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T'es con. Tu le savais, que tu recevrais cette lettre.
Les trois jours sont passés.
Ça fait 3-4 ans. Tu aurais pu trouver un psy
pour te faire un dossier béton.
- Viens pas pleurer, maintenant. - Arrête. Il est con, il est con.
On va pas l'enfoncer. Il faut qu'on trouve une solution.
- Moi, j'ai peut-être une idée. - Ben vas-y.
C'est un pote de Saint-Étienne qui m'a expliqué.
Il faut se droguer. C'est le seul problème. À l'héroïne.
Non mais attends... Tu me vois, moi, me shooter ?
Ça va. Tu es pas obligé de te shooter.
L'héroïne, ça peut se sniffer.
Il s'y connaît, François.
Ben ouais, son père est dealer.
Tu dis être prêt à tout, mais tu as déjà peur.
Fais-toi chier une semaine et tu gagnes un an.
Tu prends de l'héroïne, et tu arrives défoncé.
De toute façon, ça se voit vite.
Ils vont d'abord te faire remplir une sorte de questionnaire.
Tu mets que tu as des problèmes, que tu te drogues...
À la prise de sang, ils verront que c'est vrai.
Ensuite, tu vas passer devant le psy.
Quand il te demande comment tu te paies tes doses,
tu lui dis, sans en faire des tonnes, très timidement,
que tu vends un peu, à droite, à gauche.
Et là, je te jure que les mecs vont te foutre dehors.
C'est obligé.
Ils ne vont pas incorporer un dealer !
Ou alors, ils appellent la police.
Non. Je ne crois pas, ça...
Tu "crois pas", ou tu es sûr ?
- Je crois pas. - C'est n'importe quoi.
Vous êtes des gamins.
La drogue, ça s'apprend pas en deux jours.
Il connaît pas. Nous non plus.
Il y a des endroits où ça s'achète, des doses, des rues spécialisées...
Même s'il en a dans le sang, le psy verra qu'il veut l'entuber.
C'est pas des imbéciles, ces mecs-là.
Regarde. Combien ça coûte, un gramme de coke, à Paris ?
Bon ben alors, tu vois ?
On en revient toujours au psychiatre. Vous en connaissez pas un ?
Nous, on connaît plutôt leurs clients.
Fais l'armée. Ça te fera du bien. T'as vu comment t'es fait ?
Tu as l'exemple de ton cousin.
Il a fait l'idiot, il s'est retrouvé avec le pire.
Oui. Dans l'infanterie de marine.
Un an, c'est quoi, franchement ?
Tu es maigre, tu fais pas de sport, tu prends pas l'air.
Au fond, ça serait très bien.
Le service militaire, ça dure combien de temps, maintenant ? 10 mois ?
Dis pas n'importe quoi, maman, s'il te plaît.
Avec tes diplômes, tu pourras demander à devenir sous-officier.
C'est bien, d'apprendre à commander.
Et puis, si tu deviens conservateur,
même dans un tout petit musée,
il faut savoir diriger son monde.
Arrêtez, s'il vous plaît.
Vous savez pas ce que c'est.
Avec qui je vais vivre pendant un an ?
Ça va être une horreur.
Être étudiant, déjà, ça la fout mal.
S'ils savent que c'est en histoire de l'art, je passerai pour un pédé.
Je peux passer un an avec ces types-là.
J'ai pas le temps !
J'ai un programme bien établi.
J'ai mon mémoire à terminer. J'ai mes exposés, mes examens...
J'ai passé du temps dans les musées,
c'est pas pour perdre mes contacts pour ça, pour l'armée !
- T'énerve pas, Benoît. - Je m'énerve pas.
On est d'accord avec toi !
Il faut que tu fasses attention à pas risquer beaucoup plus que 10 mois.
On veut pas que tu souffres.
On préférerait te voir dans un musée, ou à la fac en train de travailler,
plutôt que de te voir faire des pompes à l'armée. Ça, oui !
Vous êtes sûrs que vous connaissez pas un psychiatre, en réfléchissant ?
Un collègue avec une femme médecin,
un camarade d'école ou un parent d'élève, quelqu'un...
Non, non...
Et puis, en trouver un en une semaine,
qui accepte de faire cette fausse lettre pour un inconnu ?
- Ça va pas être facile. - Non, malheureusement.
J'ai trouvé votre nom dans le minitel.
Dans le minitel ?
Dans le minitel.
Bon. Je vous le répète. Je ne peux pas vous faire de lettre.
Ça ne se passe pas comme ça. Je ne veux pas perdre ma place.
Simplement, si vous voulez avoir une chance,
ne vous empêchez pas de dormir,
et ne "buvez pas comme un trou", comme vous me l'avez suggéré.
C'est exactement le type de cliché, excusez-moi, de connerie,
qui va vous amener là où vous ne voulez pas aller.
Vos amis vous l'ont conseillé,
mais ça a très peu de chances de réussir, vous savez.
Les malades soignés en psychiatrie n'ont pas des têtes de zombies.
Ils sont sous antidépresseurs, sous calmants, sous somnifères.
Ils ont plutôt des joues de bébé. Vous comprenez ?
Bon. Alors... Là-bas... Écoutez bien, c'est très important.
Vous ne devez surtout pas mentir au psychiatre.
Si vous mentez, il le verra tout de suite.
Ce qu'il faut, c'est que vous exagériez les problèmes
que vous pouvez avoir,
ou que vous avez eu. Mais ne surtout pas en inventer.
Vous allez dire que vous êtes en dépression.
Vous êtes en traitement pour une dépression nerveuse.
Ensuite seulement, votre médecin entamera une psychothérapie.
Ça, seuls les vrais malades peuvent en parler.
Pour la dépression, vous allez prendre tout ça.
Ça va vous mettre dans un état, disons... Intéressant.
Ça va vous aider. N'ayez pas peur.
Ça, le Rohypnol,
c'est un hypnotique.
Pas un somnifère.
Ça veut dire que ça vous endort tout de suite.
Vous devez prendre ça au lit, pas dans le métro. Vous comprenez ?
D'accord.
Pour le reste, vous suivez l'ordonnance.
Présentez-la au psychiatre de l'armée s'il vous la demande.
Mais je ne peux pas faire plus. C'est déjà beaucoup.
Vous me devez 400 francs.
Je vous souhaite bonne chance.
Ici, l'objet sacré exposé, c'est le corps de Marie lui-même.
Son corps fécond.
Et regardez bien.
Par le truchement de sa robe,
Marie devient un autre tabernacle dans le tabernacle.
Celui qui s'entrouvre sur le sacré par excellence,
c'est-à-dire sur la vie du Christ.
Cette ligne sinueuse, délicate,
est soulignée, indiquée par sa main-même.
Cet écho, cette sorte de mise en abyme,
entre ces ouvertures, entre l'ouverture du tabernacle baldaquin,
l'ouverture suggérée dans le tissu
sous le poids et le volume de l'enfant,
et enfin, l'ouverture, certainement fantasmée,
sur le corps de la femme, c'est ça, l'invention extraordinaire.
- Alors, ça approche ? - Encore deux jours.
L'invention, qui est respectueuse du dogme,
et qui est extraordinairement audacieuse.
Allez !
Dépêchons, dépêchons !
Allez, ça traîne, ça traîne !
Bien ! Je me présente. Sergent-chef Poiccard.
Je m'occuperai de vous durant votre incorporation.
Vous êtes le groupe n°1.
Alors, rappelez-vous. Groupe n°1, sergent-chef Poiccard.
D'abord, on va manger au réfectoire.
Certains n'ont rien mangé depuis ce matin.
Ensuite, on ira au foyer, où vous trouverez tout un bazar.
Déposez vos bagages dans vos chambres.
Vous suivez la flèche rouge. Allez !
Vous n'avez pas de bagages ?
Je crois que je les ai oubliés dans le RER.
Allez, c'est pas grave.
Dis, toi. J'ai dit la flèche rouge.
- Commence pas à jouer au con. - Excusez-moi, chef.
Allez, hop ! Vous faites passer derrière vous.
Excusez-moi. J'essaie, mais j'y arrive pas.
C'est pas un problème.
Vous repassez demain matin. Ça ira très bien.
C'est par là.
Ce soir, vous dormirez à l'infirmerie.
Non. Je veux dormir avec les autres.
Ne discutez pas. C'est un ordre.
Parfait.
Parfait.
Est-ce que votre médecin vous a donné une lettre pour moi ?
Oui...
Je peux l'avoir ?
Le problème, c'est que j'ai oublié mon sac dans le RER et...
J'ai perdu toutes mes affaires.
Vous me prenez pour un imbécile ?
Non, non... Je vous assure.
Parfait.
Vous allez sortir.
Et ayez la gentillesse de faire rentrer le suivant.
Merci.
Alors ?
Alors, t'as voulu baiser le psy ?
Tu veux tous nous baiser ! Je t'ai repéré.
T'es dans la merde ! J'en ai maté d'autres !
Petit con ! Je vais te dresser, connard !
Bon, les gars.
Le foyer va ouvrir.
Vous pouvez aller aussi à la salle de télévision.
Pour rappel, l'extinction des feux, c'est 22 h 30.
Demain, lever à 5 h 30.
Et il y a le coiffeur.
Bande de cons !
Merde !
Sergent !
C'est pas vrai. Allez, les gars, aidez-moi.
Il va mourir ?
Dis pas de conneries. Aide-moi à l'emmener.
Alors, Clermont, tu veux jouer au con ?
Tu vas voir si tu vas gagner.
Ben voilà. Ça va être bon.
Il a ce qu'il voulait. Le trou du cul.
Regarde-moi ça.
"Et que je me coupe une veine, et je prends des médicaments,
"et que je me fais pousser la barbe..."
Moi, je m'en fous, remarque. T'es un con de cobaye.
Je suis là pour progresser.
Si au moins tu t'étais mis une baïonnette dans le bide...
Tandis que ta petite veine de merde...
Quelle conne ! Tu me piques avec l'aiguille de ce con !
Passe-moi son dossier ! Passe-moi son dossier, merde !
Bonjour.
- Ça va, le bras ? - Ouais.
Finalement, c'est vrai que vous êtes toxicomane ?
Enfin, que...
Oui.
Pourquoi vous me demandez ça ?
Vous savez, je m'en fous...
Je suis appelé comme vous. Alors, si...
Si c'est pour vous faire réformer, je comprends.
Oui.
Est-ce que...
Est-ce que vous êtes homosexuel ?
Non.
Vous avez des rapports homosexuels multiples ?
Oui... Comme...
Comme tout le monde.
Vous n'êtes pas hémophile ?
Vous n'avez pas été transfusé ?
Bon.
J'ai une nouvelle à vous annoncer.
Non...
Non, non...
Qu'est-ce que tu fais là ?
Tu m'as appelé. Tu leur as donné notre numéro de téléphone.
- Moi ? - On était très inquiets.
Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
Rien. Une faiblesse à cause des médicaments de l'armée. Ça va.
Ça m'étonne pas. Le médecin a dit que tu en avais trop pris.
Alors ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Ça s'est mal passé, là-bas ?
Si, ils m'ont exempté. Rassure-toi.
Ah oui ?
C'est formidable. T'as pas l'air content.
T'es pas content ?
Tu nous as pas appelés. Tu devais nous donner des nouvelles.
Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu fais jamais ça.
Excuse-moi,
mais ces trucs, ça rend dingue.
Mais maintenant, ça va.
Rassure-toi.
Je les ai jetés. Tout va mieux.
- C'est sûr ? - Oui, c'est sûr.
Tu veux ton rasoir ?
J'ai eu tellement peur.
Non. T'inquiète pas.
Tout va bien. Je vais sortir, maintenant.
Merci.
Ça va.
Je t'assure.
Bouge pas ! Fais voir tes mains !
Doucement. Descends.
Descends, descends...
Les mains sur le capot !
Votre adresse.
4 boulevard Morland.
75004 Paris.
5e étage, gauche.
Laissez-moi !
Je sais rentrer tout seul !
Vous me faîtes mal ! C'est pas la peine de me pousser !
- Rentre là-dedans ! - Pourquoi vous me poussez comme ça ?
- Pourquoi vous me poussez ? - Allez, rentre là-dedans !
Ferme ta gueule !
- Tu me fais chier ! - Pourquoi vous me poussez ?
- Ras-le-bol des mecs comme toi ! - J'ai rien fait.
Tu fermes ta gueule, sinon, je te mets un coup de latte !
Un coup de latte ? Il y a des lois, ici !
Les lois, c'est nous qui les faisons ! Pas toi !
Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Ferme ta gueule. - "Ferme ta gueule"...
Tu sais ce que ça veut dire ?
Ça va ?
Il m'a éclaté le bras.
Tu as vu comment il m'a poussé ?
J'ai rien fait.
Pourquoi ils t'ont arrêté ?
Ils m'ont arrêté pour rien, je te jure.
Ça fait trois fois, aujourd'hui. Contrôle d'identité.
Et pour rien. Au troisième, je me suis énervé.
Ils ont vu que j'allais pas bien. Moi, je cherchais un plan.
Ils m'ont poussé à bout, ça m'a énervé,
et cet enfoiré m'a amené ici.
Il m'a dit "On te met en cellule". J'ai dit "OK".
Et même en disant "OK", il me pousse violemment.
Quand les flics te disent d'aller en cellule, il faut y aller.
Même là, je me suis calmé, et tout. Enfoirés...
C'est quoi, un "plan" ?
C'est la première fois que tu te fais serrer ?
T'es quoi, toi ? Étudiant ?
- Étudiant en quoi ? - Histoire de l'art.
Histoire de l'art ?
Tu fais quel métier avec histoire de l'art ?
Il faut étudier l'histoire de l'art
pour devenir conservateur de musée, critique, prof, des choses comme ça.
C'est des bons métiers, ça. C'est bien.
Ça paye bien, ça.
Normal.
Un "plan" ?
- Un "plan" ? Tu connais pas ça ? - Non.
Tu te fous de ma gueule ?
Tu sais pas ce que c'est ?
C'est quand tu cherches de la came, quoi.
Tu cherches le mec, la thune, tout ça. "Faire un plan", quoi.
Putain...
Tu m'as fait penser à la came.
Je commençais à oublier.
Désolé.
Mais bon, ça va aller.
Ça va aller.
- Tu attends tes parents ? - Non, pourquoi ?
Ils pourraient venir te chercher, quand même.
Tu es étudiant, non ?
Ça veut pas dire "bébé". Je suis étudiant, pas un bébé.
Je suis adulte.
T'as fait quoi pour être ici, toi ?
Je suis venu chercher ma voiture à la fourrière
et j'ai pas payé.
J'ai pété la barrière et ils sont arrivés.
T'as pété la barrière ?
T'es un ouf, toi !
Ils t'ont arrêté à la barrière ? Tu es là depuis quand ?
Je sais pas quelle heure il est.
Ils font exprès de ne pas me le dire.
L'heure ?
Il est 8 h, là. 8 h passées.
Ben, ça fait...
- 6 heures que je suis là. - Ah, quand même.
On va en avoir pour la nuit.
- T'es pas sorti. Tu vas dormir ici. - Tu crois ?
Ouais, tu vas voir.
Et sans rien à bouffer jusqu'à demain matin.
Si tu as défoncé une barrière, tu restes deux jours.
Oui, tu vas voir.
En plus, ils m'ont confisqué mes médicaments.
Ils ne veulent pas me les donner.
C'est des médicaments pour quoi ?
- Hein ? - C'est pour quoi ?
C'est pour me calmer, en attendant, tu vois...
Quand je ne trouve pas la came, ça me détend.
- Ils l'ont confisquée ? - Ouais, ils m'ont tout pris.
J'en ai demandé avant de rentrer en cellule.
C'est pour ça que je me suis énervé. Ils sont sans scrupules, ces mecs.
- Comment tu t'appelles ? - Omar.
- Moi, c'est Benoît. - Benoît ?
Enchanté.
S'il vous plaît ! Venez !
Messieurs !
Merde !
Bon, maintenant, tu fermes ta gueule, ou c'est moi qui vais te la fermer !
Je suis poli, moi. Donnez-lui ses médicaments.
C'est la moindre des choses. Vous êtes obligés !
Arrête, c'est bon. C'est bon, j'ai l'habitude.
Et puis, il va te péter la tronche.
Assieds-toi, calme-toi. C'est bon.
Des cons pareils, j'en reviens pas ! Tiens. Prends ça, au moins.
- Non, c'est bon. - Tu grelottes. Moi, j'ai chaud.
Merci.
J'ai jamais vu ça. Ils sont incroyables.
Ça va passer.
- Merci. - De quoi ?
D'avoir été cool. Franchement, c'est rare que ça arrive.
- Tu peux m'aider ? - Bien sûr.
Tu aurais 200 balles ? Je te les rends.
- Si tu me crois pas, suis-moi. - Oui, mais je les ai pas sur moi.
Il y a un distributeur à côté.
Ta carte est bouffée et tu te marres. Tu es soit con, soit dans la merde.
- T'as une licence de psycho ? - Non, je suis arabe.
- Combien tu as ? - 100 F.
- Donne-les-moi. Viens avec moi. - Non, il me reste juste 100 francs.
Viens.
Tu vas voir ce que je vais en faire, de ton argent.
C'est bon, il est là.
- Tiens. Omar. - Salut, Jean-Paul.
Je te présente Benoît.
Je t'attendais pas.
Asseyez-vous.
Je vous offre quoi ?
Whisky ?
De toute façon, j'ai que ça.
Non, c'est bon. On a vraiment pas le temps.
Je peux te voir deux minutes ?
- Il peut rester là ? C'est un pote. - Oui, bien sûr.
Tiens. J'ai pas la monnaie.
- Je t'ai prêté 100 F. - C'est bon. Fais pas chier.
C'est une des trois choses que tu peux pas refuser dans la vie.
C'est quoi, les deux autres ?
Le cul et la came !
La came...
Petit veinard, je vais te présenter Hélène.
Tu vas voir, elle est bonne, Hélène !
Et Caroline !
C'est une salope, Caroline !
Dans ton gros nez, je vais te la mettre, Caroline, tu vas voir !
Ali, ça va ?
Tu vas bien ? Ça va ?
Je te présente Benoît.
Va t'asseoir.
- Je t'attends là ? - Oui, tu m'attends là.
Ça va être bon. On l'attend. Il revient dans cinq minutes.
C'est bon, chéri.
Merci.
C'est chez toi, ici ?
Non, c'est chez un copain, André.
C'est lui qui est sur la photo, là.
Je te le présenterai, si tu veux.
- Il fait quoi, comme boulot ? - C'est un écrivain.
Ah ouais ?
Il faut allumer des clopes.
Qu'est-ce qu'il y a ? Ça t'étonne ?
Tu es étonné de voir un Arabe dans le 16e arrondissement ?
Mais non, mais te vexe pas !
Tu devais m'expliquer le truc, Hélène et Caroline...
C'est un truc tout con.
Hélène, c'est l'héroïne, et Caroline, c'est la coke.
Comme ça, tu peux en parler devant tout le monde.
Il y a pas de problèmes.
Même au téléphone.
Ah, oui... C, coke, Caroline... J'ai compris. C'est idiot.
C'est idiot, mais c'est efficace. Ça marche, tu vois.
J'avais pas vu ton tatouage. Il est beau.
C'est quoi ?
C'est mon signe du zodiaque chinois.
Les signes des Chinois sont des animaux. Moi, c'est le serpent.
C'est un truc à moi.
C'est pas un prénom de gonzesse que j'ai mis sur ma poitrine.
Une fois qu'elle t'a quitté, t'as l'air con, avec ton tatouage.
Je serai serpent toute ma vie.
Et ton chiffre...
Ton chiffre, enfin, ton...
Ton signe normal, c'est quoi ?
Tu me crois si tu veux, mais je suis Balance.
C'est vrai, en plus.
T'es une balance ?
Je suis pas une balance, je suis Balance. C'est pas pareil.
Bon, je vais faire la pipe. T'as qu'à me regarder. Comme ça,
tu sauras le faire si tu te retrouves seul. D'accord ?
Tu prends la coke,
tu prends du bicarbonate,
et tu mélanges bien avec le couteau.
Avec le couteau, tu mélanges bien tout ça.
Tu vois ?
Tu mélanges bien avec un couteau.
Merde ! Tu vois, je suis trop speed, là. Putain !
Ah, putain de galère. Attends, bouge pas.
C'est bon.
Tu vois, tu mélanges bien la coke avec le bicarbonate,
et puis tu chauffes.
Tu chauffes et puis, à un moment, ça va devenir
comme le savon, ça va devenir comme de la mousse.
C'est comme quand tu es au bord de la mer. Les vagues, tu vois ?
C'est ça, quoi, en fait.
Et puis, si tu veux...
À un moment, cette mousse...
Cette mousse va devenir...
Ça va devenir comme...
Comme des taches d'huile dans l'eau.
Comme des larmes.
Et en fait, c'est ça, la coke.
C'est les petites taches, parce que, si tu veux...
La coke...
Le bicarbonate et l'eau restent liquides...
Ça reste liquide.
Et donc, là...
Tu prends un petit coin de mouchoir,
tu fais un petit coin,
et tu commences à éponger l'eau, mais sans toucher aux larmes.
Tu mets un peu d'eau pour refroidir la came.
Et là, tu attends une minute,
et tu as obtenu le caillou.
Et là, tu as la coke pure. 100%.
C'est là où tu fais...
Je vais faire un petit trou dans la bouteille,
et comme ça, je passe la pipe.
La bouteille, si les Stups débarquent chez toi,
c'est une bouteille, c'est tout.
C'est une bouteille.
Ça, c'est pas une preuve. C'est pas une preuve.
Avec la bouteille, t'es tranquille.
Il est où, mon...
Et là...
Et là, c'est pour ça que j'ai allumé des clopes,
pour avoir des cendres.
Je veux des cendres.
Pourquoi il me faut les cendres ?
Tu sais pourquoi ? Tu sais pourquoi ?
Pourquoi il me faut des cendres ?
Tu sais pas pourquoi ?
Je mets les cendres sur le goulot de la bouteille. Je les mets dessus.
Tu sais pas pourquoi ?
Non.
C'est parce que...
Ça permet au caillou de pas tomber au fond de la bouteille.
C'est con, hein ? Mais c'est très important.
Si tu as ça...
Tu vois, là, c'est comme qui dirait le moment de vérité.
T'es le sportif, quoi.
C'est bon, il y a le répondeur.
T'es le sportif, quoi.
T'es le karatéka qui se concentre, et là, tu respires bien.
Tu respires bien.
Tu te vides bien les poumons.
Tu te vides.
C'est toi le maître, à ce moment-là. C'est toi qui...
Tu comprends pourquoi je dis qu'il faut être relax ?
C'est que je souffle, je souffle sur les cendres,
sur le caillou, et t'as des mecs qui tiltent à cause de ça.
Ils se mettent à quatre pattes et cherchent le caillou par terre.
Et les mecs ramassent des miettes de pain, et le mec, il fume...
Il fume du pain grillé et s'en rend même pas compte.
Garde bien la fumée.
Putain...
Tu vois, c'est pour ces moments-là que j'attends.
Et puis après, si tu veux, on va aller fumer
de l'héroïne dans de l'alu, avec le haschisch.
Attends, je veux pas faire trop de mélanges.
J'ai pas l'habitude...
Non, mais c'est ça, le secret.
Si tu fumes, tu vas fumer, fumer, fumer.
Et puis, tu vas trembler.
Tu vas te foutre à quatre pattes,
tu vas chercher le caillou par terre.
Tu vas ramasser et fumer des miettes de pain,
tu peux tilter.
Tu peux tilter.
Après, pour redescendre, on va prendre un somnifère.
On va prendre un Rohypnol.
Et ça, c'est un rêve, quoi.
Tu peux rien rêver de meilleur au monde.
Sinon, c'est de la merde. Sinon, c'est de la merde.
Tu peux pas rêver mieux.
C'est que de la merde...
La mort assiège cette scène pyramidale,
et bientôt, elle va y régner.
Sur ordre du prince, elle attaque par le tour,
par la périphérie du pouvoir, si on veut.
Et elle finira
par la cime pensante de cette grande masse de corps,
qui est Sardanapale lui-même,
en arrière-plan, mais central. Superbe.
Notez bien la gamme de couleurs de Delacroix,
qui va de l'or jusqu'au rouge sang.
L'or et la pourpre, c'est la puissance et la gloire.
Mais ça annonce les flammes et le sang. Autrement dit, la mort.
Notez aussi les lignes dans les premiers plans des pourtours.
Ce n'est pas le chaos, bien qu'il s'agisse d'horreur.
Mais quelle harmonie !
Les crinières des chevaux, les cheveux des femmes,
les plis des étoffes.
Essayez d'imaginer les bruits aussi.
Les râles, les cris, les ordres hurlés,
les hennissements des chevaux,
le bruit des sabots sur le marbre, le métal contre le métal.
Et les odeurs.
Tous les parfums d'Orient. Le myrte, l'encens, l'opium, la sueur,
l'odeur du sang, l'odeur de la terreur.
Tous les sens sont mobilisés. Tous nos sens à nous sont mobilisés,
mais dans un affolement contrôlé des rythmes linéaires. Contrôlé.
Et je crois que c'est ça, la puissance de Delacroix.
C'est ça, la puissance de l'art, simplement.
Sardanapale, lui,
au sommet de la pyramide, indéchiffrable,
halluciné, calme.
Tous ses sens, à lui, sont saturés.
Ils ont dépassé le paroxysme,
et il s'est installé dans un au-delà, qui est réservé
aux grands initiés,
aux martyrs, aux fous et aux drogués.
C'est ça, la quintessence du romantisme.
Chaque esthétique et philosophie tient compte de la mort.
Mais le romantisme, lui, n'est pas sage.
Il n'est pas prudent.
Il ne l'attend pas, il la devance.
Il l'accélère ou, au contraire, la ralentit
pour mieux en savourer les phases.
Le romantisme érotise la mort.
C'est ce qu'a bien vu Baudelaire
au double thème Éros et Thanatos.
L'esthétique romantique capte la folle puissance de la mort,
comme une drogue qui, dans les veines,
va dilater à l'infini la capacité de sentir,
de jouir, ou même de contempler.
C'est ce que fait Sardanapale.
Il ne se tue pas.
Il contemple, dans un désir déjà mêlé de nostalgie,
la beauté des corps
et des choses qu'il dérobe à son ennemi.
Il en jouit donc doublement,
dans une perfection totale parce qu'ultime.
Orgie ultime du regard.
Et avec la certitude de la mort,
qui peut se permette de l'acuité de la vue et de tous les sens,
cette jouissance sublime de l'action et de l'inaction.
Excusez-moi, mais j'ai tendance
à penser que l'époque de Byron,
lui qui a choisi d'aller mourir en Grèce pour aider les Grecs
à se libérer des Turcs
parce que la chambre des Lords et l'Angleterre l'ennuyaient,
je tends à croire que cette époque est à nouveau actuelle.
Ouais !
Merci beaucoup.
Voilà le suicidaire.
La cicatrice ! La cicatrice !
Cicatrice ! Cicatrice !
Ça va. C'est bon, allez !
Allez, Benoît, montre-moi ta cicatrice. Je l'ai pas vue.
Ça va. Et ta chatte, tu me la montrerais ?
Pourquoi tu lui dis ça ?
Cécile ?
Cécile !
Cécile !
Cécile !
Il est où, ton téléphone ?
J'ai fait résilier ma ligne.
Ça me coûtait trop cher d'appeler mes parents à Bordeaux.
Maintenant, on a des cartes de téléphone.
Au moins, tu sais ce que tu dépenses.
Arrête tes conneries. Comment je fais pour téléphoner ?
Il y a un téléphone, en bas.
Dans la rue ?
- Allô ? - Allô, Omar ?
- Oui ? - Salut, c'est Benoît.
- Oui, Benoît. Ça va ? - Ça va ?
Dis-moi, est-ce qu'il te reste des...
T'es encore avec Hélène ?
Non, mais j'allais l'appeler, là.
Tu veux la voir ?
Ouais, j'aimerais bien.
Est-ce que je peux passer ?
Passer ?
Non. Écoute, le mieux, c'est qu'on se donne rendez-vous.
Tu vois la rue où on était, dans la voiture ?
Ouais.
Il y a un grand bar qui fait l'angle. On était garés devant.
Toi, tu m'attends là. Et moi, je vais arriver. OK ?
Écoute, Benoît... Moi, je peux pas faire comme la dernière fois.
Il faut que tu amènes un cadeau. Tu comprends ?
Oui, bien sûr.
Combien il te faut ?
Je sais pas. Tu en amènes deux comme je t'ai filé la dernière fois.
Et puis après, on va s'arranger.
Moi, je pars, là.
- À tout de suite, alors. - OK, ciao.
Alors, qu'est-ce que tu fous ?
C'est pas de la musique, c'est du bruit.
On se croit dans une boite de nuit.
Vous voulez parler avec ça ?
Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu as des ennuis ou quoi ?
Oui. J'ai des emmerdements.
Et c'est grave ?
Oui et non.
C'est une histoire de fric. Je dois du fric à un mec.
Et ce mec m'emmerde.
En fait, ce mec, c'est mon propriétaire.
J'ai pas payé mon loyer.
Te prends pas la tête. Il peut rien te faire, il peut pas te virer.
Tu paieras le mois prochain.
C'est mon père qui est caution.
Il va se retourner contre mon père.
Et j'ai pas envie de ça.
J'aurais trop honte.
Si ça se produit qu'une fois, ton père comprendra.
Non, mais c'est pas ça.
Mes parents me donnent l'argent du loyer.
Moi, j'ai tout dépensé, comme un con.
J'ai vu le psychiatre, j'ai eu les médicaments...
Et puis j'étais angoissé, alors j'ai tout claqué comme ça.
C'est lourd, pour eux.
J'ai le loyer du studio, les fringues,
j'ai la bouffe.
Et comme un imbécile, j'ai plus rien.
Ce mec veut 1000 balles tout de suite,
et moi, je les ai pas.
Je peux te filer 150 balles si tu veux.
Ça, c'est super. Combien on est ?
10 ? 12 ?
Si tout le monde pouvait me prêter juste 100 F, juste 100 balles,
ça fait largement le compte.
Écoute, ça va. Ça peut pas attendre 2 ou 3 jours ?
T'es bouché ? Je viens de te le dire !
C'est maintenant qu'il les veut !
Tiens, moi, je peux te passer 100 francs,
mais je peux vraiment pas faire plus.
Mais c'est bien. C'est bien.
- Moi aussi, j'ai 100 balles. - Super.
- Merci. - Tiens, prends-les.
- J'ai que 50 F. Je te les donne. - Oui, super.
- Je peux te passer 10 sacs. - Oui, moi aussi.
Je vais lui apporter ça. Ça va le calmer.
- Tu repasses après ? - Oui, je vais repasser.
Je vous rends ça dans 15 jours.
Je vous promets, dans 15 jours. Pas de problème.
Putain, qu'est-ce qu'ils sont longs !
Il est pas un peu con, lui ? Comment il s'appelle ?
- Qui ? Ali ? - Ouais.
Et toi, t'es pas con ?
T'es qui pour dire ça ?
Tu le connais pas.
Tu sais, Ali m'a raconté sa vie. C'est un film.
Quand il est arrivé en France, à Marseille, il avait 111 F,
de l'eau et un sandwich. Il a passé 3 jours dans un chalutier
avec les sardines.
Casse-toi !
Casse-toi.
Il est arrivé à Marseille,
il y avait 40 chats qui le suivaient partout.
Et plus il courait, plus il y avait de chats.
T'imagines le mec ?
Il veut passer discret devant les flics,
et il y avait des chats partout.
Il faut avoir des couilles pour s'exiler avec 100 balles.
Et un mec comme ça, ça se respecte.
Le voilà.
Tu devrais avoir confiance, depuis le temps.
J'ai confiance. C'est pour ça que je la goûte.
Elle est bonne.
Tu connais pas deux petites Blacks comme ça, pour passer un moment ?
Je vais voir. Il devrait pas y avoir de problème.
- Tu m'appelles. - Sans problème.
Yo.
Dis-moi, Omar...
Comment je pourrais faire pour gagner plein d'argent tout de suite ?
C'est pas compliqué. C'est facile. Mais bon, il y a des risques.
Je m'en fous.
Je peux t'arranger le coup, si tu veux.
Tu peux m'expliquer ?
On va parler business.
- Bouge ! On va parler business. - C'est bon ! Ça va.
Putain, elles sont relou !
Donne-moi au moins ce que tu me dois.
Je t'ai pas payée, toi ?
Toi non plus, je ne t'ai pas payée ?
- Omar, la prochaine fois... - Me fais pas la morale, d'accord ?
Je te paie. C'est moi le client. Elle veut me faire la morale.
Mal placée.
Vas-y, magne ton cul, magne ton cul ! Tiens, prends ton sac.
Merci.
Salut, les filles.
À la prochaine.
Putain, t'as vu ça, les meufs ?
Elles s'incrustent, piquent ta came, et t'as plus rien.
Salopes, va.
- Vas-y, explique-moi tout. - Attends.
Alors, écoute bien.
On va en Hollande.
Là-bas, la came est moins chère.
C'est du genre 200 balles le gramme.
Ici, elle est à 800 ou 1 000.
Avec une brique, on en achète. Ça fait 50 grammes.
50 grammes à 800 balles,
ça fait 40 000 balles.
40 000 balles, on la coupe en quatre.
Ça fait 160 000.
Voilà, 80 000 pour toi, et 80 000 pour moi.
- C'est bien, mais je fais quoi ? - Moi, je fais pratiquement tout.
Moi, je trouve la brique et je fais le plan.
Toi, tu passes la frontière.
Et si tu passes, t'es riche.
Si tu te fais choper, t'es mal, franchement.
Je suis d'accord.
Mais attention, que ce soit bien clair entre nous.
Dans le train, je t'ignore.
Je me mets pas à côté de toi. C'est toi, tout seul.
Toi face à toi-même, on est bien d'accord ?
Si je comprends bien, tu partages l'argent mais pas les risques.
Tu crois quoi, toi ? C'est ça, le business.
Et à l'arrivée, c'est 50-50.
Si tu veux pas, je comprends.
- T'es pas obligé. - D'accord. Je suis d'accord.
- Ça marche ? - Ouais.
Je vais aller pisser. Au moins, je sentirai quelque chose.
Il me faut une brique, quoi.
Tiens. Pour le taxi.
Non. J'ai pas fait ça pour l'argent.
Pourquoi ?
Pour voir.
Et alors ?
C'était bien.
Moi, j'aime bien, cet endroit.
Ça me change de Paris.
Tu pourrais vivre ici, toi ?
Moi, je pourrais vivre nulle part.
Moi, je pourrais vivre nulle part.
Pourquoi tu me dis ça ?
Je vais t'emmener dans un endroit...
Si ça, ça te plaît pas, je te parle plus.
- Et on a rien à foutre ensemble. - D'accord.
Non, j'y arrive pas.
- J'y arrive absolument pas. - Ta gueule.
Tais-toi, tais-toi... Putain, t'es chiant.
Putain, tu me casses mon kiffe, là.
Ça y est, je suis déconcentré.
T'es galère ! J'en étais sûr !
T'es relou, toi.
Oh, putain...
T'es chiant.
- Je suis désolé. - T'es désolé. Je te l'avais dit.
Putain, ça y est.
On change, si tu veux.
Vas-y, change, parce qu'elle est bonne.
Yes !
J'y arrive toujours pas.
T'es chiant, putain.
Putain, t'es galère. Tu me casses les couilles.
Oh, non. T'es relou.
T'es con, toi.
- Je jette l'éponge. - T'es vraiment têtu.
It's okay! Stupid boy! Stupid!
Yes. Drugs too much!
Not good?
Si, si... It's good, but...
I took too many drugs.
No good for fuck.
- Me, no drugs. - Make love not good.
He no drugs, but...
Et têtu ? Comment tu dis têtu en anglais ?
La coke les rend parano. Il faut un code.
Hé, c'est Omar.
C'est un garçon que j'ai rencontré...
C'est le seul copain que j'ai à Paris.
Oui. Franchement, les yeux fermés.
On s'est rencontrés chez les flics. Ça crée des liens, tu vois ?
Ah, oui. C'est fermé, aujourd'hui.
C'est dimanche.
C'est dimanche.
Allez, je te fais confiance ?
Donne-moi le journal.
Tu es paranoïaque.
Paranoïaque.
Monsieur, il donne des comptes.
Tu fais pas confiance à ton frère ?
Vas-y, fais les comptes.
Tu viens quand tu veux ici. Ici, c'est ta maison.
Non, mais il vient quand il veut.
S'il le dit, c'est vrai.
Ouvre tes yeux quand je te parle. Ouvre tes yeux.
Voilà. Écoute-moi bien.
Oublie pas ce que je t'ai dit devant la gare.
Sinon, tu vas aller en taule.
C'est ta dernière pipe. Après, du shit, c'est tout.
Ouvre les yeux !
Donne-moi la pipe. Ça suffit.
Prends-lui la pipe.
Donne-lui la pipe. Ça va, c'est bon.
Donne-lui la pipe. Arrête. Voilà. C'est bon.
Faut arrêter, Benoît.
- Encore une. - Non, c'est bon. Il y en a plus.
Encore une petite dernière pour la route.
- Il y en a plus. - Il y en a plein sur la table.
Omar !
- Il fait une overdose ! - Dis pas ça. Une overdose...
Remets-lui son pantalon.
C'est pour toi, l'overdose. T'as besoin de sommeil, c'est tout.
Tu vas dormir un peu.
On se comprend bien ? Dans le train, on ne se connaît pas.
On s'est jamais vus. On se retrouve chez moi.
Même dans le métro, on s'est jamais vus.
- Ça marche ? Ça va aller ? - Oui.
Benoît. Cool. Tranquille.
Benoît !
- Viens voir. - J'arrive !
Viens voir.
Écoute-moi.
C'est un tout petit peu moins que prévu.
Le mec nous prend tout à 100 000. Ça fait 50 000 chacun.
Un petit peu ?
Non, mais attends. On se prend pas la tête à dealer. Il prend tout.
Tout d'un coup. On va pas faire se chier.
Moi, je lui ai dit oui. Ça te va, 50 000 ?
D'accord.
C'est bien, non ?
Il faut 3 ou 4 mois à mon père pour gagner ça. Ça me dégoûte.
Qu'est-ce qu'il y a, "Ça te dégoûte" ?
Pourquoi ça te dégoûte ? Tu vas faire quoi dans la vie ?
Faire des études, avoir un métier, gagner 12 000 balles par mois...
Bien. Mais me crache pas à la gueule.
Je le fais pas.
Si. Les 50 000, tu es content de les avoir.
Je fais rien. Il passe quand ?
- Dis pas "Ça me dégoûte" ! - Mais non, mais non...
- À quelle heure il passe, le mec ? - Dans deux heures.
C'est super.
Monsieur ! S'il vous plaît !
Qu'est-ce que ça veut dire, l'inscription sur l'édifice,
"M Agrippa..."
Ça veut dire : "Marcus Aggripa, fils de Lucius,
"consul pour la troisième fois, fit."
Bravo. Vous avez l'air de la connaître par cœur.
Le Panthéon, c'est à moi.
Pardon ?
Je dis que le Panthéon, c'est à moi.
Quand j'étais petite, j'allais dans l'atelier de mon père, là.
Après, j'ai séché le lycée là, chez les pauvres.
Maintenant, je sèche la fac ici.
Vous êtes française ?
À moitié. Ma mère est française.
Vous êtes entré à l'intérieur ?
Si vous voulez voir Raphael, il est là-bas.
Là-bas ?
Il y a deux ans, je me suis réveillée en sursaut.
Il neigeait très fort.
J'avais vu ça à Rome.
Il était 7 h. Je suis venue ici,
pour voir la neige qui tombait, comme une colonne.
C'est la plus belle chose que j'ai jamais vu.
Vous êtes un guide merveilleux.
- Je peux vous offrir une rose ? - Vous êtes pire que les Italiens.
Je suis seul à Rome,
et vous êtes adorable avec moi, alors j'essaie de l'être un peu.
Non, laissez tomber, pour la rose.
Elle les vole dans le cimetière pour les revendre aux touristes.
Les Romains la paient sans prendre la rose. Ça porte malheur.
Et arrêtez de me dire "vous". Je me sens vieille.
En Italie, c'est un peu compliqué pour baiser.
Les enfants vivent longtemps chez leurs parents.
Il y a la mamma qui surveille, alors ils baisent dans les voitures.
À Naples, il y en a qui louent même des grosses voitures
avec des journaux, pendant une demi-heure, une heure...
Pourquoi, des journaux ?
Pour mettre sur les vitres, comme des rideaux.
Mais ici, c'est plus pour les putes.
Tu vois, elles se garent derrière les tombes.
Tu imagines le nombre de gens qui ont dû baiser ici en 2 000 ans ?
Tu veux pas qu'on se rajoute à la liste ?
C'est une villa en réduction, avec des mini-thermes et tout le confort.
Hadrien venait ici pour s'isoler. Il passait sur l'île,
il levait le pont-levis, et était seul au monde pour méditer.
Mais c'est la version romantique. En réalité, il y en a qui pensent
qu'il venait là pour se faire masser par des femmes,
pour ensuite se faire enculer.
L'un n'empêche pas l'autre.
Va lui filer 10 000 lires.
Il est gentil, mais je préfère qu'on reste tous les deux.
D'accord.
- Merci. - Grazie !
On va par là.
Tu as lu les Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar ?
Non.
Je crois que le début se passe là. Enfin, ça s'est peut-être passé là.
Il va mourir. Il sait qu'il va mourir.
Et il écrit à un de ses amis.
Et en fait, il est à poil avec son médecin,
alors il écrit :
"C'est difficile d'être un empereur
"quand on est nu devant son médecin." Ça commence comme ça.
Tu vas voir. Il peint une femme qui va donner la vie.
Et en fait, c'est le visage de sa mère à lui,
qui est morte quelques temps avant
et enterrée dans un cimetière à côté.
C'est le portrait de sa mère.
C'est mon père. Il avait dû trop fumer.
Il a fait construire son théâtre pour contempler la nature.
Tu fais toujours l'amour avec des capotes ?
Ben oui.
C'est devenu une habitude.
Je crois que je suis tombé amoureux de toi.
Ça me fait peur.
Je t'aime.
Elles n'ont pas l'air cuites.
Fais voir.
Non, elles ne sont pas prêtes.
- Si ! - Attends !
Attends, je vais voir ça.
Je vais voir si elles sont prêtes.
- On a pas mis l'huile. - Mais si !
Non !
- Dans les tomates. - Je l'ai mise. Regarde.
- Je l'ai pas mise. - Ça, récupère.
Moi, je t'apprends une recette que tu peux te faire seul...
Elle est toute simple. Et toi, t'es...
Il faudrait qu'il y ait un peu plus de sauce pour que ce soit bien.
On regarde l'instrument de musique, les bijoux, un miroir,
un miroir dans lequel se reflète la beauté, mais aussi la vanité,
et puis, brutalement, un crâne.
Un crâne pour rappeler que tout est illusoire,
et qu'à tout moment, la mort peut arriver et tout briser,
et tout emporter sur son passage,
la beauté, la vanité des choses...
"Vanité..."
C'est comme ça que ça devrait s'intituler, au lieu de "Crânes".
C'est comme ça qu'on faisait dans le temps...
Maintenant, ces traditions se sont perdues.
On appelle les peintures comme ça "paysages", "natures mortes",
je sais pas, "marines"...
Ça ne t'intéresse pas ? Tu trouves ça nul ?
Si, si. Mais je profite d'être là pour voir un peu l'extérieur.
Il y a des pensionnaires historiens de l'art, ici.
Tu pourrais te présenter.
Tu as le temps. Tu as jusqu'à 35 ans.
"35 ans"...
C'était les jardins de Lucullus, ici.
Messaline a été assassinée là.
Quelque part.
Tu es excitée par les lieux chargés d'histoire ?
C'est unique, comme perversion, ça.
Je veux que tu me fasses l'amour.
Il y a plein de gens sur les terrasses. Et il fait froid.
Embrasse-moi.
On arrête. Arrête, j'ai plus de capotes.
- C'est pas grave. - Si, c'est grave.
C'est pas grave, je vais aller en acheter.
T'es fou ? À cette heure-ci, tout est fermé, à part à la gare.
Je vais à la gare. Je prends un taxi.
Tu m'attends avec ta mère, j'arrive. Il nous en faut, de toute façon.
PHARMACIE
Donne le chargeur.
You're welcome.
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