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J'avais rencontr� Jerry un matin d'hiver
� la fin d'une course solitaire dans les marais.
Cela faisait trois saisons que je vivais en Irlande.
Nous �tions vite tomb�s en sympathie.
� certains moments, nous parlions un peu,
� d'autres, pas du tout.
Qui est ce type ?
Dr. Scully.
Un charmant vieux fou.
C'est lui qui vous soigne, je crois ?
Qui est-ce qui vous a racont� �a ?
Vous faites confiance � un m�decin qui conduit un taxi mauve ?
Aucun des grands sp�cialistes que j'ai vus ne m'a jamais aid�.
Ils ne m'ont jamais fait rire non plus.
Dr. Scully, au moins, me fait rire.
De Jerry, je ne savais � peu pr�s rien.
Et de moi, Jerry ne savait rien.
L'id�al pour une amiti� solide
n�e au hasard d'une rencontre dans la lande.
En sa compagnie, j'oubliais.
J'oubliais tout.
Enfin, l'essentiel.
Nous marchions pendant des heures.
La fatigue abolissait mes souvenirs.
J'avais cherch� refuge dans ce pays
dont souvent, la beaut� serrait les c�urs.
Le mien �tait particuli�rement fragile
et sans doute � cause de sa fragilit� m�me, il ressentait jusqu'� l'angoisse
la beaut� du paysage dont nous pouvions nous croire, Jerry et moi, les rois secrets.
Mais qu'est-ce que vous foutez, bon Dieu ?
Incapables !
Bouffeurs de merde, va !
Qui �tes-vous ?
Montre-toi, petit con, tu verras.
Jerry, restez o� vous �tes.
Restez l�.
Non, Jerry.
Qu'est-ce qui se passe, petit con, tu es mort ?
Non, mais vous avez bless� mon chien, esp�ce de salaud !
Baissez votre fusil.
Allons plut�t chercher le chien de votre ami.
Le petit con qui se permet de tirer les canards pos�s.
Faites attention.
- Vous �tes cingl�. - Oui, rendez-vous utile pour une fois. Prenez �a, allons !
Ce n'est rien. Une �gratignure.
- O� se trouve votre voiture ? - Au bout du chemin.
Bon, allons chez moi.
Aidez-moi � le soulever. Non, pas vous !
Je n'ai aucune confiance en vous. Un, deux, hop !
L�, voil�. Avec �a, �a ira.
Trois, quatre plombs dans le cul, ce n'est pas la mort d'un chien.
- Il s'en remettra. Allez. - Ce n'�tait pas une raison pour lui tirer dessus.
Je ne lui ai pas tir� dessus. J'ai tir� sur ce petit con.
Kean, je m'appelle Kean.
M. Jeremy Kean dont le papa brasse des millions.
Et qui essait de se lib�rer du poids de sa fortune
en se prenant pour un paysan.
Non, je vis exactement comme �a me pla�t.
Qu'est-ce qu'il faut de plus pour �tre heureux ?
Whisky, M. Marchal ?
Whisky, oui.
- Comment savez-vous mon nom ? - M�moire.
Dans la vie, tout est question de m�moire.
En fait, on se conna�t. Je me souviens fort bien de vous, mon cher.
Je croyais avoir une bonne m�moire aussi.
Zagora, le Maroc.
Il y a dix ans. �a ne vous rappelle rien ?
Votre jeep s'est embourb�e dans un oued. Une autre jeep est arriv�e et vous a sorti de l�.
Au volant...
Je me souviens de l'incident, mais pas de vous.
Vous �tiez venu, je crois, pour pr�parer un article
sur je-ne-sais-pas-quel faux probl�me du Tiers monde.
Je ne l'ai d'ailleurs jamais lu.
- C'est aussi bien. - Il �tait si mauvais ?
Non, il �tait excellent, mais partial.
- Merci. - M. Kean ?
- Non, merci. - Un Kean qui ne boit pas ? Eh ben alors !
L'Am�rique a vraiment r�ussi � vider les Irlandais de leur sang.
Non, un Kean ne boit qu'avec ses amis.
Oh, comme c'est bien dit ! Mes compliments, M. Kean.
Bonjour, Jerry Kean.
Ne vous fatiguez pas. Elle ne parle pas.
Oui ?
Bon, eh bien messieurs.
Alors, vous avez fini par rencontrer M. Taubelman ?
Oui.
Ce M. Taubelman, vous savez. Il serait un petit peu juif
que, franchement, �a ne m'�tonnerait pas autrement.
Ses notes, il ne les paie jamais.
Il para�t que c'�tait un criminel nazi pendant la derni�re guerre.
- �a fait beaucoup pour un seul homme. - Oh, mais c'est pas tout.
Sa fille monte � cheval, et toujours toute seule.
D'ailleurs, elle ne parle � personne, vous savez ?
Elle est muette.
C'est ce qu'il pr�tend.
Seamus !
- Margaret Colleen, mon seul amour ! - Vous �tes vraiment immoral, Seamus.
- � votre �ge ! - � mon �ge ?
Je n'ai pas d'�ge. Tout le monde sait �a.
C'est vrai que quand j'�tais jeune, j'�tais s�rieux, vieux,
Aujourd'hui, je me sens jeune et je ne pense qu'� m'amuser.
Je danse, je chante comme � Paris.
Un homme comme vous !
Je n'ai rien de plus que les autres. Si vraiment c'�tait le cas, on le saurait.
Comment allez-vous aujourd'hui ?
- Quand �tiez-vous � Paris ? - Quand il fallait y �tre, mon cher Philippe.
Cinq ans, j'y ai fait la f�te. C'�tait le seul endroit o� un Irlandais pouvait perdre sa virginit�.
� cette �poque-l�, j'entends. D'ailleurs, pour tout vous avouer,
je ne le regrette pas du tout.
- Docteur Scully ! - Pardon Margaret.
Je ne le referai plus. Je vous le promets.
� propos, Philippe,
j'esp�re que vous allez vous d�cider � ne plus contempler votre nombril.
- Le nombril, c'est la mort. - Oui, je sais.
Tina.
Tina.
Comment le trouvez-vous ?
- Comment est-il aujourd'hui ? - Pas tr�s bien.
Quoi ?
Comme il �tait hier. Pas plus, pas moins.
- Il est solide comme un roc. - Mais vous venez de dire...
Mais les rocs ont parfois des failles.
S'il se sent malade, il le sera s�rement.
C'est...
Tina et moi sommes venus prendre des nouvelles de Pack.
Il va mieux, merci. Entrez donc.
Merci.
Vous avez d�jeun� ?
Non.
J'ai apport� des b�cassines.
Merci.
Je vous en prie. Asseyez-vous.
Je n'ai pas tr�s bien dormi.
Il y avait du vent et aussi Pack qui g�missait.
Il ne fallait pas qu'il bouge...
...je ne voulais surtout pas que la plaie s'ouvre et qu'il se remette � saigner.
Finalement, quand je me suis endormi, le t�l�phone a sonn�.
Je crois que mes parents n'arriveront jamais � comprendre le d�calage horaire avec New York.
Et alors ?
Sharon arrive.
Sharon ?
C'est ma s�ur.
L�-haut ?
Oui, c'est elle.
Vous ne l'aimez pas ?
Si, bien s�r.
C'est � cause d'elle que vous �tes ici ?
Non.
J'avais d�pass� certaines bornes. On a d�cid� qu'un retour aux sources serait salutaire.
Apr�s tout, c'est ici que le premier Kean est parti pour l'Am�rique au moment de la Grande famine.
Oui, il est parti d'ici pieds-nus et sans un sou, hein ?
En dix ans, il est devenu propri�taire de la compagnie de chemin de fer
...o� il �tait entr� comme cheminot.
Et il est mort centenaire laissant un royaume.
C'est bien �a ?
Eh bien oui. Sauf que ce n'�tait pas les chemins de fer.
- Vous connaissez ma famille ? - Non.
Mais c'est un sch�ma classique.
Aussi classique que votre situation actuelle.
La troisi�me g�n�ration a souvent des probl�mes.
Ces bornes que vous avez d�pass�es...
...c'�tait quoi ?
Une sottise. Un truc stupide.
Et cette sottise...
...vous auriez pu en mourir ?
J'ai rien dit.
Que fait votre s�ur ?
Rien, elle se contente de vivre dans le luxe.
Elle s'est offert une altesse royale et elle est devenue princesse de Hanovre.
Et la famille l'envoie...
...pour juger des effets purificateurs de l'air irlandais ?
Non, je ne crois pas.
C'est son mari qui r�clame sans doute sa pr�sence.
Et venir ici s'occuper de moi est son meilleur alibi pour ne pas s'occuper de lui.
Quand est-ce qu'elle arrive ?
Demain � Shannon.
Est-ce que je vous offre un verre ? - Oui.
Pourquoi pas ?
Je l'ai vid�e cette nuit.
Allons au pub !
Bonjour.
Bonjour, Messieurs.
M. Kean, �a fait une �ternit�. Vous prenez un verre avec nous ?
Bien s�r, Billy.
�M. Kean, �a fait une �ternit�. Vous prenez un verre avec nous ?�
Vous employez le mot �p�dale�, M. Kean ?
Vous �tes jaloux, Taubelman ?
Oh, je suis fou de jalousie.
Fous-leur la paix.
Eh bien soit.
Je laisse nos ch�res petites f�es en paix.
C'est vrai, mes chers amis,
laissons les petites f�es d'Angleterre vivre en paix en Irlande.
Et laissez les Irlandais et les Anglais r�gler leurs probl�mes eux-m�mes.
M�me sur les champs de course ?
Surtout sur les champs de course.
M�me pour le derby ?
J'ai gagn� le derby. - Je sais, j'y �tais.
J'ai admir� la fa�on dont est tomb�e votre cravache juste avant l'arriv�e.
Comme par hasard, elle est tomb�e sous les sabots du cheval anglais.
�a l'a oblig� � faire un �carts.
Quel coup de chance !
Bonjour tout le monde ! - Voil� le docteur.
Sean...
Sean...
...c'est un plaisir de vous voir grandir en force et en sobri�t�.
C'est s�r, docteur. Je fais tout ce que je peux, vous savez.
Je salue l'effort. Continuez.
Bonjour.
Il est saoul. - Ne vous excusez pas.
C'est inutile, M. Lynch.
Je vous ai d�j� tout excus�. Vous mettrez tout �a sur mon compte.
Votre compte ?
Je ne suis quand m�me pas assez stupide pour vous faire cr�dit !
Je vois que M. Marchal a d�j� eu le bon go�t de pr�senter...
...notre jeune milliardaire au Dr. Scully.
Un vrai Kean revient toujours vers ses origines.
Je suppose qu'on ne vous verra pas demain matin ?
Vous serez � l'a�roport pour chercher la princesse votre s�ur.
Je serai ravi de la revoir.
J'ai des choses � lui dire qui l'int�resseront, je crois.
Sean, � la maison.
La t�l�phoniste du bureau est un ange.
Elle s'int�resse personnellement � tous nos coups de fil.
M�me M. Taubelman profite de sa gentillesse.
Jerry.
O� est Mme Li ? Elle est toujours en train de tra�ner.
Elle passe la douane.
Permettez.
Non, laissez-moi faire.
J'en ai pour deux minutes. - Alors il y en a pour deux heures.
Elle vient pour six mois.
O� que ce soit, elle n'est jamais rest�e six mois.
Je veux la suite de devant avec les grands balcons.
D�sole, Madame.
C'est la suite n� 8 et elle est r�serv�e.
Par qui ?
M. Henry Ford.
Aucun probl�me.
Vous direz que c'est pour moi.
La princesse de Hanovre.
Range bien tout, Mme Li.
Je t'appellerai demain.
Excusez-moi, Madame, mais vous ne restez pas l� ce soir ?
Hors de question.
J'ai horreur des palaces.
Mais votre femme de chambre ?
Elle les adore.
Donnez-lui le n�8.
Celle-ci.
Allons-y, Jerry.
Tout ce dont j'ai r�v� toute ma vie.
Tu essayes un nouvel accent ?
Merveilleux.
C'est si simple, si rustique, si...
Si �cologique ?
Je suis ravie.
Jerry, on va �tre tr�s bien ici tous les deux.
Je ne sais comment vous remercier, cher Monsieur...
Philippe Marchal.
Marchal. Nous nous reverrons, j'esp�re.
Tu sais, Philippe d�ne avec nous. - Eh bien, tant mieux.
Il y a m�me les anc�tres.
Est-ce que Jerry vous a dit que le Vieux a descendu un homme � Denver ?
Tu nous mets un peu de musique, Jerry ?
Pas de musique, ici. Pas d'�lectricit�.
Tu veux dire que tu n'as pas de frigidaire ? - Pas de frigo.
Alors comment fais-tu pour la vodka ?
Pas de vodka.
Jerry...
...je trouve que les parents exag�rent un peu avec toi.
Tu me passes un de tes jeans ?
Oui, dans la chambre.
Jerry. - Oui ?
Tu as du feu ?
Il y a des allumettes sur la table.
Ah, oui.
Merci.
Bon, il nous faut de la vodka.
J'y vais.
Vous me pr�tez la voiture, Philippe ?
Oui, bien s�r.
Oui, ils sont vraiment tr�s beaux.
Quoi ? - Vos seins.
Fermes, ronds.
Vraiment tr�s sympathiques.
Je vous interdis... - Dans ce cas-l�, il ne fallait pas me les montrer.
�coutez...
Quand on traite quelqu'un comme une chaise,
on court toujours le risque de s'asseoir � c�t�.
Je suis d�sol�e.
Non, vous ne l'�tes pas.
Un petit peu vex�e, tout au plus.
Vous �tes l'ami de Jerry ?
Nous chassons ensemble.
Vous veillez sur lui ?
Vous ne croyez pas qu'il est assez grand pour veiller sur lui-m�me ?
Je sais que non.
� vrai dire, avant mon mariage avec Fr�d�ric-Charles, c'est moi qui veillait sur lui.
Mon petit fr�re, c'est mon b�b�.
Mon copain.
Je lui ai appris des tas de choses.
� dire merde.
� voler dans le magasins.
Et m�me � se masturber.
La vie, quoi.
Je lui ai montr�...
...son premier sexe f�minin.
Le mien.
Son plus joli cadeau de no�l.
Seulement,
ce cadeau-l�, voyez-vous, on a beau l'ouvrir,
on ne sait jamais ce qu'il y a dedans.
Cela dit,
si j'avais �t� pr�s de lui,
il ne se serait pas mis � fumer,
et rien ne serait arriv�.
Qu'est-ce qui est arriv� ?
Une sottise. Un truc stupide.
Vous �tes bien sa s�ur.
Pourquoi dites-vous �a ?
Vous avez les m�mes d�robades.
Derni�res nouvelles.
Il pleut, pour changer. - Qui est ce type ?
C'est le type qui a bless� mon chien.
Il �tait au pub quand j'ai achet� la vodka.
De la russe ?
Tu veux rire ?
De l'irlandaise, et fabriqu�e sans doute ce matin.
N'importe qui est capable de fabriquer de la vodka.
Je vous parie que si on vous bandait les yeux,
vous ne distingueriez pas la Stolichna�a russe de la Viroba polonaise.
Je vous en fais si vous voulez.
Je ne savais pas que tu fr�quentais des barmans, Jerry.
C'est nouveau.
Sharon, arr�te.
Je vais chercher des verres.
Si la vodka r�gionale vous fait peur,
j'ai tout ce qu'il faut pour l'am�liorer.
Je vous ai apport� de la glace, des citrons verts, du poivre rouge,
de la glyc�rine.
Par bont� d'�me, j'ai donn� la recette � un brave fabricant du Pir�e, en Gr�ce.
Naturellement, c'est lui qui a fait fortune.
Ce Grec est devenu m�c�ne.
Il a propos� � la France...
Vous savez, le gouvernement fran�ais est toujours en difficult�.
Excusez-moi, c'est la diff�rence de temp�rature.
Donc aux Fran�ais qui sont toujours en difficult�,
il a propos� de racheter la V�nus de Milo.
Figurez-vous qu'ils n'ont m�me pas eu l'�l�mentaire courtoisie...
...de daigner r�pondre � son offre.
Extraordinairement petite vessie, ton copain.
Pourquoi l'as-tu invit� ?
Il s'est invit� tout seul.
�a va mieux.
Ce sont des choses qui arrivent.
C'est curieux de vous voir ici apr�s si longtemps, princesse.
Je ne crois pas vous avoir jamais vu.
Peut-�tre au Maroc. - Non, non.
Au Maroc, c'est vous.
Non, c'�tait il y a cinq ans � Venise.
Un bal masqu� chez ce...
...Enrique Schoelberg...
...cet Allemand vaguement chilien...
...qui a fait fortune...
...au caca de guano.
Vraiment ?
Rappellez-moi votre nom, d�j� ?
Taubelman.
Il y a peu de chance que j'arrive jamais � retenir un tel nom.
Je pense que Fr�d�ric-Charles se rappelle.
Mon mari ?
Je viens.
Je m'en vais aussi.
On va chasser demain, Jerry ?
Oui, essayons Corofin.
Je viendrai aussi.
Enfin on verra, si demain j'ai pas trop la gueule de bois.
Elle n'a jamais la gueule de bois.
Je vieillis.
Je l'entends dire �a depuis qu'elle a quinze ans.
Oui, et j'en ai presque trente.
Est-ce que �a changerait quelque chose...
...si je vous disais que vous �tes belle ?
Jerry, ton copain est gentil.
Je sens qu'on va vivre.
Quelle est donc la fille qui lui a fait faire ce...
...ce fameux truc stupide ?
Une petite Iranienne.
Ils fumaient de l'opium ensemble et un soir, la maison a pris feu.
Elle n'a pas voulu bouger. Lui s'est jet� par la fen�tre au dernier moment.
Vous avez vu sa cicatrice � la jambe ?
Votre fr�re n'a pas tellement l'habitude de me montrer ses jambes.
Et j'imagine qu'il n'aime pas beaucoup parler de cette histoire !?
Il se reproche de n'avoir pas sauv� la fille.
Non, plut�t de n'�tre pas mort avec elle.
Comment le savez-vous ?
Vous avez des enfants ?
Oui.
Un peu de vodka ?
D�cid�ment, vous n'aimez pas parler de vous.
Disons qu'il est un peu trop t�t.
Avec moi, il n'est jamais trop t�t.
Souvent, il est trop tard.
Jerry.
Merci.
Anne Taubelman.
Si nous les invitions � la maison, demain soir pour le d�ner ?
- Mais tu d�testes ce type. - Bien s�r.
Mais il est fascinant de voir une orchid�e fleurir sur un tas de fumier.
Vous vous en chargerez, Philippe ?
Je transmettrai votre invitation.
Jerry,
tu viens ?
M. Taubelman, s'il vous pla�t ?
Avez-vous jamais bross� les cheveux d'une jeune fille ?
Jamais, n'est-ce pas ?
Eh bien alors, vous ne savez rien de la vie.
Prenez un verre. - Non merci.
Je suis juste venu... - Oui, la princesse vous l'a demand�.
Elle veut savoir par quel miracle je connais son prince de mari.
Son Fr�d�ric-Charles.
Toutes les m�mes, ces princesses !
Enfin, elle est � part. Vous savez qu'elle adore se d�shabiller en public !?
Au revoir.
Vous ne supportez pas la v�rit�.
La v�rit� oui, pas la vulgarit�.
Je la connais, notre petite princesse.
Je la connais comme mon sofa.
Tout ce que vous savez d'elle, vous l'avez appris par les potins des journaux.
Ouais.
Mais o� ai-je la t�te ?
Je ne r�alisais pas que vous �tes amoureux d'elle.
Excusez-moi.
Vous �tes stupide, Taubelman.
Vous cr�verez de jalousie quand elle se foutra � poil devant moi.
N'�coute pas, toi. - Au revoir.
Il n'y a pas une autre raison pour que vous soyez venu ?
Sharon et Jerry vous invitait � d�ner demain soir...
avec Anne.
Merci, je viendrai.
Mais Anne ne sort jamais.
Vous lui d�fendez ?
Anne ne sort jamais.
La derni�re fois que j'ai mang� autant d'hu�tres �tait � New York.
J'�tais en prison, figurez-vous.
Et tout le monde m'en apportait.
C'est vrai.
Oh merde, je me suis coup� en mangeant ces machins-l�.
J'ai eu la visite des flics, j'ai vu les journalistes,
j'ai vu le maire de New York,
et j'ai m�me vu pendant dix minutes le gouverneur de l'�tat.
Pour moi, on vidait tout New York de ses hu�tres.
Vous vous rendez pas comte, un gosse de seize ans derri�re des barreaux.
Je ne voudrais surtout pas �tre indiscret, mais que faisiez-vous en prison ?
M. Kean,
quand j'�tait jeune, je n'avais pas un papa pour me prot�ger avec un matelas de dollars.
Je suis arriv� � New York un dimanche matin.
Je voyageais sans billet sur un cargo.
Tout avait l'air d�sert, mort.
En Am�rique, m�me les rats prennent leur dimanche.
Sur les quais, je me suis trouv� face � un berger allemand, un vrai molosse.
Tout vilain, il d�goulinait des gouttes de bave. Affreux !
Je le regardais. Il est venu se faire caresser.
Je lui ai dit de se coucher.
Couch� !
Couch� !
Et il s'est couch�.
Les flics derri�re lui n'en revenaient pas.
C'est vrai, ces chiens-l� sont dress�s � bouffer des types comme moi.
J'avais seize ans � l'�poque et j'�tais tout mince.
�a vous surprend, mais j'�tais comme une fl�te.
Au poste, le chien n'a pas voulu se s�parer de moi.
� ce moment-l�,
un journaliste est arriv�. Vous savez, un de ces rat�s de g�nie.
Une sp�cialit� bien am�ricaine.
Un type bien mais confit dans le gin au vin blanc.
Un certain Yellow Runs...
Non. Roonie, Yellow Roonie.
C'est �a.
� vingt ans, on le prenait pour le premier po�te d'Am�rique, un Ezra Pound.
Enfin, passons.
Yellow Roonie a rapport� l'histoire � son journal.
D�s le lendemain sont venus plein de journalistes et de photographes.
Ils voulaient tout savoir.
Par quel secret, par quel miracle le ph�nom�ne domptait ces molosses ?
Alors j'ai dit...
...�je vous le dirais seulement si vous me donnez de la vodka et des hu�tres�.
Comme toujours � New York, efficacit�.
J'ai eu une montagne d'hu�tres et un tonneau de vodka.
Il a bien fallu que je trouve quelque chose, alors j'ai dit �c'est un don�.
�Il s'agit d'une m�thode absolument personnelle pour dresser les chiens�.
Le jour suivant, je suis sorti de prison...
...parce qu'une vieille folle s'�tait d�p�ch�e de payer ma caution...
...pour que je vienne m'occuper de ses chiens.
Elle en avait une trentaine dans son h�tel particulier � Park Avenue.
Elle �tait compl�tement dingue, la pauvre.
Elle s'appelait...
...Olivia Pennyhurst.
Quel nom avez-vous dit ?
Pennyhurst.
Votre grande-tante.
J'en ai parl� avec Fr�d�ric-Charles la derni�re fois qu'on s'est vus.
Il y a peut-�tre trois-quatre ans de �a.
Vous voulez entrer ?
Entrez.
All� ?
All�, j'aimerais un num�ro en Allemagne f�d�rale.
C'est � Vogelsburg, le 8017.
Huit douzaine d'hu�tres...
...cinq litres de stout...
...pas mal pour un seul homme.
C'est �a. Il y a beaucoup d'attente ?
Tout de suite. Formidable, je ne quitte pas.
- Vous avez cru � son histoire ? - Non.
Mais tout pourrait �tre vrai.
Y compris Yellow Roonie.
Sa biographie a �t� publi�e l'ann�e derni�re.
Il a connu tante Olivia.
�a, c'�tait g�nial.
Ce petit d�tail de la fin.
Comment �a ?
Tout d'un coup,
il sort un petit truc qui a un rapport direct avec l'un d'entre nous,
et toute l'histoire devient vraisemblable.
- All�, Fr�d�ric-Charles - Vous �tes en Allemagne ?
Non, en Irlande. Jerry avait besoin de moi.
Je passe la semaine avec lui.
Vous pourriez peut-�tre passer No�l avec moi ? - J'en meurs d'envie, mon cher.
�coutez, il se passe quelque chose de dr�le ici.
Je viens de souper avec un certain M. Taubelman.
Et il pr�tend vous conna�tre.
Taubelman ?
Peut-�tre, mais il y a longtemps.
Nous avons d� nous croiser pendant la guerre.
Un personnage �norme, n'est-ce pas ?
Il dit vous avoir vu il y a trois ou quatre ans.
Il est toujours mari� avec cette pianiste allemande, Maria...
...Maria Schmitt del Tasso?
Aucune id�e. En tous cas, elle n'est pas avec lui.
Ah non, je me souviens maintenant.
Elle est morte dans un accident d'avion.
T�l�phonez-moi avant votre arriv�e, que je fasse pr�parer votre appartement.
Mais bien s�r. Au revoir, mon cher.
Tiens, j'aurais d� lui dire de venir.
Fr�d�ric-Charles aime tellement les choses simples.
Le matin, il irait � la chasse avec vous,
et il passerait l'apr�s-midi avec son vieil ami Taubelman.
Ainsi ils pourraient parler de Maria,
...Maria Schmitt... - Del Tasso.
Oui, c'est �a. Que jouait-elle ? - Du Schubert.
C'est parfait.
Fr�d�ric-Charles adore Schubert.
Maintenant nous savons que Taubelman existe.
Vous �tes s�re ?
Entrez.
Le d�jeuner est pr�t.
J'arrive, merci.
Le Dr. Scully ne serait pas content s'il savait que vous avez pass� votre nuit au pub.
Je n'�tais pas au pub.
La derni�re fois que j'y suis all�, c'�tait avec lui justement.
Il a bien le droit de faire un petit exc�s de temps � autre...
...parce que cet homme est un saint.
Vous avez Paris dans la cabine. Allez-y.
Merci.
Bonjour, vous savez ce qui est arriv� au petit Michael ?
Ils ont d� l'emmener chez le m�decin.
All�, c'est moi.
Qui y a-t-il ? Tu ne vas pas bien ? - Si, �a va tr�s bien.
Simplement, j'ai r�v� de toi cette nuit et j'avais envie d'entendre ta voix.
C'est vraiment pour �a que tu m'appelles ?
Oui, j'avais simplement envie de t'entendre, c'est tout.
Rien d'autre ? Si tu veux me parler de lui, tu ne peux le faire qu'avec moi.
Quelque fois, j'ai peur de l'oublier, Marthe.
As-tu besoin de moi ? - Non.
Nous avons d�cid� de ne plus nous revoir.
Si tu m'appelles, c'est que tu as besoin de moi.
Tu as peut-�tre raison, oui.
Tu me connais trop bien.
Je suis toujours ta femme.
�a, jamais nous ne pourrons l'effacer.
Veux-tu que je vienne ? - Non.
En es-tu s�r ?
Tu sais que je t'aime.
Alors prends bien soin de toi.
La ligne �tait claire ?
Oui, tout � fait claire, merci.
Bonjour Dr Scully.
Vous n'aurez pas une seule b�cassine du c�t� de Condiegate.
Je vous conseille Tralee.
Sur la plage, il y a des centaines d'oies.
Quand vous �tes pass�, il y avait des centaines d'oies.
Toujours cette vieille logique fran�aise. N'apportez pas le virus du doute ici.
On a bien v�cu sans �a jusqu'� maintenant.
En descendant vers la plage de Tralee,
j'�tais envahi par la certitude presque angoissante...
...que Scully ne nous dirigeait pas l� par le plus pur des hasard.
Certes, il ne savait rien,
mais il devinait tout.
Et aux pauvres aveugles que nous �tions,
d'un mot il indiquait la direction � ne pas manquer.
Ainsi l'intuition de Scully s'appelait Anne.
� qui l'offrait-il ?
� moi, qui ne voulait plus rien saisir ni d�sirer de la vie ?
Ou � Jerry ?
Comment va-t-elle ?
Je ne crois pas que ce soit tr�s grave.
Son c�ur bat normalement.
Vous l'avez renvers�e avec votre voiture ?
Non, elle est tomb�e de cheval.
De cheval ? Un pur-sang ou un demi-sang ?
J'en sais rien et surtout je m'en fous.
Monsieur, vous avez tort. C'est vraiment le jour et la nuit.
O� est-il ? - Qui ?
Le cheval.
Tralee.
Qui s'en occupe ? C'est dangereux de laisser un cheval seul.
�coutez docteur, c'est pas le cheval qui nous int�resse,
mais la jeune fille, Anne.
Ah oui, Anne comment ? - Taubelman.
Taubelman, c'est son mari.
Non, son p�re. Enfin je crois.
Bien, revenez dans l'apr�s-midi.
Et n'oubliez pas le cheval, surtout.
O� est Taubelman ?
Il est � Londres.
Il y a un moyen de le joindre quelque part ?
J'en sais rien.
Allez viens, toi.
Tout doux.
Allez, ma belle.
Bon, je vais prendre quelques affaires pour Anne.
Elle est � l'h�pital.
Elle a fait une chute de cheval.
Les secrets des autres ne m'int�ressaient plus depuis longtemps.
Pourtant, j'�tais troubl� par ce monde baroque et enfantin,
na�f et raffin� dans lequel Anne aimait � se cacher.
Anne �tait une enfant qui dissimulait,
sous des airs pleins de myst�res,
du go�t pour la peinture na�ve et les collages.
C'�tait d�risoire et pourtant, j'en fus touch�.
Anne aimait les m�mes livres que moi.
Eliot,
Martin Eden de Jack London.
Je ne pus m'emp�cher de souligner un passage,
d'adresser un signe...
...� la jeune fille au-del� de son silence.
Clavicule d�mise. Un l�ger traumatisme cr�nien.
Je lui ai donn� des calmants.
Pourquoi ? - Elle a �t� choqu�e.
Au fait, je lui ai demand�e pour le cheval... - Vous perdez votre temps.
Elle ne parle pas de toute fa�on.
Ah, tout s'explique !
Et ce cheval, vous l'avez retrouv� ? - Oui.
Il nous a remerci� avec un grand baiser sur la bouche.
Ah bon ?
Nous avons eu tr�s peur.
Jerry me demandait m�me si votre c�ur battait encore.
Marmay est retrouv�e.
Sean s'en occupe.
Je vous ai apport� quelque affaires que j'ai �t� chercher.
Bien s�r,
on s'est tout de suite dit qu'une chute de cheval n'�tait pas si dangereux que �a.
Mais enfin, l'eau glac�e est un coup � attraper la cr�ve.
Alouette l�g�re,
j'en ai fini de voler.
Anne, vous parlez !?
Ombre fid�le,
j'en ai fini de chanter.
Philippe, elle parle !
C'est formidable, elle parle !
C'est vous qui avez soulign� ces vers, n'est-ce pas ?
Oui.
Je veux voir Anne. Laissez-moi. - Il lui faut un repos complet !
Ils t'ont kidnapp�e ?
Non, ils ne l'ont pas kidnapp�e, ils la soignent. Ils sont l� pour �a.
Je suis le seul qui sache la soigner.
�coutez, vous �tiez parti pour Londres. Ici, on la soigne bien et elle parle.
Elle parle ?
C'est tr�s bon signe, vous savez ?
�a veut dire qu'elle se remet du choc.
Vous ne comprenez rien. Je vous en prie, Madame.
�a fait trois ans qu'elle n'a pas dit un mot.
Alors c'est un miracle.
Il faut vite que j'en aille remercier le Seigneur.
Je vais te ramener � la maison, Anne.
Ces singes ne savent rien faire. Moi je sais te soigner.
C'est du repos... - Elle se reposera � la maison.
Anne, c'est moi.
C'est vous qui avez choisi mes affaires dans ma chambre ?
Oui.
Ce sont celles que j'aurais prises.
Bon, je prends tes affaires. Je te ram�ne.
Allons, on s'en va. Viens.
Je reste.
Revenez me voir demain.
Fr�d�ric-Charles adorerait cette maison.
J'ai envie de l'acheter.
On peut visiter ? - Non, Sharon.
C'est par l�.
Je vous laisse. J'ai horreur des maisons de famille.
Je suis s�re que chaque pi�ce de cette maison a son secret.
Autrefois, cette maison appartenait aux Templer, une famille anglo-irlandaise.
Pas de mauvaises gens. Une seule passion : la chasse � courre.
300 ans de chasses � courre finissent par marquer une famille.
Vers la trentaine, l'a�n� des Templer,
toujours un gar�on,
commen�ait � subir une m�tamorphose.
Les canines poussaient.
La bouche s'amolissait.
Le coin des yeux tombait.
Les oreilles s'allongeaient et se couvraient de poils,
en m�me temps que le langage ressemblait de plus en plus � un aboiement.
Mais c'�tait une famille heureuse...
...que rien depuis 300 ans ne semblait atteindre.
Et cela jusqu'� la Premi�re Guerre mondiale.
Le vieux duc Templer mourut � l'�ge de 80 ans.
Son fils Edward, qui e�t �t� promu � Ivres parce que...
...parce qu'il avait entra�n� � l'assaut sa compagnie en aboyant...
...fut tu� par un �clat de shrapnel.
Et pour la premi�re fois,
l'a�n�e des Templer �tait une fille,
Marie Doroth�e.
Et voici sa chambre.
D�s la fin de la guerre, elle rassembla la meute et conduisit l'�quipage.
C'est alors que son entourage commen�a � noter l'amorce d'une m�tamorphose.
Elle aboyait.
La tare des Templer...
...avait pour la premi�re fois frapp� une femme de la famille.
L'effet �tait d'autant plus saisissant...
...qu'elle �tait vraiment tr�s belle.
Elle avait 30 ans...
...quand un jeune Am�ricain vint habiter le comt� Clare.
Il �tait beau et riche.
Marie Doroth�e en tomba amoureuse mais...
...un beau jour...
...le jeune Am�ricain qui se croyait assez loin d'elle pour ne pas �tre entendu,
confia � un de ses amis que jamais il n'�pouserait
un l�vrier anglais parce que, � la v�rit�,
il n'aimait que les skye terriers.
Marie Doroth�e cravacha le jeune homme.
Le soir m�me, elle prit un revolver et brisa tous les miroirs de la maison.
Quelques semaines plus tard, quand elle apprit que l'Am�ricain s'�tait mari�,
elle lib�ra ses chevaux et ses chiens.
Parfois, les nuits de temp�tes,
on entend encore hurler la meute dans la for�t.
Puis elle fit son testament. Elle l�ga la maison ancestrale � Christopher,
son palefrenier, sourd et muet, et aussi fid�le qu'un chien � une chienne.
Elle fit venir l'innocent aupr�s d'elle dans sa chambre.
Elle se fit prendre par lui � quatre pattes.
Ensuite elle l'arma d'un r�volver.
Christopher la tua...
...comme elle avait elle-m�me tu� ses chiens lorsqu'une incurable maladie les avait frapp�s.
Ceux qui virent son cadavre nu ici �tendu par terre...
...assurent que son visage �tait intact et aussi, qu'elle avait retrouv� son incomparable beaut�.
On ne peut ni r�parer ni vendre cette maison. Elle appartient � Christopher.
Et Christopher est dans un asile depuis toutes ces ann�es.
Sharon, Philippe, o� �tes-vous ?
Je ne suis pas Marie Doroth�e.
Vous ne me faites pas peur.
Mme Li a termin�, Philippe.
Vous pouvez la raccompagner � son h�tel ?
Oui, bien s�r.
Je viens avec vous.
Ne m'attends pas, Jerry baby.
Mais o� allez-vous ?
� votre h�tel.
Mme Li a envie de conna�tre le Connemara.
Ce rideau de pluie cache un autre monde.
Est-ce que je me suis tromp� ?
Absolument pas.
Mme Li, va voir les chambres. Je vais me promener avec M. Marchal.
Vous voyez cette ligne l�-bas sur l'horizon ?
C'est de l� que je viens. - Non.
C'est d'ici que vous venez.
Vous �tes seulement all�e l�-bas faire un tour.
Et je vous attendais ici.
Maintenant, rien ne me manque plus.
Pour combien de temps ? - Un jour, une heure, une minute.
J'ai choisi le temporaire et j'ai �pous� la futilit�.
Demandez-moi pourquoi.
Parce que vous avez peur.
Est-ce que je vous choque ?
Je n'ai plus vingt ans.
Pourquoi �tes-vous venu ici ? Je veux dire ici en Irlande.
Est-ce vraiment important ? - J'aimerais savoir.
Chaque soir quand je m'endors, je ne suis pas tr�s s�r de me r�veiller le lendemain.
Oui, comme dans les m�lodrames.
C'est romantique, mais je doute que �a soit la vraie raison.
Qu'est-ce que je lui ai fait ?
Rien.
Elle ne vous voit m�me pas.
Et vous ?
Vous me voyez ?
Ce soir, tr�s bien.
Est-ce qu'elle va revenir.
Nous n'avons plus d'excuses pour retarder l'in�vitable.
Pourquoi est-ce que je fais tout pour rendre les choses si difficiles ?
Pour vous punir vous-m�me.
Me punir de quoi ?
Qui sait ? D'�tre comme vous �tes.
D'aimer trop souvent et pas tr�s bien.
D'avoir trahi un vieux r�ve.
Mais c'est triste.
Je ne sais pas.
J'aime quand �a dure tr�s longtemps.
Moi aussi.
Bonjour.
� Shannon, il y a un avion pour Hanovre � midi juste.
Si nous partions maintenant, je pourrai �tre avec Fr�d�ric-Charles pour le soir de No�l.
Il y a le d�ner rituel des fermiers.
Ce sera absolument charmant avec le v�t�rinaire, le vieux m�decin, le notaire.
Leurs dames en robe d'organdi.
Il y a des r�v�rences que je ne manquerais pour rien au monde.
J'ai soif des r�v�rences.
Vous ne voulez jamais laisser les choses finir naturellement ?
Surtout pas.
Dans combien de temps serez-vous pr�t ? - Je m'habille.
Je vais manquer mon avion.
J'aime aussi...
...quand �a va tr�s vite.
Moi pas.
Tant pis pour vous.
Nous passons la fronti�re.
Je garderai toujours le souvenir de ce que nous laissons derri�re ce rideau de pluie.
Peut-�tre ne vieillit-on jamais au-del� de ce rideau ?
Peut-�tre m�me y oublie-t-on qu'on peut vieillir.
Vous �tes amer.
C'est d�sagr�able.
Prenez �a.
Mais pourquoi ?
Je ne le prendrais que si vous me dites pourquoi vous me le donnez.
Parce que c'�tait bien.
Qu'est-ce que vous faites ?
Je vous embrasse.
Absolument. - Merci, au revoir.
Ah, Philippe ! - Bonjour, docteur.
Joyeux No�l, mon cher Philippe. - Joyeux No�l, docteur.
O� passerez-vous le r�veillon ?
Comme tout le monde, en famille.
J'ignorais que vous aviez une famille !? - C'est que j'en ai plusieurs.
Vous connaissez la bonne nouvelle ? Anne Taubelman n'est plus � l'h�pital.
Oui je sais. Et m�me, je d�ne ce soir � Dun Mo�ran.
Ah vraiment ? Tiens, tiens. Oh, quelle belle �charpe !
Parfum�e !
C'est bizarre comme on s'attache � certaines choses.
Alors qu'on ne devrait pas.
Bon, joyeux No�l, mon cher Philippe.
Joyeux No�l, docteur.
Bonsoir !
Joyeux No�l. - Joyeux No�l, Jerry.
O� est-ce que je pose �a ? - Sous l'arbre.
Et moi ? - Par terre.
Mais il y a un cadeau pour moi. - Sean, c'est No�l.
On ouvrira les cadeaux tous ensemble.
Oui.
O� sont-ils ?
Taubelman est dans la cuisine.
Il a pass� l'apr�s-midi � nous pr�parer un d�ner russe.
�a ne m'�tonne pas.
Je parie qu'il a �t� aussi chef chez Maxime, non ?
Bien entendu.
Anne s'habille. Elle est l�-haut.
Ils l'ont laiss�e sortir de l'h�pital ?
Sinon, Taubelman aurait tout mis � feu et � sang.
�a va de soi.
Je vais chercher des bougies.
AVENTURE MAROCAINE PAR PHILIPPE MARCHAL.
Je devrais proposer mon aide,
...mais j'ai jamais rien compris � la cuisine russe.
Merci.
Vous ne prenez rien ?
Vous h�sitez encore un peu � parler ?
C'est pour vous que j'ai recommenc� � parler.
Parfois, le langage des signes ne suffit plus.
J'ai bien peur de ne pas pouvoir comprendre ce que vous voulez dire.
Vous savez ?
Je ne crois pas...
...que ce soit seulement le hasard qui vous a conduit sur la plage de Tralee...
...l'autre jour.
Vraiment ?
�a suffit, Sean. Maintenant, asseyez-vous.
Vodka pour tout le monde. Un fleuve de vodka.
Ce soit nous allons d�salt�rer le monde entier.
Sean, merci infiniment.
Vous avez �t� merveilleux.
Et pour vous remercier, je vous offre de l'eau russe.
En russe, �eau� se dit �voda�.
�Vodka�, c'est �petite eau�.
De l'eau ? - De l'eau.
Sean.
Sean va �tre compl�tement raide dans cinq minutes. Ce ne sera m�me pas amusant.
Je ne suis jamais so�l.
J'ai bu plus de whisky que vous n'en avez jamais vu.
La magie �tait rompue.
Tout autour de moi, je voyais les �tres changer de visage.
Anne parlait.
Jerry sortait de sa torpeur r�veuse.
Il riait m�me.
Et de tout ce bonheur, brusquement,
en cette nuit de No�l,
j'avais le sentiment d'�tre exclu.
Il est toujours fascinant et un peu p�nible...
...de voir la vie s'organiser autour de soi...
...en un tableau dont l'on est absent.
Qu'en pensez-vous, Marchal ?
Je pense qu'il est tard.
Je vous raccompagne, Jerry ?
Non merci, je reste.
Tr�s bien. � demain.
J'aime beaucoup votre foulard.
Il y a d'ailleurs longtemps que je l'admire.
Peut-�tre nous connaissons-nous assez bien maintenant...
...pour que vous me disiez comment est la princesse au lit.
Merci pour cette excellente soir�e.
Elle est aussi bien que �a !?
Les semaines avaient pass�.
Jusqu'� cette nuit de No�l,
Jerry n'aurait pas fait un pas sans moi dans les bois ou la lande.
Maintenant, il chassait seul sur les collines.
J'avais retrouv� sans joie ni tristesse une existence solitaire.
Inconsciemment, j'avais pris l'habitude de venir chasser dans des marais obscures...
...o� je n'�tais jamais all� avec Jerry et o� j'avais peu de chance de le rencontrer.
J'esp�rais qu'il �tait heureux.
� moi, il suffisait d'�tre libre.
Et c'est au moment o� je m'y attendais le moins...
...que je rencontrais soudain mon propre visage.
L'espace d'un instant,
je fus tent� de me laisser aller jusqu'au fond d'un d�licieux vertige.
Tina.
Tina.
Bonjour, docteur.
Et dire qu'il y a des gens qui pr�tendent qu'il pleut tout le temps en Irlande !
O� m'avez-vous trouv� ?
Ici, mon cher.
Vous �tes revenu tout seul.
Je ne me souviens pas.
Il semblerait que vous,
qui en toute circonstance �tes si s�r de vous,
si noblement r�sign�,
soudains, vous ayez �prouv� une terrible envie de vivre.
Le petit d�jeuner vous attend.
Au fait,
il y a Mlle Taubelman qui vient vous rendre visite.
Je me demande bien ce qu'elle veut.
Ne vous levez pas, surtout. Vous �tes trop fatigu�.
Moi, j'irai voir ce qu'elle veut.
Mrs. Colleen.
Il vaudrait mieux que j'aille voir �a.
Ch�re Margaret.
Mrs. Colleen...
Philippe, vous voulez bien venir d�ner chez nous ce soir ?
Le Dr. Scully vient aussi.
Et Jerry.
Vous viendrez ?
C'est important ?
Je viendrai.
Il a �t� malade cette nuit. M�me tr�s malade.
Je viendrai.
Merci.
Au revoir.
M. Marchal. - Bonjour.
Qu'est-ce que vous faites comme �a, tout seul au pub ?
Je bois pour oublier.
Pour oublier quoi ?
Bonne question.
T�l�phone. C'est pour vous.
Pour moi ?
Merci.
All� ? - M. Marchal...
...on vous demande d'Allemagne.
D'o� �a ? - Philippe.
Oui ?
C'est moi, Sharon.
All� ? - Oui, j'�coute.
Et si je revenais vous voir ? - Oui !?
Philippe...
...il ne vous est jamais arriv� de vivre une journ�e qui vous paraisse ordinaire...
...et de la trouver belle apr�s coup ? - Oui et vice versa.
Je vous dis que je vais peut-�tre venir et c'est tout ce que vous trouvez � me r�pondre !?
�coutez, Sharon, vous m'appelez au pub.
Et je ne suis pas seul.
Eh bien jetez tous ces gens dehors,
rachetez le pub et restez accroch� au t�l�phone.
Ce n'est pas une mauvaise id�e mais �a risque de prendre un certain temps.
Philippe... - Oui ?
Faisons comme si je n'avais pas appel�.
Au revoir. Je vous embrasse.
Trois reines, Messieurs.
M�me l'Angleterre n'en a jamais eu autant.
Bon, on continue.
Jeune homme, s'il vous pla�t ?
C'est bient�t fini ? Ah, merci infiniment.
Parfait.
Dr. Scully, est-ce que vous aimez le risque ?
Bien s�r.
Chaque fois que je fais un diagnostique, c'est comme si je pariais sur un outsider.
�a doit �tre passionnant pour vos malades !
Ils adorent �a.
Coupez.
Pourquoi pas ?
Anne.
Anne, apporte � boire � ces messieurs, s'il te pla�t ?
Voil�.
Merci.
D'accord, quatre.
Passe.
Docteur ?
J'ouvre de 4 �.
Sans moi.
Bon, j'ouvre de vingt.
Dix...
...et voil� vingt.
M. Marchal ? - Non, sans moi.
Cartes, docteur ? - Oui. Deux, s'il vous pla�t.
Voil� deux cartes.
Pour moi, ce sera une. Voil�.
C'est � vous de jouer, cher docteur.
Vous avez pris une carte ? - Oui, une carte.
Eh bien, disons 20 �. - 20 ?
Anne, sers un verre de whisky au docteur et � nous tous.
Vous dites vingt � ?
Je mets...
...vingt plus dix.
Merci.
Plus dix et je relance de cinquante.
Cinquante ?
Pas que du whisky, Anne. De la bi�re pour Jerry, hein ?
Cinquante...
...et cent.
Allons-y pour cent et apr�s je suis tapis.
Avec trente-cinq de plus. C'est mon maximum.
Je suis trente-cinq...
...pour vous voir, docteur.
J'ai un full au roi par les six.
Un full au roi, c'est s�rement tr�s joli,
...mais c'est loin d'�tre aussi joli qu'un full aux as, non !?
Excusez-moi, mais �a me fait rire.
Le jeu, docteur. Le jeu.
Eh bien...
Cher ami, ce d�ner �tait exquis. Il est tard, donc vous me pardonnerez si...
J'esp�re que vous ne nous quittez pas parce que la chance vous tourne le dos !?
La chance ?
Au revoir, Anne.
Vous savez,
je crois que ce qui me perd, c'est mon incorrigible na�vet�.
J'ai un vieux fond d'optimisme qui me fait croire en l'humanit�.
Je l'avoue, j'esp�rais que Taubelman n'�tait pas comme �a.
Comment ?
Que j'ai contribu� avec mes 300 � � �ponger ses dettes ne me g�ne pas particuli�rement.
Je lui ai donn� volontiers car c'est une crapule assez sympathique.
Mais voyez-vous, qu'il me vole ? Franchement, c'est insultant.
Nous n'avions pas de jeu. - Mais il triche.
Taubelman triche. Vous n'avez pas vu son man�ge avec Anne ?
Elle passait et repassait derri�re nous et en servant � boire,
elle regardait quelles �taient nos cartes et elle s'arrangeait pour le lui faire comprendre.
C'�tait parfaitement clair. Vous n'avez rien vu de tout �a ?
Si, je l'ai vu.
Vous trouvez �a dr�le ?
Pas tellement, non. - Non.
C'est merveilleux. Elle nous quitte � l'instant.
Oh, l'avoir chez nous. L'avoir dans notre modeste atelier.
Elle qui est l'une des dix femmes les mieux habill�es du monde !
Vous voulez sans doute parler de Sharon ? - Nous �tions � Dun Mo�ran quand elle est arriv�e.
Nous lui avons dit que nous vous connaissions. Que nous �tions des amis de Jerry.
Elle est simplement sublime. - Sublime ?
C'est merveilleux. �a me fait tr�s plaisir pour vous.
On y va ? - Oui...
Au revoir, les enfants. - Bye-bye.
Vous en avez appris des choses ce soir.
Oui, c'est vrai.
Vous savez, je suis �merveill� de voir...
...comment les femmes nous replongent toujours dans un �tat de compl�te ing�nuit�.
Vous trouvez �a merveilleux ?
Philippe, il y a une chose que j'aurais d� vous dire.
Sharon est revenue. - Je sais.
Les deux p�dales du pub me l'ont appris.
Vous �tes en col�re ?
Pourquoi ?
Normalement, vous ne les auriez pas trait� de p�dales.
Ah oui, c'est vrai.
Sharon sait toujours ce qu'elle veut
...mais jamais ce dont elle a besoin ou ce qui lui convient le mieux.
Elle m'a parl� de Taubelman.
Elle le d�teste.
Mais elle est parfaitement capable de coucher avec lui...
...juste pour savoir s'il existe vraiment.
J'ai le sentiment que vous avez quelque chose � me dire...
...mais que vous ne savez pas comment faire.
Non.
Si.
Je suis amoureux d'Anne.
Je veux l'�pouser et vivre ici.
Pourquoi pas ?
Qu'est-ce qui vous emp�che de le faire ?
Rien, mais il me faut l'aide de ma s�ur.
J'aurai besoin de l'argent de mon p�re.
Sharon est la seule personne de la famille � qui il ne sait rien refuser.
C'est vous qui avez fait revenir Sharon, n'est-ce pas ?
Il m'arrive de d�tester ma s�ur, Philippe, mais je l'aime.
Quand nous sommes s�par�s,
j'en suis malheureux.
Mais quand nous sommes r�unis... - Vous avez besoin d'elle, Jerry.
Oui, je crois que oui.
�coutez,
je sais que ce ne sont pas mes affaires.
Et j'ai peut-�tre tort de vous dire une chose pareille.
Ne faites pas de sentiment avec elle.
Et vous croyez que c'est bien de faire du sentiment avec Anne ?
Pourquoi dites-vous cela ?
Pour rien.
Est-ce que Taubelman sait que vous voulez �pouser sa fille ?
Oui, elle le lui a dit.
Comment a-t-il r�agi ?
Elle a toujours voulu �lever des chevaux alors il a pens�...
...que le mieux serait de monter un haras pour elle.
Et dans cette affaire, qui apporte l'argent ?
Devinez.
Il dit que cela rendra Anne plus libre par rapport � moi.
Oh, original !
Philippe...
...Taubelman pr�tend que vous avez eu un fils...
...et qu'il est mort dans un accident.
Taubelman parle beaucoup trop.
Surprise, surprise.
C'est moi.
Il me semble que dans ces cas-l�, il faut dire : �Quoi, vous ici ?�.
Quoi, vous ici ?
Je me suis lev�e tr�s t�t. - Bravo.
O� est Mrs. Colleen ? - Je ne sais pas.
Quand je lui ai dit que je vous faisais une visite impromptue,
elle s'est mise � rougir comme une jeune fille qu'on surprend sous sa douche.
Elle a dit qu'elle ne voulait pas nous d�ranger et elle s'est sauv�e.
Oh, quelle horreur !
Je suis contente de vous voir.
Moi aussi.
Si on se mariait ?
Ce n'est pas possible.
J'aime quelqu'un d'autre.
Anne Taubelman ?
Non.
Margaret Colleen.
Une tasse de th�, Mrs. Colleen ?
Princesse, nous esp�rions beaucoup votre visite.
Je suis heureux de vous revoir parmi nous.
Hello, Jerry.
Bonjour. - Bonjour, Jerry.
Eh bien, voil� le plan. - Formidable.
Il y a les �curies et puis on fera un paddock � c�t�.
Ensuite, il ne restera plus qu'� aller voir un avocat pour constituer la soci�t�.
Oui, c'est mon id�e, cette porte coulissante.
Les portes traditionnelles... - O� est Anne ?
Elle est mont�e dans sa chambre.
Elle se repose.
Oh, je ne serai pas longue.
Bonsoir.
Vous savez, c'est difficile de vous voir seule.
Sans votre p�re, je veux dire.
Je suppose que vous voulez savoir si j'aime vraiment Jerry.
Surtout pas.
Jerry vous aime, �a me suffit.
Je crois...
Oui ?
Je crois que j'aimerai Jerry.
Eh bien, tant mieux.
Descendons.
Ils nous attendent. - Descendez.
Je vous rejoins.
Oh la princesse, regarde-la. - Elle est superbe !
Princesse ! - Bonsoir, mes mignons.
Et moi, je ne suis pas votre prince, mes mignons ?
Taubelman, pour une fois cessez d'�tre si vulgaire.
� boire pour tout le monde. - �a fera 15 �, Taubelman.
Pour avoir de l'argent, il faut servir d'abord.
Payez d'abord.
M. le vainqueur du derby, apprenez que je ne suis pas un tricheur, moi !
Je vous comprends, M. Lynch. Vous vendez du whisky, pas votre fille.
Qu'est-ce que vous voulez dire par l� ?
Laissez-le-moi M. Marchal.
J'ai dit � boire pour tout le monde ! - L'argent ?
Il n'y a que �a qui compte pour vous, marchand de bibine !
Tu as mal ?
Je crains que nous ne soyons dans le passage, venez.
Vous vous sentez bien ? - Non, pas exactement.
Hello, Tony. - Bonsoir, Docteur.
Bonsoir, Philippe. Vous avez besoin d'aide ?
Non, tout va bien. Merci.
Patron, si on s'offrait un verre ? - Oui, un verre !
Mais un grand. - Merci, Taubelman.
Je suis content d'�tre d�barrass� de ces tantouses anglaises.
Ils ne buvaient rien, de toute fa�on.
Tu tombes bien, le docteur.
Faites-moi voir �a.
Il n'y a pas �t� de main morte ! Je vais m'occuper de vous.
Je suis tr�s bien. Surtout, n'y touchez pas.
Je vous offre un verre. La tourn�e pour tout le monde, Willie.
J'ai une surprise pour vous, je paie.
Non, c'�tait pour rire.
Musique.
Je suis idiote.
Je me m�le de ce qui ne me regarde plus.
Jerry a trouv� sa famille.
Vous pensez qu'il couche avec Anne ?
Je n'en sais rien. - Moi je le sais et c'est oui.
Triste d�ception. Il n'�tait pas le premier.
Vous n'aimez pas que je parle de �a, hein ?
Mais c'est la vie, mon cher.
Enfin, pour �tre tout � fait franche,
je pense que vous regrettez Anne.
Non. - Vous mentez.
Figurez-vous que je regrette un peu Taubelman.
Vous devriez dormir, maintenant. Allez.
Vous ne m'en voulez pas ?
Si.
Vous savez, j'ai toujours pens� qu'une vraie amiti� entre un homme et une femme
n'�tait possible que s'ils avaient d�j� fait l'amour ensemble,
et qu'ils y ont renonc� ensuite,
une fois pour toutes.
Une fois pour toutes ?
Il peut y avoir des exceptions, bien s�r.
Laissez-moi passer. Il faut absolument que je pr�vienne M. Marchal...
...de ce qu'il vient de se passer.
Ah, Philippe. Venez vite.
Qu'est-ce qu'il y a ? - C'est Anne.
Elle a tent� de se suicider. Elle est � l'h�pital.
Elle vous a demand�.
Vous �tes attendu, M. Marchal.
La jeune fille ne veut voir personne sauf vous.
Vous savez sans doute que M. Taubelman a corrig�...
un infirmier qui voulait l'emp�cher de monter dans sa chambre.
Le jeune M. Kean a essay� d'intervenir mais...
...il a pris des coups, le pauvre.
Est-ce qu'il a �t� bless� ?
Non, Dieu soit lou�.
M. Kean a refus� de quitter l'h�pital.
Il pr�f�re attendre dans le hall d'entr�e.
La police nous a dit qu'on ne pourrait rel�cher M. Taubelman que si...
...quelqu'un venait verser sa caution.
�videmment, nous pourrions payer cette caution tout de suite, mais on ferait peut-�tre mieux...
...de le laisser mijoter un jour ou deux avant de le faire.
Oui, je crois que vous avez raison.
Bon, Philippe, c'est vous qu'elle veut voir. � tout � l'heure.
Entrez.
Pourquoi avez-vous fait �a ?
Je ne sais pas.
Je ne pouvais rien faire d'autre.
Pourquoi est-ce que vous m'avez fait venir ?
� cause de Jerry.
�a vous d�go�te tout d'un coup de l'avoir attir� dans un pi�ge ?
Oui.
Eh bien, dites-lui.
Je ne peux pas.
Faites-le. - Non.
Il ne voudra pas me croire.
Il vous aime.
Et puis, je n'ai pas le courage de lui dire que vous aidez Taubelman � tricher au poker.
Vous vous en �tes aper�u ?
Votre p�re est un escroc.
Je ne sais m�me pas s'il est mon p�re.
Il ne vit que pour moi.
Comment �a ?
Je suis peut-�tre sa fille...
...ou la fille de son fr�re.
Ils ne l'ont su ni l'un ni l'autre.
Mais votre m�re ?
Elle �tait la femme de l'un...
...et la ma�tresse de l'autre
Une artiste.
Elle ne s'inqui�tait pas de ces d�tails.
Quand avez-vous d�couvert tout �a ?
Il y a trois ans.
Il y a trois ans, vous avez cess� de parler ?
J'ai cess� de parler quand j'ai fait l'amour avec lui.
Anne...
...pour quitter un homme...
...il ne suffit pas d'en avoir trouv� un autre. - Je sais.
Vous aimeriez garder Jerry ?
Maintenant, oui.
Eh bien partez avec lui tout de suite.
Allez � Paris ou � Londres.
Et vous, vous nous aiderez ?
Oui.
J'essaierai.
Mais ces histoires que Taubelman raconte...
C'est vrai qu'il m'a rencontr� au Maroc ? - Non.
Il a lu l'article dans le National Geographic.
Mais c'est vrai qu'il est all� dans le sud marocain.
Et � New York ? - Il a �t� � New York.
Et tante Olivia ?
Fr�d�ric-Charles ?
Et Philippe Marchal ?
Quoi, Philippe Marchal ?
Si je m'enfuis avec Jerry...
...et que les ann�es passent...
...et qu'un jour, on se revoit.
Et si je vous dis...
...on s'est connu en Irlande...
...vous vous en souviendrez ?
Oui.
Je m'en souviendrai, oui.
Elle vous attend.
Si vous la voulez toujours,
il y a un a�roport � Shannon.
J'ai cru que vous m'aviez laiss� tomber.
Je sais.
Sean.
O� est Anne ?
Bonjour, patron.
Les flics vous ont bien arrang�. - O� est Anne ?
Partie.
Quoi ? - Elle est partie.
Vous vous foutez de moi, Sean ? - Elle est partie.
Quand ? - Ce matin.
O� est-elle ?
Comment voulez-vous que je le sache ?
C'est une farce.
Vous m'avez fait une blague � votre fa�on pour f�ter mon retour.
Savez-vous o� elle est, vous ? - Non.
Ne me fait pas marcher, Scully. J'ai assez de difficult� comme �a.
Je suis s�r que vous savez o� elle est. - Non, Taubelman.
Vous �tes de beaux salauds. De beaux salauds.
Tout s'arrangeait � merveille.
Nous avions enfin tout pour �tre heureux.
C'est avec ce petit salaud qu'elle est partie.
L'argent ne donne pas ce droit !
Je vomis les milliards de son p�re. Il a des voitures et des yachts, M. Kean.
Les riches n'ont qu'un droit : se cacher, se faire humble.
L'argent, Messieurs, a la dignit� du papier de toilette.
Et ici, rien n'a chang�. Home, sweet home.
44 chambres, 2 salles de bain.
Qu'est-ce que je vous offre, Messieurs ? Un verre ?
44 chambres, 2 salles de bain, mais pas de quoi s'offrir un whisky !
Messieurs, je l�ve mon verre vide � la sant� de mes parents.
Quels qu'ils soient et o� qu'ils soient aujourd'hui.
Un moment de n�gligence et c'est la vie.
D�j� 50 ans de vie, de malheur, de mis�re. La vie, la mort !
Mais d'autres peuvent �tre n�gligents � leur tour.
Ce jeune homme avec ma jeune fille.
Et moi aussi, je peux d�truire en quelques secondes...
...le travail d'une vie.
J'y peux rien. J'ai toujours eu un faible pour les vandales.
Sept ans de malheur, para�t-il.
Sept ans.
Moi j'ai eu 55 ans de malheur !
�a devrait suffire !
Partez !
Laissez-moi seul !
Je vais tout passer par la fen�tre.
Dieu sait pourquoi...
...mais j'ai piti� de vous, Taubelman.
Je n'ai pas besoin de votre piti�.
Partez. La piti�, c'est bon pour les pauvres.
Je suis riche. Je n'ai pas d'argent mais je suis tr�s riche.
Vous voulez que je vous dise ?
Je suis l'homme le plus riche du monde.
Il y a trois jours que je suis ici et il m'en a beaucoup co�t� de ne pas essayer de vous retrouver.
Nous ne nous sommes pas rencontr�s pour rien.
Je le sens.
Je le sens en moi.
Vraiment ?
Ne prenez pas ce ton avec moi, je vous prie.
Vous ne voulez pas savoir pourquoi je suis revenue ?
Vous �tes l� pour aider votre fr�re � �pouser Anne Taubelman.
Il avait besoin d'argent. J'aurais pu le lui envoyer.
Bon.
Alors vous vouliez vous assurer qu'elle l'aimait r�ellement.
Que ce n'�tait pas un pi�ge.
C'est un pi�ge, Philippe. Elle ne l'aime pas.
Mais Jerry l'aime, lui. Il faut qu'il aille jusqu'au bout.
Alors vous n'�tes pas revenue pour aider votre fr�re !?
Ne faites pas semblant de ne rien comprendre.
Est-ce que...
...est-ce que vous essayez de me faire comprendre que vous m'aimez ?
Je vous en prie, ne vous flattez pas.
La seule personne que j'aime, c'est moi.
Alors ?
Alors derri�re votre rideau de pluie,
la vie a surgi l� o� personne ne l'attendait.
Partons, je n'ai rien d'autre � vous dire.
Excusez-moi, mais ou vous en avez trop dit, ou bien pas assez.
Un enfant, mon cher.
Il est l� et il vit. Il fallait que je vous en parle.
Il portera le nom des Hanovre et perturbera la g�n�tique de la famille mais je veux le garder.
Voyez-vous, les m�decins m'accordaient peu de chance d'avoir jamais un enfant.
Il n'en est pas question.
C'est � moi d'en d�cider. - Non.
Jamais je n'aurai d'autres enfants, Sharon.
Pourquoi ?
J'ai eu un fils...
...qui est mort.
Je suis vraiment navr�e, Philippe.
J'avoue que je ne sais pas quoi dire. - Alors...
...ne dites surtout rien.
Je suis arriv� ici avec un costume,
un fusil et une paire de bottes,
et en six mois, j'ai accumul� un monceau de souvenirs et d'objets inutiles.
Bien que la science ait fait beaucoup de progr�s,
elle n'a malheureusement pas encore invent� l'homme sans bagage.
M�me la musique ? - Cette musique, oui.
Enfin...
...vous �tes en train de fabriquer un homme nouveau,
jeune, fort et plein de sant�.
Alors...
Cessez de faire peser sur les autres l'ombre de ceux que vous n'arrivez pas � enterrer.
Je ne vous ai jamais parl� de mon fils ?
Mais voyons, vous en parlez sans arr�t.
Qui �tes-vous pour dire aux autres ce qu'ils peuvent endurer ?
Le destin, quoi d'autre ?
Vous aussi ? D�cid�ment, �a devient une manie.
M. Taubelman a d�truit tout ce qu'il y avait � Dun Mo�ran.
Il a bien fait. C'�tait tr�s laid.
�a fait quatre jours qu'il n'est pas sorti de chez lui.
Et...
...on lui glisse son courrier sous la porte.
Ce ne sont que des factures, remarquez.
Oh, on dirait qu'il y a le feu. Regardez !
Mais c'est Dun Mo�ran !
On voit les flammes par-dessus la for�t.
Taubelman est peut-�tre pris dans l'incendie.
�a m'�tonnerait. Pensez, la prime d'assurance, qui est-ce qui la toucherait ?
Ch�re Margaret, allons voir �a.
Passez-moi l'autre seau.
Aidez-moi � faire sortir les chevaux ! Vite !
Allez, allez !
Magnifique, n'est-ce pas ?
C'est l'apocalypse. La fin du monde.
Vous �tes vraiment fou, Taubelman.
C'est par le feu que tout a commenc�, c'est par le feu que tout finira.
Le feu est la beaut� m�me !
Vous n'avez pas le droit de faire �a ! Vous n'avez pas le droit !
Qu'est-ce qui te prend ? - Les chevaux sont sacr�s. Pourquoi faire ?
On a rien � foutre des chevaux. Qu'ils br�lent !
Sean, je te donne la derni�re chance. Sean !
Je m'en vais. Monsieur s'en va.
Fous le camp !
Sentimental abruti !
Anne. - J'ai pas pu.
J'ai pas pu te quitter.
C'est l'amour.
Vous appelez �a l'amour ?
Nous ne saurons jamais ce qu'ils y mettent l'un et l'autre.
O� vont-ils maintenant porter l'enfer de leurs vies ?
Hello.
Je rentrerai quand je le voudrai ! - Hello.
C'est gentil de venir me dire au revoir.
Au revoir ? - Nous partons dans une heure.
Moi pour l'Allemagne et Jerry pour New York. - Il n'en est pas question.
Cette fois, c'est moi qui d�cide de rester ici. - Non, pas du tout, ch�ri.
La famille a d�cid� que tu retournais en Am�rique. Tu retournes en Am�rique.
Je te le r�p�te : c'est moi qui d�cide o� et quand j'irai.
Eh bien il s'est pass� que notre Jerry n'�tait pas � la hauteur de la situation.
Jerry !
En fait, ce qu'ils s'est pass�,
c'est qu'il n'y a plus de �Jerry baby�.
Est-ce que tu comprends �a ?
C'est clair ?
Qu'est-ce qui est arriv� ?
Justement, rien.
Pas d'enfant, pas de miracle.
Fr�d�ric-Charles pourra l�guer son ch�teau � ses papillons.
Il n'y aura pas de petit prince.
Je suis navr�.
Pas un peu soulag� ?
Non.
Qu'est-ce que vous allez faire ? - M�me chose.
Comme avant.
Ce pour quoi je suis faite.
Quoi donc ?
Vous savez bien.
Le temporaire...
et le futile.
Dommage.
J'y avais vraiment cru, cette fois-ci.
Au revoir, Philippe.
Au revoir, Sharon.
Vous parlez !?
J'allais quitter l'Irlande � jamais.
J'avais choisi de retrouver la vie.
Les autres, les responsabilit�s.
J'avais craint que Jerry ne soit malheureux d'avoir perdu Anne.
Il s'en consolait avec l'exp�rience inn�e...
...et la l�g�ret� de la jeunesse.
Il avait toute la vie devant lui.
Vous croyez que je me cache en restant ici ?
Non, au contraire.
Vos racines sont ici.
Vous vous affirmez en restant.
Peut-�tre qu'enfin, je suis chez moi.
Je crois que vous avez raison. �lever des chevaux,
...c'est une excellente d�cision pour vous.
C'est un commencement.
Eh bien, docteur...
...nous nous voyons peut-�tre pour la derni�re fois.
Oh, il ne faut jurer de rien.
Vous voil� en bonne sant�, Philippe.
Attention.
Et surtout, ne m'envoyez pas de carte postale.
Mon cher ami,
adieu.
Bon commencement.
Jerry...
...vous savez, franchement, je crois que j'en ai assez,
de voir prendre ce pays qui est le mien et le v�tre aussi...
...pour le cimeti�re des �l�phants.
Que voulez-vous dire ?
On dit que quand l'�l�phant sent venir sa derni�re heure,
quand sa mort est proche, il s'�loigne des siens.
Il plonge dans la for�t. Il recherche la piste du cimeti�re.
Et seule la b�te dont la fin est proche en trouve le chemin.
Mais l'homme qui essaie d'aller au-devant de sa mort,
s'�gare dans les m�andres comme dans un vaste labyrinthe.
� celui-l�, l'Irlande, fille au grand c�ur,
saura toujours offrir un d�cor fascinant.
Voulez-vous me rendre un service ? - Bien s�r.
Je me sens un peu fatigu� de prendre le volant. Vous ne voulez pas conduire � ma place ?
Pour rendre service ? Docteur, ce sera pour moi un plaisir et un honneur.
Merci, Jerry.
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