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Original subtitles

FPS 25

Je m'appelle Charles Bailly.

L'histoire que je vais vous raconter est ma propre histoire.

Une histoire vraie.

Pas une histoire de cin�ma.

Et pourtant, on pourrait en faire un film.

La preuve !

LA VACHE ET LE PRISONNIER 1959

�a alors, mes enfants, pas d'erreur...

C'est la Royal Air Force.

Moteurs de Gloster Meteor.

Moi, je crois plut�t que c'est la Luftwaffe, c'est du Messerschmitt tout pur.

Des clous, je te dis que c'est des Anglais. Tiens, t'entends ?

Made in England.

T'as pas d'oreille, non ?

Parce que les moteurs ont l'accent anglais ?

Ah, un peu, oui !

D'abord, les moteurs, c'est un peu ma partie.

Quand on a fait cinq ans de taxi, on en connait un bout.

�a n'a pas de rapport.

Pas avec �a.

Rase-motte ou l�che-pav�s, c'est du kif.

Tu dis rien, Pommier !

C'est-y des Anglais, oui ou merde ?

Oh, moi...

Luftwaffe ou Royal Air force...

Tout �a vaut pas une belle paire de fesses.

Oh, tu sais, les fesses, on en revient.

Oui, faut d'abord y avoir �t�.

T'en parles � ton aise.

Toi, tu t'en fous, de ce c�t�-l�, t'es servi.

Toi, avec tes id�es fixes...

Oui, si on peut appeler �a des id�es.

Deux ans que j'ai pas touch� une femme.

Un homme de mon �ge...

Tu devais pas leur faire beaucoup de mal aux femmes dans ton magasin.

J'en voyais plus de 500 par jour. Et des belles !

J'avais qu'� me baisser.

Articles m�nagers, tu penses... La bonne vie, quoi.

Et avec �a, madame, je vais vous l'envelopper.

Ouh ouh !

Venez ! Le d�ner est servi.

Oui, on y va !

Eh bien, c'est quand m�me la Luftwaffe.

Alors, Bailly, tu manges en Suisse ?

La soupe, je l'aime chaude, moi.

Laisse, maman, je m'en occupe. - Oui.

On regardait passer la Royal Air Force.

Bien s�r avec ChurchiIl � bord...

Tu as m�me reconnu son cigare, n'est-ce pas M. Bussi�re ?

Quel con !

Que signifie "quel con" ?

Ne faites pas attention, Madame.

Das ist "grossier personnage"...

... Un cochon.

Bussi�res a raison, c'est des Anglais.

Mais, qu'en sais-tu, tu n'as rien vu !

J'ai pas besoin de les voir pour les sentir.

La preuve...

Tu les entends jouer au golf ?

Alors, pharmacoque ?

La Luftwaffe ?

J'aime mieux �a.

Chacun peut se tromper.

Tu sers ! - Merci.

Un peu de homard thermidor, Vicomte ?

J'adore les escargots...

Avec un rien de gel�e de groseilles.

Sans compter que les escargots...

Un r�ve !

Dis donc, c'est s�rieux, cette fois, ils mettent le paquet !

Ils feraient mieux de parachuter des girls.

Qu'est-ce que tu en ferais ? Tu as les yeux plus grands que le ventre.

Ah, tu me connais pas !

En 38, au moment de Munich.

J'ai eu jusqu'� 4 femmes en m�me temps.

On le sait, tu l'as d�j� dit.

J'en ai pris une 5e pour me changer les id�es...

�coute, alors l�...

Vous croyez pas ?

Vous aurez qu'� demander au BHV, ils vous le diront eux.

Change de disque ! Toujours le m�me air.

L'air du Don Juan de bazar.

Don Juan de bazar ? R�p�te un peu, r�p�te-le.

Vous allez pas vous disputer !

Pour le dernier repas que je fais avec vous.

Attendez au moins que je sois parti.

Demain soir, pour vous distraire...

Vous pouvez vous casser la figure en pensant � moi, hum ?

Nom de Dieu, 8H heures pass�es... la BBC.

Et tes salades, toi !

Pas si fort.

La France alors, retrouvera son vrai visage.

Celui de Jeanne d'Arc et de Napol�on.

Et les tra�tres seront ch�ti�s.

Cette guerre que nous n'avons ni voulu ni souhait�, nous la gagnerons.

Nous la gagnerons, car les arm�es de la Libert�.

Savent pour quelle juste cause elles combattent.

Pardon, �a, c'est envoy� !

Oui, l'Angleterre de ChurchiIl et des bourreaux de l'Irlande.

Dispara�tra de la carte du monde.

Et de Gaulle...

G�n�ral f�lon, qui sacrifie les Fran�ais.

Pour les capitalistes de la Cit�.

Aura son ch�timent l'heure venue.

Mets sur Radio Paris.

Cette heure, nous la choisirons...

Mais dans la justice et la libert� qu'on va reconquise.

La France aura retrouv� son vrai visage.

Vous venez d'entendre, les Fran�ais parlent aux Fran�ais.

On l'a pris trop tard.

Depuis midi, il n'a pas pu passer grand-chose.

La question n'est pas l� ! C'est rien que pour entendre leur voix.

Tr�s juste.

Je me rappelle une amie que j'avais en 32.

Non... en 31.

Il fallait que je lui t�l�phone matin et soir.

M�me quand j'avais rien � dire.

Elle voulait seulement entendre le son de ma voix.

Moralement elle pouvait pas s'en passer.

Une dingue !

Une femme impeccable.

Des seins...

� se casser la t�te contre.

Bon, �a va, raccroche, on a compris.

Alors, c'est d�cid�.

Tu pars toujours demain matin ? - Oui, � l'aube.

S�r ? - Et alors ?

Sans t'influencer, tu fais une connerie.

�coute, mon vieux.

Moi, j'ai pas des raisons personnelles comme toi, qui me retiennent ici.

Tu sais, �tre l� ou � Paris...

Y a des fridolins partout.

Mais ici, au moins, ils sont chez eux.

Alors on peut les tol�rer.

� la rigueur...

L'ennui, c'est que moi, ici, je me sens pas chez moi.

On me dirait qu'il y en a pour deux ans, cinq ans.

Bon, je pavoiserais pas, non, bien s�r.

Mais je me ferais une raison et je compterai les jours.

On nous dit rien. 40, 41, 42...

On nous laisse dans le vague.

On fait courir des bruits.

Je vais pas passer toute ma vie ici dans ce bled.

Moi, j'ai pas cinq femmes qui m'attendent dans la maison.

J'en ai qu'une, moi, de femme.

Et je veux la voir vieillir.

Gentiment.

Doucement.

Au jour le jour...

Et pr�s de moi.

Puis, tu veux que je te dise une chose ?

L'Allemagne m'emmerde.

�a se d�fend.

Tu penses trop, Bailly.

T'es pas fait pour �a.

Je pense pas, je me souviens.

Tiens.

Quand j'ai �t� fait prisonnier.

Je croyais que j'en aurais pour trois semaines.

Un mois, en comptant large.

Sans quoi, ils m'auraient jamais eu.

Je serais encore en train de courir.

Tout �a, c'est bien joli et si on te repique ?

Si on me repique ? - Oui !

Ici, c'est une bonne planque.

Y a plus malheureux que nous, m�me en France.

On est peinards.

S'ils te repiquent...

Ils t'exp�dieront dans un Stalag pourri.

Qui en fait baver les vaches.

Un conseil de pair...

Reste o� tu es et ne fais pas le pigeon.

Allez, avoue-le donc.

T'as d�j� plus tellement envie de partir.

Toi, tu te d�gonfles.

Je me d�gonfle ?

Oui, tu te d�gonfles, oui !

Pour Marl�ne, tu oses plus lui demander.

Qu'est-ce que tu crois ?

Si, je vais lui demander puisque c'est ton id�e.

Tu auras la r�ponse dans une heure.

Tu crois qu'elle va marcher ? - Oh, tu sais...

Avec les femmes...

On sait jamais.

Pas vrai, Marl�ne !

Non, pas Marl�ne... Josepha.

Oui, mais pour moi, tu es Marl�ne, la vamp des vamps.

Une vraie vamp de chevet.

Allez, bonne chance, vieux.

Bonsoir, Mme Marlene.

Bonsoir.

Bonsoir, les amoureux.

Si je t'avais pas...

Moi aussi, je ferais la valise.

Tu es une femme magnifique, ma ch�re, Josepha.

Moi te demander... un grand service.

Tu dois... m'aider... pour mon camarade.

Qu'est-ce que vous pensez, vous autres ?

Vous croyez qu'elle va accepter, Marl�ne ?

Oh Marl�ne, tu sais !

C'est une paysanne avant tout, elle tient � ses sous.

Oui, tous les paysans sont normands ou auvergnats, o� qu'ils soient.

Si je retourne en France, je lui rembourserai sa vache.

Encore faut-il qu'elle ait confiance en toi. - Je lui laisse Bussi�re en gage, non ?

Ah, merde !

J'ai une dent qui se g�te.

Ma meilleure molaire.

Qu'est-ce qui te fait rire ?

Je pense � l'id�e de Bailly.

Dans le genre �vasion.

Traverser toute l'Allemagne avec une vache.

C'est g�nial.

Le couple id�al !

Mieux que �a.

Deux amis...

Deux copains.

La vache me nourrira, si j'ai faim.

Si elle s'ennuie, je lui raconterais des histoires dr�les.

Enfin...

Tu trouveras � qui parler.

Oui, �a me changera un peu de la soci�t� des autres animaux.

Eh ben, merci !

Oh, je blaguais.

Alors, Pommier...

Comment va ton petit harem int�rieur ?

� La tr�s ch�re �tait nue.�

� Et... connaissant mon coeur.�

� Elle n'avait gard� que ses bijoux sonores.�

� Dont le riche attirail...�

Ta gueule !

� L'horrible nuit d'insomnie...�

� Sans la pr�sence b�nie de ton cher corps pr�s de moi...�

� Sans ta bouche tant bais�e...�

J'ai dit : ta gueule.

Voil�, mon cher, avec quoi on vit.

On tente de sublimer l'�rotisme �l�mentaire de cet ilote.

Et tout ce que tant de beaut� lui inspire...

C'est : ta gueule !

Seul !

Il revient sans la vache. - Ta gueule.

Alors ?

Elle a refus� ?

Mais, r�ponds !

Dis-moi quelque chose... Elle a refus� ?

Si elle a refus�, j'aimerais te l'entendre dire !

Oh, j'ai compris, va.

C'est foutu.

C'est foutu, hein, dis ?

Mais non, toto ! Tu l'as, ta vache.

Imb�cile, va.

Elle a tout de suite accept�, sans h�sitation.

Pour un peu, je l'aurais embrass�e.

C'est d'ailleurs, ce que j'ai fait.

Tu peux dire que tu m'as fait une belle peur !

Non, mais...

C'est vrai, au moins, elle a accept� ?

Puisque je te le dis!

La preuve, tu vas la payer, ta vache.

Pommier, c'est moche ce que tu dis l�.

C'est une chouette m�me.

Elle la donne sans condition...

Alors, t'as tout ce qu'il te faut ?

J'esp�re que j'oublie rien.

Chocolat...

Les biscuits...

Merci.

Ah, mon rasoir...

Ma brosse � dents.

Enfin, le sucre.

La boussole...

Je vous laisse...

�a...

Y a 3 chemises en lainage.

Et puis, � L'anglais sans peine�.

� L'italien sans peine�.

Et � L'allemand sans douleur�.

Ah, si j'avais voulu...

Si j'avais voulu, je serais devenu le roi des polyglottes.

Mais, avec votre sacr�e belote, tous les soirs...

J'ai jamais eu une minute seulement pour entrouvrir un de ces bouquins.

Toi, l'allemand, tu l'apprends sans peine et m�me avec beaucoup de plaisir...

Les langues vivantes...

T'as bien �tudi� ta carte, au moins ?

Trois mois que j'y travaille !

Voil� mon itin�raire.

Il est l� et l�.

250 km, � raison de 10 km par jour.

Pour 5h le matin, 5h l'apr�s-midi.

25 jours de marche.

Jusqu'� la gare de triage de Stuttgart.

Et le 26e jour...

La France !

Si tout va bien...

Merci.

Tiens, vieux. - Merci.

Dis donc...

Puisque tu vas � Paris...

Fais un saut chez elle.

Tu peux compter sur moi.

C'est l'adresse de ma m�re...

Rue Pascal.

Tu lui diras comment �a se passe ici.

�a, je te le promets.

Et m�me, si tu as d'autres commissions... -Non, non...

Rue Pascal, c'est aux Gobelins.

�a t'ennuie pas ?

Mais au contraire, tu parles...

Dire que j'ai pass� deux ans ici.

Et voil� !

Alors, on va la choisir cette vache, moi, j'y connais rien.

Fais-moi confiance, va.

Pourquoi, il y avait un rayon de vaches au BHV ?

Je te dis de me faire confiance.

Ben laisse le faire puisqu'il prend ses responsabilit�s.

Je vais te trouver une bonne laiti�re.

Une marcheuse surtout. - Ah, naturellement...

Ah, voyons.

Non !

- Pourquoi non ? - La vivacit� de l'oeil est tr�s importante.

La vivacit� de l'oeil ? - Oui.

Alors, si elle a l'oeil bovin, c'est mauvais signe.

Tr�s mauvais.

La douceur du regard est l'indice d'un caract�re paisible.

Sociable et bienveillant.

Humain. - Voil�.

Tu aimes le lait frais ? - Oui.

T'aimes pas le beurre rance !

Bon, alors, laisse-moi faire.

L'humidit� du mufle.

La r�gularit� de la respiration.

Le poil lustr�...

Tout �a, c'est une question de muqueuses...

De robe.

Attends voir.

Attends...

Eh ben, tiens ! La voil�.

Pas d'h�sitation pour celle-l�.

J'en r�ponds comme de moi-m�me.

�a, c'est de la vache !

Non !

Pas bon.

Mauvais.

Celle-l�, celle-l� est bonne !

Jeunes ! Forte !

Ah ! Toi t'y connais, hein, tu vois ?

Allez, va !

Je sais pas comment vous remercier.

C'est la premi�re fois qu'on me donne une vache.

Au revoir !

Et bonne chance !

Et, hum...

Merde.

Formidable.

Qu'est-ce que je dis ? -Merci, c'est tout.

Merci, Marl�ne.

Merci, Jos�pha.

Merci, madame.

T�che de faire le plus de chemin possible, pendant les deux premiers jours.

Marl�ne ne signalera ton absence aux chleuhs que dans 48 h.

Oh, dans 48 h, je serai loin ! Si elle veut marcher...

Oh mais, elle marchera !

Mais, oui, elle a de qui tenir.

Son a�eule a jadis travers� la mer � la nage.

Franchi les Balkans et gagn� le Nil.

O� d'ailleurs, elle accoucha.

Elle s'appelait Io.

Elle a vamp� Jupiter, une vraie pineuse.

Allez, au revoir, mon vieux.

Et...

Enfin, tu me comprends � demi-mot...

Comme dirait Marl�ne...

Au revoir, vieux.

N'oublie pas, hein, Rue Pascal.

Compte sur moi.

Et ne pense pas trop...

� la chose...

Casanova...

Je voulais te dire... - Pas la peine.

Allez, va.

Va. -Merci.

M'en voulez pas trop de vous quitter comme �a ?

Mais, fous le camp, andouille !

Salut, Bailly !

Promenade - Oui, Promenade.

Allez, Marguerite, vite.

Adieu, Bockman.

Oui, il s'appelait Bockman.

C'�tait notre voisin.

Je pensais bien ne jamais le revoir, lui et sa b�taill�re !

Je ne me doutais pas que...

Mais n'anticipons pas.

Allons bon...

J'avais pas fait plus de deux km et d�j�, deux silhouettes inqui�tantes.

La mar�chauss�e.

Que faire ?

J'ai d�cid� de prendre le taureau par les cornes.

Cette fois mon aventure commen�ait v�ritablement.

J'allais enfin savoir si mon truc tournait rond.

Ouf...

Je venais de passer avec succ�s mon permis d'�vasion.

Mais, on a beau dire...

Des gendarmes sur une route, c'est jamais bon pour le touriste.

� �viter...

Il �tait midi quand on arriva dans un paysage.

Qui me rappelait un peu des coins de chez nous.

Ah, on a beau dire, la France...

C'est un beau pays...

Surtout � l'�tranger !

He ! Que faites-vous l� ?

Ah, non, vous faites erreur.

Parce que, moi, pas avec vous.

Je ne fais pas partie de votre compagnie.

�tes-vous fou, non ?

Au travail !

Je vais vous expliquer, donc.

Non, moi travailler...

Grosse ferme.

... Bauer... commando.

Taisez-vous !

Suivez-moi !

Allez !

Allez, avance !

Ah, ne me touchez pas, hein ?

Alors �a, c'est un peu fort, quoi ?

Ob�is, c'est une peau de vache!

Je vais vous expliquer. - Taisez-vous... votre gueule !

Allez !

Discute pas, c'est un dingue. - Allez !

Mets-toi l�. Prends le manche!

Pour quoi faire ? - Tire !

D'o� viens-tu ? Je t'ai jamais vu.

�a ne m'�tonne pas.

Attention !

D'o� es-tu ? - Du Midi, tu l'entends pas ?

C'est pas ce que je te demande ! - Ah, ici...

Je travaille dans une ferme, par l�-bas.

Je ramenais tranquillement ma vache.

Quand le fridolin m'est tomb� dessus.

Tu t'expliqueras avec le vieux. - Le vieux ?

Oui, le commandant.

Tu verras, c'est pas un mauvais cheval.

60 piges, il est plus dans le coup.

Puis, il parle fran�ais comme p�re et m�re.

Il a appartenu � la 5e colonne, alors, c'est qu'il aime la France!

Il vient en fin de journ�e.

Je serai parti, moi.

Ah non, ne fais pas l'idiot.

L'autre te tirerait dedans comme un rien, c'est un cingl�.

Tiens, un nouveau visage.

Quel est ce monsieur qui a pris ma place ?

Pr�sentez-vous, je vous prie. - Charles Bailly.

Continuez, mon ami...

Je vais en profiter pour fumer une cigarette.

Dans les "closets", comme disent messieurs les Anglais.

Attention !

Dis donc...

Qu'est-ce qui flotte au fond de son pantalon ?

Des rubans. - Des rubans ?

Oui, on a annonc� une victoire alli�e. -Et alors ?

� chaque bonne nouvelle, il met des rubans.

Un derri�re pavois�...

c'est bien la premi�re fois que je vois �a.

�a veut dire quoi ?

�a veut dire qu'ils l'ont dans le cul.

Oh ! Il a pourtant l'air tr�s distingu�.

Je te crois, c'est un marquis. - Ah oui ?

Oui, il tutoie personne.

Un vrai r�actionnaire, quoi... un original.

Et toi, tu le tutoies ? - Le tutoyer, moi ?

Il me dit "vous", comme � un domestique.

Il peut courir !

H� vous, l�-bas !

Ouais, patate.

Appuie pas sur la scie l�... L�ger... l�ger.

Devine, depuis combien de jours, on est sur ce tronc-l�, le marquis et moi ?

Il y a eu sept jours hier.

Et c'est pas fini !

Tu as raison, pas d'exc�s de z�le.

Mais, pour qui nous prennent ces gens-l� ?

Ce n'est m�me pas eux qui vont nous apprendre � ne rien foutre !

L�ger, l�ger, l�ger.

Dis, ton commandant, o� il est ?

Je le vois pas.

Tu sais, il vient pas tous les soirs.

Il va pas me faire �a !

S'ils m'embarquent, qu'est-ce je vais devenir?

Quoiqu'en nous comptant, ils s'apercevront bien qu'il y a un de trop.

Alignez-vous ! Redressez-vous !

Restez immobile !

Trois... Six...

54 hommes.

48 hommes.

J'en veux 50, compris ! Recomptez-les.

54 hommes.

49 hommes.

Moi, je suis en trop - Silence !

Bon sang, d�p�chez-vous !

Allez, embarquez-les dans le camion et comptez-les un par un.

J'en veux 50 et pas un de plus, esp�ce d'idiots !

J'ai dit 50, deux fois vingt-cinq, compris ?

Compris !

Allez ! montez, allez, allez.

TROIS. SIX.

Laissez-moi vous expliquer... - Montez !

Dis, combien on est en r�alit� ? - Avec toi, 51.

Ah ! Ben merde, alors !

Alors, si jamais ils se foutent encore dedans.

Et qu'ils comptent 50 par hasard.

Ben, ton compte est bon, le camion d�marre.

Qu'est-ce qu'il fout, ton commandant ?

Pour une fois que je veux voir un commandant allemand, il est pas l�.

T'�nerves pas, on va trouver une combine.

On dit �a. - St-L�onard, ayez piti� de lui.

St-L�onard, qui c'est celui-l� ?

Tu sais pas que St-L�onard, c'est le patron des prisonniers.

S'il y avait un patron des prisonniers, il n'y aurait pas de prisonniers.

Voil� le vieux. - Pardon.

Halte !

Tout est en ordre ?

Tout est en ordre ? - 50 Hommes.

50 hommes ! Tout est en ordre !

Merci !

Pardon, il y a une petite erreur, mon commandant.

Je descends, je vais vous dire. Pardon.

"Une petite erreur" ?

Oui, mon commandant, j'appartiens pas au commando, moi.

Je travaille dans une ferme � c�t�, mais Monsieur m'a embauch� de force.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

Mais, monsieur, j'ai voulu m'expliquer, mais on m'a pas laiss� parler.

Et Marguerite m'attend l�, pr�s de la rivi�re.

Marguerite ?

Oui, Marguerite, ma vache. Je la ramenais du pr�.

Pourquoi un autre prisonnier ? �a ne vous suffit pas les n�tres !

Allez-vous-en.

Allez filer, vous ! - Oui.

Vous voyez, je vous l'avais dit, t'as pas voulu m'�couter.

Partez ! - Oui, commandant.

� la tomb�e du jour, Marguerite et moi.

D'un commun accord et sans �changer un mot.

Avons d�cid� de passer notre premi�re nuit...

Sous ces beaux arbres, tout pr�s du lac de Tegernsee.

Ou peut-�tre Wurmsee, ou Amersee... Je ne me souviens plus tr�s bien.

Notre premier soir...

Marguerite !

Oh... Un vrai champ de Marguerites.

Marguerite...

Marguerite...

Marguerite...

Ah, te voil�, toi, hein ?

Et alors ? Et alors ? Hein ?

Viens ici.

Qu'est-ce que c'est, �a ?

Alors, on a rencontr� quelques petites copines ?

Oui, je sais ce que c'est, on parle, on bavarde.

On papote !

Cancani�re, va !

Allez, viens !

Allez !

Qu'est-ce que je vous avais dit ? - ( H�, Bailly !)

Vous vous rappelez de lui... Bockmann ?

Bockmann et sa b�taill�re, sur le chemin du retour.

Tu retournes � la ferme? - Oui, retour ferme.

Viens, Marguerite.

Il fallait faire vite trouver une explication.

Pour justifier ma pr�sence sur cette route.

Chaleur, chaleur ! - Oui, chaleur, oui !

Moi mener vache au taureau.

Euh, madame � monsieur. Die Dame � Herr...

Alors, on retournait tranquillement.

Pas vrai, Marguerite ?

Tu ne vas quand m�me pas retourner � pied.

Vous, fatigu� ?

Ah non, non, pas fatigu�.

Non, mais... Oui, oui, fatigu�.

Oui, oui, fatigu�. - Je suis pas fatigu�.

Pourquoi ? - Fatigu�.

Bon !

Vous voyez...

Allemands...

Nicht bose...

Pas m�chants.

Et voil�...

J'avais parcouru plus de 20 km pour rien.

On me ramenait au point de d�part.

Zigarette ? -Danke schon.

Beau souvenir, pour plus tard.

Oui, mais les beaux souvenirs sur le moment...

Belle journ�e.

Jolie journ�e. - Ah, oui, jolie journ�e.

Merveilleuse journ�e.

Descends, madame.

Marguerite ?

L�, l�...

Au revoir.

Au revoir. - Au revoir.

Bonjour. - Bonjour.

Content, vous ? - Tr�s... tr�s content, oui !

Vous pouvez pas vous imaginer, ce que je suis content.

Euh... merci, auf Wiedersehen. - Au revoir.

Est-ce que quelqu'un parmi vous, comprend l'allemand ?

Bien !

Mon coll�gue dit que...

Si r�ellement ce prisonnier ne s'est �vad� que ce matin...

Nous le r�cup�rerons.

Et que nous prendrons contre lui des sanctions s�v�res.

Mon coll�gue dit...

Qu'il existe en Pologne des camps de repr�sailles � l'usage des r�fractaires.

Ici, c'est le paradis et l�-bas, l'enfer.

Pensez-y !

La semaine derni�re, trois prisonniers ont tent� de s'�vader du Stalag 11.

Vous n'�tes pas dans un bon commando, ici ?

Je vous parle ! R�pondez !

Vous !

Oui...

Je me plains pas, personnellement.

Bon !

Alors... pourquoi tenter le pire ?

Mon coll�ge dit...

... Que si vous �tes prisonniers...

... C'est que Dieu l'a voulu...

... Et notre F�hrer.

Et que c'est aller...

... Contre la volont� de Dieu...

Que de tenter de vous soustraire � la providence.

Compris ?

Vous �tes soldats.

Ne l'oubliez jamais.

La vache...

Bailly est mort.

Vous devez soutenir...

... La r�putation et l'honneur de l'arm�e fran�aise.

En vous soumettant aux lois de la d�faite.

Qu'allons-nous faire d'eux ?

Ils doivent rentrer au camp tous les soirs. - Bon !

Pour commencer, sanction No 1.

� partir d'aujourd'hui, vous coucherez au stalag. !

On viendra vous chercher tous les soirs...

Et on vous ram�nera chaque matin sous bonne garde.

Heil Hitler. - Heil Hitler.

Pauvre gars...

Il se sera fait descendre par une patrouille.

S'il m'avait �cout�...

Maintenant...

... Il est �vad� pour toujours...

... �vad� � perp�tuit�.

Dommage... - Oui.

Je l'aimais bien, moi, Bailly.

Un brave type, gentil et accommodant.

Pas compliqu�.

Mais, le voil�, ce con-l�.

Eh ben, qu'est-ce qui t'arrive ?

Ne m'en parlais pas !

J'ai �t� kidnapp�.

Kidnapp� ? - Oui, par le p�re Bockman.

Quand je suis parti.

Il part en m�me temps que moi avec sa b�taill�re

Et en revenant... par malchance.

Il me retrouve sur la route...

Et de peur que je me fatigue.

Ce bougre de couillon a voulu me ramener dans sa voiture.

Impossible de refuser.

Tu nous as fait une dr�le de peur.

Qu'est-ce que tu vas faire, tu peux plus repartir ?

Pourquoi ?

Tu sais que Les Schleus te recherchent et ils sont pas contents.

Et apr�s ?

Ils recherchent un homme, mais pas un couple.

Tu dois avoir la dent.

Tu vas manger un morceau avec nous.

Non, je pr�f�re repartir tout de suite, parce que je me connais...

Si je m'attarde, je m'attendris.

Et si je m'attendris, je reste... non, allez, eh.

Au revoir.

Et vous savez que je vous aime bien.

Au revoir.

Depuis cinq jours...

La pluie ne cessait de tomber.

Une pluie p�n�trante.

Verticale...

... Et glac�e.

Depuis cinq jours, nous pataugions dans cette vase.

Marguerite �tait bien courageuse.

Sans elle, je crois bien que j'aurais abandonn�.

Le 6e jour, la pluie cessa enfin.

Le ciel restait maussade et gris.

Moi, je connaissais un ciel � corbeaux.

Il n'y a m�me pas de corbeaux.

On s'ennuyait bien un peu, avec Marguerite.

Mais je vous assure...

Que je n'avais pas la moindre envie de faire le rigolo !

Et pourtant...

Je ne sais pas ce qui m'a pris.

Un r�flexe idiot.

Et machinalement, sans y penser...

Il para�t que les for�ts allemandes sont d'une grande beaut�

Et que les Allemands en sont tr�s fiers.

Quand on les traverse en touriste, peut-�tre.

Je vous assure que moi, j'�tais pas fier d'�tre dedans.

Des kilom�tres et des kilom�tres d'arbres qui n'en finissent plus.

J'�tais abruti de fatigue.

�coeure, le moral � z�ro.

La for�t que je traversais �tait particuli�rement c�l�bre.

Un chef-d'oeuvre de for�t.

Et pourtant...

Je ne pensais qu'� deux choses.

Un gigot aux haricots et un lit bien chaud.

Oui, vous me direz que c'est pas un id�al.

Mais il y a des moments...

O� le sublime, la grandeur et la po�sie...

On s'en fout !

Voil�...

Voil�...

Psst...

Russe... Camarades...

Ah ! Tu veux un peu de lait ?

Merci.

Mon coll�gue, je comprends rien.

Russes... mes camarades... l�.

Ah ! Russe... - Oui !

Tes camarades... - L�, l�...

Allons-y.

Moi, prisonnier fran�ais de guerre... �vad�!

C'est �a !

Mais moi, train, Paris. Paris...

... Costume civil... Costume...

Vous n'avez pas un costume civil ?

Mon Dieu, mon Dieu...

Bon ! Un moment.

H� !

Moi... Train... Paris... Train...

C'est �a, oui !

Mais moi pas prendre train...

Avec costume militaire.

Prisonnier �vad�.

Costume civil.

Je ne comprends pas ! - Tu ne comprends pas.

Mais... Cravate... Chapeau...

H� !... L�...

L�...

Da jakiet.

Jakiet. Da ? - Oui, oui...

Voil� !

L� !

Ici... �a... l�...

�a... ici.

Mmm... Cravate.

Je comprends rien du tout, moi, l�.

Un moment !

La vache...

Ben, oui ! La vache.

Oui, la vache.

Pour vous !

Pour moi ?

Le costume.

Pour moi la vache.

Manger par mes camarades.

Ah... Vous me donnez le costume...

Et vous, vous mangez la vache ? - Oui, oui !

Marguerite contre un costume...

C'est beaucoup, �a !

Ah, non...

Marguerite contre un costume, c'�tait beaucoup...

Beaucoup trop.

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Hey viens-ici - Oui ?

L�... Regardez !

Des m�res !

Agr�able.

Je me suis piqu�. - Tu ne mourras pas.

Une lettre de votre �pouse ! - Non. C'est une lettre de Paris.

Oh, l�, l� ! Paris. Le paradis du soldat.

Paris...

Montmartre...

Folies Berg�re...

Casino de Paris.

�tes-vous d�j� all� au restaurant "La Tour d'Argent" ?

Bien s�r, nous l'avons fait !

La b�casse � la P�rigourdine.

B�casse ? - � la p�rigourdine.

Mais, qu'est-ce que la b�casse ? - Un canard sauvage.

Et "une farce de foie gras", mon ami. - Avec des "truffes" !

Et... Sauce fine au champagne.

Et une bonne bouteille de Ch�teauneuf-du-pape.

�a, c'est Paris !

C'est vrai que les �motions, �a creuse.

J'avais une faim.

Une vraie faim.

Une faim de pauvre.

Et cette roulante � quelques m�tres de moi.

Ce magasin rempli de vivres...

Alors, tant pis...

Je pris mes risques...

Ma vie contre quelques bo�tes de conserve.

C'est absurde.

Oui, c'est absurde.

Comme la guerre...

Oh, Marguerite...

Pour f�ter mon 100e kilom�tre...

Je m'�tais ras� de frais...

Bross� les dents...

Nettoy� de fond en comble.

Je me sentais l�ger...

Heureux...

A�rien...

Peau neuve, quoi !

Ah ! On a beau dire, la propret�...

C'est d�j� la libert�.

Marguerite !

Marguerite !

Marguerite !

Qu'est-ce que c'est, �a ?

Marguerite !

Marguerite !

Qu'est-ce que c'est, �a ?

Brave, brave...

H� !

Marguerite !

Marguerite !

Viens ici, tout de suite, tu m'entends ?

Marguerite, laisse ce jeune homme.

Tu le connais m�me pas.

Imprudente, va !

Ces femmes...

Toutes les m�mes...

Entrez.

Bonjour. - Bonjour !

Que voulez-vous ?

Prisonnier fran�ais. - Fran�ais ?

Bonjour. - Bonjour !

C'est un prisonnier fran�ais. Dis-lui ce qu'il veut.

Vous demandez quelque chose ?

Mais c'est formidable.

Vous parlez fran�ais.

Oui, mauvais fran�ais.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Ah, je ne sais pas si je peux vous dire �a... � vous.

Oh, quoique, � la campagne... vous avez l'habitude.

� la campagne ?

Oui, je travaille dans une ferme, pas tr�s loin d'ici.

Vous comprenez ? - Tr�s bien, oui.

Dites-moi...

Le pr� qui est l� derri�re, il est � vous ? - � mon p�re, oui.

Et le taureau qui est dedans, aussi ? - Le taureau aussi, oui.

Venez.

C'est la nature.

Il faut attendre un peu. - Combien de temps ?

Oh... le temps qu'il faut.

J'attendrai...

J'attendrai qu'ils aient termin�.

Marseille.

�a, alors !

Votre fianc� ? - Mon fr�re.

C'est chez moi, �a. - Chez vous ?

Oui, je suis n� dans ce coin-l�.

C'est tr�s bien, vous savez.

Qu'a-t-il dit ?

Il dit qu'il est n� � Marseille. - Marseille...

Notre fils se trouve l�-bas.

Est-ce que c'est dangereux l�-bas ?

Hans nous a rassur�s, maman.

Elle croit que Marseille est une zone dangereuse.

Marseille, zone dangereuse ?

Non, madame.

Marseille...

C'est la ville o� tous les soldats du monde...

Voudraient �tre en ce moment.

Mais c'est pas une ville pour les soldats.

Tu vois, Marseille est calme !

Il dit �a juste pour me rassurer.

Elle croit que vous dites ces choses pour la rassurer.

Vous savez, quand on est prisonnier de guerre.

On a pas tellement envie de rassurer ceux qui...

Enfin, dites-lui simplement...

Que j'ai pas le coeur � mentir.

Il dit qu'il dit la v�rit�.

Je pr�f�re l'avoir ici.

Elle dit qu'elle aimerait mieux de le savoir ici.

Dites-lui que Marseille est une ville, comme on n'en fera plus jamais.

C'est une ville comme dans le temps.

Un climat...

Un ciel, du soleil...

Comme s'il en pleuvait.

Croyez-moi, il est mieux l�-bas qu'en Russie.

Ne parlez pas de la Russie.

Mon fr�re cadet a �t� tu� l�-bas.

Il y a des noms qu'elle comprend tr�s bien.

Les noms de villes par exemple.

Veut-il manger avec nous ?

C'est une bonne id�e, �a nous rapproche de Marseille.

Ma m�re demande...

Si �a vous ferait plaisir de d�jeuner avec nous.

Ce serait pour moi, un grand plaisir. Mais, je ne sais pas si je dois.

Mon p�re dit...

Que �a vous rapprocherait de Marseille tous les deux.

Ah ben ! Rien que pour cette bonne parole.

J'accepte.

Vous voulez que je vous aide, madame ?

C'est pas la peine de crier.

Elle ne comprend pas mais elle entend tr�s bien.

Si vous �tiez venu avant-hier...

Vous ne m'auriez pas trouv�e.

Je travaille � Munich.

Chez un industriel.

Je suis secr�taire.

Parce que moi, la campagne...

Mais, avec ces bombardements...

Ma m�re a voulu que je revienne ici.

Quel �ge il avait, votre fr�re ?

Vingt-deux ans.

Que fait-il ?

Comment coupez-vous les pommes de terre ?

Oh ! Pardon, c'est machinal.

Je fais des frites sans me rendre-compte.

Puisqu'elles y sont...

Il faut en profiter.

�coutez, je vais vous faire un plat de frites.

Dont vous me direz des nouvelles.

On peut ?

Bien s�r, on peut !

Vous allez manger comme votre fils.

Il en mange tous les jours, l�-bas � Marseille, des frites, lui !

Nous allons manger des frites comme Hans.

Toutes les m�res sont les m�mes.

Dommage que les p�res soient si b�tes.

Voil�, Marguerite qui revient � elle.

�a m'a fait quelque chose, de manger avec vous.

Comme �a...

Autour d'une table.

Et maintenant...

Il faut que je parte.

Pardon...

Bon voyage.

Ne te perds pas en route !

Il vous souhaite bon retour.

Et vous dit, de ne pas vous perdre en route.

Oh ! Soyez tranquilles...

Je connais le chemin et je sais o� je vais.

Au revoir - Au revoir.

Et merci.

Viens, Marguerite.

C'est un prisonnier de guerre fran�ais...

... Qui s'�vade.

Le Danube.

Tu vois, Marguerite toute r�flexion faite.

Le fleuve Danube, �a casse rien.

Je pr�f�re le Rh�ne.

Et m�me la Seine.

C'est que �a a une autre gueule, la Seine.

Monsieur, s'il vous pla�t ?

Moi cherche pont pour traverser Danube.

Un pont ?

Pont ? Le pont est � 6 km.

Oui, oui ! - 6 km.

Oui... merci !

Mais le pont, kaput ! Boom !

Oh, merde alors !

Ah, je m'en souviendrai, de ce Danube.

Pont, kaput.

Passerelle, kaput !

Apr�s ces renseignements...

Nous avons march� sans un instant de repos.

Jusque tr�s tard dans la nuit.

� la recherche d'un pont hypoth�tique.

H�, ma pauvre Marguerite...

Il va falloir se quitter.

J'aurais aim� te garder, mais...

Si je t'emm�ne...

On coule.

�a me fait de la peine.

Mais, d'un c�t�, il vaut mieux, parce que...

Ici, tu es chez toi.

Tu as tes habitudes. Eh oui !

Et puis, tu comprends la langue.

De toute fa�on, j'aurais pas pu te garder, parce que

J'habite un 4e, sans ascenseur.

Hein, tu me comprends, dis ?

Tu m'en veux pas, dis, hein ?

Marguerite !

Adieu, Marguerite.

Adieu, ma vieille copine, va.

Le lendemain matin...

� peine r�veill�...

Je me demandais si je dormais pas encore.

Un vrai miracle !

Pendant la nuit, le g�nie avait jet� un pont par-dessus le Danube.

Et sur ce pont, qui je vois ?

Marguerite !

Oh ! Ch�re Marguerite...

Marguerite, mon coupe-file, mon laissez-passer.

Marguerite, mon passe-partout.

La vache, � moi.

Marguerite !

Marguerite !

Oui, oui, tu es une brave b�te, oui.

Et on va reprendre la vie commune.

Allez, viens !

Marguerite ! Marguerite ! Recule !

Y a du monde qui arrive.

Et ceux-l�, ils rigolent pas.

Allez, Marguerite.

Compagnie, halte.

Que fait cet homme avec une vache ?

Faites-les partir. - D�gagez cet homme du pont !

Toi, viens.

Prisonnier de guerre fran�ais !

Ah, oui, c'est bien, oui.

�coutez-moi, messieurs.

Prisonnier de guerre fran�ais ! - Oui, prisonnier...

Mais, je vais vous expliquer...

Pas "expliquer". Foutre le camp. Compris ?

Foutre le camp.

Et moi, j'ai compris, "foutre le camp".

Mais comment voulez-vous ?

Une b�te qui ne veut pas reculer.

Vous comprenez, elle est t�tue.

Essayez vous-m�me. L�, essayez.

Vous voyez ce que je vous avais dit, hein ?

Marguerite.

C'est pas la peine.

Reviens.

Vache stupide.

Imb�cile ! Comme vache fran�aise !

Ah, pardon ! Moi, je suis fran�ais.

Mais la vache elle est allemande.

Deutsch vache !

Pousse-toi !

Tu vois pas qu'ils arrivent, pousse-toi !

Tu vas m'attirer des ennuis.

Marguerite, allez...

Marguerite, sois gentille, allez, allez...

Les voil�, les voil�.

Regarde...

J'ai tout essay�, mais elle ne veut rien savoir.

Allez ! Allez !

Viens, Marguerite.

Des prairies en fleur...

Des villages...

Encore des prairies...

Des montagnes et des vall�es...

Prairies, montagnes, villages...

J'avais l'impression de traverser un documentaire.

Un de ces documentaires qui n'en finissent pas de finir.

Comme tous les documentaires.

J'aurais jamais cru si grande l'Allemagne.

Ah, si j'avais �t� fait prisonnier par la garde suisse...

Il y a longtemps que je serais en France.

La Suisse ? En deux enjamb�es et hop !

Esslingen �tait la seule ville qui fit partie de mon itin�raire.

� Service communal... Fondation pour la m�re et l'enfant�.

Ah, bien s�r, �a vaut pas � Montparnasse-Bienvenue�.

C'est dr�le...

Quand j'y pense, � toutes nos stations de m�tro...

J'avais jamais fait attention...

Porte des Lilas.

Notre-Dame-de-Lorette

Filles du Calvaire.

Ch�teau-Rouge.

La Motte-Picquet-Grenelle...

La Motte-Picquet-Grenelle...

Arr�tez ! Le passage est ferm� ! - Ah, oui, oui.

Viens...

�videmment...

Pour dormir, c'est l'id�al.

Mais c'est pas ici que je passerais ma vie...

Plus que 20 km, que c'�tait Stuttgart !

Pour moi, ce cimeti�re...

C'�tait un peu la banlieue de la libert�.

Marguerite, hein !

Brave b�te, va.

Debout ! - Oh, merde.

Une pi�ce d'identit� !

Je vais vous expliquer... - Que faites-vous ici ?

R�pondez-moi. - Mais, je...

Que faites-vous ici ?

Ah ! Fran�ais !

Ton badge d'identification.

Matricule ? - 12 642.

Quoi ? - 12 642 !

Vous... crapule.

Cochon fran�ais.

Num�ro du Stalag ?

12 C. Je suis d�tach�. Commando.

Quel commando ? - Commando... travaux... ferme...

Moi, cultivateur. Euh, vache... Deutsch. Deutsch!

Ce type est en fuite !

Vous... prisonnier.

�a, je peux pas dire le contraire.

Moi, prisonnier.

Prisonnier... �vad�.

Ah non, je suis pas �vad�. - Pas �vad� ?

Pas �vad� ?

Oh, merde, oui...

Je suis un prisonnier �vad�.

Finissons-en, �coutez, c'est fini.

Venez avec nous. - Allez !

Halte !

H�, peau de fesse ! On t'a eu, hein ?

H� ! Tu vois pas qu'on est du m�me bled, non ?

Voyez, � premi�re vue, comme �a...

Ah ! Vraiment, vous �tes des Fran�ais ?

H�, oui, mon patron, on fait le m�me tour que toi.

Nous aussi, on fait la malle.

Direction � Dupont, tout est bon�.

�a te dit rien, �a ?

� Dupont, tout est bon�.

Oui, mais...

Excuse-nous.

On a voulu savoir si on nous prenait vraiment pour des Allemands.

Alors on a fait un test, quoi ?

Un test idiot.

Si j'avais �t� malade du coeur, j'aurais pu tomber raide mort.

Oui, je sais, vous allez me dire, � Ici...�

D'accord...

Mais tout de m�me.

Il y a longtemps que vous vous promenez en chleuhs ?

On a mis les bouts ce matin.

C'est un bel endroit ici pour passer la nuit...

Surtout que les voisins du dessous, ils sont pas bruyants !

Si t'allais casser la graine, continue.

Tu marches au lait, toi ? - Ah, vous voulez en go�ter?

Juste pour trinquer, quoi.

Bon, hein ?

Merci, j'adore le lait.

Ah celui-l�, il est pas trafiqu�, il est pur.

Un litre de lait vaut une poign�e de riz.

On peut tenir le coup dans ces conditions.

Dis donc, c'est une bonne vache, ta vache.

Ah, c'est mieux que �a.

Marguerite...

C'est une bonne copine.

Alors, tu t'�vades comme �a, toi ?

Avec ton �tiquette sur la hure ?

Marguerite, c'est mon passe-partout.

C'est une invention � moi.

Je la ferai breveter.

C'est original !

�a se d�fend, comme id�e.

Si �a se d�fend, je comprends !

Nous avons fait pr�s de 200 km � pied.

Tous les deux, bras dessus, bras dessous.

Sans aucun accrochage.

Un vrai voyage d'agr�ment.

Oui, mais notre combine � nous est bien meilleure, tu te rends pas compte.

Non, mais regarde !

Ha, ha ! Franzose !

Crapule ! Cochon !

Mais enfin, pour tout �a, il faut savoir parler allemand.

Ah, �a, c'est vrai, c'est vrai, monsieur.

Messieurs, pour passer le temps, nous faisons une petite partie de belote.

Non !

Je n'ai pas le coeur � jouer aux cartes.

Et dans quelle direction vous allez ?

� la 1re gare, on saute dans le train et hop.

Moi, je vais � Stuttgart, la gare de triage.

Pour moi, c'est plus d�licat, parce que.

Il faut que je trouve un costume civil.

Oui, mais l�, ton id�e est faible.

Tandis que nous c'est du g�teau.

Tiens, prends une carte...

Merde, du pique.

La poisse.

Tu vas te faire prendre...

H� !

On y va ?

Allez ! On y va !

Allez, viens, Marguerite.

Marguerite !

Dis, on passe devant et vous suivez.

On se retrouve � la sortie la ville.

Si on marche avec toi, on va se faire rep�rer.

D'accord, je vous perds pas de l'oeil. - Au revoir.

Au revoir et bonne chance.

Bonne chance, c'est � toi qu'il faut le dire.

Allez, viens, Marguerite

Heil Hitler !

Je m'excuse Messieurs. Contr�le des papiers.

Puis-je voir vos livrets militaires ?

Capitaine M�ller.

Capitaine Rupp.

Allons Messieurs... Nous sommes dans l'arm�e allemande.

Vous n'avez pas chance, votre bataillon est en Russie.

Il faudrait mieux choisir vos papiers la prochaine fois.

Gardes !

Papiers.

Prisonnier, moi, travailler, ferme, commando

Passez...

Cette fois, j'�tais sur la bonne voie.

L�-bas, tout au bout, se dressait ce qui �tait pour moi...

Le plus beau monument du monde...

La gare de Stuttgart.

Encore quelques kilom�tres.

Les derniers...

Et je serais sauv�...

Presque...

Voil�, Marguerite...

On va se quitter et cette fois, c'est pour de bon, hein ?

H�, oui !

J'aurais jamais cru qu'on puisse s'attacher � une vache.

Une vache...

�coute, Marguerite, je vais te jurer quelque chose.

Tu peux me croire.

Je te jure que jamais plus je mangerai du veau.

Apr�s ce que tu as fait pour moi, c'est la moindre des choses.

Et maintenant...

Tu peux me dire merde.

Parce que...

J'en ai besoin, tu sais ?

Adieu.

Adieu.

Dix-huit wagons.

V�rifie �a. 2420 caisses de munitions.

Wagon num�ro 4754.

348 caisses de munitions, pour la France.

Pour O.K.W. France.

Via Stuttgart, Karlsruhe, Strasbourg, Lun�ville et Vitry-le-Fran�ois.

Vite, vite, d�p�chez-vous ! Tout va bien ?

Tout va bien ? - Oui, il peut partir.

Que se passe-t-il ? - Je v�rifie.

Une valve �tait ouverte.

Allez-y !

Merde, merde et merde.

On part en France... - La France...

On part en voyage.

On se pr�pare pendant 15 jours.

Et voil� comment...

Lun�ville...

Message aux rapatri�s.

Le centre d'accueil de la Croix-Rouge vous attend sur le quai No 1.

Un verre de lait ? - Non, non, merci.

Les voyageurs pour Nancy, Bar-le-Duc, Ch�lons, Paris, ' quai num�ro 3. '

Attention au d�part.

Nous vous rappelons que les cinq derniers wagons sont r�serv�s � l'arm�e allemande.

Attention au d�part.

Vos papiers, s'il vous pla�t.

Mes papiers ?

J'arrive de l�-bas...

Vous savez bien qu'ils m'ont pas laiss� de papiers.

Alors, si vous n'avez pas de papiers sur vous, je regrette.

Veuillez nous suivre.

Allez, venez...

Vous vous expliquerez au commissariat sp�cial de la gare.

Attention... Attention...

Quatri�me �tape. "Train direct pour Karlsruhe et Stuttgart."

Et c'est ainsi que je fus lib�r�...

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