All language subtitles for [apreder]Alexandra_Ehle_s.2_ep.02.fr

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Original subtitles

L'amour est enfant de bohème

Il n'a jamais, jamais connu de loi

Si tu ne m'aimes pas je t'aime

- C'était quoi ? - Je sais pas.

Gare-toi là.

Pneu avant droit crevé.

Venez m'aider !

Manivelle, cric,

roue de secours. Début de l'opération !

Dis, tu veux pas y aller ?

Parce que moi, ça tombe mal.

De quoi tu parles ?

Va chercher la roue de secours !

Dis donc, je t'ai connue plus efficace.

Tu parles, j'ai pas dormi !

Mon frère et Iggy n'arrêtent pas de s'engueuler

et puis Pierre, j'arrive pas à le voir.

Pierre, donc ça marche bien entre vous ?

Super ! Sauf qu'on se voit jamais.

Fais attention,

si tu veux le garder, il faut lui ménager

quelques plages d'intimité.

Enfin, je ne suis pas un modèle.

Prends ton temps, surtout !

Bon, qu'est-ce qui lui arrive ?

Je sais pas. Attends. C'est mon frère. Tiens, prends ça !

Non !

Tiens.

C'est pas trop tôt !

Bon, qu'est-ce qui t'arrive, toi ? T'es bizarre.

Bizarre ? Non, je suis pas bizarre, non.

Si. Tu veux qu'on déjeune ensemble, ce midi ?

Déjeuner, ce midi ? Ce midi, aujourd'hui ?

- Oui. - Alors non, parce que ce midi

aujourd'hui, je peux pas reporter. Tiens, prends ça !

Mais non ! Ah !

Cours, cours !

Les filles, faut que je vous dépose à l'IML.

Ils ont trouvé un corps au pied de la falaise.

Enfin, il y en a peut-être deux. Il faut se magner !

Vas-y, toi, parce que moi, j'en peux plus.

- C'est là-bas. - Merci.

Le corps a été retrouvé par là.

Ça va ?

Oui, ça va ! Pourquoi ?

Non... mais je vous trouve

un petit air souffreteux, ces derniers temps.

Non, ça va, je t'assure.

Vous dormez assez ?

Oui, merci maman !

Et avec votre ami, là, le grand escogriffe,

c'est du sérieux ?

J'espère.

Depuis que vous le voyez,

vous avez une mine épouvantable.

C'est sympa, merci !

Entre vous et moi, il a l'air louche, ce type.

Et puis, ce métier, franchement, faut être un peu tordu pour faire ça.

T'as raison, Théo. Faut être vraiment tordu

pour s'occuper des morts !

- Salut. - Ça va ?

Encore lui ?

Oui, mais quand tu verras ce qui nous attend,

ce sera le dernier de tes soucis.

Nous nous apprêtons à réaliser l'autopsie

de deux moitiés de corps,

collées l'une à l'autre.

Le premier corps est un buste

de femme blanche.

Jeune. La vingtaine, je dirais.

L'aspect général du derme est étrange.

Son cadavre a été découpé sous l'abdomen.

Autour de la blessure,

les tissus ont chauffé.

Il y a des microbrûlures,

probablement causées par un appareil en rotation.

Le deuxième tronçon est celui

d'un homme noir,

dont le corps a été sectionné

au niveau du pelvis.

Moi, je dirais qu'on a utilisé une meuleuse à lame fine,

2 mm d'épaisseur tout au plus.

Identités inconnues.

Qu'est-ce qu'il se passe, mon garçon ?

Le Dr Ehle vous fait des misères ?

Non, c'est ce corps. Ces corps. J'ai du mal à m'habituer.

Vous avez choisi le bon boulot, vous !

Alors, dis-moi.

Elle s'appelle Lola Berthier.

Elle a 27 ans.

Elle travaillait dans un restaurant tenu par son conjoint.

Il a signalé sa disparition il y a trois semaines.

Par contre pour lui, on n'a toujours rien, aucune identification possible.

Que peux-tu dire ?

D'après le derme, il a une cinquantaine d'années.

Mauvaise circulation sanguine,

il devait avoir un travail sédentaire.

Et ses pieds ont une odeur caractéristique de cuir.

Chaussures de marque. Il vient sans doute

d'un milieu social favorisé.

Et tu as des précisions sur la datation de leur mort ?

Lui, il a été tué récemment, je dirais hier.

Et elle, il y a deux ou trois semaines.

Mais vu l'état de conservation du corps,

le tueur a dû la mettre au frigo.

Et il l'a conservée en attendant de tuer la deuxième victime.

Il y a des dingues, quand même.

Surtout qu'il a dû garder le reste des corps.

Et la cause du décès ?

Aucune lésion apparente.

Pas de coups, pas de blessures.

Pas de marques de strangulation

et pas de signes d'asphyxie. Non.

Pour l'instant, là, c'est mystère complet.

Il les a pas découpés vivants, quand même ?

Non.

Bonjour, je suis Bruno Adrian, le compagnon de Lola Berthier.

Je viens pour l'identification. On m'a dit que...

Non, c'est pas possible. Non, vous pouvez pas !

Je suis désolé, j'ai essayé de l'empêcher...

Je ne comprends pas.

Pourquoi ils sont comme ça ?

On ne sait pas.

Ses jambes, elles sont où ?

Je sais pas.

Où est l'autre moitié ?

On va... Enfin...

L'enquête de police va nous le dire.

Je ne veux pas l'enterrer comme ça.

On va tout faire pour

que vous puissiez la voir comme avant.

M. Adrian, commandant Doisneau.

Si vous voulez bien me suivre au commissariat

pour vous interroger.

OK.

Vous connaissiez Lola depuis quand ?

Un an. Onze mois, pour être exact.

Est-ce qu'il y a dans son entourage un homme noir

qui pourrait correspondre au profil de la deuxième victime ?

Non, elle fréquentait pas grand monde, Lola.

La restauration bouffe tout notre temps.

Je comprends. Mais elle voyait quand même d'autres personnes ?

Je veux dire, en dehors de vous ?

Elle appelait sa mère tous les jours.

Et elle était devenue très copine

avec l'autre serveuse, Louise.

Vous pouvez me parler d'elle, de son caractère ?

À l'extérieur,

c'était une fille drôle,

bavarde, souriante.

Mais par moments, elle pouvait se renfermer,

devenir très mélancolique.

Pourquoi ?

Une rupture douloureuse.

Gabriel, je crois.

- Elle en faisait des cauchemars. - Des cauchemars ?

Et elle était comment, ces derniers temps ?

Peut-être,

un peu stressée, je la trouvais de plus en plus maladroite.

Elle renversait les assiettes, les plateaux.

Et c'était nouveau ?

C'était nouveau, oui.

Je la trouvais moins motivée.

Quand elle cassait un truc, ça m'énervait.

Si j'avais su, putain.

Je lui aurais dit qu'on s'en foutait.

La vaisselle, les clients.

Dis-moi, elle est complètement

à côté de ses pompes Ludivine, non ?

T'as remarqué ?

Tu as vu, ils ont quand même un truc en commun :

c'est comme s'il y avait deux couches.

Oui, je vois.

Il y a des lésions récentes, mais ils en ont d'autres,

bien plus anciennes.

Et lui, il a cette grosseur bizarre, là.

C'est comme si sa peau s'était épaissie.

Comme si, à un moment de leur vie,

leurs organes avaient souffert de façon anormale.

C'est vrai, ils sont tous deux très marqués.

Regarde, elle s'est fêlé une incisive.

Sa bouche est dans un sale état. Complètement déshydratée.

Et les organes, c'est pire.

Elle a des lésions sur le foie, les reins.

On sait de quoi elle est morte :

son tueur l'a laissée crever de soif.

Et lui, ses muscles souffrent d'un manque d'oxygénation. Hypoxie.

À quoi tu penses ? Intoxication au monoxyde de carbone ?

- Pneumopathie ? - Non : exsanguination.

Comme si le tueur l'avait laissé se vider de son sang.

Il a été saigné à mort, et elle est morte de soif.

Donc, on a deux victimes qui ne sont pas mortes au même moment,

et de façons différentes.

Ça n'a pas de sens, surtout pour des morts aussi violentes.

Finir comme ça,

collés, encastrés l'un dans l'autre.

Il devait forcément y avoir un rapport entre eux.

Adrian m'a parlé d'une rupture qui l'aurait traumatisée.

Elle en faisait des cauchemars. Avec un certain Gabriel.

Sa mère nous assure qu'elle n'a jamais fréquenté de Gabriel.

Par contre, j'ai peut-être un truc qui peut t'intéresser.

Juste avant sa disparition,

il paraît qu'elle est devenue soudainement très maladroite,

elle faisait tout tomber, la vaisselle...

Qu'est-ce qui aurait pu la rendre maladroite ?

D'après Adrian, elle avait la tête ailleurs.

Il lui reprochait d'être tout le temps sur son ordi,

pas avec les clients.

Tu l'as, l'ordi ?

Non. Enfin, on l'a épluché, mais je lui ai rendu.

Il en avait besoin, c'était l'ordi du restaurant.

- Rien de suspect ? - Non.

Enfin quelques correspondances,

mais rien qui donne une piste sérieuse.

J'y retourne.

S'ils avaient un truc en commun, leurs corps vont nous le dire.

- À plus tard. - Oui.

Regarde ! J'ai compris pourquoi elle renversait la vaisselle.

Mais oui, c'est évident !

Non, je vois pas du tout.

Ses cheveux ont une concentration en mercure hyper élevée.

Et quand on absorbe trop de mercure,

on a une vision brouillée, une sensation de malaise

et une perte de coordination. À mon avis, elle devait trembler.

Mais elle serait pas morte de ça, si ?

Non. En plus, le mercure peut rester des années dans l'organisme.

Donc elle a pu ingurgiter ça il y a très longtemps

et avoir les symptômes maintenant ?

Exactement ! Mais on va pouvoir le dater.

Les cheveux poussent d'environ un centimètre par mois,

donc c'est très simple.

Et ça va nous dire quoi, ça ?

On va chercher. Parce que c'est quand même pas possible

que ce soit chez elle ou dans le resto de son copain

qu'elle ait été intoxiquée.

Ça pourrait être où, alors ?

En étant à côté d'une usine de traitement des déchets,

d'une mine d'or.

On devrait choper son ordi.

Moi, je mets tout le temps des photos de ce que je fais,

de ce que je vois, de ce que je mange, d'où je vais.

Tu as faim ?

- Non, là, pas vraiment. - Je t'emmène au resto.

Mais enfin, il est 15h30.

Je suis vraiment heureux qu'on puisse se voir.

Vous avez choisi ?

Oui, je vais prendre...

Vous êtes Louise, c'est ça ? Vous connaissez Lola ?

Oui, pourquoi ?

Parce que je suis une de ses amies.

Moi, c'est Florence et mon fils, Mathurin.

On s'est un peu perdues de vue quand je me suis installée à Dreux.

Et ça va ? Elle va bien ?

On sait pas où elle est.

M. Adrian a même signalé sa disparition à la police.

Ah bon ?

Mais, moi elle m'avait parlé qu'elle avait rencontré quelqu'un.

Elle est partie avec lui ?

Elle m'en a pas parlé.

Mais si ! Un grand, noir,

la cinquantaine, assez élégant, ça vous dit rien ?

Non. Il faut que je vous laisse.

Je reviens.

Viens.

Mais attendez ! J'ai faim, moi. On mange pas ?

Je comprends pas

pourquoi vous me faites passer pour votre fils.

C'est pas crédible.

Vous, vous faites très jeune, et moi,

tout le monde me dit que je fais au moins 30, 35 ans.

40, même.

Vous voyez.

Vous feriez mieux de me faire passer pour votre mari.

Ce serait beaucoup plus cohérent.

La prochaine fois, prenez-moi la main.

Vous avez volé l'ordinateur ?

Tu as toujours une façon mélodramatique

de présenter les choses.

C'est agaçant.

Et si Pincé l'apprend ?

Tu vas lui dire ? Non ?

Bon alors, comment veux-tu qu'il l'apprenne ?

D'après ses cheveux, le mercure qu'elle a absorbé,

c'était il y a un an et demi.

Il y a un an et demi, justement,

elle n'a plus rien publié pendant 6 mois.

Alors que c'était du genre à publier à fond.

Elle au réveil, elle au coucher, elle chez le coiffeur,

Devant une assiette de frites.

C'est bon, j'ai compris l'idée.

Par contre, depuis quelques mois, elle a commencé à s'inscrire

à plein de groupes.

Des trucs bizarres.

Thérapie zen, méditation naturiste, câlinothérapie.

C'est peut-être dans un de ces groupes

qu'elle a rencontré l'autre victime.

En tout cas-là, il y a un type qui l'a contactée

via un site de naturopathie.

Il s'appelle Robinson Laurent.

Et elle lui parle d'une grosse dépression, suite à un traumatisme.

Quel traumatisme ?

Ça, elle précise pas, elle parle d'une perte totale d'estime de soi.

Et Robinson ?

Lui, il essaie de l'aider.

Il lui parle aussi d'épisodes dépressifs.

Il raconte qu'il a subi un choc et qu'il a décidé de changer de vie.

De renoncer à l'argent, aux biens matériels.

Ils avaient rendez-vous le 15 janvier.

Le 15 janvier ? D'après Ludivine, c'est le jour de sa mort !

Ah oui ! C'est radical comme renoncement aux biens matériels.

C'est fou, ce que les gens jettent.

Là-bas ! T'as vu ?

T'as vu, là ?

On ferait mieux de rentrer, non ?

Je veux dire,

c'est pas très sain de respirer ça.

Non mais si, moi j'ai vu quelqu'un, là.

Je vois rien.

Il faudrait être un mutant pour vivre au milieu de ces trucs.

Ah oui, je l'ai vu !

Je reste là, d'accord ?

Monsieur ? Monsieur ?

On va mourir, là.

Robinson Laurent ?

Bonjour.

Je m'appelle Dora.

- Je parle pas aux flics. - Je suis pas flic.

Vous êtes quoi, alors ?

Chasseuse de tête.

Dans le milieu de la botanique.

Dites donc, c'est impressionnant !

J'en vis presque entièrement.

Les gens jettent des trucs extraordinaires, de vrais trésors.

Vous êtes là pour parler recyclage ?

Non, plutôt de Lola Berthier.

Qui ça ?

Vous êtes une des dernières personnes

à l'avoir vue en vie.

Elle est morte ?

Elle a été tuée.

Elle a disparu le jour où vous vous étiez donné rendez-vous.

Je l'ai vue qu'une fois. On a parlé récup, recyclage.

Elle voulait changer de vie. Elle m'a demandé des tuyaux.

Changer de vie ? Elle vous a dit pourquoi ?

J'en sais rien moi, elle en avait marre de la société capitaliste.

Ou peut-être elle a rencontré quelqu'un ?

De quoi ?

Je sais pas.

Elle chercher quelqu'un qui pouvait faire des faux papiers.

Des faux papiers ?

Et vous avez pu l'aider ?

Nous, on a pas besoin de papiers. Quoi qu'on fasse, on est invisibles.

Elle devait savoir que le tueur la cherchait

et elle voulait lui échapper.

Ce qui signifierait qu'elle le connaissait.

Qu'en dites-vous ?

J'en dis que ce Robinson m'inspire.

Son système de récupération des eaux est très ingénieux.

Je parle pas de ça.

Tu voulais me voir ? Faut qu'on se dépêche.

J'ai rendez-vous dans une demi-heure au lycée d'Iggy.

Lola recherchait des faux papiers.

Pour quoi faire ?

Je ne sais pas. Recommencer à zéro ou échapper à une menace.

Comment tu sais ça, au fait ?

Tu l'as lu dans ses intestins ?

Apparemment, l'un des derniers à l'avoir vu en vie,

c'est une espèce de marginal qui vit dans une décharge.

Ils correspondaient via un site de naturopathie.

Merci pour l'info.

Tu me donneras les détails, que j'envoie quelqu'un pour l'interroger.

Elle lui voulait quoi, au juste ?

Des conseils pour refaire sa vie.

Ça voudrait dire quoi ? Qu'elle se savait menacée.

Ça serait bien de savoir si lui aussi, mais ça ne sera pas facile.

Son ADN ne matche pas.

On va trouver qui c'est.

Pas d'empreintes dentaires, pas d'empreintes digitales.

Il a des broches ? Des prothèses ?

Non. Rien. Il va falloir oublier les numéros de série.

Il nous reste quoi, alors ?

Elle.

Vous avez un bon dossier.

Je vous remercie.

Prenez quelques jours de repos bien mérités. On boucle.

Comment ça, "on boucle" ?

On a de quoi les suspendre tous les deux. Vous pouvez être fier de vous.

C'est que, pour le Dr Ehle, c'est sûr. Mais...

- Mais quoi ? - Sur Doisneau, j'ai moins de choses.

Vous avez photographié le Dr Ehle chez plusieurs témoins.

Elle ne pouvait pas connaître leur adresse sans fuite de Doisneau.

Ou de quelqu'un d'autre.

- On sait que c'est lui. - Ça ne suffit pas.

Vous avez tous leurs trajets,

ils se voient et juste après, elle interroge un suspect

qu'elle devait ignorer.

Ils pourront dire qu'ils parlaient recettes de cuisine.

Je vous trouve bien sévère.

Et je ne suis pas laxiste.

J'ai mon idée.

Pour ça, il me faut l'autorisation de les mettre sur écoute.

Mettre un policier sur écoute, c'est risqué.

Et là, je ne crois pas qu'on ait besoin d'autres preuves.

On n'est jamais trop prudents.

- Vous êtes sûr de vous ? - À 100 %.

Bon, lui, je vais demander une commission rogatoire.

Elle, c'est exclu.

Elle est médecin, ce n'est pas nous.

Attention, commissaire Pincé. N'en faites pas une affaire personnelle.

C'est bien, de dîner chez toi.

Ça change.

C'est plus intime que le resto.

Antoine a rendez-vous au lycée d'Iggy, là.

Et puis après, il l'emmène à la pizzeria pour fêter son trimestre.

Franchement, je suis contente. La petite, elle a remonté la pente.

Grâce à toi.

Mais non, grâce à mon frère.

J'aurais plutôt une mauvaise influence.

Mais qu'est-ce que tu veux ? Je suis pour la liberté, moi.

La mienne et celle des autres.

Alors, profitons de notre liberté.

La réunion scolaire et la pizza, on a combien de temps ?

Deux bonnes heures.

Deux heures. On peut en faire des choses, en deux heures.

Et en même temps, ça passe très vite.

Alors, à nous !

À la liberté.

J'en ai marre ! J'en ai marre de ton attitude !

Comment te faire confiance ?

- Je m'en fous ! - Ah bon ?

Tu sais quoi, c'est très simple. Tu vas être privée de sortie !

Je me casserai par la fenêtre !

Iggy !

Si tu arrêtais plutôt tes conneries ? Iggy !

La pizza est annulée.

Oui, j'en ai bien peur.

Je vais vous laisser en famille.

Oh, non !

Tu avais raison, deux heures ça peut passer très, très vite.

La prochaine fois, je te jure, on sera seuls.

J'espère.

Je vais me faire un ciné avec une copine.

Bon, courage !

Merci.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Mademoiselle a falsifié son carnet de notes !

Faut pas forcément voir le mauvais côté des choses.

Ça prouve qu'elle est débrouillarde.

J'en ai marre de tes reproches de flic.

Ma mère fait pas d'histoires pour ça !!

C'est sûr, elle est pas là.

Elle t'a laissée !

Elle s'est barrée !

Il manquerait plus que ça !

Tu m'as aussi abandonnée.

Et tu mets ton nez partout.

J'ai l'impression d'être en garde à vue !

Alex, tu pourrais prendre ça au sérieux, merde ?

M'engueule pas ! Je suis pas une gamine !

Vraiment ?

Tu vois. Heureusement qu'il a pas de flashball !

Tu veux rire ?

Écoute sa dernière blague : elle doit faire

un stage en entreprise et elle a rien.

Zéro ! Elle n'a pas envoyé un CV !

Désolée, mais ma mère s'est barrée.

Mon père est plus mon père et mon vrai père est un keuf.

Je suis un peu perturbée.

Mais tu entends ? C'est pas vrai !

Ça va s'arranger. Tu voudrais le faire dans quel domaine, ton stage ?

Je sais pas.

Un truc dans le journalisme ou dans la mode.

Super ! Pas de souci. La mode, tu oublies.

Mais moi, j'ai un très bon copain journaliste sportif.

Le rugby, t'aimes ça, non ?

Tu vois, c'est réglé.

Et c'est pour quand, ce stage ?

Demain. Demain matin.

"Ce" demain ?

Oui, "ce" demain.

Qu'est-ce que tu dirais d'un stage en médecine légale ?

Alex, tu te fous de moi, là ?

Mais quoi ?

On va découper des cadavres ?

- Eh oui. - Cool !

T'as mieux ?

T'as raison, je suis un peu sur les nerfs, en ce moment.

J'ai l'impression que les emmerdes s'enchaînent en cascade.

Il y a ce double meurtre de cinglé,

Véronique, qui me fait la guerre.

Iggy. Bon, Iggy, quoi.

Et Pincé, j'ai l'impression qu'il prépare un mauvais coup.

Pour le reste, je comprends, mais pour Pincé,

tu crois pas que tu dramatises un peu ?

On n'est quand même pas le centre de sa vie ?

Ah bon ? Et il a quoi d'autre dans sa vie, tu crois ?

À part peut-être une vieille mère qu'il a empaillée dans sa cave.

Parfois, j'ai l'impression qu'il lit dans ma tête, ce type.

T'es parano.

Peut-être. Mais avec lui, je m'attends toujours au pire.

En tout cas, je suis désolé.

On t'a dérangée avec Pierre. Je m'excuse.

C'est pas grave.

Ça se passe bien entre vous ?

Super ! Enfin, je croyais.

Tout à l'heure, il me dit : "Oh c'est pas grave,

"j'irai au ciné avec une copine."

Je dois le prendre mal ?

Tu lui fais confiance, non ?

C'est pas parce que vous êtes ensemble

qu'il peut pas sortir avec une copine.

Mais tu sais, on s'est jamais vraiment dit qu'on était ensemble.

Ça se dit pas, ces trucs-là, ça se sent.

Tu vas pas me croire, mais on n'a encore jamais rien fait.

Stop !

Stop ! Trop d'infos.

Quoi, c'est naturel. C'est même très sain.

Alex, s'il te plaît, je t'ai dit que c'est trop.

Trop d'infos ! Merci.

Elle a raison, Iggy. T'es vraiment trop coincé.

Et Véronique, ça va ?

On va parler de ta vie sexuelle, finalement. C'est mieux, t'as raison.

Allez, dépêche-toi.

Ça va, ils sont morts. Ils sont pas pressés.

Eux, non, mais moi, si.

Chanmé, ma première autopsie ! Je peux prendre un selfie ?

- Non. - Non.

Tiens-moi la tête.

C'est dégueu !

Va l'aider, s'il te plaît.

Oh non !

Iggy ?

Et Ludivine, elle n'est pas là ?

Pas arrivée.

C'est peut-être nous qui nous montons la tête.

Tu disais ?

Non, rien. C'est officiel : elle est bizarre.

Moi, j'ai l'impression qu'elle nous cache quelque chose.

Une relation avec un homme marié, par exemple.

Tu crois ? Mais qui ?

Elle parle beaucoup de ton frère, en ce moment.

Ludivine ? Mon frère ?

Mais pourquoi tu inventes des trucs aussi tordus ?

Il est seul, elle aussi.

Il est beau, elle est belle. Ils sont sympathiques.

C'est très raisonnable.

N'importe quoi.

Si tu veux.

Bon, j'y arrive plus. Il y a un truc qui nous échappe.

On a quand même des stigmates communs.

Des vieilles blessures.

Ça ne prouve rien.

Ça ne raconte rien des rapports actuels.

Non.

Il faut penser autrement. Revenir en arrière.

Il y a un truc qui nous a échappé, t'as raison.

C'est ça, ton boulot ?

Oui.

Et ça te plaît ?

J'aime être au contact de professionnelles exceptionnelles.

Des médecins compétentes, belles, intelligentes aussi.

Oui, c'est bon, j'ai capté. Tu kiffes Alex.

Les morts, tu t'en fous ?

Disons qu'elle m'aide à les aimer.

Et ça te file pas la gerbe ?

Si, un peu.

Je me sens pas bien, je crois que je vais manquer d'oxygène.

Iggy !

Il faut que tu me fasses du bouche-à-bouche.

Oui.

Non arrête, c'est chiant !

Ça va mieux?

Bof !

Théo, tu t'occupes d'elle ? Je te fais confiance.

Oui, oui.

- J'ai une idée ! - Quoi ?

Tu as vu sa tête en nous voyant si proches ?

- Non. - Mais si.

- Elle a grimacé. - Ah bon ?

Carrément !

Tu comprends ?

Non.

Il faut la rendre jalouse.

Oui, mais comment ?

En faisant semblant de sortir avec moi.

Merde.

On fouille ?

Moi ? Je vous ai juste emprunté un stylo.

La confiance règne, dites donc.

Venant de vous, je me méfie.

Je le prends comme un compliment.

Théo, t'as un peu de temps ?

Tu vois, elle veut nous séparer.

Tu crois ?

Mais oui, elle est vénère. Ça saute aux yeux.

J'arrive !

Fais-la mariner un peu. Genre, je suis avec ma meuf.

Ah oui, OK. Par contre avec Iggy, on est en plein...

Enfin, on est en train de... On est au milieu d'un truc.

Désolée, mais rejoins-moi quand tu peux.

- On fait quoi ? - On cherche.

OK.

On cherche quoi ?

Leur secret.

En fait, il y a quelque chose d'à la fois beau

et atroce dans leur...

dans leur puzzle.

C'est comme si le tueur avait voulu

recréer l'Hermaphrodite de Platon.

L'être parfait,

à la fois homme et femme.

Eh, ça y est ! Des leishmanioses !

C'est ça, leur lien : des leishmanioses !

C'est quoi ? Une MST ?

Mais non.

C'est une maladie parasitaire

transmise par un moucheron femelle.

C'est ça qui a provoqué un épaississement

de la peau et des tissus.

- C'est contagieux ? - Non.

C'est transmissible ?

Pas d'humain à humain.

Pourquoi ce serait leur lien ?

Parce que c'est rare.

Ça voudrait dire

qu'ils étaient ensemble au même endroit,

au même moment. Mais où ?

Je vais demander à Ludivine. C'est elle, la spécialiste des vers.

Je t'ai fait peur ?

Non ! Moi ? Pas du tout, alors là.

Tu sais, moi aussi je suis tendue. Ces corps-là,

mon frère et Iggy. Et puis il m'a stressée avec Pincé.

Pourquoi tu me parles de Pincé ? À moi ?

Antoine pense qu'il prépare un sale truc.

Et moi, je crois qu'il a raison.

Tu vois, il a l'impression qu'il sait où il va,

comme s'il avait des antennes.

Moi, je ne lui ai rien dit.

Je le connais pas, d'ailleurs.

Comment je le connaîtrais ?

Enfin, je l'ai vu ici, comme tout le monde.

Mais je ne le connais pas. Enfin, je le connais pas plus que ça.

Et à part ça, tu t'y connais en leishmanioses ?

Ah oui !

Allez, finie la rigolade !

On a du boulot pour vous, les jeunes.

Vous allez nous faire une cartographie de la leishmaniose.

Sorry, what ?

Nos deux victimes ont été infectées par le même parasite,

qui a migré dans les organes vitaux.

Ils ont attrapé ça loin d'ici.

Ça pourrait être des espèces localisées

en Amérique centrale ou en Amérique du Sud.

Il faut juste que je me penche sur ce type de vers.

Merde ! J'avais rendez-vous avec mon frère.

Ton frère ? Attends, ton frère, mais il va être seul ?

Non, puisque je suis avec lui.

Ah oui, bien sûr.

Hello ! How do you find me ?

Am I sexy ? Am I sexy enough for you ?

Arrête avec ça ! C'est chiant.

Le lien entre Lola Berthier

et la deuxième victime n'existe peut-être plus,

mais il a existé.

C'est-à-dire ?

Ils ont été infectés par le même parasite.

Un truc hyper rare.

Et tu en déduis quoi ?

Qu'ils étaient peut-être au même endroit, au même moment.

Mais où ? Et quand ?

Je ne sais pas, mais il faut continuer à creuser.

Et il y a cette histoire de mercure.

T'en as retrouvé chez lui finalement, du mercure ?

Non. Mais ça peut mettre des années à apparaître.

Donc, ça ne veut rien dire.

Bon, je vais me pencher sur les déplacements de Lola.

Mais c'est mince !

C'est pas Pincé, là ? Regarde !

Où ça ?

- Mais là ! - Non.

Non. Il m'a pas suivi, je crois pas, je l'aurais vu.

Il faut arrêter d'être parano.

Non, mais j'ai dû rêver.

Ici, on a donc affaire à une leishmaniose viscérale,

une forme sévère de la maladie.

Cette infection pourrait avoir été transmise au Mexique,

en Amazone, au Venezuela, pardon.

Je vous laisse trois secondes.

C'est mon boucher.

C'est pour les côtelettes.

Pour mes vers.

Elle est in love, elle.

Quoi, Ludivine ?

Ce n'est pas du tout son genre.

D'être amoureuse ?

Ludivine, c'est un peu comme une nonne.

Mais qui se serait vouée entièrement aux vers.

Elle a peut-être décidé d'étudier des corps de types vivants, pour changer.

T'as une petite maturité, pour ton âge.

Oui, et t'as encore rien vu.

J'ai pris des cours d'anatomie sur des mecs vivants.

Tu veux réviser ?

Non, je suis pas trop du genre détournement de mineures.

J'ai 17 ans, déjà.

Et si tu veux rendre Alex jalouse, t'as intérêt d'être crédible.

Je te propose une séance de rattrapage ce soir.

- Ce soir ? - Ce soir.

Un peu rapide.

Arrête !

Non, elles ne se doutent de rien, je suis sûre.

Je suis prudente, promis ! Oui, mamie.

Je te laisse, mamie, parce qu'il faut que j'y aille. Bisous.

Bisous, bisous.

C'était ma grand-mère. Je téléphonais à ma grand-mère.

Tous les vendredis, je l'appelle. Ça lui fait de l'animation.

Ta grand-mère ?

Elle est pas morte de la maladie de Lowe il y a trois ans ?

Si...

Mais moi, je parle de l'autre grand-mère.

C'est la mère de mon père.

C'est une femme remarquable.

Pas du tout morte.

Elle pète le feu, la mamie !

Tu te gares pas ?

Non, j'ai rendez-vous chez Pierre. Et cette fois, j'espère bien que...

Stop, stop, stop ! Merci pour les détails.

Et toi, t'as rien à me dire ?

Sur quoi ?

Je sais pas. Un truc que tu aurais oublié de me raconter

ou un secret que tu me dirais pas ?

Je comprends pas tes allusions.

Tu peux me poser la question directement ?

Il y aurait pas une nouvelle femme dans ta vie ?

Si. Iggy.

Et crois-moi, c'est suffisant pour un seul homme.

Oh ! Vous faites quoi, là ?

Oh, ça va !

On se roule des pelles, c'est tout. Limite, on est habillés.

En fait, on croyait tomber sur le Dr Ehle. C'est pour ça.

On fait ce qu'on veut !

Mais qu'est-ce que vous avez tous à vouloir exhiber votre vie amoureuse ?

Non, mais justement.

On voulait que le Dr Ehle nous voie.

Je comprends rien à vos histoires.

Oui, tu ne comprends rien à l'amour !

Peut-être, mais ce soir,

vous allez vous aimer chacun de votre côté. Théo,

si tu veux bien partir.

Pardon.

Et toi, file dans ta chambre.

Et pour ton stage demain, il faut que tu saches que tu changes de lieu.

Il se fera au commissariat !

Flic, moi ? Jamais !

Tu me fatigues, Iggy. Dans ta chambre !

T'as passé une bonne journée ?

Non.

Mais ce soir, je vois quelqu'un que j'aime bien.

Qu'est-ce que tu comptes faire avec ce quelqu'un ?

Ce qui me ferait vraiment plaisir...

Attends.

Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?

Oh, c'est des choses toutes simples.

Comme un verre de vin, par exemple ?

Exactement.

Et si ce quelqu'un que t'aimais bien, là,

il te proposait un baiser.

Franchement, ça ne me serait jamais venu à l'idée.

Mais si cette personne me le demandait,

à coup sûr, je dirais oui.

Désolée, mais Diane, à cette heure-ci,

c'est quand même bizarre. Allô ?

Alex, viens. J'ai trouvé quelque chose.

OK. J'arrive.

Désolée, Pierre...

Ouais, j'ai entendu.

Ça ne tombe pas bien, mais là, visiblement...

Il n'y a pas de souci.

Tu m'en veux pas ?

Non, t'inquiète.

Je ferai autre chose.

À plus tard.

Un truc m'a tracassée toute la journée : la dent fêlée.

Et ces lésions, dans sa bouche.

Je me suis demandé d'où ça venait.

Sa glotte aussi a de nombreuses lésions

parce que quelqu'un l'a forcée à ingérer ça.

Un doigt ?

Annulaire gauche d'un homme de type caucasien.

Donc, c'est pas celui de la deuxième victime.

En fait, on n'a pas deux morts encastrés : il y en a trois !

Oui ?

Dis-moi.

Ah ouais !

OK, j'arrive. J'ai des trucs à te dire.

Ma sœur a découvert un troisième cadavre.

Vous venez avec moi à l'IML ?

Non, je vous laisse en famille.

Et toi ?

Je ne collabore pas avec les forces de police.

OK, j'insiste pas.

Non.

Bon, alors.

Je me suis renseigné. Encore une fois, tu avais raison.

Lola a fait un voyage en Guyane

il y a un an et demi.

Ça colle.

La leishmaniose, c'est assez fréquent dans la forêt amazonienne.

Et, à cause de l'orpaillage,

où ils déversent des quantités astronomiques de mercure

dans le fleuve, l'Oyapock,

ça expliquerait la concentration en mercure

dans les cheveux et le cerveau de Lola Berthier.

Sauf que j'ai rappelé Bruno Adrian,

et elle ne lui a jamais parlé de ce voyage.

Oui, mais... Elle lui mentait pas tout le temps, non ?

Oui, peut-être.

Et donc, son traumatisme, ce serait pas sa rupture ?

Non, moi je pense que c'est autre chose.

Bon, en tout cas,

ils étaient six apparemment lors de ce voyage en Guyane.

Parmi eux, il y avait un homme noir de 46 ans.

Il était juge aux affaires familiales.

Il s'appelle Francis Kanté.

Sa femme va venir ici pour identification.

Et toi ?

Ben, ça ! Un doigt d'homme.

- Blanc. - Blanc ?

La quarantaine, je dirais, mais vu l'extrême putréfaction,

c'est dur à définir.

Si c'est tout ce qu'on a, s'il est pas fiché,

ça va être dur de l'identifier.

Non, mais regarde :

la première phalange est gangrénée.

Tout ça à cause de cette coupure-là,

qui a propagé l'infection.

Oui. Et sans désinfectant au fin fond de l'Amazonie,

c'est plus compliqué.

Surtout qu'en plus, il était hémophile.

Quelqu'un veut vous voir, à l'entrée.

Mme Kanté.

Je viens reconnaître le corps.

Je sais à quoi m'attendre. On m'a prévenue.

J'ai besoin de le voir.

Pourquoi on les a retrouvés ensemble ?

On ne sait pas. On pense qu'ils ont dû voyager ensemble.

La Guyane, hein ?

Oui.

Votre mari était absent depuis ?

Depuis 2 jours.

Vous n'avez pas signalé sa disparition.

Pardon de vous demander ça,

vous traversiez une crise de couple ?

Oui, depuis son retour de la Guyane.

Vous pouvez me raconter ?

C'était une randonnée un peu spéciale,

pour des citadins en mal de sensations fortes.

Il est parti longtemps ?

Il devait partir 3 semaines, il est resté 2 mois.

Il a été hospitalisé un mois à Kourou pour déshydratation.

Vous êtes allée le voir, j'imagine.

Il me l'a interdit.

Il ne voulait pas que je le voie dans cet état.

Je sentais qu'il y avait autre chose.

Dès que je lui ai demandé,

il s'est refermé comme une huître.

C'est à partir de là, qu'on a commencé à s'éloigner.

Il ne parlait plus.

Vous avez dû imaginer beaucoup de choses.

Au début, je pensais qu'il avait une aventure.

Mais j'ai compris que c'était quelque chose de plus grave.

Je vais déjeuner.

Je ne vous propose pas de venir.

Non.

Parfait.

Je vous prierais, en revanche,

de ne rien toucher, de ne rien bouger,

de ne pas vous approcher de mes effets personnels.

Bon, écoute, tout tourne autour de ce voyage en Guyane.

Je viens d'avoir l'agence de voyages,

j'ai la liste de tous les participants à ce trek.

Je vais appeler l'hôpital de Kourou.

Attends.

Oui.

Oui, dis-moi.

OK, on est sûrs ?

OK.

Pour l'ADN du doigt, on a quelque chose. Il est fiché au FNAEG.

Le type s'appelle Gabriel Tourneur.

45 ans. Ingénieur forestier.

Mais dis donc, "Gabriel",

c'est pas le prénom qu'elle hurlait dans ses cauchemars, Lola Berthier ?

Mais oui !

Mon fils est mort il y a un an et demi,

en Guyane, en tombant dans le fleuve Oyapock.

Des illuminés ! Ils voulaient vivre

comme des sauvages.

De sombres idiots, oui. Pas étonnant que ça ait mal fini.

Que s'est-il passé ?

Ils sont tous rentrés malades à crever, la dysenterie.

Ils ont expliqué qu'ils s'étaient perdus.

Ils avaient plus rien à manger.

Gabriel a voulu pêcher et...

il a été emporté par le courant.

Vous avez rencontré les autres participants de ce trek ?

Je me souviens surtout de ce juge, Kanté.

Il avait l'air complètement hébété.

Ils m'ont tous paru un peu comme Gabriel :

de stupides idéalistes

incapables de mesurer les risques qu'ils prenaient.

On dirait que vos rapports avec votre fils étaient un peu tendus.

Je me trompe ?

On s'était fâchés.

Mais il faut voir comment il était, aussi.

Il n'a jamais été comme les autres.

Tout petit déjà, il restait dans son coin,

à mijoter Dieu sait quoi.

Il se laissait battre et allait cafter,

au lieu de régler ça tout seul, à la régulière.

J'ai essayé de l'endurcir,

mais ça n'a pas marché.

Les gamins qui grandissent sans mère,

ça donne toujours de la mauvaise graine, dit-on.

Alors, ma nièce ?

Je l'adore.

C'est vrai, entre nous, c'est top.

C'est émouvant.

C'est fusionnel.

Je suis très contente pour vous !

Vraiment, je pense qu'Iggy mérite un peu d'être heureuse.

Non, mais je suis sérieux : je l'adore vraiment.

Mais c'est génial !

Ça ne vous fait rien ?

Si ! Puisque je te dis que ça me fait très plaisir.

J'en sais un peu plus.

Ils sont bien partis à six, en comptant le guide local.

Mais ils sont revenus à cinq.

Gabriel Tourneur est mort noyé pendant le voyage.

L'affaire a été classée sans suite.

Mais pourquoi

le tueur a conservé son doigt

pour le lier aux deux autres corps ?

Qu'est-ce qu'il a fait du reste du corps?

- Et pourquoi juste un doigt ? - Je ne sais pas.

Par contre, j'ai le nom des deux autres randonneurs.

Ils sont vivants. On va les interroger.

Peut-être que parmi eux, on trouvera

notre tueur ou sa prochaine victime.

Oui, je t'écoute ?

Tu me dis quoi, si je te donne un tuyau ?

Quoi ? Quel genre de tuyau ?

Un truc sur Pincé.

Tes indics, tu leur files combien ?

T'es pas une indic, tu es une stagiaire !

Alors tes infos, tu les donnes gratuitement.

D'abord, ma récompense. Dix cours de tir.

- Un. - Neuf.

Bon, on se met d'accord tout de suite, cinq.

Huit.

OK, c'est bon.

Pincé t'a mis sur écoute. Il a mis un micro sur toi, quelque part.

Quoi ? T'es sûre ?

Certaine.

Il enregistre toutes tes conversations téléphoniques.

C'est pas tout.

Il vous trace avec une balise GPS.

Il y a un petit point bleu pour toi, un rouge pour Alex.

- Mais non, c'est pas possible ! - Ah oui ?

Et si je dis que vous êtes sur une départementale

vers les bois des Auges, tu me dis quoi ?

- Merde ! - Merde !

Voilà !

Balance-le, balance-le !

- Le salaud ! - Le salaud !

Salaud !

Putain.

Regarde-moi ça.

Comme ça, il ne peut ni nous suivre ni nous entendre.

Mais s'il nous trace depuis un moment,

il a de quoi nous faire tomber.

Il l'aurait déjà fait.

Il doit lui manquer quelque chose.

Peut-être, mais on va se débrouiller pour qu'il l'ait pas.

Putain ! J'en reviens pas.

Sophie Legrand ?

Oui ?

Cette expédition,

c'est l'expérience la plus terrible de ma vie.

On sait, Gabriel Tourneur s'est noyé.

Racontez-nous.

C'est tout ce que je sais.

Il y a déjà eu trois morts.

Lola Berthier, François Kanté,

Gabriel Tourneur.

Ils sont morts de quoi ?

Ils ont été assassinés.

Il faut que ça s'arrête. Aidez-nous, s'il vous plaît.

Tout ça, c'est à cause de Vincent.

Velasquez.

Une brute.

Il voulait vivre sa "putain d'expérience".

Il a refusé de suivre l'itinéraire du guide

et a insisté pour qu'on prenne d'autres chemins.

Des trucs inexplorés. C'est à cause de lui, tout ce qui s'est passé.

- Vous vous êtes perdus ? - Oui.

On n'avait pas assez d'eau ni de nourriture

pour les jours en plus que nous ont coûtés les conneries de Vincent.

Et vous avez commencé à boire de l'eau de l'Oyapock.

On a été malades comme des chiens.

Et Gabriel s'est fait une blessure, que personne n'a pu désinfecter.

Comment vous savez ça ?

Au début, c'était pas grand-chose.

C'était juste une petite coupure.

Mais avec l'humidité, la plaie s'est infectée.

Elle est devenue bleue, puis carrément noire.

Et puis, il a commencé à avoir de la fièvre. Il a fallu le porter.

Il voulait rentrer, il voulait se faire soigner.

Mais on était perdus.

Racontez-nous ce qui s'est vraiment passé, Sophie.

Vincent.

Il a proposé un vote.

Si on l'abandonne, on le condamne à mort.

Mais il est déjà condamné à mort.

Mais si on le porte, on se condamne aussi.

Mais vous vous voyez vivre avec sa mort sur la conscience ?

On aura toujours le doute.

On se dira toujours qu'on aurait pu le sauver.

Qu'il aurait pu s'en sortir.

C'est vrai. Je crois que je pourrai pas.

Sauf que c'est toi ou lui.

OK très bien. Là, il a faim.

Il y a plus que toi qui a de la bouffe. Vas-y !

Va lui en donner ! Vas-y !

Je sais pas. Honnêtement, j'en peux plus.

C'est dur, mais on n'a pas le choix.

Qui vote pour qu'on le laisse ici ?

Lola, non.

Il était blessé.

Il était presque inconscient.

Et on l'a abandonné.

Moi, je lui ai laissé la nourriture qui me restait.

Vincent y est retourné.

On a entendu un cri.

Et...

un bruit de chute dans l'eau.

Bon, soit c'est elle,

mais vu ce qu'elle nous a raconté, j'en doute.

Soit notre tueur, c'est Vincent Velasquez.

Dis donc, t'as du flair pour une fille qui déteste les flics.

Je sais, ça s'appelle "le style".

Comment t'as fait ?

Comment t'as deviné pour le micro et la balise GPS ?

Pincé avait l'air trop content.

À un moment, il s'est barré et j'ai fouillé son ordi.

Il commence bien, ce stage, finalement.

- Tu me feras un super rapport ? - Bien sûr ! Même plus que ça.

Tu sais qu'on recrute, en ce moment ?

Dans tes rêves.

J'y crois pas, t'es là !

Je t'ai attendue une heure.

Merde, le resto. J'ai pas vu passer l'heure.

En fait, t'as pas de place pour moi dans ta vie.

Mais si, j'en ai.

J'ai peut-être perdu l'habitude.

Ou l'envie.

Mais si, j'ai envie.

Ta famille prend toute la place.

Quand c'est pas ta famille, c'est ton boulot.

Et quand on passe du temps ensemble,

ton téléphone sonne et tu files.

Et toi,

est-ce que tu es sûr d'avoir de la place pour moi dans ta vie ?

De quoi tu parles ?

Des textos que tu envoies, des cinés avec tes copines.

T'en as combien ?

Et d'ailleurs, est-ce que je suis ta copine ?

Tu m'as jamais dit qu'on était ensemble.

Et on n'a jamais fait l'amour.

Alors là, chapeau !

Tu me poses un lapin et au lieu de t'excuser,

tu fais une crise de jalousie ?

Bravo !

Bravo, tu viens d'élever la mauvaise foi au rang d'art majeur.

Bravo ! Et merci !

Mais quelle conne. Putain, quelle conne !

Pierre ?

Pierre, attends !

Pierre ?

Je l'avais pas mis là.

Tu deviens complètement parano, ma pauvre fille.

Oh là, c'est quoi, cette tête ?

- J'ai merdé avec Pierre. - À quel point ?

On avait rendez-vous au resto, et j'ai oublié.

Merde.

Et quand il est venu, tu vois,

je lui ai fait une crise de jalousie.

Qu'est-ce qui t'a pris ?

J'ai vrillé ! Je me sentais tellement mal

que je sais pas, je me suis enfoncée.

Tu t'es embourbée, même.

Tu me rassures pas, là.

Écoute, des fleurs. Des excuses et des fleurs, je vois que ça.

Houhou, les enfants !

Cette femme vénérable est ta grand-mère.

Ne l'oublie pas quand tu voudras l'étrangler.

- Bonjour ! - Maman !

- Bonjour, mon grand ! - Ça va ?

Ça va.

Et...

vous êtes ?

C'est une stagiaire qui travaille avec moi.

Ah, j'ai cru que c'était encore une de tes amies des pompes funèbres.

C'est une ado, c'est la même chose.

Bon, on rentre ?

On fera les présentations plus tard, si tu veux bien.

Ton fils va bien ?

Oui, très bien.

Et Véronique n'est toujours pas remise de sa grippe ?

Non, toujours pas. C'est carabiné, cette année.

Enfin, quand même. Trois semaines !

Pourtant, c'est pas une petite nature.

Elle est même plutôt du genre combatif.

C'est vrai. Très combatif.

Et toi, des nouvelles de ton mari ?

On n'est plus ensemble, maman !

Enfin, tu connais le dicton :

"Souvent, homme varie, bien fol est qui s'y fie."

Samuel m'a quittée du jour au lendemain.

Je te jure, si je le croise, je le tue !

Tout de suite les grands mots.

Alors comme ça, vous voulez être policière, mademoiselle ?

Grave, oui. Keuf, c'est vraiment une vocation.

Depuis que je suis petite.

Elle exagère un peu. N'en fais pas trop.

Mais laisse-la parler.

C'est passionnant.

Policier, c'est le plus beau métier du monde.

C'était le métier de feu mon mari.

Ah, je vois, oui.

Keuf de père en fils, c'est original.

Oui. Alors vous, Inès, vos parents font quoi ?

Non, Iggy.

Oui, Ingrid.

Non, Iggy. Comme Iggy Pop, le chanteur.

J'ai entendu, mademoiselle, je ne suis pas sourde ni sénile.

Bon alors, vos parents ?

Ma mère, c'est une grosse baba cool.

Elle fait du yoga, elle fume la pelouse

et elle vit sur les pensions alimentaires de ses ex.

Et votre papa ?

Mon père ?

Ah, c'est une longue histoire.

C'est un homme très rigide, maladivement, quoi.

Il m'interdit tout. Il m'interdit de sortir, d'aimer.

C'est incroyable, ce que vous me racontez.

Oui, c'est terrible.

J'ai un petit peu chaud. Je prends l'air, je reviens.

Alors, c'est un homme très dur.

Très dur, très dur, oui.

Brutal, "coincé". Étriqué.

Étroit d'esprit. Tellement borné qu'une fois, il a décompensé.

Il a totalement pété les plombs.

Je vais voir si Alex a besoin de quelque chose.

Aujourd'hui, c'est un légume.

Il est dans sa petite chaise, shooté au Xanax.

Mais vous allez le voir de temps en temps ?

Oui, on y va de temps en temps, oui.

Il va falloir que tu lui dises.

Qu'Iggy est ma fille et que Véronique m'a quitté ? Tu veux sa mort ?

Ou la mienne ?

Je serai pas seule à m'être fait larguer.

Oui, peut-être. Enfin toi, au moins, elle s'est habituée.

Ou presque.

Vous fumez ?

Non, mais je rêve ou quoi !

Elle est trop cool, la mamie : elle a pas arrêté de dire du mal de vous.

Trop méchante, j'adore !

Tu vois, c'était une réussite, ces présentations entre maman et Iggy.

Elles se sont adorées.

Si elle sait que c'est sa petite-fille,

elle va s'étrangler avec son aiguille à tricoter.

Peut-être pas.

Tu te souviens, elle s'était entichée de mon mari

et pourtant, question look et manières...

Excuse-moi. Oui ?

OK, très bien. J'arrive.

Ils ont arrêté Vincent Velasquez, j'y vais.

OK. Moi, je vais à l'IML.

- OK, bye ! - Merci.

- Pas grand-chose à dire. - Ah !

Gabriel ralentissait tout le monde.

Il était toujours malade, toujours à geindre.

On change, quand on veut sauver sa peau.

J'ai voulu sauver la mienne et celle des autres.

Et vous avez voté pour l'abandonner.

Il ne s'en serait pas sorti, de toute façon.

Vous êtes retourné le voir. Pourquoi ?

J'ai eu des remords.

C'est ridicule, mais je voulais lui laisser un couteau,

pour qu'il puisse se défendre.

Sophie Legrand l'a entendu crier. Et tomber.

Ouais.

Il avait faim.

Il devait avoir des hallucinations. Quand j'y suis retourné,

il a vu quelque chose bouger et s'est jeté à l'eau.

Vous savez que vous êtes l'un des seuls survivants de ce trek.

C'est-à-dire ? Je ne comprends pas.

Ils ont tous été assassinés.

Tous. Sauf Sophie Legrand et vous.

À votre avis, pourquoi ?

Vous m'accusez ?

Non, je n'accuse personne.

Disons que c'est une possibilité.

Pourquoi j'aurais fait ça ?

Je sais pas.

Peut-être qu'il s'est passé quelque chose de très grave, là-bas.

Peut-être qu'un des membres du trek vous a fait chanter.

Peut-être, par exemple,

que vous avez tué Gabriel Tourneur.

Non.

Je l'ai pas tué.

J'ai pas voulu le tuer.

Vous n'avez pas voulu, c'est-à-dire ?

Je vous l'ai dit, je voulais lui donner un couteau.

Mais quand je suis arrivé là-bas,

quand je suis retourné le voir,

il a repris connaissance. Et je sais pas, il était comme fou.

Il a essayé de me faire tomber.

Moi, je me suis débattu.

Il a perdu l'équilibre.

Il est tombé dans le fleuve.

C'était de la légitime défense.

Je vous jure.

Velasquez a avoué avoir jeté Gabriel Tourneur à l'eau,

mais il plaide la légitime défense.

Ce doigt-là, il a pas fait de séjour prolongé dans l'eau.

Sinon la peau serait desquamée et l'ongle aurait fini par tomber.

Non.

Gabriel se l'est tranché

pour que la gangrène ne se propage pas.

Où tu veux en venir ?

Velasquez a cru tuer Gabriel

en le jetant à l'eau, mais il n'est pas mort.

C'est la seule solution.

Je peux ?

La vache !

Bonjour Émilien, bonjour Émilie.

Tu es déjà là, toi ?

- Vous avez passé la nuit là ? - Oui.

Mon frère a deux suspects en garde à vue,

mais je pense qu'ils sont innocents.

Alors, c'est qui, le coupable ?

Lui.

Un doigt ?

Je comprends pas, vous dites que le doigt, c'est le coupable,

mais le doigt, ça peut pas...

Écoute, fais-moi confiance.

Ah, Alex.

Justement, j'allais à mon cours de couture,

parce que je me suis mise à la couture.

Ah oui ?

Oui, voilà.

Tu peux m'attendre 5 secondes dans la voiture ? J'arrive.

OK.

Un : la Ludivine que je connais, elle fait pas de couture.

Deux : c'est plutôt du tricot ça, non ?

Qu'est-ce que tu caches ?

Je vois quelqu'un. Je vois un homme.

J'osais pas vous le dire.

T'es bête. Pourquoi tu nous en as pas parlé ?

Parce que c'est quelqu'un qui te touche de près.

Ah oui...

Donc, Diane avait raison.

Tu m'en veux ?

Je suis un peu surprise.

Je peux pas t'en vouloir.

Il est beau, il est fort,

il est intelligent, il est généreux.

Dis donc ! Je suis heureuse que tu le prennes comme ça.

Je croyais que tu l'aimais pas.

On s'engueule de temps en temps, c'est normal. Mais on s'adore.

À ce point ?

C'est le meilleur flic de France !

Oui.

Son seul défaut, c'est qu'il me coûte cher en mohair.

C'est son petit côté fétichiste.

Ah ouais ? J'étais pas au courant.

Comment tu pourrais savoir ?

Je le connais depuis longtemps, quand même.

Depuis quelques mois, non ?

Mais attends, tu parles de qui, là ?

On y va que nous deux ?

Non. Antoine !

Rejoins-moi à la décharge, fais vite !

Et viens armé, je t'expliquerai.

Armé ?

Allez, on y va !

À bon entendeur.

Comment vous savez que c'est lui ?

Parce qu'il a la peau prématurément vieillie, comme Lola et Kanté.

Parce que quand on l'a vu, il portait des gants

et qu'on n'a pas pu voir ses doigts.

Et parce que c'est le dernier à avoir vu Lola Berthier en vie.

Ça te va ?

Et comme il s'est fait abandonner par ses copains de randonnée,

ça lui fait un super mobile pour se venger.

J'ai trouvé une tronçonneuse.

Mais non, ça, c'est une meuleuse à lame fine ça.

C'est quoi, ça ?

Du sang.

C'est vous, Gabriel ?

Arrête-toi ! Mains en l'air !

Ça va ? Ça va ? Théo ?

Pour une fois, je suis contente de vous voir.

C'est réciproque, mais pas pour les mêmes raisons :

mains en l'air vous aussi.

Appelez une ambulance pour le petit.

Alexandra Ehle, vous êtes en garde à vue pour un nombre de motifs

que j'ai pas le temps d'énumérer.

Non, mais arrêtez ! Non.

Eh si !

Et voilà : finies les magouilles, les fausses cartes de flics,

les usurpations d'identité.

Ma supérieure nous attend. Et j'ai tout pour vous faire tomber.

Entrez.

On va jouer cartes sur table, maintenant.

Commissaire Pincé, à vous.

J'ai ici une série de photos où le Dr Ehle interroge des témoins,

vole des scellés,

entre chez des suspects par effraction,

en ressort par les fenêtres,

fait passer une vivante pour morte. J'en passe et des meilleures.

C'est vrai ! Mais ce n'est que moi, mon frère n'y est pour rien.

Justement, j'ai la preuve que si.

Ce sont des photos avec votre frère,

quand vous êtes allés interroger un témoin ensemble.

Sophie Legrand, c'est ça ?

Rendez-vous au procès.

Excusez-moi, mais j'ai du mal à imaginer

l'IGPN espionner un médecin.

C'est un peu loin de votre rôle ça, non ?

Qui serait plutôt de veiller aux bonnes conduites

de la police dont vous faites partie.

Vous voulez me montrer la commission rogatoire

qui vous permet de mettre ma sœur sur écoute ?

Vous ne l'avez pas.

Je n'ai demandé d'autorisation que pour lui.

Je n'ai jamais placé le Dr Ehle sur écoute.

Il ment !

J'ai la preuve !

Ce sont des enregistrements privés.

Mais...

Vous les avez eus comment ?

Je ne dévoile jamais mes sources.

Écoutons ça.

Faut que tu trouves un truc pour emmener Iggy

et Monsieur loin de la maison ce soir.

Parce qu'avec Pierre, on aimerait bien...

Ce serait dommage d'apprendre que l'IGPN met des civils

sur écoute en dehors de tout cadre légal.

Vous êtes entré dans mon bureau par effraction.

Vous n'avez aucune preuve.

Moi, par contre, j'ai ce dossier.

Vous aurez du mal à expliquer

pourquoi vous avez volé l'ordinateur de Lola Berthier.

Et vous, vous avez partagé des informations essentielles

au secret de l'instruction avec votre sœur.

Je vais t'attaquer pour la mise sur écoute.

Mais quelle mise sur écoute ? Quels enregistrements ?

Ça ?

Elle est cassée. Eh bien, oui ! Tant pis.

Commissaire, permettez-moi de prendre congé.

Docteur, commandant,

on se reverra devant le juge.

Pour Lola Berthier,

vous avez inventé cette histoire de faux papiers

pour nous mettre sur une fausse piste.

Vous êtes le seul à avoir changé d'identité.

Vous avez disparu d'un registre.

C'était simple, vous étiez mort aux yeux de tout le monde.

Vous étiez le plus faible et vous êtes devenu le bouc émissaire.

Tous, ils ont voté pour vous laisser mourir.

Sauf Sophie Legrand.

Alors, vous l'avez épargnée ?

Alex.

Arrêtez, là !

Vous avez saigné Francis Kanté à mort

et Lola Berthier est morte de soif devant vous.

Et après, vous lui avez enfoncé votre doigt gangréné

au fond de la gorge.

Oui. Œil pour œil, dent pour dent.

C'est à moi, ça.

Je suis désolée. J'avais tellement soif.

S'il te plaît. Aide-moi, je t'en prie.

Je vais me vider.

Je peux pas, il faut avancer.

S'il te plaît.

Je suis hémophile, je vais me vider.

Si on l'abandonne, on le condamne à mort.

Il est déjà condamné à mort. Qui vote pour qu'on le laisse ici ?

Puis Vincent Velasquez est revenu.

Il m'a poussé et j'ai dévalé la falaise jusque dans l'Oyapock.

Les habitants du fleuve m'ont sauvé.

Et eux, ils m'ont même pas cherché, des lâches qui méritaient de crever.

Et Velasquez ?

Je voulais qu'il apprenne la mort des autres.

Qu'il crève de trouille.

Ils étaient tous traumatisés par ça.

Lola Berthier faisait des cauchemars toutes les nuits.

Elle était en thérapie pour oublier.

Je sais.

Elle a eu le temps de m'en parler en mourant de soif.

Et Kanté, quand il m'a reconnu,

il a juste dit :

"Enfin !"

Où se trouve le reste des corps ?

Mon amour.

Diane me dit que tu avais menotté Alex.

Je ne comprends pas.

Ces trois derniers mois, elle s'est rendue coupable de...

Ça ne m'intéresse pas, tout ça.

Elle doit cesser d'exercer.

On s'est vus tous les jours et t'as rien dit ?

Secret de l'enquête.

Secret de l'enquête ?

Ludivine,

ta collègue est en constamment hors-la-loi.

Déjà, ce n'est pas juste ma collègue, c'est mon amie. OK ?

Dans le travail, mes sentiments sont entre parenthèses.

Ah oui ?

Eh bien, moi, je ne peux pas.

Je ferais tout pour Alex.

Si tu m'aimes, fais-en autant.

C'est du chantage.

Oui, enfin appelle ça comme tu veux : c'est à prendre ou à laisser.

Viens voir.

- Salut. - Salut.

Je te raccompagne chez toi ?

Oui, si tu veux.

Ça va ?

Oui, enfin, je suis quand même un peu un miraculé.

T'as eu peur ?

Non, pas vraiment.

Mais quelqu'un d'autre aurait été hyper impressionné.

Le mec s'est jeté sur moi comme un chacal !

Au début, je me suis défendu, mais il était armé.

Au bout d'un moment, je suis pas Zorro.

T'enflamme pas, hein, on n'est pas ensemble.

Non, on fait juste semblant.

Oui, on fait juste semblant.

À la future meilleure flic de France !

C'est pas si pourri comme taf, en fait.

En tout cas, tu as un don, tu sais.

Je sais pas, ça doit être génétique.

Tu vas voir, on va faire une super lignée de keufs.

Mon père, moi, toi.

Désolée pour la dernière fois.

Quand je m'attache, j'ai tendance à faire n'importe quoi.

Et puis, tu pourras avoir toutes les copines que tu veux.

Et c'est vrai, ma famille me prend beaucoup de temps,

mais je vais faire de la place.

Je te le jure.

Au moins deux heures ?

Oui : au moins toute la nuit.

- C'est pour moi, les chrysanthèmes ? - Oui.

Samuel ?

Qu'est-ce que tu fous là ?

C'est une longue histoire.

Mon bateau a fait un naufrage.

Enfin, c'était pas mon bateau.

C'était une chaloupe que j'avais échangée.

Parce que j'ai perdu aux cartes à Macao.

Belle bande de tricheurs !

Ils m'ont plumé, les mecs.

Ils m'ont pris mon bateau, ma montre, une dent en or.

Alors, j'ai emprunté une chaloupe au port.

Il fallait que je rentre.

Et donc me voilà, quoi.

Ça va, toi ? Ça fait plaisir de te voir.

Alex est là ou pas ?

Non, Alex n'est pas là.

Parce que j'ai nulle part où dormir ce soir.

Je veux pas déranger,

mais ça me ferait plaisir de la voir.

T'as son numéro ?

On dirait qu'elle m'a mis en "contact indésirable".

Je comprends,

mais je peux tout lui expliquer. En fait, c'est assez simple.

Tu lui expliqueras tout ça à elle, quand tu la verras.

C'est juste une nuit. Demain, je vais à l'hôtel.

Je veux pas commencer à déranger.

- Bon, OK. - C'est vraiment cool.

J'étais quasiment sûr que tu dirais oui et je m'étais pas trompé.

Je rentre ?

Oui, tu connais le chemin.

Salut ! Alors t'es qui, toi ?

Et toi, t'es qui ?

Le mari d'Alex.

L'ex-mari d'Alex.

L'ex, enfin, le futur.

Tout ça, ça va, ça vient.

Oui, c'est chelou, vos histoires.

Bon, on boit un coup ?

T'as une bière ?

Oui.

Moi, c'est Iggy.

Samuel.

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