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Zulu
...
Tintements de cymbales et percussions
Musique enjouée
...
Coups de klaxon
-Salut. -Salut, ma chérie. Ça va ?
-Ben ouais.
-Alors, ce bac blanc de philo ?
-Je vais le faire. Ben on nous l'a pas rendu.
Tu connais les profs, moins ils en font...
Ce que t'es belle, maman.
Vraiment, t'es super belle. -Ben, merci.
-Non, je vais le faire.
-Tant de gentillesse... T'as un truc à nous demander ?
-Non.
Enfin, si.
Vous savez le nombre de sacs plastique dans la mer ?
Il hésite.
-Non.
-Un nouveau continent se forme.
-Ah bon ? -Ouais.
C'est dramatique.
C'est bientôt la fin du monde.
-Mon Dieu, la fin du monde. Ça, ça fait peur.
Continue, c'est passionnant.
-J'ai postulé à l'expédition écologique et ils m'ont sélectionnée.
J'embarque dans 10 jours à Marseille.
-Excuse-moi, tu peux répéter ce que t'as dit ?
-Ça va être la fin du monde.
-Non, le truc après.
-Je vais faire une expédition écologique.
Clean World, c'est une assoc' sérieuse.
J'embarque dans 10 jours.
-Ta croisière va rencontrer un récif.
Le bac, ça te rappelle rien ?
-Papa, ça sert à rien que je passe le bac.
J'ai rien foutu de l'année.
Je préfère redoubler et bosser l'an prochain.
En mode "je déchire tout jour et nuit".
C'est une super idée.
Rire outré -Oui, c'est une super idée.
-Ah, t'as vu ? -Ben ouais.
-Alors ?
-Alors, ben, c'est non.
-Quoi, "non" ? -Ben "non",
adverbe de négation induisant une réponse négative.
-Putain, à chaque idée intelligente,
c'est non !
-Bon alors, voilà. On voulait te dire :
on a retrouvé un hôtel,
plus exactement un hôtel sur un bateau,
Le Divina, croisière en Méditerranée.
Non mais, une proposition en or.
On peut pas refuser, ça fait un an qu'on est au chômage.
Tu comprends ? -Oui, je comprends.
Mais justement, vous serez sur un bateau et moi aussi.
Sur la même mer. Si ça se trouve,
on pourra même se croiser.
C'est ça, une famille moderne, en mode détente.
-Écoute,
voilà comment je vois "la famille moderne en mode détente" :
d'un côté, papa et maman travaillent, et de l'autre,
les enfants vont à l'école.
-C'est nul. Toute façon, je l'aurai pas.
-Chérie, il suffit juste que tu t'y mettes et tu l'auras.
L'an dernier, t'avais de supers notes.
-Mais ça, c'était l'an dernier.
Je fais quoi, moi, maintenant ?
C'est quoi, la story, en fait ?
-Ben voilà, c'est ça justement qu'on voulait te dire...
Donc...
Pour t'accompagner... -Papi André.
-Papi André ?
Camille rit aux éclats.
Papi André ?
C'est drôle. C'est une bonne blague.
-C'est pas une blague, il arrive demain.
-Je vous déteste.
-Sacs plastique, OK. Lampe torche,
c'est bon. Calgon, détachant textile, OK.
Trousse de secours, c'est bon.
Les piles...
Les piles : alors R6, OK.
R12, c'est bon. Piles bouton,
c'est bon. Et mon vapocuiseur.
Impeccable, y a plus qu'à.
Allez, c'est parti.
Marche militaire
...
Tonalité d'appel
*-Bonjour, vous êtes sur le portable de Franck Morales,
*laissez-moi un message après le bip.
-Fiston, c'est ton père.
Pour te dire que je décolle de Saint-Nazaire, il est 7h50,
arrivée sur site prévue aux alentours de 11h12.
Voilà, rapport terminé.
Il démarre la voiture. C'est parti.
*-C'est à 10h précises que le président de la République viendra
*sur la tombe du Soldat inconnu, en présence du chef d'état-major
*et du représentant de l'association des anciens combattants,
*qu'on écoute à notre micro.
-Allez, ma fille ! Debout, y a du boulot !
-Il est quelle heure ?
-L'heure de ranger sa chambre, faire ses devoirs...
Allez, allez.
-Tu fais quoi, là ?
-Je remets les livres offerts par ton grand-père : De Gaulle,
Histoire de France...
-T'es sérieux ?
-Il faut lui faire croire
que tu adores ses cadeaux. OK ? -OK.
Tu lui diras que j'ai plus 15 ans
et que je fais ce que je veux.
-Franck, je remets les lampes de ton père.
Et je t'ai sorti
le T-shirt.
Le cadeau de l'an dernier.
-Ah non... -Ah ben si.
-Putain...
On dirait que c'est le président qui débarque.
-Ouais, pas loin.
-Vieux con dans une voiture de vieux con.
À moi, 40 ans de gendarmerie.
-Bonjour quand même.
-Ouais, bonjour, fiston.
Téléphone portable au volant, queue de poisson, un prix Nobel.
-Ça va, papa, y a pas mort d'homme.
-Si on attend ça pour faire respecter le code de la route, c'est sans moi.
Ça devient n'importe quoi, ce pays.
Sacrée connerie d'avoir supprimé le service national.
-Bonjour.
Je vois que vous êtes en pleine forme.
-Oui, en pleine forme.
-Laissez, je vais le prendre.
-On t'a mis dans la chambre d'amis, t'as ta salle de bain.
-Tu vois qu'il te va bien, ce T-shirt.
-Je lui dis tout le temps.
-J'avais peur de la taille.
Dis-moi,
c'est une belle maison pour des chômeurs.
-Ouais, on est bien. C'est provisoire.
Ça appartient au père de Karine.
Il nous la laisse le temps qu'on se retourne.
Tu comptes rempiler ?
-Non.
J'ai contacté le chef du groupement départemental
de la gendarmerie. C'est pas loin d'ici.
Et figure-toi, il a servi sous mes ordres, plus jeune.
Je vais amener Camille déjeuner au mess des officiers
pour qu'elle voie ça. -Elle va adorer...
-Ben j'espère. Elle est où, d'ailleurs ?
-Partie chercher une combi de surf.
C'est son nouveau truc, ça lui a pris hier.
D'un coup, comme ça.
-Du surf ? Ben pourquoi pas.
Si elle travaille bien au lycée...
-Oui, ça se passe pas mal.
Mais faut pas la lâcher. -Tu me connais.
-Si je peux me permettre, faut y aller mollo. Elle a son caractère.
Et puis, ça fait longtemps.
-2 ans et demi. C'est pas faute de vous avoir invités à venir.
À chaque fois, vous étiez pris.
Le lycée sait que je prends le relais ?
-Ils ont tes coordonnées.
-C'est bien, tu progresses en organisation.
Téléphone
-Tu prends, s'il te plaît ?
-Oui, chef.
-J'ai pas bien compris le message de ta femme.
-Non, rien. C'est juste que Camille a plus 15 ans et demi,
elle est dans sa période "Je me rebelle contre le système".
Sois cool.
-T'inquiète pas. Depuis le décès de ta mère, je me suis bien assoupli.
-Tant mieux. -Passons aux choses pratiques.
Contrats d'assurance, garanties et modes d'emploi des appareils
et les numéros de téléphone
importants : EDF, GDF, médecin traitant,
hôpital... La base, quoi.
-Bien assoupli... -Et maintenant, ravitaillement.
-Franck.
C'est la cata, la cata, la cata.
Vous inquiétez pas, il va pas rester longtemps, 2-3 jours.
-Il peut rester le temps qu'il veut. Il est quand même chez lui.
Et je suis ravi de rencontrer votre papa, ma chère belle-fille.
En 18 ans, on s'est jamais vus.
En tout cas, ça doit rapporter, le commerce
de cacao.
-Bon, je dois quand même vous prévenir.
Mon père, c'est un personnage un peu...
-Particulier.
-Voilà. Vous risquez d'être surpris.
-Surpris ?
Après 40 ans de gendarmerie, plus rien ne me surprend.
-PAS SÛR.
Klaxon original
Musique jazzy
-Oh, ma Karinette !
Comment elle va ? Il rit.
-Ça va ? -Oh, ce que t'es belle.
Mais oui, ça va, ma chérie. Et toi ? -Oui.
-Oh, je suis content de te voir. -Y a mon beau-père, t'as pas oublié ?
-Non, j'ai pas oublié. -André.
-André, oui. -T'y vas mollo, hein ?
-Ah, mon gendre préféré, comment il va ?
Dis-moi, ça se déplume, là-haut. -Oui.
-André, je vous présente mon père, Teddy.
-C'est vous, le fameux André ?
Salut, André. -Bonjour, Teddy.
-Je m'installe, on perd pas de temps et on attaque l'apéro.
Et hop, hop, hop !
Je suis content d'être là ! Content, content, content.
-Ben moi, je vais préparer l'apéro.
-Il est très sympa.
-Au fond de cette boîte
Ah, ce qu'on est serrés Ah, ce qu'on est serrés
Hé, Dédé ! Dédé !
La femme à barbe ! Il rit.
(-La femme à barbe...) -J'arrive, j'arrive, j'arrive.
Viens là, mon pépère. C'est l'heure de l'apéro.
Oh, t'es fatigué, hein ?
Hé, chérie.
Elle les collectionne toujours ?
-Papa, elle a grandi, elle a plus 12 ans.
-C'est pas grave. Allez !
Il va rester là, mon pépère.
Il doit être fatigué, la route a été longue.
Papa revient bientôt.
Je vais prendre l'apéro.
Ah, le bordel en ville, mon André. Vous auriez vu ça...
Ils nous font chier avec leur commémoration.
-C'est un jour historique : le 8 mai 1945, De Gaulle...
-Un jour historique ? De Gaulle...
C'est le seul qui est resté à Londres pour faire de la résistance.
"Ici Londres, ici Londres..." Tu parles d'un truc.
Il a pas beaucoup mouillé la chemise, pépère.
Heureusement qu'il y avait les Ricains
pour débarquer sur les plages de Normandie.
Le grand Charles... Charles attend.
Bon, allez.
Un petit rosé, mon Dédé ?
-Non merci, jamais d'alcool à midi.
Je vais me prendre une petite citronnade. -C'est jour férié.
-C'est pas une question de jour.
C'est une question de principe.
Et si vous pouviez arrêter de m'appeler "mon Dédé", ce serait bien.
-À vos ordres, mon capitaine. Ça vous convient ?
-Non plus.
André, ce sera parfait.
En plus, ça tombe bien, c'est mon prénom.
-Très bien. Très, très, très bien. Alors à notre rencontre, André.
"Bois du vin, t'auras des copains.
"Santé, mais pas des pieds."
-Je vois que vous avez fait connaissance.
Acquiescements étouffés
-Je t'ai pris 2 mois d'abonnement,
tu pourras regarder le foot.
-T'aurais pu économiser... Le foot, je regarde plus.
Les joueurs qui contestent l'arbitrage, ça m'insupporte.
Fini, ça.
-Papa a été arbitre, à l'époque. -Ah d'accord.
Vous avez dû mettre des cartons rouges.
-Quelques-uns.
-Coucou, tout le monde.
Papi Teddy ! Qu'est-ce que tu fais là ?
-Retour au pays, les vacances, ma chérie.
Qu'est-ce que t'as changé !
Que t'es mignonne.
-Merci, c'est gentil. Toi, t'as vieilli.
-Hé oh, dis donc ! -Je plaisante.
Salut, papi. -Ça va, ma beauté ?
Il a raison. T'es devenue magnifique.
Une Morales pur jus.
Hein ? Rires
-C'est bon, t'as récupéré ? -Ouais, nickel.
-Ça va, toi ?
T'as pas raté ton arrivée, là. -Tu m'as dit "discrètement",
je suis arrivé discrètement.
Ils rient.
-Ça a pas duré longtemps, avec ta Mexicaine.
-2 mois, hé oh.
C'est pas mal, 2 mois.
En revanche, comme cadeau de bienvenue, l'énergumène qui te sert de beau-père...
Je sais pas d'où il sort, mais il est gratiné.
-Ben, il sort de la gendarmerie.
-Ah oui, d'accord... Je comprends tout.
-Et je sais pas combien de temps tu vas rester,
mais essaie d'être cool avec lui, hein ?
Et puis, il faut que tu saches...
on lui a toujours menti à ton sujet.
-Pourquoi ?
-Fiston, ça va pas être si simple que ça,
cette cohabitation.
Attends, le bonhomme que je viens de voir...
Avec sa grosse moto, son gros nounours sur le dos,
qui se tape un litre de rouge en bavant sur la République
avant d'aller dormir dans sa roulotte.
Je suis pas sûr que ce soit un spécialiste du commerce du cacao.
Franck soupire.
-Écoute, sois cool.
En plus, il est chez lui.
Alors, mets-y du tien. T'es ici pour Camille.
Le bac, le bac, le bac.
-Oui, j'ai compris. Mais je préfère prévenir.
Au moindre couac, au moindre manque de respect, c'est retour à la maison.
Je ne suis pas venu ici pour trier les lentilles, OK ?
-OK.
-J'ai compris, le bac, le bac, le bac.
Mais je suis ici pour me ressourcer,
chez moi. Alors faudra expliquer au gendarme de Saint-Tropez,
qu'au moindre problème, c'est retour à la caserne direct.
-Ma chère Karine,
les avions attendent pas les passagers pour décoller.
En plus, la rocade de Bordeaux est au rouge, alors on se dépêche.
-Ah d'accord... "Gratiné", c'est juste le prénom.
-Oh, papa.
Allez, faut que j'y aille, là.
-Oui.
Salut, mon amour.
-Tu me promets, hein ?
Papa.
-Je vais essayer.
Coups de klaxon
-Fais pas cette tête. -Ben excuse-moi...
-L'avion est à 16h45, les enfants, allez !
-Je t'aime. Je t'aime, je t'aime. -Moi aussi.
... -Allez, fissa, fissa !
-André, ça va, je sais que c'est 16h45.
On commence à le savoir.
Musique lounge
...
-Putain, deux grands-pères et un bac, c'est l'angoisse.
Va pas falloir qu'ils m'emmerdent.
-Et ton 1er cours de surf ?
-J'arrête. C'est fini.
C'est pas fait pour moi.
Ni les surfeurs, d'ailleurs. Comment ils chinent
dans l'eau, truc de ouf. -C'est pas que dans l'eau.
Dans le sable aussi.
Depuis ce matin, ça tourne.
-Ouais...
C'est quoi, ça ?
Putain, c'est lourd.
J'en peux plus du surf, là.
-Bonjour.
-Ah, salut. -Tu cherches une planche ?
Tu débutes, c'est ça ?
-Ah non, non. Pas du tout.
Je rêve.
Je cherchais ma planche, c'est celle-là, la bleue.
-OK. Comment tu t'appelles ?
-Camille.
Et toi ? -Paco.
Tu vas surfer ? -Ben ouais.
Enfin non, j'ai fini.
-C'est pas terrible, aujourd'hui.
Ça ferme, c'est nul.
-Ça ferme grave. Grave.
-Ce week-end, y a des vagues à Messanges, y a un vent d'est.
-Ah ouais, le vent d'est. -Vent d'est.
-Vent d'est. Ah, ben oui, t'as raison.
Justement, je comptais y aller.
-Cool. Peut-être à ce week-end, alors.
-Ben ouais. À ce week-end.
-Euh... Alors Camille...
-Oui ? -T'as pris ma planche.
-Ah...
Ah, c'est ta planche.
C'est un truc de ouf. En fait, toi et moi, on a la même.
Mais oui, c'est...
C'est un truc de ouf. Allez, salut.
(T'es grave, ma fille.)
(T'es ridicule.)
-"Bois du vin, t'auras des copains."
C'est malin, ça.
-Salut, papi. -Ça va, ma petite fille ?
-Ouais.
Ben, check. -Check quoi ?
-Lève le bras, tape. Voilà.
-Check.
Il rit.
-Tu fais quoi à manger ?
-Alors, papillotes de saumon,
carottes, épinards et poireaux à la vapeur.
Que du très bon pour ta santé.
-Moi, je suis pas sûre. -Comment ça ?
-T'as gardé l'emballage ?
-Dans la poubelle, oui. -Je vais te montrer.
Alors, attends...
C'est une application.
Tu prends en photo le code-barre et ça te donne la composition.
-Une application... -Ben ouais.
Alors...
"Élevé en Norvège, dans la Baltique,
"mer très polluée,
"nourri aux farines trafiquées." Super !
En fait, ton poisson, c'est du poison.
-Ça fait des années que je le mange, je suis pas mort.
Va prendre ta douche, on a à parler après. Allez.
-Lussa ! -Ah non.
On dit plus "lussa", c'est ringard. -Ah ouais ?
Et wesh wesh ?
C'est bon, ça ?
-Non plus, mais c'est pas grave, je vous ferai un dico.
-André, y a quoi à becqueter ? J'ai une de ces dalles.
-Papillotes de saumon et légumes vapeur.
-On n'est pas à l'hôpital, oh !
Voyons voir là-dedans.
Ouh là...
Poireaux, carottes, navets, salsifis.
Ça existe encore, les salsifis ?
Teddy rit.
Ça donne envie d'aller direct au resto.
-C'est pour la petite.
Quand on mange bien, on dort bien et on travaille bien.
-Oui, mais j'ai passé 2 ans au Mexique à bouffer des tacos.
Ce dont je rêve, c'est une bonne côte de bœuf et du fromage qui pue.
-Je vois. Dans ce cas, il faut faire vos courses vous-même.
-J'y compte bien, mon capitaine.
-Je sais pas comment ça se passe au Mexique,
mais en France, les magasins d'alimentation sont ouverts de 7h à 20h,
en plein dans vos heures de sommeil. C'est pas pratique.
Drôle de tenue
pour vendre du cacao.
-Écoutez, mon cher André,
on va mettre les choses au clair, définitivement.
Je sais pas ce qu'ont dit les enfants,
mais depuis 40 ans, je fais marcher les boîtes de nuit.
On me paie très cher pour ça.
Grâce à cet argent, j'ai acheté cette maison
dans laquelle vous vivez aujourd'hui.
-Ça a le mérite d'être clair. -Très clair.
Sonnerie "Tata Yoyo" Hop, hop. Tata Yoyo !
... Les affaires reprennent.
Ouais, Roberto. Comment ça va ?
-Noura, j'ai tout essayé. "Paco surfeur", "Paco plage"...
On frappe. -Je peux entrer ?
-Ouais, ouais. (Tu sais quoi, je te rappelle.)
-T'as rien mangé.
-J'ai pas très faim, ce soir.
Mais t'inquiète, papi, tout va bien.
-S'il y a une application qui range les chambres, hésite pas.
-C'est drôle, papi. Là, c'est rangé.
-T'appelles ça "rangé", toi ?
Quand t'as 5 min, regarde dans le dictionnaire la définition.
-Ben OK.
-Tu fais quoi ?
-Ben je regarde. -Quoi ?
-Google "ranger".
Alors : "disposer des choses dans un ordre déterminé".
C'est ce que je fais. Mais c'est moi qui détermine l'ordre du rangement.
-D'accord... -Bon, papi.
Dis-moi tout, je t'écoute.
-Tu as regardé sur ton bureau ?
-Non. -Viens voir.
Alors,
voici le dispositif : on a 41 jours pile-poil
avant le début des épreuves.
Ça, c'est le plan d'attaque.
Une couleur par matière,
les mêmes couleurs que tes cahiers.
Colonne de droite,
tous les sujets de chaque matière.
Colonne de gauche, c'est les jours.
Alors écoute-moi bien :
si tu travailles 4h par jour
dans l'ordre que j'ai écrit sur chacune des annales
et si tu coches les jours au fur et à mesure
dans les cases ici,
la veille du bac, t'auras tout révisé.
C'est automatique. À condition, bien sûr,
de commencer demain. -Non.
Non, pitié, papi, pas demain...
Laisse-moi encore 2 ou 3 jours. On part à Messanges.
-Quel Messanges ? Ça sort d'où ?
-Mes potes surfent et un vent d'est rentre sur Messanges.
Et ça, ça va être "ouah".
-Le vent d'est va rentrer seul sur Messanges, et toi, tu restes ici.
C'est ça qui va être "ouah".
-Ben non, parce que papi Teddy m'a dit oui.
-Il t'a dit ça quand ?
-Ben quand t'étais à l'aéroport.
-Camille, c'est à moi que tes parents ont confié la mission.
Si t'as des revendications, appelle-les et vois ça avec eux.
-Ah ben, c'est malin, ça.
-Camille, t'as 2 mois pour te donner à fond,
après tu feras ce que tu voudras quand tu voudras.
-Mais papi,
2 mois, c'est une éternité.
-C'est comme ça, t'as pas le choix.
Alors je résume le tout :
objectif,
stratégie, timing.
Pourquoi pas la mention.
-Ben oui...
-Demain, je t'accompagne faire un repérage.
-Non, ça va. Je peux y aller toute seule.
-Je t'accompagne quand même.
-Oh, l'angoisse.
Musique latino
-Un gendarme, mon pote.
-Un gendarme ? Chez toi ?
-Et un vrai prototype du gendarme.
J'ai envie de le faire chier.
Cela dit, je vais pas me gêner.
-Ça te change un peu. D'habitude, c'est toi qui dors chez eux.
Bon, tiens. Histoire que tu sois pas à la rue.
C'est gentil, merci. Et merci pour la moto.
-Avec tout ce que t'as fait pour moi...
Allez, on va s'en jeter un petit.
Mickey, deux mojitos.
Et ta Mexicaine ?
-Ratiboisée, un vrai tsunami. J'ai fait le con.
-Je te demande pas comment.
-Non, demande pas.
-Tu vas faire quoi, maintenant ?
-Je sais pas, j'en sais rien.
Je suis fatigué, Roberto.
Je suis fatigué. -Allez.
Ici, t'es chez toi. Tu viens quand tu veux.
-C'est gentil.
-Bon, hé ! À la nuit
et à tout ce que ça détruit en nous. -À la tienne, mon pote.
-Bon.
Excuse-moi, mais là, papa va rentrer en piste.
Rose !
Tango !
Musique tango
...
-Oh putain, Lily.
...
Lily ! Ramène ta fraise.
Ils rient.
Y a une tradition ici avant de partir.
Tu te mets là et je te prends en photo
souvenir. Voilà, ma chérie.
Oh, t'es belle comme un cœur.
...
Allez, je te ramène à la maison.
Ils rient de nouveau.
...
Comment il va, mon capitaine, ce matin ?
-Très bien, merci. Il s'est levé tôt.
Il a préparé un petit-déjeuner à sa petite-fille, il a fait des courses.
Un tas de choses que les gens font.
-C'est bien, tout ça, c'est très bien.
-Vous mélangez les couleurs ? -Oui, pourquoi ?
-Parce qu'il faut pas, ça peut déteindre.
-Ce qui compte dans le T-shirt, c'est le T-shirt, pas la couleur.
Qu'il devienne marron, jaune, vert,
je m'en fous, ça va pas changer ma vie.
Je vais faire ma petite machine à 95 degrés et tout sera nickel.
-Moi, je mettrais un Calgon.
L'eau est calcaire, ici.
Je sais que ça va pas changer votre vie,
mais ça évitera de racheter une machine.
Teddy rit jaune.
-Écoutez,
merci de vos conseils, mon capitaine,
mais je vais faire ma machine à 95 degrés
où je mélange le blanc et les couleurs et sans Calgon.
Vous savez pourquoi ? -Non.
-Parce qu'ici, je suis chez moi.
Donc je fais ce que je veux avec ma machine et mon linge.
-Ce que je dis, c'est pour vous.
-Mon cher André,
au lieu de donner des leçons de pressing,
évitez d'accompagner la petite au lycée.
Se faire déposer par son grand-père, c'est la honte.
Je dis ça, c'est pour vous.
Je vais me coucher pendant que ça tourne.
Musique cocasse
Oui ? -Mettons les points sur les I
et les barres sur les T.
Primo,
qu'est-ce qui est le plus honteux : un grand-père attentionné
ou un grand-père qui passe ses nuits en boîte de nuit ?
Et je vous parle pas de ce matin.
Secundo, c'est moi qu'on a chargé de la mission "bac de Camille".
On est d'accord ? -Oui.
-Alors quand vous dites "oui" à Camille, j'aimerais le savoir avant.
-De quoi vous parlez ? J'ai rien dit.
-Et menteur en plus. Je vous préviens,
n'entravez pas le bon déroulement de cette mission.
Sinon, j'appelle illico votre fille et je rentre à Saint-Nazaire.
Je suis pas ici pour jouer les femmes à barbe.
Reçu ? -Reçu 5 sur 5.
En revanche, arrêtez de me déranger pendant que j'essaie de me rendormir.
Moi, j'ai un travail.
Je passe pas mon temps à vérifier qui met du Calgon dans la machine.
Hein, monsieur Hélico !
Imitation des pales d'hélicoptère
(-Mais il est dingue, ce mec.)
-Son programme, c'est l'enfer.
-Je vais faire tes cahiers. -Jamais de la vie.
Je vais trouver une solution.
-C'est non négociable, je te dois ça.
Et pour Messanges, mon père me prête sa voiture.
-T'as le permis ? -C'est une sans permis.
Toi, tu vas faire comment ?
-J'ai ma petite idée.
-Toi, tu vas là.
Bonjour, monsieur.
-Bonjour, madame.
-Vous cherchez ?
-Ma petite-fille passe bientôt son bac, je cherche des livres
de soutien, des méthodes... -Oui, oui.
J'ai un bouquin formidable
sur la méthode et la psychologie d'approche aux épreuves du bac.
C'est un vieil ouvrage, mais...
il est très bien fait.
Elle est à quel lycée ?
-Lucie Aubrac.
-Je connais.
J'étais directrice de ce lycée, il y a une dizaine d'années.
Avant de travailler au rectorat.
Vous êtes du coin ?
-Non, j'habite sur Saint-Nazaire.
-Loire-Atlantique, 44.
C'est formidable. Ah oui.
Ça y est, je l'ai.
Couloir B, rangée 4, étagère 5. Venez avec moi.
Vous ne seriez pas un ancien militaire ?
-Gendarme.
Capitaine de gendarmerie, plus exactement. Et comment...
-L'allure, le regard franc...
Mon ex-mari était militaire, j'ai passé ma vie en caserne, alors...
Alors, rangée 4, étagère 5...
Tu es où ? Tu es où ? Tu es là.
Alors.
Le petit bon de sortie...
-Il était dans quel corps, votre ex-mari ?
-Au départ, c'était la Marine nationale,
mais vu le nombre de fois où j'ai été cocue,
il a été dans beaucoup de corps.
Tenez, remplissez-moi ça. Nom, adresse, numéro de téléphone.
Je m'appelle Viviane.
-Enchanté. André.
-André.
On frappe. -Debout, Camille, c'est l'heure !
Il est 6h45, on se lève ! La douche, les dents.
-Le cauchemar ! Non ! -Allez, la France t'attend !
Explique-moi la différence entre 6h45 et 7h.
Tout ça pour 15 min de sommeil.
-C'est psychologique, tu peux pas comprendre.
6h45, y a un 6 en premier.
7h, y a un 7. -Oui.
-C'est comme les prix. Une robe à 79 euros,
tu l'achètes. Une robe à 80...
Tu l'achètes pas.
-Je suis pas venu ici pour acheter une robe. On y va.
Elle l'imite.
Y a pas d'autres caddies que ça ?
-Non, c'est celui de papi Teddy. -Sans blague...
-Il te va bien. -Ouais...
-Oh, ma Capucine !
Il rit.
C'est papa qui est revenu ! Oui, viens là, mon cœur !
Capucine ! Au pied ! Au pied, Capucine. Viens voir papa !
-Il manquait plus que ça...
Magnifique, tout y est.
Si avec ça, t'as pas une bonne note au bac...
Je suis fier de toi.
T'as fait ça dans la journée ?
-Ben ouais, au lycée.
Et j'ai fait mes maths aussi. Tu veux voir ?
C'est sur les fonctions logarithmes
népériens. -Non, ça va, non.
-Ah, et papi.
Merci pour le livre, ça a l'air super intéressant.
-Ouais. -Ouais, vraiment.
-Tiens. -C'est quoi ?
-Les dessins que tu faisais quand t'étais petite.
J'en collerai sur le mur, si tu veux.
Elle rit.
-Ah ouais, putain. J'étais pas douée.
C'est mamie, là ? -Oui.
-Mais j'avais quel âge ?
-7 ans. L'âge où tu me faisais encore des câlins.
-Papi, j'ai plus 7 ans.
D'ailleurs,
j'ai eu papa et maman au téléphone.
Je suis dég, ils sont sur un paquebot trop beau.
Mais genre ouf. Regarde.
-Ils sont bien, tous les deux.
C'est pour ça qu'il faut travailler,
si un jour, tu veux te payer un bateau.
J'espère que tu m'emmèneras.
-Tu seras déjà mort.
Mais je plaisante.
La tête que t'as fait.
Mais bien sûr que je t'amènerai.
J'aurai besoin d'un capitaine.
Ah, papi.
Il faut que tu signes un mot.
-C'est quoi ?
-Le lycée veut stopper la cantine à cause des examens.
C'est n'importe quoi. -Ben oui.
-Là, l'imprimante.
-Alors...
"Monsieur, madame...
"En raison d'un problème d'organisation,
"la cantine sera fermé..."
Fermé, "é" sans e ?
Il rit.
-Ils sont légers en orthographe.
OK.
Voilà.
Tiens. -Merci.
Sonnette -C'est qui, ça ?
-T'inquiète, c'est pour moi.
-C'est dommage de commander une pizza
alors qu'il y a plein de bonnes choses. -Désolée, papi,
mais j'aime pas les carottes ni les navets.
J'aime pas les épinards,
et encore moins les haricots verts.
Il chantonne "Tata Yoyo".
Ça va, papi ? Il acquiesce.
T'as l'air tendu.
-Pas du tout.
...
-Salut, tout le monde ! Ça va ?
-C'est quoi le sac sur la table ? -Des oreillers.
-Des oreillers ?
-Oui, c'est logique. Un homme qui dort, il achète des oreillers.
Ils rient.
-Très drôle, celle-là, mon capitaine.
J'en ai une : Monsieur et madame Donctoilabas
ont un fils.
Eddy. Hé, dis donc toi là-bas.
Ils rient.
Elle est bonne, non ?
Elle vous fait pas rire, capitaine ?
Un bon petit coup de rouge.
Le bac, ça bosse ?
-Grave.
Bon.
Je t'ai pas dit, Camille,
mais si t'as besoin d'aide, je suis là.
Français, maths, j'assure grave,
comme tu dis. André marmonne.
Quoi ?
Oui, ben tiens...
Colle-moi une addition hyper compliquée.
On va bien rigoler.
-Ben, OK. Allez.
Au hasard... Au hasard...
1756
plus 594.
-2 350.
-Ouais, c'est ça.
-Hé, c'est à moi qu'elle a posé la question.
-Oui, mais ça m'a échappé.
-Ça vous a échappé, oui...
Tiens, recolle-m'en une autre.
Vous me laissez le temps de répondre.
-OK.
Euh, 437
plus 941. -437
plus 941. Fastoche. Alors attends...
-Allez, 1 378 parce que c'est trop long.
-Oh... Non, mais il est trop fort.
-Il est trop fort, il est trop fort...
-C'est quoi, ce foutoir ? -Quoi ? Quel foutoir ?
-J'avais dit : "Les légumes en bas."
-Ben moi, je les ai mis en haut, c'est pas grave.
-Si, c'est grave. Les choses, c'est une question d'ordre ou de désordre.
-André, du désordre naissent les grandes révolutions.
-Mais là, on fait pas la révolution.
On range des poireaux et du saucisson.
-En parlant de poireaux, Capucine a plus de carottes.
-Demain matin, vous vous levez très tôt.
Vous allez au marché. Un stand vend des légumes.
Il est à côté de l'église, on peut pas le rater.
Là, ils vendent des carottes,
environ 1 euro le kilo. Et dans un kilo, y a 7 ou 8 carottes.
À vous de voir.
-J'ai affaire à un statisticien de la carotte.
-Non, à un homme qui fait des courses.
-Ça va ? Ça se passe bien entre vous ?
-Ben...
Impeccable. Hein, André ?
-Tout à fait, oui.
Rire gêné -Pourquoi ?
-Comme ça.
Au fait, vous avez tort tous les deux.
Les légumes se rangent pas dans le frigo.
-Comment tu sais ça ? T'as horreur de ça.
-Google "légumes". Il suffit de lire.
Alors...
"Halte au rangement des fruits et légumes
"dans le frigo". Ça tue les saveurs.
-Dommage que t'aies pas ton Google pour le bac.
-Ah, au fait, papi.
T'inquiète pas si je rentre tard, je vais bosser chez une copine.
-Pas de problème, chérie.
-"Parle au boucher, c'est l'andouille qui répond."
-Pardon, j'ai pas compris. J'ai pas entendu.
-Je parlais tout seul. C'est qui, ta copine ?
-Noura. C'est une copine de classe.
-Très bien. Y a ses parents ?
-Y a son père, c'est sa semaine. Ses parents sont divorcés.
-Il fait quoi, son père ? -Il est chirurgien.
-Tu me donneras son numéro.
-Pour quoi faire ? -Pour l'appeler.
-Mais papi...
Tu vas pas l'appeler pendant qu'il opère.
-Pourquoi vous levez toujours les yeux au ciel ? C'est crispant.
-J'ai ce tic depuis tout petit. J'y peux rien. Je fais ça...
Tout le temps ça.
Et puis, c'est nul
de pas lui faire confiance.
-Je lui fais confiance, seulement un,
ça n'exclut pas le contrôle,
et deux, c'est une question de principe.
Je vois les choses ainsi.
-C'est nul, papi. C'est pas cool.
En plus, j'arrête pas de bosser avec les cahiers.
-C'est vrai, elle arrête pas de bosser. Hé, André, maintenant,
faut la lâcher.
-D'accord.
Bon.
Je te fais confiance. J'espère ne pas le regretter.
-Oh, merci, papi.
-Dis donc, hé !
Ça te dirait que je t'emmène demain au lycée
en moto ? -Grave, trop bonne idée !
-T'es génial ! Allez, check. Lève la main. Bam.
Bisous tout le monde et bonne nuit.
-C'était pas honteux que son grand-père l'emmène au lycée ?
-Pas en Harley, vous comprenez ?
-Non.
-T'oublie pas le SMS, dans 30 secondes, comme on a dit.
-C'est un zèbre aujourd'hui...
Musique tango
-Elle est partie ? -Évidemment, vous avez vu l'heure ?
-Vous auriez pu me réveiller.
-Elle a tambouriné à votre porte. Vous étiez occupé
à autre chose. -Très drôle.
-Elle a pris sa mobylette, je l'ai pas accompagnée en Cactus.
-Et ça, vous m'expliquez ?
-J'ai rendez-vous pour déjeuner avec le commandant Cousto.
Et entre gradés, la tradition, c'est l'uniforme.
-Surtout avec le commandant Cousto !
-C-O-U-S-T-O. Pour éviter les blagues de fin de repas.
-J'oserai pas, mon capitaine. Franchement, j'oserai pas.
Notification Ah, un texto.
Je sais pas qui ça peut être.
Ma petite-fille, justement.
"Mon très cher papi adoré, pas grave pour ce matin."
Y a pas de quoi en faire un fromage.
"Je t'attends pour déjeuner, je serai devant le lycée.
"Je t'aime."
Et ben, voilà. Ma chérie.
Allez, bon déjeuner, mon capitaine, avec le commandant Cousto.
C-O-U-S-T-O.
Il rit.
(-Pauvre garçon.) -Sonia !
Ma petite couleuvre, viens vite !
Parfait. Je te dépose.
Allez, viens. Mon petit serpent.
Il imite le serpent.
-Un serpent, maintenant.
C'est pas une caravane qu'il a, c'est un zoo.
-J'y crois pas, c'est mon grand-père ?
-C'est lequel des deux, celui-là ? -C'est papi le clown.
Sonnerie cloche de cathédrale Et là, c'est papi le relou.
Je sais pas ce qu'il veut.
Allô, papi.
Oui, ça va, pourquoi ?
Ce soir ?
Après les cours ?
Attends, acheter des robes ? Mais papi,
j'ai pas le temps de faire du shopping.
OK, ça marche. À ce soir.
Je sais pas ce qu'ils ont, mais ça va pas être possible.
-Ils se font la guerre pour toi.
-Je vais régler ça ou ça va être l'enfer.
Souris. Coucou, papi.
-Ça va, ma chérie ? -Ça va et toi ?
-Très bien. -C'est Noura, ma copine.
-Ah, Noura, enchanté.
Salut, Noura.
-Une deuxième fois.
Et...
-Et là. Ça va, y a pas autre chose ?
Bon, très bien. -Pourquoi tu es là ?
-Je voulais m'excuser de pas m'être réveillé ce matin.
Je sais pas ce qui s'est passé. J'ai mis le réveil et... Panne.
-C'est pas grave.
-Si, c'est grave. Du coup, je t'invite à déjeuner.
-Ah ben, c'est gentil, merci. C'est quoi, ça ?
-Ça ? Un piano à queue.
Camille rit.
(Rigole, rigole.)
(Je te l'avais dit.)
-Tu lui as dit quoi ? -Rien.
Merci pour la planche.
-Je t'en prie. C'est la même que Kelly Slater.
Tu vas te faire des vagues, ma chérie.
Pourquoi tu ris ? -Pour rien, tu me fais rire.
Sonnerie "Tata Yoyo"
Papi ! Mais papi ! Change-moi ça ! Pitié, la honte.
-Quoi, la honte ? C'est toute mon enfance.
Tu connais Annie Cordy ?
Tata Yoyo, qu'est-ce qu'il y a sous ton grand chapeau ?
D'ailleurs,
quand je vois les mômes, tous ces petits jeunes,
y en a pas un avec qui tu...
Non ?
-Non, j'ai pas de petit copain en ce moment.
Tu sais, avec le bac...
Les cahiers de papi, c'est hardos...
-À qui la faute ? Merci les parents.
-D'ailleurs, en parlant de papi... -Oui.
(-Je peux te dire un secret ?)
-Oui.
-Tu promets de jamais dire que je te l'ai dit ?
-Ton grand-père,
c'est une tombe.
-Ce matin, quand tu t'es pas levé,
il a dit que t'étais un fainéant,
un bon à rien. Et il a rajouté
"avec un gros poil dans la main".
-Un fainéant ? Avec un gros poil dans la main ?
Rire outré
Non, mais je rêve.
Je vais lui faire sa fête, à la gendarmette.
Il sait pas à qui il a affaire. Tonton Teddy.
Non, mais je le crois pas.
Un poil dans la main, moi ?
Une portière claque.
Je peux vous parler une minute ?
-Oui, bien sûr.
-Comment s'est passé le déjeuner avec le commandant Cousto ?
-Très bien, merci.
Et vous, avec Camille ? -Très bien.
On a beaucoup rigolé. J'adore ma petite-fille.
-Notre petite-fille, si ça vous dérange pas.
-Si vous voulez, notre petite-fille.
Ne le prenez pas mal, mais je crois qu'elle tient plus de moi que de vous.
-Si j'en juge par ses résultats scolaires, je suis pas sûr.
-Vous savez,
vous avez tort de me prendre pour un imbécile.
Je connais tous les mots français.
Concupiscence, esperluette, gourgandine, ornithorynque...
J'ai été champion de Scrabble.
Ça se voit pas, mais j'ai envoyé.
Tenez, "zloty" : monnaie polonaise.
Z-Y, vous mettez ça sur un triple, ça vous fait 60 points d'un coup.
-C'est pas parce qu'on connaît des mots qu'on sait faire des phrases.
-En tout cas, j'en ai beaucoup appris au cours de ce déjeuner,
sur les fainéants avec des gros poils dans la main.
-Je ne vois pas de quoi vous parlez.
-Ah... Ah...
Capitaine Courage, en plus.
Ça balance dans mon dos et là, plus rien.
-Je balance quoi dans votre dos ?
-Je me comprends.
C'est bon.
Et voilà.
-Vos slips, c'est un héritage ou vous les mettez vraiment ?
-Non, je les lave et je les regarde.
Bien sûr que c'est mes slips !
C'est mes slips pour la semaine.
Lundi, mardi, jusqu'à dimanche.
-Y en a que 6.
-Le 7e, il est sur moi. C'est son petit frère,
avec les oreilles. Vous voulez voir la trompe ?
-C'est élégant...
Braiments Ah, votre amie réclame sa carotte.
Quand on vous voit ensemble, vous faites un couple parfait.
D'un côté, il y a l'âne et de l'autre, le bonnet.
Rire forcé
-Ouh là là, c'est des grands comiques dans la gendarmerie.
-On s'accroche. (-Ouais, accroche-toi. T'as pas fini.)
-Putain, c'est la honte.
-T'es encore sur ça ? -Oui.
-Arrête, c'est pas grave. En plus, j'aurais pas pensé à réviser ça.
Donc merci, papi André.
Aucun d'eux va débarquer ?
-On est tranquilles pour aujourd'hui.
Là, c'est programmation automatique
de la machine à laver. T'inquiète.
J'ai tout organisé.
Vrombissement de la machine
...
-C'est quoi, ça ?
Musique rythmée
...
-Oui, c'est pour quoi ?
-Vous avez lancé la machine ?
-Non, pourquoi ?
-95 degrés, couleurs mélangées, mes sous-vêtements sont roses.
-Je peux vous prêter mes slips,
si vous voulez.
C'est pas moi.
-Ah, c'est pas vous, c'est le père Noël.
Je vois votre jeu, vous voulez que je m'en aille.
-Vous croyez que j'ai que ça à faire ? Allez vous occuper
du bac de Camille,
m'emmerdez pas avec votre linge.
-Justement, je vois votre jeu avec elle,
à lui offrir des cadeaux...
Une planche de surf, comme si c'était le moment.
-J'ai plus le droit de faire des cadeaux à Camille ?
Qu'est-ce qu'il fait là, le capitaine ? Il a oublié ce que je lui ai dit ?
Commencez par reculer. Où est ma mousse à raser ?
La voilà.
Reculez, là. Reculez, reculez.
Allez-y, encore.
Encore, encore.
Voilà. Là, c'est parfait.
Voilà, hop.
À neuf mètres, monsieur l'arbitre.
Ici, je distribue les cartons rouges.
Estimez-vous heureux d'avoir le reste de la maison.
Je suis chez moi, ici !
Hein !
(-Tu veux la guerre, mon petit pépère ?)
(Hé ben, t'es tombé sur un collègue, là.)
(Fallait pas réveiller le capitaine Morales.)
Musique entraînante
...
-C'est lui ! Noura ! Viens voir.
Il est là.
...
Je dois dire quoi, déjà ?
-Deux tubes et un cut back, OK ?
Elles répètent ensemble.
OK ? -OK, vas-y.
-T'es la meilleure ?
-Je suis la meilleure. Je suis la meilleure.
Deux tubes, un cut back. Deux tubes, un cut back.
-Hé oh, Camille !
Camille ! Hé !
Camille.
Camille.
-Ah, Paco.
T'es là ? -T'as pu venir finalement ?
-Ouais, des vagues comme ça,
ça se rate pas. -Je t'ai pas vue surfer.
-Normal, j'ai surfé tout là-bas. -Ah ouais ?
-Je préfère être seule. Et j'ai fait deux tubes et un cut back.
-Avec ces vagues-là, faut être balèse...
-Ouais, enfin... C'était des petits tubes.
Tu vois, des tubettes. -Des tubettes...
Il rit.
Et tu surfes en tongs ?
-Euh... Ouais, je tiens mieux sur la planche.
C'est une nouvelle technique.
-Ce soir, on fait un apéro, tu veux venir ?
On se fait un spot sur Saint-Girons.
Je t'invite.
-Ouais, mais bon...
Si je suis pas dans l'eau, why not...
-Non, t'y seras pas.
Y a plus de vagues. Ou juste pour débutants.
-Ben alors, je viens. OK. Si t'insistes.
-Cool.
À ce soir, alors. -OK, à ce soir.
-Mais tes tongs, ma fille ! Tes tongs !
Pas possible !
Musique douce au piano
*-Salut, la communauté, je vous présente quelqu'un.
Franchement, c'est une bête de rencontre.
Noura, Noura. Elle s'appelle Noura.
* Ça, c'est les gens qui nous suivent.
On va faire un inventaire, tu veux bien ?
-Il a l'air drôle, ton cousin. -Doudou, c'est un phénomène.
-Vous allez faire tous les spots d'Europe ?
-Ben ouais.
Détente, quoi.
-Vous allez ramasser du plastique ?
Il hésite.
-Non, non, pas forcément.
-Ben voilà, c'est nul.
T'attends les vagues.
J'ai décroché un master en commerce international.
-Ah ouais, quand même...
-Du coup, je suis en mode tranquille, repos.
-Moi aussi. Je suis à Sciences Po Bordeaux, 3e année.
-T'es à Sciences Po Bordeaux ?
-Ben ouais.
-Et en plus, tu surfes en tongs !
-C'est bon, ça va. C'était pour essayer.
Faut que j'y aille.
-OK. Vous revenez demain ?
-Je sais pas trop, tu sais.
Sciences Po, c'est chaud, y a du boulot.
Musique douce
Mais si tu veux vraiment que je revienne, je viens.
Dis-le-moi, c'est tout.
"Camille, j'ai envie de te revoir demain."
C'est simple. -Mais je rêve !
-Ben allez. J'attends.
-Je veux que tu reviennes demain. -Pas trop envie...
-OK, OK, OK.
Camille Morales, j'ai vraiment envie que tu reviennes demain.
Ça te va ? -Hé ben, voilà ! Bravo !
Oh, putain ! T'es timide.
Bon après, je te promets rien. Je suis chargée de famille, en ce moment.
Faut que je m'occupe de mes deux grands-pères séniles.
C'est affreux de vieillir. Ils peuvent rien faire tout seuls.
Vrombissement de la tondeuse
...
(En hurlant) -Oh ! Oh !
C'est pas fini, ce bordel ?
Y en a qui dorment, merde !
Oh !
(Plus calme) Ça va, j'ai compris...
Tu vas voir. La porte claque.
Ronflements
...
(Les petits oiseaux, venez.)
(Venez, venez, venez. Cui cui cui cui cui cui.)
Il sifflote comme un merle.
Musique cocasse
-Le petit vicelard...
Fallait pas toucher à mon Cactus. La voiture, fallait pas !
-Ils en sont où les deux papis ?
-C'est du n'importe quoi.
J'ai commencé à les chauffer et on atteint des sommets.
On va être tranquilles un moment.
(-C'est ça, va chercher ton nounours.)
(Allez, va dormir, tu sais faire que ça.)
(Opération destruction, mon petit coco.)
La moto peine à démarrer.
-Pourquoi elle démarre pas ?
...
Roues sur le sol
Du sucre dans le réservoir ? T'es sûr, Roberto ?
Teddy rit. L'homme aux poireaux...
Fallait pas toucher à ma moto, mon pote. À con, con et demi.
Tu vas voir le gendarme, ton Cactus !
Prends ça dans ton cul !
Et 5 !
8 !
Et 14 !
Et paf ! Dans ton cul, le permis !
-CHI-FOU-MI ! CHI-FOU-MI ! CHI-FOU-MI !
-Bam, j'ai gagné !
Ah, je le savais. Elle rit.
-Bien joué.
-Je sais, je suis trop forte.
-Ah, putain.
-T'as un truc dans l'œil ? Mets pas tes mains.
-Ouais, mais c'est là.
Musique douce
...
Elle souffle.
-C'est bon ? -Oui.
-Je t'ai sauvé la vie.
Tu le fais souvent, le coup du grain de sable ?
C'est un truc de surfeur, c'est sûr.
-Non.
-Au moins, je te fais rire.
-Faut que je te dise un truc.
On part en Espagne, demain.
-C'est cool.
-Tu peux venir après tes exams.
-Ouais...
-On fête notre départ ce soir. On va à l'Excalibur.
-Je vais voir, je te promets rien.
-Tu lui as toujours rien dit ?
T'es sérieuse ?
-T'as vu la conne ?
Et j'y vais pas ce soir.
-Si, tu vas y aller et tu vas lui dire la vérité.
-Ah non, plutôt mourir. Non, non.
T'as vu le profil du mec ?
Il va me clasher en 2 secondes. J'arrête, c'est la honte.
J'ai fait chier tout le monde pour rien.
Merci.
-Que faites-vous, Mlle Morales ?
-Vous voyez bien,
je m'en vais. -Vous devez rester.
-Pourquoi ? -C'est le règlement.
-Donc on est obligés de rester 4h alors qu'on sait pas quoi écrire ?
-Ben oui.
-Ben non.
(-Elle est ouf.)
-Vous savez où ça se finira ? -Je m'en fous.
La porte claque.
-Vous êtes tombé du lit. -Je viens de rentrer.
J'ai découché, ça vous dérange ? -Non, c'est vos affaires.
Sonnerie de téléphone
Oui ?
Tout à fait.
Non, Camille n'est pas là.
Comment ça "elle a quitté le lycée" ?
J'arrive tout de suite, le temps d'arriver.
D'accord, madame la directrice.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? -Rien.
-Ma petite-fille disparaît, ça me regarde !
Je vais l'appeler !
-Vous devriez savoir qu'elle a plus de téléphone.
-C'est petit, ça.
-Vous allez où, là ? -Avec vous.
-Pas question, c'est mon problème.
Hein, monsieur "faut lui faire confiance".
Elle vous a bien roulé. -Ben bien sûr !
Je vous signale que la mission vous avait été confiée.
Ouvrez cette portière ! Ouvrez-moi cette portière !
Crissement des pneus
Tu veux la jouer comme ça, toi ? Tu vas voir.
Musique entraînante
...
-Bonjour.
Grand-père de Camille Morales, je viens voir la directrice.
-C'est le bâtiment B, rez-de-chaussée. -Bien, merci.
-Bonjour. Grand-père de Camille Morales, je viens voir la directrice.
-C'est pas possible, il vient déjà de passer.
-Mais t'as combien de grands-pères ?
-Ben deux. -Ben voilà.
Le deuxième, il est là. Allez, hop.
Oh, Morales. Vous pensiez me larguer comme ça ?
Je connais les raccourcis ici ! C'est mon pays.
-Reprenez-les vite pour rentrer vos occuper de vos slips.
Je vais m'occuper de l'essentiel, Camille.
-Je suis aussi son grand-père !
Mettez-vous ça dans le crâne.
-Vous savez ce que je pense, alors me chauffez pas !
-J'ai pas peur, monsieur "Je mets du sucre dans le réservoir".
C'est minable de faire ça.
-Mettre du pain sur le Cactus, c'est pas minable ?
-C'est vous qui avez commencé. -Non, c'est vous.
Vous comptez pas aller voir la directrice habillé comme un clown ?
On n'est pas au cirque. -Un clown ?
-Oui. D'ailleurs, il est où votre nez rouge ?
-Tu vas voir, le nez rouge, il va t'en coller un direct !
Si t'as jamais goûté de ma praline, j'en ai une boîte.
-C'est ça que tu veux ? -Ouais.
Vas-y, pose-les, tes lunettes !
Viens, viens !
-Tu veux la tête
à Mickey ?
T'aimes la purée ? Parce que tu vas en bouffer !
-Ah ouais ? De la purée, moi ?
Tu vas voir !
Chahut
...
Viens, viens.
-Regardez-le, Bozo le clown !
C'est Bozo le clown.
-Vous êtes les deux grands-pères de Camille,
c'est ça ? -Oui.
Paternel et maternel.
-Et vous vous êtes battus dans la cour ?
-Pas du tout. Pas du tout, voyons.
On fait ça pour rigoler, c'était pour amuser les gamins.
C'est notre truc, à tous les deux.
On joue aux gendarmes et aux voleurs.
Pas vrai, André ? -Tout à fait.
-Aux gendarmes et aux voleurs...
-Oui, oui.
-Et pourquoi pas aux cowboys et aux Indiens ?
Hein ?
Moi, je vais jouer à la directrice et aux deux grands-pères.
Vous êtes au courant
de la situation ?
-Oui... Enfin, quelle situation ?
-Camille Morales, absente 8 jours sur les 10 derniers,
avec des mots signés de l'un d'entre vous.
A. Morales.
-C'est lui. -C'est moi.
-C'est votre signature ?
Teddy acquiesce.
-Je peux savoir
pourquoi toutes ces absences,
monsieur Morales ?
-Je vais vous expliquer.
Elle refuse. -Je vous ai donné la parole ?
-Non, madame. -Alors vous levez la main.
Je vous écoute.
-En fait, on la garde à la maison pour la faire réviser.
Et on met le paquet, je peux vous dire...
Le bac, le bac, le bac, on n'arrête pas.
Et ça donne des résultats satisfaisants.
On est épatés par la qualité de son travail, du haut niveau.
-Par son travail ? -Oui.
-Avant de partir, les parents ne vous ont pas mis au courant ?
-NON.
-7 de moyenne générale au 1er trimestre.
5,5 au 2nd, des bacs blancs
lamentables. Déjà deux avertissements
et une attitude totalement désinvolte et impertinente.
Le tableau est noir.
-OUI.
-Je vais vous expliquer la suite,
messieurs les gendarmes et les voleurs.
C'est simple, Camille est exclue du lycée.
Définitivement. Ça vous évitera de lui faire des mots.
Et je lui conseille d'avoir son bac. Car si elle ne l'a pas,
il n'y aura pas de place pour elle, l'an prochain.
C'est clair ?
Sonnerie "Les sardines" de Patrick Sébastien
...
(-Voilà...)
(C'était Les sardines.)
C'est pas ma faute s'il a sonné. Heureusement, j'avais changé de sonnerie.
-Vous me fatiguez.
Oui, fiston, il faut que tu rappelles illico.
Ici, ça se passe pas bien du tout, du tout.
-Et merci pour votre aide, pas un mot.
Je sais pas à quoi vous pensiez, mais merci.
-Vous savez à quoi je pensais ?
Qu'on devrait jamais quitter Saint-Nazaire.
-Bonjour, excusez-moi. Est-ce que je peux vous parler ?
-Je sais pas vous, mais il est pas question de laisser passer ça.
-Pour une fois, on est d'accord, mon cher Teddy.
On va lui faire une piqûre de rappel. -Exactement.
Mon père disait :
"À nous prendre pour des trompettes, on récolte la tempête."
-Si vous venez m'engueuler, partez.
-Y a de quoi, tu crois pas ? Ça a du mal à passer, tout ça.
-Beaucoup de mal à passer.
-Je suis désolée.
J'ai menti pour avoir la paix, c'est tout.
-Vous êtes tous là : "Le bac, le bac !"
-Ben oui.
-Je m'en fous du bac.
-On comprend pour le bac,
mais pour le reste, c'est inadmissible ! Hein ?
-Tout à fait.
-Ton grand-père est d'accord avec moi. Parce que nous...
Camille, on n'est pas du tout, du tout contents ! Mais alors pas du tout !
Hein, André ? -Affirmatif.
-Voilà. Affirmatif.
-Inadmissible...
Vous vous êtes vus ? J'ai vu votre baston sur Facebook !
Y a déjà 2 millions de vues !
J'ai dû bloquer papa et maman, tellement c'est la honte.
"Viens là !"
"Il est où ton nez, Bozo le clown ?"
Papi ?
T'as mis du sucre dans le réservoir de sa moto ?
-Il a commencé.
-Pas du tout ! Oh !
-Ben voilà.
On dirait des gosses de 5 ans.
Alors maintenant,
vous avez intérêt à vous entendre ou je pars.
Mais vraiment.
Musique douce
...
-Bonjour. -Bonjour.
...
-Y avait plus de vin, j'en ai racheté. Il paraît qu'il est très bon.
-C'est gentil.
Moi, je vous ai acheté un cadeau.
-À moi ? -Ouais.
Comme vous aimez bien les joggings, je vous ai pris un sweat.
J'ai pris vert, c'est plus joyeux. -C'est gentil.
C'est très bien. Très bien. Merci beaucoup.
*Ils parlent.
*...
Elle sanglote.
*-Tu m'as fait mal au nez !
*...
(-Je vous laisse aller lui parler.)
(J'ai jamais su quoi dire dans ces moments-là.)
*-Ah, t'es dégueu !
-Dis-moi, il est beau gosse.
-Ça va, c'est bon. Laisse-moi tranquille.
-Tu pleures et tu veux que je te laisse tranquille ?
Tu te trompes de personne.
Sonnerie de téléphone Excuse-moi.
Ton père.
-Papi, s'il te plaît. S'il te plaît.
-Oui, fiston.
Oui, ça va bien. Et vous aussi ?
Non, mais je...
J'étais énervé parce que la machine était en panne et je ne trouvais
ni la garantie ni le mode d'emploi.
Non, ça s'est arrangé. C'est fini.
Comment ça, Camille t'a bloqué
sur Facebook ?
C'est du chinois pour moi, ça.
Elle va très bien et elle travaille très bien.
Je suis pas inquiet du tout. Franchement.
D'accord, je l'embrasse pour vous.
Elle adore que je lui fasse des bisous.
C'est bien, au revoir.
-Merci.
-Ma petite-fille, c'est un drôle de numéro.
-Ben, une Morales pur jus. -Ouais.
T'as vu,
j'ai mis tes dessins là,
avec la photo de mamie.
-Tu sais, c'est horrible, mais...
j'ai pas beaucoup de souvenirs avec mamie.
Elle était comment ?
-C'était une belle personne.
Musique douce
Courageuse, aimante, généreuse.
Une belle personne.
-Et tu l'as connue comment ?
-Dans un train.
Je revenais de permission.
Elle est montée dans le train
avec sa petite valise, une petite robe à fleurs.
C'était l'incarnation du printemps.
Ce qui est drôle,
c'est que je m'étais trompé de train et elle aussi.
Le destin. 6 mois après, on était mariés.
-6 mois après ?
-Ben... quand t'es sûr...
Et là, attention, pendant 6 mois...
il s'est rien passé. Juste des lettres d'amour.
Y avait pas Facebook, Google ou je sais pas quoi.
On attendait le facteur.
-Elle est morte de quoi ?
-D'une trop longue maladie.
Tu sais ce qu'elle m'a dit, à la fin ?
Ce qui était le plus triste pour elle,
c'était qu'elle te verrait jamais grandir.
Parce que ta mamie, elle t'aimait.
C'est comme ça.
Alors le bac, tu vas faire quoi ?
-Là...
Papi, je suis devant une montagne.
C'est dans 20 jours. Je sais pas.
Trouve-moi une bonne raison de le passer
alors que je peux le faire l'an prochain.
-La fierté, Camille.
La fierté de te dire que t'as réussi un challenge difficile,
que tu t'es accrochée, que tu t'es battue et que t'as réussi.
Savoir qui t'es, quoi.
C'est même pas pour le bac qu'il faut le faire.
C'est pour toi. Juste pour toi.
Alors, on check ou quoi ?
-Ok, vas-y, on check. OK, bam, bam...
Pow !
-C'est compliqué, vos trucs.
Vous avez le numéro de Noura ? -Oui, pourquoi ?
-Pour retrouver celui qui fait pleurer Camille.
-Il va savoir qu'il y a pas que les bonbons qui font tomber les dents.
Crissement de pneus
-En fait, c'est elle qui a tout stoppé.
Elle lui a menti par peur de pas être à sa hauteur.
Je sais juste qu'il devait partir en Espagne.
Vous dites pas que je vous ai dit ça.
-T'aurais une petite photo ?
-Oui.
-Je vais mettre les collègues sur le coup et on aura des nouvelles.
-Je redemande encore une fois.
Qu'est-ce qu'on fait ici ?
-Et moi, je te le répète encore une fois, on est là pour prendre l'air.
-Tu nous as reproché de ne pas nous intéresser au surf.
Là, on essaie, tu devrais être contente.
-Vous me prenez pour une conne. Si, si.
-Jamais de la vie, Camille. Qu'est-ce tu inventes...
André, on choisit ? La carte m'a l'air pas mal.
-La végétarienne, ça me va.
-Comme il fait chaud, je prends léger. Je vais prendre un cassoulet
avec sa saucisse et son petit confit. Voilà.
-Parfait pour vous. -Qu'est-ce qu'il fait là ?
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Non, rien. Rien.
Faut qu'on bouge là. -Camille, non.
On n'a pas commandé, personne ne bouge.
-On est bien ici, Camille. Profitons-en.
-La vie est belle. Le ciel bleu...
-Ah ouais, j'ai compris.
Ah ouais...
On dégage et vous allez me le payer.
-Camille, tu restes assise.
Tu vas le voir, tu lui parles dans les yeux
et tu lui dis ce que t'as sur le cœur.
C'est ton grand-père qui te le dit.
Et André est d'accord. -Tout à fait.
-Ben ouais, c'est ça.
Jamais de la vie !
-Comment ça ? Bien sûr que tu vas aller le voir.
Sinon on le fait à ta place. Pas vrai ?
-Mais vous êtes des oufs !
Et comment vous saviez qu'il serait là ?
Papi, t'as enquêté sur lui ?
Oh, mais j'hallucine... J'hallucine.
De toute façon, je m'en fous,
je l'aime plus.
Il l'imite.
-Tu t'es vue ? On dirait une carpe qui regarde un morceau de pain.
-C'est drôle...
J'irai pas.
-Mon cher Teddy, notre petite-fille est une peureuse.
Pour imiter les signatures, elle est là, mais pour le reste...
Rien. -Je suis d'accord.
Quand il faut faire la maligne, ça va.
Mais quand il faut aller au charbon...
-Vous m'avez soûlée.
-En voilà la preuve.
Vous savez pourquoi elle s'échappe ?
Car la meilleure manière de ne pas échouer, c'est de ne pas affronter !
-Voilà ! -Comme le bac, d'ailleurs !
-Comme le bac, d'ailleurs ! -Mademoiselle Camille Morales !
-Mademoiselle Camille Morales qui descend sur la plage
avec une robe rouge !
Pas dans le sable
-Salut.
-Salut.
Vous êtes pas partis ?
-Ben non.
Je voulais pas partir sans te dire au revoir.
Je te cherche partout depuis l'autre soir.
-Écoute, Paco...
Comment te dire...
En fait, je t'ai menti.
Je suis pas à Sciences Po.
J'ai 17 ans et je passe mon bac. Voilà.
Je sais, c'est la honte.
Et puis...
J'ai dit que je savais surfer, mais en fait...
-Je sais.
J'ai appelé Sciences Po Bordeaux, pas de Camille Morales.
Et puis pour le surf,
t'inquiète, j'avais vite compris.
Mais et alors ?
Il est où, le problème ?
-Le problème, c'est que je suis amoureuse de toi.
Mais t'es pas un mec pour moi.
Toi, t'es...
T'es là-haut.
Et moi, je suis tout en bas. -Arrête un peu, s'il te plaît.
C'est toi qui es là-haut.
Regarde-toi, t'es un rayon de soleil. Ça me fait du bien de te voir.
On va essayer un truc ensemble.
Si ça marche, c'est super.
Si ça marche pas, c'est la vie.
-OK, on fait un deal.
-Bon.
On va becqueter, nous ? -Oui.
*-Salut, changement de programme. On part pas en Espagne.
*Mais bon, on s'adapte.
Pas vrai, Pacolito ? -Yes.
-On est accueillis...
-Paco dort dans sa camionnette.
On revient pas là-dessus.
Et tu diras aux deux, qu'à la maison, on suit les règles.
-Oui, on suit les règles. Et des règles très strictes.
-C'est bon, vous me l'avez dit 10 fois.
-Ça va mieux en le disant. -10 fois.
*-Deux pépés adorables nous accueillent,
*y a un ancien capitaine de gendarmerie,
*j'ai nommé monsieur André Morales.
*Ça va, ou pas ? *-Oui.
-Le deuxième, c'est Teddy, un ancien... -Un ancien.
*-Voilà, c'est un ancien. Voilà.
*Salut, Teddy. *-Salut, la communauté.
-C'est quoi, la story en fait ?
-La story est simple.
Le matin, t'apprends ça par cœur plus les cours,
et l'aprèm, les annales.
-Je rêve. T'es pire que mon grand-père.
-Doudou, ça se passe bien pour toi ? Pas trop fatigué ?
-Ouais, nickel. Elle est fraîche, votre maison.
-26 degrés, t'es pas un peu frileux ?
-Non, mais "fraîche", ça veut dire "super",
"trop classe". Comme ta cravate.
-Merci.
Paco, je sais ce qu'il fait comme études, mais toi, t'en es où ?
-Moi, j'en suis à ma 3e année.
-C'est bien. 3e année de quoi ? -Année sabbatique.
-Ça veut dire quoi, ça ?
-Ça fait 3 ans que je passe mon bac, je suis québlo.
-Bloqué.
-Bloqué pour quoi ?
-Chaque année, la veille de l'examen, j'ai des bouffées de chaleur,
des sueurs froides, des frissons.
Je vois des mecs qui veulent me mettre dans un cercueil.
Je me dis que c'est un signe.
-T'as peur de le passer, quoi.
-Non, j'ai pas peur de le passer, j'ai peur de l'avoir.
-De l'avoir ?
-Parce qu'il faut savoir
quoi faire après.
Et moi, je sais pas, j'ai envie de faire trop de trucs.
Devenir chercheur, trouver un vaccin.
Ou Wall Street, pour me la péter en costard avec des meufs.
Bref, tant que je sais pas quoi faire,
je passe pas mon bac.
-C'est dur pour nous, les jeunes.
Faut choisir une voie alors qu'on sait pas quoi faire.
Du coup, ça nous fait peur. Tu comprends, non ?
-J'ai une mauvaise nouvelle.
Le voisin est mort. Capucine est orpheline.
-On va la prendre ici.
On n'est pas à un âne près dans cette maison.
Rire forcé -Très drôle.
Il est élégant, le capitaine.
Il a sorti le veston. Il va où comme ça ?
-Il va dîner avec des collègues.
-Oui...
Des collègues, oui... Il rit.
Musique lounge
...
-Ça va ? -Ça va, oui.
-Vous avez l'air un peu stressé.
-Non, pas du tout.
-On se prend du champagne ?
-Bien sûr. -Une bouteille ?
-Bien sûr.
Elle soupire.
En tout cas, j'adore cet endroit.
Je le trouve simple, charmant.
-Oui. -Vous avez vu les coquillages ?
Elle acquiesce.
C'est magnifique.
Elle éclate de rire.
-C'est vrai.
-Il paraît que c'est très bon, ici. Le buffet est à volonté.
Je suis venu repérer avant de réserver pour être sûr.
-C'est un très bon choix.
(Et en plus, ça fait hôtel.)
-Ah bon ?
...
-Merci.
-Et quand l'hôpital vous appelle à 4h du matin,
c'est pas pour vous souhaiter votre anniversaire.
-Je peux vous poser une question ?
-Bien sûr.
-Ça fait combien de temps que vous avez pas dîné avec une femme ?
-Tout seul ?
-Oui, tout seul avec une femme.
-10 ans.
-Même pas une aventure ?
-Non.
-C'est dommage, vous êtes encore beau gosse.
-Merci.
Et vous ?
-Moi, plein d'aventures. Je suis sur des sites de rencontres
et je m'éclate.
Tchica boum, tchica boum
Tchica boum, tchica boum Il se racle la gorge.
Ça va, je plaisante. C'est juste pour voir votre tête...
Elle rit.
Ah, enfin un petit sourire.
Alors qu'est-ce qu'on fait ?
On danse ou on prend une chambre ?
-Ben...
Musique latino
...
-Oh, j'adore !
-Oh, le capitaine Morales
dans la boîte à papa !
J'y crois pas !
Chère madame, enchanté. Teddy Bardolino.
Enchanté de vous rencontrer.
-Viviane Flamand.
-Viviane Flamand, c'est mignon.
Tina ! Tu t'occupes de Viviane, s'il te plaît !
J'arrive, je vous rejoins. Allez-y, petit flamant rose.
C'est mignon, tout ça. Ouille aïe aïe.
Le banquet de gendarmerie s'est bien passé...
Plutôt bien gaulée.
-Teddy, s'il vous plaît.
Soyez... Allez-y mollo.
Et si vous pouviez éviter vos moments d'euphorie :
"Monsieur et Madame Machin", vous voyez ?
-Promis. Ça me touche que vous soyez venus me voir.
Vraiment. Allez, allons boire un coup.
Tina ! Allez, c'est parti ! Hop, hop, hop !
Tchin.
À la vôtre, les filles.
À la gendarmerie nationale et à De Gaulle.
-Oui, oui.
-Alors.
Viviane, j'en ai une très, très bonne.
Monsieur et... -Non, non !
Non, non !
-Si, André. -Mais laissez-le.
-Viviane, elle a envie de rigoler.
Monsieur et madame Acoudre ont un fils.
Monsieur et madame Acoudre.
André.
André Acoudre.
-Il est drôle.
Allez, on va danser. -Non, j'observe.
-Mais non, y a pas d'observation.
On n'est pas au musée. On est en discothèque.
Tchica boum, tchica boum
...
Viviane le retient.
Musique lente aux sonorités latines
...
-On va danser !
Musique latine entraînante
...
Teddy imite le cri de l'âne.
...
On frappe.
-Gendarmerie nationale, debout là-dedans.
Alors !
Comment il va mon capitaine, ce matin ?
Hein ? Dites donc,
quand vous faites la grasse mat, vous faites pas semblant.
Je vous ai préparé un petit plateau.
-Qu'est-ce que je fais là ?
-Ben, on vous a ramené.
C'était mieux pour la petite, dans l'état où vous étiez.
-Dans quel état j'étais ?
-Vous vous souvenez pas ?
-Non, je me souviens pas. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Vous vouliez plus partir, j'ai dû prendre vos clés de voiture.
Vous m'avez appelé mon colonel
et vous vouliez absolument que j'aille sur la tombe du Soldat inconnu avec vous.
Cerise sur le gâteau,
vous avez voulu faire des photos
avec la femme à barbe.
Tenez.
Elles sont jolies, non ?
Regardez, c'est bien vous.
-Et Viviane ? -Quoi "Viviane" ?
-Ah, mais Viviane...
Vous vous êtes absenté 30 min avec elle, et après vous m'avez dit :
"Je l'ai bien cabossée dans le Cactus, elle s'est régalée."
-Non ? -Si.
-Je vais plus oser aller à la bibliothèque.
-Va falloir. Elle nous a ramenés et elle est repartie avec la voiture.
-Non, elle a gardé le Cactus ?
-Elle a gardé le Cactus.
André soupire.
-C'est quoi, tout ça ?
-Ça ?
Mes souvenirs, mes rencontres, mes voyages.
Ouais, vous voyez là ?
C'est juin 1980, Corcovado.
La rencontre avec ma première femme.
Et puis, là.
Le New York City, Buenos Aires.
2002-2008. Grâce à ça, j'ai pu payer la maison.
Chaque objet ici,
ça correspond à un tournant de ma vie. Enfin, bref.
Vous savez quoi, André ?
Quand je rentre avec mes fauves, comme vous dites...
En fait, je leur fais pas grand-chose.
Je les ramène dans ma caravane,
je leur demande de me désigner un objet et je leur raconte son histoire.
-C'est quoi votre vie, Teddy ?
-Oh, ma vie...
C'est le cirque.
Le cirque Bardolino.
Je suis né ici, moi.
Sur ce lit, dans cette caravane. Ma mère a eu des contractions,
mon père se produisait. Heureusement, il y avait un toubib
dans la salle.
-Il faisait quoi, votre père ?
-Papa...
Il faisait un peu tout.
Ce soir-là, il était clown.
Le premier mec qui m'a tenu dans ses bras,
c'est un clown.
On allait de ville en ville, on voyageait tout le temps.
J'ai jamais été à l'école, j'ai pas eu cette chance.
Mon frère m'a appris à lire et à écrire.
Il m'a même obligé à apprendre le dictionnaire par cœur.
Et puis un jour, le drame.
Mon père l'a lâché en plein numéro de trapèze.
Alors depuis,
ça fait...
50 ans que j'ai peur de m'endormir le soir.
C'est comme ça.
-Et merde...
Putain, une bagnole toute neuve.
Raclement de gorge
-Ah, mon prince charmant.
Vous venez pour votre voiture ?
-Oui.
-En revanche, je suis navrée, j'ai fait une mauvaise manœuvre.
Elle est difficile à conduire en marche-arrière.
-J'ai vu, c'est pas grave.
-Où est-ce que je les ai mises ?
Bon, asseyez-vous, parce que...
Où est-ce que vous êtes ?
J'ai passé une soirée formidable.
Vous êtes un drôle de numéro quand même.
Faut pas vous en promettre, à vous.
Elle continue de rire.
Tintements de clés
Voilà, capitaine Flamme.
-Merci.
-Ça donne lieu à... une littoralisation,
concentration démographique, urbaine et portuaire. Bam !
-S-H. Wesh wesh.
-Ça vient d'où, ça ?
-C'est dans le dico.
-Alors Google direct.
-Allez, on passe aux maths.
-But you're not funny.
-Doudou, tu me ranges le caddie.
Les légumes, dans le panier.
La charcuterie,
1er étage. Les laitages, en bas. Allez, hop !
-L'unique solution, E2 = A.
-Voilà, hop ! Les sandwiches pour vous.
Je veux pas vous voir avant 20h. Je ferme à clé.
-Mais papi ! Ça va pas ou quoi ?
-Le bac, le bac, le bac, d'abord !
-Excusez-moi.
C'est... C'est quoi, ça ?
Elle souffle. -Oui, maman, c'est bon.
Oui, j'ai tout pris.
Oui, j'ai ma carte d'identité.
Oh là là, merci, c'est gentil.
Non, non, me passe pas papa. Il va me stresser. Bisous.
-T'as vu l'heure ? À ta place, je serais levé
depuis longtemps.
-Non, mais je rêve. -T'as tout : gomme, crayon ?
Et la calculatrice. C'est important.
-Papi !
C'est la philo.
Phi-lo. Pas besoin de calculatrice.
-Allez, il est 7h. On s'active.
On y va. Exclamation d'opposition
-Mais c'est bon. L'épreuve est à 9h. On va pas y être 1h avant.
-Ton grand-père a raison.
On sait pas ce qui peut arriver sur la route.
-T'as ta carte d'identité ?
-Mais oui, je l'ai ! -Ta calculatrice ?
Je suis sûr que tu l'as oubliée.
-Tu vas pas t'y mettre aussi ? -André, c'est une épreuve de philo.
-On sait jamais.
-J'aurais dû y aller en Ciao.
-C'est ça, pour que t'aies un accident sur la route ?
-Camille, arrête avec ton stress.
Tu nous vois stressés ? Non ! Alors contrôle !
-Voilà, tu contrôles !
Elle va quand même pas nous expliquer comment on passe le bac !
-Non, mais ça va pas !
Soupir angoissé de Teddy
-WESH WESH, NOURA.
-Alors ? -Nul, je savais que j'aurais pas dû.
-Comment ça "nul" ?
Un sujet sur le mensonge, ça aurait dû te parler.
-C'est malin, ça ! J'arrête, c'est mort.
-Non, on continue. C'est quoi, la suite ?
-Anglais et sciences éco. -Quoi ?
-Anglais et sciences éco !
-Sciences éco, c'est coefficient 7, mise tout dessus.
-Mais j'ai rien foutu sur cette matière !
Tu comprends ? C'est mort ! -Hé, parle-moi autrement ! Oh !
Et vous dites quoi, André ?
-Je dis : "Comme on fait son lit, on se couche."
-On est bien avancés avec ça.
J'ai une solution, venez. -Laquelle ?
-Viviane. -Quoi, Viviane ?
-Elle sort bien du rectorat ? -Et alors ?
-Et alors... Viviane...
Le rectorat.
Rire satisfait
-Ah, je vois où vous voulez en venir. Pas question.
Dans Morales, y a "morale". Non, non, non.
-Me voilà.
Et donc vous passiez par hasard ? -Oui.
J'allais faire des courses vers la bibliothèque.
-Et la petite, la philo, comment ça s'est passé ?
-Une catastrophe. -Ah non...
Ah mince, non...
Mais alors votre mission est en danger ? -Oui.
-Elle peut se rattraper en sciences éco, c'est le plus gros coefficient.
-Là non plus, elle a pas fait grand-chose.
-Ben là, si elle a pas travaillé, ça va être très compliqué.
-C'est ce que je me dis.
Et puis, j'ai pas été tendre.
Après j'ai réfléchi et euh...
Bon, si elle se concentrait sur 2-3 sujets importants,
à fond...
-Oui, bon... À 2 jours de l'épreuve, c'est la seule méthode.
-En même temps, ces 3 sujets, moi...
J'ai beau réfléchir... Non.
À moins que...
-À moins que quoi ?
-À moins que...
Comment vous dire ça ? C'est pas...
Pas besoin de citronnelle ?
-Non, pas du tout.
-Parce qu'il y en a là.
-Je vous en prie, capitaine, dites-moi. Il hésite.
-Vous êtes bien passée par le rectorat ?
Vous y avez encore des relations
qui pourraient...
-Je comprends pas, vous me demandez
de vous donner les sujets du bac ? -Non, pas du tout.
Viviane,
c'est immoral, c'est non.
Mais...
(une tendance...)
(-Une tendance ?)
(-Oui, une tendance.)
-Il va falloir me convaincre, capitaine.
-Mais oui.
Il verrouille la voiture.
Ben... Elle a rien voulu savoir.
-Hop, hop, hop ! Asseyez-vous, mon capitaine. Racontez.
Comment ça "elle a rien voulu savoir" ? -Ben...
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
-Vous vous y êtes pris comme un manche !
Je le savais, et vous avez mis le temps !
-Oui, mais... -Bon, on fait quoi ?
On doit choisir 2 ou 3 sujets.
-Moi, perso...
-Toi, perso, Paco, occupe-toi de tes patates.
C'est une affaire de famille.
-Tout à l'heure en voiture, j'ai réfléchi.
J'ai l'intuition,
c'est qu'une intuition, pas une certitude,
mais j'ai l'intuition que ça va tourner autour de la Chine.
Voilà.
Rire soudain -"Autour de la Chine".
-Affirmatif.
-C'est un peu pointu, comme intuition, non ?
-Ben, c'est pointu, mais...
c'est une intuition autour de la Chine.
Teddy rit.
-Autour de la Chine.
Capitaine, autour de la Chine, et...
Bien autour, non ?
...
-Je me pose une question.
Vous avez eu votre bac ?
-Qui ? Nous ?
-Ben oui, vous.
-Ben...
Braiments de Capucine
-Ah OK. J'ai compris.
-Non, mais c'était pas les mêmes époques.
-Ouh là, ouh là, non. Ça...
Ça, c'est pas les mêmes époques.
-Putain...
Qu'est-ce qu'ils foutent ?
-Allez voir sur Internet, vous saurez. -Non.
J'ai trop la trouille.
-Pardon, pardon. Pardon, pardon.
Les petits, pardon.
Pardon, pardon.
Là, là, là, là.
Klaxon original
Ça va ?
Vous attendez quoi ?
-Tu te crois drôle ?
-Ben ouais, je suis assez drôle.
Dis-leur, j'ai pas le courage.
-Vous l'avez eu !
-On l'a eu ? On l'a eu !
Cris de joie
On l'a eu ! On l'a eu !
On l'a eu ! On l'a eu !
"The More I See You" (Laura Casale)
...
-T'aurais dû le passer.
Ils le donnent à tout le monde.
-Ah ouais ?
-Allez, bravo, les filles ! À ceux qui ont le bac
et à ceux qui l'ont pas. Hein, Dédé ?
Ils rient. Coups de klaxon
-C'est qui ? -Va voir.
-Ah, vous êtes rentrés !
-Oh, ma chérie.
-Ça va ? -C'est pour ça que vous répondiez pas.
-On n'allait pas rater ça !
Vous avez tous vécu ici ?
-Comme une grande famille.
-16 en sciences éco.
Moi, j'en reviens pas.
-Sacré coup de chance.
Hein, André ?
-La méthode Morales a du bon.
-Ne le prenez pas mal, cher beau-fils,
mais c'est aussi la méthode Bardolino.
J'étais là pour la logistique, l'organisation...
-Je sais pas ce que vous avez fait, André,
mais je vous trouve rayonnant.
Ouais, un autre homme. -Merci.
-Ouais, ça doit venir des séjours à la bibliothèque.
Capucine brait.
Ah, ma fille m'appelle.
Pas de raison qu'elle participe pas.
Allez, viens, ma chérie.
...
Rires -Allez !
... ...
...
-Vive la gendarmerie nationale !
...
Merci de me déposer, André. J'ai regardé sur la carte,
La Baule est à côté de Saint-Nazaire.
On va pouvoir se voir plus souvent, tous les jours.
-Je vais avoir besoin de me reposer un peu,
de récupérer mes marques, on va surtout faire ça.
-Comme tu veux.
Tiens, en attendant,
t'as grillé le feu rouge.
-T'arrêtes pas de me parler. C'est normal.
Coup de sifflet Oh merde...
-Francis,
tu vérifies le permis.
-Mais je vous le dis, je suis passé
à l'orange. -Oui.
La voiture est passée à l'orange.
Mais la remorque, elle est passée au rouge.
C'est quoi, d'ailleurs ? Un cheval ? -Un âne.
-On a affaire à des comiques.
-Oui.
-Vous n'améliorez pas votre situation...
-OK.
Ben, ça se complique.
Votre permis n'est plus valide.
-Comment ça "plus valide" ?
-14 excès de vitesse sur le même radar, la même nuit,
en 10 minutes, y a un mois.
-Si votre ami n'a pas le permis,
le véhicule est immobilisé.
-Non, vous allez pas nous bloquer.
On a de la route, on a autre chose à foutre que d'attendre ici.
Tenez, voici mon permis, et il est valide.
-Mais c'est quoi, ce permis ?
-C'est un permis colombien.
-Colombien ?
-Oui.
-Bien, bien.
On va fouiller toute la voiture.
Tu fais la remoque et la mule. Surtout la mule.
Capucine brait. Musique joyeuse
...
...
Musique entraînante
...
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