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L'art est pour moi une forme de nourriture.
J'ai besoin de la terre.
Je veux comprendre cet �tat
et cette �nergie qui sont en moi
et que je ressens aussi dans les plantes et dans la terre.
Cette �nergie et cette vie
qui se d�versent dans le paysage.
Cette chose impalpable qui est l� et puis qui dispara�t.
La croissance,
le temps, le changement.
Et la notion de flux qu'on retrouve dans la nature.
La mer et la rivi�re, formes aqueuses, influencent beaucoup mon travail.
On pourrait croire que le temps s'associe mieux avec la mar�e :
le temps et la mar�e, ce flux et reflux quotidien.
Mais � travers la rivi�re, on peut en apprendre beaucoup sur le temps.
ll y a toujours ces formes qui vous obs�dent,
qui ne vous sortent pas de la t�te.
En route pour la Nouvelle-Ecosse, Canada. Une nouvelle commande.
Je n'aime pas cette sensation
d'�tre en train de voyager.
J'ai l'impression de ne pas �tre � ma place, d'�tre d�racin�.
Et j'ai besoin de temps pour reprendre racine.
Lorsque j'arrive quelque part,
je dois commencer mon travail aussit�t,
sans faire de recherches, ni me reposer.
Je me mets directement au travail.
La mar�e est extraordinaire : ce mouvement de flux et reflux.
Et aussi le froid et sa relation avec la pierre et le fluide.
Mais ici, je suis un �tranger et en tant que tel...
Je n'ai vraiment aucune affinit�.
J'ai d'abord fait connaissance avec cet endroit
et j'ai commenc�.
Si le travail se passe bien, j'ai chaud mais si quelque chose se brise,
le froid m'envahit compl�tement.
L'art r�ussi, �a tient chaud.
Aujourd'hui, j'ai choisi le mauvais moment.
Je me suis lev� � quatre heures.
Je ne voyais rien.
Certes, la lune s'�tait lev�e
mais ici, tout �taitjet� dans l'ombre.
Lorsqu'on a vraiment froid, c'est fini.
Je dois travailler � mains nues parce que mes gants collent,
je n'arrive pas � travailler avec, sinon, je perds mes sensations.
J'aime le contact direct.
On ne serre pas la main � quelqu'un avec des gants !
C'est tr�s difficile,
j'ai parfois froid aux mains, je me l�ve de tr�s bonne heure...
Et tous ces efforts servent
� cr�er quelque chose qui se veut ais�.
Si j'avais pu arriver si loin avant le lever du soleil, il y a 1h !
Je ne m'�tais pas attendu -ou seulement en r�ve -
� ce que que le soleil venant de l�
�claire les deux c�t�s de la pierre
et qu'ainsi, le rocher soit illumin� par le reflet
de la glace.
Je ne me serais jamais imagin� que cela puisse se passer !
Donc le potentiel ici est fantastique.
C'est de l'eau,
le fleuve et la rivi�re, sous une forme solide.
Dans bien de mes travaux,
c'est exactement ce qui donne vie � l'�uvre
qui cause sa perte.
A la plage, j'ai d'abord vu une rivi�re et un remous
qu'elle provoquait.
J'essaie donc de saisir et de comprendre le flux
et la jonction de la rivi�re et de la mer,
la rencontre de deux masses d'eau.
Fantastique !
-Vous avez besoin d'aide ? - Non...
Enfant, on plongeait toujours de ces rochers dans l'eau.
C'�tait un peu plus profond, je crois.
Vous appeleriez �a comment ?
Un trou � saumons.
-Vous avez p�ch� du saumon, ici ? -Assez souvent, oui, des saumons...
lls �taient si gros qu'ils se touchaient les uns les autres.
�a rappelle beaucoup l'Ecosse,
o� il y a �normement de trous � saumons.
�a me pla�t de savoir que l�, en bas, il y a des poissons.
On dirait un tourbillon.
C'est exactement ce que je voulais.
J'ai ins�r� ce mouvement dans l'�uvre.
A votre avis, que va-t-il se passer lorsque la mar�e va monter ?
ll va d�river.
- �a va rester intact ? - ll d�rivera dans le remous.
Non, il ne restera s�rement pas intact.
C'est comme s'il �tait emport� dans une autre dimension,
dans un autre monde ou dans une autre �uvre.
�a ne ressemble pas du tout
� une destruction.
Ce moment fait vraiment partie du cycle �ternel.
C'est comme si on touchait le c�ur de cet endroit.
C'est pour moi un moyen de comprendre.
Voir ce qui avait toujours �t� l�,
mais qu'on ne voyait pas.
Ce sont des moments d'une beaut� extraordinaire,
lorsqu'un travail devient vivant.
C'est pour ces moments que je vis.
ll est huit heures moins le quart.
La mar�e devrait �tre haute
� trois heures environ.
Je n'ai pas beaucoup de temps.
Vous devriez arr�ter de filmer,
ramassez des pierres, plut�t. Rendez-vous utiles.
Les pierres ne sont pas si mauvaises
mais il faut aller loin pour les chercher
et on perd sans cesse du temps.
�a va suffire pour faire un travail int�ressant.
J'aime vraiment cette tension.
ll se peut queje n'en aie r�ussi que la moiti�, quand le flux sera l�.
C'est comme un rep�re pour le temps qui me court apr�s.
C'est � la plage quej'ai commenc� � travailler.
Elle est un bon professeur,
en ce qui concerne le temps.
Elle est impitoyable.
On ne peut �chapper au fait que la mer va bient�t �tre ici.
J'ai �tudi� l'art � Lancaster.
L�-bas, les �tudiants �taient tous entass�s dans des petites chambres.
Je rentrais tous les jours en train chez moi, � Morecambe.
En descendant du train, on voyait ces grandes �tendues devant soi,
un gros contraste avec l'Ecole des Arts.
Un jour, je suis parti travailler � la plage.
J'�tais impressionn� par cette sensation d'�nergie
que j'�prouvais en dehors du cocon protecteur de l'Ecole des Arts.
Hors de l'Ecole, on �tait pris par l'essoufflement
et l'incertitude.
Un contr�le total peut �tre mortel pour une �uvre.
La pierre parle.
Cela ne m'est encorejamais arriv�. Soit c'est le sable
qui se tasse,
soit la pierre est trop faible.
Ou bien les deux en m�me temps.
Ceci va �tre le point le plus �loign� et je vais essayer
de mettre plus de poids au milieu pour rendre le tout plus stable.
Et �a, c'est mon travail !
Trop d'inconnues.
Les chances de survie sont tr�s maigres.
lci, il faut une pierre lourde.
Pouvez-vous m'apporter une tr�s grosse pierre carr�e ?
Je n'aurais peut-�tre pas d� poser celle-l�.
C'est le quatri�me.
Le quatri�me effondrement.
Et la mar�e
monte.
Je ferais mieux d'attendre.
Le moment o� quelque chose s'effondre
est une tr�s grande d�ception.
C'est le quatri�me effondrement ! Et � chaque fois,
j'ai appris � conna�tre la pierre un peu mieux,
plus l'�uvre croissait, mieux je comprenais la pierre.
C'est une des choses quej'essaie d'atteindre avec mon art :
comprendre la pierre.
Apparemment, je ne la comprends pas encore assez.
Les hommes ont �rig�
des monticules de pierres pour marquer des chemins dans les collines
et les montagnes, en Ecosse et partout dans le monde.
Et ainsi, tous les monticules ont un lien entre eux :
ils marquent dans mes voyages les lieux auxquels je me sens attach�.
Le monticule ressemble � un gardien
qui se tient l�, comme s'il prot�geait quelque chose.
J'aime sa ressemblance avec une graine,
bien pleine et m�re.
Regarder des pierres et y voir une croissance
comme celle exprim�e dans une graine est une image tr�s forte.
La mer est venue et le monticule a simplement disparu
et est parti.
Mais il �tait encore l�.
Un travail que je venais juste de finir.
Ma relation avec la pierre �tait encore tr�s intense,
j'�tais avec elle en bas, maisje ne la voyais pas.
Ce que je projetais cette fois, c'�tait...
Je n'ai pas r�alis� cette �uvre
juste pour que la mer la d�truise.
Elle lui a �t� offerte en cadeau.
La mer l'a prise et en a fait plus
que ce que je n'aurais jamais esp�r�.
Et je pense que si je vois dans ce processus des possibilit�s
de comprendre ces choses qui nous arrivent dans la vie,
qui changent notre vie,
qui causent bouleversements et chocs...
Je n'arrive pas � l'expliquer.
Je ne peux observer cette profonde mutation
que chez moi.
Ma demeure prend ainsi
une importance de plus en plus grande pour moi.
Penpont, Ecosse Le Point d'Ancrage
La foug�re est un mat�riau
avec lequel j'ai toujours aim� travailler.
Mais c'est une plante tr�s dure, tr�s r�sistante.
Quand on tire dessus, elle vous tranche les mains comme un rasoir.
Je l'associe toujours avec des mains saignantes.
C'est une des rares plantes avec lesquelles j'utilise un couteau.
De plus, elle est tr�s toxique.
Lorsqu'elle produit des spores, il vaut mieux ne pas inhaler.
On se trompe,
quand on consid�re le paysage comme idyllique ou beau.
ll a un c�t� qui est plus sombre.
L� o� elles �taient en terre,
elles sont devenues noires.
J'aime vraiment
l'id�e du contact entre...
Les vaches des Highlands avec leurs cloches...
J'aime l'id�e du contact
entre les plantes et...
La flamme
rend l'�nergie du feu visible. C'est la m�me chose avec ce noir.
C'est le r�sultat de l'�change d'�nergie
entre la plante et la terre.
A travers ce processus, il y a eu un �change thermique...
Elle a l'air carbonis�e, comme peinte,
maisj'ai trouv� la racine telle quelle.
A cette �poque, au d�but du printemps...
le processus ne commence pas en surface mais en dessous.
Trouver dans la terre des signes de cette chaleur,
c'est ma fa�on de comprendre
ce qui se passe l�, en ce moment. Et m�me si ce sont
des tiges des plantes de l'an pass� qui ne pousseront plus,
elles sont toujours li�es aux racines dans la terre.
Ce qui s'est pass� l'an dernier va se r�p�ter cette ann�e
et repousser ici.
Je suis fascin� par ces processus
qui se d�roulent au cours du temps dans la nature,
en relation avec le soleil, la lumi�re, les saisons... la croissance.
La v�ritable �uvre est le changement.
N'oublie pas de leur donner quelques feuilles vertes, Holly.
Je l'enl�verai apr�s !
- Papa ! - Quoi ?
- Mets ton doigt l�. - D'accord.
Oreilles... Oreilles tombantes !
J'ai d�but� la photo � l'Ecole des Arts,
lorsque j'ai commenc� � travailler en plein air.
Je devais expliquer mon travail � mes professeurs.
Je le faisais en prenant des photos. C'est toujours un peu le cas.
La photo, c'est ma fa�on de parler de mes sculptures.
Brancusi disait :
''Pourquoi parler de sculptures, quand on peut les photographier ?''
C'est la langue dans laquelleje d�cris et comprends
en m�me temps mon travail.
Lorsque j'ai travaill� toute la journ�e sous la pluie et que je suis fatigu�,
je ne vois ni ne ressens plus
ce que j'ai fait.
J'ai besoin du temps entre la cr�ation et le retour des images,
pour voir avec un �il neuf ce que j'ai vraiment fait.
lci, il y a de tout, de bons et de mauvais travaux.
Tout est l�.
A plus tard !
- Je vais travailler sur l'arbre. - Sur l'arbre ?
A plus tard.
Qu'est-ce que tu vas faire ?
Qu'est-ce que tu vas faire sur l'arbre, Andy ?
Pour qui travailles-tu ?
Qu'est-ce que tu veux faire ?
Je travaille intuitivement, sans savoir avant ce que je ferai.
Aucune id�e. Je n'ai plus travaill� ici depuis un moment, donc...
Wallace va t'aider ?
ll va venir, alors...
Je suis arriv� ici il y a 12 ans.
Mes enfants sont n�s ici, mes amis y vivent
et c'est ici que je fais mes meilleurs travaux.
Cela montre � quel point je me sens �troitement li�
� cet endroit.
Je ne suis rest� que quatre ou cinq ans au m�me endroit.
C'est trop court, pour comprendre les changements qui s'y produisent.
ll faut vivre longtemps dans la m�me rue, le m�me village et voir
les enfants attendre � l'arr�t de bus,
grandir et avoir eux-m�mes des enfants.
Au village vivait une vieille dame, qui est d�c�d�e,
une vieille grincheuse qui avait eu une vie difficile.
Elle allait et venait dans la rue o� j'habitais
et je lui ai dit un truc comme :
''Depuis que j'habite dans cette rue, tous mes enfants sont n�s.''
L'a�n� �tait le premier enfant n� ici
depuis 21 ans.
Elle r�pondit :
''Vous ne voyez que des naissances et moi, que des d�c�s.''
Elle connaissait tous ceux qui avaient habit� ici
et �taient morts.
J'esp�re n'oublier
ni les gens qui sont n�s ici, ni ceux qui sont d�c�d�s.
D'une certaine fa�on, la rivi�re est ma ligne � suivre.
La rivi�re
a quelque chose d'impr�visible en soi. Elle est vraiment impr�visible.
Et cette ligne qui s'�coule et qui a son propre cycle, en relation
avec les intemp�ries et la mer...
Si je devais trouver un lien pour l'ann�e,
ce serait un truc comme la rivi�re.
La rivi�re est une rivi�re de pierres, d'animaux,
de vent, d'eau, etc.
Elle n'est pas d�pendante de l'eau, nous parlons du cours.
Le fleuve de la croissance
qui court � travers les arbres et la terre.
Voici notre agneau, il vient tout seul.
On le tire jusqu'ici,
on nettoie sa gueule,
et on inspecte les pis.
Tout s'est pass� tr�s vite et sans probl�mes.
On va se retirer
et la laisser retourner � ses agneaux.
Les moutons d�truisent les jeunes plants,
avec leur mani�re de d�chirer l'herbe.
Parfois, c'est comme une rivi�re de moutons.
lls s'�coulent et bougent de leur propre fa�on.
Le paysage est comme �a,
sans arbres, � cause des moutons.
lls ont eu cette grande influence
sur le paysage.
C'est pourquoi j'�prouve le besoin de travailler avec les moutons.
Pourtant, notre perception des moutons
est vraiment diff�rente de leur r�alit�.
Cela rend le travail avec eux incroyablement difficile.
Pour nous, ce sont des peluches
et reconna�tre l'essence du mouton
se r�v�le tr�s difficile car c'est un animal tr�s puissant,
� sa fa�on.
lls furent responsables de bouleversements politiques et sociaux,
comme le ''nettoyage des Highland'', lorsqu'on chassa les gens du pays,
et que les propri�taires laiss�rent les moutons pa�tre sur les terres.
Les moutons y ont laiss� leur histoire,
marqu�e dans le paysage.
A cause des moutons, il manque quelque chose dans le paysage.
Des gens ont v�cu, travaill� et sont morts ici. Je sens leur pr�sence
sur mes lieux de travail.
Je suis la prochaine couche pos�e sur les choses qui se sont pass�es ici.
Je ne crois pas que la terre ait besoin de moi,
mais moi, j'ai besoin d'elle.
Je reprends racine en allant simplement dans la for�t
et en y faisant mon travail.
Si je reste longtemps inactif, je me sens d�racin�.
Alors, je ne me connais plus.
Si je suis rest� longtemps inactif et que je donne une conf�rence
sur mon travail, j'ai l'impression de parler de quelqu'un d'autre.
Parfois, j'ai besoin d'�tre seul.
J'aime �tre seul.
J'aime aussi la compagnie de certaines personnes
et j'ai sans doute aussi une fibre sociable
dontje me sers jusqu'� un certain point.
Mais pour �tre honn�te,
les gens me
fatiguent.
Je fais attention � des d�tails,
comme par exemple le vent qui souffle un peu plus fort.
Bien que j'aie l'air aussi calme que 30 secondes auparavant,
l'alarme se d�clenche en moi.
Lorsque je travaille,
je pousse l'�uvre jusqu'� la limite de l'effondrement.
C'est un �quilibre merveilleux.
Je l'avais presque r�ussi.
Parfois, je m'�tonne tant d'�tre r�ellement en vie.
ll m'est arriv� quelques fois,
ou plut�t une fois, qu'une personne, qui m'�tait tr�s proche, d�c�de.
C'�tait la femme de mon plus jeune fr�re: elle �tait tr�s jeune.
L'image de quelqu'un qui meurt, l'image de Julia,
marque la m�moire au fer rouge.
Le lendemain du d�c�s de Julia,
j'ai travaill� sur l'arbre. Cela semblait �tre l'id�al � faire.
Je travaillais sur un trou dans l'arbre.
J'ai commenc� � consid�rer ce trou comme une sorte d'entr�e,
une entr�e dans la terre, dans l'arbre, dans la pierre.
L'ouverture par laquelle la vie entre et s'�chappe.
Regarder dans un trou noir, c'est comme regarder du haut d'une falaise.
L'impression d'�tre attir� par le noir,
comme on est attir� par le vide.
Mais d'un autre c�t�, quelque chose pousse en dehors de ce trou.
C'est ma mani�re d'essayer de comprendre que...
Ce n'est pas seulement la mort, l'absence, car le noir est l'absence,
l'impalpable,
mais il est en relation avec un arbre qui va rena�tre � la vie.
Pour moi, il n'y a rien de plus fort qu'un trou noir que j'ai fait,
et quand je reviens plus tard, y voir pousser du vert.
C'est une image tr�s intense.
Parc de sculptures de Storm King
Etat de New York, USA
Une commande � long terme
Le premier mur
quej'ai b�ti avec l'aide d'un ma�on...
En fait, je croyais qu'on b�tirait le mur ensemble.
En effet, dans le pass�, j'ai un peu r�par� de tels murs.
Mais il enlevait sans cesse mes pierres du mur.
Et il avait raison de le faire.
J'ai appris � respecter leur travail, leur vie.
Les ma�ons ne passent pas seulement du temps avec moi,
ils apportent aussi leur vie.
lls ne veulent pas queje touche au mur
et que je joue au ma�on etje ne veux pas qu'ilsjouent les artistes.
A chacun son r�le. Le mien est de trouver la ligne du mur,
je travaille l'espace.
De leur dialogue avec la pierre na�t le mur.
Une pierre par-dessus l'autre,
l'�uvre na�t d'elle-m�me. La fluidit�
du travail donne � la sculpture du mouvement et de l'�nergie.
On m'a pri� de cr�er une �uvre � Storm King.
J'ai pass� beaucoup de temps � me promener
pour conna�tre la r�gion.
Et j'ai vu ces murs d�labr�s
qui me rappelaient ma patrie.
lls furent probablement �rig�s par des peuples venus d'Europe,
peut-�tre m�me d'Ecosse.
Ces colons sont arriv�s ici et ont b�ti des fermes et des murs.
C'est la premi�re chose qui m'a int�ress�.
Je voulais retracer la ligne, reb�tir le mur,
pour qu'il parle de cette r�gion, telle qu'elle est maintenant.
Les murs ont �t� �rig�s lorsqu'on a abattu les arbres
et ainsi remplac� la for�t par des champs.
Mais l'agriculture a alors disparu de la r�gion
et les arbres ont trouv� refuge derri�re le mur et ont pu pousser.
C'�tait ce dialogue qui m'int�ressait.
Dans le cas id�al, le mur est une ligne qui se soumet au paysage,
� travers lequel il s'�tend.
Ce sens du mouvement est capital
pour la compr�hension de la sculpture.
Ce d�fil� des hommes, le mouvement du mur,
la rivi�re de pierres autour des arbres,
la rivi�re de croissance qui fait la for�t.
Cela m'a rendu conscient du flux qui coule tout autour du monde,
des veines qui courent de par le monde.
La pierre est tr�s rouge � cause de sa teneur en fer.
C'est pourquoi notre sang aussi est rouge.
Pour moi, la couleur rouge d�gage une �nergie particuli�re.
Cela vient sans doute de sa relation avec le sang.
Mais c'est s�rement quelque chose qu'on ne peut pas expliquer.
Je crois que cette couleur exprime la vie.
M�me si des choses meurent, elles font toujours partie du flux,
elles deviennent une partie de la rivi�re rouge.
Au Japon, on peut voir
de l'�rable rouge
devant une montagne verte.
Un rouge incroyable !
C'est comme une plaie
dans la montagne.
Cette couleur a une telle �nergie et une telle violence.
Je suis sans cesse � la recherche
de la couleur rouge.
ll me semble qu'en me rapprochant de sa source,
je commence � mieux comprendre cette couleur.
Et il y a beaucoup � apprendre.
Lorsque j'ai pris conscience que cette couleur �tait aussi en moi,
c'�tait un sentiment
que couleur et �nergie coulent dans tout.
ll m'a fallu travailler souvent ici pour remarquer la couleur rouge.
Si on regarde sous les pierres, on trouve
ces petits cailloux rouges et tendres � teneur en fer.
Que quelque chose de si dramatique,
de si intense, puisse �tre en m�me temps si cach�,
si loin sous la peau de la terre.
On �prouve un vrai choc, en voyant cette couleur,
qui est si �trang�re � la rivi�re.
En fait, elle a de profondes racines ici et elle est propre � cet endroit.
L�, je travaille avec les pierres,
je les broie.
Je passe plusieurs heures � faire un petit tas de pigment,
une boule que je lancerai dans la rivi�re,
�a va faire un �claboussement.
Un court instant dans ce cycle de la pierre,
o� elle traverse un processus de solidification,
puis redevient liquide
et enfin se solidifie de nouveau.
Et je pense que c'est
un petit souvenir dans la vie d'une pierre
mais cela repr�sente beaucoup dans l'esprit de sa nature.
Nous tenons tant � l'id�e qu'une pierre est solide,
que lorsqu'on d�couvre qu'elle est en fait fluide,
cela renverse mon id�e
de ce qui est durable et de ce qui ne l'est pas.
Digne, Sud de la France Une commande pour le mus�e
Lorsque je travaille avec un b�timent, j'essaie d'utiliser le mur entier
pour cr�er un contact avec le paysage contenu
dans et en dehors du b�timent.
C'est presque un souvenir de l'origine du b�timent,
qui est contenu dans le mur et qu'on ressort au grandjour.
Je voulais du torchis de Digne ou d'Ecosse,
pas de torchis produit anonymement
dans n'importe quel magasin de c�ramique.
Le torchis a �t� extrait du sol tel quel.
Je l'ai filtr� et sorti les grosses pierres, puis il a �t� s�ch�,
pil�, m�lang� avec des cheveux
et de l'eau pour le reconstituer.
Les cheveux servent � fixer le m�lange.
J'aurais pu utiliser des poils d'animaux,
mais j'aime savoir que des hommes sont li�s � mon travail.
Les cheveux proviennent du coiffeur de mon village
qui est ainsi li� � mon travail.
En �rigeant les premiers murs de torchis, j'ai d�couvert
que les formes architecturales du b�timent, au niveau des poutres,
influen�aient le s�chage et formaient des fissures et des figures.
Ce qui est sous la surface de travail affecte cette surface.
Bien s�r, c'est vivant, au toucher.
Cela exprime
combien la pierre est vivante,
presque revenuejusqu'� son origine dans le volcan,
o� elle �tait vivante.
Elle l'est toujours mais c'est la preuve visible de son mouvement
et de son �ruption.
C'est cette impression d'�nergie cach�e en elle. Et c'est la vie.
Je ne peux pas l'expliquer davantage.
Mais je sais que c'est bien plus
que le simple cycle de d�sagr�gation
et d'apparition de substances.
Je m'efforce de formuler ces choses-l�.
Mais � mon avis, il y a un monde au-del�
de ce que les mots peuvent exprimer.
Les mots remplissent leur r�le
mais ce que je fais ici en dit bien davantage.
Sous-titres : C�drick Auger
Sous-titrage Titra Film Paris
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