aussi.

J'étais une petite fille et tu m'as abandonnée.

Sale porc stérile.

- On recommence. - Le cerf.

Les jambes ensemble.

Le cerf.

Désolée de changer de sujet, mais je ne sais pas quoi faire.

J'ignore s'il faut s'adresser au conseiller ou au directeur.

Mais il nous faut les outils nécessaires pour expliquer aux enfants

ce qu'il se passe avec Polo Valderrama.

- Avec qui ? - Polo Valderrama, un élève de CM1.

Qu'est-il arrivé ?

Les services sociaux ont appelé. Ils retirent Polo de l'école.

Les services sociaux ? Pourquoi ?

Il est malade.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Ses parents adoptifs l'ont rendu.

C'est faux.

- Ah bon ? - C'est faux.

Je me suis trompée, alors.

Je n'aime pas me mêler de la vie d'autrui.

Mais je m'inquiète sur la façon d'expliquer aux enfants.

Ils posent des questions.

Et…

Je ne veux pas leur dire : "Vous savez quoi ?

"Les parents de Polo ne l'aiment plus.

"Il s'est mal conduit, alors ils l'ont rendu.

"Polo n'est plus un enfant adopté. Il est redevenu orphelin."

Vous comprenez ? Je ne sais pas quoi leur dire.

Est-ce vrai ?

Oui.

Vous l'avez rendu ?

Il n'est plus ici parce que ce n'est plus ton fils.

C'est ce que je voudrais expliquer.

C'est honteux.

Il serait préférable de prétendre qu'il est parti dans sa famille à Santiago.

On ne peut pas leur dire ça.

Ema enseigne toujours ici.

Tu vas continuer ?

C'est mon travail.

Moi aussi je dois travailler.

Mais j'ignore si je peux continuer en te voyant tous les jours.

Ton visage… Tes cheveux.

Tu es stupide ou quoi ? Tu comprends ce qu'on te dit ?

Je crois qu'elle devrait se mettre en arrêt maladie.

- Il y a quoi dedans ? - Aucune idée.

Tu t'en vas ?

Oui, j'ai une audition.

- Avec un mec ou une nana ? - J'en sais rien.

- Il reste des glaçons ? - Oui, j'y vais.

Ema !

C'est Mati !

Gastón !

Navrée, Sonia.

Ça doit remonter à la semaine dernière.

Dis-leur que c'est moi. Que c'était une performance.

Tout le monde sait que c'est Polo.

- Qu'est-ce que ça change ? - Ils vont gueuler.

- Qui ça ? - Tous ces danseurs à la con.

On va partir ensemble. Je vais les distraire

pendant que tu te débarrasses du chat dans la rue.

Notre petit garçon…

Putain de merde, qu'est-ce qu'on a fait ?

Et si on en adoptait un autre ?

Ema.

Non, c'est pas ma faute.

C'était pas ma faute.

- On va s'en sortir, tu crois ? - Tout va bien.

Tout va bien.

Pas besoin de s'inquiéter, tout le monde nous aime.

Tu sais qui va bien ? Polo.

- Il est heureux. - Oui.

Parce qu'il n'est plus avec nous.

Je vais dire à tout le monde que…

Je sais pas… Que…

Que c'était un jeu qu'on faisait avec lui.

Planquer des peluches dans le frigo.

Voir ce chat nous a secoués, alors voilà pourquoi on s'en va.

C'est pas nécessaire.

Ils sont bourrés, ils s'amusent. Ils ne se rendront compte de rien.

Je suis sûr que Polo est en train de piger à présent.

Il absorbe tout.

Il comprend qu'on fait ça pour son bien.

Parce qu'il a besoin d'un papa et d'une maman.

Qui l'aiment comme personne l'a jamais aimé dans sa putain de vie.

Tu ne t'en rends pas compte, mais tu es superbe.

Magnifique.

Et j'ai beaucoup de chance d'être avec toi.

Ça te dit qu'on baise vite fait ?

Non.

T'es une capote ambulante.

Tu ne me donneras jamais de fils.

Un vrai fils.

Je t'en ai donné un.

Un vrai.

Et tu t'en es débarrassée.

Tu te souviens quand Polo a tenu ta main contre sa poitrine ?

Il a dit : "Maman,

"ne me quitte pas.

"J'ai l'impression que tu vas t'en aller quand je ferme les yeux.

"Ne m'abandonne pas."

Il t'a demandé pardon.

Je t'aime.

Moi aussi, je t'aime. Excuse-moi.

Pardon.

Oublie tout ça.

Je te pardonne. Je t'aime.

Polo a vécu ici combien de temps ?

- Dix mois seulement ! - Non, plus que ça.

Il est resté au moins un an avec nous.

- Qu'y a-t-il ? - C'est rien.

C'est rien ? Tu veux savoir ce qu'il y a ?

Je vous avais accordé une faveur à tous les deux.

- Une faveur ? - Bien sûr que si !

Quelle faveur ? On t'a payée.

- T'as dit quoi ? - Tu devrais y aller, Marcela.

Répète !

J'ai dit que nous t'avons payée.

Personne ne veut adopter ces enfants colombiens ou vénézuéliens !

- Dis pas ça, c'est faux. - Polo avait sept ans.

Six, même !

Nous, on voulait l'adopter.

Grâce à moi !

Tu as modifié le rapport contre de l'argent.

Non. Vérifie mon compte en banque.

J'ai reçu le rapport vous concernant.

Et j'ai seulement changé les éléments liés au sexe.

- Ils disaient quoi ? - Tu le sais pas ?

Si, mais rafraîchis-moi la mémoire.

T'es sérieux ?

Comportements homosexuels. Exhibitionnisme.

Violences sexuelles.

- Spectacles avec du sang. - C'était une performance !

Une scène ! C'est pas la réalité.

De la fiction. C'est mon boulot !

On répète et on joue.

Gastón n'est pas gay.

On parle du même ?

Je veux juste que vous compreniez que le système

est fait pour tenir à l'écart ceux dans votre genre.

Et le système, c'est moi, pauvres cons !

On nous a posé tout un tas de questions à votre sujet après vos rencontres

avec les travailleurs sociaux et les psys.

"Sont-ils fous ?" Non, pas du tout.

"Vont-ils jouer à la poupée avec lui ?" Non, comment osez-vous ?

"Elle est bien plus jeune que son mari." Aucune importance !

Ils sont très bien !

"Ils sont bizarres." C'est vous qui êtes bizarres !

Et quoi d'autre encore ? C'était peine perdue.

Jusqu'à ce que l'intervenant externe se pointe.

Jusque-là, tout allait de travers.

Qui a sauvé votre peau ? Moi !

Je vous ai sauvés.

Ça vous a permis d'adopter ce gosse, bon Dieu !

Et ensuite ?

Ensuite, le gamin vous met à l'épreuve parce qu'il est malin.

Et c'est là que les problèmes commencent.

Il te dit que tu n'es pas sa mère, parce que c'est vrai !

Et il fout le feu à la maison, il brûle le visage de sa tante. Et après ?

La base de son comportement demeure normale.

Je vous l'ai déjà dit.

Tout ce qu'il veut, c'est que vous lui disiez que vous l'aimez,

peu importe ses conneries.

Polo a grandi, il a compris et il s'est calmé.

Vous comprenez ?

Et vous avez fait quoi ?

Vous l'avez rendu, vous l'avez remis en adoption !

Et il est maintenant exposé à n'importe quel psychopathe potentiel.

Qui sait ?

Peut-être. Ou peut-être pas, je l'espère.

J'espère qu'il va bien.

J'espère qu'il est dans une bonne famille. Qu'il a son propre téléphone.

Qu'il est au chaud dans son lit.

Qu'il boit du lait à la fraise.

- Tu l'as vu ? - Ça ne te regarde pas.

Mets-toi bien ça dans le crâne.

Incroyable !

Je sais pas, moi.

T'es peut-être pas faite pour être mère.

Et toi pour être père, espèce de malade !

Vous êtes barjots.

Suivez une putain de thérapie

avant d'adopter des gosses !

C'était quoi, ça ?

- De quoi ? - T'as vu ce que t'as fait ?

Moi ?

T'es allée aux services sociaux ! Ils t'avaient dit de pas le faire !

Pourquoi ?

Je fais ce que je veux.

Justement. Tu peux pas.

Tu peux pas faire ce que tu veux !

Merde ! Tout le monde te trouve insupportable !

Personne peut te blairer dans la troupe !

Personne peut me blairer ?

Personne peut te supporter et tu t'en rends pas compte.

Rien à foutre. Elle vient de te le dire

que c'était de ta faute !

Tout le monde le sait !

Tout le monde !

Merci, ma chérie.

- Reste aussi longtemps que tu veux. - Merci.

Je dormirai où ?

Juste là.

- Où est Gastón ? - Qu'il aille se faire foutre.

Qu'il aille se faire foutre.

Ne sois pas grossière, maman.

Quand vous étiez petites, je vous ai prise les mains à toutes les trois.

Je vous ai dit qu'on serait toujours ensemble en les serrant très fort.

Je ne m'en souviens pas.

Quand ton père est parti.

Je ne m'en souviens pas.

Je vous ai dit de rester ensemble et de toujours prendre soin de vous.

Et où vivez-vous maintenant ?

Toutes ensemble.

Vous dormez dans le même lit. Une par-dessus l'autre.

Je ne te crois pas.

Quel âge j'avais ?

Quatre ans.

Je ne te crois pas, maman.

Les mères doivent rester auprès de leurs filles.

Parce que les enfants, c'est la famille.

Les mères ne doivent jamais être séparées de leurs enfants.

Ça a toujours été comme ça et ça devrait le rester.

Qu'est-ce que je dois faire ?

Fais ce que moi je ferais.

- A-t-il déjà été violent ? - Non.

Il va mal, c'est tout.

Il fait face aux mêmes dilemmes que tous les hommes.

Je comprends.

Il est d'accord avec cette procédure ?

Je devrais lui poser la question.

- Qu'en penserait-il, à votre avis ? - Que c'est mal.

- Il est amoureux. - De vous ?

Oui.

De moi.

Oui. Évidemment.

C'est dommage. Le pauvre.

Le pauvre ?

Il a douze ans de plus que moi.

Douze ?

Qu'il aille se faire voir, alors.

Vous avez déjà fréquenté un homme plus vieux ?

Moi ?

- Pardonnez-moi. - Non, ça va.

C'est juste que…

Je ne parle pas de moi d'habitude.

Je n'aime pas ça.

Enfin non, c'est juste qu'on ne me supporte plus.

Moi je peux vous supporter.

Si vous le voulez.

Encore heureux, puisque vous me payez.

Il y a un problème.

Je n'ai pas d'argent.

Pour vous payer.

C'est un problème, en effet.

En tant qu'avocats, nous demandons des honoraires.

Nous sommes affreux.

Ce n'est qu'un petit divorce.

Vous remplissez un formulaire et je le signe.

Un jeu d'enfant.

Vous n'avez pas froid aux yeux !

Je peux faire votre lessive. La cuisine.

Le repassage.

Récupérer vos enfants à l'école. Vous en avez ?

Oui.

Je peux chanter. Danser.

- Promener votre chien. - Allez-y, dansez.

Je plaisante !

Je vous taquinais !

Que faites-vous ?

Quel style est-ce ?

Reggaeton.

Tu vas récupérer ton fils, dis ?

Je sais pas.

Je l'espère.

Excellent !

C'est super !

Tu t'en vas au combat.

On reverra peut-être pas ton joli corps de sitôt,

alors autant te dire au revoir.

Appelle-nous si on doit commettre un délit.

Hésite pas.

On sera là.

Je prends la bonne décision, non ?

Bien sûr.

Vous me faites un câlin d'adieu ?

C'est du napalm. Un mélange de kérosène et de diesel.

Notre mère

aime acheter des produits de contrebande au port.

Ils lui ont vendu le napalm pour tuer les rats de la ferme.

- Pour les empoisonner ? - Pour les cramer vivants.

- Puis Gastón s'est servi. - Ah ouais.

Pour une performance, il voulait embarquer sur un bateau

et en cramer un autre pendant qu'on dansait sur le quai.

Mais ça a foiré.

Fais gaffe avec ça.

- C'est cool à manier ? - À qui le dis-tu !

À quel point ?

Imagine une trompe d'éléphant cracher de l'eau bouillante pendant 20 secondes.

La classe.

Comme un dinosaure qui éjacule.

Excellent.

Autrefois,

on brûlait tout avant de tout replanter pour se nourrir.

Incendier pour semer à nouveau.

C'est sa voiture. On l'avait garée là.

On était pas loin, chez une amie.

- C'est votre voiture ? - Oui.

Vous l'aviez depuis longtemps ?

Oui.

- Elle fonctionnait bien ? - Oui, malgré son âge.

Une idée de ce qui a pu se passer ? Des suspects ?

- Des connards des collines. - C'est-à-dire ?

Des anarchistes.

- Vous êtes de Valparaiso? - Non.

- Vous êtes arrivées quand ? - Il y a plusieurs années.

- Donc vous vivez ici. - Oui, mais on n'y est pas nées.

Vous êtes pompier depuis longtemps ?

Aucune importance.

Salut.

- Ça va ? - Bien, et toi ?

Tout ça n'a plus de sens

Ce n'est plus une amitié

Je te rends folle

Et c'est la vérité

Je me retrouve dans ta prison

Et je n'aimerai plus jamais

C'est plus que la vérité, c'est ta destinée…

Vous vous connaissez depuis longtemps ?

Non.

C'est Anibal qui a éteint le feu.

Avec le tuyau d'incendie.

Tel un superhéros.

J'en suis un la nuit, quand je bosse ici.

Ça tombe bien parce qu'on n'a pas d'argent.

Pas un kopeck.

Ce soir-là, je suis rentrée chez moi avec cette odeur.

Mon odeur de fumée est différente de la tienne.

C'est qu'il te manquait toutes les autres. Celle de l'essence, par exemple.

Pas toutes en même temps !

Ça suffit ! On nous regarde.

Vous voulez boire autre chose ?

Qui est la plus mignonne ?

Vous êtes toutes magnifiques, c'est dingue !

Qui est la plus jolie ?

Laura. Il faut les laisser passer.

Sonia, il faut les laisser passer quand ils arrivent.

Ils ne sont pas danseurs. Les danseurs, c'est nous.

Ça a déraillé.

Stop !

On a trouvé l'instant où rien ne va plus, non ?

Le moment où tout part en sucette !

Tu as apporté un truc pour te couvrir ?

Quelqu'un peut lui passer un t-shirt ?

Allons. On dirait que t'es nue quand tu arrives en courant.

Et toi ? Tu comptes faire ce que tu as à faire ?

- Ou pas ? - Bien sûr.

Alors on finit comment du coup ?

Dernière position, s'il vous plaît.

Celle d'avant que le chaos s'installe.

Si tu es motivée, alors il faut que tu termines ici.

J'ai terminé où selon toi ?

- Je sais pas, moi ! - Pile poil ici !

On reprend ?

Il est passé le chorégraphe aujourd'hui ?

Au temps pour moi.

On t'écoute. Donne-nous tes directives.

Tu sais quoi ? Fous le camp. Allez.

On peut pas bosser comme ça.

Allez, dégage.

Gastón. Tu comptes crever l'abcès ou pas ?

Ou je le fais ?

Parce qu'on doit régler ce bordel.

Écoutez.

J'ai bien compris que vous me détestez en ce moment.

Tout comme j'ai compris

quand Ema a passé quatre nuits sans dormir.

Qu'elle pleurait en disant : "J'y arriverai pas.

"Je peux pas, j'ai l'impression de le tuer."

"Quoi ? de le tuer ?"

Elle me répond : "Oui."

"Je sens que Polo est mon fils

"et que je l'aime. Mais je ne suis pas sa mère."

Si ça venait de toi ? Bien sûr que si.

J'ai flanché.

À ce moment-là, j'ai flanché.

Et maintenant je vous regarde…

Je vous regarde tous et… Vous êtes ma famille.

On est une famille, aussi dysfonctionnelle soit-elle.

Et je me demande où est Polo.

Où est-il ?

Il devrait être parmi nous. En train de prendre tous les vestons

pour les entasser dans un coin.

Comme il aimait le faire. Pour faire une sieste comme un chiot.

Vous vous souvenez comme il riait ?

De tous ces bons moments passés avec vous ?

Mon fils est colombien. Il sait danser.

Les Colombiens sont des putain de danseurs !

Il faut que vous compreniez tout ça.

T'es en train de la virer.

- Non, je la vire pas. - Si.

Mais peu importe. Tout est fini.

On peut savoir qui t'es ? Au nom de qui peux-tu dire ça ?

Je me tire.

Continuez vos danses folkloriques.

- Casse-toi si t'aimes pas. - Je me casse volontairement, ducon.

Alors prends tes affaires volontairement et dégage.

Le problème, c'est qu'Ema ne s'en va pas d'elle-même.

C'était pas le cas. Mais maintenant, si.

- Allez danser le reggaeton ailleurs. - Ferme ta gueule.

T'es un touriste.

Celui qui arrive en croisière et qui croit connaître le port

parce qu'il l'a pris en photo.

Descends dans la rue.

À quand remonte la dernière fois ?

T'es bloqué sur l'idée d'une rue imaginaire d'il y a 100 ans.

Tu joues de la belle musique dans le port pour qu'on se croie à Paris.

Notre ville n'a jamais été comme ça.

C'est pourquoi on doit tout détruire.

Pour que d'autres musiques puissent s'exprimer.

Pour effrayer des touristes dans ton genre.

Les cheveux vers l'intérieur.

- Elle est très jolie. - Tu es à tomber.

Vraiment !

Ils ont l'air vrais.

- Tu trouves ? - Promis juré.

Je ne te reconnaîtrais pas dans la rue.

Elle te va bien. C'est de la grande qualité.

Vous lui faites mal.

Mais non, dis pas ça !

Ça lui fera mal quand elle sentira que la perruque fait partie d'elle.

- Ça n'arrivera jamais, maman. - Mais si, elle est sur ta tête.

Tu es mignonne comme tout.

C'est horrible, on dirait une poupée !

- Me parle pas comme ça ! - Une putain de poupée !

Tu exagères ! Tu te fais du mal !

Et pourquoi je le ferais pas ?

C'est pas ma faute.

… je ressemble à un clébard !

C'est pas de ma putain de faute.

C'est pas moi qui me suis versé de l'alcool sur le visage pour y foutre le feu !

C'est ce petit bâtard non désiré !

Pourquoi l'as-tu rendu ?

On n'a pas rendu Polo à cause de tes cheveux.

Pourquoi, alors ?

Tu croyais vraiment qu'on l'avait rendu à cause de toi ?

Il a essayé de me tuer.

- De me tuer. - C'est un enfant.

Il jouait avec des allumettes.

Alors pourquoi ne s'en est-il pas pris à toi ?

- Il a essayé bien des choses. - De te tuer ?

Je crois pas.

Je ne le lui demande pas. Je le lui offre.

Quoi ?

Si, si. Je fais ça depuis que je suis petite.

Je l'amène dans la salle de bain, je baisse son pantalon.

Et je la prends. Sans la sucer.

Sans jamais la sucer ?

- Mais l'idée vient bien de toi ? - C'est ça.

Mais ça arrive qu'ils soient un peu tendus.

Un peu violents.

- J'y crois pas ! - Et après ?

Après, je prends sa main.

Je l'invite dans la cabine. Je ferme la porte et je le fixe.

Et je lui dis : "N'en parle à personne.

"J'ai jamais fait ça avant."

Je joue l'idiote et je me mets à jouer avec.

- "La rentre pas. J'ai mes règles." - Incroyable !

Ça marche vraiment !

La bite, c'est une chose.

Mais l'intérêt anthropologique, c'est de mater leur visage.

Il change du tout au tout.

Il prend un air con. Comme un petit garçon.

Ils montrent leur vrai visage.

Puis, ils tombent amoureux.

Ils m'appellent, ils m’écrivent. Je réponds pas.

- T'es sérieuse ? - Le mec s'effondre.

Il souffre, il pleure.

Il est anéanti. C'est pas le sexe qui m'intéresse.

Mais l'émotion.

J'aime le bordel qu'elle crée. Le pouvoir qu'elle a.

Qu'est-ce qui nous dit que tu les suces pas ?

Il faut être amoureuse pour faire ça.

- Et c'est quoi l'amour ? - Je suis amoureuse.

T'as excité Ema !

Je l'étais déjà.

- T'as déjà fantasmé sur moi ? - Souvent.

Et sur toi.

Et toi.

Et toi.

Et toi.

J'ai deux sœurs et mon père est mort.

Il est mort comment ?

- Pardon. - Non, j'ai envie de t'en parler.

Il était accro au poker.

Il a tout perdu, s'est enfui, s'est jeté dans l'océan et s'est noyé.

Il a même avalé des médocs pour être sûr.

Personne lui a fait le bouche-à-bouche.

Tu sais comment faire ?

Le bouche-à-bouche ? Bien sûr.

- Tu l'as senti ? - Oui.

- Ça t'a plu ? - Tu viens de me sauver la vie.

Je suis marié, Ema.

Moi aussi.

En fait, je viens d'engager une avocate pour divorcer.

Ça fait longtemps que je n'ai pas fait ça.

Bon sang…

Je suis comme ça. Je pèse toujours le bien et le mal.

Et j'opte toujours pour le bien.

On a un problème. Je suis diabolique.

Ah bon ?

Oui.

- J'ai connu beaucoup de femmes. - Combien ?

- Beaucoup. - Et ?

J'ai déjà entendu ça. "Je suis diabolique."

Il y a tellement de femmes qui affirment être perverses.

Ou, encore pire, être diabolique. Pourquoi ?

- J'ai dit ça, moi ? - Oui.

Je vais t'horrifier.

M'horrifier ?

Quand tu sauras ce que je fais et pourquoi,

tu le seras.

Pourquoi attendre ? Fais-moi peur.

Je dors avec ma mère.

On partage le lit.

C'est enfantin, non ?

- Pas du tout. Je ferais pareil. - Et pourquoi pas ?

Parce que j'ai pas de mère.

Et que je dois dormir avec ma femme.

Quel dommage ! Ta femme dormira seule cette nuit.

- On va coucher ensemble ? - Ici même.

- MST ? - Non.

Moi non plus.

Et j'ai pas apporté de préservatifs.

Qu'est-ce que tu aimes ?

Elle te plaît ?

Oui.

Mais elle parle de toi sans cesse.

Je croyais que t'irais coucher avec un mec.

J'y pense.

Mais elle me plaît.

- Je te remercie. - Elle en a envie.

Elle m'a demandé la permission.

Belle attention.

Va me chercher ton amie.

Vas-y toi.

Regarde comme elle est jolie !

Mais j'ai aussi le droit de coucher avec quelqu'un si j'en ai envie.

C'est peut-être même déjà fait.

Peut-être que je fréquente quelqu'un.

C'est déjà fait ?

J'ai rencontré quelqu'un.

- Tu vas tout me raconter ? - Tout.

Et si jamais il te plaisait beaucoup ?

Je suis sûre que ça arrivera.

De quoi a-t-il l'air ?

Je sais pas. Je ne l'ai pas encore vu nu.

Mais il a des doigts gros comme des bananes.

On est mariés, toi et moi.

Et on a la troupe.

C'est une séparation, avec des enfants en jeu.

Tu te souviens quand le doc t'a isolé dans cette pièce avec une revue porno ?

Et que t'es ressorti avec ton petit flacon de sperme ?

J'ai bien aimé attendre dans cette salle bondée d'hommes avec leurs femmes.

Et puis tu en es ressorti, les lèvres écarlates.

Après avoir éjaculé dans ce petit pot.

C'était super !

L'échec plein les yeux. C'était énorme.

"Me laisse pas, maman !

"Me laisse pas tout seul !

"Prends ma main.

"Maman !

"Maman Ema !

"Je t'aime !"

Je vais m'assurer que tu n'oublies jamais ses paroles.

Il faut que tu rentres à la maison.

Pour quoi faire ?

Tu peux pas me laisser seul.

Tu le fais pour danser sur cette musique de merde !

Rien que pour me faire chier !

Tu m'abandonnes.

Après une épreuve aussi horrible. Aussi épouvantable.

Dont la faute nous revient.

On doit se serrer les coudes.

Au moins pour deux ans.

- Cette main est une réussite. - C'est vrai ?

L'autre moins. Donc je te fais le tout pour 300 balles.

Merci.

- Et combien pour la pédicure ? - C'est cadeau.

C'est gentil. Merci.

- Tu as des mains de voleur. - Ah bon ? Pourquoi ?

Tu as les doigts longs.

Ça te plaît de travailler ici ?

J'ai besoin d'argent.

Combien me coûtera le divorce ?

100 coupes de cheveux et 300 manucures.

Marché conclu.

Ema, dis à ta copine qu'on a quelque chose de spécial pour les amies.

C'est quoi ?

Un truc à nous.

C'est bon mais un peu obscène.

- Je n'abandonnerai pas ma famille. - C'est pas grave.

Tu veux que je les quitte ?

Absolument pas.

- Supplie-moi. - De quoi ?

- De laisser ma famille. - Non.

- Je suis pas comme ça. - Tu es comment ?

Quand je me suis marié, je me suis dit :

"Avec cette femme, je pourrais bâtir une nouvelle civilisation."

- Et ça n'a pas marché ? - Non.

Ma femme est une montagne. Elle ne bouge pas, elle grince.

Elle est tombée amoureuse de moi.

Elle dit que je suis comme un ourson en peluche.

- C'est une bonne chose ? - Non, je crois pas.

Elle dort nue et moi aussi.

Mais elle s'endort sur moi. Ça m'étouffe.

Et je me réveille le souffle coupé. Donc je me suis dit :

"Avec sa force et mon courage, on pourrait bâtir une ville.

"Une culture."

- T'as pas honte de dire ça ? - Mais c'est vrai.

Je me fiche de m'effondrer ou de disparaître.

C'est pourquoi je n'ai pas peur de toi.

Pourquoi aurais-tu peur de moi ? Je t'aime bien.

Je vais prendre soin de toi.

Je me déshabillerai et je dormirai en dessous de toi.

Je parie que tous les gens des collines nous prennent

pour des salopes quand ils nous voient danser.

Ils adorent ça.

Je sais pas. On devrait descendre dans la rue plus souvent.

Ils croient qu'on le fait pour eux, mais on le fait pour nous.

Tu viendras à toutes les répètes ?

Je lis.

Pas mal de gens se sont pointés pour vous voir.

Ils n'ont sûrement pas de goût.

Ils n'aiment pas cette musique.

Ouais, ça doit sûrement les dégoûter, hein ?

Tu devrais apprendre cette danse. Qui danse bien, baise bien.

Je danse très bien.

Vous allez baiser ?

- C'est ton mari ou pas ? - C'est pas le problème.

Le problème, c'est qu'il est pas doué.

Je suis heureux, Ema. Ravi !

- Mais un peu inquiet quand même. - Quoi ?

Je suis inquiet.

Pourquoi dansez-vous sur cette musique de merde ?

- Je dois expliquer ? - Non, c'est gênant.

- De quelle musique tu parles ? - Celle qui vous fait danser comme ça.

Quoi ?

Vous vous attendez à quoi ?

C'est-à-dire ?

C'est de la musique de taulards.

À écouter en prison.

Toute la putain de journée.

Pour s'empêcher de penser.

Pour oublier la prison dans laquelle on se trouve et se la recréer dans sa tête.

Pour oublier les barreaux qu'on a en face de soi.

C'est tout.

Un rythme hypnotisant qui vous rend débile.

Une illusion de liberté.

Pour empêcher les gens de penser. Sexe, ouais. Drogues, ouais.

Héroïne, ouais, orgies, ouais.

Mais le jour d'après, paf ! Il faut se rendre au boulot.

Et vous avez laissé quelqu'un vous convaincre

qu'en vous déhanchant un peu, vous seriez libres.

Mais c'est faux.

C'est s'assoupir dans la défaite.

C'est vivre à Ibiza.

C'est déménager à Los Angeles

pour se prendre en selfie en permanence.

Jour après jour. C'est une culture de la violence.

Où les femmes deviennent de simples objets sexuels.

Et où les hommes sont des bêtes qui les exploitent

tout en essayant de les baiser.

Voilà ce qu'ils veulent.

"Te rebelle pas et ne pense à rien, Vas-y, vas-y !"

Je peux pas croire que tu danses le reggaeton, bordel !

Après tout ce qu'on a étudié, ressenti et répété

toi et moi !

Toutes ces engueulades ! Tous ces combats !

Et comment on se foutait de leurs gueules ! Tu te moquais d'elles !

Exactement les mêmes. Tu riais d'elles à t'en pisser dessus.

Je les emmerde ! J'emmerde le reggaeton !

J'emmerde tout !

J'en ai marre de tout.

Polo aimait le reggaeton.

Qui est Polo ?

Avant, tu nous regardais danser et tu disais :

"Joli."

Qu'est-ce c'est ?

Je ne comprends pas ce mot.

Toi oui, sans doute. Parce que t'es plus intelligent que nous, pas vrai ?

Tout ce que je sais, c'est que j'aime pas

ce que je ressens devant quelque chose de joli.

Je préfère danser maintenant. C'est comme baiser. C'est joyeux.

Le visage empourpré et les jurons.

Chaleur, folie, séduction, mouvements.

Et soudain, bim ! Je suis entourée de gens.

Tous aussi excités que moi.

Ils bougent comme s'ils baisaient avec la musique.

C'est exquis, mon salaud.

C'est la vie. Et la vie, je la danse.

Sache que tu es vivant

parce que quelqu'un, quelque part, a été excité et a joui.

Et aujourd'hui, cet orgasme peut être dansé.

- J'ai assuré ? - Oh oui.

- Ça t'a plu ? - Beaucoup.

C'était bien ?

Entre ton corps et le mien

Il y a des univers qu'il faut que tu voies

Entre ton corps et le mien

Si mon corps est réel, alors ma langue est réelle

Si mes cheveux sont réels, alors ma voix est réelle

Si ma poitrine est réelle, alors mon ombre est réelle

Et si ma faim est réelle, alors mon combat est réel

Je ne bois pas et ne boirai jamais

Souffler sur mes flammes ne t'accorde aucun pouvoir

Ton gouvernement est violence

Et ne me dis pas que c'est comme ça…

- La danse ? - Oui.

C'est indiqué que vous avez démissionné en octobre.

Une tragédie familiale. Je vais mieux maintenant.

C'est bien.

Je peux tout faire. Même le travail administratif.

Un de nos instituteurs enseignait la danse folklorique.

- Qu'en pensez-vous ? - Je peux le faire.

Je n'aime pas ce genre de danse. Ça fait vieux jeu.

Les enfants ressemblent à des poupées.

Avec leurs chapeaux et cette danse, appelée…

- Vous savez, celle de Tarapacá. - Tarapaqueño

Tarapaqueño, voilà.

Je n'aime pas ça. Ça fait un peu ringard.

Ce n'est pas ce que j'aime enseigner, alors ça va.

- Qu'aimez-vous enseigner ? - La liberté.

Je montre aux enfants comment bouger librement.

C'est bien.

C'est par le corps qu'ils apprennent à s'exprimer.

Avec leurs petits bras ou leur posture.

Ils sont toujours assis, les yeux rivés sur leur téléphone.

Ils s'expriment toujours avec leur corps.

En se chamaillant, en dansant, en jouant.

Très bien ! Comme ça, ils apprennent à se rebeller.

Contre l'autorité.

- Désolée, ce n'est pas mon but… - Ne vous en faites pas.

Je ne suis pas une dictatrice. Loin de là.

Justement,

je déteste toute cette discipline. J'ai horreur de ça.

Ne le dites à personne, parce qu'après tout, je suis…

- La directrice. - Voilà.

Je dois donc diriger d'une main de fer, vous comprenez ?

L'habit ne fait pas le moine.

Disons que je suis bipolaire.

J'aime beaucoup ce que vous me dites.

Pardonnez-moi, c'est hors de propos.

Mais c'est ce que je pense.

J'aime beaucoup mon poste.

- Vous vous entraînez tous les jours ? - Tous les jours.

- Vous avez de bons abdominaux ? - Absolument.

De très bons abdominaux.

J'ai toujours aimé danser.

C'est une façon de me rebeller contre ma mère, une conservatrice un peu folle.

Toute ma vie, elle m'a dit que j'étais laide.

"Tu es laide !"

Me trouvez-vous laide ?

Non.

Elle m'a forcée à suivre des cours de ballet. J'ai arrêté.

Et j'ai recommencé à danser en tombant amoureuse d'un chorégraphe.

Le grand amour.

À la fin, tout ça a valu le coup. Pour les enfants.

Je vous comprends,

parce que j'ai été la petite amie d'un musicien célèbre pendant très longtemps.

Je ne peux pas vous révéler son nom.

Les artistes sont intenses, n'est-ce pas ?

Comment faites-vous ?

Ils sont fous. Cinglés.

Il faut les complimenter.

Leur faire croire qu'ils sont les meilleurs de l'univers.

J'ai eu tout faux.

Je n'ai pas eu votre…

- Votre sagesse. - Je ne sais rien de rien.

Bien sûr que si.

Vous en savez plus que tous ces gens.

Vous allez devoir passer un test.

Même si vous êtes une excellente pédagogue.

Désolée, je ne dessine pas très bien.

Qu'est-ce que c'est ?

Une maison.

- Et ça ? - Des fleurs.

Et qui arrose les fleurs ?

- Elles ont de l'eau. - Oh, je vois.

- Devais-je dessiner des gens ? - Non.

- Vous m'avez demandé une maison. - Tout à fait.

- Certaines ont des gens à l'intérieur. - Oui, ceux-là sont absents.

- Où sont-ils ? - À une fête.

- Ça fait partie de l'évaluation ? - Quoi donc ?

De devoir tout expliquer.

Vous ne souhaitez pas que ça en fasse partie ?

Je ne voulais pas interférer avec votre travail. Excusez-moi.

- Vous êtes en train d'interférer ? - Je ne sais pas.

Non.

Désolée.

Pourquoi ne voit-on pas de nourriture ici ?

Je l'ignore.

- Vous ne voulez pas répondre ? - Si.

Mais je ne veux pas que vous pensiez que c'est une maison triste.

Parce que je ne veux pas que vous pensiez

que je suis une personne antisociale ou déprimée.

J'ai une liste de tout ce qui devrait apparaître sur ce dessin.

C'est en les comparant que j'obtiendrai votre score.

M'en suis-je bien sortie ?

Je devrai consulter la liste.

Y a-t-il un test pour mesurer l'honnêteté ?

Oui, mais je le connais mal.

C'est absurde.

C'est ma vie.

Désolée.

Ne vous en faites pas.

Elle me plaît bien.

- Ça a été ? - Ouais.

Ils m'ont engagée.

Tu te rapproches de ton but.

- Lâche-moi ! - Ema !

Ema ! Putain, Ema !

Lâche-moi !

Ema, lâche-moi !

Tu me quittes ?

Non, puisqu'on n'est pas ensemble.

Ah bon ? Bien sûr que si.

Et je vais te manquer.

- Je ne veux pas. - Et pourtant.

Je ne veux pas parce que je suis très jalouse.

Eh bien, si jamais tu veux me voir,

appelle-moi à toute heure et je serai là.

C'est vrai ?

Et tu ferais quoi ?

J'arriverais chez toi et je te ferais la bise.

Je discuterais avec toi et je te nourrirais. Je ferais ce que tu veux.

- Vraiment ? - Ouais.

Et si c'était seulement pour un bisou ? Tu viendrais quand même ?

Bien sûr.

Et à quoi ressemblerait-il ?

À ça.

- Oh, Ema ! - Quoi ?

- Épouse-moi. - En blanc.

En blanc.

- Mais il faudrait qu'on soit amoureuses. - C'est vrai.

Et le problème, c'est que je ne le suis pas.

Moi non plus.

- Tu n'es pas amoureuse de moi ? - Pas encore.

- S'il te plaît. Ne me fais pas ça. - Quoi donc ?

- Dis-moi la vérité. - Je sais pas si je suis amoureuse de toi.

- Je ne sais pas quoi faire. - Eh bien…

Tu peux retourner auprès de ta famille et moi, je disparais.

C'est ce que tu veux ?

- Je ne sais pas. Je ne peux pas. - Ce n'est pas si terrible.

On serait heureuses ensemble.

Entrez. Comment allez-vous ?

Bonjour.

- Bonjour, Ema. Bienvenue. - Merci.

Bonjour.

Bonjour, les enfants.

Bonjour, Madame la maîtresse !

- Comment allez-vous ? - Bien.

Je m'appelle Ema.

Je suis votre nouvelle professeure d'expression corporelle.

Formons un cercle au milieu de la pièce.

Polo, mon cœur. Viens.

- Tu vas bien ? - Oui.

J'espère que tu me pardonneras un jour.

Quand tu seras grand.

Je n'ai pas été gentil.

Je m'excuse. J'ai été méchant moi aussi.

Non, tu as été gentil.

Très, très gentil.

Je voulais être ta maman.

Comme ils n'ont pas voulu, j'ai essayé d'être ta maîtresse.

Tu vas avoir un petit frère.

C'est vrai ?

Oui.

J'ai dit à ta maman qu'on t'avait fait sortir de l'école.

D'accord.

C'est ma maman.

- Tout va bien ? - Oui.

Sûr ?

- Mes cheveux te plaisent ? - Tu es à croquer.

Qui les a coupés ?

Elle.

Ma maman et mon papa.

Dites bonjour !

- Pardon. - Bonjour.

- Gastón. Enchanté. - Anibal.

Elle est enceinte et le bébé sera mon petit frère !

C'est vrai ? Félicitations !

Combien de mois ?

16 semaines.

C'est un enfant !

Tu peux l'avoir.

Ton bébé.

Polo est heureux maintenant. Laisse-nous tranquilles, je te prie.

Cet enfant peut être le nôtre.

Je suis sûre que ce sera une fille, aussi belle que toi.

Je ne peux pas.

Et j'aimerais tant te voir.

Te toucher.

Tu es si parfaite. J'aimerais te voir

prendre des formes et des vergetures.

Voir tes seins grossir.

Et sentir…

J'ai toujours rêvé…

de demander à une femme enceinte…

de se coucher nue sur moi pour que je puisse sentir les deux cœurs battre.

Comme si ces battements étaient les miens.

J'aurais pu te le demander.

Mais avec toi c'est différent, parce qu'on a quelque chose de sexuel.

Tant pis.

Ça n'arrivera jamais.

Tout ce que je voulais, c'était de dire à Polo que c'était une erreur.

Une terrible erreur.

Que je n'avais pas voulu l'abandonner.

Comment lui dire sans savoir où il vivait ?

J'ai soudoyé une psychologue des services sociaux.

Elle m'a révélé où ses nouveaux parents habitaient.

J'ai réfléchi sur une manière de me rapprocher de lui.

J'ai donc décidé d'avoir un enfant avec Anibal.

Cet enfant ferait toujours partie de la vie de Polo,

puisqu'ils grandiraient ensemble.

Comme ça, je pourrais toujours être près de Polo.

Puis j'ai rencontré Raquel.

Et elle était triste.

Un genre de tristesse que je connaissais bien.

Comme lorsqu'un enfant vous dit que vous n'êtes pas sa mère.

Et que votre mariage se met à s'écrouler.

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