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MIYAMOTO MUSASHI 1 : LA LÉGENDE MUSASHI
D'après l'œuvre de : Eiji Yoshikawa
Avec
Toshiro Mifune, Kurôemon Onoe
Kaoru Yachigusa, Mitsuko Mito
Réalisateur : Hiroshi Inagaki
An de grâce 1600, 5e année de l'ère Keicho
Village de Miyamoto, dans la région de Mimasaka
Tu vas y aller ?
- Moi, oui. - Tu vas partir ?
Mes exploits me rendront célèbre.
Je leur montrerai, à ces villageois qui me prennent pour un voyou.
Et toi, Matahachi ?
Tu te décides ?
Ça va, j'ai compris.
Tu as ta vieille mère.
En plus d'Otsu, ta fiancée.
Je suis seul, moi. C'est pas comme toi.
Je partirai seul.
Takezo !
Takezo !
Il est interdit de monter dans l'arbre.
Takezo ! Le moine va te gronder.
Tu es vraiment un sacripant !
Et tu es là aussi, Matahachi !
Dis-moi, Otsu.
Tu es ma fiancée, n'est-ce pas ?
Oui.
Alors si jamais... Si je...
Si je quittais le village pendant un an, que ferais-tu ?
Tu attendrais mon retour ?
Où pars-tu ?
Je ne vais nulle part.
C'est une supposition.
Je t'attendrais.
Pendant un an. Ou dix, même, s'il le fallait !
C'est vrai ?
Tu vas partir à la guerre ?
Mais non, je ne vais pas y aller.
Menteur ! C'est Takezo qui t'a provoqué ?
Tu ne dois pas y aller !
Que deviendrais-je ?
Idiote ! Je testais juste tes sentiments.
Ne pars pas, je t'en prie !
Mais non.
Je n'irai pas à la guerre.
Te voilà !
Idiot !
La bataille de Sekigahara
Que se passe-t-il, là-bas ?
Fuyez, vite !
Ou vous mourrez tous !
Les tranchées sont inutiles. Repliez-vous !
Takezo !
C'est impossible !
Où sont nos troupes ?
L'ennemi a franchi la rivière. Nos troupes sont en déroute !
Malédiction !
Pour quoi suis-je venu à la guerre ?
Après tous ces chemins, toutes ces tranchées,
voilà qu'on perd quand même !
- Matahachi, file. - Et toi ?
Je ne mourrai pas pour des trous.
Je dois affronter un ou deux ennemis !
Repliez-vous, vite !
Moi je vais attaquer.
Non, toi, tu pars !
On n'a pas encore perdu. On peut encore leur décapiter un chef !
Matahachi, tiens bon !
Ta blessure est légère.
Je meurs.
Qu'est-ce que tu racontes ?
J'aurais voulu revoir Otsu.
Ne te laisse pas abattre !
Une maison !
Où ça ?
Imagine qu'il y en a une, ça te remontera.
Otsu est orpheline. Si je meurs,
occupe-toi d'elle, je t'en prie.
Matahachi, une maison !
- J'en peux plus. - Je ne mens pas !
Regarde !
Maman !
À manger !
Ou je vous tue !
Tu dois avoir faim. Pardon d'avoir tardé.
Matahachi !
Je mangerai plus tard.
À vrai dire, j'en ai assez, du gruau.
C'est parce que tu vas mieux.
Ça fait déjà deux mois.
- Où est Takezo ? - Encore à cheval.
- Il adore les chevaux. - Pas vraiment, non.
Il adore les dompter.
Il les monte jusqu'à les épuiser.
Il a toujours été cruel.
Moi, j'aime ce genre d'homme.
Je veux rentrer chez moi.
Mais je dois d'abord guérir complètement.
Ta blessure n'a pas encore cicatrisé.
Mais je peux marcher.
Soigne-toi correctement.
On ne peut rester ici pour toujours.
On est heureuses de vous avoir.
Nous sommes complètement seules, ici.
Et tristes. Attends de guérir complètement.
On est en fuite. Si on nous retrouvait...
Rassure-toi. Ils ne cherchent pas de simples...
Pardon !
De simples soldats...
Tu as bien raison.
Laisse-moi faire.
On croyait devenir des samouraïs en quittant notre village.
C'était un rêve ridicule.
Ça fait mal ? Quel douillet ! Serre les dents.
Takezo ! Je peux le monter ?
Otsu...
Pardonne-moi.
C'est qui, cette Otsu ?
La fille de notre temple.
Tu es amoureux d'elle ?
Non, c'est la fiancée de Matahachi.
De Matahachi ?
Elle est douce mais n'a jamais peur quand je lance le cheval au galop.
Tu crois que j'aurai peur ?
Oui, si je le lance à fond.
Non, je n'aurai pas peur. Vas-y.
Si tu pleures, ta mère va m'attraper.
Non, je ne pleurerai pas. Vas-y, lance-le !
- T'es une forte tête. - Et toi un froussard.
- Un froussard ? - Oui, tu es un froussard.
D'accord !
Ne pleure pas ! Allez !
Encore ?
Tu n'as rien ?
La carne, il m'a fait tomber !
Le cheval n'y est pour rien.
Tu crois que c'est de ma faute ?
Ne te fâche pas.
Bon sang !
Pourquoi tu ne m'embrasses pas ?
Ça pue la femme !
Gamine ! Écoute !
Ta mère est à la maison ?
Va la prévenir.
Vous vous enrichissez en cachette.
Je vais venir percevoir mon tribut !
Si vous continuez vos bêtises,
je vous chasserai de mon territoire !
C'est qui ?
Un brigand.
En voici encore un peu. Cachons tout avant leur retour.
- Prends ça. - Envoie !
Il est magnifique !
De quoi vivez-vous ?
Par-devant, on fait du moxa.
Et par-derrière ?
Par-derrière ? Elle est bien bonne !
Un rapport avec les brigands ?
Plus ou moins.
Maman, ce n'est pas de l'or ?
C'en est. Belle trouvaille.
Tu prends ça sur des cadavres ?
Sans quoi on ne survivrait pas.
- Ça ne t'effraie pas ? - Pas du tout.
- Tu le fais aussi ? - Oui, ce ne sont que des morts.
Tsujikaze va vraiment revenir ?
Ta mère a l'intention de s'enfuir ?
Elle est loin, votre cachette ?
Dis-moi juste oui ou non.
Tu me fais encore la tête ?
Laisse tomber ! Tu as Otsu, toi !
Tsujikaze a beau se fâcher,
il n'a aucun droit sur nous.
Après tout, il a tué mon mari.
C'est ce qu'on dit. Même si je ne veux pas y croire.
Mon mari aussi était un brigand mais n'avait rien à voir avec celui-là.
C'était un homme fort et admirable.
Quelle fumée !
- Tu bois ? - Jamais d'alcool.
Par contre, tu peux me passer ce boken ?
Quel enfant tu fais ! Tiens.
On ne restera plus ici très longtemps.
Je prévois d'aller à Kyoto, pour affaires.
Et vous deux ?
On ne peut pas rentrer comme ça.
Vous attendez une autre guerre ?
Je veux rentrer au village entouré de serviteurs.
- Et tes parents ? - Je n'en ai pas.
- Tu n'as aucune famille ? - Si.
Mais je suis trop violent à leur goût.
- Tu dois te sentir seul. - Non.
Je te souhaite de réussir.
Je réussirai !
Les voilà déjà.
Tsujikaze est là ? Je vais essayer mon boken.
Attends !
Tu es seule ? Où est passée la gamine ?
Donne-moi ce que vous avez ramassé sur les champs de bataille.
Ou ça ira mal !
Quelle tête de mule !
Allez-y !
C'est au plafond !
Au plafond !
Lâche-moi !
Lâche-moi !
Qui es-tu ?
Tuez-le !
On se replie !
Jamais je ne te laisserai partir !
Qu'est-ce qui te prend ?
Les femmes aiment les hommes forts.
Avec toi, je me sens à nouveau femme.
Takezo, reste avec moi !
Tu ne comprends pas ce que je ressens ?
Une femme ne dit pas ces choses à la légère.
Je vais aller jusqu'au bout.
Je suis à toi.
Fais ce que tu veux de moi.
Mince...
Qui s'enfuit, là-bas ?
Tu tiens à partir maintenant ?
Oui. Il faut disparaître avant l'aube.
Tsujikaze avait cent hommes. Il en reviendra d'autres.
On les aura, même nombreux.
Et Takezo ? On l'attend, tout de même ?
Il ne reviendra pas.
Pourquoi ça ?
Il a essayé de me violer.
J'ai résisté et il est parti.
Matahachi...
Tu n'es pas comme lui. Tu es gentil et posé.
Peux-tu nous aider ?
Dis ?
Takezo !
Matahachi a abandonné sa mère et Otsu ?
Matahachi est un abruti !
Matahachi est un abruti !
Pas le choix, il faut tout leur donner.
Sûrement pas !
La vie n'a pas de prix.
Ne les touchez pas, on va négocier !
Sale morveux !
Bon sang !
Maman !
Il a un sabre !
Prends ça !
Venez là !
Attendez !
Matahachi !
Merci. Merci à toi !
Tout voyageur se doit de prouver son identité.
Où vas-tu ?
- Je rentre chez moi. - Chez toi ?
Oui, au village de Miyamoto.
Il est louche, arrêtez-le !
Moine Takuan ! Mais que signifie cette tenue ?
"Rien dans l'univers n'est plus précieux que soi-même."
Accepte mon offrande de thé sucré, petit Bouddha !
Passe-moi plutôt un séchoir.
Je n'ai nulle part où sécher mes habits.
Que feras-tu en attendant ?
Rien. J'attendrai à moitié nu.
Mais c'est dégradant !
Pas du tout.
Les humains naissent bien complètement nus.
Tu racontes n'importe quoi !
Tiens ?
Madame !
- Otsu... - Qu'y a-t-il ?
Takezo aurait forcé un barrage et serait dans les parages.
On va avoir des nouvelles de Matahachi.
Êtes-vous la famille de Takezo ?
Oui. Enfin, des parents éloignés.
Nous avons peu de rapports avec lui.
Il est absolument incontrôlable.
C'est un homme violent et nous le tenons à l'écart.
Je vous ai compris.
Nous allons rester dans ce temple jusqu'à l'avoir retrouvé.
Vous devrez tous collaborer. C'est compris ?
Pardon...
Cette fripouille a laissé mourir mon fils, Matahachi.
Et il a osé rentrer ici seul. Ne lui réservez aucune pitié.
Matahachi...
Il a osé souiller de sang le sol du temple !
Avec les enquêteurs juste à côté !
- Quel voyou ! - Un vrai ogre !
S'il en est ainsi, tout le village sera puni.
Dans chaque famille, deux personnes devront participer
à la recherche de Takezo. Femmes et vieillards compris.
C'est un ordre !
Dépêchez-vous ! Vite !
Vite !
Allez !
Arrêtez tous les membres de la famille de Takezo !
Ils nous serviront d'appâts !
Bougez-vous ! Bande de larves !
Dépêchez-vous !
Venez vite !
Grimpez !
Vous avez bien travaillé.
Si Matahachi devait être mort,
que ferais-tu ?
Moi, je te considère déjà comme un membre de la famille.
Toi aussi, j'imagine ?
Toi aussi ?
- Oui. - Ça me rassure.
On va jaser sur moi si tu restes en permanence au temple.
Tu pourrais venir habiter ici.
Tu ne veux pas vivre avec moi ?
Si.
Je n'aurais pas accepté un non.
Je t'apprendrai la couture et le tissage.
Mamie Osugi !
Mamie Osugi !
Takezo !
Mamie Osugi, Matahachi est vivant !
Je suis venu te dire qu'il est bien en vie.
Où est-il ?
Aucune idée, mais je sais qu'il vit.
Pourquoi ne rentre-t-il pas ?
C'est que...
Je ne peux le dire.
Ne me demande pas !
Takezo !
Où vas-tu ?
Ce village est terrible.
Je voulais simplement te dire que ton fils est en vie.
Je te remercie. Mais ne pars pas !
Je me sentirais trop coupable.
Tu dois avoir faim.
Je n'ai pas mangé depuis des jours.
Mon pauvre ! Alors, viens manger chez moi.
Les officiers ne viennent pas enquêter chez moi.
Tu pourras aussi prendre un bain.
Merci...
Ça fait du bien.
Je reprends des forces.
Je croyais qu'elle me haïssait.
Moi, je te hais.
Si Matahachi est vivant,
alors pourquoi ne l'as tu pas ramené avec toi ? Je t'en veux.
Pardon, mais il y a une raison à ça.
Pourquoi ne pas me la dire ? Pourquoi ne rentre-t-il pas ?
Je ne peux pas te le dire.
- La vieille ! - Silence !
Elle m'a trompé !
Tu m'as trompé, la vieille !
Tu m'as trompé !
Moi qui t'apportais des nouvelles de ton fils !
Il m'a trahi et il s'est enfui !
C'est un lâche !
Des renforts viennent d'arriver
du château de Himeji.
Des troupes armées de fusils surveillent routes et collines.
Il ne pourra s'échapper.
Villageois, restez unis !
Et traquez-le nuit et jour.
C'est un ordre !
Venez vite !
Allez, vite !
Un instant.
Otsu, une lettre est arrivée pour toi.
Pour Otsu, temple de Shichiho, village de Miyamoto
De Oko et Matahachi
Qu'y a-t-il ?
Apprenez que Matahachi et moi,
après une rencontre fortuite,
avons fini par nous marier.
Je voudrais vous demander de bien vouloir oublier Matahachi.
C'était pour vous le dire que j'ai pris la plume.
De la part d'Oko, pour mademoiselle Otsu.
Tu viens m'arrêter ?
- Mais non ! - Bon sang !
Ils vont me le payer !
C'est terrible !
Quoi ?
Takezo l'a attaqué !
Takezo ?
Otsu, je vais dans les collines.
Dans les collines ?
Ils cherchent un seul homme mais préparent une guerre.
Je plains les paysans.
Tu y vas seul ?
Je trouverai celui qu'une armée ne peut arrêter.
Tu dois penser que je me mêle de tout.
Non.
Tu verras, je ramènerai Takezo d'ici quelques jours.
Moine Takuan...
Je pars avec toi.
Je sais pourquoi tu viens avec moi.
Tu veux voir Takezo
pour qu'il te parle de Matahachi, n'est-ce pas ?
Tu peux l'oublier, celui-là.
À vrai dire, Otsu, je suis plutôt content pour toi.
Une femme ne peut penser ainsi.
Et que ressens-tu donc ?
Du dépit.
Je n'ai que du dépit !
Je suis désolé, Otsu, de t'avoir fait pleurer.
Otsu, pour te distraire un peu,
me jouerais-tu de la flûte ?
Oui.
En attendant que le riz cuise.
Toi, là-bas,
ces buissons doivent être froids.
Approche-toi du feu.
Moine Takuan, tu parles tout seul, maintenant ?
Ça fait un moment que Takezo t'écoute jouer.
Reste !
Viens par ici.
Il y fait meilleur et il y a à manger.
Nous ne sommes pas tes ennemis. Ni elle ni moi.
Et si on parlait autour du feu ?
Viens.
Allez, approche.
C'est bon ?
Vas-y, mange.
- Que fais-tu là, Otsu ? - Elle t'arrête.
Tant qu'à être arrêté,
ne préfères-tu pas l'être par moi ?
Moi, au moins, je te traiterai bien.
Laissez-moi !
Écoute-moi.
- Crois-tu pouvoir vaincre ? - Je vaincrai !
Peux-tu te vaincre toi-même ?
Peu importe la défaite. Et puis je ne mourrai pas seul !
Je découperai tous ceux qui tenteront de m'arrêter. Sans distinction !
Et ta famille ? Ils ont été arrêtés par ta faute.
Ma famille ? Ils m'ont toujours rejeté !
Considéré comme un vaurien !
Certains sont âgés.
Je m'en moque ! Ils peuvent tous mourir !
Les femmes également ?
Peu importe !
Laisserais-tu aussi mourir enfants et nourrissons ?
Peu importe ! Je m'en moque !
Imbécile !
Pauvre imbécile ! Ingrat !
Je te corrige au nom de tes parents et de tes ancêtres !
On a arrêté Takezo !
Descendez-moi !
Je ne l'ai pas arrêté dans l'espoir d'une récompense.
Vous refusez de nous le livrer ?
Si vous ne me le confiez pas, je le libère et le lance contre vous.
Il faudra le maîtriser.
Quelle impertinence !
Vous voulez me tuer ? À votre guise.
Apportez donc ma tête à Himeji et montrez-la au seigneur.
Il se dira que pour une fois, j'ai oublié d'apporter mon corps.
Vous connaissez le seigneur ?
Si vous ne croyez pas, tuez-moi. Tranchez-moi la tête proprement.
Je ne vous savais pas lié au seigneur. Pardon.
Oublions ça. Que fait-on, quant à la punition de Takezo ?
Vous me le confiez ?
Soit, mais apportez-moi tout de même sa tête.
Sûrement pas. Les funérailles, c'est mon gagne-pain.
Le temple serait ruiné sans cadavres !
Takuan !
Takuan !
Quoi ?
Sale moine, j'ai à te parler. Viens par ici !
Me voilà, que veux-tu ?
Pourquoi ne pas me couper la tête ?
Ne me laisse pas vivre dans la honte. Es-tu vraiment un moine ?
Tu es un menteur ignorant de l'honneur des samouraïs !
Tu as encore l'air en forme.
La ferme !
J'aurais pu facilement te découper en morceaux,
sale concombre monastique !
Il est trop tard, on dirait.
J'ai accepté la corde car je te prenais pour un grand moine !
Tu comprends ta bêtise ?
Enfer ! Je n'ai pas à avoir honte de moi !
Crois-tu que j'ai violé la voie du guerrier ?
Ça va, j'ai compris ce que tu avais à dire.
Avec cette forme, tu n'es pas près de mourir.
Quoi ?
Reviens !
Saleté de moine, Takuan !
Il est déjà entravé ! Aie un peu de pitié pour lui !
Ce ne sont pas tes affaires !
Je suis allée le chercher avec toi, j'ai mon mot à dire.
Non. Je punirai Takezo moi-même. Personne n'y changera rien.
Personne...
Je ne peux croire personne.
Si seulement j'étais forte, j'utiliserais ma force.
Takezo !
- Il est mort ? - Pas encore !
Jetons-lui des pierres !
Arrêtez, les gamins ! Que faites-vous ?
Naturellement, si Matahachi est vivant,
mais même s'il est mort, tu fais partie de la famille.
C'est compris ?
Voulez-vous me voir morte ?
Que dis-tu là ?
Je veux te faire quitter le temple. Tu seras l'héritière de la famille.
C'est comme la mort.
Comment ?
Je serais une morte vivante.
Quelle horreur !
Comment peux-tu dire une chose pareille ?
Tu oublies tout ce que j'ai fait pour toi !
Quelle ingrate !
Moine Takuan !
Moine Takuan !
Que fais-tu dehors ? Entre, tu vas tomber malade.
Je t'en prie, redescends Takezo !
Que dis-tu ? Impossible !
Aide-le, je t'en prie ! Ou il va finir par mourir !
Mais non !
Je t'en prie, j'implore ta pitié !
Je ferai tout ce que tu voudras ! Mais sauve-le !
C'est non !
Tu n'as pas de cœur !
Tu es un ogre !
Un serpent !
Takezo !
Quoi, sale moine ?
Tu peux encore parler ? Tu en as encore pour quelques jours.
Tais-toi ! Coupe-moi vite la tête !
C'est délicat.
Ta tête seule risquerait encore de tourmenter les gens.
Admirons donc la lune.
Enfer !
Mon pauvre ! Tu as fini par devenir fou.
La ferme ! Je vais faire tomber cette branche et t'écraser !
Quelle énergie !
Ça suffit ! Même toi, tu ne pourras briser cette branche.
Apprends plutôt à utiliser ta force pour les autres.
"Tu remueras les Hommes, le Ciel et la Terre. Même Dieu cillera."
Un vrai homme sait qu'il doit connaître la peur.
Toi, tu ne sais que te vanter. Tu n'as aucune once de sagesse.
Tu pensais pouvoir vaincre le monde.
Mais regarde-toi !
La sagesse et la force sont indissociables.
Me comprends-tu ?
Réfléchis-y pendant la nuit.
Ensuite, je te couperai la tête.
Attends !
Quoi ?
Je crois avoir compris.
J'ai de moins en moins envie de mourir.
Sauve-moi, je t'en prie !
Je ne veux pas mourir. Je veux recommencer ma vie !
Voilà qui est bien dit.
Mais on ne dispose que d'une vie, ici bas.
On ne peut la recommencer.
Tu peux te préparer à mourir.
Récite des prières à Bouddha.
Otsu, pourquoi me sauver ?
Pas un mot.
Partons vite. Si on nous trouve, nous mourrons tous les deux.
Otsu, je suis vivant ! Je suis bel et bien vivant !
J'ai faim.
Takezo, j'ai des pâtes de riz dans mon sac.
Mais je ne peux pas le dénouer.
Pardon, tu vas devoir le faire toi-même.
Otsu, pardonne-moi !
Ce n'est rien.
Ma stupidité t'a fait du mal alors que tu es innocente.
Pardonne-moi !
Pardonne-moi !
En te voyant attaché de cette façon-là,
j'ai compris qu'une corde invisible m'enserrait également.
Mais je n'ai pas réussi à trancher cette corde.
Takezo, je ne peux rentrer au village.
Emmène-moi avec toi, où que ce soit.
Tu ne me haïssais pas ?
Je te haïssais.
Mais à présent...
- Mais je... - Non !
Si tu m'abandonnes maintenant, que deviendrai-je ?
Je n'ai aucune famille. Je suis toute seule.
Moi aussi, je suis seul.
Dans ce cas, tu sais ce que je ressens.
Mais je n'ai rien pour te rendre heureuse.
Takezo, nous sommes tous les deux des êtres esseulés.
Takezo est là !
Rattrapez-le !
Il a fui dans les collines, rattrapez-le !
Rattrapez-le ! Donnez le signal aux autres !
Là-bas ! Vite !
Takezo, laisse-moi et fuis !
Non, impossible !
Otsu, reste ici !
Attends-moi ici !
Attrapez-la !
Takezo !
Otsu !
Takezo !
Takezo !
Château de Himeji
La vieille !
- Qu'y a-t-il ? - Quoi, Gon ?
On a emmené Otsu au château de Himeji.
Il paraît que Takezo a fui.
Le vaurien !
Silence !
Gon, prépare-toi à partir en voyage.
Il y va de l'honneur de notre famille.
Allons punir Otsu et Takezo !
Gon,
quand on aura Takezo, tu pourras le frapper en premier.
Moi ?
Ensuite, je lui couperai la tête.
Fais attention à ne pas tomber !
Tu peux parler. Tu viens bien de t'enrhumer !
Ne compte surtout pas sur moi.
Takezo...
Tu continues de faire le singe ?
Non ! Otsu m'a sauvé la vie.
Je dois la sauver à mon tour !
Inutile. Elle est saine et sauve.
Suis-moi.
Takuan !
Takezo, Otsu vit près du pont, au pied du château.
Malédiction ! Tu m'as trompé !
Ouvre !
Ouvre ça !
Takezo...
Tu ferais mieux de t'habituer à cette pièce.
Otsu attendra même si ça prend plusieurs années.
Ce sont des mensonges !
Pas du tout.
Cette pièce contient tout ce qui te manque.
Quand tu auras tout appris,
on se reverra. À plus tard.
J'ignore le temps qu'il lui faudra. Tu attendras Takezo ici ?
Eh bien !
Fais comme tu voudras.
Tu sais, les histoires d'amour,
ce n'est pas la spécialité des moines. Adieu.
Kyoto
Tout m'est bien égal
Ce soir
Même si le ciel se couvre de nuages
Avec des larmes
Plein les yeux
Je contemple la lune
Ce n'est plus une enfant, pour chanter ça !
Quand l'a-t-elle donc apprise ?
En cachette, pour faire écouter au jeune maître.
Ça sent l'amour !
Akemi, quel âge as-tu ?
Quel âge me donnez-vous ?
16 ans, ou plutôt, 17 ans ?
Ce n'est pas ça ?
Elle a déjà 21 ans.
Incroyable ! Tu n'en parais que seize.
C'est vrai, Toji ?
J'en suis heureuse.
Je voudrais avoir toujours 16 ans.
Pourquoi ?
J'ai eu un bonheur, à 16 ans.
Quoi donc ?
La bataille de Sekigahara a eu lieu.
- J'avais 16 ans, à ce moment-là. - Et puis ?
Akemi, ne raconte pas d'histoires aussi anciennes.
Les batailles ne nous ont laissé que des mauvais souvenirs.
Seule une enfant s'en amusait.
J'ai une idée ! Et si on allait voir une pièce de kabuki ?
- Ça vous dit ? - Excellente idée.
- Akemi, tu viens ? - Je vais me préparer.
Tu n'as pas besoin de te changer. Moi, je vais me préparer.
Oko, appelle des palanquins !
- Elle a entendu ? - Je lui dis.
Non, j'y vais. Sinon, le jeune maître sera malheureux.
Akemi, termine ton histoire.
Je ne veux pas en parler.
S'agissait-il d'un garçon ?
Allez savoir.
Sa famille est très réputée. On pourra en tirer gros.
Pourquoi lui plaît-elle ?
Serais-tu jalouse de ta fille ?
- Arrête ! - Je plaisante.
On va pouvoir gagner gros grâce à Akemi tout en s'amusant.
Il est là ?
Où vas-tu ?
Cesse de flatter l'enfant prodigue.
C'est justement ma fonction.
Est-elle aussi de vendre ta fille ?
C'est exactement ton genre.
En plus de m'avoir gâché la vie !
Ce que tu es délicat !
Si je m'étais donnée à Takezo,
j'aurais eu moins d'ennuis.
Je suis encore ton mari !
Tu parles ! Tu ne travailles même pas !
Quoi ?
Tu es debout ? Alors appelle des palanquins. Quatre.
Otsu...
En souvenir du village de Miyamoto,
je l'ai rebaptisé Musashi Miyamoto.
Musashi...
Pourquoi ne voudrais-tu pas devenir un officier ?
Car je suis novice.
Voudrais-tu t'aguerrir en voyageant ?
Exactement.
Je partirai avec lui.
Tu l'épaules beaucoup, ton protégé !
Le monde est extraordinairement vaste.
- Travaille bien. - Oui.
Adieu.
Qu'as-tu ?
Je voudrais voir Otsu.
Non. Tu ne voudras plus la quitter.
Mais je ne peux partir ainsi.
Je lui expliquerai.
- Mais... - Non !
Mais elle m'a sauvé la vie !
- Tu dois absolument la voir ? - Oui.
Takezo, veux-tu la voir parce qu'elle t'a sauvé ?
Si c'est ça, je comprendrai.
Mais je soupçonne une autre raison. Ai-je tort ?
Takezo, ne sois pas prisonnier du passé.
Tu es devenu un autre homme. Tu recommences ta vie.
Tu dois te débarrasser de ton passé.
Vite !
Dépêche-toi !
Merci bien ! N'hésitez pas à repasser.
- Bonjour ! - Bienvenue.
Takezo !
Quelle indifférence !
Tu es si cruel !
Otsu, je te prie de considérer que Takezo est mort.
Pourquoi dis-tu cela ?
Aujourd'hui est le premier jour de ma nouvelle vie.
Mais alors pourquoi t'aurais-je attendu trois années durant ?
Au col de Nakayama, tu disais qu'on s'aiderait, toi et moi !
Tu m'as menti ? Ce n'était qu'un caprice ?
Pardonne-moi.
Non !
Le moine Takuan est cruel.
Et toi aussi, Takezo.
Prends-moi avec toi, s'il te plaît.
On ne s'aguerrit pas avec une femme.
Pourquoi ne resterais-je pas avec toi ?
Tu ne m'aimes plus, c'est pour ça ?
Mais si, je t'aime, Otsu.
Je ne t'ai jamais oublié, en trois ans.
Mais alors, pourquoi ?
Si tu m'aimes, laisse-moi m'entraîner. Je t'en prie.
Non, je te suivrai partout.
Emmène-moi avec toi.
Je ne gênerai pas ton entraînement.
Je t'en prie !
Si je suis un poids pour toi,
tu pourras me laisser dans les montagnes, où tu voudras.
Et là, je n'insisterai pas.
Mais laisse-moi partir avec toi.
Je vais me préparer, attends-moi ici.
Attends-moi ici !
Pardonne-moi.
Takezo !
Pardonne-moi.
Adaptation : Kinuko Kasai et Alain Roy
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