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JUSQU'AU BOUT DU MONDE
TROISI�ME PARTIE
C'est en 1999 que le satellite nucl�aire indien devint fou.
Il survolait la couche d'ozone comme un oiseau de proie.
Il fut abattu par un missile am�ricain et explosa au-dessus de l'Australie.
Nous �tions compl�tement coup�s du reste du monde,
en admettant qu'il existe encore,
car on ne pouvait pas savoir si la catastrophe �tait locale ou globale.
Je continuais � �crire mon roman. J'�crivais comme un fou.
J'�crivais nos peurs, j'�crivais nos espoirs.
J'�crivais sur Claire. Sur Chico, et Winter, et Burt.
J'�crivais sur la famille Farber, sa fiert� et son �go�sme.
J'�crivais sur les aborig�nes, et sur moi, aussi.
J'�crivais pour que rien de ce qui nous arrivait soit oubli�.
J'�crivais nuit et jour.
Claire ne comprenait pas en quoi l'�chec de l'exp�rience
comptait tant, � c�t� du sort du monde.
Mais pour les Farber, pris dans leurs passions,
l'exp�rience avait plus d'importance que la fin du temps.
Ned, bonjour. Revoyons les bandes ensemble.
C'�tait aussi l'unique pens�e de Sam.
Il s'en voulait, jusque dans ses r�ves.
R�veille-toi, Sam, petite mine.
Laisse-moi dormir, bon Dieu !
Comment y arriver si je suis fatigu� !
Sans dormir, je ne peux pas transf�rer les images,
et si je ne peux pas, tout �a n'a aucun sens !
Bonjour.
- Je suis Karl. Je travaille ici. - Je suis Eugene.
Bien, faites comme chez vous.
Merci.
C'est sympa.
- Vous faites quoi ? - Je suis un g�nie.
Bonjour, mon pote.
Merci, mon pote.
Merci quoi ?
Si je comprends bien,
tu as enregistr� une bande de sa soeur
que tu peux donc transmettre � sa m�re. C'est �a ?
Je suis la seule � le pouvoir.
O� est le probl�me ? Tu t'installes et tu le fais.
Que donner de plus � Sam ? Il devrait �tre content !
- Mode synchrone pour r�cup�ration ? - Pr�t pour le scan.
Bien.
Vous voulez la revoir encore une fois, Claire ?
Non, Henry, �a va.
R�manence 65%... 75, et �a augmente encore.
- Magnifique. Ronda ? - Tout est parfait.
- Cr�te � 93%. - Impressionnant. Elle a le don.
M�moires combin�es pour simulation.
Je faisais un r�ve o� Henry te rendait la vue, comme il l'avait toujours promis.
Je ne peux pas me fier au simulateur.
Ne faites rien !
Deuxi�me vision termin�e, on passe en transmission ?
Lydia, pas d'objection ?
Son coeur va bien. Tension, respiration normales.
Les ondes sont bonnes. Elle surfe.
Bien. Attention ! Commencez la transmission !
Des couleurs...
bleu,
jaune,
rouge.
Quelqu'un... assis
pr�s d'une fen�tre,
un bandeau bleu...
robe jaune.
Elle est assise, les mains crois�es.
Est-ce que �a pourrait �tre... notre fille ?
Il y a des ombres sur le mur ?
Un pot sur la table...
des rideaux rouges.
Un si doux visage...
Regarde son visage !
Le son arrive, Dr. Farber.
Allez-y, Elsa.
Quel soulagement.
Je suis furieuse contre vous.
On vous croyait morts.
Je finissais par m'y habituer.
Comme c'est �trange, que �a arrive enfin.
Je t'aime, maman. Tu es la plus sage, la plus douce, la plus forte des femmes.
Je suis heureuse que tu puisses me voir.
- Maman, voici Heidi. - J'ai cinq ans.
Tu t'es enfuie avant sa naissance.
Elle a ta bouche.
Raconte � grand-maman.
Parle-lui de ton chat.
Que veux-tu dire sur ton chat ?
Il aime jouer avec sa bobine de fil et il ne mange que du fromage.
Et il a attrap�... un rat.
Un seul. Il n'y a pas beaucoup de rats chez nous.
Elsa, il faut que j'arr�te. J'ai trop mal aux yeux.
Merci !
F�licitations, Edith !
Merci.
Tu n'�cris pas sur nous.
Non.
Comme �a.
Et quand tu respires, quand tu arrives en fin d'expiration,
tu pousses du bas.
Tu pousses avec l'estomac, �a donne une apparence de respiration.
Tu maintiens la pression tout le temps. Sans arr�ter.
Ce jour est un grand jour dans l'histoire
et ta famille est tr�s fi�re
d'�tre avec toi en ce jour o� tu vois nos visages.
Je sais, je parle trop.
- Anton, c'est pour Edith, pas pour Henry. - J'en arrive � elle.
Bonjour, Edith ch�rie.
Si nous pouvions �tre avec toi pour partager ce moment...
D'une certaine mani�re, nous le sommes.
Pendant que je voyais, je regardais tous ces gens
en me demandant : sont-ils encore en vie ?
Madame Farber,
je viens d'assister � un miracle, et vous aussi.
Bien s�r qu'ils sont en vie.
Seuls les miracles ont un sens.
Il est toujours l� ?
Oui.
Un grand majestueux ?
Oui, un grand, majestueux... il chasse.
Ah, Iritza.
Il trouvera bient�t sa proie.
Il n'a pas l'air press�.
Je pourrais l'enregistrer. Tu le verrais.
Je le connais.
- Et le visage de Papa ? - Henry,
je le connais encore mieux.
- Tu n'as jamais vu son visage ! - Je le connais.
O� sont-ils tous ?
Les anciens se r�unissent avec les jeunes, c'est une vieille tradition.
Pour que tout soit transmis. Ils ont peur des radiations.
Ils les appellent "le poison qui vient du ciel".
Ils ne les comprennent pas, mais ils savent qu'elles d�truisent notre pays.
Ils veulent �tre s�rs que tout soit transmis.
Les gens �crivent des chansons, racontent des histoires,
d�crivent les d�tails des sites sacr�s.
Ils sortent tout, comme les mites mourantes sortent leurs oeufs.
Merci, Sammy.
Allons-y.
Et maintenant tu vas voir Nora.
C'est incroyable que Sam m'ait retrouv�e en Sib�rie !
Je regrette que tu me voies dans un endroit si laid,
Mais h�las...
le monde est comme �a.
Tr�s bien, Samuel. Bravo !
Tu aimes �a ? Tant mieux !
Se concentrer dans cette situation fut difficile.
Il faisait froid en Sib�rie ?
Non, le froid �tait le moindre de mes probl�mes. C'�taient mes yeux !
Tes yeux ?
Apr�s avoir enregistr� Fukosawa � Tokyo, j'�tais pratiquement aveugle.
- La concentration ? - Le programme. Trop dur pour les yeux...
D�s que j'entrerai dans mon bureau � Berlin,
je regretterai de ne pas �tre ici.
Maintenant vous �tes aussi une personne disparue, M. Winter.
Me voil�.
Pour le meilleur ou le pire.
N'importe quelle culture raisonnable ne me consid�rerait pas
comme incroyablement splendide.
Il doit bien exister une plan�te avec une esth�tique correcte,
o� les jeunes visages sont consid�r�s comme horribles...
tandis que ces rides, ces poches...
sans oublier la sagesse, seraient beaux ? Seraient sexy ?
En fait, Edith, je me sens un peu timide.
�a suffit, Sam. Je voudrais le refaire.
Bon Dieu.
Pourquoi tu ris ?
- Je t'ai toujours trouv� sexy, papa. - La ferme !
Edith Eisner avait perdue la vue � 8 ans.
Revoir le monde �tait une exp�rience exaltante.
Mais c'�tait aussi d�concertant, et triste.
Leur monde qu'elle d�couvrait �tait plus sombre et laid qu'elle ne l'imaginait.
Elle aurait manqu� de tact d'en parler.
Son chagrin n'�tait l�
que pour qui savait le voir.
Tu n'as pas faim, ch�rie ?
Un moment, les amis !
� la fin de la premi�re semaine on enregistra quelques radiations.
La contamination �tait insignifiante,
mais c'�tait une d�faite pour les plus optimistes d'entre nous.
Henry et moi, nous sommes si proches
des Mbantua parce qu'il y a longtemps, presque quarante ans,
je suis venue �crire un livre sur les femmes Mbantua.
Chacun avait son travail ici ?
Je suis venue pour mon travail.
Il m'a suivie parce qu'il m'aimait.
Moi aussi, je l'aimais. Beaucoup.
Nous nous sommes connus � Lisbonne.
J'avais douze ans, lui quatorze.
- On fuyait les nazis. - Tout seuls ?
J'�tais avec mes parents.
Il avait perdu les siens.
Nos vies sont remplies d'histoires tristes, et de belles, aussi.
Nous �tions de jeunes amants.
Vous avez suivi notre aventure en poursuivant Sam.
Berlin, Paris, Lisbonne.
Et puis l'Am�rique.
Nous avons eu des b�b�s am�ricains.
Ils ont d� vous manquer quand vous vous �tes enfuis.
Terriblement.
C'est toujours comme �a.
Les gar�ons... les hommes...
C'est ce soir-l� que je compris le but r�el de notre voyage.
Ce n'�tait pas pour prouver mon amour pour Claire,
ni pour tenter de rendre la vue � une femme aveugle.
Le but de notre voyage �tait de faire �clore cette musique ici,
au bord de ce qui pouvait �tre la fin du monde.
Tandis que je jouais,
en regardant les Mbantua venir chercher refuge dans la caverne du Dr Farber,
je sentis que ce qu'on jouait �tait une pri�re,
une pri�re pour une plan�te bless�e, la Terre.
- Merci, Claire. - Vous devez �tre tr�s fatigu�e.
Les images deviennent de plus en plus nettes.
Ce petit ordinateur est tr�s malin.
Aurais-tu la force de...
- Non, Farber. - Tais-toi, Maisie. Bien s�r.
Salut les filles.
Madeleine, comment �a va ?
Merci, Karl.
On a r�fl�chi aux effets secondaires de tout �a ?
Le vieux ne pense qu'� son travail. Tout le reste passe en second.
Il veut son prix Nobel.
Pour avoir rendu la vue aux aveugles ?
Les possibilit�s de cet appareil sont terrifiantes.
Il peut extraire des informations visuelles du cerveau.
On pompera nos r�ves pour les regarder � la t�l�.
- Impossible. - C'est ce qu'ils disaient � Galil�e.
Pour un �crivain, vous ne tapez pas tr�s vite.
Comment �crivez-vous "nuisance" ?
Je vous pr�f�rais d�prim�, Winter.
- Peter ? - Oui, Edith.
Tu en es o� de ton dictionnaire ?
Au mot "inngirre".
Visage !
Bonjour, vous �coutez le docteur Stanley J.
Embouteillages autour de San Bernardino. Vous savez ce que c'est.
La m�t�o pour ce vendredi 31 d�cembre 1999...
�a marche ! �a marche !
Tout va bien ! L'explosion a eu lieu dans l'espace !
On a un poste � gal�ne ! Il �tait � la station radio.
Il faut que tu �coutes �a !
Dans les �couteurs. Je te les mets ?
Le monde est toujours vivant !
C'�tait la veille du nouvel an 2000.
On devait faire la f�te dans le monde entier.
Mais aucune f�te n'aurait pu �tre plus joyeuse que celle-ci, en Australie centrale,
sur la terre des Mbantua.
Nous chantions et dansions, sans savoir que l'une d'entre nous
n'entrerait pas dans le nouveau mill�naire.
C'est de la folie. Tu viens d'apprendre que le monde va bien,
et tu te laisses mourir.
Le monde ne va pas bien.
Tu sais que le monde ne va pas bien.
Tu ne peux pas simplement d�cider de mourir.
Je ne d�cide rien.
Je laisse aller.
Pardon. On a trop exig� de toi.
Ne demande pas pardon. La vie prend fin.
Mais j'ai vu, enfin... apr�s tant d'ann�es.
C'est notre histoire, mon ch�ri.
Quelle course �a a �t�, quelle danse...
Ne me fais pas �a, je t'en supplie.
�coute...
�coute-les chanter...
Umbjana, mon enfant.
Allons, maintenant. �a regarde les femmes.
Quand Edith Mbtjana fut enterr�e dans la plaine des Kangourous,
son mari suivit les coutumes aborig�nes,
mais apr�s la c�r�monie, il n�gligea celles du deuil.
Personne n'imagina que c'�tait pour tenter d'enfreindre un plus grand tabou.
Viens, Henry. Quitte cet endroit.
C'est mal pour toi d'�tre l�.
Mal pour toi, Peter, mais pour moi, �a va.
Je suis un Blanc, tu sais.
Au revoir, Fitzpatrick.
Les d�tectives �crivent, M. Winter ?
- �a d�pend des d�fraiements. - Faites signe.
On �tait en f�vrier 2000. C'�tait l'heure des adieux.
Winter, Chico, Buzzer, Burt et Lydia rentr�rent tous,
croyant l'histoire termin�e.
Claire et Sam sentaient qu'ils avaient quitt� leur ancienne vie.
Leur nouvelle vie ensemble ne faisait que commencer.
Je restai sur place. Je n'avais aucune envie de rentrer � Paris.
Cette dure solitude me permettait de travailler avec discipline.
Je m'installai dans l'ex-station de radio,
pensant y �crire mon dernier chapitre.
Personne ne se doutait que le Dr Farber avait r�orient� sa recherche,
et qu'il allait tous nous emmener dans un autre voyage,
par des chemins dangereux, jusqu'au jardin des r�ves.
- �a peut valoir un prix Nobel. - Pour le don de la vue, oui.
Si c'est ce que vous voulez, je reste.
- Bien. - Je vous aiderai � r�diger.
- Parfait ! - Mais si vous inversez l'exp�rience,
on s'en va, et ce vieil homme avec nous.
- Il ne d�cide pas ? - Nous d�cidons, Dr Farber.
- Vous voulez capter ses r�ves... - Ai-je fait du mal aux tiens ?
Tu es mon fr�re, Henry. �a ne changera jamais.
Tu as aid� notre peuple, et je t'en remercie.
Mais je ne comprenais pas ce que tu voulais. Sans Ronda...
Personne n'a fait �a dans l'histoire de notre plan�te !
Tant mieux.
Imagine ce que tu pourrais accrocher aux murs
� la place des peintures de mon peuple :
tu pourrais exposer l'int�rieur de nos t�tes : nos r�ves,
et tout le savoir secret de nos anciens. Tu le sais.
On ne vous laissera pas fouiller dans nos r�ves, avec vos cam�ras !
- Tu t'en vas aussi, Ned ? - Oui, je pars avec mon peuple.
Bon Dieu, attendez !
�a va, il est en sommeil profond.
Que fait-il ?
Il essaie d'enregistrer ses propres r�ves.
M�me technologie : il prend ses signaux c�r�braux
et en tire des images sur l'�cran.
- �a n'a pas l'air tr�s prometteur. - On verra.
Au d�but, l'exp�rience n'�tait prometteuse que pour Farber.
Karl et lui travaillaient jour et nuit.
Mais le r�sultat ne semblait rien de plus
qu'un chaos num�ris� de couleurs et de lumi�res.
Pourtant, � la longue, des formes �merg�rent.
Herr Dr Jung, Herr Dr Freud...
si vous pouviez nous voir !
Sam voyait l'ordinateur progresser dans ce nouvel univers.
Il comprenait que, pour continuer avec succ�s,
son p�re ne pouvait pas demeurer le seul sujet d'exp�rience.
Sam savait ce qui �tait attendu de lui.
Ne lui faites pas de mal.
C'est mon fils.
On te conna�t. On sait comment ton cerveau voit.
Et on est malins.
On apprend.
Ce qui n'�tait hier qu'�lectricit� est couleur et mouvement.
Un r�ve !
Je ne devrais pas voir �a.
Ronda ?
Oh, Claire, regardez �a !
On a fait des progr�s.
Une cacophonie d'ondes c�r�brales chang�e en symphonie de couleurs et de formes.
Des images biochimiques.
� la place de Sam, je serais en pleine euphorie.
- La musique des sph�res. - C'est splendide !
Le papier peint est splendide.
L�, vous voyez l'�me humaine chantant pour elle-m�me,
pour son propre dieu !
Dieu, je ne sais pas.
Le dieu en nous.
Regardez. �a ne veut rien dire.
- �a veut tout dire. - Rien, rien, ma ch�re !
- �a va nous d�vorer vivants. - Jamais.
- On devrait arr�ter. - Comment �a, arr�ter ?
C'est tout ce que nous avons toujours voulu ! Nous nous en nourrissons.
Comment pourrait-on s'en d�tourner ?
Nous n'avons pas le droit.
Merde, des interf�rences...
- Son visage ! Le visage de Sam ! - Je vois.
- Il est effray�. - Peut-�tre.
- Vous ne le voyez pas ? - Vous savez ce qui se passe ?
C'est l'interpr�tation de l'ordinateur.
Il essaie de transmettre un �quivalent visuel aux r�ves et aux �motions.
Depuis quand voit-on son propre visage en r�ve ?
- Je me vois souvent en r�ve. - Vraiment ?
- Pas vous ? - Jamais.
Tu n'es pas curieuse de d�couvrir tes r�ves ?
- Bien s�r qu'elle l'est. - Ce n'est pas tr�s clair pour moi.
- L'ordinateur s'adaptera. - Ne vous en faites pas.
- Ils seront aussi clairs que du cristal. - Relax.
- Quand tu veux. - Je n'aime pas mes r�ves, ce sont des cauchemars.
Il faut les voir comme une promenade sur une autre plan�te.
Comme si vous �tiez la premi�re femme sur...
- ...V�nus. - Sur V�nus, oui.
Vous n'allez pas rester assise l� � nous regarder !
- Allez ! - Et apr�s on arr�te.
- D'accord. Apr�s on arr�te. - March� conclu ?
- Tu va le faire ? - Une seule fois.
- Ce soir ? - Une seule fois.
C'est bien. C'est promis ?
Non, elle n'y croit pas.
Claire ne pouvait pas refuser de laisser Henry Farber enregistrer ses r�ves.
La r�ussite de sa transmission � Edith faisait d'elle la candidate id�ale.
Elle avait transmis un visuel plus d�taill� dans sa premi�re vision,
et plus de topogrammes m�moire dans la seconde. L'ordinateur la jugeait compatible.
- Quel est le niveau ? - Ok. Pas de danger de surcharge.
Qui aurait pu savoir que dormait en elle un penchant � la d�pendance ?
Regarde !
C'est moi. Devant la maison o� on vivait quand j'avais quatre ans.
J'ai d� en r�ver toute ma vie sans m'en souvenir.
Je veux le revoir.
Laissez-nous y travailler, Claire. On aura une meilleure image...
Sam , tu as vu ? C'�tait moi quand j'�tais petite.
Attends un peu.
Je sugg�re de travailler l�-dessus, et si c'est un succ�s, je suis s�r que...
Connexion activ�e.
Quand elle vit le monde perdu de son enfance,
elle ne put r�primer le d�sir d'en voir plus.
Au fil des semaines, le laboratoire devint une v�ritable ruche.
L'ordinateur traitait de gigantesques quantit�s de donn�es.
L'un dormait, les autres se collaient aux moniteurs,
attendant, guettant, voulant voir un r�ve.
Bient�t, ils �taient accroch�s, tous.
Ils vivaient pour voir leurs r�ves,
et en dormant, ils r�vaient de leurs r�ves.
Ils avaient atteint ensemble l'�le des r�ves,
Mais bient�t, ils furent s�par�s par des oc�ans.
J'assistais impuissant � la noyade de Claire et Sam dans leur imagerie nocturne.
Ils s'ignoraient mutuellement, et se n�gligeaient eux-m�mes.
Les r�ves, qui auraient d� �tre effac�s apr�s la premi�re vision,
�taient leur seule nourriture, en doses de plus en plus concentr�es.
Ils se fabriquaient des monstres et ne pouvaient tol�rer
de vivre sans eux.
Chaque fois que j'arrive � cette partie du r�ve, tout est confus.
Je vais le r�ver encore, je le rendrai plus clair.
Maintenant, j'arrive � aller dans une autre direction.
Ils erraient dans des mondes perdus,
sentiments et personnes �mergeaient d'un pass� oubli�.
Leurs r�ves devinrent des trous noirs d'isolement.
Ils finirent pas perdre compl�tement contact avec la r�alit�.
�a va ?
Je peux voir ?
S'il te plait.
Il y a des lignes � ne pas franchir.
Ils les ont franchies depuis longtemps.
Quand je vins au secours de Claire, elle ne pensait
qu'� trouver des piles pour son moniteur.
Bonne chance !
En donnant � Claire des piles pour son moniteur, j'aurais pu �tre son ami,
mais je refusais, j'�tais donc son ennemi.
Elle ne me laissait ni la toucher, ni la nourrir.
Je voulais aider Claire, mais je ne savais pas comment.
Je pensais qu'elle devait �vacuer toutes les fausses images absorb�es.
Elle �tait tomb�e dans un profond puits de narcissisme.
Elle devait remonter toute seule vers la lumi�re.
Fais-le marcher !
Tu ne peux pas le faire marcher ?
Non, Claire, il est mort.
Je suis morte.
Mon coeur est mort !
J'ai toujours aim� le d�but de l'�vangile selon St-Jean :
"Au commencement �tait le verbe."
J'avais bien peur que l'Apocalypse finisse par : "� la fin, ne restaient que les images."
Je ne connaissais pas le rem�de contre la maladie des images.
Tout ce que je savais faire, c'�tait �crire.
Winter m'a dit un jour :
"Les mots ne sont d'aucun secours, M. Fitzpatrick", mais je n'avais qu'eux.
Quelqu'un a d� toucher la prime de 500.000 $ de la CIA.
Dans 20 ans, le gouvernement US me dira peut-�tre qui,
mais pas maintenant, pas dans ce livre.
Je sais juste que deux hommes ont d�barqu� en h�licopt�re
et ont ramen� le Dr Farber aux �tats-Unis.
J'ai compris pourquoi Henry voulait transformer les ondes c�r�brales en images :
sa femme n'existait que dans ses r�ves.
Il l'y avait cherch�e, et l'avait trouv�e,
pas vraiment elle, mais son souvenir d'elle,
et la vision de lui-m�me.
Il est temps de partir ! O� est votre fils, Dr Farber ?
"Au commencement �tait le verbe." "Les mots ne sont d'aucun secours, M. Fitzpatrick"
Je croyais aux mots.
Et je croyais au pouvoir magique de raconter des histoires.
Alors je fis la seule chose que je pouvais faire :
je continuai � �crire l'histoire de Claire,
dans l'espoir qu'un jour elle la lirait.
Je la d�crivais en bonne sant�. Je la d�crivais heureuse.
Je priais pour que la v�rit� des mots
fasse taire les hurlements des oiseaux blancs dans le ciel.
Durant plusieurs heures les agents du gouvernement cherch�rent Sam,
survolant le labyrinthe o� il avait fui.
Ils l'auraient trouv�, s'il l'avait voulu,
mais on ne trouve pas un homme perdu dans les d�dales de son �me.
Il est temps de chasser cette merde de ton organisme, une bonne fois.
Viens.
Je te conduis chez des anciens que je connais.
Tu vas dormir entre eux. Ils prendront tes r�ves.
Viens.
Je t'emm�ne.
Tu es mon fr�re.
Viens !
Moi aussi !
Je sais, je sais.
Rocher.
Mouche, arr�te.
Ne m'emb�te pas.
10.000 mouches volent au-dessus de moi.
Alors, �a te plait ?
Mais maintenant...
qu'est-ce qui se passe ?
� toi de l'inventer.
Tu l'as intitul� "Danse autour de la plan�te".
Oui,
je t'ai regard�e danser.
J'ai compris plus tard que Sam Farber �tait
dans le laboratoire saccag�
au moment m�me o� Claire et moi �tions au pont de l'autre c�t� du camp.
C'est peut-�tre la derni�re fois qu'ils furent si proches l'un de l'autre.
En ce matin d'avril, je n'avais plus de rival.
Pourtant, Claire et moi avions d�pass� tout cela.
C'est sans retour.
Nous ne serions plus un couple, ni tous les deux, ni avec d'autres pendant longtemps.
Mais nous serions toujours amis.
Je voulais voir Claire s'en sortir,
et plus que tout, �tre la meilleure personne qu'elle voulait tant devenir.
J'�crivis une fin � mon roman, o� Sam et Claire se retrouvaient
dans le m�me bar de San Francisco, le Tosca's.
Je l'�crivis, puis d�chirai les pages, pour �crire la v�rit�.
Sam retourna � San Francisco,
pour se rendre compte qu'il avait vraiment perdu sa femme et son enfant.
Il ne revit jamais son p�re, seulement sa tombe.
Le Dr Farber �tait mort en gardant le secret de la machine � r�ves.
Quant � Claire, aux derni�res nouvelles elle travaillait pour Greenspace.
Son acuit� visuelle extraordinaire lui avait valu une place
sur leur observatoire spatial.
Elle et son �quipe tournaient autour de la Terre,
surveillant les oc�ans des crimes contre l'environnement.
Elle y passa 6 mois, elle f�ta son 30e anniversaire dans l'espace.
Salut, Claire. Bon anniversaire !
Je suis � New York, le livre est paru aujourd'hui.
On n'a pas beaucoup de temps. On peut passer en conf�rence ?
Pr�ts, les gars ?
� la m�moire de mon p�re et de mon fr�re,
pour ma m�re, Barbara, Hella et Michael.
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