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Original subtitles

Musique entraînante

Musique joyeuse

Musique douce Des enfants jouent.

Attention à ta robe, Lucette, allons !

- Émile ! - Hein ?

- Donne un peu de vin à ta voisine. - Voilà, voilà.

Trimault. - J'ai déjà dit non trois fois.

- Un verre, pour elle. - Ginette, dis-lui.

Il doit pas boire, ça lui fait mal.

Non, mais ça me gêne dans mon travail.

- Un travail ! Un drôle de boulot, son travail.

Tout le monde peut pas être flic.

Rires - Si tout le monde

était flic, la société serait plus fréquentable.

Tout le monde crèverait de faim.

- Il est mauvais, Propro, quand il s'y met. Une vraie gale !

- Jeanne, une autre. - Pensez à mon sang.

- Son sang, on croirait qu'il y a que lui qui ait du sang, ici.

Donne-moi ça. Tu sais pas déboucher le Bordeaux, toi.

- Y a que moi qui vende mon sang. Alors, il faut qu'il soit sain.

Si je buvais, mon sang serait avarié.

- En somme, dans ton genre, t'es un cumulard.

Éclusier et donneur de sang, ça fait deux métiers.

- Donneur de sang, c'est pas un métier, c'est un honneur.

- Mon sang est très pur. Il est d'un rouge !

Mais je ne le vendrais pas pour un empire.

- Si on vous en donnait 400 francs du litre,

vous vous laisseriez faire, comme nous tous.

- Savoir qu'il y a des gens qui ont mon sang dans les veines...

- Ça me dégoûterait pas. Du sang, c'est du sang.

Tu boirais dans n'importe quel verre.

- Moi, je ne vendrais pas mon sang. J'y tiens, à mon sang.

- Changez de conversation. C'est pas des propos de 1re communion.

Non !

Lucette, du fromage ?

- Non, je n'ai plus faim. Papa, je voudrais du gâteau.

Tenez, à vous l'honneur ! Voilà.

Tonnerre

- Ça couvait depuis ce matin. - Un orage sec.

Qu'est-ce qu'il a, l'autre ?

Manolo, n'aie pas peur.

Ne le regardez pas, vous autres.

Moi, j'appelle ça avoir les foies.

- Tais-toi, tu penses comme il a les foies.

Il a été 2 ans à Barcelone, il en a vu d'autres.

Il a quoi, alors ?

C'est pas la peur, c'est les souvenirs.

Reste près de moi, Manolo, on ne te fera pas de mal.

- Quand même, quelle drôle d'idée. - Quoi ?

D'avoir adopté ce gosse-là.

Personne sait d'où qu'il sort.

- Tout le monde est mort dans sa famille.

C'est un étranger, quoi !

- C'est pas un étranger, c'est un orphelin.

Bonsoir, m'sieurs dames !

Jeanne, allez servir.

Eh bien, Mme Ginette, et le gâteau ?

Voilà !

Merci.

Lucette, monte ça à Mme Raymonde. Elle doit s'ennuyer, toute seule.

Elle tape.

Bonsoir, Raymonde !

Bonsoir, mon petit !

Oh, mais dis donc, toi ! C'est ta noce ?

Tiens, pour toi.

- T'as pensé à moi, toute seule dans ta belle robe ?

Elle est bath, la môme.

Pose ça là.

Qui t'a donné l'idée de monter ce gâteau ?

- Moi. - Menteuse.

C'est vrai, M. Edmond.

Tu mens un jour pareil ?

- Tu vas pas lui gâter sa journée, non ? - Laisse.

Pourquoi ne m'en as-tu pas apporté ? - Y en avait plus !

Y avait qu'à faire ça.

Et j'aurais eu ma part.

En bas, ils ne peuvent pas me sentir et ils me le font sentir.

Tu les remercieras quand même.

- Oh dis, passe la main, tu fatigues ton monde.

T'aimes pas les gâteaux. Là, je l'aurais aimé.

Eh ben, aime-le et fous-nous la paix.

Si encore c'était de la tarte. Mais du Savoie...

Viens que je t'embrasse.

Tableau touchant.

Respecte la religion !

Tu remercieras tout le monde. Mme Lecouvreur, surtout.

Il est bon, ce gâteau.

- C'est honteux de faire une scène à une môme qui y entrave que dalle.

Ah. Tu n'as plus mal à la gorge ?

- Heureusement, depuis une heure que je "m'inhalate" !

- Tiens. - T'en as déjà marre ?

Ça bourre comme une pipe.

- Non. - Quoi ?

- Pas là. - Quoi, pas là ?

Pas près du peigne !

Et un peigne n'a rien à faire sur une table près de la confiture.

Qui n'a rien à faire près du fer.

Comme ta brosse à dents à côté de la poudre !

- Y a autre chose qui est pas à sa place, ici.

Quoi donc ?

- Une femme comme moi avec un type comme toi.

Patience...

- Patience ? Où veux-tu en venir avec ta menace ?

- Je potasse l'anglais. J'apprends la photographie.

Patience.

- Patience quoi ? Patience qui ? - Patience rien.

- Pour être photographe, même ambulant, il faut une licence.

Faut se lever tôt pour l'obtenir. - Tu me réveilleras.

- Edmond, tu ne m'aimes donc plus que tu veux travailler ?

- Je veux gagner mon bifteck. Chacun ses goûts.

- Je serais pas l'amante d'un photographe !

- Ça sent mauvais pour moi, ici. Y a des signes qui trompent pas.

- Tu veux te planquer ? - Je veux changer d'air.

Ma vie n'est pas une existence. - Parce que mon existence est une vie ?

Ça va décidément mieux, ta gorge.

J'ai compris.

Pas besoin d'interprète. - Hein ?

Tu veux que je descende.

Tu sors pas d'ici ?

Je t'attends.

La gueule, ça va ?

Ça va.

Prends l'article en main.

- Il y a deux hommes en toi : l'éclusier et le donneur de sang.

L'éclusier prendrait bien une muffée,

mais le donneur l'empêche de lever le coude.

Rires

Vous avez de la chance, Mme Ginette, d'avoir deux maris en un.

- Sauf qu'au lit, y a plus personne ! - N'importe quoi !

- Au lit, y a des moments où je suis comme veuve.

Hé, je vous consolerai !

Sacré Kenel !

- Ça va mieux, la gorge, Mme Raymonde ?

C'est parti.

- Alors, venez trinquer avec nous. - C'est pas de refus.

Merci pour le gâteau. Il était bon.

Un peu... bourratif !

- À une 1re communion, on mange pas de religieuses !

Jeanne, allez voir.

Brouhaha

- Ils veulent une belle chambre, je leur donne la 16 ?

Oui, oui.

Elle claque la porte.

C'est beau, tu ne trouves pas ?

Le canal, le bruit de l'eau...

Carillon

Quelle heure est-il ?

22 h, 22 h 30.

Tu m'aimes ?

Quelle drôle de question.

- Si tu ne m'aimais plus, je n'aurais plus rien.

Je serais seule au monde.

Un chien aboie.

- Ils passeront peut-être une nuit blanche à cause de nous.

C'est peut-être eux qu'on alertera tout à l'heure.

À présent,

tu peux me montrer notre cadeau.

Qu'est-ce qu'on risque ?

Il va pas s'enrayer, au moins ?

Renée, mon amour...

il est encore temps de dire non.

- Si je disais non, on devrait se remettre à vivre. Quelle corvée !

Et quelle complication.

Tu es prête à tout quitter ?

J'ai rien à quitter.

Tu te rends compte...

de ce qui va se passer ici dans quelques instants ?

Très bien.

J'y ai si souvent pensé !

Je m'étendrai près de toi.

Je poserai ma tête sur ton bras

et tu m'embrasseras doucement, comme la première fois.

Je fermerai les yeux.

J'entendrai le tic-tac de ta montre contre mon oreille.

Tu me diras mon petit nom à voix basse

et tu me tireras une balle ici, au cœur.

Fais attention.

J'ai mis la broche que tu m'as donnée pour que tu ne me rates pas.

Tu fermeras les yeux aussitôt. Je ne veux pas que tu me voies mourir.

Et à ton tour...

c'est ici...

qu'il faudra viser...

pour me rejoindre.

Renée, mon petit...

- Je ne t'ai jamais aimé autant que ce soir.

On ne peut pas t'aimer davantage.

Puisque nous n'avons rien à espérer de mieux, autant en finir.

Oui, tu as raison.

Nous avons tout essayé, n'est-ce pas ?

Les autres n'ont pas voulu de nous, c'est sûr.

Tout a toujours foutu le camp autour de nous.

Alors, laissons ça là et pas de remords.

Pas de remords.

On s'est aimé, voilà tout.

- Au fond, je mérite de disparaître, je suis un lâche.

Je devrais avoir le courage de descendre un type pour le voler.

Jouer le tout pour le tout.

Mais je n'oserai jamais, même pour toi.

Ce que je suis moche.

Aboiement

Dis-moi,

aurais-tu eu envie de te tuer si tu ne m'avais pas rencontrée ?

Non.

J'aurais pas eu envie d'être heureux.

- On n'a que notre amour au monde, et rien de plus.

- Les autres n'ont pas d'amour, mais ils ont le reste.

Mais le reste, ça vaut rien. Ça vaut même pas la peine de se détruire.

Tu verras, ça sera merveilleux. On sera libres.

Et tu sais, là-bas, c'est épatant.

- Là-bas ? - Eh oui.

Plus rien n'aura d'importance. On sera heureux.

On sera...

oui, on sera morts sous une bonne étoile.

Tu es déjà partie en voyage ? - Non.

- Non ? Alors, dis-toi que ce sera notre voyage de noces.

Dans une heure, on sera loin de tout. Et jamais on ne reviendra.

Tiens,

le visage de la bonne qui nous a reçus, on ne le verra jamais plus.

La voix de notre logeuse, on ne l'entendra jamais plus.

Jamais plus on marchera dans la nuit pour gagner l'aube.

Et le rire de ton patron et les cris du marchand nous refusant du crédit,

tout ça sera mort pour nous.

Le plus beau jour de ma vie,

c'était il y a 2 ans, quand j'ai acheté l'hôtel.

Jusque-là, j'étais ébéniste, pour les autres.

Quand je suis entré et que j'ai vu le comptoir et les bouteilles,

je me suis dit : "Il est à toi, comme ta montre, à toi tout seul."

Et j'ai eu envie de chialer.

Tu t'en souviens ?

- Chialer pour un zinc, faut être vicieux.

Moi, c'est quand j'ai pris le bateau.

- Vous avez pris le bateau ? - Pour aller à Charenton.

J'avais 11 ans et une robe neuve.

Même qu'y pleuvait !

Coup de feu

Renée, mon amour ! Réponds-moi !

Renée !

Ouvrez !

Il tambourine.

Allez, débine.

Aboiements

- Allons, dégagez, s'il vous plaît. Écartez-vous.

Il n'y a rien à voir, elle est morte.

Veux-tu rentrer ? C'est pas ta place.

- Papa... - Tu veux une gifle ?

- On l'emmène à Lariboisière ? - Probable.

- J'y vais, au cas où. 500 francs, je crache pas dessus.

Et quand il s'agit de rendre service... Pardon.

Cloche

Oh ! Son manteau !

Vous avez prévenu votre logeuse ?

Oui et j'ai même enfoncé la porte.

J'étais dans ma chambre quand le coup est parti.

Une détonation de 6.35.

Car c'était un 6.35. J'ai l'oreille musicienne.

J'ai donc enfoncé... - La victime était seule ?

Seule.

- Il n'y avait personne ? - Non.

En tout cas, je n'ai vu qu'elle. - Bien.

- Quoi ? - Rien, rien.

Vous avez vos papiers d'identité ?

Voilà. Toujours en règle.

- C'est drôle que vous n'ayez vu personne.

- C'est pourtant comme ça. - Et le revolver ?

Je l'ai pas cherché.

- On n'a rien retrouvé, là-haut. - Possible.

- Vous ne l'auriez pas ramassé ? - Je ne suis pas chargé de l'enquête.

- C'est tout de même drôle. - Quoi ? Qu'est-ce qui est drôle ?

- Qu'il n'ait rien vu dans la chambre. - Il n'est pas observateur.

Pourquoi n'étiez-vous pas en bas ?

- Pas invité. Je faisais de la photographie.

- À 11 heures du soir ? - Les plaques, on les développe quand ?

Lui répond pas, il te cherche.

- Ta gorge n'est pas guérie. Que fais-tu encore là ?

- Ils m'ont offert du mousseux. - Je l'ai invitée à notre table.

Ça vous regarde ?

- Plaît-il ? - Ce qu'on dit, ça vous regarde ?

- Vos papiers. - De quoi ?

- Montrez-moi vos papiers. - En voilà des façons !

Ça vient après la bagarre et ça demande vos papiers !

Les v'là, mes papiers !

- T'es pas en règle. - Quoi ?

Bah non. Viens avec moi.

- Vous n'allez pas l'arrêter ? - Je vais me gêner ! Allez !

- Si tu m'avais écouté au lieu de rester là... Tiens.

Voilà des cigarettes. - C'est fantastique.

On assassine une femme et c'est moi qu'on vient cueillir.

Je m'en souviendrai. On en apprend chaque jour.

- C'est pour quand ? - Laissez-moi prendre la fourrure.

- Calmez-vous, on vous relâchera demain matin.

- J'en ai pour 4 jours, Raide comme balle. Au revoir.

Vous en faites pas pour moi.

Où est Edmond ? - Il sera monté se coucher.

Ah, celui-là...

Vous pouvez crâner ! C'est une belle prise !

Un train siffle.

Le train approche.

Alors, ça va mieux ? C'est fini ?

- Qu'est-ce que vous faites là ? - Et vous ?

Je vous ai écouté cette nuit. Votre délire est intéressant.

Ordinairement, après leur opération, les malades égrènent des idioties.

Vous, pas. Curieux.

Ne bougez pas.

- On m'a opérée ? - Deux transfusions.

Avec un donneur impossible, d'ailleurs.

- Et Pierre ? - À propos,

qui est ce Pierre qui revenait dans vos divagations ?

Il est mort, n'est-ce pas ?

On ne m'a pas parlé d'un autre cadavre.

Il est mort.

Elle sanglote.

Pauvre Pierre... Il ne s'est pas raté, lui.

La prochaine fois, je ne me raterai pas !

Ah, c'est un suicide ? Pauvre petite !

Si vous étiez ici toute la journée, ça vous dégoûterait de mourir.

- Je recommencerai. - Silence, vous avez de la fièvre.

Là-bas,

on sera libres.

Ce sera merveilleux !

- Ça va mieux, la rescapée ! - Oui, elle parle de recommencer.

Tiens !

Alors, prenez-vous-y plus tôt.

Tuez-vous en journée, je n'aime pas opérer la nuit.

Nourrissez-la. - Si elle refuse ?

- Mais non, elle est raisonnable. Elle doit reprendre goût à la vie.

D'ailleurs, elle ne s'est pas tuée. Son assassin s'est rendu.

Tu aurais tort

de faire des bêtises, tu vois.

Il a tout avoué.

Il est dehors, entre deux inspecteurs.

Tu vas le recevoir comme il le mérite.

Non ! Je ne veux pas le voir.

C'est ce qu'il m'a dit aussi.

Ce garçon-là a le sens de la dérobade.

Alors, pas de nerfs.

Du sang-froid et de la dignité. Ah mais !

Messieurs, entrez.

Laissez-nous.

- Je ne désire pas prolonger inutilement votre confrontation.

Je veux simplement préciser quelques détails.

Voyons.

Vous avez connu votre assassin il y a un an.

- J'ai connu Pierre il y a eu un an, le 3 janvier.

Que faisiez-vous, à cette époque ?

- J'étais seule à Paris. Je sortais d'un orphelinat.

J'étais demoiselle de boutique chez un boulanger.

- Vous... vous gagniez honorablement votre vie.

J'étais nourrie, logée, couchée

et on me donnait 75 francs par mois.

Oui, bon. C'était un début.

Oui. J'aurais fini à 150.

- Cette occupation n'était pas très absorbante.

- Je me levais à 6 h du matin, je me couchais à 21 h.

Et...

que faisait-il quand vous l'avez rencontré ?

Dessinateur.

Il acquiesce.

- C'était là son unique moyen d'existence ?

Et vous êtes devenue sa maîtresse ?

Oui.

Je l'aimais.

Vous n'avez pas perdu de temps.

- Pensez, j'ai été enfermée jusqu'à 21 ans.

C'est très dur, l'orphelinat. Et si triste.

- On vous a recueillie, élevée, permis de vivre.

Oui, permis de vivre.

Enfin, passons.

Vous avez presqu'aussitôt après votre place.

Trois mois après.

Oui.

Et... ensuite ?

Ensuite, on a vécu comme on pouvait.

Il plaçait des dessins, je posais chez des peintres.

Et ensuite ?

Ensuite ?

Voilà.

- Plus le sou, il vous a proposé de mourir avec lui.

Il vous a entraînée, grisée, conduite à l'hôtel du Nord,

et là, il vous a assassinée. Et il a fui.

Oui.

Je l'ai assassinée.

Et j'ai fui.

- C'est moi qui ai tiré. - Avec un revolver acheté par lui ?

- Oui, je n'avais pas osé entrer chez l'armurier.

Il a tout avoué.

- C'est un enfant. - Pourquoi veux-tu

me sauver ?

De toute façon, toi et moi, c'est fini. Alors, autant dire la vérité.

J'ai tiré sur toi et j'ai fui, voilà.

J'ai jeté le revolver dans le square près du canal. Vous le trouverez.

Pourquoi nies-tu l'évidence ?

C'est moi qui ai tiré !

La preuve, je me suis raté.

J'ai toujours été si maladroite...

- M. le juge, je vous demande de suspendre cette confrontation.

C'est, en effet, assez vain d'insister.

Un instant !

Vous n'avez rien à lui dire ?

Rien.

Tu es fou, dis !

Si on te surprenait avec ça dans ta poche...

Tiens, voilà cent sous.

Je ne te le prends pas, je te l'achète. Hein ?

Correct ? - Oui.

Correct.

Salut, ça va ? - Ça va.

Ça va.

M. Edmond, j'ai un poulet à tuer.

- Allons-y, lequel est-ce ? - Je vais vous le montrer.

Après vous.

- Quand il faut tuer, Edmond s'en charge ;

- Les uns donnent leur sang, les autres le versent.

C'est un vicieux.

On m'ôtera pas ça de l'idée.

Samedi, il s'est amusé à martyriser une souris.

Faut pas savoir quoi faire de ses 10 doigts.

Et le chien de Mimar...

- Bossu ? - Oui, Bossu.

Il l'a flanqué dans le canal avec une pierre au cou.

Et Mimar a rien dit ?

- C'est lui qui lui avait demandé de noyer le chien.

Il a le cœur sensible, Mimar.

Pendant que M. Edmond noyait Bossu,

Mimar s'était enfermé dans sa chambre.

Pour ne pas voir ça.

Avec Jeanne, d'ailleurs.

Le poulet hurle. Si c'est pas malheureux.

Avec Jeanne ?

- Oui, Jeanne, quoi. Jeanne. - Oh, allez.

- Cent sous. - Qu'est-ce vous en savez ?

Merci.

Bonjour, déjà de retour ?

- Déjà. Quatre jours, ça fait un compte rond, non ?

Comment ça s'est terminé, l'autre soir ?

La femme, clamsée ?

On l'a transfusée.

- Celui-là, faut toujours qu'il passe à la caisse.

- Déjà de retour ? - Ah, toi aussi ?

- Quoi, moi aussi ? - Rien, ça va.

- Ça s'est bien passé ? - J'ai attendu que ça se passe.

4 jours là-bas, ça fait 8 jours d'ici.

Ce que je suis salingue...

La femme, t'as des nouvelles ? - On l'a transfusée, selon Grimault.

Elle s'en tirera.

Qui l'a butée ?

Un pas grand-chose.

Il s'est donné lui-même le lendemain matin.

- Qu'est-ce que c'est ? - Touche pas.

- T'as fait des emplettes ? - Touche pas, je te dis !

C'est un souvenir.

Tu connais Gina, la femme à Ernest ?

- Vaguement. - Elle a été embarquée, elle aussi.

On a causé. - Ah oui ?

- Nazarède est sorti il y a un mois. - Ah oui ?

Il a tiré ses 5 ans, correctement.

Ah oui ?

Il est remonté à Paris.

Ah oui ?

Pour te chercher.

Tiens.

C'est un entêté.

- Paris est petit, mais la France est grande.

Traduction ?

Tu aimes le midi ?

La côte ?

C'est marrant, chaque fois que je vais dans le trou, je pense au soleil.

- Alors, on fera les malles. - Ce que t'es chouette !

Si chouette que parfois, je crois que t'es mon frangin.

Change de vocabulaire.

- Vocabulaire ? - Oui.

- Vocabulaire... marrant ! Le seul mot d'argot que j'entrave mal.

Tiens...

une arête.

Jeanne !

Jeanne ! - Tu lui veux quoi ?

Rien, c'est pour un rendu.

Jeanne.

- Bonjour, Mme Raymonde. Déjà de retour ?

Déjà, oui.

Tenez, vous avez oublié ça en faisant un extra avec Edmond.

Vous savez pas qu'il aime l'ordre ?

Un peigne se pose sur la tête, pas sur une soucoupe.

- Le combien sommes-nous ? - Le 5 juin.

- Le temps de régler deux affaires et on part pour Toulon.

Le 10 à cette heure-ci, on prendra le pastis à la terrasse de l'Arsenal.

- Ça va ? - Presque.

Ça y est.

À quelle heure est votre train ? - 22 h 50 ce soir.

D'habitude, à cette heure, je fais les 100 pas sous le métro.

Un drôle de boulot, quand on y pense à froid, sans faire de température.

Y a des soirs où je reste 20, 25 métros sans trouver un client.

Quand je m'ennuie, je compte les métros qui passent.

Un jour, j'ai battu mon propre record.

57 métros sans voir personne. Pourtant, cette station travaille.

- Il s'est levé tôt, ce matin, M. Edmond. - À 7 h, il était rasé.

À la gare, qu'il a été, pour chercher nos billets.

- Il sait voyager. - Il est organisé, faut voir comment.

Voyager avec lui, c'est un rêve. Dans une gare, c'est un autre homme.

Il est aux petits soins avec vous.

Il vous achète des oranges, il vous les pèle,

il vous allume votre cigarette.

Il est imbattable, question délicatesse.

Et il vous explique le pays où qu'on passe.

Là, le grand Charles a le grand 7.

Là, la région des tricards. Là, Lyon, où Alphonse a tué Dédé.

Un vrai géographe.

Et plus qu'on descend vers la mer, plus il devient tendre.

Il sait se tenir en wagon.

Avec lui, en 3e, on a l'impression d'être en 1re.

- Vous avez souvent voyagé ensemble ? - C'est la 1re fois.

Je te la donne.

- Vous me la donnez ? - La preuve que j'ai pas de rancune.

Ginette !

Ginette !

- Oh, Kenel qui vient chercher la femme à Trimault.

Ils se la coulent douce.

Ginette !

Ginette !

Je vais à Charonne.

Si elle veut profiter de la voiture pour se balader, à sa disposition.

Eh ben, vous vous gênez pas !

- Que voulez-vous qu'on fasse dans une bagnole ?

Faudrait avoir le goût de la complication.

Alors, elle se décide ?

- Elle descend ! - Bon.

- Qu'est-ce qu'il a dans les yeux ? Il tient la chandelle ?

- C'est un ami, quoi ? Il a confiance en moi.

Hein, Prosper ?

Oui, mon pote, elle descend.

Alors, vous voyez ?

Elle rit.

Ah, la voilà ! Bonjour.

Hop, en route !

Hop là ! - J'ai l'habitude !

Oh pardon, je vous avais pas vu.

- C'est bien ce que nous avons entendu.

- Au revoir. Et pas un mot à la reine mère.

Au revoir, Propro !

Au revoir !

Manolo, j'ai pensé à toi.

- Pas en avance, ce matin, M. Adrien.

- Je me suis levé à 6 h pour laver ma chambre à l'eau de javel.

- Vous m'auriez dit ça, Jeanne vous aurait aidé.

- Merci, mais elle est brouillon. J'attends une visite ce soir.

Une bonne amie.

Non, un camarade.

Dites-moi, Mme Lecouvreur, ces jeunes gens qui jouaient aux cartes hier...

- Des nouveaux locataires. Ils sont gentils, hein ?

Oui, très gentils.

Bon, je m'en vais.

Bonne journée.

- Quel maniaque avec son eau de javel !

- Il est très soigné. Dame ! Dans son métier...

Qu'est-ce qu'il fait ?

De la confiserie.

Excusez-moi.

Oh, par exemple !

Émile !

Tu la reconnais ?

- J'ai vu mademoiselle quelque part, mais où ?

C'est le 16 !

Le 16 ?

Ah, pardon !

Asseyez-vous, vous devez être fatiguée après ces émotions.

Merci.

Un petit quinquina ?

- Parbleu, le quinquina, ça requinquine !

Vous venez pour vos affaires ?

- J'étais venue vous remercier des choses que vous m'avez envoyées.

Vous m'avez gâtée ! - Elle vous a gâtée ?

- Je voulais aller vous voir, mais je remettais, je remettais...

Et pour être franche, j'ai pas osé.

Vous auriez été une malade ordinaire, mais dans votre cas...

- Et les journaux vous ont fait de la réclame.

Vous les avez lus ? Je les ai gardés.

Je ne tiens pas à les lire.

Vous avez été très chics. Si, si.

Vous ne me connaissiez pas...

En un sens, je ne vous ai causé que des ennuis.

Et pourtant, je suis si peu intéressante.

Faut pas dire ça.

- Un paquet de Gauloises bleues. Une péniche m'attend.

Quelle surprise !

Vous me remettez ? Prosper Trimault.

- Enchantée. - Je comprends.

Sans moi, vous ne seriez pas là. La transfusion, c'est moi.

Mon sang circule dans vos veines.

Je suis très touchée, merci.

- Une transfusion signée Trimault vous fera faire de vieux os.

Mes cigarettes.

Musique joyeuse

Maintenant, vous êtes un peu de ma famille.

À tout à l'heure... cousine.

Par ici.

- Vous n'allez plus faire de bêtise ? - Je suis guérie.

Et puis, je sais qu'il vit. - Qui ?

- Pierre. - Oh, celui-là...

Que s'est-il passé dans sa tête ? - Vous allez me l'oublier.

J'essaie.

Je me dis : "Il faut que je l'oublie".

Mais pendant ce temps, je pense à lui.

Vous allez encore crier,

mais avant de vous dire au revoir, je voudrais...

revoir la chambre.

- Le 16 ? - Oui, le 16.

- Comme pèlerinage, y a mieux. C'est une chambre ordinaire.

- Oh non. - Oh si.

Enfin, puisque vous y tenez, je peux pas vous refuser ça.

Mais vous avez tort.

Vous voyez, elle est pas très appétissante.

Elle est propre.

C'est tout ce qu'on peut dire.

Musique mélancolique

Comme la première fois.

Je m'étais couchée ici...

il m'a embrassée...

et quand il a tiré, j'ai pas eu mal.

Oh, Pierre...

Je me demandais

où vous étiez.

Voici vos affaires : chapeau, manteau, sac.

Il manque rien ?

- C'est là tout ce que j'ai. - Vous êtes jolie,

en plus.

Et jeune. Ce qui ne gâte rien.

- Ça lui a compliqué la vie, d'être jolie. Ni plus ni moins.

Qu'allez-vous faire en sortant d'ici ?

Que va-t-elle faire en sortant d'ici ?

C'est pas drôle de se retrouver seule.

- Ah non, ça, se retrouver seule, c'est pas drôle.

J'ai peu à vous offrir, mais...

- Ça, c'est une idée. - Quoi ?

- Ce que tu vas dire. - Pardon ?

- Ton idée, c'est mon idée. Autant que tu la dises pour moi.

- Chaque fois que j'ai une initiative, il la prend pour lui.

J'ai pas grand-chose

à vous offrir...

- Ça, tu l'as déjà dit. - Oh, zut !

Je voulais savoir si vous vouliez rester avec nous en attendant.

Vous aiderez Jeanne, elle n'y arrive plus.

Ce sera toujours mieux que rien.

Je vous apprendrai.

les clients sont pas exigeants, on crâne pas dans ce quartier.

Ça vous dit, ma proposition ?

- Qu'est-ce que je disais ? Mon idée, c'est son invention.

Jeanne !

Jeanne ! Où est-elle encore ?

Jeanne !

Jeanne !

Allez, hop.

- On ne part plus. - Quoi ?

- Tu iras te faire rembourser les billets.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? L'air est malsain pour toi, ici !

Si Nazarède revient te descendre... - On ne part plus.

Elle peste.

Musique douce

Brouhaha

Deux entrecôtes qui marchent !

Et un haricot qui fait deux !

- Dites-moi. - Un plum arrosé, un saucisson-beurre.

- Vous avez du saucisson-beurre ? - Oui.

- Donnez-moi une salade de tomates, alors.

- Elle a vite pris le pli. J'ai mal aux jambes de la voir courir.

- Renée ! - Oui ?

- Une carafe d'eau. - Voilà.

Merci, mon gars.

Tu as vu ?

Le coup de la carafe.

Il est tout ce qu'il y a de gentil, M. Edmond, avec Renée.

C'est pas naturel. Où veut-il en venir ?

- Il a jamais été comme ça avec une femme.

T'es contente, ça a bien marché, ce matin, ta leçon ?

Je lui fais prendre des leçons de coiffure à tout hasard.

Ça dérange moins les voisins que le piano.

Elle est chouette, ma femme. J'ai tiré un bon numéro.

Tais-toi.

Pour un peu, tu me ferais rougir.

Merci, M. Edmond.

Pas de quoi.

- T'as vu le coup de la vaisselle ? - Laisse-les.

Il est pas le seul à courir derrière elle.

- Il a de la concurrence ? - Demande à Kenel.

Kenel... non mais, t'exagères !

- C'est évident, un type qui a pas de femme.

- Pas de femme ? Non mais, qu'est-ce que t'en sais ?

Un paquet de Gauloises.

J'en manque.

Allez m'en chercher 6 paquets et une boîte de voltigeurs.

- Il me croit pas que c'est la petite du drame.

- Oui. - Tu vois ? Et elle est bath.

- C'est parce que son ami l'a tuée. - T'es bath aussi, toi.

Il en faut pour tous les goûts.

Elle dirait "Viens chez moi", elle me retrouverait dans son lit.

Vous êtes tous pareils.

Et quand on met devant le fait, y a plus personne.

Faudrait presque appeler police-secours.

Salut, tout le monde.

Que faites-vous là ?

- On a reçu l'ordre de débrayer. On fait grève.

Enfin, versez-moi un vin blanc. C'est comme pour un malade.

Voilà.

- Cordon, s'il vous plaît ! - Vous êtes sûr de rester à la porte.

- Vous faites un nœud pour penser à moi ?

Vous allez à la Santé ? - Oui et après ?

Après, on peut tirer l'échelle.

- Comment a-t-on pu vous donner l'autorisation ?

- On vivait ensemble depuis 6 mois. - Elle l'a dans la peau.

Sous forme de balle blindée.

Vous parlez dans le vide.

Qu'il ait tiré sur moi ou pas, quelle différence ?

Nous avons voulu mourir ensemble.

On a pas réussi, on gagne à tous les coups.

- Les femmes que j'aime, je couche avec.

Enfin, chacun son tempérament. Et toc !

C'est fini ?

Alors, c'est fini ?

- Pourquoi ? - Sinon, ça va commencer.

Je cause pas à vous,

mais à Renée.

Je communique et je veux pas de friture.

- Eh bien moi, je ne digère pas le demi-sel.

Je vous écoute vomir depuis une heure, c'est trop.

J'aime pas qu'on juge la conduite des autres.

Pour juger, faut avoir déjà été accusé.

- Quoi ? - Pas ici !

Qu'il sorte !

- Pourquoi sortir ? Il sort pas avec n'importe qui !

- Sors, que je te parle. - Pas d'histoire.

- Vous mêlez pas à notre milieu, M. Edmond.

- Me faites pas de tort dans mon commerce.

Ça va, à la vôtre.

Brouhaha

- Tu viens voir de près un assassin maladroit ? Curiosité malsaine.

Pierre...

- C'est drôle... y a longtemps qu'on m'appelle plus par mon petit nom.

Pourtant ici, Dieu sait si on se montre familier avec moi.

On m'appelle plutôt "cochon" ou "ordure".

Ils ont raison.

Pourquoi es-tu venue ?

Pour nous.

Pour nous ?

Qu'espérais-tu en venant ici ? - J'espérais rien.

J'étais pleine d'appréhension.

J'avais aucune confiance en moi.

Je me disais : "Quand je le verrai devant moi, comme avant,

"je vais peut-être me détacher de lui."

Et j'avais peur. Tellement peur de moi.

Maintenant, je ne redoute plus rien. C'est comme avant.

Mais non.

Avant, je me dégoûtais pas. Avant, j'avais pas de remords.

- On n'a pas été courageux. Tant pis pour nous.

- Tu dois mépriser le type qui t'a abandonnée dans la mort.

- Mais, si les rôles avaient été renversés,

si j'avais dû tirer sur toi et me tuer ensuite,

j'aurais peut-être fui, moi aussi.

C'est très facile de se faire tuer par un autre. Si tu savais...

- Non... Je pourrai plus jamais te parler comme autrefois.

Il y a cette honte

entre nous. - J'ai tout oublié.

Oublié ?

Pour oublier, il faut être deux.

Non, non ! Tu as été le seul témoin de ma lâcheté.

Nous ne serons plus

libres, ensemble. - Regarde-moi.

- Je veux pas de ta pitié. Je suis un lâche, laisse-moi.

Je ne te reproche rien.

Veux-tu la vérité ?

J'avais tout prémédite, voilà. Je suis un assassin.

Je n'ai pas eu peur de la mort.

J'ai eu peur de la liberté.

Et c'est pour ça, quand j'ai vu le jour se lever comme un jour ordinaire,

c'est pour ça que je me suis constitué prisonnier.

J'ai voulu te tuer.

Te tuer !

- Non. Tu ne m'apprendras rien, j'étais là pendant la vérité.

Va-t'en.

Va-t'en !

- Il n'y a ni victime ni coupable. Il n'y a que deux complices.

Des complices ?

Pour que nous ressassions indéfiniment ce crime ?

Merci, j'ai pas besoin

de ta générosité. - Mon pauvre Pierre...

Tu perds ton temps avec moi.

On se trompait de vie.

Tu trouveras quelqu'un d'autre.

Vous penserez parfois à moi.

En regardant

ta cicatrice.

C'est horrible...

- Fous le camp, si tu veux pas en entendre davantage !

Musique enjouée

Vous m'en voulez ?

- C'est ma spécialité de n'avoir pas de rancune.

Vous me le reprochez.

- Ça vous fait rire, mais si je ne blaguais pas avec vous,

vous rigoleriez de moi.

- Faites-moi rire. - Depuis 3 jours, j'ai rien mangé.

- Vous n'avez pas d'appétit ? - Si, mais je pense trop à vous.

Je sais pas ce qu'on vous a dit de moi, mais c'est pas vrai.

Quand à Ginette, je vais la liquider.

Cette histoire pouvait pas durer.

Coucher avec la femme d'un copain ? C'est pas mon genre.

- Vous n'êtes pas sérieux. - Si.

Et avec moi, rien à craindre.

Si vous acceptez, on se met en ménage.

- Pour finir comme Ginette ? - Mais non.

Elle sait qu'elle et moi, c'était un petit parcours.

Vous, c'est un grand réseau.

On déménagera, on ira ailleurs.

Parce que l'amour, j'ai bien réfléchi, c'est comme le fric.

Faut le mettre à gauche.

Et puis on qu'un amour dans sa vie.

Et vous êtes le mien, vous.

Oh non.

L'amour, c'est pas ce qu'on met à gauche, c'est autre chose.

C'est autre chose...

Mais il est vrai qu'on en a qu'un ! - Renée, voyons.

Laissez-moi ! - Je vais vous expliquer, Renée !

- V'là le casse-croûte. - J'ai pas le cœur à manger.

Ça vient pas du cœur.

On pleure avec ses chasses, on mange avec sa bouche.

Mélangez pas les organes.

Vous êtes bonne.

Comment, d'ailleurs ? Mme Edmond ou Mlle Raymonde ?

- Ça dépend de quel œil on me regarde.

Le moral reprend le dessus !

Vous qui connaissez les hommes,

comment expliquez-vous le départ de Ginette ?

Je l'aimais comme une mère !

Je lui offrais des leçons de coiffure !

- Un moment de cafard. - Ça l'a pas prise aujourd'hui.

- Des moments qui durent longtemps. - Y a longtemps que Kenel et elle...

L'été dernier, quand j'ai pris mon congé,

on avait décidé de partir à Dieppe. J'avais tout préparé.

J'avais été moi-même chercher les billets à la gare.

J'arrive tout content... Je me vois encore, quel balourd !

Je lui tends les billets comme un bouquet. Et elle m'a dit...

On ne part plus.

- Vous le saviez ? - Non, je l'ai reniflé.

La vache !

- Tu prétendras encore que j'ai le béguin pour Renée ?

Non !

- Oui ou non ? - Non, non !

Regarde-moi ça, je ne vois plus de l'œil gauche !

J'ai l'impression d'être manchote ! - Tu es prête ?

Oui !

Oui, oui ou oui, non ?

- Oui, crotte ! Et c'est parce que c'est dimanche.

- Je veux bien aller seul à La Varenne.

- T'en fais des chichis avec ta pêche. Moi, je chasse et je ne crâne pas.

Et puis La Varenne quand on devrait être à Toulon...

Un homme chante.

Pourquoi on va pas à Toulon ?

Tu t'incrustes, ça finira par faire du vilain.

- Et après ? - T'as pas toujours été fatalitaire.

- Fataliste. - Le résultat est le même.

Tu l'aimes ? On est pas heureux, tous les deux ?

Non.

- T'en es sûr ? - Oui !

T'aimes pas notre vie ?

- Tu l'aimes toi, notre vie ? - Je m'y suis habituée.

Tocard mis à part, t'es bon mec.

Par terre, on se dispute, mais au lit, on s'explique.

Alors ?

- Alors, rien. J'en ai assez, je m'asphyxie.

Tu saisis ? Je m'asphyxie !

- À Toulon, y a de l'air, tu respireras mieux.

- Partout où on ira, ça sentira le pourri.

Allons à l'étranger, aux colonies.

- Avec toi ? - Cette idée !

- J'ai besoin de changer d'atmosphère. Et mon atmosphère, c'est toi.

- C'est la 1re fois qu'on me traite d'atmosphère !

Toi, t'es un drôle de bled !

Les types du milieu sans en être

et qui crânent de ce qu'ils ont été, faut les vider.

Atmosphère, atmosphère... Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?

Vas-y tout seul à La Varenne ! Bonne pêche et bonne atmosphère !

On frappe.

Vous faites quoi ? - Je tue vos punaises.

Vous vous plaindrez plus.

- Avec une lampe à souder ? - Faut ce qui faut.

Cette chambre me sort par les yeux.

Pas de nerf.

Oh !

C'est ça que les voisins se sont plaints.

- À cause de mon œil ? - Non, à cause du bruit.

- Ils n'auront plus l'occasion de se plaindre.

Dépêchez-vous, Renée.

Vous avez entendu ? Dépêchez-vous.

Vous allez à la Santé aujourd'hui ? - Non, pourquoi ?

On est dimanche, chacun son cinéma.

Eh bien, j'irai pas au cinéma.

- Laissez mon lit, je le ferai moi-même.

D'ailleurs, je vais le quitter. - Le lit ?

Non, Edmond.

Tiens.

Il va beaucoup souffrir. - Fallait pas le contaminer.

- J'ai contaminé M. Edmond ? - Oui.

Vous lui avez refilé votre maladie du suicide.

- On en guérit. - Non.

Y a pas de vaccin.

Depuis votre histoire, il travaille du cerveau.

Il a le cafard, il parle comme avant moi.

Votre noir, ça lui a gâté sa vie.

Maintenant, il pense et ça le dégoûte.

- Qu'est-ce qui prouve que je l'ai contaminé ?

Tout !

Il n'a plus le goût à rien.

On devait partir à la mer, vous arrivez, on part plus.

Vous êtes une atmosphère pas ordinaire !

- Voilà. - Avec ça, j'aurai assez d'appâts.

Monsieur.

Messieurs.

Deux Vittel fraise.

On ne refuse pas de monde, ici. - C'est dimanche.

- On ne va pas au bistrot, le dimanche ? - On travaille la semaine.

- Cigarette ? - Non merci, je ne fume jamais.

Payez-vous.

Gardez la monnaie. - Huit francs ?

Puisqu'il vous le dit.

- Merci. - Elle n'accepte pas les pourboires ?

À la vôtre.

- C'est un hôtel, ici. - Oui.

- Si on veut, on peut louer une chambre ?

Bien sûr.

Et ça,

c'est la porte qui donne sur l'hôtel ? - Oui.

Comment s'appelle l'hôtel ? - L'Hôtel du Nord.

C'est ici qu'elle habite !

- Qui ? - Raymonde !

Tu parles d'un hasard !

- Vous la connaissez ? - Un peu !

Elle va bien ? - Très bien, merci.

- Toujours avec Paulo ? - Paulo ?

Oui, Paulo. Son ami.

- Non, M. Paulo ne fait pas partie des locataires.

Qui est son ami, alors ?

- M. Edmond. - Bien sûr.

- C'est pas un grand avec des moustaches ?

- Non. - Renée, vous m'aidez avec mes malles ?

- Oui. - Par exemple ! Nazarède !

Et lui ! Bonjour, Marcel.

Ça alors !

- Ça t'épate, hein ? - Je pensais à vous, justement.

- Tu prends quelque chose ? - Rien, un marc.

- On parlait de Paulo. - Ah oui ?

- Ils ne me croient pas que je ne connais pas Paulo.

C'est pourtant vrai.

- Elle connaît M. Edmond. - Avec qui est-il Paulo, alors ?

- Je veille pas sur lui. - Elle le voit toujours.

- Pourquoi je l'avouerais pas ? - Tu tiens à notre estime.

- Questionnez Renée, vous verrez. - Venez.

Cigarette ?

- Paulo ou M. Edmond, c'est bien un grand type ?

- Oui. - Qui joue de la guitare.

Il supporte pas la musique.

- Il fuit pendant une bagarre, Il s'évanouit en voyant du sang.

- Pas du tout, il tue tous les poulets de la maison.

- Il laisse ses mégots partout. Son veston est toujours plein de taches.

Ah non, il est très soigneux.

Alors, cette consultation ?

- Je comprends rien. Edmond est tout le contraire de Paulo.

Bien sûr, c'est exprès.

Paulo m'a tellement dégoûtée que j'ai pris l'inverse.

Tant pis.

Au revoir.

Dis donc, si on rencontre Paulo,

on ne sait jamais, on lui dira bonjour de ta part.

Lui donne pas mon adresse.

- Entendu. Au revoir, les gosses. - Salut.

- N'essaie pas de comprendre, t'as une trop petite tête.

- Je vous aide avec vos valises ? - Non, je ne pars plus.

Moi aussi, j'ai mes caprices.

- Au fond, ça ne vous amuse pas beaucoup de sortir avec moi.

Pourquoi dites-vous ça ?

- Je vous ai jamais vu sortir avec une femme.

Je n'ai jamais eu l'occasion.

Je voulais toujours vous le dire.

Je l'approuve.

- Vous l'approuvez ? - Votre attitude avec Pierre.

J'ai un ami qui a été arrêté.

Il avait volé une bicyclette dans un moment d'égarement.

Je n'ai pas cessé de lui écrire, en prison.

Et quand il est sorti, j'ai continué à le voir.

C'est très bien.

- Et pourtant, j'aime pas la bicyclette.

Eh bien, Fernand.

- J'allais chez toi, justement. - Tu ne m'as pas reconnu ?

- Je t'ai même pas regardé quand je t'ai vu avec mademoiselle.

- Je ne veux pas gâcher votre soirée. - Mais non !

- J'ai sommeil, de toute façon. Merci pour l'intention.

- Oh... - Si, si.

Vous inquiétez pas pour moi.

On vous a parlé

de moi, cet après-midi ?

- Non. - Si.

Deux hommes sont venus

à l'Hôtel du Nord.

Raymonde vous a raconté ?

- Oui. - Ils vous confondaient.

Non.

- Si, ils ont demandé un Paulo qui jouait de la guitare.

C'est moi.

- C'était vous ? - Oui, j'ai été cet homme-là avant.

Avant quoi ?

Avant le reste.

Je dois vous paraître singulier, on n'a jamais parlé, on a échangé des mots.

Et aujourd'hui, c'est autre chose.

Vous ne vous en doutez pas, mais nous avons des souvenirs communs.

C'est moi qui vous ai trouvée dans votre chambre, le fameux soir.

Je le savais.

- Et qui ai conseillé à votre ami de fuir. Vous le saviez ?

Non.

Vous avez témoigné que j'étais seule dans la chambre.

Pourquoi ?

Comme ça, par intuition.

Je sentais que ça vous ferait plaisir.

- Je vous remercie. - Pas la peine.

Et puis, on vous a emmenée...

et puis, vous êtes revenue.

Un jour, je devais partir, aller ailleurs.

Et je suis resté.

Ne dites rien.

C'est la 1re fois que je suis timide.

L'homme qui jouait de la guitare, bohème, mal soigné, mal peigné

et terriblement lâche devant le sang, c'était moi.

On m'appelle Edmond, je me suis appelé Paulo.

Mais en réalité, mon nom est Robert.

J'ai été lâche aussi devant la police.

Un jour, pour ne pas me mouiller dans une affaire de vol,

j'ai dénoncé un complice. J'ai eu un non-lieu, ils ont eu 5 ans.

Ils les ont faits. Ils sont sortis et ils me cherchent.

Alors, je suis devenu un autre type.

J'ai changé de peau.

J'aime le linge propre, les costumes nets, les cravates impeccables.

Je ne plus voir la musique en peinture et le sang ne m'impressionne plus.

C'est dur de se quitter à ce point-là.

Et à la base, j'étais fait pour être autre chose qu'Edmond ou Paulo.

la preuve, ce soir, c'est Robert qui vous parle.

Vous pouvez l'écouter, il est propre, il n'a presque pas servi.

Voilà.

C'est tout.

C'est un cadeau.

Un cadeau qui n'a l'air de rien, mais...

je l'ai payé cher.

Je vous remercie beaucoup, M. Robert.

- Je me disais : "Je ferai cette confidence-là à Renée un matin.

"Le matin de notre 1re nuit."

Mais on aura jamais de 1re nuit tous les deux.

C'est comme si on l'avait eu, d'ailleurs,

puisque je me suis livré à vous.

- J'aurais bien voulu vous donner quelque chose en échange.

Pour qu'on soit quittes.

Seulement, moi, je n'ai pas de secret.

Vous m'avez écouté, ça me suffit.

Et vous avez eu du mérite à m'écouter.

Parce que le bonheur et vous, ça fait deux.

Et mon histoire,

à côté de la vôtre... - Oh, elle est finie, mon histoire.

Finie ?

Oui.

Et le plus drôle, c'est que j'arrive pas à en sortir.

Non...

Oublier, recommencer, ça ne dépend pas de Pierre,

mais de moi.

Et je ne m'y résigne pas.

J'avais tant d'espoir,

tant de confiance...

Je n'avais que ça,

mon amour.

Alors, vous comprenez, on ne se résigne pas à ne plus y croire.

On veut rester encore.

On a tort.

Dans ces circonstances, on devrait vous obliger à partir.

Comme au cimetière ou au théâtre.

Quand on crie à ceux qui restent : "Allez-vous-en."

On ferme les portes.

Emmenez-moi ! Partons !

On a failli couler, on a raté des tas de choses. Ne restons pas là.

Il y a une autre vie pour nous, quelque part, ailleurs.

Ça réussira peut-être, je n'attends rien de personne.

Avec nos malheurs, on peut faire... - Une grande catastrophe.

- Emmenez-moi ! Puisque de toute façon, il faut partir !

Emmenez-moi...

Ce serait trop beau.

Brouhaha

- Vous arrivez ? - Non, nous partons.

- Vous montez à Paris ? - Nous descendons.

- Plus bas que Marseille ? - Un étage dessous.

- Il y a rien au-dessous de Marseille, monsieur !

Tenez, madame, celui-là. Ils sont bons, mes oursins !

Regardez ça si c'est bon. Hein ?

- Pas très frais, non. - Quoi ? Je viens de vous l'ouvrir !

- Il sent le renfermé ! - Le renfermé ?

- De l'argent frais pour acheter de la glace.

Il est frais, mon oursin !

Rien qu'à le toucher, on attrape le rhume !

- Pourquoi me regardes-tu ? - Pour ne pas te perdre.

Il y a longtemps que je ne m'étais promené.

On marche les mains dans les poches, on pense à rien.

Quand on te marche dessus, tu t'excuses.

- Tu es heureux ? - Oui, j'ai pas l'impression d'exister.

C'est très agréable.

- Fini la France. - Avec toi, on sera toujours à Paris.

- Même en ce moment ? - Là, on descend la rue de la Gaîté.

Là Bobino et le Théâtre Montparnasse et là-bas, le métro.

Station Edgar Quinet.

On se fait cirer les chaussures ?

Musique joyeuse

- Et les valises ? - Je les ai portées dans notre cabine.

Ce soir, on couchera à bord.

Ça t'ennuie de ne pas être à l'hôtel ? - Moi, dormir là ou dans la cabine...

- Demain, la Josyane appareillera. Adieu à tous.

Tu verras, Port-Saïd, c'est quelque chose. Je travaillerai.

Je n'y connais personne, donc pas de honte à travailler.

Tu me plais. Y a pas de honte à travailler, dans ce cas.

On sera si loin.

- Je te plais ? - Ma parole !

- Tu m'aimes ? - Puisque tu me plais.

- Me le dirais-tu ? - Quoi ?

- Je t'aime. - C'est fait.

- Non. - J'ai dit que tu me plaisais.

- C'est pas pareil. - Mais si.

- C'est pareil ? - Bien sûr.

- Alors, dis-le-moi. - Que tu me plais ?

- Non, que tu m'aimes. - C'est pas pour moi.

Dire ça à une femme, enfin.

- Tu n'oses pas. - Dis-moi aussi que tu m'intimides.

Nous n'irons pas à Port-Saïd.

Je t'aime.

Faut-il que je t'aime pour que tu me fasses te le dire.

Et toi, alors ?

Moi, je t'aimerai à Port-Saïd.

- Ici, non ? Et à Paris ? Tu m'aimerais, à Paris ?

Je n'y aimerai plus personne.

- Ville consignée. Et à Châtellerault ?

- Je ne connais pas. - Pas plus que Port-Saïd.

- Non, mais je l'imagine. À Port-Saïd, on recommencera tout.

La belle, quoi.

Le bateau lève l'ancre.

Corne de brume

- La cabine te déplaît ? Tu n'as rien dit.

En bateau, on ne devient réfugié qu'en pleine mer.

Demain,

on partira.

On partira.

Enfin...

Tu ne regrettes rien ?

- Non, puisque c'est toi qui as eu cette idée de Port-Saïd.

- Voudras-tu rentrer au dernier moment ? - Non.

Mais je me demande si, pour toi, j'ai eu raison de t'écouter.

Il faut partir. Et vite, crois-moi.

Tu verras, Port-Saïd, c'est très bien.

Et puis là-bas, on sera libres. Ce sera merveilleux.

Là-bas...

Oui. On sera heureux.

On sera morts pour tout le monde sauf pour nous.

Dans deux jours, on sera loin de tout et jamais on ne reviendra.

Tiens,

l'Hôtel du Nord, le visage de Trimault,

on ne le reverra jamais plus.

On n'entendra plus le bruit de l'écluse.

Pourquoi sers-tu si fort ?

Hein ? On dirait que tu te raccroches à moi.

Renée, tu m'entends ? - Pardon.

Je suis folle. - Qu'est-ce qui s'est passé ?

Tu t'agrippais...

tu t'agrippais...

C'est fini.

C'est rigolo.

Tu disais "Faut partir !" et plus tu parlais...

plus tu regrettais tout ce qu'on va laisser.

Plus tu voulais me convaincre et...

plus tu perdais confiance.

C'est ça, hein ?

Tu as eu envie de foutre le camp. Malgré toi, hein ?

C'est formidable l'impression que j'ai eue.

C'est fini.

Je suis revenue.

- Toutes les femmes ont des défaillances.

Des espèces de cafards.

Des siroccos personnels.

- C'est drôle, tu n'es plus le même homme.

- À Port-Saïd, il n'y aura plus que toi et moi, personne d'autre.

Celui auquel tu penses en ce moment...

Tu te trompes ! Je n'y pense pas.

- Tu ne ferais pas un tel voyage si pouvais l'oublier comme ça,

sans te déranger.

Tu y penses.

Tiens, même dans tes gestes.

Cette broche... - Edmond !

Tu cries Edmond et tu penses Pierre.

- Je ne la garde qu'à cause de la chambre 16, cette broche.

Elle me rappelle qu'il m'a tiré dessus.

Je ne t'en veux pas.

Ce type-là, c'était forcément pas n'importe qui.

Tiens, la voilà, sa broche.

Je vais lui demander un renseignement.

Bonjour, ma petite reine.

Pas trop fatiguée, ma petite reine ?

Arrête de quitter ton boulot.

- Je pense tellement à toi ! Viens me tenir compagnie à l'écluse.

- Pour qui que tu me prends ? - Pour ma petite reine.

J'en ai marre d'en baver "because" des hommes.

Je veux pas d'un Edmond miniature. Retourne à l'écluse.

Ma petite reine...

- Quelle heure est-il ? - Deux heures.

Démêloir.

Voilà, ma petite reine.

- Peignoir. - Voilà, ma petite reine.

- Savates. - Voilà, ma petite reine.

- Dis à cette garce de Renée de faire la chambre.

Oui, ma petite reine.

On frappe.

- Je t'avais pas dit d'entrer. Où que t'as été élevé ?

À la XIIe, ballot.

Je t'ai dit d'aller au bizness !

Va, j'ai un mot à dire à monsieur en particulier.

Au sujet d'une affaire classée. - Pardon.

- Tu parles d'une terreur ! - C'est un bon gars.

Rire moqueur

Les terreurs, j'en suis revenue.

Les terreurs ont surtout la terreur du boulot.

Et je veux plus glaner leur bifteck.

Tu vieillis !

- J'ai mis du temps à devenir majeure. - Compris. Edmond t'a écœurée.

Plutôt !

- Alors, t'es plus avec lui ? - Puisque je te le dis !

J'ai été doublée par Renée, la boniche.

Il est tombé dans son tablier.

Sois franche.

Edmond, c'était... - Oui, j'ai menti. Edmond, c'était Paulo.

- Maintenant, il a filé. - Il reviendra.

- Qu'est-ce que t'en sais ? - Je le connais.

Il était parti avec Renée en train omnibus.

Elle est revenue hier, par express.

Il a pas l'habitude de perdre ses colis en route.

Il tardera pas à rappliquer.

Tu crois qu'il va revenir ?

C'est couru.

Moi, à ta place,

je louerais une crèche ici et je ferais sentinelle.

T'auras plus qu'à te baisser pour le ramasser.

Je me baisserai, hein ?

Dis donc, Renée, la boniche...

on peut l'affranchir ?

- Pas la peine. Aujourd'hui, elle est pas là.

- Où est-elle ? - En visite.

- Au dernier moment, le cœur m'a manqué.

La Josyane est partie sans moi.

Et l'autre ?

Il a dû s'embarquer quand même.

Et pourtant, au départ, j'étais sincère, j'y croyais.

Je me voyais vivre à Port-Saïd, dégagée de tout,

avec des souvenirs tout neufs.

Je suis restée car je ne pouvais pas faire autrement.

Quelque chose de plus fort que moi me retenait : toi.

- C'était pas grand-chose, ce quelque chose.

Et alors ?

J'ai tout fait pour te détester, je n'ai pas réussi.

Et même, tiens, je comprends mieux, à présent.

Oui ! Pour décider l'autre à m'emmener,

à tout quitter, je lui ai parlé comme tu m'as parlé à l'Hôtel du Nord.

Je m'en rends compte, maintenant.

Je me suis servie de tes mots pour le convaincre.

Mais quand il a fallu tout lâcher,

alors qu'il était déjà presque trop tard,

alors j'ai eu peur, moi aussi.

Tu vois,

on a tous les deux raté un train. On est quitte.

Mais non.

Eh non !

Tu n'as pas voulu le tuer.

J'ai fait pire,

je lui ai donné de l'espoir.

Brouhaha

Pierre, ton non-lieu est signé, dans 2 jours, tu seras libre.

Où iras-tu ?

Si je n'ai écouté personne,

si je m'obstine à t'aimer, c'est peut-être par égoïsme.

Pierre... j'ai besoin de toi.

Tu crois...

qu'on pourrait revivre ensemble ?

Être heureux ?

J'en suis sûre.

- Comme avant ? - Comme avant.

Tu as des remords ?

Eh bien moi, je n'en ai pas.

Je ne regrette pas que tu aies fui. Je ne regrette pas d'être vivante !

Ose me dire en face : "Je suis navré de t'avoir ratée."

Ose donc !

Tu vois qu'on peut revivre ensemble !

Musique de fête

Lecouvreur, il est 2 h !

Arrêtez ce pick-up ! L'amplificateur, c'est trop !

On peut pas dormir, madame et moi !

- S'il n'arrête pas son zinzin, je déménage.

Ici, les boniches vous prennent vos amants

et on vous barbote votre sommeil !

- Calme-toi, ma petite reine. C'est le 14 juillet.

Je m'en souviendrai, tiens !

Ils ont pris la Bastille et après ? Y a toujours la police !

Parle pas toujours de ton passé.

Un jour, le 14 juillet, après les punaises ! Y en a marre !

Applaudissements

Et maintenant, la danse du tapis !

Acclamations

Musique entraînante

- Vous partez ce soir, Renée ? Après la fête ?

- Vous m'en voulez ? - Non, mais ça m'ennuie.

Surtout pour vivre avec lui. - Je viendrai vous voir.

Ce sera différent.

- Vous avez été si gentils. - Allez servir.

Quand partez-vous ?

- Après le bal, j'ai pas voulu vous faire faux bond.

Je comprends bien !

J'espère que vous n'allez pas revenir vous tuer au 16 !

Vous allez vous marier ? Bien entendu.

Un bon mariage vaut mieux qu'un mauvais suicide.

- Qu'est-ce que tu dis ? - C'est des propos de 14 juillet.

- Deux demis. - Tu vois, elle est de mon avis !

Quand vous partirez,

faites comme si vous alliez faire une course.

Comme ça, on pourra toujours croire que vous allez revenir.

On vous aimait bien.

On s'était habitué à vous.

C'est vrai. C'est comme si demain,

je trouvais plus mon zinc. Ça me manquerait.

Vous nous manquerez.

Voilà.

Applaudissements Acclamations

Le bus klaxonne.

Brouhaha

Musique joyeuse

- Pourquoi es-tu partie sans me dire adieu ? Je ne t'aurais pas retenue.

J'aurais aimé un au revoir.

- Je voudrais te dire... - Ne dis rien, j'ai compris.

C'est égal, je reviens de loin.

Je reviens de Port-Saïd sans y avoir été.

C'est beau, hein ? On se retrouve en musique.

Ne crains rien, je ne te veux pas de mal.

Je veux juste qu'on se quitte proprement.

Il est sorti, non ?

Il a eu un non-lieu. C'est ça, hein ?

Il est sorti.

Ce matin.

Tu l'as revu ? Non ? Tu vas le revoir.

- Oui, après. - Après quoi ?

- Après le bal. - Il t'attend ?

- Oui. - Il a de la chance.

Renée, je te remercie de m'avoir donné 3 jours de ta vie.

- Crois-moi, je ne t'ai pas menti quand je t'ai demandé de m'emmener.

J'avais l'intention d'aller au bout.

J'en suis sûr.

On a pas été bien loin, mais tu m'as fait voir du pays.

C'est rien.

Tu vas remonter dans ta chambre ?

- Pourquoi ? - Deux hommes t'y attendent.

- Ah oui ? - Raymonde leur a dit qui tu étais.

Ah oui ?

Adieu, Renée.

Adieu.

- Je t'ai dit que je m'appelais Robert. - Adieu, Robert.

Musique joyeuse Pétards

Coup de feu

Ces sales gosses avec leurs pétards !

Le jour se lève.

Il va faire beau.

Viens.

Maintenant, c'est fini. - Quoi donc ?

L'Hôtel du Nord.

Musique entraînante

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