All language subtitles for La.Lutte.Des.Classes.2019.FRENCH.720p.WEB.H264-PREUMS

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Original subtitles

- Montre. - Mais quoi ? - Regarde.

Qu'est-ce que c'est ? C'est 100% fromage !?

- Ben quoi ? - C'est sandwich fromage-fromage. Ils sont gâtés aujourd'hui !

- Attends, celui-là n'en a plus qu'une. - Non, il en a deux !

Non regarde, y a une tranche là. Ça veut dire trois tranches de gruyère là.

Comment veux-tu qu'ils apprennent l'égalité si tu leur en fous trois et un ?

Deux gruyères chacun. C'est le minimum.

Donc, j'ai fait une estimation de votre bien.

Je dois vous avouer que vous allez être heureux de l'annonce que je vais vous faire.

Compte tenu du marché dans le quartier, avec un prix moyen de 8 000 €/m2,

ça nous fait donc une estimation de 408 000 €.

- Pour 51 m2 ? - Voilà.

- On l'a acheté 200 000 il y a sept ans. - C'est ça la bonne nouvelle. Vous avez fait une plus-value.

Plus 200 000 € en sept ans. C'est le marché. Il est dynamique.

Le problème, c'est qu'on emmerde le marché.

Pardon ?

C'est à cause de salauds de spéculateurs comme nous que Paris devient une ville de riches pour les riches.

On n'est pas non plus très riche, Paul.

On l'a acheté 200 000 balles. On le revend 200 000 balles. C'est à prendre ou à laisser.

- C'est absurde. - Non.

C'est le système qui est absurde.

Pour la maison de vos rêves à Bagnolet, vous n'aurez pas l'apport suffisant.

Les mecs qui achètent cet appart ne doivent pas être plus riches que nous au moment où on l'a acheté.

Mais la maison à Bagnolet est à 450 000.

On peut pas. Donc on déménage pas. On reste ici. C'est ça que tu veux ?

300 000 €. Pas un sou de plus.

Ça nous fait un crédit de 150 000, du coup. C'est beaucoup.

- Pour la maison de Bagnoler, j'ai d'autres clients. - Ah non.

- 330 putain de mille euros. - D'accord.

399 000 balles !

On a sacrifié nos idéaux pour 399 000 balles !

- Arrête. On n'avait pas le choix. - C'est ce qu'ont toujours dit les collabos.

- Ça s'est bien passé ? - Super. - Eh ben voilà.

Et voilà les clés de chez vous.

Elle est moche.

Elle est peut-être moche, mais cette maison me faisait rêver quand j'étais gamine.

Tiens, regarde. J'habitais là au 13e étage et je la regardais tous les soirs.

Au revoir, les enfants.

- Ça va, coco ? - Salut.

- Julien peut venir jouer à la maison ? - Pas de problème.

T'as qu'à venir prendre l'apéro tout à l'heure.

On vous emmène.

Il fait roadie, en fait.

Dès qu'il a un trou de quatre, cinq dates,

les mecs ont ses coordonnées, ils l'engagent.

- Coucou. - Salut chérie. - Vous sentez pas le brûlé ?

- Qui fait cuire du riz sans eau ? - Quoi ?

C'est pas vrai, Manon ? Tu sais pas qu'il faut de l'eau pour cuire du riz ?

"Il faut de l'eau pour cuire du riz" ?

C'est pas de ma faute si vous m'avez pas appris à cuisiner.

- Vous pouvez pas être des parents, parfois ? - Moi, ça va, je suis pas ta mère. - Pour moi, c'est pareil.

- Tu vois là, c'est un truc gentil que tu viens de me dire ? - Ah non.

Pourquoi dès que tu me dis un truc gentil, j'ai l'impression que tu m'insultes ?

- Je t'ai rien dit de gentil. - Si, je te jure...

- Vous pourriez pas arrêter de vous engueuler ? - Ça y est, voilà Yannick Noah !

Arrête de t'interposer quand on s'engueule alors qu'on s'engueule pas !

- Vous vous engueulez pas ? - Mais non. Tu nous pousses.

C'est pas parce que c'est ma belle-mère que je dois forcément la détester.

Tu comprends rien.

- Elle m'engueule, là ? - Oui, elle t'engueule. - Mais je t'engueule toi, pas elle !

Merci, mon cœur.

Ah, mais c'est M. Toledano.

- Vous allez bien ? - Bonjour. - Excusez-moi de vous déranger.

Je peux jeter un œil sur ma maison depuis la chambre de votre fille ?

Vous allez voir. C'est assez étonnant.

Là. Vous voyez ? La petite fenêtre du bas.

- Il y a quelqu'un chez vous ? - Et voilà !

- En fait, il y a personne. - Si, il y a quelqu'un.

Non, vous avez l'illusion de voir quelqu'un.

C'est un tout nouveau système de sécurité qui fait croire qu'il y a quelqu'un chez vous en créant une ombre devant la fenêtre.

Et puis là, je vois toutes les pièces.

- Ah oui, c'est un espèce de grand iPhone. - Non, c'est un petit iPad.

- Ça sert à quoi, en fait ? - C'est pour tromper les voleurs.

Il y a des voleurs à Bagnolet ?

Franchement, ça fait 25 ans que je suis là. J'ai jamais eu le moindre problème.

Merci.

Adama, retourne à ta place.

Arrête de faire l'imbécile, Adama. Je vais me fâcher, Ryan.

Oh! Qu'est-ce que c'est que ça ?

Qu'est-ce que tu foutais là, Adama ?

Qu'est-ce que tu fais debout ? À ta place ! Chut !

Voilà, c'est ce que je disais.

Je suis désolée. Ils sont un petit peu agités aujourd'hui.

Très bien.

Alors, les enfants. Écoutez-moi bien.

Les dames de la cantine voudraient savoir qui parmi vous...

consomme de la matière animale à caractère porcin.

- Et qui n'en consomme pas. - Quoi ?

Ce que je veux dire, c'est que s'il y a parmi vous certains élèves en situation...

d'arabité pigmentaire à propension musulmane,

qui, de ce fait, ne consommerait pas...

Bon, qui mange du cochon ?

Très bien, on note vos patronymes.

Maintenant, les enfants qui ne consomment pas de... Vous levez la main.

Corentin, t'as pas levé la main ?

Il y a quelque chose que je ne peux pas manger mais je ne sais plus ce que c'est.

C'est le gluten que t'as pas le droit de manger.

- Et il y a du gluten dans le cochon ? - Non ? - Non.

Moi aussi, j'ai pas le droit au gluten.

- Moi, je suis allergique au pollen. - Et moi, je suis intolérant.

- T'es intolérant à quoi ? - Juste intolérant.

T'es un malin, toi.

- C'est quoi, des patrons ? - C'est simple. C'est marqué dessus.

Vous devez les découper. Prenez vos ciseaux.

- Moi, j'ai pas de ciseaux. - Juan, t'avais pas des ciseaux pour les enfants ?

- Ils sont dans les trousses. - Non, justement.

- On me les a volés. - Comment ça ?

Les trois ont perdu leur ciseau. C'est ça, les mecs ?

- Vous faites exprès pour pas faire les devoirs ? - Coco ?

Où sont les ciseaux ?

Dans le bureau du directeur.

En fait, il y a un petit de CM1,

il a pris les ciseaux, et il a découpé la bouche et les oreilles d'un autre mec.

Quoi ?

Un petit CM1 a coupé le bouche et l'oreille d'un autre.

M. Bensallah avait peur que ça se reproduise,

- parce qu'en plus, il y avait une mare de sang. - Il a confisque tous les ciseaux.

Coco, arrête de bouger quand tu racontes des histoires comme ça.

- Tu t'assoies calmement. - C'est vrai ou pas, ce que vous dites ? - Oui.

- Ça s'est passé dans la cour, devant vous ? - Non, ça s'est passé dans leur classe.

- Qui vous a raconté ça ? - Le directeur.

J'ai vu un lit de camping. Et il y avait une ambulance devant l'école.

Il y avait même le camion des pompiers.

Un brancard !?

- Et ils l'emmenaient à l'hôpital Robert Debré. - Et c'est quand ?

- Il va comment, le petit garçon. - C'était l'autre jour.

- Vous avez vu du sang ? - Juste un peu par terre.

- Vous avez eu peur ? - Non.

- C'est qu'un petit accident. - Arrête, Manon.

- C'est pas une pichenette. - C'est bon !

Tu joues. Tu découpes un peu la bouche et les oreilles. Il n'y a pas de quoi...

Coco, tu veux pas marcher normalement ?

Érik, vous allez récupérer vos commandes.

Géromine, tu peux aller fourrager les brebis ?

- Bonjour. Ça va ? - Ça va. Dix navets, c'est parfait.

- Il était pas à l'école, Milo, ce matin ? - Des topinambours, il y en a vraiment tout le temps.

Ok, super, génial. Le jus de pommes, canon ! Du coup, on n'en reprend pas. Il nous en reste plein.

Milo était malade ce matin ?

Attendez, je vous présente. Sofia ?

Sofia, Paul, venez . Je vous présente Dounia.

C'est des piliers du jardin. Des habitués. Ils sont là tout les temps.

Tu es dans la classe de Corentin ?

Donc c'est un jardin qu'on partage.

Joaquim, tu mets pas les copeaux de toilettes sèches dans le lisier organique, merci.

- Et ce jardin, c'est toi, c'est moi. - C'est nous, quoi.

D'accord. On peut louer une parcelle pour cultiver. C'est ça le principe ?

Voilà exactement. Sauf qu'on utilise pas de désherbants ni d'engrais. Jamais.

Et aussi on respecte le rythme des saisons,

l'équilibre des sols. Et aussi on ne fait pas pousser d'oléagineux ni de plantes grimpantes.

Sinon tu fais ce que tu veux. Vous êtes libres.

- En gros on est libre de faire comme vous. - Voilà, exactement.

Vous m'avez pas répondu. Milo était malade ce matin ?

Ouais.

Non. En fait, on l'a enlevé de Jean-Jo pour le mettre à Saint-Benoît.

Quoi ?

Et vous auriez pas pu nous prévenir avant ?

Si. Mais le coup des ciseaux a été la goutte d'eau. On s'est décidé très vite.

Des gamins qui se foutent sur la gueule, c'est dans n'importe quelle école.

Il n'y a pas que ça. Ça fait longtemps qu'on y pense.

Vous connaissez la réputation du collège de secteur.

Comme ça, Milo finit son CM2 à Saint-Benoît. Il ira automatiquement au collège Saint-Benoît.

- Qui est très bien. - 95% de réussite au brevet.

On veut ce qu'il y a de mieux pour nos gosses, c'est normal.

- Combien de fois je t'ai entendu gueuler contre l'école privée ? - Tu m'étonnes !

Quand Fleur nous a dit qu'elle l'avait fait pour Milo,

du coup, on s'est dit que c'était une solution pour Jules aussi.

- C'est une blague ? Vous aussi ? - Ben ouais.

Ah ouais d'accord. Donc Coco est tout seul à Jean-Jo.

Faut dire ce qui est. Le niveau à Jean-Jo est faible.

"Il est très faible, le niveau à Jean-Jo" ? Pourquoi tu dis pas sincèrement ce que tu penses ?

- Il y a trop de Noirs et d'Arabes, ça veut dire ça. - Arrête !

C'est de la provoc' à deux balles. Je dis juste que le niveau à Jean-Jo, est scolairement médiocre.

Moi, j'ai grandi ici. J'y ai fait toute ma scolarité. Vous voyez, ça va, je m'en sors bien.

Oui, mais l'époque a changé. Avec tout ce qu'il se passe maintenant...

Et puis c'est vrai que... Jules, ils l'ont diagnostiqué à fort potentiel.

- "Fort potentiel", j'sais pas ce que ça veut dire. - Le genre surdoué.

- Même l'instit nous a conseillé de l'inscrire ailleurs. - Quelle responsabilité pour toi, alors ! - Nous, on est très content à Jean-Jo !

Et puis, c'est l'école publique. C'est important.

Pourquoi je ne peux pas aller à Saint-Benoît si tous mes copain y vont ?

Parce que Saint-Benoît est privé. Et le privé, c'est dégueulasse.

- C'est la sélection. L'injustice. - Ce qui est injuste, c'est que je ne peux pas y aller.

Le privé, tu vas pas aimer. C'est tout propre, c'est tout net, t'as rien qui dépasse.

- Ça a l'air bien. - Mais non, je te dis.

Le privé, c'est l'argent. C'est les riches qui vont là-bas, mon cœur.

- Ça veut dire qu'on est pauvre ? - Mais non.

- Alors pourquoi je ne peux pas y aller ? - Parce que le privé, c'est la rupture du pacte républicain.

- C'est l'ascenseur social qui se bloque. - On est des rebelles.

On fait rien comme les autres. On a pas peur d'être seul contre tous. On est des pirates.

- Le privé, c'est la fin de l'égalité des chances.

Vous savez. Je pense que ce serait bien que Coco soit homo plus tard.

Ouais. Moi, quand je serai grand, je serai hyper homo.

- Mon chéri, si tu veux... - Mais n'importe quoi. Arrête, Manon.

Ben quoi ? C'est toujours bien, un homo dans une famille. Ça ouvre. Ça fait classe.

Moi, j'y arrive pas. Alors on a décidé que ce serait lui.

Manon, évite de lui dire des trucs comme ça, stp.

Ben pourquoi ? Pour épater la galerie, t'as des grandes idées. Mais dans la réalité.

- Tu me fais passer pour une homophobe ? - Mais y a pas plus tolérante que toi. Tu crois que je sais pas que t'es ouverte ?

Putain de merde. Tu racontes vraiment de la merde.

- C'était un compliment, non ? - Non, je ne crois pas.

Mais si. "Y a pas plus tolérante que toi. T'es hyper ouverte". Si, je te jure.

- Quand je serai grand, je serai pédé. Quand je serai grand, je serai pédé. - Coco, arrête de dire ça.

- Quoi ? - Arrête de dire ça.

Tu dis pas ça à l'école. Je rigole pas.

- Pourquoi ? Papa trouve que c'est génial. - Oui, mais non.

- En plus, tu sais même pas ce que ça veut dire. - Si, ça veut dire que deux hommes se marient.

- Bonne journée, mon cœur. - Salut.

Attends, Paul.

Sofia Belkacem, qui ne doit sa carrière qu'à son talent

et à son ambition, et qui, j'en suis sûr, d'ici quelques années, nous aura tous bouffé.

- Quelques mots pour votre promotion ? - J'ai une pensée émue pour Mme Fiter, ma prof d'SVT de 3ème.

Parce qu'elle trouvait que j'étais très douée.

En couture. Parce que Mme Fiter trouvait qu'un BEP de couture était génial pour une fille comme moi.

Elle disait que j'avais des doigts de fée.

Je la détestais tellement que je crois sincèrement qu'elle m'a aidée à développer mon esprit de contradiction, qui est très utile pour un avocat.

- À Mme Fiter. - À Mme Fiter.

Faut être solidaire avec les réfugiés. Vraiment solidaire.

Comme nos amis qui nous rejoignent ce soir, qui luttent avec nous depuis plus de vingt ans.

Ils ont joué avec les Béru. Avec la Mano Negra.

Je vous demande d'accueillir Amadeus 77.

On a finit par les avoir, non ?

Avec la barrière de la langue, c'était pas évident.

Je suis pas sûr que c'est le punk-rock dont ils ont besoin en ce moment.

C'est pas le concert qui compte, c'est le message politique.

Excusez-moi. Pardon.

- Salut. - Ça va ?

- Ça s'est bien passé ? - Ouais.

C'est juste que je suis un peu angoissé quand je vais chercher Corentin à l'école.

- Vas-y, explique-toi. - Déjà, je suis le seul mec. - Déjà, c'est pas vrai.

- Tu veux pas entendre, hein ? - Non, mais qu'est-ce qu'il y a ? On te parle mal ? Qu'est-ce qu'ils font ?

Non, tout le monde est très gentil. C'est juste que...

- En fait, personne me parle. - Et toi, tu leur parles ? - Non.

Ben tu vois, moi je parle à tout le monde et tout le monde me parle.

Tu imagines des mères de famille parler à un mec seul, toi ?

Parce qu'elles sont voilées ?

Écoute, ça m'angoisse, d'accord. C'est une sensation dont je ne suis pas fier mais que je ressens vraiment.

Si même à toi je ne peux pas me confier sans que tu me prêtes n'importe quelle intention louche !

Moi je pense que tu supportes pas la mixité.

Peut-être. Mais la mixité, pour que ce soit de la mixité, faut que ce soit de la mixité.

Si ça n'est pas de la mixité, ça n'est pas de la mixité, tu vois ?

Je me souviens de Max Niakandin en CM1 à Bure-sur-Yvette,

c'était le seul Noir de la classe, c'était mon pote.

Les parents de Max Niakandin, à la sortie de l'école, n'étaient pas à l'aise.

- Personne leur parlait. - Et ?

Ben les parents de Max Niakandin, aujourd'hui c'est moi.

Ben c'est vrai, écoute. Corentin, c'est le seul de la classe.

Le seul quoi ?

Le seul Blanc.

Tu me dis ça, à moi ?

J'aime pas ce mot non plus. Ça me débecte, Blanc.

Il se trouve que Blanc n'est pas une couleur de peau, aujourd'hui. C'est une classe sociale, tu vois ce que je veux dire ?

Non. Vraiment pas trop, non.

Qu'est-ce qu'il fait là ?

Je sais pas.

- M. Toledano, s'il vous plaît. - Bonjour.

Vous pouvez vous garer plus loin, svp ? Parce que vous bloquez notre portail.

- Comment ? - On peut pas rentrer.

- Si vous pouvez vous garer... Il y a de la place là ou là. - C'est trop tard, je suis désolé.

- Et pourquoi ? - Il est 18h04. On est vendredi. C'est chabbat qui commence.

- Le soleil n'est pas encore couché. - C'est la période intermédiaire.

18 min avant le coucher effectif. Les textes sont très précis à ce sujet.

Oui, et alors ?

Donc je ne peux pas toucher ma voiture, ni aucun objet électrique.

Je l'enlèverai dimanche. Bonne soirée.

Vous prenez votre voiture. Vous la garez un petit peu plus loin.

J'aimerais beaucoup, mais c'est impossible.

- Donnez-moi les clés. Je vais la garer. - Ah non. Je ne peux pas toucher les clés.

- Elles sont pas électriques, les clés !? - Ah ben si. Et c'est péché. C'est les clés où on appuie pour ouvrir.

- Donnez, je vais le faire. - Ne me touchez pas. Vous êtes une femme, c'est très grave.

Ne me touchez pas, s'il vous plaît !

Paul, viens, c'est pas grave.

Je te jure, c'est pas grave.

- Allez, bon chabbat. - Pareillement.

Maintenant, on dit "bon chabbat" dans cette famille ! On en est là !

- Il avait quoi, M. Toledano ? - Salut chéri. M. Toledano est très religieux.

- Il croit en des trucs qu'on trouve complètement absurde. - Que tu trouves complètement absurde.

- Et puis il est gentil en plus. - Oui, très gentil. C'est juste qu'il est un peu pète-couille, tu vois ?

Mais moi, je suis le seul à ne pas croire en Dieu dans ma classe.

- Qu'est-ce que tu dis ? - En classe, je suis le seul à ne pas croire en Dieu.

- Comment tu es sûr ? - Je leur ai demandé.

- Ils t'ont embêté ? - Non.

- Vous n'avez pas à parler de ces choses-là à l'école. - Mais nous, on est quoi, en fait ?

- Tous mes copains sont quelque chose. Nous, on est quoi ? - Nous, on est rien.

Tu seras ce que tu voudras.

C'est quand même délirant qu'à l'école publique, tout le monde croit en Dieu aujourd'hui.

Tu vois bien que ça lui pose pas de problème. Il veut juste se définir aux yeux des autres, c'est tout.

- Tu pourras aller à la réunion parents/profs jeudi ? - Ouais, j'ai que ça à foutre.

- Tu peux pas faire un effort ? - Mais j'ai vraiment que ça à foutre. J'irai.

Alors, les enfants. Vous rangez vos outils scripteurs, svp.

Rangez vos outils scripteurs maintenant.

C'est l'heure de l'exercice "intrusion attentat".

- Tous sous les tables ! - Vite ! Vite !

Un individu à caractère intrusif, semble-t-il porteur d'un objet détonnant,

a pénétré dans l'enceinte de l'établissement.

Dans cette situation, deux solutions s'offrent à nous.

Soit l'échappatoire, soit le confinement.

On lui nique la gueule à cet enculé de terroriste !

On ne dit pas "terroriste" !

Tu ne dis pas "terroriste". C'est interdit dans l'exercice "intrusion attentat".

- Et pourquoi ? - Parce que ça va vous faire beaucoup trop peur.

"Individu à caractère intrusif", c'est bien.

L'individu s'approche dans le couloir.

- Il est où ? - On ne respire plus.

Eh Mme, il a quoi comme flingue, ce bâtard ?

Je l'ai dit : "un objet détonnant".

Qu'est-ce que c'est que ça ? Qu'est-ce que tu fais là ?

À vos places ! Je plaisante pas.

- Tu veux mourir, toi, c'est ça ? - Non.

Tu veux mourir en premier ? Alors, ça suffit !

C'est ceux qui crient qui vont mourir en premier. Il faut rester sous les tables.

Vous voulez avoir du sang partout ? Vous voulez qu'il vous torture ?

Je peux vous parler une seconde ?

Moi je voulais juste leur apprendre les maths et le français. J'étais pas préparée à ça.

Ça va aller. Vous le faites très bien. Il n'y a aucun problème.

Non, j'ai dit "terroriste".

Mais on s'en fiche de ça. Vous croyez qu'ils ne l'entendent pas tous les jours à la télé ? Ils l'entendent cent fois par heure.

Et puis c'est des enfants. Arrêtez d'avoir peur d'enfants. Ce sont des CM2.

Ça va, mon Coco ? Ça s'est bien passé, aujourd'hui ?

Je vais à une réunion des parents. Je te laisse rentrer seul à la maison !?

Elle peut venir ?

Tu veux ?

Oui, mais je sais pas si ma mère voudra bien, en fait.

- On va lui demander. Elle est où ?

Maman, est-ce que je peux aller chez Coco ce soir ?

Écoute, chérie. Je sais pas.

- Une prochaine fois. - Pourquoi, Mme, svp ? Elle est jamais venue en plus.

Coco ? Tu me fais pas la gueule ? T'es pas triste ?

À cause des attentats, le budget normalement alloué à la rénovation de l'école ira directement pour la sécurisation de l'école.

C'est-à-dire ?

Ça veut dire qu'on va barreauter les fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage,

qu'on va acheter un nouveau portail, qu'on va opacifier les fenêtres, qu'on va mettre de la tôle...

...perforée sur les nouveaux portails et qu'on va mettre une caméra à l'entrée. Qu'est-ce qui se passe, M. Clément ?

La fenêtre s'est déboîtée. Je suis arrivé à la rescousse.

Vous voyez bien qu'elle part en lambeaux, cette école. On ne va pas la laisser comme ça, M. Bensallah ?

- M. Nabot, vous avez une solution pour ça ? - Il faudrait siliconer la fenêtre, mais on n'a pas d'argent pour acheter des tubes de silicone.

Par contre, j'ai vu un tuto sur internet. On peut faire un mastic convenable à base de chewing gum.

Donc si vos enfants peuvent récupérer leur chewing gum et me les rapporter à la récréation,

je les fais fondre et je fais un mastic pour colmater. Il n'y aura plus de courant d'air.

Écoutez. Je comprends que ça peut surprendre, mais c'est une bonne idée.

Je sais que c'est difficile pour vous et pour nous. Mais j'ai besoin de vous parents.

J'ai besoin que vous parents, vous soyez solidaires.

En tant que mamans, on est en droit d'exiger le meilleur pour...

Excusez-moi. Pas les deux en même temps.

En tant que mamans, on est en droit d'exiger le meilleur pour nos enfants. C'est naturel.

Mais vous êtes aussi en droit de respecter l'école et les équipes enseignantes, non ?

- Mais on respecte l'école. - M. Clément, vous avez quelque chose à dire là-dessus ?

Non, ben pareil. En tant que mamans, on est en droit d'exiger le meilleur.

M. le Directeur, respecter l'école on veut bien, mais est-ce que l'école nous respecte ?

Pourquoi on a toujours des écoles pourries ?

On nous laisse exprès dans la merde parce que ça les arrange. Pour eux, on n'est qu'une école de bougnouls.

T'exagères. C'est pas la question.

S'il vous plaît ? On a compris. Sur les CM2, y a-t-il d'autres questions ?

- Profitez que Mlle Delamarre soit avec nous... - Oui, j'ai une question.

Par rapport aux petits bâtards dans votre classe. L'année dernière, ils ont emmerdé ma fille, donc je les connais parfaitement ces petits cons.

Vous allez faire quoi pour les calmer ? Parce qu'ils pourrissent la vie des autres.

Il y a effectivement dans la classe certains élèves que je qualifierais "d'individus à caractère anxiogène".

Mais comme ils se focalisent sur des éléments en situation géolocalisée à proximité immédiate...

- Il y a pas un traducteur ? - Laissez-la finir, svp.

C'est possible la même chose en français ?

Ce qu'elle essaye de vous expliquer, c'est qu'effectivement on a deux petits connards dans la classe, mais on les gère.

- C'est bon ? On a réglé ? - Y a rien qu'est réglé.

On parlera de votre fille après, d'accord ? Vous viendrez me voir dans mon bureau...

Pardon. C'est pas une question. En fait, je voudrais proposer une action.

J'ai créé une association. Ça s'appelle "les poubelles de Bagnolet".

On fait des actions "plus propre est ma ville". Je me disais qu'on pourrait faire ça avec les enfants.

Partir avec les enfants dans Bagnolet et ramasser les merdes qu'il y a un petit peu partout dans la ville.

Eh bien je crois qu'on a fini pour aujourd'hui. Merci, Marie-Cécile.

T'as vu comment il est heureux d'avoir retrouvé ses copains ?

Ils pourraient leur faire chanter un truc un peu plus rock'n'roll, hein ?

Alors Coco, ça va ? Ses copains lui manquent pas ?

Non. Tu sais, les enfants s'adaptent.

- Il a pas mal d'amis. Il y a même Inès qui vient manger à la maison ce soir, je t'ai dit ? - Ah c'est ce soir ?

- C'est une de ses copines. - Ouais, on fait plein de dîners. On est crevé.

- En tous cas, St-Benoît, c'est nickel. - Ouais ? - Ouais.

Milo est hyper content. Il s'est refait des potes tout de suite.

Vraiment, vous êtes sûrs que vous voulez pas y mettre Coco ?

Non, mais le niveau est bon. Ils ne sont pas plus de vingt par classe. Ils ont tout ce qu'il faut en matériel.

- Forcément, avec la thune... - Tu m'étonnes.

- Quoi, avec la thune ? - La thune que tu mets pour foutre ton fils à l'abri.

Et sinon pour la messe, c'est rock'n'roll ?

Ça veut dire qu'à chaque fois qu'on amènera Coco à la chorale, on va les voir.

- Tiens, bonjour. - Bonjour. - Bonjour, vous allez bien ?

- Bien. - Comment ça va ? - Salut les filles.

- Coco est à la chorale ? - Ben ouais.

Vous avez remarqué ? Il y a que des blancs, là-dedans. Pas un bagnoletais.

- Si, il y a Coco quand même. - Enfin, c'est quand même fou !

On leur met le conservatoire au milieu de la cité. Les cours sont gratuits et personne ne vient.

On leur propose plusieurs activités. Je sais qu'ils ont le cinéma, la danse, le théâtre. Il n'y a pas un gars du quartier qui vient.

- Ils se disent que c'est pas pour eux. - C'est exactement ça.

Ou alors on ne sait pas les intéresser. Les filles !

- C'était bien, mon cœur ? - Ouais. - Ouais !?

T'étais content de revoir Milo et Jules ?

Ils t'ont parlé de leur école ?

J'ai aimé le cinoche quand j'ai commencé à trouver la combine avec mes potes pour y aller sans payer.

Il y avait une petite porte de secours à l'arrière. On mettait un caillou pour bloquer la porte.

On se faufilait à l'intérieur. On regardait tous les films interdits.

À 11 ans, j'ai vu Orange mécanique. À 12, je me suis tapé Emmanuelle.

Tous vos mômes, là. Pour qu'ils aillent au ciné, faut leur dire que c'est interdit.

Il faudrait leur dire de surtout pas y aller pour leur donner envie d'y aller.

C'est sûr que si on interdisait la culture aux gamins au lieu de leur interdire le shit,

ce serait une ruée sur les musées, des planques de bouquins, une passion pour l'art contemporain.

Ça s'est toujours bien passé. Je vous amène des clients régulièrement. Vous êtes satisfait, enfin, il me semble.

Mais oui, Colombe. J'ai toujours été très content de vous, mais c'est pas le sujet.

Alors pourquoi elle et pas moi ? J'ai largement autant de compétences qu'elle.

Bien sûr, Colombe. Vous êtes au moins aussi compétente mais voyez-vous, aujourd'hui il est bon,

pour l'image d'un cabinet moderne, d'accepter de la diversité en son sein.

Ah. La diversité.

Ben c'est vrai qu'en termes de communication...

C'est important, l'image, vous savez. On peut avoir une clientèle attirée par le profil particulier de Sofia.

C'est pour ça que j'ai eu ma putain de promotion, en fait.

Je veux être choisie pour mes qualités professionnelles, c'est tout. Pas parce que je suis Arabe.

- Tu sais que ce connard... - Salut - Ça va, Jérém ?

Je vais attaquer ce connard pour abus de discrimination positive.

- Arrête. Ça existe pas, ce truc-là. - Ça fera jurisprudence.

- Je vais démissionner. - Écoute, tout va bien. Tu réussis très bien.

Il a pas dit que tu étais incompétente ou que tu méritais pas le poste !?

- Il a dit qu'à compétences égales, il préférait que ce soit toi. - Ouais, super.

- Tu vois pas où est le problème !? - Bonsoir.

- On peut se parler un peu juste nous deux ? - Pardon d'être si populaire et d'être Bagnoletaise de souche.

Tu vois pas le problème ? Je serai toujours l'Arabe de service et c'est dégueulasse, c'est tout.

C'est pas ça qui est dégueulasse. C'est le système qui est dégueulasse.

- C'est pour ça que je suis sorti du système. - Ah, c'est pour ça, ouais.

- C'est ironique, là ? - Oui, c'est ironique. - Ah, tu te fous de ma gueule ?

- Ah, Anne-Cécile ? - Quoi ?

Ça tombe bien, je voulais t'appeler. On fait une réunion avec les sans-ondes.

- Tu regardes vers les barbus, toi maintenant ? - Non, je l'ai connu au lycée.

Tu l'as connu comment ?

Comme mon premier amour.

Tu étais avec Sofia ?

Elle est partie là-bas.

- Faut pas te gêner. - Pardon ? - Te gêne pas, surtout.

Chérie ? Sofia ?

- J'ai cru que je t'avais perdue. - Ça va ?

- Tu veux pas qu'on y aille ? - Ouais, si tu veux.

- Coco, il est où ? Coco ? - Il m'a laissé son blouson. - Coco, tu viens ?

Pourquoi t'as fait ça ? Pourquoi t'as plongé dans le bassin ?

Ils ont dit que j'allais aller en enfer parce que je croyais pas en dieu.

Qu'il y aurait un diable qui me pendrait par les pieds avec une fourche.

Et il me transpercerait le ventre, et il y aurait du sang et mon cerveau, et je serais pendu par les tripes.

Mon cœur, c'est n'importe quoi. Tu vas pas aller en enfer.

Quand on croit pas en dieu, on va sûr de sûr en enfer.

C'est pour ça que tu t'es jeté dans un bassin ?

Quand je leur ai dit que je voulais être musulman, ils ont dit que c'était pas possible parce que j'étais un babtou fragile.

- Un babtou fragile ? - Oui.

Marylène m'a dit que je pouvais être catholique si je me baptisais dans l'eau de Jésus.

- Coco, tu n'écoutes pas des petits cons qui te disent n'importe quoi, d'accord ? - T'es pas un babtou fragile.

- Et puis tu crois en rien. - Mais si, papa, je suis catholique.

C'est pas parce qu'une petite conne lui dit qu'il est catholique qu'il est catholique, quand même !

- Tu te mets dans l'eau. Il se passe quoi après ? - On croit en dieu, on est baptisé et après on peut aller au paradis.

- Il n'y a pas de paradis. - Si.

- Il y a 72 Vierges Maries là-bas en plus. - Mais c'est quoi ces merdes-là ?

- Tu dis à ton frère que c'est pas un babtou fragile. - Arrêtez de le faire chier. - C'est pas toi, ça. Il n'y a pas de dieu.

- Arrête de lui dire ça. Il croit en ce qu'il veut. - Non, il ne croit pas en ce qu'il veut.

Mon cœur, ça va aller.

Ça va bien se passer à l'école.

Je te promets que ça va bien se passer.

Il faut pas que t'oublies que t'es un peu arabe aussi.

T'es pas un babtou fragile.

C'est aux autres de s'adapter à toi.

Tu dois toujours dire ce que tu penses. C'est ça, être un rebelle.

Tu sais des fois, il faut savoir s'adapter aux autres.

Tes copains de classe, tu ne leur dis qu'une partie de ce que tu penses si c'est mieux pour toi.

Si ça te permet de faire partie du groupe.

Mais tu restes libre dans ta tête.

Si t'es fort, tes copains de classe vont te respecter.

Tu vas faire partie du groupe.

En même temps, tu vas rester libre dans ta tête.

Pas mal, hein ?

Dors bien.

J'ai l'impression qu'il y a quelqu'un chez Toledano.

- C'est pas son système anti-voleurs ? - Hein ?

Et si c'est quelqu'un qui se fait passer pour son système anti-voleurs ?

C'est peut-être Toledano qui est rentré chez lui.

J'y ai pas pensé.

Le problème, c'est que votre fils est un peu le petit Blanc de service.

Faudrait qu'il trouve un truc pour s'intégrer.

- C'est-à-dire ? - Le foot, par exemple. Je le vois. Il joue pas avec les autres.

Il pourrait faire un petit effort. C'est la base, le foot. Il y a rien de mieux pour s'intégrer.

Il aime pas le foot. Il n'y a pas une loi en France qui nous oblige à aimer le foot, si ?

C'est quoi, leurs noms ?

C'est pas la question. On veut pas désigner untel ou untel.

Je vais vous dire : c'est Adama, Ryan et je pense que Momo est dans l'affaire.

Parce que ces trois-là font chier tout le monde. Ça fait trois ans que ça dure.

On voudrait juste trouver quelque chose. Je ne sais pas. Leur raconter la laïcité.

On fait, mais vous savez ces trucs-là. Un jour c'est dieu, un autre jour c'est autre chose. En ce moment c'est... Merde !

Ça t'arrache la gueule d'arrêter de faire ça quand je travaille ?

Je viens te faire chier, toi et ta merde ? Connard !

Ils font chier avec ces histories de sécurisation. Où j'en étais ?

La laïcité ? Figurez-vous, Mme, qu'on s'en occupe.

Regardez. Un truc que je leur montre souvent, c'est des photos.

Voyez ces deux photos. Je les montre à mes élèves et je leur dis : qu'est-ce que vous voyez ?

Ils me disent : "un Chinois, M. Bensallah." Non, c'est pas un Chinois.

C'est un Musulman, de la tribu des Ouïghours, en Chine. Incroyable !

Je leur montre la deuxième photo. Qu'est-ce que c'est ? "C'est un Arabe, donc c'est un Musulman". Pas du tout.

Ce gentil monsieur est chrétien, de la tribu des Coptes d'Égypte.

Vous vous rendez compte ? Quand je montre ça aux enfants, ça leur troue le cul.

- Ça les fait réfléchir, quand même. - Ça a l'air super.

Mais pour Corentin, ça change quoi ?

Je pense que pour votre fils, en revanche, il faut prendre le problème à bras le corps.

On va régler ça à ma manière. Donnez-moi une petite seconde.

J'espère qu'il va pas être puni.

Ça y est, je les ai défoncés. Je les ai massacrés. Le problème est réglé.

- C'est-à-dire ? Vous avez fait quoi ? - J'ai été dans leur classe et j'ai demandé aux coupables de se dénoncer.

Bien entendu, silence radio. Vous vous en doutez bien.

En revanche, j'ai demandé au petit Corentin de me dire qui c'était. Il m'a rien dit. J'ai insisté.

Il voulait pas mais j'ai bien insisté et il m'a sorti le nom de ces deux petits connards.

C'est bon. Je les ai défoncés. Vous entendrez plus jamais parler d'eux.

Qu'est-ce qu'il y a ? Elle est vexée ?

Mais qu'il est con, ce Bensallah !

Je te jure, il est con !

Elle était bien ta journée, mon Coco ?

Personne t'a rien dit de spécial ?

Tes copains ?

Coco ?

Coco, ça s'est bien passé à l'école aujourd'hui ?

Coco, sois sympa. Ça s'est passé normalement ? On t'a rien dit ?

Ryan et Momo m'ont dit qu'ils allaient me tuer parce que j'étais une balance.

Ils t'ont dit quoi ?

Ils m'ont dit qu'ils allaient me tuer parce que je les avais dénoncé au directeur.

Il n'y a personne qui va te tuer, mon cœur.

T'inquiète pas, Coco. Je vais leur péter la gueule à ces connards.

167 avenue Gambetta dans le 20e. C'est l'adresse de Carlos. T'as retenu ?

J'ai un principe dans la vie. Je ne transige plus avec la légalité, OK ?

Tu parles ! Grand punk en carton !

En attendant, c'est grâce à ces principes qu'aujourd'hui j'en suis là où j'en suis.

Et t'en es où ? Bon bref, t'as envie que ton fils change d'école ou pas ?

Retire tes mains.

Bonjour Madame. On est les parents de Corentin.

Alors vous venez d'emménager dans le quartier et vous voulez inscrire votre fils à Tango ?

C'est pas qu'on veut, c'est qu'on doit. Notre nouvelle adresse dépend de notre école.

Je sais. On m'a transmis votre dossier.

Vous saviez que j'étais fan d'Amadeus 77 ?

- C'est drôle. - Je vous ai vu à La Cigale en 93 avec les Bérus.

"La jeunesse emmerde le Front National". "J'encule le pape".

- Vous y alliez fort à l'époque - C'était une époque où...

Et vous continuez toujours ?

- Si, ouais. - Toujours en lutte.

Mais on sent que votre engagement est sincère et c'est important.

- Vous habitez où exactement ? - 167 avenue Gambetta.

C'est pas très loin d'ici. C'est à côté du petit restaurent libanais ?

- Là où on va souvent. - Et ils sont adorables. - Des gens tops.

- Je croyais qu'ils avaient fermé. - C'est possible.

- C'est pour ça qu'on y va moins. - Et avant ?

Avant, nous étions à Bagnolet.

J'ai ma nièce qui habite à Bagnolet.

Au 56, rue de Lénine.

Elle vous a croisé hier. Vous êtes un peu connus dans le quartier.

Du coup, je lui ai posé la question.

Elle m'a répondu qu'a priori, vous n'aviez pas déménagé.

C'est vrai ?

Vous avez menti sur votre adresse pour tromper l'Éducation Nationale ?

C'est lamentable ! Et ça se dit de gauche !

Les bobos dans toute leur splendeur.

Faites ce que je dis, mais faites pas ce que je fais.

On est désolés.

- Vous payez vos impôts en France au moins ? - Oui. Ça, c'est primordial.

Vous savez quoi ? Les gens de droite sont beaucoup moins faux-culs que vous.

Allez, Amadeus 77.

Quand il aura fini la guerre, il fera des affaires avec son père.

La mère tricote, le père fait des affaires...

Alors oui, les enfants.

M. le directeur voudrait s'entretenir avec vous d'événements à caractère délictueux qui dans le cadre...

Laissez, Mlle Delamarre, je m'en occupe moi-même. Alors, les enfants.

Il s'est passé quelque chose de très grave hier.

On a appris que des petits voyous... Pas de cette classe, mais d'autres petits voyous...

se sont introduits au cinéma municipal pour aller voir un film sans payer leur place.

Je trouve ça inadmissible. En plus, ils ont été voir un film qui n'est pas de leur âge.

C'est pas un film pour les enfants. C'est un film pour adultes qu'ils ont été voir.

C'est un film un peu... avec du hum-hum.

C'est très grave. C'est pas rigolo. C'est des enfants qui ont vu des scènes un peu...

Et ça, je ne veux pas que ça arrive avec mes élèves, d'accord ?

- Mais comment sont-ils rentrés ? - Ce sont des petits voyous, qu'est-ce que vous voulez !?

Je parle du cinéma sur la place de la mairie. Vous voyez ? "Le cinoche".

Avec la grille verte sur le côté. Ils ont escaladé la grille.

Ensuite il y a juste un verrou qui bloque pour rentrer dans la salle. Le verrou ne tient pas.

Ces petits voyous ont forcé le verrou. N'importe qui peut le forcer et rentrer dans la salle.

Vous vous rendez compte de ça ? Il suffit de pousser la porte, vraiment.

- On est d'accord ? - Oui.

- Mlle Delamarre, merci. - Merci, M. le directeur. - Quelle époque vit-on !

Voici notre petite chapelle du XIIIe siècle.

Saint-Benoît, notre protecteur.

Mais je vous rassure : l'école est aussi accessible aux non-croyants.

Nous avons effectué les travaux nécessaires pour mettre l'établissement aux normes pour ces élèves.

Nous avons de plus en plus d'élèves en situation de carence spirituelle que nous accueillons bien volontiers.

Concernant les horaires en revanche, je tiens vraiment à ce que les élèves soient ponctuels.

Moi je suis avocate et lui est musicien professionel.

- D'accord. Paul Clément ? - C'est ça.

Vous faites partie d'un groupe de musique ?

Amadeus 77 ? Mozart, j'adore !

- Je vois que vous avez fait un clip. - Ah non ! - Ah si !

J'encule le pape. Je l'encule, je l'encule.

Faut le remettre dans le contexte...

C'est-à-dire... Bon, les paroles...

On encule le pape, quoi. Plus le chanteur que moi.

Mais personne ne l'encule au sens "l'enculer", le pape.

- C'est-à-dire qu'on emmerde la société. - Arrête.

J'explique à Monsieur. C'est de la colère qui se manifeste par l'acte de sodomie.

- Il est surtout à la batterie. - Les paroles sont de moi.

On dit "j'encule le pape" comme on aurait dit "je chie sur Mère Thérésa". Voyez, il n'y a rien d'agressif.

Ou bien "je baise l'Abbé Pierre", voyez ?

Rien de personnel. Je ne le connais pas, le pape. Je sais même pas lequel c'est.

C'est lequel en ce moment ?

C'est comme s'il n'y avait plus d'école pour des gens comme nous.

Vous pouviez pas l'enlever d'internet, votre clip ?

De toute façon, je pouvais pas supporter ce mec.

Tu supportes personne. Tu te fous de la gueule de tout le monde. Tu crois en rien.

- C'est pas vrai. Je crois dans des trucs. - Ah ouais ? En quoi ? Tu peux me le dire ?

- En dieu, ça non, on sait. En Mélenchon ? - Non.

- Dans le redressement économique grâce à l'allègement des charges patronales ? - Non.

- Tiens. Six rouleaux plus un gratuit, t'y crois ? - Non.

- Tu vois ? Tu crois en rien. - Si tu me laisses le temps de réfléchir, je te dirais en quoi je crois.

- Ah bonjour. Vous allez bien ? - Ça va Rédouane ? Bonjour.

Tu vois. Si on arrivait à sympathiser avec les parents de sa classe.

Eh ben je te jure que ça irait, Coco à Jean-Jo.

Ça le rapprocherait de Rédouane. C'est comme ça que ça se passe.

Quand les parents deviennent amis, ça rapproche les enfants.

Rédouane fait partie de ceux qui l'emmerde. Bonjour, Madame.

C'est des gamins. Ils pourraient très bien s'entendre.

On va pas devenir amis artificiellement avec des gens qu'on connaît pas.

Mais pourquoi ? Parce qu'elle est voilée ?

Tu vas arrêter avec ça ?

- Oui ? - Dounia ?

- Oui, c'est moi. - Bonjour. C'est la maman de Corentin.

C'est Sofia.

Comme je vous disais, je vous ai apporté des légumes.

- C'est des légumes ? - Ah oui. C'est le jardin partagé.

Comme on suit le rythme de la nature, on a de beaux légumes anciens.

On sait pas trop ce que c'est. Mais ils ont une qualité nutritive, c'est fou.

Je suis venue pour vous parler de Corentin et Rédouane aussi.

Non, mais en fait...

Ce qui nous embête un peu, c'est que régulièrement, pas trop souvent,

Rédouane, et d'autres garçons de la classe, il est pas tout seul,

Il dit à mon fils que s'il ne croit pas en dieu, il ira en enfer.

Et du coup, à force de lui répéter, même si c'est pas tout le temps,

il commence à avoir peur. Nous, forcément, on s'inquiète pour lui.

Ah oui d'accord, je comprends. Je suis sincèrement désolée.

En même temps, j'y peux pas grand-choses.

Parce que c'est la vérité.

Les incroyants vont en enfer.

Rédouane, le pauvre, n'y peut rien. Moi non plus d'ailleurs.

Si je pouvais changer, je changerais tout de suite, mais...

Évidemment, c'est pas moi qui décide.

Ben oui, bien sûr.

- Je suis super mal pour mon fils, en fait. - Mais non.

Bien sûr que je vais lui parler. Bien sûr que je vais dire à Rédouane d'éviter le sujet avec Corentin.

- Merci. - C'est normal.

Ça vous dirait de venir dîner à la maison avec votre mari et Rédouane ?

On se croise entre mamans du quartier mais on prend jamais le temps.

Et puis ça permettrait à Corentin et Rédouane de mieux se connaître.

- Oui, pourquoi pas. Avec plaisir. - Demain soir, par exemple, ce serait parfait.

J'en parle avec mon mari et...

Nadir, tiens c'est Sofia. La maman de Corentin. Ils nous invitent demain. Tu serais disponible ?

- Je vous ai dit demain, mais prenez votre temps. - De toute façon, je vous appelle.

Non, c'est par ici.

Entre 15 et 17.

Ah ouais ? Vous avez été ensemble de 15 à 17 ans !?

- T'étais amoureuse ? - Ouais.

Qui a quitté qui ?

Non mais quand je suis rentré à la fac à Paris, lui est resté ici et voilà.

Ah, tu l'as pas quitté ? Peut-être qu'il croit que t'es avec lui !?

N'importe quoi !

Tu vas supporter qu'il vienne ici ?

À ton avis ?

- Tu crois que ça va aller, Coco ? - Écoute, si on se pose la question toutes les cinq minutes, ça va être intenable.

Je sais mais je te jure, j'y pense tout le temps.

Et ça me fait comme une boule au ventre.

Faut que tu fasses confiance à ton fils.

Il va se tirer d'affaire tout seul, tu vas voir.

Enfin ils lui ont quand même dit : "on va te tuer parce que t'es une balance".

- Qu'est-ce que tu fais ? - Tu vas voir.

- Oui, allô ? - M. Toledano, votre jardin donne bien sur la cour de Jean-Jaurès ?

Oui, absolument. Sur la cour de Jean-Jaurès.

Vous avez vu le mur de 3,5 m. que j'ai construit depuis l'arrivée des Mauritaniens ?

Je peux vous dire que je suis tranquille.

Voilà, donc c'est là. Vous avez la cour de récréation.

Vous entendez le bruit. C'est juste derrière.

- Tu le vois ? - Non.

Si vous voulez, j'ai des jumelles.

Oui, je le vois bien. Non, je vois Ryan.

- J'en ai à vision nocturne aussi. - On est en plein jour. Merci. - Oui mais au cas où.

- Alors ? - Non, pour l'instant, je le vois pas.

- Ah si, je le vois. - Alors ?

- Il marche tout seul. - Comment ça ?

- Si, je vois bien. - Il doit y avoit quelqu'un autour. - Non, personne lui adresse la parole.

- Ça me tue le cœur de le voir comme ça. - C'est un rebelle, ton fils. Les rebelles aiment bien être seuls.

Il paraît que dans le cinéma, on peut voir des scènes avec des queues dedans.

- On va au Cinoche demain après-midi ? - Faudrait savoir comme il est, le cinéma.

On s'en fout. On défonce tout. Personne peut nous en empêcher.

On ne va pas rentrer parce qu'on va se faire repérer direct et on ne sait même pas où est l'issue de secours.

- Quelqu'un est déjà allé là-bas ? - Oui, moi. Je connais bien le Cinoche.

- Qu'est-ce qu'ils lui font - Comment ça ?

Je ne sais pas. Ils viennent le chercher.

Mais si. Dis, Coco, c'est bon.

- Ils l'emmènent. Ils vont le massacrer. - Il doit y avoir des adultes autour. - Je vois qu'il n'y a pas d'adulte.

Il faut escalader une grille. Après il y a deux portes. La première est l'issue de secours.

- Tu veux nous faire un plan ? - Oui.

- Je le vois plus. - Comment ?

Ça va pas aller, je te dis. Ils sont en train de le frapper.

Pourquoi vous l'avez mis dans cette école pourrie ?

Ici, on ne met plus les enfants dans des écoles publiques. Ça ne se fait plus du tout.

C'est la grille, l'issue de secours et la deuxième porte.

- Nous, on doit l'escalader. - Nous aussi, on veut venir au cinéma.

- Non, on admet pas les filles. - Vous êtes des salauds.

- On est comme ça. - Bande de salauds.

Ils partent. Ça y est. Ils vont l'amener dans un coin. Je peux plus.

- Ça va, mon cœur. - Salut, Coco.

- Tu vas bien ? Sûr ? - Oui.

Tu sais quoi ? Rentrez, je vais réfléchir un peu.

- T'es sûre ? - Oui.

Tu vas arrêter d'emmerder mon fils, toi. D'accord ?

Tu le laisses tranquille maintenant. Je te préviens.

- Je t'explose ta gueule de petit con ! - Mais Madame !

- Elle tape un enfant ! - Non, mais elle le connaît.

Qu'est-ce que tu me fais ? T'es toujours aussi nerveuse ?

Tu ne peux pas faire ça.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Coco ? Il y a quelque chose que tu voudrais me dire ?

Coco, si tu veux me dire quelque chose, faut me le dire même si tu veux pas, tu comprends ce que je dis ?

- Tu comprends ? - Non.

- Bonjour Monsieur. - Bonjour Madame. - Bonjour.

Une tradition, s'il vous plaît.

Attends, j'arrive tout de suite.

Votre idée d'interdiction d'aller au cinéma, ça a fonctionné.

Ils sont en train de préparer tout un stratagème pour y aller demain.

- Et Coco ? - J'ai même pas pu lui parler.

Il est au milieu de la cour et il y a tout le monde autour de lui.

"T'es un bonhomme". Je me suis intéressé un petit peu : il a dessiné le plan du cinéma.

À midi, il a mangé avec eux à la cantine.

Il est reparti toute la journée dans la cour de récréation.

Il n'y a plus à s'inquiéter pour Coco, M. Clément.

Regardez. C'est la porte ici.

Faut faire gaffe. La mémé du cinéma peut nous voir si ça se trouve.

Le petit coup de pression.

Les enfants. Ça suffit. Descendez.

Parfait. C'est malin.

Merci Ghislaine. Lancez le film.

- Je veux venir avec vous. - Non, tu restes là.

T'es riche. Tu peux payer ta place. Tu passes à la caisse.

- Qu'est-ce que vous faites. Putain, ouvrez-lui. - Ta gueule.

Pourquoi il revient.

Eh, mon Coco !?

Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il a ?

- Ils lui ont dit de payer sa place de cinoche. - De quoi ?

Ils l'ont traité de gosse de riches. Ils l'on exclu de tout le machin.

Ils sont rentrés par derrière et au moment de...

...de lui ouvrir la porte à lui, ils lui ont dit "t'es pas avec nous".

Putain, c'est une idée à moi, chérie.

Tu l'aurais vu. Il était là. Ils ont fermé la porte au nez de mon gamin !

Ils l'ont traité de "gosse de riches", putain !

- Qui l'a exclu ? - Tout le monde, chérie. Ils étaient tous contre lui.

- Ryan ? - Ouais.

- Putain, c'est parce que je l'ai frappé. - Quoi ?

- Je l'ai giflé, je l'ai menacé à la sortie. - T'as pas frappé un gamin, chérie ?

- Je m'excuse. Ça me faisait une boule au ventre. Chérie, tu vas pas gifler des gamins maintenant ?

Tu crois qu'il a pas assez de problème comme ça ? Si ses parents sont des dingues ?

C'est les parents de Rédouane. On les a invité à dîner ce soir.

- On les a invité. Rappelle-toi. - J'ai invité personne. - Mais si !

- N'ouvre pas, s'il te plaît. - Paul, on fait ça pour Coco. - Je ne suis pas en état.

- Je te jure, j'ai de la fièvre. Arrête. - S'il te plaît.

- Bonjour. - Bonjour.

C'est super que vous ayez pu venir. Ça va, Rédouane ?

Entrez, entrez. Waouh, merci beaucoup.

Ça avait l'air plus petit de l'extérieur, mais en fait, c'est un palace.

À la base, c'est une toute petite maison. On a dû faire des extensions.

C'est même une maison ouvrière.

- Paul. - Salut.

Bienvenue. Ça va, toi ?

Bonjour, ça va ? Bonjour, bienvenue.

Viens, mon Rédouane. Je vais t'emmener voir Coco.

Ben oui. Les copains qui se retrouvent. Coco !

- Coco, ton copain Rédouane est là. - C'est pas mon copain. Laisse-moi tranquille ! Et d'abord je ne veux pas le voir !

- Les gamins, ça chauffe vite. - Tu peux y aller. Sa chambre est juste là.

Vas-y, t'inquiète.

- On va peut-être leur donner quelque chose. - Oui, bien sûr.

- Qu'est-ce qu'on aurait ? - On a du jus d'orange.

- Non merci. - Des sodas ?

- Non merci. - Je peux faire un thé ?

Non, c'est bon.

Et vous, vous nous proposez pas ?

Ah oui c'est vrai. D'apparence, on est musulman donc forcément on boit pas de vin !?

Ah OK, avec grand plaisir. Là, je vais vous servir un petit coup de pinard.

Ah ben non. On est musulman. Jamais de vin.

Ah, c'était une blague ?

Et sinon, vous faites quoi dans la vie ?

Avocate en droit de la famille.

Vous avez dû faire des grandes études pour ça.

Oui, un peu.

- Je vous ressert ? - Oui, je vous en prie.

C'est marrant de vous entendre vouvoyer.

Oh ben il y a les petits loups.

Ils ont l'air de bien s'entendre.

- Parce que Coco est très gentil. - Rédouane aussi.

- Et vous, vous êtes dans quel secteur ? - Secteur calme.

Pourquoi tu dis ça ? Il est batteur professionnel.

Dans un groupe de rock.

J'étais dans un groupe qui s'appelle les Rolling Stones.

Mais les mecs m'ont soûlé et après j'ai arrêté.

- Et vous ? - Dans la sécurité.

- Vigile. - Ah ouais ? Et vous ?

- Moi je suis une femme libre. - Mais nous le sommes toutes, chère Madame.

Libre d'être maman,

d'éduquer mes enfants, de soutenir mon mari, de m'occuper de mon foyer.

Moi je vois à la maison, je n'ai pas une minute à moi.

Avec les gosses, Sofia qui rentre du boulot en jetant ses affaires partout.

Les machines, les chaussettes sales sous les lits, sous les canapés. C'est des vies...

Et puis on a pas de remerciements. Ni merde, ni rien.

- C'est des vies de chien. - Paul, arrête.

Quoi ? Je sais pas, je...

Ouais, et on nous fait croire que la femme se libère par le travail.

C'est la norme occidentale.

- La vraie liberté est intérieure. - Oui, aussi.

Nos enfants ont vachement besoin de nous. Corentin ne vous reproche pas vos absences ?

Corentin est grand. Il se débrouille tout seul. Et il a une grande soeur.

Nous on est très stricts avec Rédouane.

- D'ailleurs... - Ni Nadir ni moi n'avons eu la chance de faire des études, donc...

- On veut que notre fils réussisse. - Vous le voyez faire quoi plus tard ?

- Moi j'avais pensé à... - Des grandes études.

Commerce. Si dieu veut, HEC ou Polytechnique.

- Dieu veut. Dieu y tient. - On va pas le lâcher. - Il insiste, dieu !

- Ben nous, c'est pareil. - C'est pareil, sauf que c'est le contraire.

Nous, on préfère qu'il réussisse sa vie plutôt que réussir dans la vie.

- Petite nuance. - C'est pareil.

Je vais chercher sa petite soeur.

- Vous avez plus faim ? - Non, ça va. Merci.

Je ne vous en propose pas ?

- Vous êtes mariés depuis quand ? - Dix ans.

- Enfin, bientôt dix ans. - Mariés ?

Oui, enfin, c'est tout comme.

Je l'ignorais, moi.

- Pour moi, si. - Ben non.

- Vous y avez jamais pensé ? - Si. - Non.

Papa, elle est où notre raquette de tennis ?

Je ne sais pas, chéri. Il n'y en a pas.

Et toi, Corentin ? T'aurais pas envie de te marier plus tard ?

Non, je suis contre.

Si c'est avec un homme, par contre, c'est mieux.

Là c'est pas pareil. Avec un garçon, c'est sympa.

Il fait des blagues comme son père.

Rédouane ?

Rédouane, on y va ?

Faut qu'ils s'amusent. En tous cas, merci d'être venus.

Avec plaisir, c'était bien.

Et puis on essaiera de se refaire un dîner ou même un pique-nique !?

Ouais. Rédouane ? Dépêche-toi.

Il a aimé les 400 coups, Rédouane ?

- Les 400 coups ? - Le film de Truffaut, il a aimé ?

Il vous a pas dit qu'ils sont allés au cinoche cet après-midi ?

- Vous voulez dire en sortie scolaire ? - Non, pas du tout. Ils sont allés en fraude.

Ils sont passés par derrière. Ils sont passés dans le ciné sans payer.

- C'est moi qui leur ai refilé le tuyau. - Mais Rédouane aussi ?

- Ouais. Rédouane n'était pas le dernier. - Vous voulez dire que vous les avez poussé à rentrer sans payer ?

- Je le crains. - Pas du tout. En fait, c'est pédagogique.

C'est pour les inciter à aimer le cinéma, la culture. Arrête !

C'est pédagogique d'inciter les enfants à voler ?

Non. Corentin a payé sa place.

- Mais non. - Dounia, appelle Rédouane.

Vous poussez mon fils à voler et votre fils paye ?

- Ouais. - Non, justement. - Rédouane !

Rédouane, viens on y va. Je me sens profondément humiliée.

Putain, arrêtez là avec votre humiliation perpétuelle. Ça casse les couilles.

Reste tranquille. Maintenant ça suffit.

- Nadir, s'il te plaît. - Vas-y, sors ta Kalach.

- Paul ! - Il me traite de quoi, là ?

- Paul ! Il a bu. Nadir, s'il te plaît. - Chaud, putain.

Nadir, c'est bon. On y va.

C'est parce que Sofia t'a largué comme une merde que tu es passé du côté obscur, toi ?

De quoi il parle ? Bon, allez. On se casse.

Putain, Paul !

Qu'est-ce que t'as fait ?

Qu'est-ce qu'ils t'ont fait pour que tu les traites comme ça ?

Moi ?

Qu'est-ce que t'as à prendre leur défense ? C'est des réacs. C'est tout ce que tu détestes.

- La morale, la religion... - Non.

Ce que je déteste, c'est ton mépris.

Tu devrais avoir honte. J'aurais honte à ta place.

Mais enfin t'entends comment elle te parle, quand même ?

Elle dit que t'es conne de bosser, que tu traites mal tes gosses.

- D'où t'as besoin de lui sourire ? - Ça te donne le droit d'être facho ?

C'est toi.

Ç'aurait été des riches Blancs, tu leur serais rentré dans le lard direct.

- T'as eu un réflexe communautaire. - Est-ce que tu te rends compte de comment tu leur as parlé ?

Comme un dominant parle à un dominé, Paul.

- Arrête tes conneries. Je suis pas un dominant. - Mais si !

Putain !

Qu'est-ce que t'avais besoin de lui dire que t'es mariée ?

- Pour lui faire plaisir ? - Tu te dis pas que ç'aurait pu me faire plaisir ?

Quoi ?

Qu'est-ce qui t'aurait fait plaisir ? Tu détestes le mariage.

Qu'est-ce que ça aurait changé qu'on soit mariés ?

Non, ça aurait rien changé. T'as raison.

T'aurais peut-être pu rencontrer mon père.

- Il t'a pas attendu. Il est mort. - Oui, on sait.

Tu vas pas me faire ce chantage de merde, OK ?

On est contre le mariage. On se l'est toujours dit. On trouve que c'est de la merde.

Arrête avec tes "on", putain ! Arrête de parler à ma place !

T'es contre tout. Tu décides tout à ma place.

Je n'y arrive plus en fait.

Je ne te supporte plus.

C'est ça.

Et puis t'as vu ? Il s'était réconcilié avec son pote.

T'as encore tout fait foirer avec tes principes de merde !

J'ai peut-être des principes de merde mais je ne fous pas des baffes à des gosses.

Je vais arranger la situation.

Ne t'inquiète pas.

OK, donc là si je te touche, ça te fait mal ?

- Là ? - Oui.

- Je peux vous parler ? - Bien sûr.

- Alors, qu'est-ce qu'il a ? - Il a qu'il ne veut plus aller à l'école.

Vous êtes très pressé de louer une chambre !?

Il y avait urgence, on dirait. Nous y sommes.

9 m2. Les toilettes sur le palier. 800 €.

800 € !?

C'est la nouvelle adresse.

C'est fou le nombre de parents qui habitent à cette adresse.

- Ça doit être un grand immeuble. - Madame. On loue une chambre de bonne.

Tout est légal. Vous êtes dans l'obligation de l'inscrire dans votre établissement.

- Dans l'obligation de ? - De l'inscrire dans votre établissement vu qu'il habite le quartier.

- Non. - Enfin Mme, c'est légal. Vous n'y pouvez rien. C'est comme ça.

Si, c'est moi qui décide. On n'accepte toujours pas les tricheurs.

Je ne suis pas un tricheur. Je vous dis qu'on habite le quartier.

Que c'est son école. Donc vous le mettez là, putain !

OK, Amadeus 77, vous savez où se trouve la sortie. Bonne journée.

Je rêve !

M'enfin, Madame. J'ai un gamin qui ne va pas bien, vous ne comprenez pas ?

Il est malade tous les matins avant d'aller en classe.

J'ai envie de dégueuler quand je le vois partir. Je ne peux pas protéger mon fils !

Je suis un père qui ne peut rien pour son fils.

Je suis un père de merde, en ce moment.

Je vais pas vous supplier, quand même !

Emmenez-le-moi cet après-midi si vous pouvez.

Et demandez un certificat de radiation à son directeur.

Vous êtes top.

Bon alors les enfants. Aujourd'hui sport et géographie.

Tu sais, moi je voulais que tu viennes avec nous.

C'est Ryan qui n'a pas voulu.

Des dynamos qui vont fabriquer de l'électricité.

Plus vous allez pédaler, plus on va avancer dans l'Europe.

Vous allez apprendre comme ça les pays d'Europe.

Ça va suivre les gros câbles qui vont dans la salle de classe.

Parce que ça alimente les radiateurs et la lumière.

Entrez, Sofia.

J'étais en train de parler de vous à M. Abd el Nour. Asseyez-vous, je vous en prie.

M. Abd el Nour entame une procédure de divorce. Son épouse est française, lui est algérien.

Et le dossier s'annonce délicat.

J'ai pensé que vous serez la personne idéale pour le défendre.

Oui, M. m'a beaucoup parlé de vous.

Trois, deux, un, partez. Pédalez, allez-y.

Les enfants, maintenant, on essaye les costumes. Vous venez avec moi.

- Oui ? - Le père de Corentin, vous vous souvenez ? - Oui, bien sûr.

Il faut absolument que j'emmène mon fils quelque part.

D'accord, mais vous savez qu'on répète pour la parade métèque ?

Avec des costumes, et tout. Vous nous le ramenez à 14 h ?

- À tout à l'heure. - 14 h, hein ? - Oui, 14 h.

- Ça va ? C'est beau. C'est un lion ? - Non, c'est Teddy Rinner.

Papa, on va où ?

Tu vas voir, c'est une super école. Les enfants sont très heureux ici.

Voilà, je vous confie Corentin.

Bonjour Corentin. Je vais te présenter ta nouvelle classe.

- Vous venez le chercher à la sortie ? - Oui, je viens le chercher tout à l'heure.

- Mais papa ? - Ne vous inquiètez pas. Ça va bien se passer. Allez.

Je vais te chercher tout à l'heure, mon chéri. Tu vas être bien.

- Mais papa ! - À tout à l'heure !

Mais comment t'as pu faire ça sans m'en parler ?

Écoute chérie, je sais pas. C'est toi qui m'a demandé d'arranger les choses.

Je veux qu'il reste à Jean-Jo. Je veux qu'on arrange les chose ici, Paul.

J'ai essayé de te joindre, j'ai pas réussi. Voilà.

De toute façon, d'ici deux-trois jours, il sera très bien à Turgaud.

Les choses vont rentrer dans l'ordre. Écoute, chérie, arrête.

- Je peux plus. - Quoi ?

Tu sais quoi ? Puisque tu l'as vraiment louée, tu vas y dormir dans ta chambre de bonne.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

J'ai fait une connerie sur l'école. C'est bon. C'est pas grave.

- Bon Sofia. - Tu vas les chercher à la sortie de l'école, tu le ramènes à la maison, tu t'en vas.

- Salut. T'as cinq minutes ? - Videz vos poches, s'il vous plaît.

J'ai rien dans les poches. Je peux te parler ?

Non. Vous savez qu'avec les nouvelles consignes de sécurité vigi-pirate,

on recherche de dangereux terroristes islamistes. Alors vides vos poches, s'il vous plaît.

Je suis venu m'excuser pour l'autre soir. J'ai dit des conneries. Je ne sais pas ce qui m'a pris.

"La kalach" et tout ça. C'est de la merde. Je suis désolé.

La maîtresse, elle me convoque. Il y avait moi et les parents d'Adama.

En gros elle voulait qu'ils me remboursent le blouson.

Moi j'ai dit non.

Parce que déjà d'une, s'ils se sont tapés dessus, ce sont des gamins, faut pas se mêler.

Et deux, je sais très bien que les parents du petit n'ont pas de thune.

Là, la maîtresse quand je dis non. Elle me dit...

En gros, qu'il fallait que Rédouane vienne avec des vêtements moins coûteux.

Et alors ?

"Des vêtements moins coûteux", ça veut dire quoi ?

On doit rester des clochards toute notre vie ?

On peut pas élever nos enfants ? On peut pas les habiller bien ? On n'a pas le droit ?

C'est pas ça. Elle veut dire que si ce sont des vêtements qui coûtent cher, abîmés, ça va coûter encore plus cher.

Si tu peux mettre Coco dans une autre école, n'hésite pas. Moi j'ai pas le choix.

Tu fais comment pour ta barbe ? Pour que ce soit nickel ?

Je fais un sabot de trois. Un sabot de trois, de deux, de un...

On trinque ? Ça se fait ?

- On va où, maman ? - Viens, tu vas voir.

C'est une surprise.

Bonjour Madame. Je vous explique.

J'ai vécu dans votre appartement quand j'étais petite.

Avec mes parents. Du coup, je voulais montrer à mon fils.

- Vite, je dois aller aux courses - Oui, on va faire vite.

Oh là là. Ça me fait trop bizarre !

La cuisine. Mais ouais !

- Ici, il y avait un mur. - C'était comme ça.

- Mais vous avez gardé la lampe ? - Oui.

C'était à mon père.

Là, il y avait mon lit superposé.

Ma soeur dormait en haut. Je dormais en bas. Un jour il est tombé sur moi.

Ton grand-père t'aurait tellement aimé. Il t'aurait tellement gâté, mon coeur. Paul, il l'aurait...

Ils se seraient bien entendus.

Je te réveille ?

Je dormais. Il est 3 h du mat'.

Tu me manques. J'arrive pas à dormir sans toi.

Écoute, tant pis pour toi. Moi j'y arrive très très bien.

T'as un effet soporifique sur moi.

Quand je suis collé contre toi, ça m'endort direct.

"Soporifique", c'est un compliment, ça ?

C'est pas ce que je veux dire. Pas soporifique, c'est...

Bon ben je te laisse. Je travaille demain. Ciao.

Elle m'a quitté. Elle dit que je suis devenu facho.

- À cause de cette histoire d'école. - Tu sais bien qu'il ne peut pas y avoir de facho dans notre famille !

Laisse-lui un peu de temps. Vous avez besoin de vous retrouver.

Propose-lui un voyage par exemple rien que tous les deux.

- Pourquoi t'irais pas à Florence avec Sofia ? - Ou à Sofia avec Florence, ça coûterait moins cher.

Tu te souviens qu'on a eu été en Bulgarie avec les camarades de la section d'Évry ?

Non mais arrête. Tu vois pas qu'il est triste ?

Arrête de t'angoisser. Profite un peu de la vie.

Ça te va bien de me dire ça. Vous avez toujours été incapables de profiter de la vôtre.

Vous auriez pu aller dans des bons restaurants. Vous étiez toujours fourrés chez Flunch.

C'est très bon, le Flunch.

De toute façon, c'est trop tard.

Pourquoi trop tard ?

Parce que tu vas mourir, papa.

Tout ça à cause de ce foutu escalier qui descend à la cave. Tu vas tomber.

Tu vois ? Je t'avais dit de réparer la marche.

Après, ça va être le coma...

On va te mettre en maison de repos, maman, et puis ça va aller de plus en plus mal.

Mais je l'avais réparée, cette marche.

Mais non ! Je t'avais dit que ça tiendrait pas.

C'est bizarre. C'est pas le genre de ton père de rater ses réparations.

Il suffit d'une seule fois.

Alors, les alliances. Voilà, on a tout ça.

Ça dépend un peu de ce que vous voulez.

- Une comme ça en or ? - Ah non, elle n'aime pas l'or.

L'or, ça fait mine d'or. Enfants dans les mines d'or. C'est louche, non ?

Non, vous auriez pas des alliages de métaux précieux ?

- C'est très Sofia, les alliages. - Comme ça, non, on n'a pas.

En fait, tout ça ne lui ira pas.

- Ben, c'est des alliances. - Ben oui, c'est pour ça ! C'est ça, le problème.

- Ouais ? - Je suis la directrice de l'école Turgaud.

- Vous êtes le papa de Corentin ? - Ouais.

- Est-ce qu'il est avec vous ? - Ben non.

Votre fils a disparu. On ne sait pas où il est.

On pense que la porte devait être ouverte. Il en a profité pour s'enfuir.

Je ne l'ai pas vu. Vous avez eu son père ?

- Oui. On l'a appelé. Il n'est pas avec lui. - C'est une blague !?

- Vous m'entendez ? - Oui.

Alors maintenant on va tous se préparer parce qu'on part pour le cortège de la grande parade métèque.

Ce qu'il va se passer, c'est qu'on va tous sortir par cette porte, on prend la rue Anatole-France,

on fait le tour et on va finir à la place de la mairie. Est-ce que c'est bien compris ?

Les enfants, vous avez entendu. Mettez-vous en rang dans les rangs prévus à cet effet.

Oh, qu'est-ce que c'est que cette pagaille ?

On n'entend que vous.

Corentin, qu'est-ce que tu fous là ? Tu devrais être à Turgaud.

- Tes parents savent que t'es là ?

Oui bonjour, M. Paul Clément ? C'est M. Bensallah, le directeur de l'école.

C'était juste pour vous dire que votre fils est là.

Coco ? Coco ?

Mon coeur, qu'est-ce qu'il t'a pris ?

- Coco, t'as fait comment pour venir ici ? - On s'est inquiétés.

- Coco, oh ! - Je veux faire la grande parade métèque.

Mon coeur, t'es plus dans cette école. Allez, on rentre.

Continue ! M. Clément, venez avec moi. Laissez-les s'amuser un petit peu.

Il est bien. Il est avec ses copains.

Vous avez peur de quoi ? Si des gens comme vous s'en vont de l'école, on est foutu !

Vous savez ce que ça représente pour ces gamins ? Ils sont tous français.

Mais leur France à eux, c'est quoi ? C'est des Arabes, des Noirs, des Chinois, des Roms, des Serbes.

Que des pataouètes !

On veut des Blancs à Jean-Jo.

- Et c'est nous, les Blancs ? Depuis quand on est Blancs, nous ? - Ben oui, oui !

Je vais y aller.

- Salut. - Salut.

Sortez, les enfants. Sortez !

Il n'y a plus personne là-dedans ?

M. Bensallah. Il est resté à l'intérieur.

Avec ces putains de travaux de sécurisation, on peut pas rentrer.

Faudrait une meule et un disque. On a le disque mais on n'a plus la meule.

Attendez. Il faut passer par le haut et redescendre dans la bâtiment central.

- Il n'y a pas une échelle ? - On en avait mais on n'en a plus.

- Il s'est fait mal à la jambe. - Comment on fait ?

Vous les nouez.

Ne vous inquiétez pas pour les apprenants.

Je vais monter une cellule psychologique. Je vais les rassurer.

- En tous cas, bravo. - Merci.

- C'est vrai que sans vous, je sais pas comment... - Tu peux me tutoyer. Je m'appelle Nawel.

Ben tu vois, si t'as réussis à sauver Bensallah, c'est parce que t'as enlevé ton voile et que tu l'as transformé en corde.

- Faut se libérer de la religion. - T'es con. C'est l'inverse. C'est parce que je portais le voile qu'on a pu le redescendre.

- C'est dieu qui nous l'a mis à disposition. - Dieu ?

Les voiles sont fabriqués en Chine. C'est pour ça qu'ils sont solides.

Pardon, c'est surtout grâce à tes talents de varappeuse. Et les cours d'escalade, c'est la mairie de Bagnolet depuis 1978 !

- Donc merci la mairie de Bagnolet. - Oui, c'est ça. Doucement, parce que ça, c'est un coup monté de la mairie de Bagnolet.

Tu sais, moi aussi, je crois en quelque chose.

- Ah oui, en quoi ? - En toi.

J'ai que toi, en fait.

Les enfants et toi.

Si tu meurs, je meurs en toi.

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