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-Quand je voyage, je me fais faire un tatouage... Merci.
Celui-ci, c'était en Thaïlande. Ca se prononce
"tukchai tekun".
Tu comprends ? -Ben, non.
-"Tout arrive pour une raison"... Comme toi et moi,
notre rencontre...
...
-C'est fini. -Oui...
Au plaisir.
-Peut-être.
-(J'arrive pas à croire que que vous m'ayez traînée jusqu'ici.)
-Oh ! -(C'est nul.
(Le type m'a parlé de ses problèmes de garde avec son ex.)
-Tu exagères ! C'est marrant. Le mien était tout mignon.
-C'est sûr.
-T'es plus mariée, toi ? -Ben, si.
Je peux apprécier sans y toucher.
-(Justement, non.
...
(Et c'est reparti.
(Je vous déteste !)
Petit rire gêné.
-Bonjour...
Richard.
-Oui, c'est ça.
-Ben, Alex.
-Alex...
Vous êtes très belle.
-Oh... C'est gentil, merci.
-On parle pas assez
de la beauté des femmes. -C'est vrai.
*Sirène.
Désolée,
c'est une urgence.
Antoine ?
Tu me déranges pas.
Quoi ?
Où ça ?!
Au zoo ?!
OK, j'arrive tout de suite.
Il y a un jaguar qui a fait une indigestion de chair humaine,
il faut vraiment que j'y aille.
-Je peux vous rappeler ? -Ne vous donnez pas cette peine.
...
-Oh, déjà ?
-(J'y vais. Y a un mort.
(Un mort.)
-Et elle s'en va.
Monsieur !
...
-Vous êtes toujours célibataire ?! -C'était pour rire.
J'avais pas l'intention de rencontrer quelqu'un.
On a fait ça pour Diane.
-Vous avez peut-être brisé le coeur d'un pauvre divorcé
qui reprenait confiance en lui. -Ca va, les violons !
Qu'est-ce que t'es gnangnan !
-Mon père a une très mauvaise influence sur vous.
Sans son.
...
-Alex ! Viens, c'est par ici.
Tu t'es pomponnée.
-J'étais à un speed dating avec Diane.
-Vous n'étiez pas avec Ludivine ? -La prof de yoga était malade.
Donc on est allées prendre un café et il y avait un "célib brunch".
-Vous avez participé ? -Il n'y avait presque personne.
Il faut
soutenir les restaurateurs, à cause de la crise.
Ludivine n'a parlé que de vous : Louis par ci, Louis par là...
-On y va ?
-Regardez ses crocs puissants.
Qui a bien pu donner un corps humain
en pâture à ces prédateurs ?
Ils peuvent courser leurs proies à 80 km/h.
-Le concierge du zoo a découvert un doigt et un morceau de crâne
dans leur enclos. On a voulu faire disparaître un corps.
-C'est du jamais-vu !
C'est glauque de faire ça. -Et un peu naïf.
Les animaux jouent avec la nourriture.
-On peut récupérer ce crâne ? -Il faut endormir les fauves.
-D'autres morceaux ?
-Oui. Un soigneur a trouvé un os dans la tanière des lions.
Le corps a été éparpillé.
-Oh oui... Ca, c'est un os de fémur.
Il y a même une broche dessus.
Quand vous aurez récupéré tous les morceaux, vous me les apporterez.
Demandez au vétérinaire de prolonger l'anesthésie.
On va leur faire des radios pour voir ce qu'ils ont mangé.
Il est où, Théo ?
-Ils sont mignons,
ces petits loriquets ! -On a du pain sur la planche.
-Coucou !
-Traces
d'arrachement ligamentaire
qui évoquent la morsure d'un félin.
Mais sur la face antérieure, les bords du tissu sont réguliers.
Ce qui suggère une découpe de type feuille de boucher
ou hachoir industriel.
-L'os est particulièrement usé. Un marcheur, sans doute.
-Vu la taille de son fémur, il devait mesurer au moins 1,85 m.
-Il n'y a pas de numéro de série.
-Oh oui... J'ai jamais vu ce modèle.
C'est pas du matériel lambda. C'est bizarre.
-Aussi bizarre que de finir dans l'estomac d'un lion.
-Ca me rappelle les jeux du cirque.
Qu'est-ce qu'il a pu faire pour mériter une fin aussi atroce ?
-Moi, ça me fait penser
au "Père Noël est une ordure",
quand ils jettent des morceaux de cadavre aux animaux.
-Au vu de son sarcomère,
il était beaucoup plus musclé que Gérard Jugnot.
Musclé, immense... Presque comme un gladiateur.
-Peut-être plus féroce
que les animaux qui l'ont dévoré.
-Oh non ! Monsieur...
(Monsieur... Monsieur... Donne.)
-Qu'est-ce qu'un chien fait ici ?
-C'est Monsieur.
-Monsieur qui ? -Monsieur Monsieur.
-Il n'a rien à faire là. C'est pas une pièce à conviction ?
-Bien sûr que non !
(Viens.)
Samuel ?!
Qu'est-ce que tu fais là ? -Je viens te faire un petit coucou.
-"Un petit coucou" ?
-Est-ce que ça te dérange si j'héberge chez toi,
pendant 2-3 jours, une copine super sympa ?
-Tu es venu pour me demander ça ?
-Au téléphone, c'est impersonnel. Et on se comprend pas toujours.
-C'est qui, cette copine ? -Tiffany.
-Ton ex, la navigatrice ? -Mon "ex", c'est vite dit.
-C'est l'ex de tout le monde. -Elle s'est pas mal rangée.
-Comment tu le sais ? Tu l'as revue ?
-Je l'ai senti, au téléphone,
quand je l'ai eue.
-Elle peut dormir sur son bateau. -Elle a un problème de voie d'eau.
S'il te plaît... Ca fait longtemps que j'ai pas parlé de navigation,
et ça me manque.
Soupir.
-OK pour une nuit.
Après, elle se prend une location.
-Je savais que je pouvais compter sur toi.
-Il faut être malade pour faire ça. -Un visiteur aurait pu rester...
-Impossible. Il y a un système de comptage à l'accueil.
On aurait vu les morceaux de corps, tous les sacs sont fouillés.
-La nuit, le zoo est surveillé ?
-Il y a un vigile. -On peut le voir ?
-Bien sûr. Suivez-moi.
-J'étais là
de 20 h à 6 h.
-Rien d'anormal ?
-Non... Une petite bagarre chez les gibbons.
On a une nouvelle femelle, ça les énerve.
-Il y a un autre accès ? -Non.
-Et l'enceinte du zoo ? -Vous avez vu la hauteur ?
En 15 ans de ronde,
aucune tentative d'intrusion. -Et on a un système d'alarme.
-Un vrai coffre-fort.
-Il serait regrettable de croiser certains animaux devant les écoles.
Grognements.
-Vous devez savoir
comment on coupe l'alarme. -Vous croyez pas que...
-Pour l'instant, je crois rien. -Merci.
-Il n'a pas pu couper l'alarme pour faire entrer quelqu'un.
-Si c'est pas un extérieur,
c'est un de vos employés. -Vous avez déjà une idée ?
-Il y a bien un soigneur...
Kévin Guémas.
Une forte tête, un type nerveux... Tout le monde se méfie de lui ici.
-T'as même pas récupéré
un petit numéro de téléphone ? -Non.
-Il y en a un qui a fait une drôle de tête quand j'ai dit
que tu allais à un speed dating. Antoine !
-T'as rien dit à Louis, j'espère. -Non, tu me connais.
Mais il a un 6e sens pour ces trucs-là.
-J'espère qu'il sera en panne.
Sinon c'est le psychodrame.
-Tout de suite les grands mots ! Il faut juste que tu le rassures,
que tu lui dises qu'il est l'homme de ta vie,
que t'as jamais vu un flic
aussi bien habillé.
Et que, pour toi, un homme, c'est un homme à gilet.
Tu me passes la pince ? Je crois avoir trouvé un truc sur cet os-là.
Oh... Un cheveu. On voit beaucoup de choses
avec un cheveu.
-On va savoir
si notre victime s'adonnait aux paradis artificiels.
Oh... Regardez ce que j'ai trouvé.
Une petite merveille
d'oeuf de Calliphoridae.
Bienvenue, petit charognard.
-Il dit quoi ? -Que la chair est fraîche.
Notre homme est mort
la nuit dernière.
-Kévin Guémas était de service ce matin et il est dans le fichier.
Violences en réunion.
Son agent d'insertion l'a placé au zoo.
-Probation ? -Hum.
-On a un client.
-C'est de la part du zoo. -C'est pour l'IML, ça.
-Vous voulez que je leur apporte ? -Non... Je m'en occupe.
-On peut les appeler. -Je vais voir où elles en sont.
-Je viens avec vous. -Convoquez plutôt Kévin Guémas.
Fracas. Et merde !
-Antoine ?
-On a reçu des caisses du zoo. -C'est gentil de t'être déplacé.
-Ca va plus vite comme ça. -Mets ça dans mon bureau.
-OK...
Où ça ? -Pose-les là.
-Il y en a 2 ou 3 qui devraient encore arriver.
Les mouches ont parlé ?
-Hein ?
-Les mouches.
-Il est mort la nuit dernière.
Et vous,
du nouveau ? -Pas grand-chose.
Alex m'a dit
que vous étiez de sortie ce matin. -Oui, un speed dating.
-J'ai jamais fait ce genre de choses.
C'est intéressant ?
-Oui, très.
C'est chronophage. On n'arrête pas de m'appeler depuis.
Mais il faut mieux ça que l'inverse.
Un téléphone vibre.
Eh ben, justement !
Ca n'arrête pas !
-Je vais pas te déranger plus longtemps.
-(Maman, je suis au travail, je ne peux pas. Merci.)
-Je sais pas.
J'ai pas fait attention.
-Vous confondez un crâne et un jarret ?
-C'était
un morceau de crâne ! -Asseyez-vous, M. Guémas !
-J'étais "vénère". Quand je suis comme ça, je vois plus rien.
-Pourquoi vous étiez vénère ?
-Le patron m'a pris la tête parce que j'étais en retard.
Je mets une heure pour venir.
-La nuit dernière,
vous étiez où ? -Enterrement de vie de garçon.
Je devais pas taffer aujourd'hui, mais l'autre soigneur est malade.
Je suis venu direct au taf.
-On vérifiera.
Mettons
que vous n'ayez pas vu que vous distribuiez des morceaux de corps.
Cette viande,
vous l'avez prise où ? -A l'abattoir de Bègles.
Comme d'hab.
-C'est incroyable ! Il y a au moins 7 fractures consolidées
à des époques différentes.
Un type qui n'avait peur de rien et qui ne connaissait pas ses limites
et donc, pas celles des autres.
Ca expliquerait pourquoi son corps a été maltraité comme ça.
-Y a pas que de l'humain, là-dedans. Y a aussi du mouton...
*Bips. Du cochon...
-Oh ! C'est le retour
de la fille prodigue.
Samuel me demande si j'ai du rhum pour fêter le retour de son ex.
-Son ex ?!
-Mais t'es con, Théo. C'est du boeuf, ça.
-Ah bon ?
-Epaules larges,
bassin étroit,
attaches gigantesques...
C'est une force de la nature, cassée de partout.
Qui peut s'attaquer à un type comme ça ?
-Un géant qui le détestait au point de le donner à bouffer aux jaguars.
-C'est quoi, ça ?
Oh, c'est dingue ! Regarde.
Les fractures des acromions sont symétriques.
Il s'est cassé les deux épaules en même temps.
-Un choc dans le dos ? -Non. Regarde les traces, là.
C'est comme si quelque chose
l'avait tiré en arrière au point de lui rompre les ligaments.
-Un sac à dos ?
-Il faudrait qu'il soit très lourd.
-On a un grand type musclé qui portait des gros sacs à dos.
Un alpiniste !
-Ou un sportif qui torturait son corps
jusqu'à ce qu'il craque.
-C'est toi qui as commandé ça ? -Super ! Mes radios.
Merci. -De rien.
-Oh ! Une alliance.
-On va peut-être trouver... -Une gravure dessus.
-Il faut appeler le véto pour récupérer la bague.
-Merci. Kévin Guémas est venu chercher la viande
à l'abattoir ce matin.
Peu de chances que le corps vienne de là, les employés sont filmés.
-On va envoyer la scientifique vérifier s'il y a du sang humain.
-C'est le mystère
du seau magique, cette histoire : on a un cadavre dans un seau,
mais personne ne l'a mis dedans.
-On va opérer un jaguar ici ?! -Le véto n'est pas assuré
pour le faire à son cabinet.
-Nous, on est assurés contre les jaguars ?
Et s'il se réveille ?
-On n'a qu'à laisser la porte de Ricoeur ouverte.
-Tout va bien ?
-OUI.
-Alors, on en est où ?
-Le véto arrive. -OK.
-Je peux te parler deux minutes ?
-(Oh, merde.)
-Qu'est-ce que tu penses de l'impact de la crise
sur les restaurateurs ?
-Hein ?
-T'as fait un speed dating ce matin.
-Hein ? Non... Pourquoi tu dis ça ?
-J'ai un 6e sens.
-C'est pas pour moi, c'est pour Diane.
Moi, il y a que toi qui comptes.
Tu le sais, ça.
(Allez, arrête.)
-Le véto est là. -Ah.
-Le véto est là.
...
-Il risque rien ? -L'endoscopie n'est pas invasive.
Injectez 1 ml de kétamine.
-Oui.
-Ah. Le voilà.
Haricot.
En voilà un...
Et de deux.
-Passe.
Merci.
"A MD pour la vie...
"JV".
-Ce sont des initiales et des dates de mariage.
On va les croiser avec le registre des mairies.
-J'ai un dîner. Je te laisse finir, Théo.
-Ben...
-Au revoir !
-Au revoir.
Grognement.
...
-Vous vous êtes connus comment, tous les deux ?
-La Route du Rhum, en 2008. Il a dégazé juste à côté de moi.
-Ca a dû vous rapprocher.
-La Route du Rhum, ça veut dire
des mois de solitude
avec ce sentiment de vertige horizontal.
Il y a un psy qui raconte
que l'idée de la navigation,
ce serait se confronter avec sa pulsion de mort.
-Pour la pulsion de vie, on a des escales.
-Un homme dans chaque port.
C'est un vrai rêve de soixante-huitard, ça !
-C'est avant tout un rêve de soleil et de silence.
-Quand il m'a quittée, c'était très silencieux.
Mais j'en avais jamais rêvé.
-Alex n'aime pas quand je pars.
-Ca doit pas être facile. Et t'as vraiment tout arrêté ?
Tu fais quoi, maintenant ? -Rien !
Mais il le fait très bien. -Je m'occupe d'Alex.
-Et ton rêve de soleil ?
-Ce qui me manque aujourd'hui,
c'est un nouveau challenge.
-Je pars faire la Transat. Tu viens avec moi ?
-J'en ai assez entendu.
-Alex...
Attends.
-Bonne nuit !
-Alex, qu'est-ce qui te prend ? C'est pas cool.
-Bon, ben... Challenge ?
Sonnerie.
-Bah ?
Monsieur... Qu'est-ce que...
Oh !
...
Rires diffus.
Cliquetis de bouteilles vides.
Cris et rires.
C'est quoi, ce bordel ?
-Quoi ?
-Qu'est-ce que vous avez foutu ? -J'ai mal à la tête.
-Qu'est-ce qui se passe ? -Vous avez dormi ensemble ?!
-Je vais aller aux toilettes.
-C'est une blague ?! Vous avez quand même pas...
-Non, attends, c'est un malentendu.
-Qu'est-ce qu'on a fait ?
-C'est pas ce que tu crois !
-Les ongles coupés net à angle droit
montrent une personnalité rigide de type obsessionnel.
Il a beaucoup de cicatrices sur les métacarpes.
-T'es tombée du lit ?
Y a quelque chose qui va pas. -Des problèmes de "trouple".
-Alors,
il a des cicatrices sur les mains.
Il était habitué à se battre. -Pas forcément.
On a ce type de marques
quand on cogne à mains nues dans les murs.
-Dépression ?
-Ou signe d'un trop-plein d'émotion
comme quelqu'un qui n'arrive pas à gérer quelque chose.
Regarde.
C'est ça que je voulais te montrer, cette espèce de boursouflure, là.
C'est quoi ?
-C'est une cicatrice de furoncle parasitaire.
C'est rare sous nos latitudes.
-Tu sais comment ça s'appelle ? -Euh, attends... Dracu...
Dracu quelque chose. Dracunculose !
-Elle vit où, cette bestiole ? -Dans les eaux stagnantes.
Ethiopie, Soudan, Mali...
-Donc il a dû aller en Afrique.
-Et il dormait pas dans un cinq-étoiles.
-Attends.
Un géant
de 50-55 ans qui a vécu en Afrique
avec les épaules fracassées,
c'est un para.
La broche dans son fémur, c'était du matériel militaire.
-Bonjour bonjour !
Qu'est-ce qui se passe ?
-On va voir les paras, Théo ?
-Franchement,
vous savez ce que je pense de mon père,
mais vous faire ça, non. -Tu le connais pas si bien que ça !
Aurélien, c'est un condensé d'amour libre à lui tout seul.
Téléphone.
Quand on parle du loup...
Voilà !
(Mets ça.)
-(Merci.
(Tenez.)
-(Pas mal !)
-(C'est quand même des militaires. S'ils sont susceptibles...)
-(Au moindre mouvement de troupe, on se replie.
(Joli travail !)
-(Oui...)
-Bonjour. Victoria Roussel,
François Delplanque.
On aimerait parler au Cel Martin. -Je vous attendais.
-Bonjour. -Asseyez-vous.
Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
-Voici le projet du ministère dont je vous avais parlé.
-La prévention des traumatismes, on en parle depuis des années.
-Il s'agit de recenser les blessures
liées aux sauts en parachute.
-Histoire d'aider les instructeurs. -Ils font mal leur boulot ?!
-Pas du tout ! Mais chacun fait sa tambouille
dans son coin. Là, il s'agirait d'un manuel de référence.
-Qui permettra une mise à jour...
-Qui nous a pondu un truc pareil ?
Vous attendez quoi de moi ? -On voudrait
que vous nous donniez un profil de polytraumatisé d'environ 50 ans.
-Avec de multiples fractures aux omoplates...
-Je connais pas le dossier médical de tous mes hommes.
Vous êtes stratosphériques,
au ministère.
J'ai un gradé qui pourrait faire l'affaire. C'est un instructeur.
-Son nom ? -Jacques Verdier, dit "le lion".
-Il est là ? -Il est injoignable depuis hier.
-Quelqu'un aurait pu
s'en prendre à lui ? -Comment ça ?
-François,
qu'est-ce qui vous prend ? -Attendez...
Vous avez votre ordre de mission ? -Oui.
Euh...
On l'a oublié dans la voiture.
On va le chercher.
A tout de suite.
Jacques Verdier... Les initiales de l'alliance, JV, ça correspond.
-Allez-y.
-Mouvement de troupe.
-On se replie.
-Louis.
Les copains de Kévin Guémas ont confirmé son alibi.
Il fêtait bien son enterrement de vie de garçon.
Autre chose : il n'y a pas de sang humain à l'abattoir.
-D'accord. Oui...
-Il y a quelque chose qui va pas ?
-Non... Rien de grave. Des petits soucis.
Ca fait quelque temps qu'on se connaît.
C'était pas facile au début,
mais ça va mieux.
On peut se rendre des petits services ?
-Bien sûr.
-Invitez ma femme
à prendre un verre. -Pardon ?!
-Cette histoire de speed dating m'a mis un coup au moral.
Malgré mon panache, ça n'a pas toujours été facile pour moi.
Ca va mieux grâce à Ludivine.
-Ludivine vous aime. Soyez confiant.
-Les femmes vous apprécient, vous. -N'importe quoi !
Vous vous êtes mariés. C'est une belle preuve d'amour, ça.
Je dois faire quoi ?
-Faites-vous passer pour un type du speed dating
et donnez-lui
rendez-vous.
-Et si elle vient ? -Vous lui direz la vérité.
-Vous devriez lui parler.
-Non...
-Tenez.
-Merci.
OK.
-C'est quoi ? -Un mail de la mairie de Mérignac.
Jacques Verdier a épousé Marie Dufour,
le 12 février 1999.
-Et votre campagne militaire ? -Objectif atteint.
Notre homme s'appelle Jacques Verdier.
-C'est presque trop banal, ça.
-Pas tant que ça.
Un instructeur de corps d'élite qui est retrouvé
en morceaux dans un zoo... -On a reçu les nouvelles caisses ?
-Oui, dans le bureau de Ricoeur. Téléphone.
Excuse-moi.
Un numéro masqué.
-Ah oui. -Pardon.
Allô ?
Oui.
Comment vous avez eu mon numéro ? -(C'est qui ?)
-Ah ?
C'est gentil.
Quand ?
Vous me prenez un petit peu de court.
Je sais pas si c'est possible.
J'ai beaucoup de travail.
Merci. Au revoir.
-C'est qui ?
-Un gars du speed dating.
-T'as donné ton numéro ?!
-Mais non. C'est le café qui a dû le donner.
-Je les ai. -OK.
Pff !
-C'est lequel ?
-Je savais pas que les suricates mangeaient de la viande.
Ils cachent bien leur jeu avec leur petite tête d'herbivores.
En tout cas, ils ont pas touché au foie.
-C'est pas normal.
Quelque chose a dû les en dissuader.
Il faut l'envoyer à l'analyse. -OK.
Sonnette.
-Bonjour. -Police.
On pourrait vous parler ?
-Oui. Entrez.
-Vous n'avez pas appelé votre mari
ces deux derniers jours ?
-Jacques était d'astreinte. Je voulais pas le déranger.
-Vous avez des enfants ? -Deux.
Bastien, d'un premier mariage, qui est en foyer d'accueil médicalisé
et Nicolas, avec Jacques. -Où étiez-vous
dans la nuit de samedi ?
-Aux urgences parce que Nicolas s'est cassé le poignet.
-A quelle heure
êtes-vous partie à l'hôpital ? -Vers 20 h.
-Le Journal commençait.
-Et vous savez
ce qu'il a fait samedi ? -Samedi, c'est son jour de repos.
Il a bricolé au jardin et puis,
vers 19 h, il a reçu un coup de fil.
Et il est parti à la caserne.
Je l'ai pas revu depuis.
-Et vous,
vous savez quand il est rentré ? -Non, j'avais une soirée bridge.
-Qui l'a appelé ?
-Un ami à lui.
Maxime, un militaire.
-Il était comment quand il est parti ?
-Je dirais préoccupé,
nerveux.
-Et vous ne savez pas pourquoi ? -Non.
-Il reste un morceau d'encéphale.
-Vous imaginez si on pouvait retrouver ses pensées...
Peut-être dans 100 ans.
-Théo, viens voir.
Il y a pas quelque chose qui t'interpelle, là ?
-Non.
-Si. Regarde.
Le déplacement du condyle gauche.
-Ah oui.
Et c'est dû à quoi ?
-Du bruxisme, je pense.
-Verdier grinçait des dents ?! -C'est un signe d'anxiété.
Un colosse qui frappe dans les murs et qui grince des dents.
-Un colosse aux pieds d'argile...
Il se sentait peut-être menacé. -Possible.
-Livraison de résultats.
Votre analyse de cheveu. Tu vas voir, c'est édifiant.
-"Antidépresseurs, anxiolytiques..."
Des doses de cheval.
Comment il pouvait tenir une arme avec tout ça dans le sang ?
-C'est peut-être pour ça qu'il s'est retrouvé avec les fauves.
-Ca y est,
on a l'identité de notre victime : Lt Jacques Verdier.
-Je le savais. -Comment ça ?
-Une intuition.
-Sur le nom
des victimes ?
-Oui.
Mais je suis très occupée.
-Je vous laisse travailler.
-OK pour un restau.
Dimanche ?
Voilà. A dimanche !
-Un prétendant ? -Eh oui.
Très sympathique.
-Dis...
Ce serait sympa qu'on aille boire un verre ensemble.
-Oui.
-On le fait pas assez entre collègues.
Ca permet de maintenir une cohésion d'équipe,
même si on ne fait pas partie de la même équipe.
Tu travailles à l'IML
et pas moi. -Mais tu es souvent là, quand même.
-Je parle beaucoup avec Alex, avec toi, Ludivine...
Plus rarement avec toi.
-Donc tu voulais m'inviter à boire un verre ?
-Tu voudrais ? -Oui.
-Super ! On pourra parler de notre...
-Cohésion d'équipe.
-Voilà.
-Et... quand ?
-Je sais pas.
-Demain ? -OK.
-A demain.
-(Oh oui !)
-Rétrécissement cortical
dans le précunéus gauche.
Quelque chose a modifié la structure de son cerveau.
Un choc psychologique, peut-être.
Qu'est-ce qu'il a pu vivre
pour que son cerveau soit dans un état pareil ?
Téléphone. C'est pas trop tôt !
On frappe.
Qu'est-ce que tu fais là ? -Tu réponds pas à mes appels.
-Je fais une pause de toi.
-C'est pas ce que tu crois. Il s'est rien passé avec Tiffany.
Et puis, quand Samuel fait ses cocktails,
il les charge trop, ce con.
Et quand je bois trop, je ronfle comme un avion.
Je voulais pas
te réveiller.
-J'ai bien vu comment tu la regardais.
T'as un problème d'hypophyse. T'as trop d'hormones !
-Alex, on n'est pas des enfants.
Je t'ai jamais menti.
T'as un rapport tellement flippant avec l'attachement.
-Arrête avec ta psychanalyse à trois balles !
Eteins la lumière.
-Non, j'éteindrai pas la lumière.
(Alex, c'est ici...
(C'est ici qu'on s'est embrassés pour la première fois.)
Il y avait un cadavre derrière nous.
Eros et Thanatos. On s'en sort toujours.
OK, j'aurais pas dû la regarder. OK, j'aurais pas dû boire.
Je regrette tout. Tu veux que je mette à genoux ?
Tu veux ?
-Non.
Je veux que tu descendes de la table. C'est pas stable.
-Alex, tu seras toujours ma sirène,
mais je ferai pas comme Ulysse. Moi, je me détacherai du bateau
pour plonger dans tes bras.
Soupir.
-Merci.
-(Bonne nuit.)
-Bonne nuit, Monsieur.
Bonne nuit, Jacques.
-T'as encore dormi là ?
C'est Aurélien ? -Aurélien, Samuel...
Tout le monde. Je passe mes soirées avec Monsieur.
J'ai compris ce qui traumatisait Verdier.
Avec le cheveu, on peut voir la fluctuation des neuroleptiques
dans le temps et regarde ces pics,
tous les trois mois. -Et ?
-Il augmentait les doses après chaque mission à l'étranger.
Pour moi,
il souffrait de stress post-traumatique.
-Tu m'impressionnes. Il était tellement trauma
qu'il a confondu anxiolytiques et cyanure. Les résultats du foie.
-Oh !
Du cyanure ? -Hum.
-Eh ben, y a pas besoin d'être un géant pour tuer Verdier.
Une femme peut y arriver. C'est pas interdit à la vente, le cyanure ?
-Tu peux en trouver sur le Darknet. -Il y a peut-être plus simple.
Je pense à toutes les fleurs qui poussent au fond des jardins :
le muguet, la colchique, la ciguë.
Attends.
Salut, Antoine.
-(Tu l'embrasses.) -Une petite question :
que faisait Marie Verdier dans la nuit de samedi ?
A l'hôpital ?! Tu es sûr ? C'est confirmé ?
Non, pour rien.
Non...
Bisous. Merci.
-Il allait bien ?
-Oui.
-Une blonde et un grand brun. Aucun lien avec vous ?
-Pas que je sache, mais nous allons ouvrir une enquête.
-Ca relève de ma juridiction, ça.
Leguirriec...
-Maxime Leguirriec, nous avons quelques informations à vérifier.
Messieurs, vous ne pouvez pas assister à l'interrogatoire.
-Un de mes hommes est mort. -Justement.
-Allez.
-Confirmez-vous avoir appelé Jacques Verdier, samedi, à 19 h ?
Vous vous êtes donné rendez-vous ?
-A la caserne, oui.
-Pourquoi ? -Pour se voir, entre potes.
-Vous vous êtes dit quoi ?
-Rien. La routine.
-D'après Marie Verdier, son mari était nerveux au moment de partir.
Vous vous êtes quittés
vers quelle heure ?
-Je sais pas. Vers...
19 h 30.
-Pourquoi se rencontrer à la caserne ? Vous étiez d'astreinte ?
-Non.
-Qu'est-ce que vous faisiez là ? -Rien.
-Vous pouvez développer, vous savez.
-On apprend à pas raconter sa vie. -Ca a bien pris chez vous.
-Quelqu'un
peut confirmer que vous vous êtes quittés vers 19 h 30 ?
-Non.
-Donnez-nous votre portable
et nous allons borner
celui de Jacques Verdier. Je vous signifie votre garde à vue.
Suivez-nous.
-Qu'est-ce qu'il faisait à la caserne un samedi soir ?
-Probablement quelque chose qui n'aurait pas plu à sa hiérarchie.
Un téléphone vibre.
-C'est mon père ? -Non, c'est l'autre.
-Vous faisiez quoi, hier, à Martignas ?
-Rien. Pourquoi ?
-Alex... -On faisait rien de mal !
-Vous en êtes où avec le corps ? -Verdier souffrait
de stress post-traumatique et il était bourré de neuroleptiques.
-Sa hiérarchie nous a rien dit.
-Tu me pardonnes ?
-C'est la dernière fois. -Mais oui.
-Vous avez pas parlé du cyanure. -Ca, je le garde pour moi.
Ca te dirait de faire un petit peu de jardinage ?
Si.
-Bonjour.
-Mme Verdier ? Pauline Gatineau... -Et Lionel Bénard.
-On travaille pour la mairie. -Au service des eaux.
-Vous êtes éligible pour le prêt d'une citerne
pour arroser votre jardin.
-Je suis désolée, j'allais partir. -Ce sera pas long.
Bosquet, bosquet...
Un autre bosquet.
-Très joli. -Autre bosquet.
-Je peux vous laisser ? -Oui, bien sûr. Merci.
Bosquet, bosquet.
Il y a une serre, là.
Bonjour. -Bonjour.
-Je peux vous aider ? -Non, non !
Raclement de gorge.
-Qu'est-ce que vous faites ? -On estime vos besoins en eau.
-Vous avez d'autres plantes ailleurs ?
-A part la serre, non.
-Maman. -Oui ?
-On y va ?
-Ca vous ennuie si je vous laisse ? -Pas du tout.
(Viens.)
Ne vous dérangez pas. On repassera pour la mise en place.
Merci. -Au revoir. A bientôt.
Alors ? -Du muguet, un peu de ricin...
Il faudrait prouver que Verdier en a mangé.
-Elle était à l'hôpital.
-Elle a peut-être cuisiné le cyanure dans un plat
avant de partir.
-Et le corps ?
-Un complice l'a aidée à s'en débarrasser.
Je sais !
C'est dans le zoo qu'est l'arme du crime !
On récupère les excréments
et on analyse les fibres qu'ils contiennent.
-Verdier les avait déjà digérées. -Je te parle
des fibres insolubles.
Je suis médecin légiste. J'aurais besoin de récupérer vos crottes.
La grosse, là. -Et la petite fraîche, là.
-Et je veux bien les autres qui sont aux alentours.
Merci.
C'est quoi, le truc rose ?
-C'est leur nourriture.
-Est-ce que je peux voir ?
Prenez ça.
Merci.
On dirait un bout d'estomac.
La muqueuse a l'air intacte.
Ca va peut-être nous dire quelque chose.
-C'est quoi, ça ?
-Des déjections
de suricate. Il y en a 3 kg. Je vais avoir besoin de votre aide.
-J'ai la visio avec Kiki.
-Je dois aller ranger mon bureau.
-Il y a Louis qui m'attend. Il est hyper stressé en ce moment.
-Vous voulez pas savoir comment Verdier a été empoisonné ?
Soupir.
Heureusement que t'es là, toi.
Elle frappe. -Oui.
-Je peux te demander un service ? -Hum, hum.
-Le gars du speed dating... -Le numéro masqué ?
-Oui. Il m'a donné rendez-vous ce soir... Je vais pas y aller.
Mais je me demandais
si tu pouvais aller voir.
Juste pour me dire lequel c'était. S'il était mignon...
-Hum, hum... T'as envie de fantasmer ?
-Ah oui.
-Eh oui...
Ben, oui.
Comment je vais le reconnaître ? -Il aura un chapeau et une rose.
-C'est ton idée ?
-Non...
Ca t'embête pas ?
-Non.
-(T'es un amour.)
-(Je sais.)
J'ai pas de vie, surtout.
Je peux pas y aller comme ça.
Voilà.
Bonjour, mamie.
-Oui, c'est moi.
Surprise.
-Voilà.
...
-Voyons voir ce qui se cache là-dedans.
On en a pour la nuit.
De toute façon, t'as pas envie de rentrer, toi non plus.
T'as pas envie.
-Les fadettes
de Maxime Leguirriec. -Merci.
Maxime a bien appelé Jacques, samedi, à 19 h.
Il a appelé un autre numéro, juste avant. Un numéro fixe.
C'est une pharmacie,
tenue par Philippe Leguirriec.
-Son frère, peut-être.
-Putain...
C'est Maxime qui filait les médocs à Verdier.
-Je tiens une officine à Bordeaux et j'approvisionne la caserne.
-Donc vous lui fournissiez des neuroleptiques,
en douce.
-Oui.
-Maxime vous a appelé le soir du meurtre ?
-Jacques était devenu accro.
Il n'a pas voulu en parler aux gradés.
C'est moi qui ai décidé d'arrêter le trafic.
-Ca a dû énerver notre géant.
-Vous approvisionniez la caserne...
S'il en avait parlé à ses chefs, ça vous aurait mis dans l'embarras.
-C'est pas moi qui ai tué Verdier.
Samedi soi, j'étais au restaurant avec mon fils pour fêter son CAP.
Je peux vous le prouver.
-Philippe aurait pu s'associer avec son frère pour tuer Verdier.
Ils l'empoisonnent
et Maxime fait disparaître le corps.
-A mon avis, Philippe n'est pas impliqué.
Louis...
Vous êtes rassuré, avec Ludivine ?
-Oui... Elle est pas allée au rendez-vous.
-Je sais, j'y étais.
-Alors vous jouiez au petit pharmacien avec Verdier.
Inutile de nier, votre frère nous a tout raconté.
-Pourquoi vous avez pris
autant de risques
pour Verdier ?
-J'ai fait une merde, sur une "Opex", au Mali.
-"Une merde" ?
-On était en intervention avec Jacques.
Et j'ai dévissé.
J'ai tué des civils.
Il y a eu une enquête
et Jacques m'a couvert.
-Et après cette opération ?
-Il avait des flashs tout le temps. Il n'arrivait plus à dormir.
La merde, quoi.
Alors que moi...
j'avais rien. Pas de trauma, rien.
Du coup, je me sentais coupable.
Alors...
j'ai commencé à lui fournir des médocs.
-Et ça s'est aggravé ?
-Oui. Après chaque mission.
-Et quand vous avez voulu arrêter les médocs,
il a menacé de balancer ce que vous aviez fait au Mali ?
-Non, Jacques risquait trop gros pour faux témoignage.
Il m'a dit qu'il n'en pouvait plus, qu'il voulait prendre sa retraite
avant d'être poussé vers la sortie.
Non, c'est... C'est Marie qui l'a mal pris.
-Marie ?
-Elle m'a appelé, après notre dispute.
Elle avait l'air affolée à l'idée que Jacques prenne sa retraite.
-Pourquoi ?
-Je sais pas.
C'était un drôle de couple.
-Je peux vous voir ?
(On a reçu le bornage.
(Leguirriec a quitté Verdier à 19 h 45
(et Verdier est rentré chez lui à 20 h.)
-Marie a menti.
Elle l'a revu avant de partir à l'hôpital.
-Alors ?
-C'était Antoine.
-Quoi ?!
Non ?!
-Si.
-Comment il peut faire ça à Louis ?
C'est dégueulasse !
-Tu t'en étais pas aperçue ?
Il ne t'avait pas envoyé des signes ?
-Non.
J'en reviens pas !
-Qu'est-ce qu'il y a ? Quelque chose qui va pas ?
-Non, non.
Oh.
Regardez ce que j'ai.
La belle molaire ! -C'est pour moi, ça !
Il a besoin d'un bon détartrage, M. Verdier.
-Fais attention, il y a peut-être les traces de son dernier repas.
-Une solution saline toute douce.
-On en est où, les filles ?
-RAS.
Ah, si. On connaît l'arme du crime : cyanure.
-Marie Verdier est en garde à vue. On a besoin de matos
pour la prolonger.
Asseyez-vous.
-Pourquoi vous nous avez pas dit que Maxime fournissait votre mari ?
-Pour pas qu'il ait de problème. -A quelle heure êtes-vous partie
pour aller à l'hôpital ?
-20 h 15.
-Vous n'avez pas revu Jacques,
*nous avez-vous dit.
*Son portable ne raconte pas la même histoire.
-Je me suis trompée. Il était peut-être 19 h 45.
-Pourquoi vous ne vouliez pas qu'il prenne sa retraite ?
-J'ai pas tué Jacques, je vous le jure.
J'ai pas tué mon mari. On entre.
-Hé, hé, hé...
Qu'est-ce que tu fais là ? -C'est pas elle.
-Comment ça ?
-Elle a trop peur. C'est une victime.
T'as rien remarqué ?
Son foulard.
Hier aussi, elle était cachée jusqu'au cou.
Elle cache son corps.
Appelle son médecin traitant.
Il y a peut-être quelque chose dans son dossier médical.
Bonjour.
-Bonjour.
-Je sais que votre père battait votre mère. Je suis désolée.
-Vous êtes qui ? -Je suis médecin légiste.
Je me suis occupée du corps de votre père.
-Vous voulez quoi ?
-Je sais que votre mère n'est pas coupable.
Je voudrais comprendre.
-J'ai rien à vous dire.
-Ca fait des années que ça dure.
Pourquoi vous ne nous avez rien dit ?
-Ca fait des années que j'ai honte.
-Nicolas, je sais combien ça a dû être dur pour vous et votre mère.
Parlez-moi. Je suis là pour vous aider.
-Mon père, c'était...
un homme très dur.
Très jaloux. Quand il partait en Opex,
il laissait ma mère seule, et ça le rendait dingue.
-Jacques ne m'a jamais fait confiance.
Avant lui, j'ai été mariée à son meilleur ami, André.
On s'est rencontrés, on était tous les trois étudiants.
Ils étaient tous les deux amoureux de moi. Mais j'ai choisi André.
On s'adorait. Alors on s'est mariés.
A la naissance de Bastien, quand on a découvert son autisme,
notre couple a explosé et j'ai sombré.
-Jacques, mon père, s'est rapproché de ma mère
et elle est tombée enceinte de moi.
-Les coups ont commencé après sa première mission à l'étranger.
Et ça n'a jamais cessé depuis.
Pendant des années, j'ai pensé qu'à une chose : protéger mon fils.
Je voulais donner l'image
d'une famille normale. Il fallait parer les coups, masquer les bleus
et, surtout, ne pas énerver cette bête en lui,
ne pas le contrarier.
-Ces derniers mois, mon père est devenu de plus en plus violent.
Il était insomniaque, chiant, intolérant à tout...
J'ai encore plus flippé pour ma mère.
Alors j'ai tout balancé à André : les coups de papa, la terreur...
-Samedi soir, j'ai entendu Jacques et Maxime se disputer au téléphone.
Alors, quand Jacques est parti, j'ai rappelé Maxime.
Je savais qu'il lui fournissait des neuroleptiques. Maxime m'a appris
que Jacques avait décidé de prendre sa retraite.
Ca a été un électrochoc.
J'ai compris que ma vie allait devenir un enfer.
Alors, quand Jacques est rentré, j'ai pris mon courage à deux mains
et je lui ai annoncé que je repartais vivre avec André.
Mais là, ça a été beaucoup plus violent que je ne pensais.
-Vous sauriez où il habite, André ?
-Pourquoi vous n'avez jamais porté plainte ?
-Peut-être qu'on finit par s'habituer à la douleur
ou qu'on pense la mériter.
Et puis, à chaque fois qu'il me battait, il culpabilisait.
Il disait qu'il pouvait pas vivre sans moi,
qu'il m'aimait.
J'ai cru qu'il m'aimait trop.
Je me suis trompée.
-Merci, Mme Verdier.
-Ni elle ni son fils ne savaient que Verdier rentrerait à 20 h.
Ca colle pas avec la préméditation. Et pourquoi elle aurait menti ?
-Elle cachait ses bleus... Elle a voulu prolonger son secret.
Les gens ne sont pas aussi rationnels que vous, Louis.
On va demander le bornage du téléphone de cet André.
*Bips.
Eh ben !
Philippe Leguirriec fêtait bien le CAP de son fils.
-Il y en a au moins un qui n'a pas menti.
...
-Bonjour.
-Bonjour, André. Ca va bien ?
Je suis Madeleine, une des infirmières de votre fils au foyer.
On me reconnaît jamais.
Tenez, on a fait de la poterie avec nos pensionnaires.
-Vous n'avez pas besoin de moi pour ce genre de tache.
-C'est une occasion pour parler de Bastien.
-Il y a un souci ? -Non ! Il m'a dit
que vous vous remettiez avec sa maman.
-On avait promis de pas en parler. -Ca lui a échappé.
Il l'a pas fait exprès.
Juste un petit souci : il fait des cauchemars en ce moment.
Dans la nuit de samedi,
il vous a beaucoup réclamé. Donc je vous ai appelé,
et vous n'étiez pas là.
-Vous devez confondre. Samedi, j'étais avec lui.
On a regardé les étoiles dans le parc.
-Bon, ben...
J'ai dû me tromper. -Qu'est-ce que vous cherchez ?
-Rien. Je suis là pour parler de Bastien.
-Tenez, votre blouse.
-Mais...
Ne le prenez pas comme ça.
-Au revoir.
*-André aurait pu
*tuer Jacques ?!
-Oui, mais un truc me chiffonne.
Marie allait quitter Jacques.
Ca fait des années qu'André attend de se remettre avec Marie
et quand c'est possible, il tuerait son mari ?! C'est pas logique.
*-Il savait peut-être pas que Marie avait pris sa décision.
-Mouais... Ca, j'y crois pas trop.
-(Antoine.
(Antoine !)
-Tu m'as fait peur.
-Faut qu'on parle.
Bon, alors...
Je vais rien dire à Louis parce que je sais qu'il t'appréc...
L'amitié, c'est une histoire de confiance, et ce que tu as fait...
c'est pas très...
-De quoi tu parles ?
-Tu vois très bien. -Non.
Tu as été au rendez-vous ?!
-Non ! Mais je sais que c'est toi.
-Louis te doit
des explications.
Il faut que j'y aille.
Il démarre.
-Il faut que tu partes.
Ca rime à rien, notre relation.
-T'es dure. C'est pas si mal que ça.
Je dors chez toi, on s'engueule, on se réconcilie...
C'est notre vie. Elle est bien. -Oui, c'est ça...
Tu viens, tu repars et moi, je reste.
T'es accroché à moi comme un cytoplasme à sa cellule.
-J'ai envie de rester accroché. Pourquoi faudrait se décrocher ?
-Ah oui...
Donc à chaque fois que je rencontre quelqu'un,
je lui dis que j'habite avec mon ex ?
-On s'en fout si notre relation
ressemble à rien.
J'ai compris.
Tu m'abandonnes et c'est pour mon bien. Super.
-Je rêve !
C'est tout le temps toi qui t'en vas et c'est moi qui t'abandonne ?!
Pars... Mais pars vraiment.
-OK.
J'ai pas dit que je reviendrai pas.
-Non, reviens pas.
...
-Merci.
-C'est sympa
de se voir en dehors du boulot.
Il aspire bruyamment.
On peut se raconter plein de choses.
Parce que, au boulot, on boulotte.
Alors on n'a pas trop le temps.
Tu aimes le citron vert ?
-Non.
Mais Ludivine l'aime beaucoup. -Ah bon ?
-Tu savais pas ? -Non. Pourquoi ?
Elle en fait des réserves ? -Hein ? Pourquoi elle ferait ça ?
-Tu dis qu'elle en a plein.
-J'ai jamais dit ça !
Ca suffit, on arrête la comédie ! On est amis, non ?
-Oui. -Alors parle-moi de Ludivine.
-De Ludivine ?!
-Moi, je juge pas. C'est votre vie. On est adultes,
donc...
-Ah oui !
Mais non...
Il rit.
C'est pas du tout... Téléphone.
Excuse-moi.
Oui ?
Quoi ?
Oh non, c'est pas vrai.
Oui, bien sûr.
Oui, oui... J'arrive.
C'est Alex.
Elle a viré Samuel.
Il faut que j'y aille. Par contre, il faut qu'on reparle de Ludivine.
C'est pas ce que tu crois.
C'est délicat parce que ça concerne Louis, aussi.
Alors...
Ciao.
...
-Les interactions sont parfois un peu compliquées,
mais il est très gentil. Bastien !
Tu as de la visite.
Parlez-lui pendant qu'il jardine, ce sera plus facile.
-Bonjour, Bastien.
On voulait savoir
si tu as vu André, ton papa, samedi dernier ?
-On a regardé les étoiles.
-Est-ce qu'il allait voir Jacques, après ?
Qu'est-ce qui se passe ? -Il veut que vous le suiviez.
Bastien est passionné par les fauves.
-Jacques, c'est le lion.
-C'était son surnom, à la caserne.
-D'où viennent ces posters ?
-Du zoo de Pessac. On les y emmène tous les mois.
-Bastien aurait joué à lady Macbeth ?!
J'y crois pas.
-Il aurait pu donner l'idée à André d'aller nourrir les fauves.
-Ou c'est une coïncidence. -Il n'y a pas de coïncidence.
"L'usage de ce mot est l'apanage
"des ignorants."
Paul Auster.
On entre.
-J'ai plein de choses pour toi. -Ah !
-Cette muqueuse, c'est la caverne d'Ali Baba.
Verdier a bu un apéritif
à base de vermouth, de gentiane, de cerise et d'orange.
-On sait d'où provient le cyanure ?
-Non.
Mais regarde ça.
-Merci.
Ah oui...
Des fragments de bois de cerf dans la nourriture des suricates.
-Une structure osseuse en nid d'abeille, si tu préfères.
L'abattoir ne fait pas de viande de cerf.
-Donc le soigneur a menti. -Voilà.
-On a le bornage du portable d'André dans la nuit de samedi.
Il a borné dans la zone du pavillon de Verdier.
-Ca, c'est intéressant. Téléphone.
Oui, Alex ? *-Kévin Guémas a menti.
*Le corps viendrait plutôt d'un centre d'équarrissage.
*Voyez de ce côté-là.
-OK, on y va.
-Qu'est-ce qu'il fout là ?
Arrête-toi !
Arrête !
-Ho !
-Pourquoi
nous avoir caché que la viande venait d'ici ?
-Je voulais pas perdre mon job. Je suis en probation.
-Raconte.
-Je vous l'ai dit : dimanche matin, je suis arrivé à la bourre
et mon patron m'a serré.
Quand il est parti, j'ai shooté dans une bouteille de Javel.
Il y en avait sur la bouffe des animaux.
Je suis venu chercher de la barbaque ici.
-Pourquoi ici ? -Ils traitent nos animaux morts.
Je viens de leur déposer un bonobo.
-C'est bon.
Viens avec nous.
-Il est venu dimanche matin. On lui a filé de la viande.
-D'où venait cette viande ?
-Elle datait de la veille. J'en sais pas plus.
-On peut entrer ici, la nuit ? -C'est fermé.
Il faut le code d'accès.
-André Roussel, vous connaissez ?
-Il travaillait ici il y a 5 ans.
Il s'occupait de la sécurité.
C'est quoi, le rapport avec le zoo ?
-La molaire est propre. -Fais voir.
-Qu'est-ce que c'est ?
-C'est un éclat de quelque chose.
Et sa position l'a protégé des sucs gastriques.
Regarde.
Il y a un morceau de cuticule,
là.
Et ça, c'est de l'albumen.
C'est une graine.
On dirait un éclat de pépin de pomme.
Mais...
Les pépins de pomme,
c'est bourré de cyanure, ça.
On a notre arme du crime ! -Oh, la recette de sorcière !
-Tu te souviens des résidus sur la muqueuse de l'estomac ?
Attends.
Tape.
Rhum, vermouth, gentiane, cerise, écorce d'orange.
-Le Manhattan.
C'est un cocktail de vieux.
-Simone !
Simone a tué Jacques. Elle a fait ça pour sa fille.
-Elle était à sa soirée bridge.
-Elle a pu rentrer plus tôt.
-André a déposé la corps de Jacques au centre d'équarrissage.
-C'est Simone !
-On va vérifier.
Toi, tu restes bien à l'IML.
-Où tu veux que j'aille ?
-Alex ? Alex ?
-Allez, en voiture, Simone !
-La sécurité
s'est améliorée depuis votre départ.
Ca aurait pu être
le crime parfait.
-Allez.
Allez.
-Ce soir-là, j'étais avec Bastien,
quand j'ai reçu un SMS de Marie.
Elle voulait me voir.
Mais quand je suis arrivé, Jacques était seul.
Et là, j'ai compris qu'il en était encore venu aux mains avec Marie.
Parce qu'elle voulait le quitter.
A ce moment-là,
j'ai eu envie de le tuer.
J'ai compris que ce type serait toujours un obstacle,
un monstre qu'il fallait anéantir.
Je l'ai cogné...
Cogné, cogné...
Je l'ai tué.
Oui.
Je l'ai tué.
Et puis...
j'ai pensé au centre d'équarrissage,
pour le corps.
-Jo.
Ca colle pas. -Il a même pas parlé du cyanure.
-J'appelle Alex.
*Sirène.
-Excusez-moi.
*Bonjour. Alexandra Ehle... -Messagerie.
Rappelle-moi, rapido, s'il te plaît.
-Vous êtes de la médecine légale ?
Je suis pas encore morte.
Bien que. J'en ai plus pour longtemps.
Si vous cherchez des traces de sang,
la police a tout ratissé, jusque sous mon lit.
-On voudrait savoir pourquoi vous avez attendu tant d'années
pour tuer Jacques Verdier.
-Jacques a toujours été très dur
avec ma fille. J'ai essayé de lui parler,
mais il vivait mon intrusion comme une humiliation de plus.
-Vous saviez
qu'il la battait ? -Non ! J'habitais à 800 km.
A la mort de mon mari,
je suis venue vivre avec eux.
Là, j'ai compris.
Voir sa fille démolie,
c'est insoutenable.
Ce soir-là, j'ai entendu des cris,
comme souvent.
Je l'avais jamais vu
dans cet état-là.
Il allait la tuer.
Nicolas est venu
pour protéger sa mère.
-Arrête !
Oh !
-Marie a emmené Nicolas à l'hôpital.
Quant à Jacques, il avait besoin
d'un remontant.
Alors je lui ai préparé un cocktail.
Et je lui ai donné.
Tiens.
Il a même cru que je lui avais pardonné.
Imbécile !
Et puis j'ai été à ma soirée de bridge.
-Et quand vous êtes rentrée, André était là.
-En fait,
Marie avait décidé de quitter Jacques.
Si je l'avais pas tué, elle serait avec André.
Pourquoi elle m'a rien dit ?
On sonne.
Je reviens.
-(Merde.)
-Un cocktail aux pépins de pomme... Ca fait presque boisson détox.
-Ca, c'est de la détox radicale !
-Oh... Mon amour !
-Alors ?
-André a avoué.
-Il a menti pour protéger sa belle-mère ?
-Il ne voulait pas
qu'elle passe ses derniers moments loin de sa fille.
Il va retrouver Marie
dans quelques mois.
-Et Simone ?
-Le juge devrait accorder une conditionnelle, vu son âge.
-Hé !
-Hé...
-Vous êtes réconciliés ? Ca fait plaisir à voir.
-A ce sujet, Louis a quelque chose à te raconter.
-Quoi ? -Tout à l'heure.
Santé !
Et bravo !
...
-"Pour ma chasteté
"et notre chance.
"Aurélien."
...
Tu auras été mon puzzle le plus complexe, Jacques.
-Alex.
Je voulais quand même t'apporter ça avant de partir.
-Merci.
Alors ?
Saint-Malo, comme d'habitude ?
-Oui.
-Tu pars avec Tiffany ?
-Non, seul, comme au bon vieux temps, juste moi et les étoiles.
-Tu oublies les carottes lyophilisées.
-Faut souffrir pour atteindre le sublime.
-Tu l'as préparée, cette phrase.
-Oui, un peu.
J'ai relu
"L'Albatros" de Baudelaire. C'est moi, ce poème !
"Mes ailes de géant
"m'empêchent de marcher"... -Tes ailes de géant ?
-C'est Baudelaire.
Il se la racontait un peu.
Viens avec moi.
Tu plaques tout : l'IML, Aurélien... Un truc super punk.
On part. On a un train dans...
Merde, 15 minutes.
Tu peux m'emmener ?
Je voulais prendre le bus, mais avec le bouquet...
Et les prix... C'est abusé.
Allez, viens.
Comme quand on avait 20 ans.
-On s'est rencontrés à 30 ans.
-C'est pareil. -Non, mais...
Qu'est-ce que tu veux que j'aille foutre sur ton bateau ?
Ma place est là,
avec mes morts.
C'est mon sublime, ça.
-C'est vraiment la fin ?
-Ben, oui.
Tu vas me manquer, quand même.
-Toi aussi, tu vas me manquer.
Beaucoup.
Il faut vraiment qu'on y aille.
-C'est bon, je t'emmène.
Allez.
...
-Techniquement,
on habite toujours ensemble ?
Je peux te parler ? -Oui.
-Sam est parti ?
-Oui.
-Ca va ?
-Pourquoi tu m'as envoyé des ananas ?
-J'ai un problèmes d'hormones. -C'est quoi, le rapport ?
-En Polynésie, quand une jeune fille veut rester chaste,
elle se frotte le corps avec de la pulpe d'ananas.
-Tu voudrais qu'on prenne un bain d'ananas pour baisser ta libido ?
-Un bain d'ananas avec toi, ça ferait pas baisser ma libido.
Il y a aussi ce prince qui est amoureux fou d'une femme ailée
qui lui échappe sans arrêt.
Pour la retenir, il plante ses ailes au pied d'un volcan.
Elles se transforment en deux grandes feuilles vertes.
C'est le premier ananas. -Oh.
-Tu veux bien planter mes ailes, pour me retenir ?
-Je te connaissais pas si poète.
-(Tu connais pas encore grand-chose de moi.)
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