All language subtitles for Farewell.to.the.Summer.Light.(Yoshishige.Yoshida,.1968).[Saraba.natsu.no.hikari].DVDRip-hanstyle.(Fr)

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Original subtitles

ADIEU, CLART� D'�T�

Une production GENDAI EIGASHA

Partenariat : JAL

Produit par : Shinji SOSHIZAKI

Sc�nario : Masahiro YAMADA, Ryusei HASEGAWA, Kij� YOSHIDA

Image : Y�ji OKUMURA

Musique : Toshi ICHIYANAGI

Lumi�re : Yoshio UNNO

Son : Tetsuo YASUDA

Bruitages : Shigenosuke OKUYAMA

Montage : Saki NAGASE

Assistant-r�alisateur : Motoyoshi HASEGAWA

Assistant image : Toshihiko SANO

Costumes : Hanae MORI

Avec : Mariko OKADA

Tadashi YOKOUCHI

Un film de Kij� YOSHIDA

Tu as fini par venir.

Venir trouver ce que tu cherches depuis ces dix derni�res ann�es.

Oui, je suis ici, maintenant...

Le Portugal...

Lisbonne. Ce n'est certainement pas mon but.

C'est le lieu o� commence mon voyage.

Sais-tu ce qui a motiv� il y a 400 ans

des Portugais � partir en mer ?

As-tu jamais interrog� la n�cessit� de ta qu�te ?

Toi qui �tais � Tokyo, n'�tais-tu pas seulement lass�e

par le quotidien de ton existence ?

Cette cath�drale, que repr�sente-t-elle pour moi ?

Cette impulsion qui s'est longtemps consum�e dans mon c�ur,

qui m'a poursuivi sans rel�che,

�tait-elle seulement r�elle ? Quelque part dans cette Europe...

Ce n'est peut-�tre qu'une illusion sur un bout de papier.

Mais me voil� ici � pr�sent...

� la recherche de cette chose.

Qu'es-tu venu chercher ?

C'est alors que je t'ai rencontr�e.

Ce n'�tait peut-�tre qu'une mesure d'une musique entendue au hasard.

J'ai l'impression de t'avoir d�j� vue.

Mais c'est impossible.

C'est peut-�tre comme la lumi�re qui gambade sur la mer �tincelante.

Qui es-tu ?

Qui es-tu ?

Quelque part ici, en cette terre �trang�re, je songe.

�, ma vraie amie.

Pour moi, ce fut notre premi�re rencontre.

J'�tais alors en proie � une profonde honte, sans raison.

C'est toujours ainsi lorsque je rencontre un Japonais � l'�tranger.

Moi qui suis une Japonaise sans �tre japonaise.

Tu discutais si gaiement. En femme si fi�re,

tu semblais profond�ment appr�cier cette conversation en japonais.

Non, pour �chapper � ma propre apparence,

je me suis lanc�e dans une conversation d�cousue.

J'ai cru qu'ainsi je pourrais �chapper � mon �garement.

C'est ce que j'ai pens�.

J'aimerais en entendre davantage � ton sujet.

� mon sujet ?

Il n'y a rien d'int�ressant � dire.

Je parcours l'Europe � la recherche d'objets d'art et de meubles.

Je ne suis rien d'autre que �a.

J'envie cette �nergie.

Je n'avais jamais pens� qu'il puisse exister de tels individus.

Tu vis en Europe depuis longtemps ?

Combien d'ann�es d�j� ? Huit ans...

Non, dix ans peut-�tre.

- Parle encore. - C'est injuste. Je ne sais rien de toi.

Ici s'ach�ve la terre et commence la mer.

C'est la pointe ouest de l'Europe. C'est inscrit sur cette pierre.

1543.

1543 ?

C'est l'ann�e grav�e sur la carte en mosa�que.

C'est � cette date que les Portugais ont d�couvert le Japon.

J'�tais �tudiant.

C'�tait au mus�e de Nagasaki.

J'y ai trouv� le croquis du vieux plan

d'un �difice construit � Nagasaki, il y a 400 ans, � l'occidentale.

C'est ensuite que l'histoire de la pers�cution chr�tienne

a r�duit � n�ant cet �difice

en n'en laissant aucune trace.

Ce croquis est impr�gn� de la t�nacit� des premiers v�t�rans qui,

il y a 400 ans, ont combattu sur le sol japonais,

sur ce qui �tait pour eux le bout du monde.

Cela m'a profond�ment boulevers�.

Le mod�le de cette cath�drale doit se trouver encore en Europe.

Cette pens�e a grandi en moi et m'obs�de toujours, sans r�pit.

Quelque chose ne va pas ?

Nagasaki.

Ma m�re est morte... � Nagasaki,

l'ann�e o� la guerre a pris fin.

Mais je ne me souviens de rien.

Comment �tait la ville...

Reconnais-tu cette �glise ?

Non,

un instant j'ai cru l'avoir vue quelque part.

Quel dommage.

Mais c'est peut-�tre mieux aussi que je peine � la retrouver.

Pourquoi cela ?

C'est comme rencontrer celle qu'on aime depuis dix ans.

Alors m�me qu'on n'a jamais vu son vrai visage auparavant.

Je ne comprends pas tr�s bien.

Je n'ai jamais pens� � quelque chose de cette fa�on-l�.

Tu mens. Et sans conviction.

Non, c'est la v�rit�.

C'est ainsi que je parviens � errer en Europe depuis toutes ces ann�es.

Tu ne crois pas en l'amour. C'est ainsi que je l'entends.

Oui, sans doute.

Mais tu aimes cette terre, n'est-ce pas ?

C'est pour cela que tu y restes.

Je ne sais pas.

Je n'ai jamais laiss� mon c�ur ouvert.

Je le garde ferm�.

C'est ce qui me convient. Pour continuer � travailler.

De quoi as-tu peur ?

Je n'ai juste aucun amour � donner.

Pourquoi ne m'ouvres-tu pas ton c�ur ?

Ne t'approche plus de moi.

Tu as peur de toi-m�me.

Un c�ur ouvert est facilement bless�.

Tu feins. Tu as peur de ta gentillesse. C'est stupide !

Non. Je suis parfaitement satisfaite de ma vie.

Pendant tout ce temps, qu'as-tu contempl� ?

Je vais devoir te laisser ici.

Cette force qui a b�ti ma cath�drale,

serait-ce ton amour ? Dis-le-moi.

O� se trouve-t-elle ? Il y a 400 ans,

cette force qui a apport� sur notre �le la civilisation, qu'est-elle ?

J'ai des obligations. Je dois me rendre � Madrid.

Si tout cela est d� � ton amour,

qui donc l'a fait dispara�tre ?

Au revoir. Ce fut une tr�s agr�able journ�e.

Je crois que je t'ai fait perdre ton temps.

Non, c'est moi seul qui l'ai voulu.

Cela restera un bon souvenir.

Ce souvenir risque d'�tre bless�.

Les souvenirs ne trahissent pas.

Ce sont les hommes qui trahissent les souvenirs.

C'est mon opinion.

Pourquoi fais-tu tout cela pour le simple voyageur que je suis ?

Par pur caprice. Voyager seule est sans contraintes.

Je te l'ai dit, non ?

Et puis, je ne veux pas que tu te perdes.

C'est vrai, je risque de m'�garer.

Pour toi.

Ce voyage-ci est diff�rent.

Y as-tu d�j� song� ?

Quand tu as su que je partais,

tu t'es content� de sourire tristement, en haussant les �paules,

comme toujours, et tu m'as dit :

"Come back soon and good luck."

Ces huit derni�res ann�es, ce fut toujours ainsi.

Pourquoi sombres-tu dans le silence, parfois ?

Je ne t'aime plus. Non...

... je ne sais plus trop.

- Que s'est-il pass� ? - Quelqu'un a �t� poignard�.

Poignard� ? Quelqu'un est mort ?

Je ne comprends que quelques mots d'espagnol.

Les Espagnols ont bien le sang chaud.

C'est la grande s�ur de cette fille qui a �t� poignard�e.

Il semblerait que ce soit la femme de cet homme.

Encore une histoire de femme adult�re !

Oui, l'homme hurle qu'il ne pardonnera pas � sa femme.

L'homme crie :

"Dieu observe ! Dieu sait !"

C'est faux. Tu mens.

N'est-ce pas ? Tu as dit �a parce que je ne comprends pas un mot.

Non, c'est la v�rit�.

Pourquoi te raconterais-je des histoires ?

Sans doute as-tu besoin de mentir pour te cacher toi-m�me.

Ou encore, peut-�tre regrettes-tu de voyager avec moi.

Moi aussi je suis l'�pouse de quelqu'un.

C'est la premi�re fois que tu parles de toi.

- Dis-moi celle que tu es vraiment. - Une hirondelle dans le ciel.

Un olivier oubli�, seul sur la plaine,

sous l'�clat d'une lune rousse.

Une feuille sur sa cime, valsant au vent. C'est moi.

Tu continues � te mentir � toi-m�me.

- Qui est-ce ? - La s�ur cadette de mon mari.

- Et lui ? - Un Am�ricain, r�sidant � Paris, dans l'export.

On dirait un interrogatoire. Tu veux son nom ?

Cela ira. Les noms, les signes m'importent peu.

Tu es b�te. Avec des signes, tu ne te perdrais pas.

- Tu l'aimes ? - Oui, je l'aime.

Cela te suffit-il ?

Six semaines de cong�.

Je visiterai donc plusieurs villes et monuments.

Avant de retrouver l'universit�,

c'est la seule chose que je puisse faire.

Il est trop gentil.

Si je lui disais que nous avions eu une aventure,

il me pardonnerait, avec son regard triste, comme toujours.

Comprends-tu ce que cela signifie ?

La gentillesse est quelque chose de cruel.

Sais-tu que le mensonge est le meilleur calmant ?

Nagasaki... Le Portugal... Madrid... Paris.

Ne serait-ce que des noms g�ographiques ?

Dans mes souvenirs, toutes ces terres se m�lent,

en d�sordre, comme des paysages de cartes postales.

L'homme peut-il vraiment quitter sa terre natale, ses habitudes ?

O� suis-je n�e ?

Parfois, je me surprends � r�vasser devant les avions, � Orly.

Avec l'un d'eux, en 17 h, je peux �tre au Japon.

J'ai l'impression que cela pourrait m'apaiser.

Mais je ne rentre pas. Parce que...

C'est un sentiment tr�s confus.

Qu'est-ce que le Japon pour moi ?

C'est quelque chose de tr�s vague, d'insaisissable.

N'est-ce pas de m�me partout o� l'on va ?

Je me suis rendue pour la premi�re fois � Tokyo.

Sans raison particuli�re. Comme tous ceux qui vont � Tokyo,

je croyais qu'il y avait quelque chose.

Mais dans la ville, la fin de la guerre encore r�cente

avait laiss� des traces, b�timents br�l�s, ruines...

Je me souviens qu'au-dessus, le soleil d'�t� �tincelait.

C'est l� que j'ai essay� de prendre mon autonomie.

Et j'ai int�gr� une entreprise d'import-export.

Il y travaillait aussi. Je suis tomb�e amoureuse.

Mensonge ! Tu ne l'aimais pas.

Il ne faut pas. Jusqu'� quand vas-tu errer ainsi dans Paris ?

- Vous �tes M. Kawamura, n'est-ce pas ? - Oui c'est exact.

Je suis Robert Fitzgerald. Le mari de Naoko.

Enchant� de faire votre connaissance.

Elle m'a dit combien vous aviez �t� aimable en Espagne.

Je voudrais vous inviter chez moi.

Naoko serait ravie �galement.

Parfois les femmes �prouvent le mal du pays.

Elles ont besoin d'amis venant du m�me pays qu'elles.

Nous comparions la beaut� de Chambord et de Chenonceau.

Chacun dans son style a son charme.

Chambord dans sa masculinit� a fi�re allure,

Chenonceau dans sa f�minit� est �l�gant.

Je ne peux rien dire, ne les ayant pas encore vus de mes yeux.

Juger lequel de l'homme ou de la femme est plus s�duisant est vain.

Un homme et une femme peuvent s'aimer.

Marie, nous parlons architecture, l�.

C'est l'amour qui d�cide de tout.

Seul Dieu peut nous donner le vrai amour.

Ce que nous poss�dons est juste une copie.

En disant copie, penses-tu � imitation ?

Oui, une imitation. Celle-ci s'av�re parfois une contrefa�on.

C'est pourquoi elle perdure.

Naoko, n'as-tu rien � r�pliquer � ce que dit Robert ?

Si celui-ci est vrai, alors celui-l� est faux.

Celui-l� est vrai, celui-ci est faux.

Je ne comprends pas tr�s bien

ce que tu essaies de me dire.

En fait, nous vivons dans un monde de contrefa�ons.

De fausses pipes, de fausses �glises, de fausses familles,

de fausses paroles.

Nous croyons au mythe d'une v�rit� unique,

et nous errons comme des rats tous les jours.

Comprends-tu ce qu'il veut dire, Naoko ?

Oui, parfaitement.

Vous discutez toujours ainsi ?

Robert te fait honneur.

C'est sa fa�on de faire.

Donc cette pipe �tant moi, celle-ci est quelqu'un d'autre.

D'accord. Mais du point de vue de Dieu, elles sont identiques.

Pourtant, pour moi, il est important de savoir laquelle je suis.

Cela ressemble � la dialectique bouddhique.

N'est-ce pas ?

J'ai une id�e.

Allons tous ensemble sur les bords de Loire, pour juger

lequel, de Chambord ou Chenonceau, est le plus beau.

Nous n'irons pas.

Il cherche une cath�drale, pas un ch�teau.

- O� se trouve-t-elle ? - Je ne sais pas.

Quel ch�teau l'emporte, pour vous ?

Je reformule ma question.

Voudriez-vous vivre dans celui-ci ?

Je vous en prie, soyez bon avec Naoko.

Certaines personnes ont besoin de plus d'amour

qu'elles ne l'auraient jamais imagin�.

Moi aussi j'en ai besoin.

Notre voyage a repris.

Et cette fois-ci, ce n'est pas le fruit du hasard.

Je comptais me rendre en Italie.

Pourquoi allons-nous en Normandie ?

Je voudrais te montrer quelque chose.

Tu te moques de moi qui cherche une �glise qui n'existe pas.

J'ai fait des recherches ces cinq jours.

Si ma cath�drale existe, c'est en Italie.

Les architectes de l'�poque �taient principalement � Florence ou Turin.

Tu n'as qu'� descendre � la prochaine gare,

il n'est pas trop tard pour le vol du soir.

Je veux savoir pourquoi la Normandie.

Qui vas-tu y voir ?

Mon mari.

Il est � Paris.

Je n'ai personne d'autre � voir.

Et je n'ai pas dit que j'allais voir quelqu'un.

� mar�e haute,

cette �glise se retrouve isol�e en pleine mer.

C'est donc ce paysage que tu voulais me montrer.

Elle est abandonn�e en pleine mer.

Mais ce n'est pas elle.

Ce n'est pas mon �glise.

Si. Celle que tu as vue � Nagasaki, c'est celle-ci.

Non !

Mon �glise est plus petite, plus grossi�re,

comme si la pierre se heurtait directement � notre c�ur.

Ce qu'on cherche ne se r�v�le pas toujours comme on le pense.

- Je finirai par la trouver. - Non.

Elle n'existe pas.

Tu commences � te demander si ton existence n'est pas un mensonge.

C'est pour �a que tu essaies de te convaincre.

Ce n'est pas cela.

Je suis venue pour m'assurer de ce que je suis.

Lorsque je me suis mari�e, nous sommes venus ici.

Il m'aimait.

Aujourd'hui...

C'est pour nous s�parer que nous sommes venus.

Nous ne nous reverrons plus.

Il ne faut pas. J'ai...

Je ne te verrai plus.

Non ! Jusqu'� la mort, je marcherai � travers toute cette Europe.

Non. � l'heure de la mar�e,

cette �glise abandonn�e en pleine mer...

c'est moi.

La clart� de l'�t� refl�t�e sur l'eau.

Je suis en Su�de actuellement. Pour le travail.

Et toi, es-tu � Turin ? � Florence ?

As-tu trouv� ta cath�drale ?

J'ai achet� 107 chaises et une lampe de chevet aujourd'hui.

Qui va s'asseoir sur ces �l�gantes chaises blanches ?

Et la lampe de chevet, elle est tiss�e main.

Lorsque les affaires marchent, je suis tr�s heureuse.

Le bonheur ?

Qu'est-ce que le bonheur ?

La cath�drale que tu cherches,

ne peut �tre en Europe du Nord, n'est-ce pas ?

Je l'ai d�j� trouv�e.

Elle se tient devant moi.

Oh ! Tu fais des lapsus.

Mais c'est la v�rit�.

Ce que je cherchais, c'�tait toi.

Apr�s que tu as quitt� Paris, sans rien me dire,

j'ai eu la certitude que ma cath�drale, c'�tait toi.

Je t'envie.

Tu as tellement de choses � chercher.

- C'est ironique ? - Non, je le pense sinc�rement.

Je n'ai rien � chercher.

Je n'ai que des choses � me rem�morer.

Tu parles de ton mari ?

Entre autres. Et puis,

il y a aussi le Japon.

Tu n'as pas une seule fois repens� � moi.

Toi, c'est toi.

Sur la plage de Normandie, ne nous sommes-nous pas s�par�s ?

Je ne suis qu'un paysage qui passe devant toi.

Non. Tu h�sites. � l'id�e de perdre quelque chose.

Perdre ?

Oui, te perdre toi-m�me.

Je n'ai rien � perdre.

- Tu me connais. - Non, je ne te connais pas.

Tu es juste quelqu'un rencontr� en Europe.

O� es-tu ?

Ici.

Il semble que je me sois endormi.

Je croyais que tu �tais � mes c�t�s.

- C'est d�j� le matin. - C'est la nuit.

Mais il fait clair au dehors.

C'est le soleil de minuit.

Un monde sans ombres.

O� les choses semblent si immat�rielles,

et pourtant scintillent de toute leur transparence.

Le soleil n'est nulle part.

J'ai d�j� vu le soleil en pleine nuit.

C'�tait avec Robert, plus au nord, nous �tions en voyage en Laponie.

Sur la ligne de l'horizon, un soleil blanc dessinait un arc.

Tu es prise de remords.

N'est-ce pas ?

R�ponds-moi franchement !

Tu disparais toujours de devant moi.

� cet instant,

je suis devant toi.

Pourquoi pars-tu ainsi toute seule ?

Ce qui s'est pass� hier n'�tait donc qu'un r�ve ?

C'est cela. Un r�ve.

Tu m'appartiens. La douce chaleur d'hier soir.

Ton sein br�lant. Extase brutale et cruelle !

Le soleil de minuit. Un monde caress� par la brise.

Une expression esquiss�e du doigt.

- L'univers entier nous appartenait. - Arr�te !

Ne me poursuis plus.

Il n'y a plus rien que je puisse te donner.

Quelque chose me pousse soudain par-derri�re.

Le corps d�chir�, je suis jet�e sur le pav� ass�ch�.

Non, ce n'est pas Robert.

Ce n'est pas toi non plus, bien s�r.

Cette chose m'a dit de m'en aller seule.

Je reste �tendue o� j'ai �t� jet�e.

Alors un autre moi sort de moi et, fier, s'en va en marchant.

Tu ne me connais pas. Tu ne me connais pas.

Je vivrai avidement.

Une cath�drale qui n'existe pas en r�alit�.

Je ne l'ai cherch�e que par simple faiblesse.

Je te le dis, � toi !

Je vais vivre avidement. C'est toi qui me l'as r�v�l� hier soir.

C'est pour te le dire que je t'ai cherch�e.

Mais tu es partie.

Je ne te poursuivrai plus.

Et pourtant, me voici d�sormais � Copenhague.

Je suis vraiment navr�e.

Je ne suis pas venu pour t'entendre prononcer ces mots.

Je voulais tester ma force.

Jusqu'o� irait ma force si j'�tais toute seule.

Demain, j'ai rendez-vous avec Robert � Amsterdam.

Nous allons nous s�parer.

Mais ne te m�prends pas.

Ce n'est pas ce qu'il y a eu entre nous qui provoque cette s�paration.

Et tu me demandes d'attendre l'issue de ce rendez-vous ?

Si c'est possible, j'aimerais rencontrer ton mari.

N'est-ce pas possible ?

C'est moi qui en souffrirais le plus.

Comment t'y prendras-tu pour te s�parer... de ton mari ?

C'est quelqu'un de parfait.

Il se doutait qu'un jour les choses finiraient ainsi.

Y avait-il de l'amour entre vous ?

L'amour change. S'il n'y a plus ce risque, alors tout est fini.

On peut dire �a de nous deux aussi, n'est-ce pas ?

Robert disait ceci :

"L'amour doit �tre mesur� en fonction du temps."

Je dois aller le voir.

Je ne veux pas �tre juste celui qui attend.

Bonjour, pourrais-je parler � Mme Fitzgerald ?

C'est elle-m�me. Qui est � l'appareil ?

Je suis perdu. Je n'en peux plus d'attendre.

Je ne vous connais pas.

Toujours cette obstination. Que t'a-t-il dit ?

Il m'a donn� de l'espoir. C'est tout.

De l'espoir ? Mais c'est formidable !

Tu connais ce mot merveilleux !

- Je n'ai pas entendu... - Espoir...

- Oui, espoir. - D�sespoir ?

Monsieur Kawamura !

Elle n'habite plus ici.

Elle est � Rome. � l'h�tel Tevere dans le quartier de Tritone.

Trois jours seulement. Les vacances � Rome.

En septembre, tu commenceras ta vie de chercheur � Paris.

La sociologie urbaine... Ce doit �tre tr�s int�ressant.

R�fl�chir sur l'avenir de l'homme.

Il y a 2 000 ans, ces ruines de Rome �taient le c�ur de la ville.

Et comme toi, des hommes ont pens� � l'avenir de la cit�.

Que le temps qui passe est cruel !

Ce qui �tait se d�truit, dispara�t,

puis de nouveau se construit.

J'aimerais que tu te taises � pr�sent.

Pourquoi ?

Je ne veux pas g�cher le temps que je peux passer avec toi.

Je br�le de te parler.

Surtout l�, debout sur l'�tendue des ruines antiques.

Nous ne sommes qu'un minuscule point,

qui n'existe peut-�tre m�me pas.

Tu as aussi peur de la solitude.

C'est pour cela que tu me parles.

Tu pourrais demain me suivre � Paris.

Ou m�me � Tokyo. Tu peux choisir l'endroit que tu veux.

Et nous nous marierons.

C'est impossible...

Tu te raccroches � notre rencontre.

Notre envie de voyage nous a sans doute rapproch�s par pure fantaisie.

Mais c'est diff�rent maintenant.

Tu es une femme seule.

Une femme seule japonaise, qui se tient devant moi.

� toi qui ne crois pas en l'amour, mon discours semble vain.

Nous nous trompons certainement.

Ces longues ann�es en Europe m'ont chang�e.

Je suis sans doute �puis�e.

Je veux l'entendre une fois ici.

Qu'est-ce que le Japon pour toi ?

Tout.

C'est un tout que j'ai perdu.

Pourquoi en es-tu arriv�e � le perdre ?

L'�t� 45.

J'ai perdu � Nagasaki ma m�re et un petit fr�re.

Non. Tout ce que depuis ma naissance

j'avais conserv� en m�moire, tout,

je l'ai perdu cet �t�-l�.

Je ne retournerai jamais sur cette terre.

Je lui ai tourn� le dos.

M�me si je te dis que le Japon a chang�, tu ne le croirais pas ?

Le soleil se voile.

En cet instant, nous sommes dans le temps.

Tu es devenue libre. Sans aucun lien avec moi.

Que comptes-tu faire d�sormais ? Vivre seule en Europe ?

Je ne comprends pas. Le chemin que tu as choisi

te fait payer cher ta libert�.

Moi non plus...

je ne comprends pas ce que je fais.

Il n'est pas encore trop tard pour revenir en arri�re.

Ce jour-l�,

il m'a dit

que tu m'attendais � Amsterdam.

Que si c'est ce que je souhaitais, j'�tais libre � l'instant m�me.

Je n'ai pas pu r�pondre tout de suite.

J'aurais pu aussit�t te rejoindre.

Et pourtant, je ne l'ai pas fait.

Excuse-moi.

Quand Robert m'a dit ces mots,

je n'ai pas pens� � toi tout de suite.

J'ai r�alis� que mon esprit �tait compl�tement vide.

Je me suis pos� maintes fois la question.

Est-ce que je t'aime ?

Et alors, tu �tais tr�s loin.

Loin, tr�s loin...

Ma ch�re Naoko,

Comment vont les affaires � Rome ?

Te connaissant, je ne m'inqui�te pas trop.

Pour moi, chaque seconde qui passe est insupportable.

Toi qui as un c�ur si charitable, tu dois comprendre pourquoi.

Quand tu m'as fait part de ton souhait, j'ai accept�, sans un mot.

Mais ce n'est que par amour pour toi.

Tu m'as dit vouloir te lib�rer de moi.

Es-tu libre � pr�sent ?

Si tu l'es, alors cela me suffit.

Cependant, moi, je ne parviens pas � me lib�rer de notre pass� commun.

Si c'est aussi ton cas, j'aimerais t'aider.

Je te souhaite tout le bonheur possible.

R.F.

J'ai cru que tu �tais partie une fois de plus.

Dans mon sommeil confus,

tu m'adressais

tes adieux.

Demain viendra.

C'est ce que je voulais constater.

De mes propres yeux.

Tu aurais pu me r�veiller.

J'aurais pr�f�r� ne pas r�ver de notre s�paration.

Tu dormais, en respirant doucement.

En te regardant, je me suis sentie rassur�e.

Ou plut�t,

je me suis sentie infiniment heureuse.

Je t'aime.

Le pr�sent est douloureux pour moi.

Pourquoi ne m'as-tu pas fait tes adieux � l'h�tel ?

Je devais te dire quelque chose.

C'est pour cela...

La vieille cath�drale que tu cherches...

- je la connais ! - Tu la connais ?

Le mod�le original de cette �glise se trouve ici, en Europe ?

Comme tu l'as imagin�, cette �glise existe encore aujourd'hui.

Dans un petit village d'Italie, en face de l'Adriatique.

Tu le savais depuis le d�but.

Comme tu l'as d�peinte...

cette vieille �glise

se trouve encore aujourd'hui sur une petite butte, dans la baie.

Quand je l'ai vue pour la premi�re fois,

le soleil sombrait sur la mer, � l'horizon.

Je l'ai vu.

J'ai vu mon Nagasaki !

Je savais que je devais te le dire un jour...

Mais cette cath�drale est � moi seule.

Je voulais que personne ne s'en approche.

Tu dormais si bien.

Moi, dans la clart� croissante,

en contemplant mon dernier lever du jour � Rome,

et soudain,

j'ai eu le sentiment que je ne te reverrais pas.

Si nous nous s�parons maintenant, nous ne nous reverrons plus jamais.

Je devais donc te le dire maintenant.

Vas-tu te rendre aupr�s de cette cath�drale ?

Non.

Ma cath�drale a d�j� �t� d�truite.

Parce que c'�tait toi.

Je suis satisfait. Ce que tu m'as appris � la fin,

je croirai que c'est par amour.

Ma cath�drale a-t-elle vraiment �t� d�truite ?

Si tu ne crois pas � cette passion

qui t'a mue ce jour-l�, qu'es-tu venue chercher en cette terre ?

Vas-tu me dire que tu m'as retrouv� pour me quitter ?

Es-tu comme cette cath�drale, une illusion ?

Mais tu es l� maintenant. Nouvelle Rome !

Qui a b�ti cette ville nouvelle ?

Et l'ancienne Rome va-t-elle dispara�tre ? Oui, sans doute.

Mais qu'est-ce qui ne se d�truit pas ? Notre amour ?

Notre c�ur ? Ce qui les a cr��s ?

Je suis sur le point de te perdre pour toujours.

Peut-on r�cup�rer ce qu'on a une fois perdu ?

N'est-il pas encore trop tard ? Maintenant ?

Mais je n'irai pas. Je n'irai pas !

Robert disait que l'amour se mesure en fonction du temps.

J'ai soudain r�alis� que j'agissais en fonction de ses mots.

Y croyais-je donc ?

Mais je n'ai plus de temps � pr�sent.

Mon temps ne s'�coule plus, il s'est arr�t�.

L'amour ne conna�t pas le temps.

Tu as parl� de s�paration.

Mais ceci n'en est pas une.

Ce n'est pas une s�paration.

En sachant que je ne serai pas l� � temps, je cours.

Apr�s qui suis-je en train de courir ?

Pourquoi dois-je courir ?

Et toi...

O� vas-tu ? O� �a ?

O� vais-je ?

O� ?

� cet instant, je suis libre. Moi. Libre !

De lui ? De toi ? De moi-m�me ? De l'amour ? Du c�ur ? Du temps ?

Me suis-je lib�r�e de moi-m�me ? Est-ce possible ?

Je n'ai plus de temps ! Le temps !

Donnez-moi du temps ! � moi !

Taxi !

�T� 1968

Traduction Emina Tonnellier

S O F T I T R A G E C O M

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