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Dieu soit lou� !
Un fils, enfin !
Vous avez une belle petite fille, Monseigneur.
Mais votre �pouse, ma ma�tresse bien-aim�e...
Elle nous a quitt�s
pour un monde meilleur.
Sacrifier sa vie pour ne laisser qu'une autre fille ?
Cet enfant est Oscar Fran�ois de Jarjayes,
et sera commandant des Gardes Royaux.
Vous ferez venir ici votre petit-fils, nourrice.
Parmi la dentelle et le silence, mon fils aura besoin d'un compagnon.
Andr� !
Oscar !
Quelle honte, se battre en ce jour historique !
Oscar risque d'attraper froid. L�ve-toi et �coute !
La famille royale a annonc� les fian�ailles du Dauphin
et de la princesse Marie-Antoinette d'Autriche.
On dit qu'elle a l'�clat d'un rayon de soleil !
Onze ans, et belle comme un joyau !
C'est le d�but d'une �poque nouvelle,
d'un �ge d'or !
L'alliance des Habsbourg et des Bourbons. La Paix !
Un jour, quand elle sera reine,
je la prot�gerai sur ma vie.
Tu la prot�geras, Oscar... Moi je te prot�gerai.
Oscar, quelle honte !
Tu crois que la princesse joue � de telles sottises ?
Elle a ton �ge, et elle est d�j� fianc�e.
Oscar, attends-moi.
Les ann�es passaient, insouciantes.
Marie-Antoinette �tait devenue reine de France.
La nourrice avait vieilli.
Oscar et Andr� avaient grandi.
Ton p�re a d'importantes nouvelles � t'annoncer.
Il n'est plus l'heure de jouer.
Tu es nomm� � la garde de la Reine, Oscar.
Ta formation et ma confiance en toi sont r�compens�es... mon fils.
Je m�riterai votre confiance.
Andr�, tu ne pourras pas l'accompagner.
Mais je t'ai obtenu un emploi aux �curies royales.
Eh bien, qu'en dis-tu ?
Rien, Monseigneur.
Souviens-toi de ton rang et remercie le G�n�ral.
Merci, Monseigneur.
Je r�vais de travailler aux �curies.
Es-tu sarcastique, mon gar�on ?
Ce jour marque une date dans vos deux vies.
D�sormais, vous assumerez des responsabilit�s chacun � sa place.
Pas un encouragement ? Pas un sourire ?
F�licitations, Oscar. Ta vie a vraiment un sens, maintenant.
De hautes vagues agitaient la mer
Le navire voguait, toutes voiles dehors
Le capitaine s'�cria "Virez de bord l"
Mais sa voix se perd...
Le vent g�mit, la mer r�pond
"En nul port tu ne peux t'amarrer
"De toi je saurai m'emparer
"T'entra�ner dans l'ab�me profond..."
Ces mots semblent me menacer.
Je n'aime pas ces mots-l�.
Et vous, monsieur L�onard ?
Je m'efforce de trouver la rime,
mais mon esprit est absent,
je n'ai pas le temps.
Mademoiselle Bertin !
Je commen�ais � m'ennuyer.
"Battement d'un c�ur troubl�."
Magnifique !
"Premi�re fleur du printemps...
"au baiser de givre."
� vous couper le souffle !
"Chant silencieux du cr�puscule."
Ma ch�re s�ur, mon amie, qu'y a-t-il ?
Pardonnez-moi, madame,
mon c�ur se serre de tant de beaut� qui ne sera jamais � moi...
Ma ch�re Gabrielle,
ne sais-tu point encore que tu peux avoir tout ce que tu d�sires
et davantage...
Vous �tes trop bonne, ma bien-aim�e.
Vous avez l'air gel�, Oscar.
Inutile de rester au garde-�-vous.
Vous �tes libre de fondre.
Je regardais ce jeune homme � cheval, votre Majest�.
Il tient les yeux fix�s sur cette fen�tre.
C'est lui !
Le Comte Fersen !
Et il regarde droit vers vous !
Dois-je alerter les gardes ?
Certainement pas !
Je frissonne � l'id�e qu'on le chasse.
Vous pouvez disposer.
Je prends toutes les robes,
sauf "Chant silencieux du cr�puscule".
Qu'elle soit
ajust�e pour la Comtesse de Polignac.
Que pensez-vous de notre beau visiteur su�dois, Oscar ?
C'est certainement un bien bel homme.
Curieux que vous disiez cela, Oscar.
Pourquoi curieux ?
Apr�s tout, Oscar est une femme.
Quelle merveille !
C'est si moderne...
si myst�rieux... si �l�gant.
Saviez-vous que plusieurs dames de la Cour vous imitent ?
La mode est aux habits d'homme !
Heureux de voir que vous prot�giez mon �pouse, jeune homme.
J'en faisais autant en m'assurant que sa serrure est en bon �tat.
Pourquoi Dieu vous a-t-il donn� le destin d'un roi
et le c�ur d'un serrurier ?
Les serrures m'int�ressent, mais je n'ai pas le c�ur d'un serrurier.
J'ai plut�t celui d'un chasseur.
Pourquoi ce jeune homme regarde-t-il par ici avec tant d'insistance ?
Je ne sais pas.
Il s'int�resse peut-�tre � l'architecture.
Pauvre Roi de France, � l'heure de l'amour
Il manque d'ardeur
Ce qu'il a ne peut servir
Qu'� faire pipi, pipi
Pauvre Roi de France, il ne sait pas danser
Il se prend les pieds...
Vous entendez cette chanson ? Eh bien, moi...
j'ai tout ce qu'il me faut !
Je vous jure qu'il ne me manque rien !
Et j'ai du pain pour payer !
Je vais vous emplir le ventre de plus d'une fa�on !
Jeanne !
Pourquoi essaies-tu de te cacher ?
La robe de Mlle Faucher !
Elle me va mieux qu'� cette tra�n�e !
Ce n'est pas vrai ?
Quel mal y a-t-il � vouloir une jolie robe ?
Enl�ve-la.
Elle n'est m�me pas s�che... et je suis trop fatigu�e pour discuter.
Fatigu�e ?
Je vais te dire qui est fatigu�e !
Moi, je suis fatigu�e !
Fatigu�e de frotter jusqu'� ce que mes mains saignent.
Fatigu�e de toute cette injustice !
Je veux des tas de choses !
Et je ne sais pas pourquoi je ne peux pas les avoir !
Enl�ve cette robe !
Ayez piti� d'une orpheline de la maison de Valois.
La maison de Valois ? Impossible...
Impossible mais vrai. Mon p�re est mort quand j'�tais petite...
Impossible...
mais pourquoi le dirais-tu si ce n'�tait vrai ?
Cette robe est tout ce qui me reste... Elle appartenait � m�re.
O� est ta m�re � pr�sent ?
Elle est morte. Morte de faim...
Douce enfant, n'en dis pas plus...
La Reine de France, elle aime l'amour
Tout le monde le sait
Elle bat des cils, elle soupire
Son d�sir grandit de jour en jour...
Elle �tait l�, telle un tableau de Lebrun,
ses grands yeux pleins de larmes, mourant de faim...
Mon Dieu, o� est la justice ! Une descente des Valois,
- affam�e ! - Stup�fiant !
Par simple d�cence, je l'ai prise avec moi.
Je fais son �ducation pour l'adopter comme ni�ce.
Elle sera noble alors.
Et j'ose dire
que vous feriez ensemble un couple merveilleux.
Nul n'ignore que vous �tes venu prendre femme,
et elle fera bient�t un excellent parti.
Merci. Vous m'avez sauv� la vie.
�tes-vous de service ou invit� ?
Invit�.
Jouez donc aux cartes, mon ami !
Voyez toutes ces belles dames sans partenaire
qui ne savent que faire.
Je ne joue pas pour la m�me raison que vous.
Je n'en ai pas envie.
Vous avez vu ?
Si je rentrais en Su�de
dire � mon p�re que les femmes s'habillent en hommes
� la Cour de France,
il me traiterait de fou et de menteur,
ou bien il me croirait
et m'interdirait de jamais y revenir.
Quel est ce fat qui te barrait la route,
que t'a-t-il dit ?
Il t'a importun�e ?
Dis-moi, j'irai lui donner une le�on.
Tu ne parles pas ?
As-tu d�cid� de ne plus parler aux domestiques ?
Je ne supporte pas que tu m'ignores.
Ayez piti�,
d'une pauvre orpheline qui descend de la maison de Valois.
Je vous en supplie...
Qu'est-ce que tu veux ?
Vous semblez bon,
et peut-�tre serez-vous indulgent envers une jeune fille innocente...
Je coucherai avec vous pour payer le loyer.
M�me si j'�tais un homme, ce que je ne suis pas...
je ne paierais jamais pour faire l'amour.
Combien ?
Andr� ! Comment oses-tu ?
Enfin tu retrouves la voix !
Il est temps que je laisse mes jeux d'enfant
pour go�ter au doux vin de l'�ge d'homme.
Mais je n'ai pas de vin... Pas m�me une cro�te de pain.
Ma m�re se meurt de faim.
Faim ? Personne n'a faim � Paris.
Le peuple de Paris est affam�.
Et cette proposition ?
M�re !
Trop tard, Andr� !
Tu go�teras � ce doux vin un autre jour.
Tu ne m'as jamais dit que le peuple a faim.
Tu n'as pas regard� ? Tu n'as rien vu ?
Nous sommes pass�s ici mille fois.
La faim ne se cache pas, elle est partout...
Je me sens ridicule.
Moi aussi, de n'avoir pas suivi cette jolie fille.
Retourne la trouver.
Je rentrerai seule.
Non, continue ! Ne t'arr�te pas !
Plus vite, imb�cile ! Je ne peux pas me permettre un scandale.
M�re... Ne tremble pas comme �a.
Je te r�chaufferai, je te soignerai...
J'aurai cette dame,
je la ferai payer, je le jure.
Ne la d�placez pas. Je vais chercher un m�decin.
Il nous faut un m�decin, et vous nous bloquez.
D�gage la rue, mon gars,
je suis en retard et je compte bien passer.
Vous ne comprenez pas. Quelqu'un est � la mort...
Qu'est-ce que �a peut vous faire ?
Cette canaille
se reproduit comme les lapins et tombe comme les mouches.
Rien � voir avec vous et moi.
Moins il en reste, mieux on se porte.
Elle est morte !
J'exige r�paration.
Je rel�ve le d�fi avec plaisir, monsieur.
Que choisissez-vous ?
Le pistolet.
Votre t�moin ?
Mon fr�re et compagnon.
Le lieu ?
Chantilly.
� l'aurore.
J'attends notre rencontre avec impatience.
Moi de m�me.
Oscar avait grandi insouciante et heureuse.
Elle imaginait ainsi le monde entier.
Jusqu'� ce soir-l�,
elle ignorait que le peuple de France
�tait au bord du d�sespoir.
L'honneur !
Quel qu'en soit le sens, �a ne vaut pas ta vie.
Et il ne sait m�me pas ton nom !
Risquer ta vie pour l'honneur d'un nom qu'il ne conna�t pas !
Mais moi, je le connais !
Tu ne peux pas y aller !
Je ne te laisserai pas !
Je t'attacherai, s'il le faut !
Mais je ne te laisserai pas y aller !
Oscar, je suis au courant. Qu'as-tu � me dire ?
Rien, Monseigneur. Que puis-je dire ?
C'est fait.
Bien qu'il soit discutable de d�fendre une pauvresse � la mort,
ton z�le � d�fendre l'honneur des Jarjayes me remplit de fiert�.
Mon p�re me les a offerts pour mon premier duel.
Les crosses sont taill�es en os de panth�re.
Et si je meurs ?
Tu ne mourras pas.
Je t'ai trop bien �duqu�.
Alors c'est r�gl�.
Reste avec moi ce soir, comme autrefois...
Tout �tait si simple,
tout est devenu si compliqu� !
On ne peut pas remonter dans le temps.
Nous avons grandi.
S'il te pla�t... Reste...
Je remercie le ciel que ce ne soit pas toi.
Comment m'as-tu retrouv�e ?
Que veux-tu ? Tu vas tout g�cher !
Je suis devenue la ni�ce de Mme de Boulainvilliers,
je suis fianc�e, je vais h�riter,
je vais devenir comtesse !
Que peux-tu bien faire ici ?
Je t'ai cherch�e partout...
Je dois te dire, tu dois savoir...
M�re...
veut que je revienne m'user les mains sur le linge sale de ses clients ?
Elle est inqui�te ? Elle a faim ?
Elle est morte.
Eh bien !
Nicolas ! Je viens de trouver cette pauvresse
qui semble folle.
Elle a d� entrer par la fen�tre pour nous voler !
Tu as effray� ma fianc�e, hein !
Tu l'as fait pleurer !
Reviens seulement, nous te ferons pendre par les orteils !
Le Cardinal de Rohan ! Vous vous �tes souvenu !
Comment aurais-je oubli� ?
Comment va votre ch�re tante ?
Malheureusement, elle ne peut quitter le lit.
Je m'inqui�te � son sujet.
Nous nous connaissons depuis si peu de temps...
pourtant, confus�ment,
je suis s�re que nos destins sont li�s.
Tu as faim, petite ? Tu es fatigu�e ?
Veux-tu partager un cochon de lait avec moi ?
Et t'�tendre ensuite sur un lit de plumes ?
Je ne mords pas, ou du moins, rarement...
J'aime les plaisirs simples et la tendresse...
Nous sommes tous les m�mes, n'est-ce pas ? La tendresse...
Serr�s dans l'obscurit�, les c�urs � l'unisson...
Rosalie !
Une minute ! O� emmenez-vous cette fille ?
Nulle part, jeune homme.
Je lui demandais mon chemin
quand j'eus soudain envie de lui baiser la main.
Si vous n'�tiez en nombre,
j'aurais le plaisir de vous crever l'�il.
Qu'est-ce que vous dites ?
J'ai dit adieu, jeune homme !
Et tu sais te d�brouiller !
J'essayais.
Il me promettait un vrai lit de plumes.
Je n'ai pas de lit de plumes, Rosalie,
mais j'ai une paillasse o� tu peux te reposer.
Au num�ro 19, en bas de la rue.
Va m'y attendre.
M�me dans ce trou � rats, il y a d'autres fa�ons de rester en vie.
Je te trouverai du travail.
Andr�, mon ami,
explique-moi cette �nigme :
maintenant que j'ai appris � marcher,
� parler et � me battre comme un homme,
et m�me � penser que je pense en homme,
pourquoi ne puis-je tuer comme un homme ?
Parce que tu n'es pas un homme.
Que dis-tu ?
Tu m'as entendu.
R�p�te !
Parce que tu n'es pas un homme.
Je vous reconnais.
Oui, l'accident...
Merci d'avoir offert votre aide.
�a n'a pas servi � grand-chose.
Je vous reconnais aussi,
Maximilien de Robespierre.
Je me rappelle votre discours, au couronnement.
Votre passion,
mon �motion...
Comment �tait-ce, d�j�...
Je vous en prie, non !
Je commence � avoir honte de ce discours.
Comme nous tous,
j'�tais plein d'espoir pour le nouveau r�gne...
plein d'optimisme...
Et � pr�sent ?
� pr�sent, je ressens
des craintes pour le couple royal et pour la France enti�re.
Comment osez-vous critiquer la Couronne ?
Vous, surtout !
Quelques critiques � voix haute aideraient peut-�tre
la Couronne � se redresser.
Si nous sommes assez nombreux � protester,
les blessures de notre pays pourront gu�rir.
Il est trop tard !
On ne soigne pas la gangr�ne. Il faut trancher !
Il faut amputer la Famille Royale !
Taisez-vous !
C'est de la trahison ! Un blasph�me !
Ce qui est bien avec les soldats de bois,
c'est qu'ils sont taill�s avec des �ill�res !
Quelle folle soir�e !
On s'est battus, c'est tout.
Rien de grave.
C'est tout de m�me �trange.
Laissez-moi vous aider.
Qui a gagn� ?
Nous ?
Vous vous demandez ce que je fais ici,
et je peux seulement r�pondre
que le monde est petit.
Tu devrais avoir honte.
Tu empestes la vinasse.
Que dirait ton p�re ?
Comment va votre t�te ?
D�sorient�e.
Vous devriez vous d�velopper les muscles.
Vous n'auriez pas �t� battu si vous �tiez moins fr�le.
Je vous en prie, partez.
Vous ai-je offens� ?
Oscar est �puis�e, Monseigneur.
Elle a besoin de repos, elle a eu une dure journ�e.
Elle ?
Oscar est une femme ?
N'importe quel idiot verrait qu'Oscar est une femme.
Excusez-moi, Madame.
�tant �tranger, je l'ignorais.
Et pardonnez-moi, Lady Oscar.
Je commen�ais � m'inqui�ter � mon sujet,
car chaque fois que je vous regardais,
mon esprit me disait :
"Ce soldat est bien trop joli pour �tre un homme".
Je savais que ce jour viendrait.
J'aurais d� supplier ton p�re de changer d'avis,
mais j'�tais trop intimid�e.
Pardonneras-tu � ta nounou
d'avoir gard� le silence ?
J'aimerais �tre seule.
Mais les secrets sont faits pour �tre dits.
Et rien de ce qui est donn� n'est gratuit.
Tandis que Marie-Antoinette vivait sa passion,
les yeux du pays �taient braqu�s sur elle.
Je suis boulevers�e.
Un homme affreux m'a forc�e � regarder cette horreur.
Ce n'est pas pour d'honn�tes gens !
Ma pauvre Reine ! Survivra-t-elle � ces calomnies ?
Excusez ma surprise,
j'ignorais tout de votre amiti� avec Marie-Antoinette.
Je n'en fais pas �tat.
Peut-�tre savez-vous pourquoi...
alors que je reste son admirateur tr�s d�vou�,
elle ne m'a jamais adress� la parole � la Cour.
Je suis mortifi� de ne pouvoir la servir.
�minence, vous exag�rez s�rement.
La Reine ne m'a jamais mal parl� de vous.
Oserais-je vous prier de lui parler en ma faveur ?
Mon Cher Cardinal de Rohan,
ce serait mon plus cher d�sir de resserrer les liens entre deux amis.
Mais pour parler franc,
j'ai d� cesser mes visites au Palais par soucis d'argent.
L'h�ritage de ma tante s'�puise,
et la vie est co�teuse � Versailles.
J'ai des fonds illimit�s !
L'argent ne compte pas pour moi.
Je ne puis accepter un pr�t...
Un pr�t ! Jamais de la vie !
Un don, en remerciement pour une faveur.
Impossible.
�coutez la raison de ma requ�te.
Gr�ce � Marie-Antoinette,
je pourrais devenir Premier Ministre.
Avec ce pouvoir,
je saurais d�barrasser la ville de ses mauvaises langues
et prot�ger notre Reine bien-aim�e de ces infamies.
Dans ce cas,
je rendrais service au pays.
Laisse-moi voir !
Ce dessin te pla�t, Oscar ?
Fersen est-il venu aujourd'hui ?
Il y a dix minutes. Pourquoi ?
J'ai mes raisons.
Donne-les-moi et je te dis o� il est all�.
Je ne te dois pas d'explication. J'ai mes raisons.
Je peux les lire sur ton visage.
Je dis cela pour t'�viter de souffrir.
O� est-il all� ?
Dans le parc.
Ils ne nous ont gu�re flatt�s.
Ne soyez pas scandalis�e.
J'en ai vu par douzaines.
�trange, n'est-ce pas,
qu'un simple amour entre deux �tres
puisse attirer le m�me m�pris que la haine et la guerre.
Alors c'est vrai.
Pas pour longtemps.
Je ne veux plus compromettre son avenir.
Je pars pour l'Am�rique avec le Marquis de La Fayette.
Mais il y a une r�volution l�-bas !
Le pays est � feu et � sang !
Vous pourriez mourir !
Cela all�gerait mon fardeau.
Voulez-vous me rendre un service, Oscar ?
Remettez cet adieu � la Reine,
je n'en ai pas la force.
C'est superbe.
Tout � fait comme je le voyais !
Tout y est !
Les fermettes � toit de chaume, les meules, les colombiers...
M�me les tas de fumier !
Ils ne sentiront pas ?
Bien s�r que non, Votre Majest�.
Je veux que rien ne sente ni ne salisse les mains
et je voudrais que les paysans ne soient pas vieux.
Les laiti�res auront les joues roses,
et les bergers de larges �paules.
J'aimerais me promener dans les sentiers,
cueillir des m�res en ne pensant � rien.
Le hameau m'appara�tra comme un spectacle de marionnettes.
Un tableau vivant o� de vraies personnes feront de vraies choses.
Hubert Robert peindra lui-m�me les fissures dans les murs.
Je choisirai chaque paysan.
Tout ce que vous avez con�u, nous le cr�erons pour vous.
Bient�t nous baratterons le beurre dans une vraie grange !
Qu'est-ce qui vous inqui�te, Oscar ?
J'essaie de vous parler en priv� depuis trois jours,
mais je n'en ai pas eu l'occasion.
Pourquoi n'avoir rien dit ?
Le protocole n'est pas en vigueur ici.
Vous pouvez m'adresser la parole la premi�re.
Je souhaite repenser � la rivi�re.
Je ne suis pas s�re qu'elle ait assez de sens
si elle serpente au hasard.
Vous pouvez vous retirer.
Vous allez me reprocher
de passer trop de temps ici
et de manquer aux devoirs de la Cour ?
Non, ce n'est pas � moi de vous faire reproche.
Je suis l� pour vous servir et vous prot�ger.
Vous allez me regarder avec ces yeux graves
et m'annoncer que ma liaison est connue de tous.
Vous me direz qu'une bonne reine devrait attendre
que sa jeunesse se passe,
attendre que le Roi satisfasse les passions de sa femme.
Je n'aurais jamais cette hardiesse.
Mais c'est ce que vous pensez.
Je le lis sur votre visage.
Pour ma d�fense, je dirai seulement
que le Roi va subir une petite op�ration
pour se pr�parer au devoir conjugal.
J'accomplirai alors le mien
en donnant un h�ritier au tr�ne.
Mais je n'en serai pas pour autant combl�e.
Je ne le serai pas parce que je ne l'aime pas.
Vous qui �tes femme, Oscar,
vous devez savoir, en votre for int�rieur,
que notre but supr�me dans la vie
est d'aimer et d'�tre aim�es.
Me reproche-t-on de vouloir
et de prendre ce que chaque femme a le droit d'avoir ?
Je vous apporte ce baiser du Comte Fersen.
Ce sont ses adieux.
Pourquoi me faire souffrir, Oscar ?
Il est parti pour l'Am�rique.
J'aurais tout fait pour vous �pargner cette douleur.
Je l'interdis !
Je l'interdis absolument !
Mais passe la douleur et passent les saisons.
Le Roi pouvait enfin donner un h�ritier.
Fersen au loin
menait la guerre sanguinaire
et Marie-Antoinette aussi
livrait bataille.
C'est un h�ritier ?
Mes amis, nous avons une nouvelle princesse.
Mon brave, vous ne recevrez
que le quart de la somme que l'on paie pour un h�ritier.
H�las, Sire, je m'en souvenais.
Retirez-vous.
Le spectacle est termin�. Il est temps de rentrer.
Marie-Antoinette r�p�ta le douloureux exercice
quelques ann�es plus tard
devant un nombreux parterre.
L'Am�rique gagnait
la guerre d'Ind�pendance,
et elle aussi parvint
� donner � la France l'h�ritier attendu.
Il m'aime bien.
Il a recommenc� !
Il m'a regard� et a souri.
Un jour vous en voudrez un aussi, Oscar.
Vous verrez !
Moi, Votre Majest� ? Jamais !
Pourquoi pas ? Vous avez tout ce qu'il faut,
� une exception pr�s.
� quoi fais-je donc allusion ?
� un homme, bien s�r.
Une de ces merveilleuses cr�atures aux mains poilues.
Avez-vous jamais aim� un homme ?
J'ai un ami que j'aime comme un fr�re.
Et une fois, un homme
m'a fait ressentir trouble et confusion.
Si �a avait �t� l'amour, vous l'auriez su.
D�s que j'ai vu mon v�ritable amour,
je l'ai su.
Le croyez-vous mort ?
Je ne sais pas.
Qui, maman ? Qui est mort ?
J'oublie toujours que tu sais parler.
Qui est mort ? Dites-moi.
Quelqu'un qui aurait d� revenir depuis longtemps.
Je vous apporte deux tr�sors, ma ch�re.
L'un est une f�te pour les yeux, l'autre un r�gal pour l'ou�e.
Par quoi commencez-vous ?
Je regarde toujours avant d'�couter.
Monsieur Boehmer,
si ce coffret contient le collier dont vous me parliez,
�tez-le de ma vue !
Dans ma grande faiblesse,
la tentation serait trop forte.
C'est ce que j'esp�re, Majest� !
Rien qu'un coup d'�il, ma ch�rie.
Son �clat vous rendra votre force.
Une r�elle splendeur !
Dire que cette catin de du Barry
l'aurait mis � son cou si le destin n'avait frapp�.
Les dieux savaient qu'il si�rait mieux
� votre joli cou, Majest�,
et pour un million six cent mille livres,
c'est une affaire.
Mais vaut-il mon royaume ?
Le Roi me renverrait en Autriche si je lui pr�sentais la facture.
Nous pourrions envisager des conditions.
Non, je ne c�de pas.
La maternit� a fait l'impossible, je suis devenue �conome.
N�anmoins, je vous remercie et vous salue.
Le deuxi�me...
et v�ridique tr�sor... Une nouvelle merveilleuse.
Le Comte Fersen est de retour.
Quand les dames de la Cour la verront
elles en voudront toutes une...
d'une nuance diff�rente...
Enlevez les aigrettes, ajoutez des plumes de paon.
Les nobles se ruinent pour que leurs dames soient � la mode.
Bient�t ils auront faim, comme nous.
Et nous serons responsables de leur chute !
�a me plairait bien. Je les hais, tous !
Je ne hais que la chienne qui a tu� ma m�re.
Un jour, j'irai la trouver � Versailles.
Toi, � Versailles ?
Allons donc ! "Madame Rosalie" !
Agiter la langue ne fait pas travailler les doigts !
Porte cette robe au manoir de Jarjayes.
Toutes les dames ont command� une robe pour le bal de la Cour !
Dieu sait pourquoi !
Dieu n'est peut-�tre pas le seul.
Parce que l'amant de la Reine est revenu...
Les ragots prennent du temps, et le temps c'est de l'argent.
Vite, ma fille... Cette robe est pour ce soir.
C'est si rare de vous voir ici !
Figurez-vous que j'ai un peu forci.
Il me faut une retouche pour ce soir.
C'est la robe de la Reine ?
Apr�s la retouche, enlevez les plumes de paon
et remplacez-les par des aigrettes comme celles-ci.
D'une autre nuance, bien s�r.
Une livraison de chez Mme Bertin.
Es-tu s�re de l'adresse ?
Les s�urs Jarjayes sont mari�es et ont d�m�nag�.
Le nom est marqu�.
Entre, je vais demander.
Je t'ai d�j� vue
mais je ne sais plus o�.
Je vous connais aussi, Monsieur.
Je ne suis pas un Monsieur.
As-tu jamais laiss� des chevaux aux �curies royales ?
Non, malheureusement.
Je veux voir Versailles avant qu'il disparaisse.
Versailles va dispara�tre ?
L'aristocratie.
Mon ami dit qu'elle n'en a plus pour longtemps.
C'est vrai, Bernard le sait.
Il lit Rousseau et Voltaire
et fr�quente le Palais Royal.
Il devrait m'accompagner � Versailles.
Il verrait qu'ils se portent fort bien.
S'il vous pla�t, emmenez-moi.
Je tiens � voir �a !
Je suis de service.
Personne ne le saura ! Je me cacherai dans votre voiture !
Bien, je t'emm�ne.
Mme Bertin fait dire que la robe est en retard parce que...
l'amant de la Reine est revenu.
Que dis-tu ?
Que l'amant de la Reine est revenu.
C'est donc �a !
Dieu merci ! Je m'inqui�tais.
Elle met �a pour Fersen ?
�a devait arriver, Andr�.
Je ne veux pas la perdre.
Tu n'as pas honte ?
Il ne s'agit pas de la perdre. Sois heureux qu'Oscar se d�couvre enfin.
Crois-tu que je ne sais pas ce que tu ressens ?
Ta nounou n'a pas encore oubli� l'amour.
C'est une armure ! Je ne respire plus !
Pas besoin de respirer.
Comment pourrai-je courir ?
Tu ne dois pas courir.
Tu dois marcher lentement et sourire aimablement.
Tu es belle.
Votre pr�sence est comme une brise qui me rafra�chit.
Vous ne dites rien !
Une belle femme devrait �tre silencieuse.
Une rose r�pond-t-elle quand on lui parle ?
Elle ne fait que tourner son visage vers le soleil
et permet au passant de boire sa beaut�.
Et un flocon de neige...
un flocon de neige tombe en silence,
s'arr�te sur un doigt
et offre un instant de pure perfection
avant de poursuivre son chemin.
Permettez-moi de me pr�senter.
Je suis le Comte Fersen, de Su�de.
Ne me reconnaissez-vous pas ?
Si j'avais d�j� vu votre si doux visage
je n'aurais pu oublier votre nom.
Je suis madame de Jarjayes.
Une cousine du garde de la Reine ?
Oui, une cousine.
La ressemblance est �tonnante :
les m�mes doux yeux, le m�me charmant sourire.
Personne ne l'a jamais remarqu�.
Personne n'a jamais regard� Oscar de pr�s.
Moi si, et malgr� son uniforme
je la trouve tr�s belle.
Je vois que ce jeune homme est revenu.
Celui avec qui vous dansiez.
J'ai tellement dans�.
Celui qui s'int�resse � l'architecture.
Ce jeune homme-l� !
Je vois qu'il a une nouvelle partenaire.
Ah, si Oscar �tait ici.
Je l'ai quitt�e dans des circonstances p�nibles.
Et il me plairait de lui dire que je vais bien mieux.
Elle serait ravie de l'entendre.
Oscar m'a avou� son affection pour vous.
Une affection pay�e de retour.
J'ai un aveu � vous faire.
Promettez de ne pas le r�p�ter � Oscar.
Je ne trahis jamais les confidences.
J'ai beaucoup pens� � Oscar pendant mon absence.
Et en v�rit�...
Vous disiez ?
J'allais dire une chose curieuse, m�me � mes yeux.
Que je tomberais sans doute amoureux d'Oscar
si je n'�tais pas engag� ailleurs.
Pauvre Oscar.
Elle n'a aucun espoir avec vous.
J'en ai peut-�tre trop dit.
Ne craignez rien. Je serai muette.
Oscar et moi ne sommes pas intimes � ce point.
C'est toi qui as tu� ma m�re !
C'est toi !
Tu m'as fait peur.
Tu as perdu la t�te ?
Je t'aime, Oscar.
Tu n'as pas le droit.
Tu te trompes.
J'ai le droit.
Je t'ai toujours aim�e, et j'ai le droit de continuer.
Je ne me plains pas de ne pas �tre aim�.
Je te plains de ne pouvoir me le rendre.
Tu as os� parce que Fersen en aimait une autre.
Nous ferons comme si de rien n'�tait.
Comme ces fantoches du hameau de la Reine.
Je serai le gar�on d'�curie invisible
et toi le vaillant soldat de plomb.
Je veux que tout reste comme avant.
Comme c'est triste pour nous deux, Oscar.
Je ne te toucherai plus jamais.
Je le promets.
Andr� tint sa promesse.
Et Oscar rangea sa robe.
La vie allait son train. Le temps s'enfuyait.
De sombres nuages s'amassaient.
Je pourrais � jamais contempler la beaut�.
Je voudrais emp�cher l'automne de devenir hiver.
Je voudrais ne jamais vieillir.
Voil� le Roi avec le ministre des Finances.
Je ferai comme s'ils n'�taient pas l�.
Madame, je dois vous parler
en t�te-�-t�te.
Revenez dans un instant, petites.
Ce ne sera pas long.
Vous allez me gronder pour avoir mis le volcan en chantier.
Je ne savais pas que vous construisiez un volcan.
Sera-t-il en activit� ?
Et si oui, sera-t-il aussi explosif
que la note r�cente de douze cent cinquante
millions de livres
que vous avez retir�es du Tr�sor ?
Impossible !
C'est �crit noir sur blanc.
Pire que cela, nos sujets l'ont lu !
Depuis quand le peuple lit-il mes comptes ?
Depuis que je publie le budget.
Vous n'aviez pas le droit !
J'ai tous les droits !
Nous allons au d�sastre !
La dette de l'�tat a atteint des proportions si monstrueuses
que l'argent n'a plus de valeur.
Augmentez les imp�ts !
Le peuple a �t� saign� d'imp�ts.
Il est en col�re.
Pas autant que moi.
J'ai encouru votre col�re
et risqu� mon poste
pour vous faire voir que vous devez diminuer vos d�penses.
Ne me dites pas "vous devez".
Parlez donc.
Que r�pondez-vous � cette abominable impertinence ?
Et dans mon �tat !
J'aimerais vous voir revenir � Versailles.
La noblesse vous reproche le temps que vous passez ici.
Et... je me sens tr�s seul sans vous.
Je ne voulais pas vous �nerver.
Sortez.
Il vous faut d'abord comprendre
que je ne suis pas ici pour vous torturer.
Je suis ici pour vous sauver la vie.
J'ai dit : Sortez !
C'est ma faute ?
Ils vous reprochent de trop d�penser pour moi.
Ma bien-aim�e, je vous quitterai si vous le voulez.
Mais que ferais-je sans vous ?
Dieu sait que je suis priv�e de tout le reste !
Cher c�ur,
je p�rirai d'ennui.
Vous ? Jamais !
Vous vivrez bient�t le bonheur de votre d�livrance.
Et ensuite,
vous trouverez mille fa�ons de vous divertir.
Le th��tre, par exemple.
Vous avez toujours voulu �tre actrice.
Quelle id�e magnifique !
� quoi bon un volcan ?
Nous construirons un th��tre !
Il ne m'est pas encore possible de vous accorder audience...
En d�pit de mes somptueux cadeaux,
de notre correspondance secr�te,
ma reine bien-aim�e continue de m'ignorer cruellement.
J'y perds mon latin.
Comme vous connaissez mal le besoin d�sesp�r� de mon amie
d'�tre s�re de ses alliances.
Mais comment l'assurer de mon d�vouement ?
Il reste une derni�re �preuve.
La Reine d�sire acheter un co�teux collier � l'insu du Roi.
Et, pour prouver sa confiance,
elle vous a choisi comme interm�diaire.
Je suis tr�s touch�.
Pour dissimuler une telle d�pense,
elle vous demande de payer une avance au bijoutier.
Elle se chargera des versements suivants.
En r�compense,
elle propose une rencontre secr�te
afin de vous remercier personnellement.
Ses d�sirs sont des ordres.
Elle vous demande de m'apporter le collier.
Je le lui donnerai et organiserai la rencontre.
Avec grand plaisir.
C'est mon plaisir d'assister mes amis dans leurs plaisirs.
Cette chatoyante merveille va �tre � moi !
Comment arranger la rencontre ?
J'ai entendu parler d'une dame de la nuit qui fait fortune
gr�ce � sa ressemblance frappante avec
"mon amie Toinette".
Par une nuit noire,
dans un jardin obscur, le visage dissimul�...
Tu m'as bien entendue.
Nous avons imit� l'�criture de la Reine,
nous imiterons aussi la Reine.
"Figurez-vous
"la plus jolie petite mignonne,
"douce, tendre, accorte et fra�che, aga�ant l'app�tit,
"pied furtif,
"bras dodus, bouche ros�e, et des mains !
"Des pieds ! Des dents ! Des yeux !"
Oscar, rassurez-moi et dites-moi
que je ressemble � l'espi�gle Rosine.
Gardez votre franc-parler.
Suis-je trop �g�e ?
Pour moi oui, m�re.
Bien s�r, mon ch�ri. Tu es si jeune.
Soyez d'une franchise brutale,
et dites-moi que je ne vais pas me ridiculiser !
C'est possible, Votre Majest�.
Et avec une franchise brutale,
je vous dirai qu'il est tr�s dangereux
de pr�senter "le Barbier de S�ville" � ceux qu'il critique.
Le Roi a interdit cette pi�ce et si vous passez outre,
vous le narguez.
Tout le monde aime s'amuser.
M. de Beaumarchais est un g�nie, il fait fureur � Paris.
Je vous ai demand� une opinion honn�te.
Je vous interdis d�sormais d'exprimer une opinion non sinc�re !
Je demande � �tre mut� aux Gardes Fran�ais.
Parce que je vous r�primande ?
Ce n'est pas une d�cision soudaine.
Je ressens le besoin d'�tre utile autre part.
Ne me prot�gez-vous pas ?
O� pourriez-vous �tre plus utile ?
J'ai ch�ri les moments o� je vous ai servie,
mais je m'interroge sur mon but dans la vie.
Je sais le but de ma vie.
Cependant,
si vous tenez � courir
mener un r�giment de gueux malodorants,
qu'il en soit ainsi.
Je vous transf�re aux Gardes du g�n�ral de Bouill�.
Ne vous inqui�tez pas. Je vous prot�gerai.
C'est tr�s gentil � toi
mais je n'ai nul besoin de cette protection.
Je suis la Reine.
Parce que vous �tes reine,
en savez-vous plus que les autres ?
Dieu a d�cid� que mon destin �tait de r�gner.
Il m'a naturellement pr�par�e � cette t�che.
Alors dites-moi... Est-il vrai que les bons meurent jeunes ?
Bien s�r que non.
Moi qui suis d'une bont� supr�me,
je vieillis et deviens plus sage chaque jour.
Le bijoutier Boehmer dit que c'est important.
Il se f�licite
que vous ayez achet� certain collier co�teux
et esp�re que vous n'avez pas oubli� votre accord.
Cet imb�cile ignore que je suis une actrice ?
Qu'est-ce l� ? Et ceci ?
Qu'on ne m'ennuie plus avec ces v�tilles.
Dites-moi la v�rit�.
Suis-je assez simple et ordinaire pour jouer Rosine ?
O� est votre �p�e, soldat ?
Je traversais une rivi�re,
mon cheval a gliss�, mon �p�e est tomb�e,
elle a �t� aval�e par un gros poisson.
Attrapez ce poisson pour l'inspection demain
ou je devrai vous adresser un bl�me.
Je ne sais pas si je reconna�trai le coupable.
Je n'ai pas bien vu son visage.
Et votre �p�e ?
Je ne sais pas, Madame. Je veux dire Monsieur.
J'ai jet� un coup d'�il... elle avait disparu.
Garde-�-vous !
T�te haute, et bombez la poitrine !
Je vous montrerai ma poitrine
si vous me montrez la v�tre.
Rompez les rangs !
Consign�s jusqu'� ce que vous ayez chang� d'attitude !
J'ai dit : Rompez !
Vous faisiez belle figure dans les gardes de la Reine.
Mon opinion de soldat est que vous auriez d� y rester.
Merci de votre confiance.
Mes hommes ont cach� leurs �p�es pour me tourmenter.
Ou les ont-ils vendues pour nourrir leurs familles ?
Je ne t'ai pas beaucoup vu.
Tu pars toujours quand j'arrive.
Nous ne mangeons plus ensemble, nous ne parlons plus.
Tu me manques.
Qu'y a-t-il donc ?
Nous sommes ici...
Nous respirons le m�me air, seuls tous deux... et nous nous manquons.
Qu'es-tu ?
Une aristocrate ? Meilleure que moi ?
Pas meilleure, mais diff�rente.
S�par�e par les lois que j'ai accept�es.
S�par�e ! Diff�rente !
Ne vois-tu pas que nous sommes �gaux ?
C'est un tr�s joli mot, Andr�,
mais pas la r�alit�.
Ce pourrait �tre la r�alit� !
L'�galit� existe en Am�rique.
On peut aimer qui on veut en Am�rique.
Personne ne vous en emp�che !
Des milliers d'hommes l'ont pay� de leurs vies !
Je donnerais volontiers ma vie pour l'�galit� en France.
Mais tu n'aurais rien. Tu serais mort.
J'aurais tout.
Ma mort donnerait un sens � ma vie.
Et que ferais-je sans toi ?
Tu ferais ce que tu dois.
Tu trouverais ton propre r�ve.
Ton p�re t'attend dans son �tude.
Vous me reconnaissez ?
Que voulez-vous ?
Vous.
La plaisanterie n'est pas dr�le.
Ce n'en est pas une. Mais l'humour y est.
J'ai convaincu votre p�re qu'il serait sage
de reconsid�rer votre avenir
et d'acc�der � ma demande en mariage.
Oscar ! Il n'y a pas de quoi rire.
Le comte de Girodet est immens�ment riche.
Vous �tes excitante quand vous riez.
L'�tes-vous autant quand vous pleurez ?
Ma fille a appris � ne pas pleurer.
Unique !
Ne discutez pas ma d�cision.
C'est un grand orgueil pour moi de voir
le nom de Jarjayes
uni au puissant nom de Girodet.
Vous serez comtesse.
Et vous serez plus riche que vous ne l'avez r�v�.
Vous �tes un myst�re que je d�sire �claircir.
J'annoncerai nos fian�ailles lors d'un bal en mon manoir.
Je ne vous demande qu'un costume seyant mieux � votre f�minit�.
Une robe aussi belle que la derni�re...
une robe blanche.
Vous devez �tre Andr�.
Je n'ai pas l'intention de briser
l'amiti� qui vous lie � ma future �pouse.
Apr�s tout,
vous �tes presque aussi joli qu'elle.
Je suis pr�t � vous offrir une charge
de valet de la Comtesse apr�s le mariage.
Je ne sais si ce serait sage.
Je suis maladroit avec le bon vin.
Je pourrais tirer de ma manche un poignard
et vous le planter dans le c�ur.
Je serais dans mon droit.
Mais je pr�f�re des plaisirs plus raffin�s.
Je vous regarderai souffrir lentement.
Tu acceptes les fian�ailles ?
Je n'ai pas le choix.
Nous avons tous le choix.
Je ne suis plus domestique.
Je veux te dire que je m'en vais.
Comment pourriez-vous croire que je vous recevrais ?
Vous �crire ?
Vous demander de sottes faveurs ?
Ma m�re vous m�prisait, moi aussi !
Je comprends � pr�sent que toutes les lettres
et documents �taient des faux.
Jeanne de La Motte m'a tromp�.
O� est cette femme ?
Je ne sais pas.
Avez-vous le collier ?
Il est entre ses mains.
Faites quelque chose ! Arr�tez-le !
Je dois apposer les scell�s sur votre maison.
Mon nom est l'un des plus renomm�s de France.
M'humilier ainsi
soul�verait le clerg� et l'aristocratie,
nous en paierions tous le prix.
Il n'a pas tort.
Dans cette atmosph�re troubl�e,
un tel scandale menacerait le r�gime tout entier.
Qu'on le mette en cause !
Je n'ai rien � cacher !
Je suis Reine, je suis innocente, et on ne salira pas mon nom !
Que d�sirez-vous donc ?
Que cet homme soit jug� devant le Parlement !
Que cette femme soit traqu�e comme une b�te !
Et qu'elle soit ch�ti�e !
Et il en fut ainsi.
La coupable ne fut pas la seule punie.
Le Cardinal fut acquitt�
et Marie-Antoinette vou�e � une haine ouverte.
L'orage approchait,
la brise devenait un vent cinglant.
Pauvre fille... Tortur�e, tra�n�e � la Salp�tri�re,
victime de la cupidit� de la Reine.
Ou de sa luxure.
La Valois a avou� �tre l'amante de la Reine.
O� trouvait-elle la force, apr�s ses nuits avec Fersen ?
Mais o� est donc Oscar ?
Les couturi�res de la Bertin travaillent jour et nuit � sa robe
et elle est coiff�e par L�onard lui-m�me.
Dommage. C'�tait un si bel homme.
Bient�t je vous appellerai p�re,
et vous me direz fils.
Imitez Oscar, qui a la courtoisie de me dire Monsieur.
Quand l'h�ritier sera n�, nous vous dirons grand-papa.
De simples salutations suffiront.
Excusez-moi de vous avoir laiss� partir seul,
mais je choisissais le costume
le plus seyant � ma f�minit�.
Mon choix vous pla�t-il ?
Bien mieux que vous ne le croiriez.
Nous verrons s'il vous plaira encore � la fin du jour.
Puis-je vous dire combien vous me fascinez.
Je vous ai vu d�s votre entr�e,
mais je n'aurais jamais r�v� �tre remarqu� par vous.
Comment ne pas vous remarquer ? Ces yeux... ces l�vres...
Vous en parlez comme d'une friandise...
D'un mets d�licat, d'une fraise succulente.
Lors de votre prochaine transaction,
examinez mieux la marchandise.
Pour ne pas �tre oblig� de la rendre.
Je ne rends pas ce que j'ai pay� cher.
Je scrute...
je touche...
je sens...
je d�cortique pour comprendre la fabrication.
Aimez-vous ce faucon empaill� ?
Le marquis de Sade ?
Le feu et la glace ?
Aimez-vous les bains parfum�s,
dormir avec de la soie sur les yeux ?
Quelle t�che d�licieuse m'attend
de vous enseigner les arts amoureux,
les cartes secr�tes des chaudes rencontres.
Approchez.
Vous me r�pugnez !
C'est un d�but. Pas grand-chose, mais un d�but.
Je vous aime.
J'ai le droit d'aimer qui je veux.
Je ne vous �pouserai pas.
J'�pouserais plut�t votre chien.
Ne serait-ce pas amusant ?
Notre reine imprudente et son �poux peureux
ne nous ont pas �t� donn�s par Dieu.
Si Dieu est amour, Il ne saurait �tre si cruel.
Les jours de la soumission sont pass�s.
Il est temps de prendre en main notre destin !
Il faut exiger la convocation des �tats G�n�raux !
Exigeons
que notre repr�sentation soit doubl�e.
Et que le pouvoir du Tiers-�tat
soit �gal � celui du Clerg� et de l'Aristocratie !
Andr�, o� �tais-tu ?
Chez des amis, Bernard et Rosalie.
Et toi, d'o� viens-tu ?
J'ai rompu mes fian�ailles.
Tu apprends. Tu as d�j� fait le premier pas.
Auras-tu le courage de rompre avec ton pass� ?
Veux-tu venir avec moi, Oscar ?
Pas maintenant. Je ne peux pas.
Oscar se boucha les yeux et les oreilles
et continua de faire son devoir.
Les vents redoublaient de force,
une poign�e d'hommes devenait foule.
Les �tats G�n�raux inaugurent une �re nouvelle !
Le Roi double la repr�sentation du Tiers-�tat !
Je suis heureux d'�tre en vie aujourd'hui.
Les �meutes qu'on craignait seront peut-�tre �vit�es.
Peut-�tre.
Je ne savais pas qu'ils �taient tant,
et qu'ils pouvaient crier si fort.
Ils sont comme un oc�an d�cha�n� qui emporte ma m�re.
J'ai essay� de lui faire comprendre,
mais elle n'�coute pas.
J'ai voulu lui dire que la vie, c'est le changement.
Pauvre m�re,
elle ne me croit pas.
Je meurs, tu sais.
Et m�me cela, ce n'est que changer.
La France change,
et je change, moi aussi.
Le petit prince mourut
et Marie-Antoinette paya l'enterrement avec son argenterie.
Le glas sonna pendant quarante heures.
Mais le peuple avait trouv� sa voix
et personne n'�coutait.
Aux �tats G�n�raux,
la pol�mique faisait rage.
Comprenant que le pouvoir du peuple croissait,
cent membres du Clerg� et de l'Aristocratie s'unirent � lui.
Craignant le pouvoir montant du Tiers-�tat,
la Cour fit fermer
les portes de l'Assembl�e.
Il �tait trop tard.
La temp�te �tait devenue ouragan.
Si on nous refuse l'Assembl�e,
nous irons ailleurs, mes amis !
Nous sommes la v�ritable Assembl�e Nationale !
Nous allons �crire notre propre constitution.
D�gagez les rues !
Dispersez la foule !
Tirez sur la foule !
Capitaine de Jarjayes, c'est un ordre !
Je refuse !
Soldats ! Votre capitaine trahit !
Tirez sur elle !
Nous refusons !
Vous �tes tous aux arr�ts !
Capitaine de Jarjayes, vous le paierez de votre vie !
Un ami m'a dit un jour
que nous naissons avec le droit de choisir.
J'ai eu la sottise de ne pas le croire.
Merci de ne pas avoir tir� sur moi.
Je n'aurais pas voulu mourir sans savoir ce que j'ai appris.
J'ai pris le risque de revenir pour vous faire comprendre !
Cet ordre contredisait toute mon �ducation !
Votre devoir n'est pas de contester un ordre !
Comment tirer sur ceux que je dois prot�ger ?
Je vous �pargne si vous jurez de nous laisser fuir.
Mon nom est d�shonor�, mon gar�on.
Tu ferais mieux de me tuer.
Tu es bless�...
Je ne rentrerai jamais chez moi.
J'ai tant attendu ces larmes.
Mais il n'est plus temps.
L'heure est � la joie.
Mes enfants bien-aim�s...
Vous �tes libres...
Vous �tes libres d'�couter vos c�urs.
Ne vous inqui�tez pas pour moi.
La joie de vous voir r�unis me comble pour toujours.
Je n'y peux plus rien.
Demain je d�noncerai ces deux tra�tres en fuite.
L'arm�e aura peut-�tre du mal � les trouver.
Le peuple de Paris n'est plus fait que de tra�tres.
Alors le peuple doit �tre extermin�.
Il faut maintenir l'ordre pour que le monde reste le m�me.
Sois courageuse.
C'est le moment d'�tre courageuse.
L'arm�e a tir� sur le peuple.
Des troupes arrivent de toute l'Europe.
Les canons de la Bastille pointent l'H�tel de Ville et le Palais-Royal.
Demain matin,
les citoyens s'armeront
et prendront la Bastille avant qu'il soit tard.
Je ne veux pas te quitter,
mais je dois aller avec eux.
Je vais avec toi.
Je ne supporterais pas de te perdre.
Mais il faut courir ce risque.
C'est tout ce qui compte, disais-tu.
Je t'aime, Andr�.
En d�pit de la temp�te qui faisait rage,
le matin du 14 juillet fut radieux.
Le Roi se pr�parait � partir pour la chasse
et priait le Seigneur que le gibier abonde.
La Reine s'�veillait dans les bras de son amant
et �coutait le grondement lointain.
Elle pensait que c'�tait le vent d'�t�.
Fuyons avant qu'il soit trop tard.
Je n'ai pas peur.
Je ne leur ai fait aucun tort.
Je suis leur Reine.
De hautes vagues agitaient la mer
Le navire voguait, toutes voiles dehors
Le capitaine s'�cria .. "Virez de bord l"
Mais sa voix se perd...
Le vent g�mit, la mer r�pond
"En nul port tu ne peux t'amarrer.
"De toi je saurai m'emparer
"T'entra�ner dans l'ab�me profond..."
Je m'efforce de trouver la rime
Mais mon esprit est absent
Je n'ai pas le temps...
La Bastille est prise !
Avez-vous vu Andr� ?
Nous avons pris la Bastille !
Traduction : B.E. - P.C.
Sous-titrage TVS - TITRA
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