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De Lisbonne...
Fritz...
"Winter, au secours ! Je ne peux pas continuer en muet !
"SOS ! Viens � Lisbonne avec ton attirail d�s que tu peux !"
Ni t�l�phone, ni fax,
on n'a qu'� �crire !
Autant apporter la r�ponse.
LISBONNE STORY
L'Europe sans fronti�res.
Les barri�res sont lev�es, chacun va o� il a envie.
On ne demande pas mon passeport ?
Faites-moi au moins ouvrir mon coffre !
Vous n'imaginez pas tout ce que je passe en fraude !
Essai, un, deux, trois...
Je n'avais pas fait autant de route depuis longtemps.
L'Europe grandit, devient vraiment un pays.
Bon, les langues changent, et la musique, et les nouvelles,
mais qu'est-ce que �a fait ?
Le paysage est rest� le m�me,
il raconte toujours la m�me histoire d'un vieux continent
qui en a marre de la guerre.
Bon sentiment, de rouler, ne penser � rien,
me laisser traverser par les routes et l'esprit de l'histoire.
Ici je suis chez moi, ici c'est ma patrie...
Je cherche un livre pour apprendre le portugais.
Comment est
le livre ?
Grand...
ou petit ?
Petit.
Vous parlez d�j� le portugais ?
Je ne parle pas bien...
Je suis �tranger.
Vous �tes anglais ?
Non, je suis allemand !
Mais j'habite le Portugal.
Je n'y arriverai jamais.
Encore une fois.
Premi�re le�on : � la librairie.
Qu'est-ce que c'est ?
Bon Dieu !
Crev� !
C'est le bouquet.
Le bouquet !
Je me d�p�che, Fritz, je suis presque arriv� !
Au plaisir de pas se revoir !
Climatisation int�grale !
J'aurais d� rester sur l'autoroute.
Bordel !
Saloperie !
Vous pouvez garder ma voiture.
Elle est � vous si vous m'emmenez � Lisbonne.
Ma voiture a une radio...
Avec minicassette.
Winter est l�.
Fritz, o� tu es cach� ?
C'est ici.
Tu nous aides ?
Qu'est-ce que tu fais ?
Tu es fou ?
Qui tu es ?
Pourquoi
t'es dans le lit de Frederico ?
Je ne... parle pas le portugais.
Tu parles anglais ?
Oui, je parle anglais. Qui es-tu ?
Phillip. O� est Friedrich ?
Je te le demande.
Il voulait que j'aille avec lui cet apr�s-midi.
O� �a ?
Bairro da Liberdade.
O� c'est ?
� l'aqueduc.
Arr�te de m'enregistrer !
Tu t'installes ?
Non, c'est mon...
J'en ai besoin pour le travail.
Je travaille avec Friedrich.
Ton nom ?
Z�.
C'est quel genre de nom ?
Le genre court. Jos�.
Qu'est-ce que �a veut dire ?
Je r�fl�chis.
"Si je pouvais �tre tous les hommes
"� tous les endroits..." � peu pr�s �a.
Qu'est-ce que tu fais ?
Des sons.
Pour son film.
Ils sont l� ?
Les sons.
En quelque sorte.
Tu peux regarder.
Il n'y a pas de sons !
Toutes ces choses font des sons.
Je reviens.
Avec les autres.
Pourquoi vous enregistrez ?
C'est nos bandes pour Frederico.
Et vous �tes ses op�rateurs ?
Toi, c'est le son ?
Vraiment ? Avec tout �a ?
Tu me crois pas ?
Je te montre.
Vous restez ici.
Silence, s'il vous pla�t !
Ne bougez plus !
�coutez.
Il faut deviner. Qu'est-ce que c'est, �a ?
Un cheval !
Il court !
Un cheval.
Il va au galop.
C'est �a. Qui est toujours � cheval ?
Un cow-boy !
Oui. Et maintenant...
Il frotte une allumette.
Il fait un feu !
Il se fait
� manger.
Un steak !
Ce cow-boy-l� est v�g�tarien.
�coutez encore.
Des frites !
Un �uf !
Un �uf sur le plat !
C'est �a !
Et maintenant ?
C'est quoi ?
Une voiture.
Non, un insecte !
�a fait peur !
Un lion !
Il a faim.
Un lion !
Oui, un gros lion.
Il s'enfuit !
Le cow-boy s'enfuit.
Qu'est-ce qu'il va faire ?
Il saute dans l'eau !
C'est froid !
Il devrait se raser !
Am�ricain ?
Europ�en.
Ah, travailleur.
� vos souhaits.
Qui est ce gar�on ? Vous le connaissez ?
Quel gar�on ?
J'ai la dent.
Ce cow-boy veut un steak.
Alors il doit faire les courses. Je vais t'aider.
Essuie-toi la bouche.
Tu es d�j� venu ici ?
C'est ma premi�re fois.
Frederico t'a attendu.
C'est ton vrai nom, "hiver" ?
Mais oui. Et toi ?
Friedrich est souvent absent,
comme aujourd'hui ?
Ces jours-ci, oui.
Je saurai rentrer � partir d'ici.
Au revoir, M. Hiver.
Quand une guitare vibre
aux mains d'un bon musicien
cette guitare apprend
� chanter � toutes et tous.
Je veux que mon cercueil
ait une forme �trange,
qu'il ait la forme d'un c�ur,
la forme d'une guitare.
Guitare, guitare ch�rie,
je viens pleurer avec toi.
La vie me para�t plus douce
quand tu pleures avec moi.
Excusez-moi. Je suis un ami de Friedrich.
Vous �tes l'ing�nieur du son.
Friedrich vous attendait.
Nous sommes Madredeus, c'est notre maison.
On fait la musique de son film.
Tr�s heureux.
Pedro.
Vous vous �tes bless� ?
Je me suis lev� du mauvais pied.
Je suis Teresa.
O� est Friedrich ?
Il doit encore filmer.
Je ne l'ai pas vu de la journ�e.
Il �tait avec nous hier soir.
Je peux rester ?
On joue Encore.
Je dis
certaines choses,
j'en sais
certaines autres.
Ce sont des v�rit�s,
ce sont des questions,
des amiti�s,
des aventures.
Celui qui se fixe
habite loin
du changement,
de son nom.
Celui qui avance
garde son amour,
garde l'esp�rance,
sans faveur.
Encore...
Pessoa.
�a veut dire "personne" en portugais.
Po�mes de personne. �a doit bien lui plaire.
Et il a tout soulign�.
Je t'aurai !
"La pens�e na�t aveugle, mais la pens�e sait ce qu'est voir."
On dirait du Fritz. C'est mieux en anglais.
Fritz, je suis sorti enregistrer. � ce soir, Phil.
J'ai horreur des pigeons...
On vient de finir la chanson.
F�licitations. Comment s'appelle-t-elle ?
Elle s'appelle Tage.
Elle parle du fleuve.
Elle dit que...
le Tage est le seul... t�moin...
de nos vies.
Pas la ville.
Je peux ?
Demain, c'est notre
dernier jour ici.
On part en tourn�e.
�a vous pla�t ?
Quoi ? Le fleuve ou la chanson ?
Les deux. Ils vont ensemble.
Vous partez bient�t ?
Oui. Nous serons en tourn�e longtemps.
O� allez-vous ?
Dans plein d'endroits. Et vous ?
Je vais rester, attendre Friedrich.
Si jamais il revient.
Vous serez peut-�tre encore l� � notre retour.
Je l'esp�re.
Bien, Fritz.
�a me pla�t.
Au grand jour, m�me les sons brillent.
Je voudrais,
comme les sons, vivre par les choses sans leur appartenir...
J'�coute sans regarder et ainsi je vois...
Ils font une autoroute.
L�-bas elle est d�j� termin�e. Frederico
a film� d'ici, et aussi de l�-bas.
Il dit que quand ces maisons disparaissent,
les histoires qu'elles cachent
doivent venir au jour. Il a vu beaucoup de gens.
Qui ?
Des gangsters.
Il y a beaucoup de gangsters en bas.
L'un s'appelle Dillinger, l'autre Accord�on.
Tu m'aides � les trouver ?
Pourquoi ?
Pour trouver Friedrich.
Je n'y vais pas !
Trop dangereux !
Je vous ai vu dans le film
de mon ami Frederico Monroe, Friedrich.
Connais pas.
Je le cherche. Pouvez-vous m'aider...
m'aider � trouver cet homme ?
� le chercher, oui.
Avec la vieille cam�ra.
Le cingl� avec le moulin � caf� ?
Je peux aller chez vous ? Parler...
de votre vie.
Merci.
Allons-y.
J'ai �t� ainsi
jusqu'� 14 ans.
J'ai quitt� mon p�re
� 14 ans.
Je me suis enfui parce qu'on �tait nombreux,
c'�tait cher de nous nourrir et il gagnait peu.
Il �tait cordonnier.
En plus, je n'�tais pas bien chez moi, je courais d�j� les filles,
j'aimais aller dans les bals,
et lui, bien s�r,
quand je d�couchais, il me battait � mon retour, le matin.
Il me r�veillait � coups de chiffon mouill�.
Tu as besoin d'un truc, mon vieux ?
Cherchez quelqu'un ?
Frederico ?
Lequel ?
Celui avec la cam�ra ?
Je peux aider le trouver. Vrai de vrai.
�a vous co�tera.
Combien ?
Tr�s difficile. Vrai de vrai.
Des ennuis ?
Gros ennuis.
Combien, alors ?
Combien vous avez ?
Moiti� moins.
C'est pas vrai !
Cette moiti� maintenant, l'autre apr�s.
Je reviens. Vrai de vrai.
J'esp�re bien.
Vous en faites pas.
Revenez !
On ne part pas sans jouer Alfama.
Pour nous porter bonheur.
J'ai la bande pour Fred.
La musique du film.
J'esp�re qu'il aimera.
Il a int�r�t !
Je la lui donnerai.
J'esp�re qu'il n'a pas d'ennuis.
Il n'est pas rentr� ?
Gardez-la,
piratez-la.
Vous serez riche.
Alfama !
Vous �tes inquiet pour lui ?
Il va revenir. Il est un peu...
Un peu...
Vous avez une cl� ?
La porte est toujours ouverte.
Il vous faut une cl�. Prenez la mienne.
La cl� de votre c�ur, aussi ?
Vous voil� le gardien.
Une cl� sans un baiser ?
Maintenant
que je me souviens
des heures au fil du temps
je voudrais
revenir
revenir vers toi je veux te retrouver
Oublier
dans chaque jour qui passe
Jamais plus je n'ai revu la gr�ce
de tes yeux que j'ai aim�s
Mauvais sort,
c'est un amour qui m'a �chapp�.
Peut-�tre �tais-je distraite
par une rencontre de hasard
Enfin, le r�mouleur !
Z�, le point !
Je n'ai pas le temps. J'ai des choses � faire !
Frederico a toujours le temps de voir les bandes avec nous.
Je ne suis pas Frederico !
Tu travailles avec lui...
Comme nous !
Monsieur Hiver, regardez !
Une �cole comme les autres.
C'est une des salles !
Ce n'est pas moi qui filme !
Tr�s joli.
Tr�s joli. Mon �cole. Ma salle de chimie.
Frederico vous a demand� de prendre �a ?
Il n'y avait pas d'�lectricit�.
Je lisais � la lueur d'une bougie Ce que j'avais sous la main.
La Bible, en portugais.
Et j'ai relu la Premi�re �p�tre aux Corinthiens.
L'�motion montait en moi... Je ne suis rien, je suis une fiction,
Que puis-je vouloir de moi Ou de n'importe quoi en ce monde ?
"S'il me manque l'amour..."
"S'il me manque l'amour..."
Mon Dieu, et moi qui n'ai pas l'amour !
Mon Dieu, et moi qui n'ai pas l'amour !
Pessoa, d�cembre 1934,
peu avant sa mort.
Quand j'aurais le don de proph�tie et la science de tous les myst�res,
quand j'aurais la foi qui transporte les montagnes,
s'il me manque l'amour,
je ne suis rien.
Rien, oui, c'est marqu� l�.
Le soleil !
Un oiseau !
Une �glise !
Des arbres !
Des pigeons !
Un tramway !
Un bateau !
Maintenant la dame !
On la refait.
C'�tait bon.
Tr�s bon, mais mauvais.
Tu as vu ce que tu as film� !
C'est pas ma faute !
C'est int�ressant.
J'avance un peu.
Tu ne sais pas filmer !
Lorsque j'�tais enfant, Je n'ai v�cu, sans le savoir,
Que pour avoir aujourd'hui Cette r�miniscence.
Aujourd'hui, je sens
Celui m�me que je fus.
Ma vie s'�coule,
faite avec ce que je mens.
Mais dans cette prison, Livre unique,
je lis L'impersonnel sourire
De qui je fus jadis.
�a, c'est bien en place !
Ach�te-moi un pied, je te fais un film commercial.
Jour n� 1 de l'exp�rience.
Cet appareil enregistre tout,
sur pilote automatique.
Je peux �tre dans une boulangerie
et mes yeux sont libres de regarder o� ils se posent.
C'est ce qu'il me faut... un bloc-notes visuel.
Jour n� 2
de l'exp�rience.
Je m'habitue lentement � ne plus contr�ler.
J'essaie de laisser mes pieds marcher, mes yeux vagabonder.
L'appareil
enregistre tout seul.
Jour n� 3 de l'exp�rience.
La solitude est une des conditions de ce que je fais.
Qui serait pr�t
� se perdre et � se fondre dans la vie d'une ville,
sinon le solitaire ?
Bonjour, M. Winter, la tourn�e s'ach�ve,
je reviens fin juin. Serez-vous l� ?
Ne perdez pas la cl� de ma... maison ! Teresa.
Fin de la bobine, la suivante !
Jour n� 4 de l'exp�rience.
Au cin�ma, le temps est si pr�cieux qu'on concentre tout
sur le moment o� la cam�ra tourne.
L'avant et l'apr�s ne comptent pas.
Ici, le temps est une exp�rience nouvelle.
Il n'a pas de cr�tes,
tout compte
et a la m�me importance.
Je ne choisis plus.
Quelle libert� !
Jour n� 6 de l'exp�rience. Je ne me d�cide pas � rentrer.
La maison m'emp�che d'�tre avec la ville.
Elle cr�e une protection dont je ne veux plus.
Friedrich, Friedrich ! Tu es une vraie bourrique !
Je sens mon c�ur battre dans ces plans, litt�ralement !
Ma vue peut glisser sur la ville,
mes yeux la toucher comme s'ils �taient des mains.
Ce que je vois, ce que je suis, ne font qu'un.
Il n'est plus sur la Terre,
mais il reste, o� ?
Y a-t-il vraiment un lieu appropri� pour les saints ?
Dieu existe.
Il a cr�� l'univers.
Et � quoi sert l'univers ?
Si les hommes...
Si l'humanit� disparaissait,
l'univers serait inutile.
Ou aurait-il en soi une fonction
sans l'existence de l'homme ?
Nous, nous voulons imiter Dieu,
c'est pourquoi il y a des artistes.
Les artistes veulent recr�er le monde
comme s'ils �taient de petits dieux,
et ils font
une s�rie...
Ils repensent constamment
l'histoire, la vie,
les choses qui se passent dans le monde,
ce qu'on croit qu'il se passe,
car nous avons cru,
finalement nous avons cru � la m�moire.
Car tout a eu lieu,
et qui nous garantit
que ce que nous croyons s'�tre pass� s'est r�ellement pass� ?
� qui le demander ?
Ce monde...
dans cette supposition, est donc une illusion.
La seule v�rit�, c'est la m�moire.
Mais la m�moire est une invention.
Au fond, la m�moire,
je veux dire au cin�ma...
Au cin�ma, la cam�ra peut fixer un moment,
mais ce moment est d�j� pass�.
Le cin�ma garde la trace d'un fant�me de ce moment.
Nous ne sommes plus certains que ce moment
a exist� en dehors de la pellicule.
Ou la pellicule garantit-elle
l'existence de ce moment ?
Je ne sais pas.
L�-dessus, j'en sais de moins en moins.
En fin de compte, nous vivons
dans un doute permanent.
Cependant nous vivons sur terre, nous mangeons,
jouissons de la vie...
Une bonne fois, cessez de me filmer !
C'est mon travail, je me concentre !
Je ne suis pas un monument !
- Tu peux redire �a ? - Foutez le camp !
Vous n'avez pas d'yeux ?
Vid�o-touristes !
Vid�o... vidiots !
Vidiots !
C'�tait le son des pigeons dans la salle de montage.
Son d'une jambe cass�e,
en st�r�o.
Son de l'absence de Friedrich.
Ma jambe...
Laissez-moi descendre !
Ce que je pense
du monde ?
Le sais-je, moi, ce que je pense du monde ?
Si je tombais malade, j'y penserais.
Quelle id�e j'ai des choses,
quelle opinion sur les causes et les effets...
Qu'ai-je m�dit� sur Dieu et sur l'�me,
et sur la cr�ation du Monde ?
Je ne sais.
Pour moi, penser � ces choses, c'est fermer les yeux et ne pas penser.
J'ai �chou� compl�tement.
Comme je n'ai rien accompli, peut-�tre n'y avait-il rien.
Tout ce qu'ils m'ont appris,
je l'ai abandonn� en filant � la d�rob�e.
J'�tais all� � la campagne avec de grands espoirs.
Mais je n'y ai vu que de l'herbe...
Le bin�me de Newton
est aussi beau que la V�nus de Milo.
Le fait est que bien peu de gens s'en soucient.
Merde de chien !
Sept ans de bonheur !
Je descends la rua S�o Mamede...
Je suis si ravag� d'amour
que les petits mendiants me chassent � coups de pierres.
Gardez-le.
Mourir, c'est ne plus �tre vu.
Tout est v�rit�.
L'homme est incapable de voir son visage,
incapable aussi
de soutenir son propre regard.
Tu sais quoi ?
La Suisse a battu la Bolivie, 4-1.
Je n'ai pas d�j� vu cette voiture ?
Jour n� 21 de l'exp�rience.
Autour de nous, les poubelles de l'Europe post-�lectronique.
On arrive � l'autoroute de l'a�roport.
2 km et demi vers la droite...
J'aimerais tomber amoureux de l'amour.
Passe-moi une cigarette. Sur la table de nuit.
Nous sommes les ombres de nous-m�mes...
Qu'est-ce que tu fous � Lisbonne ?
Je me balade,
je mange des glaces sur un gros b�tonnet.
J'enregistre aussi des sons pour un film sur Lisbonne. Rien, quoi.
Mon film ?
Je ne fais plus ce film-l�.
Bon � savoir.
Enfin, merci pour l'invitation.
�a remonte loin.
T'es jamais venu, mon pote.
�a, c'est bizarre.
Qui est l�, en face de toi ?
� ton avis, qui loge chez toi depuis trois semaines ?
Ricardo, pourquoi tu m'as rien dit ?
T'es pas tr�s causant.
Il est muet, tu sais.
Ou il voulait pas te le dire.
Peut-�tre qu'il ne devrait pas �tre ton seul informateur.
Peut-�tre m�me que j'�tais un peu en retard, mais...
c'est une autre histoire.
Je suis l�, maintenant,
�a, c'est s�r.
On dirait que tu m'en veux un peu.
On dirait ?
Toute ressemblance est purement fortuite.
Je vais te montrer un truc.
O� j'en �tais ? "J'aimerais tomber amoureux de l'amour..."
Devant nous : le grand �cran !
Enfin, ce qu'il en reste.
La cabine de projection...
mais c'est aussi un souvenir.
Les images ne sont plus ce qu'elles �taient.
On ne peut plus leur faire confiance.
On le sait tous. Tu le sais.
Avant, les images "racontaient des histoires", "montraient des choses".
Aujourd'hui, elles vendent.
Les histoires et les choses.
Elles ont chang� sous nos yeux.
Elles ne savent m�me plus montrer. Elles ont oubli�.
Les images soldent le monde,
et avec un gros rabais !
En venant ici faire ce petit film,
je pensais pouvoir lutter.
On en parlait, tu te souviens ?
Je voulais tourner en noir et blanc, � la manivelle,
comme Buster Keaton dans The Cameraman.
Mouliner dans la rue, l'homme � la cam�ra...
et vive Dziga Vertov !
Faire comme s'il n'y avait pas eu d'histoire du cin�ma,
repartir � z�ro,
cent ans plus tard.
�a n'a pas march�, Winter.
Enfin...
�a a sembl� marcher un moment, mais...
�a s'est �croul�.
J'aime vraiment cette ville.
La plupart du temps, je la voyais r�ellement.
Sous mes yeux.
Mais viser avec une cam�ra ou une arme, c'est pareil.
Quand je visais, c'�tait comme si...
la vie se retirait des choses.
Et je tournais, tournais...
mais � chaque tour de manivelle,
la ville s'�loignait,
elle s'effa�ait toujours davantage,
comme le Chat du Cheshire...
�a devenait insupportable.
J'en ai vraiment bav�.
C'est l� que je t'ai appel� � l'aide.
Un moment,
j'ai v�cu dans l'illusion
que le son me tirerait d'affaire,
que tes micros tireraient mes images de leur nuit.
C'est...
sans espoir.
Tout �a est sans espoir, Winter.
Mais il existe un moyen, et j'y travaille.
�coute.
Une image qui n'est pas vue ne peut rien vendre.
Elle est pure, donc vraie et belle,
en un mot : innocente.
Tant qu'aucun �il ne la contamine,
elle est en harmonie avec le monde.
Si elle n'est pas vue, l'image et l'objet qu'elle repr�sente
s'appartiennent.
C'est seulement quand on regarde l'image
que la... chose
en elle
meurt.
Et voil�, Winter.
Ma cin�math�que de l'image non vue !
Chaque bande a �t� film�e sans qu'un �il regarde dans le viseur.
Personne n'a vu
leur enregistrement,
personne ne les as v�rifi�es apr�s.
J'ai tout film� le dos tourn�.
Ces images montrent la ville telle qu'elle est,
pas telle que je la voudrais.
Les voici dans le premier sommeil de l'innocence,
pr�tes � �tre vues par une g�n�ration future
aux yeux diff�rents des n�tres.
T'en fais pas. On sera morts tous les deux !
Penses-y une seconde...
les choses et les images nous survivront !
Mais on fait des images-poubelles.
Les images sont des poubelles.
On en a fait des poubelles.
Mon seul concurrent, c'est l'�boueur,
mon seul ennemi, la clocharde !
Laisse tomber !
Essai...
Ceci est un message pour Friedrich,
roi du bazar des images-poubelles.
Message pour Friedrich,
roi du bazar des images-poubelles,
Dziga Vertov des ann�es 90,
Einstein de l'image non vue.
T'en fais pas, il n'y a rien � voir.
Rien qu'un message dans une bouteille,
ou plut�t dans un sac.
Tr�s dr�le !
Les sacs, c'est ton truc,
pas vrai ?
Fritz,
ce que tu t'es paum� !
Ces images-jouets t'ont tromp� et te voil�
dans une rue sans issue, face au mur.
Retourne-toi et fie-toi de nouveau � tes yeux.
Non, ils ne sont pas dans ton dos !
Fais confiance � ta vieille cam�ra...
elle peut encore faire des images en mouvement.
Pourquoi g�cher ta vie avec des images jetables,
quand tu peux en cr�er d'indispensables
avec ton c�ur,
sur le cellulo�d magique !
Je r�ve !
Vous �tes revenue !
Vous �tes encore l�.
Bien s�r. Comment partirais-je ?
Votre cl� n'ouvre pas d'autre maison.
On est rentr�s hier soir et on repart d�j�.
On tourne un clip,
dans le nord.
Merci pour la carte.
Vous l'avez re�ue !
Vous m'avez manqu�. Alors, le Br�sil ?
Fantastique.
Racontez-moi.
Oui, mais pas maintenant.
Quand ?
Plus tard.
Comment va votre jambe ?
Comment vont vos jambes ?
Vos l�vres ?
Votre nuque ? Comment vont vos yeux ?
Comment va votre voix ?
Vous �tes si belle !
On rentre dans deux jours.
Je vous retrouverai ?
Laissez la porte ouverte.
Je dormirai sur les marches !
C'est tout.
L'image en mouvement peut encore faire
ce pour quoi elle fut invent�e il y a cent ans...
elle peut encore �tre...
"mouvante".
Ton ami Personne, M. Pessoa,
a �crit quelque chose d'�-mouvant, pour moi.
"Au grand jour,
"m�me les sons brillent."
Tu restes dans cette voiture comme l'idiot sur la colline.
Remue-toi le cul ! Termine ton film,
avec un petit coup de main... de ton copain.
Je tourne, Winter !
Il arrive, je l'entends !
Derri�re toi !
Vite ! Tirons-nous !
Merde ! C'est un contrechamp !
O� est la manivelle ?
Restez l� !
Tu l'as perdue ?
La lumi�re est bonne !
Il nous la faut !
Winter, tourne !
Tu trembles trop !
J'y vois rien, c'est un tunnel. �a sortira pas !
Reste avec tes micros, t'es nul comme op�rateur !
L�, c'est mieux.
C'est quoi, ce cadre ?
La lumi�re est bonne.
Encore la manivelle !
Cette cam�ra me rend dingue !
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