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Zulu
...
-On y va ?
Allez ! Là !
-Diane, t'as vraiment besoin
de ces bottes ?
-Celles de Julia Roberts dans... -"Pretty Woman" ?
-C'est le grand retour des années 90.
-Ca fait 6 bottes que t'achètes, et pourtant t'as que 2 pieds !
-Hé, venez voir.
-1, 2, 3 !
Restez avec moi. -Allez, viens !
-Tenez, c'est votre mère au téléphone.
-Oui, j'arrive.
Bisou.
-C'est mon téléphone.
-Désolé, j'ai le même. -Bien sûr.
A trois, vous allez
revenir parmi nous. C'est parti, 1, 2, 3 !
Merci, Christophe !
On l'applaudit bien fort !
-Très bon acteur, le complice.
-C'est pas un complice, il l'a vraiment hypnotisé.
Ca se voit, regarde.
Vous n'y croyez pas ? -Si.
Mais ça marche que sur 10% des gens.
-Madame,
vous voulez participer ! -Non.
-Si si ! Allez, vas-y.
-Votre prénom ?
-Alexandra.
-On l'applaudit bien fort !
Merci.
Vous allez bien me regarder dans les yeux.
Ecartez les mains,
et tout doucement,
rapprochez-les l'une de l'autre.
Un, deux, trois. Alexandra, vous êtes toujours avec moi ?
-Oui.
-Vous êtes devant une porte. De quelle couleur est-elle ?
-Rouge. Bordeaux !
-Vous voulez l'ouvrir, mais c'est impossible.
Pourtant vous voulez voir ce qu'il y a derrière.
C'est quoi ? -C'est la mort.
Murmures çà et là.
-C'est très bien. Cette porte, on va l'ouvrir ensemble, d'accord ?
On ouvre la porte.
Poussez la porte
de toutes vos forces, elle est lourde.
Poussez bien fort. Téléphone.
Alexandra, restez avec moi. Revenez avec moi !
-Antoine ? Non, j'essayais d'ouvrir une porte.
-Alexandra ?
-OK. D'accord.
-Ecoutez-moi.
-Je dois aller à Lacanau, y a 2 surfeurs qui ont loupé une vague.
-Alexandra !
-On se rappelle, salut.
-Il faut qu'elle revienne...
-C'était super, bravo.
...
-Voilà ma soeur, justement.
Elle est médecin légiste.
Alex, voici
Pénélope Durieux, une surfeuse, c'est elle qui a trouvé le corps.
Un certain Florian Gramont, qui était surfeur lui aussi.
-Vous le connaissiez bien ?
-Florian est une star du surf. C'est même un "shaper" de renom.
-Un "shépeur" ? -Celui qui fabrique
les planches. -Ah, un "shaper" !
"To shape" : "façonner".
-Je venais le voir
pour ma planche,
et je l'ai retrouvé recroquevillé sur le sol.
-Viens, on va te montrer ça.
-On prendra votre déposition plus tard.
-Vous avez vu sa position ?
On dirait un enfant. Et regardez son visage :
rougeurs,
éruption cutanée, irritation des yeux.
C'est à cause d'une substance toxique.
-Dans les pizzas ?
-On n'y a pas touché.
-On va noter le nom du restaurant et interroger le livreur.
-Son téléphone et son portefeuille ont disparu.
-Aucun signe d'effraction.
-Mais... Observez autour de vous, là, et cherchez l'erreur.
-C'est très mal rangé. Une vraie porcherie.
-Mais ça sent le détergent.
Comme si on avait tenté d'effacer les empreintes.
Florian Gramont a dû être assassiné.
-Et pas seulement lui.
-Après avoir découvert Florian, Pénélope a voulu prévenir
son frère, Mathieu, qui a son van ici. Mort lui aussi.
-Bonjour.
-Des frères jumeaux.
-C'est des monozygotes.
Rougeurs, irritation des yeux, éruption cutanée.
Ils ont été empoisonnés.
-Son portable et son portefeuille sont là. Mettez-les sous scellés.
-Deux morts identiques.
-Et deux positions identiques à quelques mètres de distance.
-Et sans doute
un seul mobile.
-Vous le connaissiez aussi ? -On surfe dans les mêmes coins.
On se connaît tous.
-Ils avaient des ennemis ?
-Ils avaient des amis. Partout.
-Parfois c'est pire que des ennemis.
-C'est terminé ?
-On aura sûrement besoin
de vous recontacter.
-Bien sûr.
A bientôt.
-Oui. Merci. Venez, on va interroger leur père.
-Mais pourquoi vous ? -Hein ?
Elle a dû sentir que vous n'étiez pas libre.
-Ah ? Oui, ça doit être ça.
-Vous êtes un homme marié.
-C'est juste qu'avant, j'attirais les femmes.
Elles tombaient comme des mouches.
-Désormais, vous n'avez plus d'yeux que pour une seule femme.
-Ah oui...
Hein ? Qui ?
Laquelle ? -La vôtre !
-Oui.
Ben oui.
...
-Théo,
tu peux m'ouvrir ?
Pourquoi c'est fermé ? -C'est pas fermé.
-Ben si.
-Non, c'était ouvert.
-Oui ?
Ben non !
-Il faut pousser, mettre un pied, puis l'autre, et puis voilà.
-Mais... J'y arrive pas ! C'est comme si j'étais bloquée !
-Comment ça se fait ?
-Je sais pas.
C'est peut-être cet hypnotiseur qu'on a vu ce matin.
J'ai tenté une expérience, je pensais pas que ça marcherait !
-Il y a un hypnotiseur qui vous commande à distance ?
Comme un drone ?
Mais si vous ne pouvez pas rentrer, les corps vont se putréfier !
-Bon, si je peux pas rentrer à l'IML,
l'IML viendra à moi !
Allez, tu peux le faire, Théo !
*-Je préférerais que vous soyez là.
-Profite de ce tête-à-tête, de cette intimité avec eux.
Ils vont pouvoir te parler.
-(J'ai pas envie qu'ils me parlent.)
Un véhicule approche.
-Manquait plus que ça.
T'as gagné au loto ?
-Le ministère m'a augmenté.
Ils ont du mal à garder les gens brillants comme moi.
C'est une voiture de fonction.
-Les salauds, ils t'obligent à rouler en décapotable !
Bon, j'ai du travail.
Tu veux quoi ?
-Je suis venu pour te faire un petit cadeau.
C'est la réplique exacte
du crâne de Phineas Gage.
-Ah oui, l'Américain qui bossait dans les chemins de fer
et qui a survécu à cet énorme accident.
Sa personnalité en a été
bouleversée, c'est un cas d'école pour la neurologie. Mais pourquoi ?
-Je suis ton père, et je ne t'avais jamais fait
de cadeau. Dis-moi,
est-ce que tu as une cave ? -Non, y a pas de cave ici.
Non.
Mais pourquoi ? -Ben c'est ta mère.
Elle me vide tout l'appartement.
Elle va me faire un nid. C'est quand même mystérieux, les femmes.
On croit les connaître, et puis...
Si t'entends parler d'une cave... -D'accord, je te tiens au courant.
-C'est bien, ton métier.
Tu peux travailler dehors.
-Non. C'est long à expliquer, mais je ne peux plus rentrer à l'IML.
-Tu ne peux plus rentrer
dans ton bureau ? -Non.
-Il est chauffé ? -On est au mois de juin.
-Justement ! Il manquerait plus que tu chauffes ton bureau, en plus !
T'as entendu parler du réchauffement climatique ?!
C'est pas vrai !
Préviens-moi quand tu pourras rentrer.
-Merci, hein.
-On a besoin d'en savoir davantage
sur vos fils, monsieur Gramont.
-Florian a toujours été doué pour le surf.
Depuis tout petit, il était différent des autres,
il avait quelque chose de plus attachant.
-Et Mathieu ?
-Mathieu, c'était... un mec bien.
Trop gentil pour la compétition.
Il est devenu prof de surf.
-Il était marié ? -Non.
Il était avec Lilia, une médecin.
-Et Florian ?
-Il papillonnait. Sa carrière passait avant les femmes.
Il avait la gagne. C'était un casse-cou joyeux.
Tout feu tout flammes. Mathieu, c'était l'inverse.
Plus secret, plus réservé,
plus effacé.
-Ils étaient
très différents. -Pourtant ils étaient inséparables.
Vous les auriez vus à la naissance, ils sont nés prématurés,
deux mois avant, tout chétifs.
On les a mis dans deux couveuses séparées et...
Florian a arrêté de s'alimenter.
Il s'est laissé mourir.
Le médecin nous a dit
qu'il ne pourrait pas le sauver. La sage-femme a décidé
de les mettre tous les deux dans la même couveuse et là,
Mathieu a saisi le poing de son frère,
un petit bonhomme d'à peine 2kg, et il ne l'a plus lâché.
Et Florian a recommencé à se battre.
-Vous faisiez quoi hier soir ?
-Je regardais le match.
-Vous étiez tout seul ?
-Vous insinuez quoi ?
Que j'aurais tué mes deux gamins ?
-Il les aimait plus que tout.
-Oui. Et je ne vois pas qui aurait pu leur en vouloir.
-Ceci dit, le père ne sait peut-être pas tout d'eux.
La femme de Mathieu nous en dira sûrement plus.
-Je suis désolé, mais on doit essayer de comprendre.
Que faisait Mathieu hier soir ?
-Il était avec Florian.
-Ils ont dîné ensemble ?
-Je pense, oui. Comme souvent.
-On a retrouvé trois pizzas, il devait y avoir une 3e personne.
Vous savez qui ça pourrait être ?
-Je sais pas, ils étaient très populaires.
-Il avait des ennemis ? -Mathieu ?
-Oui. -Non, certainement pas.
-Parmi les ados dont il s'occupait ?
-C'était un prof très patient.
Cette reconnaissance comptait pour lui, il souffrait
d'être dans l'ombre de son frère.
Florian est un grand champion.
-Ca devait provoquer
des jalousies. Est-ce que Florian
avait un concurrent direct qui aurait pu être humilié
par ses victoires ? -Oui, Romain Larsenet.
-"Larsenet" avec un T ?
-Il arrivait toujours deuxième.
-Vous étiez chez vous hier soir ?
-J'étais de garde, je suis rentrée vers 22 heures.
-Vous étiez séparés, avec Mathieu ?
-Non, mais il dormait souvent dans son van,
c'était plus pratique pour donner ses cours.
Même si ça allait changer.
-Pourquoi ça allait bientôt changer ?
-Parce que je suis enceinte.
-Peut-être que le livreur a vu notre troisième homme.
-Ou la femme.
C'est curieux, on dirait que les femmes ne me regardent plus.
Je devrais changer de vêtements ?
Faire du sport ?
-Ca, ça ne peut pas... -Oui, c'est ma coupe de cheveux.
-Voilà.
-Alors, monsieur, ça va ?
Comment tu te portes dans ta nouvelle maison témoin ?
-Qu'est-ce que tu fais là ? RTT ? -Non.
Télétravail.
-Tu peux autopsier à distance ?
-Ce matin, j'ai croisé un hypnotiseur qui m'a parlé
d'une porte, et depuis, je ne peux plus pousser celle de l'IML.
Tu pourrais m'aider ? -Oui, je suis psy, je t'écoute.
-C'est comme une force invisible qui m'empêcherait de passer.
-Ca cache peut-être une peur primale, la peur de la mort.
-Jusqu'à présent, la mort et moi, on a plutôt fait bon ménage.
D'ailleurs, à propos de ménage, peut-être que chez toi
la peur de la mort
te fait astiquer ce salon qui est déjà parfaitement propre !
-J'ai besoin d'un univers immaculé pour composer.
-C'est pas un truc que t'inventes quand t'arrives pas à bosser ?
-C'est tout toi : tu me demandes de t'aider, je creuse,
tu esquives.
-J'esquive pas, hein !
Je laisse reposer.
-Tu esquives.
Le téléphone sonne.
...
*-Vous en êtes où ?
*-Mathieu est mort le premier dans son van, vers 19h30,
*Florian est décédé vers 20h30.
-Pourquoi tuer deux frères avec le même mode opératoire
à une heure d'intervalle ?
*-Peut-être que le tueur s'est trompé de cible ?
-Il aurait voulu tuer Florian,
mais se serait d'abord trompé ?
*Ca expliquerait
ce décalage.
*-Des vrais jumeaux. *-Les mêmes tatouages.
Ils ont les mêmes tatouages aux mêmes endroits.
*Là, une planche de surf...
Une vague...
-Attends. -Merci.
*Y a aussi une rose des vents...
*et un scorpion.
*J'ai réfléchi à la symbolique de tous ces tatouages.
*La vague, la planche de surf et la rose des vents,
*ça pourrait être lié à la mer.
-Tu vas un peu vite, Théo.
*-Peut-être que c'est pas ça.
-Je plaisante !
*-Les tatouages sont anciens,
sauf le scorpion, qui date de moins d'un an.
Fracas, cri.
-En tout cas,
*ils étaient fusionnels jusque sur leur peau.
*-Papa ? Ca va ? -Théo ?
-Ma connexion se brouille ! Zut !
J'étais en pleine autopsie.
-J'étais en pleine inspiration. -Tu astiquais l'"inastiquable" !
-C'est pas incompatible. -Ca l'est avec mon travail !
*-Hé, on vous entend !
Bip.
-Julien !
Julien ! La table 6 attend ses cafés ! T'attends la pluie ?!
-Je peux avoir votre attention ? -Oui, je suis là.
-Hier, vous avez fait livrer 3 pizzas rue de l'Océan...
-Vous pensez que je me rappelle chaque livraison ? Hé, sourire !
-2 hommes sont morts empoisonnés suite à cette livraison.
-Et vos pizzas pourraient être impliquées,
alors je vous conseille d'obtempérer !
-Mes pizzas sont hors de cause ! Et je ne m'occupe pas des livraisons !
-Qui, alors ? -Hier ?
Hier, c'était un remplaçant.
-Nom, adresse et téléphone.
-Samy Diaz. -On peut le voir ?
-Il n'a pas terminé sa tournée hier, et il reste injoignable.
-Donnez-nous son numéro. Ca fait longtemps qu'il travaille ici ?
-Une semaine.
-Il avait
un comportement étrange ?
-Non. Moi, je fais les pizzas. Le reste, c'est votre boulot.
Et les pizzas de la 9, alors ?!
Oh là là...
-Pour quelle raison le livreur aurait tué
les frères Gramont ?
-Pour voler un portable et un portefeuille.
-Non, il aurait pris ceux de Mathieu.
Et on ne prémédite pas un crime pour voler un portable.
-Pourquoi ne répond-il plus au téléphone ?
Pourquoi a-t-il disparu ?
-Et pourquoi laisser les pizzas si c'est lui coupable ?
Ou alors il a été témoin de quelque chose.
-C'est pour ça qu'il aurait disparu ? Il a vu le tueur ?
-OK, on géolocalise son portable.
-Hé !
Ca va ?
-Voilà.
-Tu manques d'activité depuis que t'as quitté ton cabinet.
-La création demande du temps, et ça exige d'agencer l'espace.
Avec cette baguette magique, je dirige un orchestre imaginaire.
Alex, tu dois retourner à l'IML
et affronter tes peurs.
Ne les laisse pas gagner.
-Oui, t'as raison, faut que j'y retourne.
-Demain, tu dis à cette porte : "Tu ne me fais plus peur."
-OK.
-Pour fêter ça, je vais faire une machine !
-Ca va ?
-Ben non. Ca n'a aucun sens.
Quelle loi de la physique
peut me bloquer comme ça ?
-Regardez, faites comme moi. "In", "Out".
"In",
"Out". -Je ne peux pas
faire ça.
-Vous avez besoin de moi.
-Je vois pas en quoi tu vas pouvoir m'aider, là.
-Je vais vous "déshypnotiser". -Comment tu vas faire ?
-Je vais essayer.
-Après tout, j'ai rien à perdre.
En attendant, amène les corps dans le bureau de Diane.
Théo sifflote.
-Pourquoi tu es si guilleret ?
-C'est de voir que le Dr Ehle est si vulnérable.
-Vraiment ?
-J'adore qu'elle ait besoin de moi, c'est très agréable.
-Tu peux les rapprocher s'il te plaît ? Là, très bien.
Il a quoi sur le talon ?
-Des traces d'abrasion, jusque
derrière les coudes.
-Florian aussi ? -Non.
-C'est bizarre qu'il y ait ces traces seulement sur Mathieu.
On aurait déplacé
son corps ? -On a aussi trouvé
des fragments de particules cireuses sur tout son corps.
-Et sur Florian ? -Non.
On passe à l'examen interne.
-Retournez en salle d'autopsie, Théo
va faire une incision.
-J'ai vu votre père devant votre bureau.
-Il faisait quoi ?
-Il m'a parlé de chauffage.
-Pourquoi il tourne autour de l'IML ? Ca m'angoisse un peu.
-C'est ça. -Bon, va faire cette incision.
-Oui. -Allez.
-Où sont passés
les gants ? -Je les avais
posés là.
C'est toi qui les as déplacés ?
-C'est une honte, de m'accuser !
-Pour éviter d'inciser ?
-C'est comme ça que vous me voyez ? J'en prends bonne note.
-Reviens ! Théo, reviens !
C'est pas gagné, les gars.
-Tu l'as retrouvé ?
-J'ai appelé tous les hypnotiseurs de Bordeaux, en vain.
-Tu vas vraiment rester bosser ici ?
-Je dérange pas Aurélien, comme ça. -"Il" te dérange pas.
-Aussi.
C'est dur, la cohabitation.
-Non. Moi, je vis
avec un homme nouveau tous les jours.
Aujourd'hui, c'était un surfeur. -T'as de la chance.
Aurélien, c'est Monsieur Propre.
Et dès que je touche à un truc,
on s'engueule.
-Ca sent pas bon, ça.
-Merci.
-Le portable de Mathieu a parlé ?
-Oh là ! Décidément,
je m'y fais pas.
C'est très novateur, comme coupe.
-On dirait Paul Newman, non ?
-C'est ça, Paul Newman. Je cherchais et je trouvais pas.
-Ou un surfeur.
Alors ? Ce portable ?
-Y a beaucoup de textos avec sa compagne, il était très amoureux,
et avec son frère.
Sauf ces derniers jours.
-Il faut dire aussi qu'ils étaient toujours ensemble.
-On a vérifié les alibis ? -La compagne de Mathieu
était bien de garde, et Daniel Gramont était chez lui.
-Et Pénélope ?
-Elle dit qu'elle a surfé toute la soirée... Difficile à vérifier.
-Sauf si elle a posté des photos sur les réseaux.
-Celle-là, vous l'avez vue ?
-On cherche quoi, déjà ?
Ah oui, à vérifier son alibi.
-C'est bizarre, elle a rien posté avant-hier soir.
D'habitude, elle envoie de ses nouvelles
toutes les heures. Vous avez vu ça ?
C'est lequel ?
-Florian, j'imagine.
-Sinon la femme de Mathieu
n'aura pas apprécié. La semaine dernière,
un frère Gramont, hier, vous : Pénélope n'est pas très difficile.
-On doit savoir ce qu'elle faisait ce soir-là, elle n'a pas tout dit.
-Attention, cette femme est dangereuse.
-Oui, il va falloir être finaud et lui donner l'impression
qu'elle mène la danse.
Bon, je me dévoue.
Coups à la vitre. -Oui ?
-Vous avez reçu les résultats
des analyses sanguines ? -Oui, j'allais t'appeler.
Mathieu avait beaucoup d'alcool dans le sang, mais pas Florian.
-C'était un sportif de haut niveau qui pratiquait la compétition.
-Mais il prenait des anxiolytiques et des antidépresseurs.
-C'est bizarre, pour un surfeur soi-disant cool. A cause du stress
des compétitions ?
-Ou alors il traversait une mauvaise passe.
-L'analyse des cheveux dira depuis quand il prenait ça.
-Les bols alimentaires des jumeaux
ont disparu.
-Mais qui les aurait pris ?
-Ils étaient là ce matin.
-On a pu les analyser ? -Oui, on a la confirmation
de l'empoisonnement. -Avec des feuilles de laurier-rose.
-Des feuilles de laurier-rose ? Ils ont dû en avaler un sacré paquet.
-Mathieu, 30g, et Florian, 10. -Mais comment ils ont fait
pour avaler ça ? C'est amer.
-C'était dans des cannelés à l'orange amère.
-Aussi amère que le laurier.
-Ils devaient connaître celui ou celle qui a fait ces cannelés.
-Florian en a moins mangé que Mathieu,
ça explique leurs morts décalées.
-Le laurier-rose
est répandu dans la région,
mais peu de gens connaissent son degré de toxicité.
-A moins d'être amateur de botanique.
-Ou médecin, comme la femme de Mathieu.
Téléphone.
-Alex ? *-Ils ont été empoisonnés
au laurier-rose. *-Je sais, tu penses à Lilia,
la femme de Mathieu. Seulement elle a un alibi.
-Elle peut avoir un complice.
*-Ou une complice. -Qui ?
-Pénélope, la surfeuse. Je file l'interroger, justement.
-Changement de programme : le portable du livreur s'est rallumé.
-Alex, je dois te laisser.
-Des boîtes de Petri ont disparu.
C'est votre père. -Ca va pas ?
-Il doit les revendre.
-Tu divagues ! Il aurait aussi revendu les bols alimentaires ?
-S'il est émétophile et que le vomi l'excite,
oui !
-Y a pas Ludivine qui t'appelle, là ? Si, écoute.
(Théo !) T'entends ?
Si !
-Ludivine ?!
-Non, mais c'est de la came magnifique ! En lisière
de forêt, mon vieux.
T'auras pas moins cher.
Il m'en reste trois sortes.
J'ai gros, moyen, petit...
Petit... Euh...
Le petit...
Quelle taille il a, le petit ? Un mètre quatre-vingt ?
A dix ans ?!
(La vache.)
Eh ben, mon vieux...
Oui, joyeux anniversaire ! Je t'embrasse !
-C'était qui ? -Mon frère.
-T'as pas de frère.
-C'est ce que je croyais, mais j'ai fait un test ADN,
ils m'ont trouvé du sang chinois, du mongol,
du québécois, du belge, et figure-toi que j'ai
un frère, et si ça se trouve, un frère jumeau.
-Vous auriez la même date d'anniversaire.
-Oh, tu m'énerves ! -Moi aussi, j'en ai marre !
Tu mens tout le temps ! C'est un enfer, en fait !
Pourquoi t'es là ? C'est quoi, cette lampe à chauffer ?
-Justement, je venais te voir pour ça : j'ai acheté ça,
mais je sais pas si c'est la meilleure.
-J'en sais rien !
-Mais t'es légiste.
-J'en ai marre de te voir traîner ici, t'as compris ? Ca va, là !
-Je te remercie, c'est agréable !
-Le téléphone a borné ici.
...
-Samy, v'là les flics !
-Ho ! Hé ! Arrête-toi !
Arrête-toi !
-On ne bouge plus !
C'est tout un art, d'être au bon endroit au bon moment.
-Putain, j'ai rien fait !
-T'as rien fait ?
Et ça, c'est quoi ? Tu les as quand même pas tués pour ça ?
-Qui ? -Mathieu
et Florian Gramont.
-J'ai tué personne !
-Alors dis-nous tout. -Je suis arrivé chez eux
en avance, j'ai sonné, personne n'a répondu, mais c'était ouvert.
-Alors t'es rentré. -J'ai laissé les pizzas dehors.
-Tu les connaissais ? -Y avait personne !
-Donc
t'es rentré !
-Oui, je suis entré. -T'as vu que Florian était mort,
alors t'as volé son portable et son portefeuille.
-Mais je vous dis qu'y avait personne !
C'est juste un téléphone ! J'ai tué personne !
-Tu vas nous raconter tout ça
au commissariat.
-Alors ? T'as rien ?
-Non. Il vendrait
de la drogue ?
-Il a parlé de came, de forêt,
et il tenait une lampe chauffante.
-Pour cultiver du cannabis ?
-J'en sais rien. -Théo, on a des résultats !
-On se retrouve devant.
-Les particules retrouvées sur le corps de Mathieu :
paraffine, résine de pin, cire de carnauba et carbonate de calcium.
-C'est de la wax. -De la... ?
-La cire qu'on met sur les planches de surf
pour améliorer l'adhérence.
-Vous étiez surfeuse ?
-Je suis sortie avec un surfeur, voilà. Y a longtemps.
Y a rien de plus sinistre
qu'un surfeur,
ils passent leur temps à parler de la vague, des alizés,
à vénérer leur planche...
-Et donc ? -Oui.
C'est bizarre qu'on en ait retrouvé jusque dans sa bouche.
-C'est peut-être le tueur qui l'a mise. Mais pourquoi ?
-Ouais...
-Où sont passées mes compresses ?
-C'est quoi, ça ? C'est à toi ?
-Non. Ca doit être au Dr Ehle.
-Ca sert à quoi ?
-C'est pour manipuler les cadavres sans avoir à mettre de gants.
Regardez.
-Ah oui ?
-On lui demandera comment on s'en sert.
-Vous n'auriez pas omis
quelques détails sur votre soirée d'avant-hier ?
-Je connais un endroit sympa
où on pourrait discuter.
-Non, on ne va pas aller dans un endroit sympa.
-Dans ce cas, vous perdez votre temps.
-Pourquoi ? -Parce que je vous dirai rien.
Je peux être têtue.
Allez, faut sortir des sentiers battus, un peu !
Un verre et je vous dis tout.
-D'accord, mais c'est moi qui choisis l'endroit.
-Hello ! -Salut !
-Ca va ? Qu'est-ce qu'on boit ?
-Un cocktail. Quoi ?
-Regarde.
Non, mais discret !
C'est qui, cette... Cette personne ?
-Je crois que c'est la suspecte.
-Il n'a pas l'air de la suspecter beaucoup, là.
-D'accord.
-Les enquêteurs de génie
agissent comme des fauves, ils attaquent sans prévenir.
-Mais là, c'est plutôt lui qui a une tête d'antilope.
-Merci. -Bon, parlez-moi
de cette soirée.
-C'est légal, de parler de ça ici ?
Ca sent un peu le vice de procédure.
-Puisque c'est comme ça, je vais demander au procureur
une comparution immédiate
sans convocation préalable.
-Arrêtez de jouer au flic,
vous êtes tellement plus que ça.
-J'aurais essayé. -Salut Antoine.
-Ah, j'allais partir.
Diane, au revoir, et nous, on se revoit
très vite.
-Vous ne l'aurez pas comme ça. -Je vous demande pardon.
-Vous êtes trop sympa,
les hommes n'aiment pas ça.
-Pourtant on s'entend très bien.
-C'est ça le problème, vous vous entendez trop bien.
La gentillesse, c'est un signe de faiblesse, Diane.
Si vous voulez le séduire, soyez méchante, dure, odieuse,
l'inverse de ce que vous êtes.
Asseyez-vous et prenez un verre.
*-Je vais vous regarder droit dans les yeux
*et compter jusqu'à trois.
*Un, deux, trois.
*A partir de maintenant, vous n'entendez plus que ma voix.
-Regardez-moi bien dans les yeux.
A trois, vous allez tomber sous mon charme.
Un, deux, trois.
Il claque des doigts.
-J'ai une bonne nouvelle.
-Quoi ?
-J'ai retrouvé ton hypnotiseur, il attend ton appel.
-T'es géniale !
-Où est le serveur ? -S'il vous plaît !
Vibreur.
Oui, Théo ?
Mais t'es où ?
OK, je te rappelle.
-Ca va pas ?
-Théo a vu un serpent à l'IML.
-Un serpent ? -Oui. Je reviens.
*-Robin Desnoyeux, je suis actuellement à l'étranger.
-Evidemment.
-On est quand même au tribunal ! Vous êtes sûre de vous ?
-Oui, il a forcément laissé des preuves dans son bureau.
Fracas. Un chien aboie au loin.
-Pourquoi ce boa
serait à lui ?
-Théo, c'est évident :
la recherche de cave,
la lampe chauffante et l'appel à ses clients.
Il trafique des serpents,
et il pouvait pas les laisser chez ma mère.
-Hé, regardez. Des billets d'avion pour Cayenne.
-C'est là qu'il doit se fournir.
Regarde !
-"OAS".
Ca a un rapport avec la guerre d'Algérie ?
-"BOAS EXPRESS" !
J'en étais sûre ! Il a fondé sa petite entreprise !
-Florian avait invité Romain Larsenet et Pénélope
à venir manger des pizzas
à 20h précises, pour ne pas manger froid.
Un peu psychorigide, pour un surfeur aussi cool.
Si Larsenet était le tueur, il n'aurait pas accepté l'invitation.
-Au contraire :
il tue les jumeaux juste avant, et si quelqu'un le croise,
il dit qu'il est venu pour dîner.
-Idem pour Pénélope.
Elle a dû vous parler de ce dîner quand vous étiez au bar hier soir.
-Alors...
-Eh oui, Ludivine n'a pas de secrets pour moi.
-On n'a pas parlé de l'enquête,
ça n'a pas marché. C'est pour ça que je l'ai convoquée.
-Cette fois, c'est moi qui vais l'interroger.
On verra qui mène la danse.
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-Prête pour le grand voyage ? -Quel voyage ?
-Je vais vous déshypnotiser. -Me dés... D'accord, essayons.
-Alors fermez les yeux
et laissez-vous guider par le son de ma voix.
Respirez profondément.
A chaque expiration,
vous détendez davantage tous les muscles de votre corps.
OK. Super. Maintenant, imaginez
un endroit paisible.
Là, vous voyez la porte bordeaux, la porte de l'IML, mais...
elle ne vous fait plus peur.
Vous traversez cette porte et découvrez des visages familiers,
notamment celui de Théo,
votre disciple fringant, joyeux.
Rassurée, vous pouvez aller en paix
à un, deux... et trois.
-Vous faites quoi ?
-Chut.
Ca marche. -Comment t'as fait ?
-Le talent. -C'est fou, tu m'impressionnes.
-Je suis rentrée ! -Oui.
-(J'ai revu l'hypnotiseur ce matin, mais il est tellement mignon.)
-Je me disais aussi.
-Il est passé où ? -Ca va, Théo ?
-Il n'est plus là. -Qui ça ?
-Le boa. -Quoi ?!
-J'ai appelé Florian à 21h pour annuler, y avait eu un accident
sur la route,
je suis resté bloqué 1h30.
Demandez à mon coloc.
-M. Larsenet, vous étiez jaloux du succès de Florian Gramont ?
-Non, pas du tout.
Quand on pratique
un sport de haut niveau,
on passe son temps
à s'entraîner et à élaborer des stratégies.
Il faut le mental, la pratique, le talent et la stratégie.
-Florian avait tout ça.
-Oui, c'était un surfeur complet, ce qui est rare. Et je pouvais pas
le jalouser, il était hyper cool, comme mec.
Il avait beau fumer des joints et picoler,
en compétition, il changeait du tout au tout.
Ce n'était plus le même.
Mais depuis quelque temps,
il avait changé.
Il était plus sage, plus posé.
-Pourquoi ? Qu'est-ce qui expliquait ce changement ?
-J'en sais rien, moi. L'âge.
33 ans, c'est plus tout jeune.
-Madame Durieux.
-"Mademoiselle".
-Mademoiselle Durieux, vous étiez où le soir du meurtre ?
-Et vous, capitaine ?
-C'est pas la question.
-Avec votre femme ?
-Eh bien... Oui.
-Vous faisiez quoi ?
-Nous avons regardé un documentaire sur les diptères.
-Les diptères ?
-On a les résultats des analyses capillaires.
-Super. -Et le serpent ?
-Oh, dis donc !
Pas de trace, ni dans mon bureau ni aux WC. Il a dû quitter l'IML.
-Mais... Un attrapeur de serpents !
Robin a dû l'oublier là.
-C'est pas un outil d'autopsie. -Je vois ça, oui.
Pourquoi il ferait ça, ton père ?
Il a tant besoin de fric que ça ? -On en parlera plus tard.
Là, on sait exactement quand il a commencé à prendre des calmants.
-Il y a un an et demi.
-C'est forcément lié à un événement.
-Qui aurait pu laisser des traces sur son corps ?
-Exactement.
-Il est toujours là ? -Oui.
-Les diptères sont des insectes
tout à fait fascinants.
-Louis,
un appel pour vous.
-Oui ?
-Très belle leçon, vous avez été d'une fermeté exemplaire.
Bon.
-Inspecteur.
-Racontez-moi. Le soir du meurtre, vous étiez invitée chez Florian,
or vous avez prétendu être allée surfer. Le lendemain,
vous êtes témoin de leur double meurtre. Que s'est-il passé ?
J'aurai le traçage
de votre portable.
-Je suis allée chez Florian avant le dîner, vers 18 heures.
On avait une aventure.
-Vous l'aimiez ?
-Florian a rompu avec moi.
-Pourquoi ?
-Il m'a dit qu'il était tombé amoureux.
Il voulait changer de vie.
J'en sais pas plus. -Donc Florian
rompt avec vous. Et ensuite ?
-Et ensuite rien, je suis partie.
Je n'étais pas inquiète, je savais qu'il allait revenir.
-Donc Florian vous plaque à 18h, et il vous rappelle dans la foulée
pour vous inviter à 20h. C'est pas un peu étrange ?
-Il revenait vers moi quand je le faisais mariner,
donc j'y suis pas allée.
-Mais vous y êtes allée le lendemain.
-Parce que j'avais rendez-vous pour ma planche.
-Vous avez fait quoi, après avoir quitté Florian
à 18 heures ? -Je suis allée chez un ex.
Il pourra témoigner.
Ca veut dire que vous l'avez, votre alibi ! Vous êtes content ?
Maintenant que je suis innocente, on pourrait se revoir, non ?
A moins
que vous préfériez voir Diane ?
-En combien de temps un boa étouffe-t-il sa proie ?
-Ca dépend. Pour un type comme toi, ça doit être une demi-heure.
-C'est long.
-Dis, c'est bien en novembre
y a un an et demi que Florian a commencé à prendre des calmants ?
-Oui, c'est ça.
-Le signe du Scorpion, c'est bien au mois de novembre ?
-Oui, pourquoi ?
-C'est bizarre. Je trouve que le tatouage, il est bizarre.
Eteins la lumière, je vais regarder
aux ultraviolets.
-Vous êtes sûre, pour la lumière ?
-C'est bien ce que je pensais : y a quelque chose d'écrit en dessous.
"39.36.9.04".
C'est des coordonnées GPS, non ? Attends, Mathieu
a le même...
Oh !
-C'est à Nazaré, au Portugal. -Un spot de surf hyper connu.
-Ils y ont surfé en novembre ? -C'est la saison idéale.
-Oh !
-Quoi ?
-J'ai senti un truc froid.
-Non, c'est dans ta tête. En tout cas, il s'est passé
quelque chose là-bas.
Le monde du surf est tout petit, il suffit de demander au bon endroit.
-Ca va ? -Parfait.
-Vous êtes sublime.
-Bonjour.
Patricia Bordenave
et Pierrick Quentin-Latour, de la marque Oyster and Mud.
Votre patron n'est pas là ?
-Il n'est pas encore arrivé.
-On voulait qu'il teste des échantillons.
-Si c'est gratuit...
-On va commencer
par la crème protectrice solaire spéciale surf, à base d'huître
et de vase du bassin d'Arcachon.
C'est la "it" crème de la saison.
Et Pierrick représente
le nouveau visage de la marque.
-Lui ? -Ca devait être Florian Gramont.
-Et on n'a même pas pu avoir Mathieu, il est mort aussi.
Parce que lui aussi surfait. -Tout à fait, Pierrick.
Je l'ai vu plusieurs fois
à Nazaré quand je faisais mes séminaires là-bas.
-Non, Mathieu n'y a été qu'une fois.
-C'est vrai, il n'y serait jamais retourné après ce qui s'est passé.
-Vous êtes au courant ?
-Que s'est-il passé ?
-C'est terrible. Mademoiselle vous le racontera mieux que moi.
Moi, je ne peux pas.
-Mathieu a emmené sa cousine
surfer sur des "barrels",
mais elle avait pas le niveau, elle s'est grièvement blessée.
Ca l'a chamboulé.
Il a un souci, là.
-C'est juste la crème qui libère ses toxines.
On doit y aller,
on a rendez-vous à Biarritz à 17h, le peeling au varech géant.
Vous n'avez pas oublié ?
-Non, j'ai pas oublié. On y va. On vous laisse les échantillons.
-Voilà, ne me remerciez pas. A bientôt !
-Au revoir.
-C'est bien ça, alors. Merci.
-L'alibi de Romain Larsenet est validé par le bornage téléphonique.
Il était dans un embouteillage. -Et Pénélope était avec son ex.
Téléphone.
-C'est Alex.
Oui ?
Ah bon ?
Je ne veux pas savoir comment tu as appris ça.
On doit retourner voir le père. -Pourquoi ?
-Il y a eu un drame entre les jumeaux et leur cousine.
-Les vieux drames familiaux font les meilleurs meurtres.
-Voilà !
-Je vais avoir des séquelles.
-Quelle chochotte ! -C'est quoi, ce truc ?
-Juste un fond d'extrait. -D'extrait de quoi ?
-D'extrait.
-Allez chercher l'attrapeur à serpents !
L'attrapeur !
Gentil.
-Après tout, c'est comme un gros ver. Je veux le garder.
-Non, il doit retrouver son habitat naturel.
-Y a les gants. C'est sûrement lui qui les a piqués.
-C'est tellement mignon, il s'est fait un petit nid.
C'est un boa arboricole, ce sont les seuls qui se font des nids.
Que faire ? Robin nous rend complices, en faisant ça.
On risque la fermeture.
-Non, pas le télétravail !
-A ce point ?
-La maison propre et rangée me déprime.
-Pourtant c'est le rêve de 99% des gens.
-Moi, ça m'étouffe ! -Oh là là...
-Et en plus, maintenant, tu me culpabilises.
-On ne peut rien lui dire. Que va-t-on faire de toi ?
T'es sûre que je peux pas le garder ?
-Oui, je suis sûre. Non, tu ne le gardes pas.
-Laissez-nous. -Oui, bien sûr.
-Monsieur Gramont,
vous avez une minute ?
-Il faut qu'on parle d'un événement important.
-Que s'est-il passé à Nazaré ? -Pourquoi n'avoir rien dit ?
-C'était y a plus d'un an.
-C'est vraiment important. Racontez-nous ce qui s'est passé.
-Mathieu a emmené Noémie surfer.
Il a pris des risques, et elle a failli mourir.
-Florian n'était pas là ?
-Il était sur la plage, il s'entraînait avec son coach.
-Il n'a pas réagi en voyant Mathieu prendre ces risques ?
-Quand il s'entraînait, il était concentré. Mathieu
n'aurait jamais dû emmener Noémie surfer seule,
il n'avait pas le niveau.
-Votre soeur a dû leur en vouloir.
-Elle ne leur a jamais pardonné,
elle a rompu les liens familiaux, avec moi aussi.
-Vous ne vous êtes jamais revus ?
-Non, jamais.
-Pourtant ils habitent dans les environs.
-Oui, ils ont la pharmacie, mais depuis, on évite le quartier.
-Noémie a eu des séquelles
de cet accident ?
-Elle est paraplégique.
Ils auraient pu
tuer mes fils ? -Non.
Il s'agit juste d'une piste.
Merci beaucoup. -Au revoir, monsieur.
-Les parents de Noémie
auraient vraiment pu en vouloir aux jumeaux,
pour non-assistance et pour mise en danger.
-Ils tiennent une officine.
Ils s'y connaissent en plantes toxiques.
Mais pourquoi les tuer maintenant ?
-La vengeance tardive est un bon moyen de brouiller les pistes.
-Que fais-tu ici ? -Y a des serpents dans mon bureau !
-C'est rien, ce sont des souvenirs de Guyane.
-Arrête, je sais que tu les vends ! T'as un permis, j'espère !
Sinon ça s'appelle du trafic !
-Quel trafic ? Ca me fait peur, les serpents !
-Je sais que tu les vends.
-Bon. Si je te dis la vérité, tu ne me croiras jamais.
-Vas-y.
-Quand j'étais encore en poste en Guyane,
les gendarmes ont arrêté des orpailleurs
clandestins, qui en plus braconnaient des boas.
J'étais chargé de l'instruction, ils ont pris cher.
A ton avis, les boas, ils ont atterri où ?
-J'en sais rien. -Un mois plus tard,
je les ai retrouvés dans une cave du tribunal, enfermés à clé !
A mon retour, je n'ai pas arrêté de penser à eux.
Je suis retourné à Cayenne et je les ai ramenés avec moi.
Attention, tout est en règle, hein. Mais j'en fais quoi, maintenant ?
-Parce qu'en plus,
tu en as plusieurs ? -Il en reste trois.
-Y en a 3 ?
-Un gros et deux petits. T'as vu lequel, toi ?
-Il était assez gros.
-Le gros ? Il est sympa.
Les petits aussi, mais lui est vraiment sympa.
-J'en ai marre ! J'ai l'impression que tu me bouffes la cervelle !
Tu vas reprendre ces boas et les ramener chez toi !
-S'il te plaît, deux petits jours.
-Deux jours, le temps que t'appelles
l'association qui les remettra dans la forêt.
Et c'est toi qui viendras les récupérer !
-J'aime pas trop ça, les serpents.
-Deux jours.
Téléphone.
-Antoine ?
-Oui, c'est moi.
Ca te dirait qu'on aille boire un verre ensemble ?
-Oui.
Quand ? *-Je sais pas. Demain.
-Non, je vais pas pouvoir. Ouais, un truc hyper important.
-Et mardi ?
*-Mardi... Attends, je regarde.
Mardi, ça va pas être possible non plus.
Ca n'arrête pas, en ce moment.
-Tant pis, on va pas se voir.
-Ouais, on va pas se voir... Attends, si, on peut se voir !
Ce soir ? *-Oui, ce soir.
-D'accord. Ben voilà, à plus.
-N'importe quoi.
Hé !
Salut.
-Fait chaud, hein.
-Tu veux sortir ?
-Non, c'est moche, c'est bruyant...
C'est bondé. -Oui.
On peut aller ailleurs si tu veux.
-C'est tout ce que t'as à proposer ? Aller ailleurs ?
T'aurais pu
y penser. -A quoi ?
-Qu'il ferait cette chaleur ! Ca commence bien, ce rendez-vous.
-Désolé. D'habitude, j'ai de bons avis sur Google.
-"Ha ha ha ha" !
-T'as bu ou quoi ?
-Tu m'as fait venir ici pour me demander si j'ai bu ?
-Mais...
-C'est quoi, ce "date", Antoine ?
Oh là là ! -Mais enfin, Diane !
Qu'est-ce qui se passe ?
Tu voulais me voir ?
-Je sens que quelque chose nous échappe, mais je ne sais pas quoi.
-Pourquoi ?
-Florian prenait des anxiolytiques
alors que c'est Mathieu qui était responsable de l'accident.
-Il était plus sensible ?
-Non, c'était Mathieu, le plus sensible des deux. Théo,
fais approfondir les analyses sur les molécules que prenait Florian.
-Et trouvez
le nom de son médecin. -Sûrement un médecin du sport.
Téléphone. -Excusez-moi. Pincé. Oui ?
Oui.
D'accord, j'arrive. Daniel Gramont vient d'agresser son beau-frère.
-Attends, je t'accompagne !
Si l'oncle est mort, tu seras content que je sois déjà là.
-Oui.
-Suivez-moi.
-Que faites-vous là ?
-Je suis venue les soigner, je répare aussi parfois les vivants.
Qu'est-ce qui vous a pris
de faire ça ?
-Il a empoisonné mes gosses.
-Jurez-moi de ne plus rien faire avant d'être sûr que c'est lui.
D'accord ?
Téléphone.
Oui. T'es où ?
T'as les résultats ?
Ca change la donne, ça !
-Racontez-nous Nazaré.
-Noémie est partie surfer là-bas avec Mathieu.
Florian les a laissé faire malgré le danger.
Il aurait dû protéger sa cousine.
-Noémie adorait ses cousins.
Ils nous ont trahis. -Comment on peut être égoïste
et inconscient au point de mettre la vie de sa cousine en danger ?
Noémie était danseuse, elle voulait faire carrière à Paris.
Elle ne dansera plus jamais.
-Elle suit une formation pour devenir téléconseillère.
Ils ont bousillé sa vie. -J'étais là pour eux après la mort
de leur mère, et eux ont détruit ma fille.
-Vous vous êtes vengés.
-Si j'avais eu le courage...
Je l'ai pas eu.
-On a juste appris à vivre autrement,
et on s'est éloignés d'eux.
-Vous faisiez quoi
le soir du meurtre ? -On était chez des amis.
-C'est le mobile qu'on cherchait
depuis le départ, quelqu'un qui en voulait aux deux frères.
-Ils connaissent la toxicité du laurier-rose et habitent à côté.
-On doit voir leur fille et vérifier leur alibi.
Pourquoi t'as laissé partir
le père des jumeaux ?!
-C'est pas la question, on se trompe depuis le début.
Les corps ont été inversés.
-Comment ça ?
-Florian prenait un antidépresseur à base de dextroamphétamine,
considérée comme dopante.
-Et alors ? -Son médecin sportif
n'a jamais prescrit ça à Florian, c'est interdit pour la compétition.
-Et donc ?
-C'est Mathieu qui prenait ça suite à l'accident de sa cousine.
Les corps ont été inversés.
Mathieu, c'est Florian,
et Florian, c'est Mathieu !
-Je les adorais avant Nazaré,
et au fond, je crois que je leur en veux pas.
C'était ma décision de prendre cette vague,
ils m'ont pas forcée.
Cette guerre entre mes parents et les jumeaux, je l'ai jamais voulue.
Je me suis laissé monter la tête
par ma famille parce que j'étais cassée en deux.
-Comment les jumeaux ont réagi
à tout ça ?
-Mon accident les a beaucoup touchés.
Déjà que leur relation était pas toujours rose...
-Comment ça ?
-En fait, ils étaient en compétition depuis toujours,
notamment aux yeux de leur père.
Daniel préférait Florian,
depuis qu'ils étaient tout petits.
Du coup, Florian a développé une confiance en lui en béton,
et il raflait tout, quoi.
Même avec les filles.
Elles étaient toutes à ses pieds, il en changeait comme de chemise.
Quand on est parfaitement identiques,
ça doit être deux fois plus dur de voir que l'autre s'en sort mieux.
-Mathieu était jaloux de Florian ?
-Oui. Et Florian aussi était jaloux de Mathieu.
-De quoi ?
-De sa femme.
-SA FEMME ?
-Oui. Florian,
malgré toutes ses aventures,
il a... Il a toujours eu un faible pour Lilia.
*Chopin : "Valse numéro 1".
...
-Cette fois, je les mets là pour que personne ne me les vole.
Vous faites quoi ?
...
-J'épluche le dossier médical de Mathieu.
Je voudrais prouver
l'échange de leurs identités.
Les jumeaux monozygotes ne sont pas pareils :
il y a des micromutations dues aux maladies attrapées dans leur vie.
Oh, attends...
Regarde : Mathieu était stérile, il l'a appris
dix jours avant sa mort.
-Mais sa femme est enceinte. Qui est le père de l'enfant ?
-C'est la question.
Sonnette.
Bonjour, je suis la maman de Brice,
un élève de votre mari.
Il a aidé mon fils qui était victime de harcèlement.
Je voulais vous apporter tout mon soutien.
C'est très joli,
chez vous, et votre jardin... J'adore le laurier-rose.
-Mais je m'en méfie.
-Pourquoi ? -C'est très toxique.
-Ah bon ?
Ils étaient vraiment le portrait craché l'un de l'autre.
Vous pouviez les différencier
à coup sûr ?
-Ils se faisaient parfois passer l'un pour l'autre,
pour rire, mais ça, c'était avant. Mathieu n'était plus d'humeur.
-Pourquoi ?
-Un drame survenu à Nazaré avec sa cousine.
Ce n'est pas facile, de vivre avec quelqu'un qui ne va pas bien.
-Et vous êtes enceinte
de combien ?
-Comment vous savez ?
-Votre bola de grossesse.
C'est Mathieu qui vous l'a offert ?
-Non, c'est Florian.
D'ailleurs Mathieu l'a mal pris.
-Florian était plus présent que Mathieu, c'est ça ?
-Quoi ?
-Euh... Je vais y aller.
Merci pour votre accueil.
Et toutes mes condoléances.
Théo ?
Prépare-toi, je passe te prendre.
Vamos à la playa. *-Je prends mon maillot de bain ?
-Non, on va boucler l'affaire !
Attends... Là. C'est là.
-Là quoi ?
-L'appartement de Florian.
-On passe, là ?
J'imagine que ça veut dire oui.
...
-Théo, viens voir.
Regarde.
C'est la bonne taille, hein.
Ce serait donc comme ça qu'on a déplacé le corps de Florian,
dans une housse, incognito.
Et en plus, c'est bourré de wax.
-Mais on l'aurait forcément remarqué.
-A la tombée de la nuit, loin des regards, tout est possible.
Regarde.
Tu rentres.
-Oui.
...
-Tu sens ce que je sens ? -Non, je sens rien.
-Si, y a une vague odeur d'orange.
Souviens-toi :
les cannelés ont été faits à base d'oranges amères.
-Les parents de Noémie étaient bien à une soirée d'anniversaire.
Ils sont hors de cause.
-C'est Mathieu qui a empoisonné son frère
parce qu'il avait une aventure avec Lilia,
qu'elle est enceinte et que lui, il était stérile.
-Tu crois que Florian est le père de l'enfant ?
Mathieu l'aurait tué pour ça ? -J'en suis sûre.
Mais pourquoi s'est-il suicidé ?
-Et pourquoi inverser les corps ?
-Le jour du meurtre, Mathieu prépare des cannelés empoisonnés
pour son frère, sa femme, Lilia, est de garde à l'hôpital.
-A 18h, Pénélope se rend
chez Florian, il lui annonce qu'il rompt avec elle.
-Pourquoi commander trois pizzas
pour Romain, Pénélope et lui ? -C'est Mathieu,
qui a passé la commande à la place de Florian.
Il devait les recevoir habillé en Florian.
-Donc Mathieu, après avoir
empoisonné son frère,
a invité Pénélope et Romain avec le portable de Florian.
Il a commandé les pizzas,
puis il a mis le corps de son frère dans le van
et s'est empoisonné lui-même, ayant tout prévu pour être secouru.
Ils devaient venir à 20h précises.
-C'était sa garantie de survie.
Il a mangé les cannelés juste avant leur arrivée.
Il ne voulait pas mourir.
-Il savait que, pris en charge à temps, il s'en sortirait.
-Et on ne l'aurait pas soupçonné puisqu'il était aussi victime.
Le crime parfait.
-Pourquoi inverser les corps ?
-Parce qu'il voulait la vie de Florian.
-Il aurait récupéré son succès. -Et le coeur de Lilia.
-Mais il n'avait pas prévu
que Florian allait se séparer de Pénélope,
et qu'elle ne viendrait pas dîner.
-Ni que le livreur serait en avance.
-Ni que Romain soit coincé
dans les embouteillages et fasse demi-tour.
-On avait la victime
et le coupable sur nos tables d'autopsie depuis le début.
...
-Ils s'endormaient toujours comme ça,
avec le poing serré, Mathieu à droite, Florian à gauche.
Même gamins, ils dormaient comme ça en se donnant la main.
Et même quand ils ont arrêté de dormir ensemble,
leur corps a gardé une trace de leur union.
-Malgré eux, ils ont fini unis.
-Indissociables, dans la mort comme dans l'amour.
...
-Eh ben... Tu dois être contente, non ?
A l'heure qu'il est,
tes boas ont fini leur plateau-repas.
-Ils ont pris l'avion ?
-Oui, pour Cayenne. Je les ai filés à ton association.
Ca m'a ruiné.
Regarde ça, on dirait
une voiture de magistrat.
-Robin, t'es vraiment juge d'instruction ?
-Ben... Qu'est-ce que je serais, sinon ?
-C'est ce que je me demande.
-On va pas se voir pendant un petit moment.
-Ah bon ? Pourquoi ?
-J'ai posé un congé sabbatique.
Je vais... Je vais me recentrer sur ta mère.
Elle va pas bien.
On va visiter le monde.
-T'entraînes pas maman dans tes plans galères !
-Mais je vais te manquer, quand même, non ?
-Ca va surtout me faire des vacances.
-Alex, si je faisais pas de conneries, tu t'emmerderais.
-T'es vraiment...
-Moi aussi, je t'aime.
Je reviendrai, t'inquiète pas.
Je reviendrai.
Ah !
Allez, va ! -A bientôt.
-Ah... Julien ?
Pardon. Bonjour, ça va ?
-Et toi ? -Ca fait longtemps !
On se prend un verre après ? -Ouais !
-Oh, pardon. Salut.
-Je voulais te dire, pour hier soir, je suis désolée. J'étais...
-T'inquiète, j'ai compris.
-Oui.
-C'est Pénélope.
-Oui.
-Ca... Ca me fait penser que je voulais te dire un truc.
Elle m'a fait comprendre quelque chose.
-Quoi ?
-C'est que tu me manquais quand tu n'étais pas toi.
...
Cris, applaudissements.
-Mon champion ! T'es mon champion !
Téléphone.
-Ouais, Théo. Ouais.
-Il paraît que toi aussi, tu t'es fait alpaguer par Pénélope ?
-Oh là là, une vraie furie.
Mais je lui ai dit que je n'avais d'yeux que pour une seule femme.
-Théo ne vient pas, il passe la soirée avec Pénélope.
-Non ! -Si !
-Mais non !
-Il l'a hypnotisée ? -Peut-être.
-C'est sûr !
-Je sais pas. -C'est pas vrai ?
-Si. A la tienne.
Mais... Tu nous prépares un voyage surprise ou... ?
-Un voyage surprise, oui, mais je vais partir tout seul.
T'avais raison, je suis en pleine crise d'inspiration.
J'ai trouvé un stage de musique chamanique au Rajasthan.
Je rêve d'apprendre l'art des tablas, cette petite percussion
avec une peau de chèvre où tu dis les mots, et ensuite tu les joues.
Tiki-tiki-takedoum, goum-goum-goum, gué-gué,
gué...
J'aurais adoré que tu viennes, mais j'imagine que tu peux pas.
-Ben... Non, pas trop.
Mais ça va être super, pour toi.
Et pour eux aussi : leur ashram va briller comme un sou neuf.
-C'est vrai ? Tu m'en veux pas ?
-Mais non, je t'assure.
Et tu peux même rester plus longtemps, hein.
La musique avant tout.
-Je t'adore.
Tu vas me manquer. -A moi aussi.
Bon voyage.
...
Enfin seule !
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