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Musique majestueuse
...
...
- Commissaire Daoud à Centrale.
Daoud à Centrale.
*-TN 109 pour commissaire Daoud.
- Véhicule en feu, rue du Grand Chemin, vers le numéro 100.
Prévenez les SP et un équipage de deux en renfort.
*-Appel en cours. La TV Bravo arrive.
- Je veux la perm de l'identité judiciaire
pour examiner la carcasse.
*-C'est bien reçu.
- Quoi de neuf au commissariat? *-Rien.
*Les affaires habituelles. Et joyeux Noël, patron!
- Joyeux Noël.
J'arrive. Terminé.
...
Sirène
*Radio de la police ...
*... ...
Cris de bagarre
- C'est là!
...
- Ils sont combien?
...
- Lâche ce couteau!
...
- Oh, du calme!
Mettez-vous là.
- Vous êtes chez moi! Reculez!
- Louis, arrache-le.
Arrache la lame.
- Ta gueule! - Calmez-vous.
Vous vous mettez dans le coin.
- C'est lui, c'est pas moi!
- Ça va aller. - C'est eux!
- Qui est assez sobre pour m'expliquer?
- Vincent a voulu me toucher, alors mon frère m'a défendue.
Et il a voulu le planter! - Qui est pas soûl ici?
- Touche pas à mon frère!
- Calmez-vous. - Tu le touches pas!
Musique mystérieuse
...
L'homme gémit.
...
- Ouvrez!
Ouvrez!
S'il vous plaît! Ouvrez...
- Attendez, monsieur. Interrupteur
- Ils m'ont brûlé.
Ils m'ont brûlé la gueule.
Ils voulaient prendre ma voiture. - On s'occupe de vous.
- Moi, je suis brûlé.
- Ils étaient deux? - Non, quatre.
- Quatre? - Oui, quatre.
- Ah, quatre...
- Oui, c'est ça.
- Des Maghrébins?
- Bah... ouais!
Ouais.
- Ils étaient habillés comment?
- En "djerba", je sais plus comment...
- En djellabas?
- Voilà! Djellabas.
- Quelle couleur?
- Blanc.
Et aussi, y en avait un avec un turban.
- Un turban?
- Ben oui! Un turban, quoi...
Alors...
Après, une fois qu'ils m'ont brûlé,
j'ai démarré la voiture. Et j'ai calé.
- Avec quoi ils vous ont brûlé? - Je vous l'ai déjà dit.
Avec un chalumeau.
Enfin, un genre de chalumeau.
Pas le lance-flammes de guerre.
Il souffle.
Non, un petit chalumeau.
Mais enfin, il le tenait bien avec sa main.
Là. - Quelle main?
- Quelle main?
La droite, la gauche... Je sais plus, moi.
- Droite, gauche? - Je sais plus.
Ah si! La gauche.
Oui, parce que la droite, il l'avait posée...
sur la fenêtre.
Et il avait une chevalière. Une grosse chevalière.
- Une chevalière en or?
- En or, en argent, je sais plus.
- Alors, ces hommes... ils vous ont dit quoi?
- Rien.
Ils m'ont simplement demandé ma voiture. Moi, j'ai dit non.
- Et vous vous êtes enfui? - Par l'autre portière.
- Et ces types vous ont pas poursuivi?
- Écoutez...
J'explique, hein?
Avec la panique... J'avais un chiffon.
Alors, j'ai éteint le truc. Parce que ça crépite.
Et là, je me suis enfui.
Ils ont juste crié:
"Allah Akbar!""
- Comme ça? - Oui.
"Allah Akbar!"" Comme ça.
Oui.
- M. Dos Santos, vous avez eu raison de porter plainte.
Simplement, on va reprendre votre témoignage depuis le début.
- T'es blessé? - Non, c'est bon. Y a rien.
Cris des détenus
...
- Au niveau du nez?
- Ouais...
C'est plus écrasé.
Presque comme un nez de boxeur.
Vous voyez? Voilà.
- La barbe, maintenant. - La barbe?
Elle était pointue. Une barbe toute pointue, comme ça.
- La barbe entière? - Oui, oui.
C'est plus ça. - M. Dos Santos,
au niveau des cheveux?
- Ben...
Il avait un turban. On les voyait pas.
- Un signe particulier? Cicatrice ou grain de beauté.
- Quand vous avez un chalumeau braqué sur votre figure,
on a pas le temps de regarder les détails.
La conversation continue au loin.
...
- Vous êtes arrivé à quelle heure?
- Je dormais pas.
- Très gentils. Je sens rien.
- C'est la victime qui a été brûlée?
- Peut-être.
- Le médecin a constaté?
- Bien sûr. Vous ferez équipe avec le nouveau.
- OK.
- Fallait pas foutre ton bordel. - Suivez-moi.
- Bonsoir. Bonsoir, monsieur. Calmez-vous.
Vous vous êtes fait attaquer?
Vos agresseurs sont toujours là?
- Louis? - Oui!
- On part sur un VMA.
- Un hold-up? - Oui.
Aux Trois Ponts.
Vous prenez votre arme, un gilet et un taser.
- J'arrive. - OK.
*-TN109, vous nous indiquez dès que vous arrivez sur les lieux.
- Reçu.
Tenez. - Vous pouvez me tutoyer.
- OK.
- Et pourquoi le taser?
- Ah! Les Trois Ponts, c'est plus prudent.
- C'est comment? - Les Trois Ponts?
C'est vivant.
- À quand remonte le braquage?
- Euh... Cinq-dix minutes.
Cinq-dix minutes.
- Européens? Nord-Africains?
- Je dirais un Européen et un Algérien.
- OK. Ils étaient habillés comment?
- L'un en survêtement, baskets Adidas, rouges et noires.
- Il vous a braqué avec un pistolet? - Oui, un automatique.
- Un pistolet automatique.
- Un Beretta 92. - D'accord.
- Et celui qui était reculé avait un gros fusil à pompe.
- Vous avez eu peur? - Non! Aucun homme ne me fait peur.
Moi, j'étais berger.
- Berger? - Berger!
Mais je suis devenu boulanger.
Regardez! Le pain.
Vous avez vu des bijoux ici?
Pour 20 euros, on viendra me braquer.
L'année dernière, cinq braquages.
Les scandales, les bagarres.
- Lorsqu'il vous braque avec le chalumeau,
votre main gauche... Elle est où, votre main gauche?
- Ben...
Sur ma portière,
je crois. - C'est important.
On va le noter, M. Simon.
"Lorsqu'il me braque avec le chalumeau,
"ma main gauche est bien visible
"sur ma portière."
- Voilà. Et il tenait le chalumeau avec ses deux mains.
Comme ça.
- Avec les deux mains? - Je crois bien.
- Ça, c'est étrange...
Quand vous avez déposé plainte,
vous avez déclaré que l'individu qui a tiré avec le lance-flammes
le tenait de la main gauche.
- J'ai dit ça? - Oui.
Regardez.
- Ah?
- Vous vous êtes mal exprimé?
- Franchement, là, je sais plus.
C'est le matin. J'ai passé la nuit ici.
Je suis fatigué, je dois dormir.
- Ah non! On a pas fait venir la scientifique pour rien.
On examine votre voiture.
Faut aller jusqu'au bout.
- Je rêve là... Je rêve.
Le cauchemar!
- Je vais vous dire la vérité.
Je crois que vous êtes quelqu'un de bien.
- Oui. - Consciencieux.
- Oui...
- Mais parfois, on vient ici pour les assurances.
- Ah bon? - Oui.
On a eu des incarcérations.
C'est quoi, l'article du Code pénal pour la dénonciation?
- Ça doit être dans la section des faux.
Tenez.
- La section des faux.
Vous pensez quoi de tout ça?
- Ce que j'en pense?
J'ai porté plainte, c'est tout.
- Je pense que si c'est une dénonciation imaginaire,
destruction volontaire, plus tentative d'escroquerie,
vous pouvez aller en prison.
Dix ans.
Maintenant, si vous aviez juste un peu trop bu
et que vous vous êtes brûlé en foutant le feu à votre voiture,
vous n'aurez qu'une grosse amende.
Musique majestueuse
...
- J'habite maintenant une ville austère et violente.
Déjà, je m'y sens chez moi.
Je voudrais être utile. Le matin, je me lève à 5h.
Exercices physiques jusqu'à 6h, douche.
7h, début du service. Entraînement aux armes, 17h30.
Puis je tourne dans les rues.
Je commence à me repérer.
Un canal traverse Roubaix au nord. La mairie est énorme, monstrueuse.
Les rues regorgent d'hôtels particuliers abandonnés.
Ici, tout est faillite.
75% de la ville est classée en zone urbaine sensible.
45% de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Roubaix est la plus pauvre des grandes villes françaises.
- Ça va, Mme Gilouli? - Bien. Merci, M. Daoud.
Bonne nuit.
- L'air est moite, presque tiède, malgré l'hiver.
La ville semble tout juste sortie d'un marécage.
Pourquoi les gens sont venus ici ?
Polonais, Italiens,
Portugais,
Algériens.
Longtemps, il y a mille ans,
c'était une ville d'industrie prospère. Un passé dont ils savent plus rien.
Fierté, honte...
Il ne reste que la misère,
le souvenir blessé d'avoir compté et de n'être plus rien.
Musique sombre
...
Il dépose ses clés.
...
Un chat miaule.
...
- Non, tu rentres pas. ...
...
Tiens! Ça, c'est pour toi.
...
Aujourd'hui, je vous donne un VMA, rue de Lannoy,
une tentative juste à côté et un point stup.
De Kayser, c'est pour vous.
- OK, patron. Merci.
- Ensuite, nous avons menace de mort sur un employé de la CAF,
extorsion de fonds,
un vol avec effrac',
et un vol roulotte.
Anders.
Pour vous. - Commissaire. Merci.
- Pour notre nouveau lieutenant Cautrel, un incendie criminel.
La PTS est prévenue. Vous irez avec Aubin.
Si y a un problème, voyez avec Watteau.
- Merci. - Ce sera tout. Merci.
Louis, je peux vous voir?
Alors, la patrouille cette nuit?
- Le VMA dans la boulangerie et la dispute au couteau.
- Plus de patrouille de nuit en dehors des astreintes.
J'ai besoin des lieutenants pour les enquêtes pures.
- C'est reçu. - D'accord? Ce sera tout.
Au travail. - Merci, monsieur.
- Alors Cautrel, Daoud t'a engueulé?
- Quoi? - Si. Il patrouille la nuit.
Qu'il est vénal!
- Ça balance, ici.
- Sinon, t'as quelqu'un?
- Quelqu'un?
- Une femme, des gosses, à qui envoyer ta paye.
- Pas pour l'instant.
- Trouve-toi une fille.
Ou tu tiendras pas. - Ordre du commissaire?
Rires
- C'est pas le genre.
- En fait, Daoud, il parle jamais. - C'est pour ça que vous rigolez?
- Oui, il est spécial. - Faut obéir.
- Ça doit être là.
Musique sombre Éclats de voix
...
Bonjour.
- BONJOUR. - Bonjour.
26 décembre, 9h40, rue des Vignes.
La porte semble avoir été fracturée à coups de pied.
- Ici.
Y a un premier foyer dans la pièce située après la porte.
...
Deuxième foyer d'incendie en bas de l'escalier.
Probablement d'origine criminelle.
Il frappe.
...
Bonjour, madame. Police de Roubaix.
On est ici pour l'incendie à côté.
Vous avez vu quelque chose?
- Moi, j'étais en train de dormir. J'écoutais de la musique.
En plus, j'avais bu un coup. Donc, j'ai rien vu.
Mais quand ça a explosé, les chiens ont aboyé.
J'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu les explosions.
- Vous vivez seule ici?
- Avec une amie.
Marie?
Marie, viens, s'il te plaît.
- Vous sauriez expliquer ce qui s'est passé?
- Ben...
J'ai vu des fils électriques prendre feu.
- Bonjour.
- C'est la police de Roubaix.
- Y a jamais eu de problèmes,
des engueulades? Personne habite cette maison?
- Ben non.
C'était en travaux, d'après ce que la propriétaire nous a dit.
- Si, des engueulades. Pour des trucs banals.
Des crottes de chien devant la porte.
- C'est votre chien? - Oui.
Ça s'arrête là. - Y a déjà eu des soucis
avec des dealers?
- Ben oui! - Viens ici.
- Des fouteurs de merde, y en a plein.
Tiens! Regardez là.
Vous voyez le carreau?
Le volet est défoncé. - Pourquoi ils viennent ici?
Vous les connaissez?
C'est les mêmes? Vous les reconnaîtriez?
- Moi, j'ai un gamin de six ans.
Alors, même si je les reconnaissais, je le dirais pas.
- Pas sur le PV, juste de façon informelle.
On l'effacerait de la procédure.
Puisqu'il n'y a ni votre nom, ni votre signature,
y aucune raison que vous soyez emmerdée.
- Les gens sont pas cons.
Ils feront le rapprochement. Ils savent où je vis.
Je dois protéger mon fils. - Ça pourrait venir
de n'importe quel voisin ou témoin.
- Honnêtement, si je les reconnaissais, je dirais rien.
- Vous viendriez au poste?
- Pour quoi faire? - Pour en discuter simplement.
- Non. - Non? On passe à la suivante.
- Hm...
Ouais, lui.
- Lui? - Hm...
- Sûre? - Certaine.
C'est les yeux qui m'ont marquée.
Je reconnais ses yeux.
- D'autres?
- C'est ton cousin? - Oui, c'est Guillaume.
- Il t'avait piqué ton portable.
- Il était près de l'incendie?
- Non, pas mon cousin.
Lui, je crois.
- Lui? Mets la deux.
- Je les reconnais. Je les ai pas vus mettre le feu,
mais ils étaient dans la cour le soir. Je les ai revus la nuit.
De peur, j'ai tiré les rideaux.
On a pas vu qui a mis le feu pour de vrai.
- Merci beaucoup.
Il frappe.
- Bonjour, madame. Vous savez où sont les Kovalki?
- Y a quelqu'un?
- Les Kovalki sont partis.
- Quand ça? - Hier, dans la nuit.
- Je vous réveille pas?
- Mais non... Je dormais.
- Police de Roubaix. - Non, je suis pas la police.
- Non, mais moi, je suis lieutenant.
Je cherche les Kovalki. - Qui ça?
- Les Kovalki, vos voisins.
- Ah oui! Ils sont partis hier.
- Vous savez où ils ont déménagé? - Je crois que...
Derrière la rue du collège.
- Elle a disparu quand? - Le 17 novembre.
- Elle a disparu vers quelle heure?
- Euh... vendredi, dans l'après-midi.
Lorsque je rentre du travail,
en général, je la trouve à la maison.
On prépare un café.
On discute ensemble tout l'après-midi.
Et là, je l'ai pas trouvée. Alors, au départ,
ça m'a pas inquiété. J'ai pensé qu'elle reviendrait.
Mais le soir, vers 9-10 heures du soir, toujours pas de nouvelles.
Là, je commence à m'inquiéter. Et le lendemain, toujours rien.
- Elle a quel âge, votre fille? - 17 ans.
- Elle a pas de portable? - Non.
- Elle a déjà fugué?
- Oui, elle est déjà partie.
- Combien de fois?
- Au moins, huit fois. - Dix fois.
- Huit, neuf fois.
Mais ça a jamais été aussi long.
Avant, elle revenait après deux, trois jours.
- Maintenant, ça fait... - Depuis cinq semaines,
elle a disparu.
- Vous êtes inquiets?
- Oui, on est inquiets.
Elle a disparu depuis cinq semaines.
- Y a pas des disputes à la maison?
Aucune lettre,
aucun message? - Non. Ni lettre, ni dispute.
- Elle a des amis, des relations?
- Non, pas beaucoup. - Si, y a Fatia... Belkacem.
- Ah! C'est qui, Fatia?
- C'est une amie à elle. Elle habite au Pile.
- Elle est jolie, votre fille. - Oui.
- Je vais essayer de la retrouver.
Pour vous rassurer et savoir si elle va bien.
Mais vous savez, dans six mois, elle sera majeure.
Elle pourra habiter où elle veut. - Oui.
- Sophie... Pourquoi elle porte pas votre nom?
- Comment?
- Votre fille, c'est quoi, son nom de famille?
- Duhamel.
- Duhamel, pourquoi?
- C'est le nom de sa mère.
Elle porte le nom de jeune fille de sa maman.
- Vous l'aviez pas reconnue?
- Maintenant, ça y est.
- Reconnue après la naissance?
- Oui.
Musique d'ambiance au piano
...
- Bonsoir. - Bonsoir.
Un gin tonic. - Très bien.
- J'ai vu le grand hôtel. Je savais pas où traîner.
Je connais pas bien la ville.
J'y vais. Je veux pas vous déranger. - Asseyez-vous.
Occasion exceptionnelle.
- Vous jouez aux courses?
- J'aime les chevaux.
- Et vous gagnez beaucoup? - Je joue jamais d'argent.
- Je peux regarder?
- Ça vous intéresse?
- Je pèche dans l'historique des courses,
mais sur le long terme, je peux vous faire gagner.
- Vous êtes bon en calcul? - C'est les chiffres.
Pas de chiffres, pas de règles. Le monde tient comme ça.
- Je peux pas vous dire.
Mais avoir un cheval à soi,
le voir courir sur le champ de courses, ça doit être beau.
- Merci.
Je vous en donne une? - D'accord.
Petit, on appelait ça des clous de cercueil.
- Où ça, à Roubaix?
- Vous avez des suspects pour l'incendie?
- Ça commence.
J'ai deux noms...
Oh, je sais pas... Vous savez toujours qui est coupable ou non?
- Toujours.
- Comment vous faites? - Je sais pas.
J'essaye de penser comme eux.
- Vous avez été flic ici?
- Oui. - Et après?
- Après, deux ans à Saint-Cyr
au Mont d'Or. - Vous avez une famille?
- Non.
Enfin, si.
Tout le monde a une famille. - Ils doivent être fiers de vous.
- Pourquoi?
- De vous voir commissaire.
C'est beau.
- Mon frère vit plus ici et les autres sont rentrés au bled.
- Toute la famille? - Tous.
- Ah bon... Pourquoi?
- Ah! Mauvaise question.
La question, c'est "Pourquoi je suis resté?"
Où voulez-vous que j'aille? Ici, c'est toute mon enfance.
Là-bas, c'est la Belgique,
les bars à champagne.
Par ici, c'est Tourcoing. Et derrière, on devine Lille.
Et au pied des cheminées,
c'est l'Épeule.
Et si vous regardez bien,
on voit l'école où j'ai appris le français,
à 7 ans, quand je suis arrivé ici.
Aujourd'hui, c'est violent, sale... Beaucoup de drogues.
Et en face du parc, c'est mon collège.
Musique de suspense
...
Il frappe.
...
- Oui?
- Bonjour, M. Kovalki. Police de Roubaix.
- Allez-y, rentrez.
- Allez-y, Lieutenant.
- Bonjour, madame. - Bonjour.
- Bonjour.
- Vous avez déménagé? - Oui, pourquoi?
- On vous a cherché partout ce matin. - J'habite chez mon frère.
- Faut qu'on vous parle, monsieur.
- On sera plus tranquilles à côté.
- On va aller au commissariat. - Pourquoi?
- C'est plus pratique. Mettez un pantalon.
Y a plein d'enfants ici, c'est gênant.
- Je suis venu te chercher parce que t'as énormément à perdre.
T'as des enfants adorables, tu devrais jouer la franchise.
- Allez au but. - Je vais au but.
Une maison abandonnée a été incendiée hier.
Et t'as participé.
- C'est quoi, ce binz? - C'est pas un binz.
Plusieurs témoins t'ont vu.
Au lieu de nier bêtement, réfléchis. Pense avec ta tête.
- C'est comme si je vous accusais. Je fous pas le feu n'importe où.
- C'était rue des Vignes avec un complice.
On frappe.
- Bonjour, madame.
- C'est pourquoi? - Commissaire Daoud. Votre fille est là?
Tu connais une fille qui a disparu. - Sophie?
- Sophie Duhamel. Des gens vous ont vues traîner ensemble.
Qu'en penses-tu? - J'ai déjà dit à son père
que je le tiendrais informé, mais j'ai plus de nouvelles.
- Où tu l'avais vue? - À Tourcoing, chez son oncle Alaouane.
- Alaouane Hami, c'est son oncle? - Oui.
- Tu sais que je le connais?
- Je suis pas de la police.
- Donc, elle va chez lui? - Des fois.
- Elle y dort? - Non.
- Chez qui? - Des fois, en Belgique.
Mais là, j'ai pas de nouvelles. - C'est embêtant.
Comment je la retrouve, moi? - Je sais pas.
- Elle est dans la religion?
- Oh non! - Comment tu sais?
- J'ai dit qu'elle dormait en Belgique, pas en Syrie.
- Pourquoi tu me parles de la Syrie?
- Pour rigoler. Faut pas vous énerver.
- Tu trouves que j'ai envie de rigoler? Elle a un copain?
- Non. Sophie vit au jour le jour.
- Donc, des copains occasionnels? - C'est pas une putain.
- Avoir un copain, c'est pas être une putain.
Tu sais de quoi j'ai peur?
Tu le sais ou pas? J'ai peur qu'elle aille tapiner à Lille.
- Oui, je sais. - Tu sais quoi?
Pourquoi tu m'obliges à te questionner? Moi, je sais tout.
- Je vous ai pas dit quoi? - Qu'elle pourrait tapiner.
- C'est vous qui le dites.
- Tu me dis: "Je sais."
- Je sais que la prostitution, ça existe.
- Et pour elle?
- Non. Ça casserait notre amitié.
- Donc là, on a un... on a deux,
trois foyers d'incendie.
- Et alors? - Drôle d'accident domestique.
D'autant que jamais un incendie ne défonce une porte de cette façon.
Donc, les faits sont...
- Je suis pas mêlé à ça. Je suis rentré tard du travail.
- Kovalki, au travail?
Tu bosses maintenant?
- Ouais, je bosse maintenant! Je suis décrocheur.
- T'as une qualification? - Non.
Je gère la sortie des fours.
- Tu travaillais le 25 décembre?
- J'y crois pas.
- Ouais, je travaillais le 25. Entre 21 h et midi.
Le temps de rentrer, il doit être 22 heures passées.
- Toute la boîte travaillait? - Quasiment tout le monde.
On frappe.
- Bonjour. Police de Roubaix. Il est où, Farid?
- Je sais pas. Il est parti ce matin.
- C'est urgent. On a peut-être une erreur de garde à vue.
Alors, ne jouez pas à ça.
- Où il est, Farid? - À l'école?
- Il s'est pas levé ce matin. Il dort encore dans sa chambre.
- C'est parti. Merci.
- Moi, je vais pas le réveiller.
- Lâche-moi. Tu fais chier ma mère dès le matin?
Venir me réveiller. - T'es bougon au réveil. Assieds-toi.
"Conduite d'un quad sur la voie publique, vol, conso de shit, vol,
"trafic d'horodateur, de coke, port d'arme,
"harcèlement, conduite sans permis." - Il débarque?
- Je connaissais pas la vedette.
- C'est moi, la star. Tu vas apprendre.
- Point culminant: "Crime". - Crime de quoi?
- T'avais jamais fait ça. - Tu m'attraperas pas pour un crime.
- Brûler une maison volontairement, c'est un crime.
Rue des Vignes.
- Quoi, rue des Vignes? - C'est pas toi?
- Sur ma vie, j'ai pas brûlé la maison! - Donc, tu es au courant.
- C'est en face de chez moi.
Il est fou? - T'étais pas rue des Vignes?
- J'étais dans le centre. Je me balade tranquillement.
On me dit: "Y a le feu dans ta rue."
J'ai eu peur pour ma famille, j'ai couru.
Et là, les rumeurs. On me dit que c'est Marco et Mohamed.
Et ces deux schlagues, ils me disent qu'ils ont fait le coup.
Je les ai défoncés. C'est tout.
Vérifiez. Je dis la vérité.
- Marco et Mohamed, qui?
- Marco, on va pas y passer la journée. On sait que t'as foutu le feu
à la baraque. T'es bien allé le fanfaronner.
- J'ai rien fanfaronné du tout.
J'ai rien à voir dans cette histoire. J'ai rien fait.
Balance-moi, mais tu devrais assumer.
- Quoi?
Un pouilleux comme toi, il me dit d'assumer?
Trompette, va! Je suis là depuis ce matin.
Je vais te péter ton nez, espèce de clochard.
- Ce jour-là, j'étais jugé à Lille pour une histoire de vol.
Vérifiez, vous verrez. - On va vérifier.
- Monsieur Alaouane Hami?
- Bonjour. - Je suis le commissaire Daoud.
Vous connaissez mon frère Saïd.
- Saïd Daoud, je le connais.
- Et moi, je suis le petit. Yacoub.
- Je te vois, oui.
Mais Saïd est pas parti au bled avec toute la famille?
- Je suis venu vous voir à cause de votre nièce.
Elle est partie de chez ses parents. - Oui, je sais.
- Elle est partie chez vous à Tourcoing? - Oui.
- Elle fait ça souvent? - Elle l'a déjà fait.
- Votre frère est pas facile.
- Il est comme ça.
Il est comme ça, mon frère.
- Elle est venue dormir chez vous?
- Elle a dormi deux soirs.
Et après, un type l'a appelée. Elle est partie avec.
Il s'appelle Éric. - Éric?
- Ça fait trois semaines qu'elle est partie avec.
- Éric, il est comment?
- Il est grand, blond, les cheveux...
Le crâne un peu rasé, les cheveux courts.
- Tu crois que c'est le genre à faire des bêtises?
Toxico?
- Je sais qu'elle travaille en Belgique.
Je sais pas quoi faire. Je suis pas bien dans ma tête.
Je dors pas le soir.
C'est de ma faute?
- Non. C'est pas de ta faute. Tu n'y es pour rien.
Elle serait partie quand même.
- J'aurais pu l'attacher chez moi, mais je veux pas faire ça.
- Son père serait venu et l'aurait emmenée.
Elle aurait fugué encore et t'aurais perdu sa confiance.
- J'ai sa photo. - Je veux bien la voir.
- Elle remonte à la dernière fois qu'elle est venue chez moi.
- Je peux la garder?
- Pourquoi ils me mentent tous?
Qui dit la vérité?
- Si c'est pas Marco et Mohamed, pourquoi Farid les balancerait?
Et la voisine, elle a vu quoi? Un Arabe, un Français.
Ils sont dans nos locaux. Je vois pas le problème.
- Ouais, t'es content?
*-Bonsoir. - Bonsoir, M. Daoud.
*-C'est pas les horaires de visites. - Pas de souci.
C'est pour votre neveu?
*-Oui.
- On va le prévenir, mais on pourra pas le forcer.
Pas à l'approche
- Votre neveu veut pas vous voir. - Ah...
Il va bien, sinon? - Oui.
L'ordinaire, les bagarres, mais il va bien.
- Il cantine un peu? - Oui.
Il cantine comme il faut.
- Il a vu son JAP? - Oui.
Il reste avec nous,
mais y aura pas de remise de peine.
- Il est tellement en colère. - Ah, ça!
- Je reviendrai.
Il aura peut-être changé d'avis d'ici là.
- Mon père,
le commissaire m'a confié ma première enquête
et je ne cesse d'échouer.
Je me suis souvenu de mes 13 ans.
J'étais en retraite à la veille de ma communion,
près de Grenoble.
J'ai passé la nuit, seul,
allongé sur le sol en pierre de l'église,
en larmes.
Je suppliais Dieu de pas m'appeler à la vocation.
Elle me faisait horreur.
Aujourd'hui, je prie pour qu'il me donne la foi.
Et je rêve de grâce.
Je revois chacun de mes suspects,
Farid, Kovalki, Marco s'agiter dans mon bureau.
Chacun perdu et coupable en même temps.
Pitié plus qu'on ne peut dire est au cœur de l'amour.
Brouhaha
...
Claude, bonjour.
Merci d'être venue.
On y va? - Oui.
- Marie, vous pouvez venir avec nous.
Ça va?
*Instructions
- Allez, on y va.
Vous allez regarder de gauche à droite.
Si vous reconnaissez un visage, dites-moi son numéro.
- Ils vont me reconnaître. - Non, ils vous voient pas.
- Ils s'attaqueront à mon fils. - Ils vous voient pas.
- C'est tout comme.
- Non. Et ils n'entendent rien.
- Vous dites, mais vous savez pas. - Donnez-moi
un numéro. Le premier ou le deuxième...
Et vous rentrez chez vous. - Je vous ai dit sur les photos.
Le premier, c'est sûr.
- C'est pas possible.
- Pourquoi? - Il travaillait ce soir-là.
Tous ses collègues témoignent pour lui. Regardez bien.
- Il a peut-être un frère.
- Si vous avez pas bien vu, dites-le.
- On avait bu plusieurs bières.
C'était la nuit, on avait peur. - Vous aviez pas mal bu?
- Et...
on dit dans le quartier que c'est vous qui avez mis le feu.
- Ça me fait bien rigoler.
- Un peu énervées, vous auriez pu... - Non.
- Pourquoi on aurait fait ça? - Je ne sais pas.
- J'avais la garde de mon gamin.
- Alors... - Vous pouvez demander à la DDASS.
- Deux fois deux dénonciations: ça fait quatre suspects.
- Ils ont tous
des alibis. - Des alibis comment?
- Ça dépend. - Les femmes de la cour
ont peur. Elles veulent plus témoigner.
- On est à poil.
- Qui s'est pas présenté au tapissage?
- Farid Moktar.
- Je le connais, Farid.
On va aller voir sa mère.
On frappe à la porte.
- J'arrive.
...
- Le commissaire veut parler à Farid.
- Il est parti ce matin. Il m'a menacée.
- Il est parti?
Bonjour, madame. - Bonjour, commissaire.
- Que s'est-il passé? - Il m'a traitée.
Il voulait me frapper. - Pourquoi?
- Il m'a dit: "Sale pute!
"T'es qu'une putain. Je vais te couper ta tête.
"Si je pète les plombs, je vais te frapper."
J'ai pris un couteau pour me défendre.
Je l'ai mis dehors. Sinon, je le plantais.
- Il vous a frappée? - Ça va pas, non? Il a eu peur.
- Où on peut le trouver? - J'en sais rien.
J'en veux plus de ce gosse.
J'en ai plus rien à foutre.
- Il vous a frappée? - J'ai des gosses.
Désolée, je dois me défendre. - Aidez-nous à le retrouver.
- Allez au bout de la rue. Vous le trouverez à faire le con.
- Tout droit. Passez sous le pont du Plançon.
Brouhaha animé
...
- Farid, ramène-toi.
Les jeunes crient.
Farid crie.
- C'est bon!
C'est bon...
- Donne tes mains.
- Pourquoi tu cours? - J'ai le droit.
- Je t'interpelle, tu t'arrêtes.
- Tu vas passer la nuit au poste.
- Bon... Moi, je vais rentrer à pied.
- T'as disparu pour fumer du shit. T'étais pas à l'identification.
Délit de fuite. Tu frappes ta mère.
Tu accuses Marco alors qu'il était jugé à Lille.
- Ils mentent.
- Marco était chez le juge. Les collègues du palais le disculpent.
Et Mohamed, il bossait. - C'est sûr
à 90 %!
- Je veux du 100 %. Pourquoi tu accuses Marco et Mohamed?
- Tout le quartier dit que c'est eux. Même eux, ils l'ont avoué.
- Tu les as balancés pour te planquer.
J'ai pas la preuve que t'as mis le feu. Mais je t'ai vu.
- T'as rien vu. - Là, je te vois.
- Ferme tes yeux. - Je te vois.
Regarde-moi! Je suis là pour 5 ans.
Bouge un doigt de pied,
je te mets au trou.
Il frappe.
- Bonsoir, tu vas bien? - Ça va et toi?
- Elle est là? - Oui. Avec son copain, Éric.
- Bonsoir.
- Bonsoir.
- C'est qui, lui? - Je sais pas du tout.
- Vous avez une voiture?
- Oui, pourquoi?
- Attendez dans votre voiture. Je veux parler à Sophie.
- Sophie, elle parlera pas.
- Bâtard, t'as fait venir la police.
Tu me trahis. T'es un putain de lâche.
Tu te couches devant les h'nouches.
T'as peur de mon père, des flics. - Silence!
- Viens, on dégage.
- Écoutez, jeune homme... Je suis pas ici pour m'amuser.
Mademoiselle est mineure et en fugue.
- En fugue? - Je suis chargé de l'enquête.
- C'est mon père qui m'a signalée?
- Il est pas venu.
- Quoi? - La plainte court toujours.
Il est pas venu. Donc, vous êtes en fugue.
Jeune homme, vous attendez dehors.
Sinon, vous allez avoir des difficultés.
Sophie... Ou ça se passe bien, ou on t'embarque.
Et le problème est réglé.
- Vas-y. - Ouais, je sors.
Je t'attends dehors.
- J'ai changé de nom.
- Ah bon?
Tu t'appelles comment?
- Je m'appelle Soufia Hami. - Soufia Hami?
- Parfaitement.
- T'en veux plus à ton père?
Pourquoi t'as fugué? - J'ai mes raisons.
- Tu veux pas m'en dire plus? - Non.
Je préfère que tout ça reste pour moi.
- Tu veux pas qu'on t'aide?
- Tout va très bien.
T'as grossi? - Oui, j'ai grossi.
- Je veux dire...
T'as l'air en bonne santé. T'étais trop maigre avant.
T'as encore de l'eczéma?
- Moins. - Montre-moi
ton cou. Tourne-toi.
- Les plaques, ici, elles sont parties.
- Une photo, je peux?
- Je m'en fous.
- Tu t'en fous?
Tu fais ta coquette?
- Non. Je vais la montrer à tes parents.
T'es d'accord? - Je m'en fiche aussi.
- Tu t'en fous de tout.
Alaouane, je le connais. Il te l'a dit?
Il allait en boîte avec mon frère.
C'est vrai ou pas? - C'est vrai.
- Pourquoi tu te marres? - Je sais pas. C'est marrant.
- J'avais une dizaine d'années.
Ton oncle, c'était un prince.
En boîte, ils nous laissaient pas rentrer.
- Je me souviens.
- On faisait 100 km jusqu'à Ostende. Et ils nous disaient: "Tu rentres pas."
On restait devant comme des chiens.
C'était marqué sur la vitrine: "Interdit aux chiens et aux Arabes."
- C'est vrai.
C'est vrai, malheureusement.
- On rigolait devant la boîte de nuit et après, on essayait à Blankenberge,
à Knokke... Tu vois, ton oncle...
Il a un passé.
Il a galéré. Et toi, tu lui parles mal?
- Je sais qu'il a galéré. Et je peux être gentille.
Là, c'est les nerfs. - Alors, regarde-le comme un prince.
Baisse les yeux.
- Tu sais, je t'aime de trop.
- Quoi?
- Je dis: "Je t'aime de trop."
- Je sais que tu m'aimes. Moi aussi, je t'aime bien.
Musique majestueuse Cheval au galop
...
- Il a quel âge?
- Il a pris deux ans au printemps.
Il est entier, pas chaud...
Un cheval facile, jamais un coup de sang.
- Il s'appelle comment?
- Balios. Il a déjà gagné deux courses.
- Un cheval d'avenir?
- Un cheval d'avenir. On peut le dire comme ça.
Venez le voir courir au Croisé-Laroche.
- Faudrait le couvrir, il va prendre froid.
- Vous vous déciderez après.
- Je viendrai, oui.
*Bip
*-TN 120 pour TI 120.
*TN 120 pour TI 120.
- Daoud. *-Bonjour, c'est Watteau.
*On a reçu un viol, une gamine dans le métro.
- Le type de Lille?
*-Ça y ressemble, mais c'est chez nous. La victime est arrivée.
- Ce sera pour Benoît, mais je veux parler à la fille d'abord.
*-D'accord. - J'arrive.
Appelez Lille et Tourcoing. Réunion ce soir chez le juge.
Après la déposition. *-Reçu.
Il démarre.
La fillette pleure doucement.
- Elle a vu un médecin? - Bien sûr.
- Bonjour.
Moi, c'est Yacoub Daoud. Toi, c'est comment?
- Elle s'appelle Agathe Ponchel.
- Tu es qui? - L'infirmière du collège.
- D'accord.
Agathe, on va appeler tes parents.
- Non, j'ai pas envie. Vous leur dites rien.
- Tu vas aller voir Benoît. - Non, je le connais pas.
- C'est le meilleur pour les viols.
D'autres filles ont été attaquées.
C'est toujours difficile.
Mais quand ça arrive, Benoît retrouve toujours le coupable.
Et moi, je le punis.
Regarde-moi.
Tu as eu peur?
- Oui, j'ai eu peur.
- Alors, maintenant, on va l'attraper.
Et il attaquera plus personne.
- Benoît. Daoud te confie la plainte.
La gamine a 13 ans. - 13 ans? Putain!
Pourquoi y a pas de femme aux mineurs?
- Corinne sera là, mais Daoud veut un officier.
- Bloque les vidéos. - C'est fait.
- Tu veux bien me le prêter? Merci.
Tu t'occupes du bornage? - Ça marche.
Simon, lance un bornage. C'est le téléphone de la petite.
- Elle pipeaute? - Non, je crois pas.
- C'est bon, Agathe?
On peut y aller?
On reprend?
Tu sors de l'ascenseur, tu arrives au quai vers Tourcoing.
C'est à ce moment que tu le vois?
Il était comment? Tu le reconnaîtrais?
- C'est important. - Jeune, vieux?
Noir, blanc?
Il y avait personne d'autre?
Donne-moi des informations.
J'en ai besoin. Quand est-ce que tu l'as vu?
Toi, tu étais en bas des marches?
- C'est là qu'il m'a attrapée par les cheveux.
- À partir de là, c'est l'agression. Ça a eu lieu là?
- Plus haut. - Là?
Dis-moi à quel niveau il t'a fait remonter.
Musique sombre
- C'est là. Il a baissé son pantalon et...
- C'est bon, on s'en va. Tu peux la ramener?
Ils sont sortis des vidéos. On aura aucune image.
- Il connaît bien les lieux.
- C'est le même modus operandi.
- Sur les cinq viols? - Oui, avec des variantes.
Jamais de portable. On peut pas le tracer.
Il sort de la vidéosurveillance pour sévir.
On a juste une silhouette sur une caméra à la sortie.
Illisible. Même chose que d'habitude.
Toujours l'écharpe blanche. - Nature du viol?
- Par fellation. - Pas d'accent?
- Il parlait mal français. - Une cagoule?
- Pas de cagoule.
- Donc, on cherche un Nord-Africain,
18-25 ans, 1m70-1m80,
un blouson bleu à fermeture éclair.
Avec un accent arabe ou de banlieue.
- Je merde tout depuis mon arrivée.
J'ai juste coffré
quatre balances minables.
J'ai dû m'excuser auprès de Kovalki.
Et Farid m'a échappé. - T'as rappelé
les témoins de l'incendie?
- Non, elles étaient bourrées.
Elles ont peur et préfèrent se taire. - Louis!
Tu n'es pas noté sur les résolutions de cas,
mais sur le maintien de l'ordre.
Alors, maintiens l'ordre.
- M. Daoud, souhaitez-vous autre chose? - Non, merci. J'y vais.
- Je vous débarrasse? - Allez-y.
Musique sombre
...
- Ces derniers jours, je suis écrasé de fatigue.
Ma vie s'est rétrécie.
Cent fois, j'ai frappé aux portes de cette ville.
Elles s'ouvrent sur des femmes, voilées,
battues ou triomphales.
L'hôtel ne doit pas redistribuer
le courrier. Écrivez-moi directement au commissariat.
Tout s'effondre.
J'ai besoin de votre aide.
- Votre fille va mieux. Elle n'a plus d'eczéma.
- On est rassurés.
- Elle se sent pas bien chez vous.
Et ça provoque l'eczéma. - Mais elle va revenir?
- À sa majorité, elle changera de nom. Elle veut plus s'appeler Duhamel.
Elle a demandé à s'appeler Hami. Soufia Hami.
- Ah bon? Pourquoi?
- Car ça colle à son identité maghrébine.
Vous saviez pas?
- Ça m'étonne, mais bon... - Vous avez de la chance, M. Hami.
Vous voulez voir une photo?
Regardez.
Celle que j'ai prise.
Mignonne, non? - Je sais pas.
- Vous savez pas?
Et elle a laissé pousser ses cheveux.
- Avant, elle voulait les couper.
- Monsieur, où elle a dormi quand elle était partie?
- Par ci, par là. Au foyer.
- Vous l'avez vu, le foyer?
- C'est mieux que dormir dans la rue.
- Vous avez vu qui va là-bas?
- Faut se dépêcher: il va rentrer en cellule.
Je vous laisse passer.
- Il a maigri. - Il fait plus trop de sport.
- Des nouvelles de sa famille?
- Il a appelé l'Algérie cette semaine. Il était content.
- Il traîne pas trop avec les radicalisés?
- Non. Les barbus restent entre eux.
Ça vous dirait de lui parler?
Interrupteur
- Vous m'emmenez où?
- C'est bon, Brahim. - Vas-y!
Ramenez-moi en cellule. - Allez, assieds-toi.
- Reste assis.
- Je veux pas le voir! Je veux pas le voir!
- Regarde bien ton oncle.
- Doucement. Brahim gémit.
- Regarde ton oncle dans les yeux.
- T'es mort pour moi.
Et je parle pas aux morts.
Fous le camp! Fous le camp d'ici!
Fous le camp!
- Laissez-le partir.
Il gémit.
- C'est vous qui l'avez fait tomber? - Jamais.
Cris de détenus
- Pourquoi il vous hait comme ça?
- Je sais pas. Ses parents... ...
Les parents de ses parents... ...
Je sais plus. ...
Impressionnant, le boucan qu'ils font. - Oui.
Sonnerie
*-Police Roubaix, bonsoir. *-Allô ?
- Allô?
*-Claude Debruyne, 4 rue des Vignes. Je suis venue l'autre jour.
*On entend du bruit dans la cour. On a peur.
- Calmez-vous. Vous êtes où?
*-4 rue des Vignes. On entend des bruits de glace.
*On s'est enfermées avec les chiens. On bouge plus.
- Restez chez vous. Je vous envoie une patrouille.
Sirène
- Madame Neuveux?
Madame Neuveux?
Lucette?
- Police! Qu'est-ce que tu fais là? - J'appelle Lucette.
- Pose ton sac.
Pose ton sac, je te dis.
Lève les mains.
C'est toi qui nous as appelés? - Non, je rentre du boulot.
- T'es rentré chez elle? Mains sur le mur.
- J'ai appelé, elle répond pas. - T'as pas cassé la porte?
- Non. Moi, je rentre du boulot. J'habite là.
- Donne ta main.
- Je finis. Monte.
Mets-toi contre le mur.
- Ho! Vous me faites mal. - Tais-toi.
Laisse-toi faire.
- Madame, c'est la police!
Madame?
Madame?
Appelle les pompiers.
- J'appelle? - Oui, appelle.
- TN 59, TS120, vous faites rapidement appel aux SP.
On a une dame qui, semble-t-il, est blessée.
- Bonsoir, M. Daoud.
- Quand je suis arrivé du boulot à 5h, la porte était ouverte.
On voyait qu'elle avait été fracturée.
- Bonsoir, patron. - Bonsoir.
Le légiste est là?
- Il termine l'examen du corps.
- Effraction?
- Oui, juste là. Sûrement au pied de biche.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- On peut voir son visage?
Cause du décès?
- Traces de strangulation sur le cou.
Je vous confirme après l'autopsie. - Un meurtre?
Elle avait quel âge? - 83 ans.
On a retrouvé ses papiers en bas.
On y va?
- Je peux entrer?
Musique triste
...
Vous avez retrouvé un pied de biche,
une barre à mine ou une pince coupante? - On a rien trouvé.
...
- Où sont les voisines qui ont appelé?
- Au fond de la cour.
- La maison brûlée était en travaux: elles auront piqué les outils.
- Qui ça? - Les deux femmes de l'incendie.
Montrez-moi leur maison. - Le numéro 11.
- Allez les chercher.
Elles ont brûlé la maison y a 5 jours.
- Pourquoi elles ont fait ça? - Pour effacer leurs empreintes.
Il faut les séparer. Auditionnez celle qui a un enfant.
- Claude?
- Claude. Je veux lui parler. Placez l'autre en garde à vue.
Amenez-la dans le bureau, doucement. Pas d'avocat maintenant.
Je veux la voir avant.
- Tiens, Marie. À dans une heure.
- Allez, viens.
- Pourquoi vous l'embarquez?
- Vous avez appelé la police? - Oui, mais pourquoi l'embarquer?
Musique sombre
...
- Je vais vous détacher.
Vous vous sentirez mieux.
On y va.
Votre nom, c'est...
- Marie Carpentier.
- Marie Carpentier. - Oui.
- Vous êtes placée en garde à vue. Vous avez le droit
de garder le silence.
- Pourquoi je suis là? J'ai fait quoi?
- Vous voulez être examinée par un médecin?
- Je veux pas de médecin.
- Prévenir des proches?
- J'ai personne. J'ai que Claude.
- Vous voulez un avocat?
- Mais non! J'ai rien fait.
Je veux juste partir.
Ça va durer combien de temps?
- C'est parti pour 24 heures. Ça peut aller jusqu'à 48.
- Pourquoi vous me gardez? - Madame...
en garde à vue, on se parle un peu
et ensuite, vous rentrerez chez vous.
Signez la notification de vos droits et votre refus d'avoir un avocat.
- Je veux pas d'avocat car je suis innocente.
C'est ridicule.
- Vous pouvez vider vos poches?
- C'est n'importe quoi. Vous me traitez comme si je suis
une criminelle, alors qu'on vous a prévenus.
On vous a appelés.
On s'est fait attaquer, et voilà.
Elle va venir quand, Claude? - On l'interroge ailleurs.
Vous la retrouverez après votre audition.
- C'est quand?
- "À mon Armand d'amour adoré,
"que j'aime à la folie
"et qui pense sans cesse à toi.
"Lucette, 6 mai 1953".
Elle habitait déjà la courée: c'est la même adresse.
- Pourquoi des menottes?
- Pour être près de toi. Je t'écoute.
- Vous allez pas me croire... - Pas avec moi.
- Je vous jure.
- Vous êtes rentrées.
- Je suis pas rentrée dans la maison. - Si. Vous deux.
- Je suis pas rentrée.
- Elle est rentrée seule? Pourquoi?
- Elle est rentrée pour chercher son porte-monnaie.
- Pour prendre l'argent. - Et me rembourser.
- Si j'apprends qu'on t'a vue
dans cette maison...
- Je suis pas rentrée dans la maison. Sur la tête de mon gosse!
- T'es pas rentrée? - Non.
- Et ton amie?
- Quand elle me l'a dit,
je dormais. - Quelle heure?
- Je sais plus... 10h30-11h.
- Et à ce moment-là, tu le savais?
Soupir - Je dormais, moi.
Je suis sous somnifères. Je me souviens plus.
Elle me l'a dit qu'après.
- Elle t'a réveillée? - Oui.
Elle m'a dit: "J'ai fait ça à Lucette."
- Elle lui a fait quoi?
- Elle m'a dit: "J'ai pas trouvé son porte-monnaie en bas."
- Mais Lucette est morte.
- Je le savais pas. Elle me l'avait pas dit.
Vous me l'avez appris ce matin.
- Et qu'est-ce que Marie a récupéré?
- Des conneries, des boîtes pour chat.
- Joue pas avec ta vie comme ça. - Je vous dis toute la vérité.
Et ça me fait mal car elle risque perpète.
Mais elle m'en a fait voir. - Tu seras pas avec elle.
Tu as un enfant. - Venez voir ce qu'elle a pris.
- Je comprends pas ce que je fais ici.
- Vous êtes en garde à vue. - Oui, justement.
On y est pour rien. Qu'est-ce qu'on fait là?
- C'est ce que vous dites. Arrêtez de m'agresser.
- N'importe quoi.
C'est nous qu'on a appelé la police
et c'est nous qu'on est en garde à vue. - On reprend.
Donc, c'est à cause des chiens. C'est ça?
- Oui, car ils ont trop insisté quand ils ont aboyé.
- Et le fait qu'ils insistent, c'est suspect?
- Ben oui. - Ben oui.
- Après, vous vous êtes réfugiées là-haut?
- D'abord, on a regardé dans la salle de bains.
Vous allez répéter comme ça
tout ce qu'on a dit dans la déclaration?
Je vous réponds plus. Vous avez toutes les déclarations.
- D'accord.
Pour quelqu'un qui a rien à se reprocher...
- Oui, j'ai rien à me reprocher.
- C'est vous qui le dites. - Bien sûr.
Entre nous et Lucette, ça va très bien.
- "Allait très bien." C'est du passé maintenant.
Pourquoi vous avez pas frappé à sa porte hier après-midi
pour savoir si ça allait?
Si vous vous inquiétiez depuis deux jours
pour Lucette... - J'ai pas pensé à frapper à sa porte.
- Vous y passez l'après-midi dans cette cour.
- Déjà, on a pas passé toute l'après-midi.
On est restées un moment, mais pas tout l'après-midi.
J'ai pas dit ça. - Alors, combien de temps?
- J'en sais rien.
- Ben, moi non plus. Moi, j'étais pas là!
- Que faisiez-vous hier après-midi?
- J'en ai marre... J'en ai marre.
On est parties chercher le fils
à Claude. Après...
Je suis partie à l'hôpital, et on est rentrées à la maison.
- Qu'avez-vous au bras?
- Pas au bras, à la main.
J'ai tapé dans le mur.
- Pourquoi vous avez tapé dans le mur? - J'aime pas le dire.
Je me suis énervée à la CAF.
Ils étaient en train de me rendre folle avec les papiers.
- Faites sortir les chiens.
On va voir les produits que sa copine a ramenés.
Les chiens grognent.
- Ça, elle l'a volé.
Ça aussi.
Ça, je sais plus.
- Elle est pas à toi? - Non.
- Y a quoi dedans? - J'ai pas regardé.
- De la javel.
- Je vais regarder si y a pas autre chose.
Ça aussi.
Et elle a utilisé ça pour ouvrir la porte.
Qui va s'occuper de mon fils?
- Il est où? - Il vient demain.
- Si tu n'es pas là, y aura une assistante sociale.
Tout ira bien pour ton enfant.
Musique intrigante
... - Très bien. On va faire les photos.
Vous vous redressez. Regardez bien devant vous.
...
... Très bien.
...
Vous vous mettez sur votre profil gauche.
... Voilà, vous tournez.
... Vous regardez bien devant vous.
...
Je vais vous mesurer. Contre le mur, les jambes serrées.
... Regardez bien devant vous.
...
... - Je vais rester combien de temps?
- Le commissaire Daoud va bientôt arriver. Venez.
...
... Laissez-vous faire.
...
... Posez bien à plat.
... On va faire la paume.
...
Voilà.
Je vais faire que la droite, comme vous êtes blessée sur la gauche.
...
... Je vais prendre votre ADN.
Regardez-moi. Ouvrez grand la bouche.
... Ouvrez la bouche. Ouvrez.
... Vous fermez dessus.
... Salivez bien sur la sucette.
... Encore.
... Ouvrez.
... Je vais prendre sur les côtés.
...
... C'est fini.
...
... Enlevez votre ceinture.
- J'en ai pas. - Vous en avez pas?
... Mais ce cordon, vous me l'enlevez.
... Enlevez votre cordon.
... Vous avez bien vidé vos poches?
- Oui. - D'accord.
... Vous portez un soutien-gorge?
...
- Oui. - Vous me l'enlevez aussi.
...
... Je dois vous fouiller.
...
... Levez les bras.
...
... - Madame...
... J'aime pas ça.
... - C'est bon.
...
... - C'est bien vos affaires?
Vous êtes asthmatique? - Non.
...
... - Venez.
... Attendez.
...
- Il faut prévenir Claude. - Vous inquiétez pas.
...
Vous enlevez vos chaussures?
...
... Tu peux fermer.
...
... Cliquetis
...
... ...
...
... La porte claque.
- Vous avez quelque chose?
- Des ecchymoses sur le cou et une cyanose en pèlerine.
Asphyxie par strangulation.
- Des traces ADN?
- J'ai fait des prélèvements d'ongles: pas de lésions de défense.
- Elle s'est pas débattue.
Le larynx?
- Suffusions hémorragiques, mais pas de fractures.
Elle a juste étouffé.
- Vous étiez à l'autopsie?
- Où en est l'enquête de voisinage? - C'est en cours.
- L'autre fille a piqué des trucs. - Marie?
Elle a pris quoi?
- Vous voulez pas le savoir.
Que dit Marie?
- Elle est en cellule.
- Vous allez entendre Claude. Vous la connaissez bien.
Moi, je vais parler avec Marie. Un peu.
Après, je vous rejoins.
Brouhaha des détenus
...
- Viens avec moi.
Je prends les pinces.
Tu relèves ton pull?
Ça va? T'as pu dormir un peu?
- Je savais pas dormir.
- Le commissaire va te laisser trois minutes pour réfléchir.
Il voudra pas de bobards. Ne me fais pas honte.
Je suis pas venu te chercher pour rien.
Fais pas de conneries.
On rentre là.
Assieds-toi.
- Je peux avoir une cigarette?
- Oui, tu peux.
Et la prochaine dépendra de toi.
- Tiens.
- Tu es lucide, là?
- Oui.
- Tu sais d'où je viens?
J'étais avec ton amie, Claude.
- C'est maintenant qu'il faut lui parler.
- Tu sais pourquoi Claude est restée plusieurs heures avec moi?
Claude a fait des révélations, on va appeler ça des révélations...
qui te compromettent.
En l'état actuel, tu es mal barrée. - Mais...
- Laisse-moi finir. Je t'expliquerai après pourquoi.
Si toi, de toi-même, tu ne te défends pas,
si tu persistes à mentir...
- Pourquoi vous... - Non, attends.
On a des moyens techniques, des relevés d'empreintes, d'ADN
qui vont nous aider.
C'est pas le fait de porter des gants qui empêche les traces.
- Oui, mais... - J'ai pas fini.
Je veux que tu arrêtes tes mensonges.
- T'as compris ce qu'on sait maintenant? Ho! Tu l'as compris?
Je l'écris pas, regarde.
Je te promets.
- Vous m'accusez comme si j'ai fait un meurtre.
- MAIS NON!
- Arrête! - On t'accuse pas de meurtre.
- Je te l'ai dit? Je t'ai accusée?
- C'est comme si... - T'as compris ce qu'on sait?
Sur ce qui est la vérité?
- En clair, tu as commis un vol.
Tu vas finir par nous l'avouer. Ça me paraît évident.
Y a trop d'éléments contre toi.
Mais si déjà, tu nous mens pour le vol,
nous, on va imaginer que tu es liée à la mort de Lucette.
- J'ai fait des bêtises, mais je suis pas une criminelle.
- Oui, mais t'es une voleuse. - Oui.
- Ben voilà!
- Très bien. Alors maintenant, tu bois un coup.
- Bois un coup, il te dit. Vas-y.
- Et réfléchis bien.
- Attends.
- Attends, il va t'aider.
- Donne-moi ça. Bois un coup.
C'est bon?
Respire un grand coup. Maintenant, il faut que ça sorte.
Dis-nous la vérité. Tu vas te sentir bien mieux.
Allez, vas-y.
- J'ai pris la télé.
- Eh ben voilà, putain!
Tu mets une heure pour nous dire enfin la vérité!
- J'ai rien à voir avec la mort à Lucette.
Je suis pas une criminelle.
- D'accord.
Pendant que tu prends la télé, Claude, elle fait quoi?
- Elle fouille. - Elle fouille?
Tu l'as vue prendre des choses?
- Non, j'ai rien vu.
- Donc, tu sors avec la télé?
- Oui. - C'est pas possible toute seule!
C'est trop lourd avec ton bras. Impossible!
- Il a raison.
- Je sais, c'est... - Tu fais comment?
- Elle était à l'intérieur et elle me l'a donnée.
- Et après, t'as fait quoi?
- Je l'ai cachée. - Où ça?
- En face. - Où ça, en face?
- Dans la douche.
- Chez toi? C'est pas possible.
- Ben, chez Angelo.
- Et ensuite, qu'est-ce que tu fais?
- Après, on est rentrées. C'est tout.
C'est la vérité.
C'est la vérité.
Pas à l'approche
- Il est où, le commissaire? - Avec Marie.
Il reviendra après. Claude...
Marie était pas toute seule chez Lucette.
Pour moi, t'étais avec elle.
- Non. - Si, mais tu veux pas le dire.
Je dis pas que tu l'as tuée, mais t'étais dans la maison
et t'as aidé Marie à voler. Elle a pas pu faire ça
toute seule, c'est clair.
Et quand Marie dit: "Claude était là. J'ai fait quelque chose d'horrible.
"Je l'ai fait, mais j'étais pas toute seule",
je la crois.
- J'ai dit tout ce que j'ai vu, tout ce que je sais.
J'ai rien à avouer. - Avouer quoi?
Que t'étais dans la maison?
- Oui. Si je le dis, c'est un aveu.
- C'est pas pour autant que tu la tues. - Non,
mais j'étais pas dans la maison. - Si!
- J'y étais pas. - Claude, tu me gonfles!
Tu m'énerves. Tu comprends ce que dit le lieutenant?
Ta copine dit que tu y étais.
T'as volé aussi. Réveille-toi. - Elle comprend rien.
Elle écoute pas. Tu comprends ce qu'on dit?
- J'attendais Marie dans ma chambre.
- T'es pas entrée? C'est pas sa version. - Arrête!
Arrête de nier.
- Donc, vous entrez. À deux.
Vous visitez le bas.
Vous commencez à prendre sur le bas.
Et puis, grisées par l'alcool
et aussi un peu grisées par votre réussite du bas,
vous décidez d'aller voir là-haut.
Peut-être.
- On croyait y trouver des choses plus intéressantes.
- Intéressantes?
De l'argent, des bijoux?
Vous étiez cassées?
- Cassées? - Oui, vous aviez fumé?
- Oui, on avait fumé.
- Du shit? - Du shit.
- T'as compris qu'on savait ce qui s'était passé?
- Ben non.
Franchement, non.
- T'as compris qu'on est pas ici avec rien?
Claude, elle nous a dit des choses.
Hein? - Elle nous a montré certaines choses.
- Elle nous a montré certaines choses.
On a des éléments matériels qui font que t'es dedans.
- Tu peux nous laisser?
- Bien sûr.
- Alors, Marie...
Est-ce que c'est toi qui as fait une bêtise
ou est-ce que c'est elle?
- Ou vous étiez à deux?
- Ou comme le dit Benoît, étiez-vous à deux?
Ça, on le sait pas encore.
Mais si c'est toi, il faut que tu me le dises.
Dis-le-moi.
Parce que Claude, elle finira par nous le dire.
Mais si c'est elle qui est coupable,
alors il faut que tu me le dises.
Car Claude, elle avouera jamais.
- Ben, on était à deux à voler.
- Oui, mais pour Lucette?
- On a rien fait.
- C'est pas possible!
La pauvre avait 80 ans. C'est pas vrai!
On peut pas revenir dessus.
- Je vais pas avouer un meurtre que j'ai pas commis.
- Qui l'a fait?
Qui l'a fait? C'est Claude?
- Non.
On a pas touché à Lucette.
- Il s'est passé quelque chose?
- Pourquoi ton amie Claude dit que c'est toi qui l'as tuée?
Réveille-toi, ma pauvre. T'es dans la merde!
- Marie, arrête! Faut que ça sorte. Parle.
- Parle, il te dit.
- Tu sais, Marie,
je m'énerve jamais.
Je suis très calme, tout le monde te le dira.
J'aime pas m'énerver: ça m'irrite.
Alors maintenant, on va tous se calmer.
Tu veux une clope?
Tu vas fumer une clope.
- Tiens.
- Pourquoi elle m'a chargée comme ça?
- Elle veut se défendre.
Marie, réveille-toi.
- Parle maintenant.
Respire un bon coup.
Vous êtes là-haut.
Que se passe-t-il là-haut?
- D'abord, c'est elle qui a eu l'idée.
D'elle-même. C'est elle qui a décidé.
- Décidé de quoi?
- D'y aller et de tuer.
- Comment ça s'est passé?
- Euh...
Dans la pharmacie en bas,
Lucette avait du Tercian liquide.
Et elle a dit: "On va lui faire absorber ça."
Et après...
On était à deux à l'étrangler...
À l'étrangler.
- Vous l'avez étranglée à deux? - Oui.
- Étrangler, c'est un acte avec les mains.
C'étaient ses mains, les tiennes, ou vos quatre mains?
- Nos quatre mains.
On était à deux.
- Tu veux te reposer?
Tu vas te reposer et tu vas manger un peu.
On va t'apporter quelque chose.
Je te laisse. Je reviens.
La porte claque.
- Des témoins? - Une femme dans la courée.
Elle a vu Claude essayer de rentrer chez la vieille.
- Et que dit Claude? - Elle nie tout.
- Ces choses, je les ai pas faites. - Si!
- Pourquoi tu bloques sur "avouer"? Je te parle pas d'avoir tué
quelqu'un, mais d'avoir été présente dans la maison.
- C'est déjà trop. Y avait pas à être présente.
- Mais t'as voulu y aller avant.
- Oui, mais y a une différence.
- Elle était pas morte.
- C'est pas ça. - La différence, c'est qu'on t'a vue.
Et ça te fait chier.
- C'est pour ça que t'es pas rentrée.
- Ça me fait pas chier.
Oui, on m'a vue. Mais je voulais voir... - Voir quoi?
Tu voulais faire quoi?
- Voir si Lucette allait bien.
- Ça, tu t'en fous.
Arrête! - Je m'en fous pas.
- Quand la voisine t'a vue, t'as fait quoi?
- J'ai regardé.
- Et t'as continué?
- Ben non. - Ben non.
Forcément, t'as été vue.
Et t'étais plus inquiète pour Lucette?
Arrête!
- Claude.
Marie a parlé.
Maintenant, dis la vérité. Dis la même chose qu'elle.
On fait une confrontation à deux.
Vous vous accorderez sur l'essentiel.
Arrête de nier. Tu vas prendre.
Et tu vas prendre le plus,
parce que tu joues l'innocente.
Marie, elle dit tout.
Elle s'implique dans un meurtre.
Elle nous a dit: "J'ai commis un meurtre.
"Et mon amie était avec moi."
- Ça, c'est Marie. Elle dit n'importe quoi.
- Pourquoi? Parce qu'elle est amoureuse de toi?
C'est pas grave, ça. Pourquoi elle t'accuse si elle t'aime?
- Je sais pas.
- Parce qu'elle me dit la vérité.
Je vais devoir y retourner.
J'ai promis à Marie de pas la laisser seule.
Mais réfléchis à tout ça.
Daoud s'éloigne.
La porte claque.
Marie?
Marie?
Réveille-toi.
On va reprendre.
T'es prête?
Pourquoi vous l'étranglez?
Qui décide de l'étrangler?
- Claude a voulu qu'on le fasse.
- Elle te l'a dit?
Elle renifle.
- Oui.
- Qu'est-ce qu'elle a dit?
- Elle a dit: "Faut la tuer."
- Elle a dit ça?
"Faut la tuer"?
- C'était prévu déjà depuis l'après-midi.
- De quoi, de la tuer? - Oui.
- Et t'as dit: "Oui, d'accord"?
- Moi, j'ai dit: "Oui, d'accord."
- C'est bien, tu te sors de la merde.
Elle pleure doucement.
- Je voulais pas...
Je voulais pas l'enfoncer.
- Parce que c'est ta fiancée?
- Oui, c'est vrai.
- Ça va mieux?
Ça commence à sortir.
Tu veux boire quelque chose?
- Je vais te chercher un café.
- Donc,
Lucette boit le Tercian.
Et là, Claude te rappelle qu'il faut la tuer.
Continue de m'expliquer. - Ben voilà, c'est...
Quand Lucette s'est réveillée, on pouvait plus reculer.
- D'accord.
- Il fallait aller jusqu'au bout. Y avait plus le choix.
Elle lui a fait absorber le Tercian.
Et...
Elle renifle.
Elle l'a fait allonger sur son lit et elle a dit:
"C'est le moment."
Et on l'a étranglée à deux.
- Comment?
Marie, vous avez fait comment?
- Je l'ai prise par la gorge.
Et elle, Claude, elle lui a mis le coussin dessus.
- Donc, toi, tu l'as étranglée...
au niveau du cou. Et Claude a mis le coussin?
- Et elle lui est montée dessus aussi pour...
- Elle est montée sur elle? Comment?
- À genoux.
- À genoux sur son visage?
- Oui, pour appuyer.
- Ça a duré
combien de temps?
- Un petit moment, quand même.
Dix minutes, peut-être.
Un petit peu plus.
- Tu veux voir un avocat? - Non, je veux dormir.
Je suis fatiguée.
- On va te ramener en cellule.
Demain, quand ce sera terminé, je te trouverai un avocat.
- Je dois mentir pour me soulager? - Non.
On t'explique. - Dire la vérité, c'est ton intérêt.
Je suis sûr que t'étais là. Marie le dit.
Ton intérêt, c'est de dire: "J'étais là.
"J'ai volé, mais j'ai pas tué.
"C'est elle qui l'a fait." Ça, c'est crédible.
- Tu parles pas, c'est 20 ans. Sinon, c'est 5 ou 6. Tu choisis.
- Vous me forcez la main.
- Mais non! - Tu vas t'enfoncer.
Je pense à ton gosse. Ton fils a six ans.
Il va se retrouver tout seul. Il comprendra rien à rien.
Claude.
Claude...
Sauve-toi,
Claude.
- Vas-y, parle! Arrête d'être bête!
- Sauve-toi.
Soupir
- Je suis rentrée.
- On sait déjà que t'es rentrée.
Tu nous apprends rien, là.
Et le juge, il fera quoi?
Tu vas prendre le max, ma grande.
- Et puis, j'ai vu...
Oui, j'ai vu. - T'as vu, et après?
Ça, on le savait déjà.
- T'as vu quoi?
- Ce que j'ai fait dans la maison?
J'ai regardé dans les boîtes.
J'ai pris un porte-monnaie.
- Ça, on le savait. Et après?
- Après, j'ai fouillé partout.
On est montées pour voir si Lucette dormait.
Mais elle s'est réveillée.
Et Marie l'a tuée.
- On y arrive.
- Je peux avoir un verre d'eau? J'ai les lèvres sèches.
- Oui.
Eh ben!
Tiens. - Merci.
Soupir
Elle renifle.
Musique majestueuse
...
Où on va?
- À la Madeleine. Tu vas dormir là-bas.
- Et Marie? - À Roubaix.
- On va me libérer quand?
- Je ne sais pas. Demain, y a la confrontation avec Marie.
Qui a fait quoi. - J'ai tout dit, monsieur.
- Pour ce soir, c'est terminé.
- Et mon fils?
- Je te l'ai promis: on va s'en occuper.
Son père en a la tutelle?
- Il est en foyer. - Ah...
C'est bien, je t'assure.
- Claude?
Hé, Claude?
Claude?
Claude?
Raclement métallique
Allez! - Claude?
La porte claque.
Hé, Claude?
Claude?
Elle tambourine.
- Monsieur Daoud?
Je vais faire de la prison? - Ça va aller.
Ce sera moins dur que la garde à vue.
Ici, ça fait peur, mais la prison,
c'est plus rassurant.
Tu seras pas toute seule.
Tu auras une télé, tu auras un vrai lit.
- J'ai gâché ma vie.
J'aurais jamais dû rencontrer Marie.
- Tu es belle.
Tu l'as toujours été, non?
- Oui.
- À dix ans, la vie était gratuite.
Tes parents, à genoux devant toi, les jolies robes,
l'admiration des copines, les garçons...
Tu devais être une petite fille rebelle.
La reine de l'école.
La reine du collège, avec des garçons autour de toi.
Les aventures...
Et un jour, tu te retournes,
et la vie est pas gratuite.
Regarde. Tu as 30 ans,
un enfant, tu bois...
Tu vis avec une femme que tu ne sais pas aimer.
Tu t'es trompée.
Fallait payer.
Moi aussi, je trouve que la vie devrait être enchantée.
Comme ton enfance.
Mais elle l'est pas.
- Au revoir, patron.
- Je vous ai apporté votre voiture.
- Je vous laisse le volant.
- Je vous dépose où?
- Vous pouvez me déposer
au bout du parc?
J'ai envie de marcher un peu.
- D'accord.
- Je vous retarde pas?
- Non, ça va. J'avais pas sommeil.
J'avais jamais vu de meurtre.
- Petit, j'adorais jouer au parc.
Qu'il pleuve ou qu'il fasse beau.
Les gosses jouent toujours ici. Ça a pas changé.
Maintenant, je viens les regarder.
Et ça m'apaise.
- Comment vous faites avec la misère?
- C'est rien, ça.
Parfois, on sait pas pourquoi,
tout s'illumine.
Vous pouvez aller vous coucher.
(-Seigneur, donnez-moi la force de pardonner.)
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Elle a mangé? - Oui, elle a mangé.
Une porte claque.
- Tu dors pas?
- Il est quelle heure?
- Il est tard.
- Vous êtes insomniaque?
- Oui.
Tu as peur?
- J'ai des idées noires.
- Repose-toi. Demain, ce sera une longue journée.
- Vous trouvez que je suis un monstre?
Hein?
- Non.
J'ai connu des filles comme toi. À l'école.
Je te connais.
Ton enfance, c'était dur?
- C'était dur, oui.
- La petite fille, un peu garçon,
qui se trouve pas belle,
au fond de la classe, en échec.
Toujours seule.
Et puis, un jour,
tu rencontres Claude.
- Oui.
- Elle est magnifique.
Mais elle est dure.
Tu as passé ta vie à souffrir.
Je veux que tu arrêtes de souffrir.
- Oui.
Musique sombre
...
...
Une porte s'ouvre.
...
La porte se referme.
...
- Je vais lire les déclarations de chacune. Écoutez bien.
Après, je veux qu'une version.
- D'ACCORD.
- Je commence par Claude.
"Dans les escaliers, on a vu que Lucette était assise sur son lit."
- Non.
Elle était levée.
- Non, elle essayait de se lever.
- Elle essayait de se lever?
- Oui.
"Elle nous a regardées avec des yeux étonnés.
"On lui a dit avoir appelé la police car quelqu'un avait forcé sa porte.
"Après, Marie m'a appelée à part
"et m'a chuchoté: 'On va lui donner le Tercian.""
- C'était pas mon idée.
- Pas ton idée? - Pas le Tercian. Pourquoi tu fais ça?
- C'est un détail.
- Mais ça fait croire que je mens, alors que non.
- Moi aussi, je mens pas. - Bon...
"Marie tenait le verre
"et lui a fait boire tout le contenu."
- J'ai fait ça? Soupir
J'ai fait ça, moi? - À deux.
On était à deux.
Je la tenais et tu l'aidais à boire.
Tu le sais, puisque t'étais là.
- Mais c'est pas moi qui lui ai fait boire le verre.
- Arrête!
Elle avait du mal à tenir le verre. Alors, tu l'as aidée.
On lui a dit: "Ça vous fera du bien.
"Vous allez dormir. La police va arriver."
- J'ai dit ça, moi?
- Moi, j'ai dit ça.
- Dites clairement qui a fait quoi.
- Claude?
Que faisais-tu là-haut?
- Je me suis assise à côté d'elle pour la cajoler.
Elle avait du mal à rester assise.
- Marie?
- C'est vrai ce qu'elle dit.
- Donc, c'est toi, Marie, qui as fait boire le verre à Lucette?
- Oui.
- "On s'impatientait. Je suis redescendue boire une Pelforth,
"car j'étais nerveuse."
- T'es restée seule
là-haut? - Oui.
- Claude, t'es descendue boire une bière?
- Je l'ai pas finie en bas. Je l'ai remontée en haut.
- "Marie.
"Marie, à ce moment-là, a complètement pété les plombs.
"Elle a dit: 'On a commencé, il faut finir.'
"Marie a pris l'oreiller
"qu'elle a trouvé sous la tête de Lucette.
"Elle l'a posé sur le visage
"et s'est mise à quatre pattes sur le corps de Lucette,
"en maintenant l'oreiller sur son visage."
(-À quatre pattes?)
Sur son corps?
- Au début, tu tenais l'oreiller.
Quand elle a crié, tu t'es mise à quatre pattes.
Rappelle-toi.
Réfléchis, et réponds correctement.
- Moi, je te ferais jamais ça.
Tu te rends compte de ce que tu dis là?
- C'est moi?
C'est moi? - J'ai pas dit ça.
Mais tu te rends compte de comment tu le dis?
À quatre pattes sur son corps?
- Oui, t'étais comme ça.
- J'étais pas à quatre pattes. - On s'en fout...
- Non! - Mais on s'en fout...
- J'étais pas... - Elle est morte.
Marie, on s'en fout
si t'étais à quatre pattes. De toute façon, elle est morte.
- C'est vrai que j'ai pris le coussin et que je l'ai...
Pour le mettre sur son visage.
- Toi, Marie, tu dis que tu l'as étouffée,
et tu rajoutes: "Claude m'a immédiatement aidée."
- Non, c'est pas vrai.
- "En fait,
"Claude a appuyé sur le coussin avec ses mains.
"Puis, elle a saisi la gorge de Lucette.
"J'ai donc mis une main sur la gorge aussi."
- Si.
- Marie, tu peux nous montrer
comment Claude a appuyé sur le cou de Lucette?
- J'ai appuyé comme ça.
Et ensuite, Claude m'a prêté main-forte.
Et ensuite...
On l'a prise à deux.
- Elle t'a prêté main-forte... Elle a fait quoi?
- Elle l'a étranglée avec moi. - Comment?
- Comme ça.
- Claude, faut que tu nous montres où tu étais.
- Vas-y. Montre-nous comment t'as fait.
- Je l'ai pas touchée. J'étais en face du lit.
Et quand j'ai vu ça, elle a porté les coups.
- Regarde celle-là! Et là!
Tu l'as pas touchée? Si, tu l'as touchée!
Ça, ça le prouve. Dis-le!
Étranglée ou étouffée, mais tu l'as touchée.
- Comme Lucette agonisait et que Marie tenait l'oreiller
et qu'elle l'étranglait,
je lui ai donné un coup de main, c'est vrai.
Mais je l'ai pas étranglée.
- Ça change quoi?
Elle pleure.
- Ça change qu'en allant l'aider,
...
je me mets...
- T'es dans la merde depuis le début! Ça change quoi?
C'est pas parce que tu l'étrangles que "tu te mets"? Rien du tout!
- Tu étais dans la maison, Claude. Tu es montée dans la chambre.
- À partir du moment où tu y es,
"tu te mets", alors arrête d'hésiter!
- On se bat pas pour t'enfoncer. J'ai pas besoin d'appuyer.
Je me bats pour la vérité. - Un complice est jugé pareil.
La même sanction.
- En plus, ils diront que c'est de la lâcheté.
- Je suis pas lâche, j'ai peur pour mon fils.
- Peur de quoi?
Soupir
- De plus le voir. - Là, tu risques pas de le voir de sitôt.
La question qui se pose...
- C'est soit tu le vois à sa communion, soit à son mariage.
C'est la différence.
Musique majestueuse
...
- C'est ici, ta maison?
- Oui.
Musique de suspense
...
- Je vous rappelle la règle:
vous allez refaire tout ce qui s'est passé,
tous les gestes dont vous vous souvenez.
Je n'étais pas avec vous. Je ne vous donnerai aucune indication.
- D'accord. - On est prêtes à le faire.
- En fait, vous jouez un rôle.
- Votre propre rôle.
- On y va?
Il enlève les menottes.
- D'abord, on a allumé là. - Montre-nous, Claude.
- On a allumé la lumière, là.
Je me suis dirigée vers la cuisine, vu que je connais mieux que Marie.
J'ai allumé la lumière de la cuisine.
J'ai dit à Marie d'éteindre là.
J'ai regardé pour voir si je trouvais quelque chose.
J'ai fouillé un peu.
Et je me suis dirigée vers la petite armoire.
J'ai ouvert l'armoire. C'est là que Marie a vu le Tercian.
Enfin... qu'on a vu le Tercian.
Et Marie a dit: "Ça, il faut le garder."
- Je peux vous refaire le geste.
- On a posé la bouteille là.
- J'ai sorti la bouteille de Tercian de la boîte.
J'ai pris la pipette. Je l'ai remplie jusqu'au bout.
Et après, j'ai pris la pipette et le verre avec moi.
- Mais avant, car faut tout expliquer,
pendant que Marie préparait le Tercian,
j'ai ouvert le four pour voir si elle y cachait son argent.
Ensuite, j'ai ouvert la boîte à pain.
Et on s'est dirigées dans son cagibi pour voir.
- Là, y avait la bière brune qu'on a prise.
- C'est ça.
On a sorti le pack et on s'en est ouvert une.
Je me trompe pas? - Oui, c'est ça.
- On a voulu voir si Lucette dormait.
Donc, on est passées par cette porte, Marie, en premier.
On avait allumé la lumière.
Musique de suspense
Et c'est là qu'on a vu Lucette.
...
- Je vais vous montrer où j'étais.
Là, y avait une table de nuit.
- Je me suis assise d'abord.
Que je dise pas de conneries... Je me suis assise là.
J'ai dit:
"Vous inquiétez pas,
"on a appelé la police."
C'est là que Marie m'a appelée. - Marie était où?
- Ben, là...
- J'y ai été.
Et elle a dit: "On lui donnera du Tercian pour s'endormir."
- Oui, j'ai dit ça. - Moi, j'ai dit oui.
Ensuite, Marie amène le verre d'eau.
- Y avait quoi dans le verre?
- Du Tercian.
- Combien?
- J'avais mis toute la pipette.
Mais je l'avais déjà fait en bas.
- Moi, j'ai aidé.
Je tenais Lucette.
Marie s'est assise là.
Vas-y, fais-le.
On lui a dit:
"Lucette, bois ça, ça va te faire du bien."
Marie soutenait le verre, et moi, Lucette
qui avait du mal à tenir assise.
- C'est toi qui as versé à boire? C'est pas ce que tu m'as dit.
- Oui, ben...
Dans les lieux, comme ça...
ça me revient.
- Ensuite, j'ai dit: "Lucette...
"Tu vas t'allonger un peu en attendant que la police arrive."
- Hm...
- Je l'ai mise comme il faut, couchée sur le matelas.
Je l'ai recouverte.
Et là,
j'ai attendu un petit peu.
On attendait, on commençait à tourner en rond.
- C'est à moi de parler?
Je peux?
- Vas-y.
- Y avait les deux coussins comme ça.
Moi, je me suis mise comme ça.
Elle était allongée, je précise.
J'ai pris le coussin.
Et j'ai fait ça.
Et je l'ai attrapée à la gorge.
- Comme ça?
C'était une impulsion?
- Comme je l'ai déjà dit, c'était prémédité.
- Pas du tout.
Rappelle-toi ce dont on a parlé l'après-midi.
Tu m'as dit "on va la tuer"?
- C'était prévu, Claude.
- Mais non!
- Ça sert à rien qu'on mente. On va...
aggraver notre cas. - Je mens pas.
La préméditation, c'est la guillotine. - Y en a plus.
- Y a pas de peine de mort.
- On prémédite pas une mort.
- Pourquoi elle mentirait?
- On est obligées.
On va jusqu'au bout.
- Regarde.
C'est encore plus criant.
Vous faites attention à elle, vous êtes pleines de sollicitude,
vous êtes super gentilles...
Et tout à coup, Marie est là et elle fait ça.
Elle fait ça.
Marie s'est pas laissée emporter. Ça colle pas, non?
Là, ça colle pas.
- Le coussin, il est là... Il faut que ça sorte, Claude.
- Oui.
- Marie... - Oui.
- Tu peux recommencer?
Musique majestueuse
...
- J'ai pris la gorge et j'ai serré.
- C'est là que Marie m'a appelée.
- Oui. Je t'ai appelée et je t'ai dit:
"Viens me donner un coup de main."
Avec mon bras, j'arrivais pas à serrer.
Je t'ai dit: "Tu viens."
- Je suis intervenue.
Parce que Lucette a essayé de se retourner.
J'ai essayé de tenir son bras.
Et après...
D'après ce que Marie dit,
peut-être qu'effectivement,
j'ai mis mes mains sur sa gorge.
- C'est comme ça qu'on l'a fait.
- Est-ce que vous diriez
que vous avez prémédité de venir ici et de faire ça?
- Oui. - Non.
On a prémédité de la voler dans son sommeil, pas de la tuer.
- C'était prévu depuis l'après-midi.
- De la voler.
- Pourquoi elle inventerait?
- J'ai pas dit qu'elle inventait. Elle a dû y penser.
- Dis la vérité, Claude.
Je risque 20 ans, moi.
- Marie. S'il te plaît, putain...
- Si c'était pas la vérité, je t'aurais pas enfoncée.
Tu sais que je voulais pas t'enfoncer.
Moi, j'ai pas voulu t'enfoncer. - J'ai pas dit que tu voulais
m'enfoncer. - Ben alors?
- On a jamais dit qu'on la tuerait.
On a jamais dit qu'on la tuerait.
(Jamais.)
Elle pleure.
- On l'a prémédité. - Non.
On l'a pas prémédité.
- On va s'arrêter là.
D'accord?
Vous en reparlerez avec le juge et vos avocats.
Musique triste
...
- Lille a appelé à l'instant. - Ils ont arrêté le violeur du métro.
- Où ça? - À Wazemmes.
- C'est bien, ça.
C'est bien.
Musique triste
...
La portière claque.
Le fourgon démarre.
...
...
...
- Surveillante!
- Ça doit faire dix ans.
- D'autres antécédents gynécos? - Non.
- Vous avez des enfants? - Oui.
Interrupteur
- Quelle cellule? - La deuxième.
- Où va dormir Claude?
- Elle sera dans une autre cellule.
- Maintenant qu'on a tout avoué, on va pas nous séparer?
- Allez, Marie.
- Je veux pas y aller.
S'ils me soûlent, je me casse du café.
- Soufia! Tu leur dis juste bonjour
et tu vois ce qui se passe.
- Vous m'attendez? - Promis.
- Bon... j'y vais alors. Je vais voir leur tête.
- Ça te fait rire, hein? - Oui.
La portière claque.
- Vous voulez le monter?
*-Bonjour et bienvenue sur l'hippodrome du Croisé-Laroche
*pour ce nouveau rendez-vous.
*Aujourd'hui, nous vivrons sept courses.
- Il peut manger avant de courir?
*Annonce de course au loin
*...
*...
- Vous avez pas trop froid?
- Non, ça va.
*-Les concurrents vont s'élancer
*dans quelques secondes. C'est le handicap...
- Vous avez parié?
- Bien sûr.
Musique douce
...
- Attention!
...
...
Musique majestueuse
...
...
...
Sous-titrage: HIVENTY
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