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L'HOMME DE KIEV
Reste pas la...
Paysan !
Tu es aveugle ?
Les centuries noires tuent les Juifs non-inscrits.
- Tu es bless� ? - C'est le sang d'un chien.
On ne fait plus la diff�rence.
Il doit bien y avoir un moyen de leur �chapper.
Il y en a un.
Se joindre aux sionistes.
Ils ont la solution.
Non, excuse-moi, mais je ne suis ni sioniste
ni socialiste, et ne pratique ni politique ni religion.
D�crire ce qu'un cheval n'est pas explique ce qu'il est.
Celui qui a besoin de la description d'un cheval est myope.
Mais si nos papiers sont en regle,
pouvons-nous circuler librement, m�me dans les quartiers chr�tiens ?
La loi est trop simple pour �tre cr�dible.
Un Juif riche peut vivre et travailler o� il l'entend.
Tu dois �tre riche.
Tu es bien install�.
Personne n'est plus pauvre que moi.
Je suis tailleur.
Dieu b�nisse mon pere qui m'a appris le m�tier !
Comme tous les pauvres, je vis et travaille dans le ghetto.
Cependant...
payer en kopecks des marchandises chr�tiennes hors du ghetto,
c'est permis, pourquoi pas ?
A Kiev, il n'y a pas de diff�rence
entre les kopecks juifs ou les roubles circoncis.
C'�tait pareil au shtetl.
Au village.
J'ai vu un �criteau.
Il disait : "Mort a la r�volution du peuple juif".
Quand a-t-elle commenc� ?
Ils sont d�traqu�s. Tout n'est que folie.
R�fl�chis.
Pour faire la r�volution, il nous faut un pays.
Connais-tu un seul Juif,
qui considere ce sale pays comme le sien ?
Shmocks !
Qu'ils fassent leur guerre civile !
Evitons la r�volution a tout prix.
Ils n'attendent que �a.
Bonne nuit.
C'est encore pire qu'au village ici.
Le village ? Tu parles comme un goy.
Un shtetl est un shtetl.
T'en veux un morceau ?
Avec plaisir.
J'ai march� toute la journ�e.
Je n'ai r�par� qu'une fen�tre.
�a vaut mieux que rien du tout.
Tu te plains a un homme avec 5 enfants
et qui a plus de malheurs que Job lui-m�me.
Remercie le Ciel pour tes enfants.
Pour moi...
Ce qui m'int�resse le plus, c'est de m'enrichir.
Combien crois-tu que j'ai gagn� aujourd'hui ?
Des haricots.
Une petite assiette.
Une soupe si claire qu'un crin de cheval aurait coul�...
droit au fond.
Ecoute...
Je vais te donner un conseil.
Tant pis pour ton loyer mais je pr�fere �tre franc.
Un homme comme toi devrait travailler au-dehors.
Je peux te le dire, entre amis...
Tu n'as m�me pas l'air d'�tre juif.
Qui d�cide qui est juif ?
Les goys, encore une fois.
Essaie, tu verras.
Plus on se cache, plus on est forc� de se cacher.
C'est comme la faim.
Il te faut garder confiance.
Je vais te dire comment proc�der.
Tout d'abord...
prends l'air d'un homme affair� qui n'a pas de temps a perdre.
Aux moments critiques, regarde droit devant.
Releve le menton.
Souviens-toi de la promesse a Abraham.
Et franchis le passage.
Avec ce manteau et cette casquette,
tu passeras pour n'importe quel Russe honn�te et antis�mite.
Les gens te regarderont a peine.
Il est so�l.
J'aurais d� m'en douter.
Pourquoi te trouvais-tu sur mon chemin ?
Je suis d�ja assez suspect.
R�veille-toi.
Je ne tiens pas a t'avoir sur les bras.
Tu peux bien crever de froid, sale antis�mite.
Papa, releve-toi.
Aidez-moi a le ramener.
C'est a c�t�.
Il a assez de forces, je suis occup�.
Je n'aurais pas d�...
Papa, rentre a la maison.
Bon, allez. Prenez ses jambes.
De ce c�t�.
Lidya, emmene Nataliya.
Tu es tomb� dans la neige, papa.
Ce monsieur t'a trouv� et sauv� la vie.
Un fidele chr�tien.
Et un bon Samaritain, gr�ce a Dieu !
Monsieur...
Ne partez pas si vite.
Pardonnez mon impolitesse.
Celui que vous venez de sauver est Nikolai Maximovitch Lebedev.
Je suis sa fille, Zinaida Nikolaevna.
Si vous voulez revenir demain matin,
vous recevrez quelque chose de plus "concret"
que des remerciements.
"De plus concret" ?
Elle parlait d'argent...
Je ne veux rien d'un homme qui affiche sa haine des Juifs.
Mais ces roubles antis�mites permettront a un Juif de vivre.
C'est un argument.
Mais avant d'accepter, je serai franc.
Je lui dirai :
"Nikolai Maximovitch Lebedev,
"c'est moi, Yakov Shepsovitch Bok,
"qui vous ai sauv� la vie et je suis juif.
"Si vous n'�tes pas content, gardez votre argent."
Quel est votre nom ?
Yakov Ivanovitch Dologushev.
Pour �tre exact.
Dologushev.
Peintre, couvreur, charpentier, un peu de tout...
Lidya, emmene Nataliya.
Je m'appelle Nikolai Maximovitch Lebedev.
Asseyez-vous donc.
Je suis un honn�te homme. Je vous suis reconnaissant.
Je serais mort dans la neige sans votre d�vouement.
D'autres m'auraient ignor�.
La charit� chr�tienne est chose rare en ce monde,
vous ne croyez pas ?
Je rencontre des gens charitables un peu partout.
Ce n'est pas surprenant de votre part.
Vous lisez bien s�r les Saintes Ecritures ?
Je connais les psaumes.
Magnifique ! Tu entends, Zinaida ?
Il conna�t les psaumes.
Il m'est impossible
de lire la Bible sans me mettre...
a pleurer.
C'est exact. L'exacte v�rit�.
Il ne peut rien lire sans pleurer.
Oui, a chaque fois.
C'est pour �a que je bois.
Je me sens responsable de tous les malheurs du monde.
Je porte sur mes �paules
tous les chagrins de l'existence.
Quand Zinaida �tait petite, je pleurais sans cesse
a cause de sa pauvre petite jambe atrophi�e.
Vous savez ainsi quel genre d'homme
vous avez sauv� de la mort, la nuit derniere.
Yakov Ivanovitch, comment vais-je vous payer ?
J'ai un appartement vide au-dessus
dont les murs ont besoin d'�tre refaits.
Je vous donnerais 40 roubles pour ce travail.
C'est plus que le salaire normal.
Vous �tes un homme d'honneur,
une offre de travail vaut mieux qu'un pourboire.
Vous ne croyez pas ?
Evidemment que si.
40 roubles, c'est une fortune, pas un salaire.
Cet homme est membre des centuries noires.
Sa fille me met mal a l'aise.
Et son chien est le pire antis�mite.
Aimeriez-vous d�ner avec moi quand vous aurez fini ?
D�ner ?
Euh, non... Je dois... C'est-a-dire...
Si vous �tes g�n� a cause de papa,
il est tellement ivre le soir que nous devons le coucher.
Je suis forc�e de d�ner seule.
C'est assez intime.
Mais je me sens seule.
Pour la solitude,
la lecture est le meilleur des remedes.
Pour �tre honn�te...
je n'ai pas le temps de manger.
J'ai une autre chambre a finir.
Elle doit �tre pr�te pour demain.
Restez souper demain alors
et s'il est trop tard, vous dormirez ici.
Pardon ?
Vous m'avez distrait.
Splendide !
Si j'ose m'exprimer ainsi,
c'est une vraie oeuvre d'art.
Vous �tes un imposteur, je le savais.
Un imposteur ?
Vous vous �tes pr�sent� comme un simple ouvrier,
mais je vois que vous �tes plein de ressources.
Et je compte en tirer profit.
Il y a peu de temps, j'ai eu l'infortune
de recevoir une briqueterie en h�ritage.
Elle est exploit�e par un gar�on comp�tent,
mais particulierement malhonn�te,
qui r�pond au nom de Proshko.
Je voudrais le remettre sur le droit chemin
en vous confiant la comptabilit�.
Les appointements sont de 50 roubles par mois,
logement gratuit
sur les lieux de la briqueterie.
C'est d�fendu de loger la-bas, mais si l'emploi est prometteur,
achete des faux papiers et embrasse la Croix.
C'est malin.
Je n'aurai jamais de papiers.
Sans enfant, un homme ne peut regarder personne en face.
Il perd sa fiert�.
Une femme aussi, quand son mari la repousse.
Coucher avec une femme st�rile ?
J'ai pass� 5 ans avec toi, qu'est-ce que �a m'a donn� ?
Un lit vide.
Raisl, o� vas-tu ?
Chercher quelqu'un qui m'aime.
Et aussi...
Quelque chose me pr�occupe encore plus.
La fille !
Pourquoi ?
Elle me fait les yeux doux.
Parfois, il faut savoir faire des sacrifices.
Accepte le travail.
Croyez-vous...
au romantisme, Yakov Ivanovitch ?
Comment ?
- Vous voulez du hareng ? - Oh, non.
Mais reprenez-en, je vous en prie.
Par moments...
je pense qu'il arrive parfois de laisser l'amour s'envoler.
Comme un nuage, un jour de grand vent.
Si on est un peu trop...
timide.
Comme vous le voyez...
d'apres l'aspect de cette maison, je ne serai jamais sans le sou.
�a, c'est certain.
Je sais que vous et moi,
nous venons de milieux diff�rents.
Ce qui pourrait vous faire douter des possibilit�s
d'une relation durable.
M�me si vous en avez le d�sir au fond du coeur.
Je vous l'ai fait ti�dir.
Oui, je vois. Merci.
J'ai pens�...
qu'il serait loyal de vous mettre a l'aise.
M'aimez-vous, Yakov ?
Rien qu'un peu.
Je regrette, Zinaida, je ne vous aime pas.
Mais vous ne perdez rien.
Je suis ignorant, ind�cis et mon avenir incertain...
Yakov Ivanovitch, je vous en prie.
Pour l'amour du ciel, cessez d'�tre aussi s�rieux.
Embrassez-moi.
Je vous en d�fie.
Je sais que ma jambe est laide.
Mais mon visage... parfois est joli.
Souvent, je vois que des hommes me remarquent.
M�me des jeunes.
Voulez-vous voir ma chambre ?
Pardonnez-moi...
de parler cr�ment.
Si vous �tes innocente, il vaut mieux ne pas continuer.
Uniquement par marque de respect.
De plus, il faut penser a votre pere.
Il s'en apercevrait.
Il n'a jamais rien vu.
Allez vous pr�parer, ma chambre est juste la.
Avec une Russe !
C'est ridicule.
Si je lui disais que j'�tais juif,
elle hurlerait comme un animal traqu�.
Je ne peux pas faire �a. C'est impossible.
D'un autre c�t�,
les temps sont durs.
Se d�shabiller chez un goy dans une des villes les plus antis�mites,
il faut �tre malade !
Tant pis !
Je suis un homme, apres tout.
D'ailleurs, ce serait lui faire un affront.
Je me demande si �a vaut un tel risque.
A ton �ge !
Comme si �a allait �tre une nouveaut� !
S�rement pas !
Pour moi, �a n'a aucun int�r�t.
D'un autre c�t�, l'imprudence est d�ja faite.
Pourquoi se faufiler dans un verger sans voler de fruits ?
Mais il y aussi cet emploi.
Un peu de courage !
Laboure et la moisson sera bonne.
Mon Dieu, un mouchard !
Avez-vous jamais aim� ?
Sincerement ?
Sincerement aim� ?
Vous �tes impure !
C'est faux, je vous assure.
Pardonnez-moi.
J'ignorais votre indisposition.
Moi aussi.
�a vient de commencer.
Ne partez pas. Je ne pouvais pas savoir.
Excusez-moi.
Il y en a qui peuvent... moi non.
Non, ne partez pas. Je vous en supplie.
Pardonnez-moi, Proshko.
Vraiment, je suis d�sol�.
Voici les sorties que vous avez contr�l�es.
Il manque 32 chargements sur votre compte.
On en reparlera plus tard.
C'est mon r�le de contrema�tre
de faire viser tous les papiers par la police.
Donnez les v�tres.
C'est aimable a vous,
mais Nikolai Maximovitch a d�ja fait le n�cessaire.
Vous savez quoi ?
Vous ne parlez pas comme un ouvrier,
mais comme un patron.
Je parierais 100 roubles que vous �tes un mouchard.
Vous en comptez 68,
soit 32 roubles de moins.
Arr�tez la-bas !
Arr�tez, vous entendez ?
Ne revenez pas !
Les briques valent cher. Surveillez-les.
C'est intelligent, comme r�ponse.
Dologushev !
Vous m'avez appel� ?
Deux fois !
Vous courez comme un porc bless�.
Seul un porc le verrait.
"Tous ces points...
"entrent dans les droits naturels de l'homme...
"que l'on ne saurait abdiquer, m�me de son propre consentement."
"M�me de son propre consentement...
"on ne saurait abdiquer ces droits."
Un grand homme.
Une grande pens�e.
On ne devient pas savant en copiant les id�es d'un autre.
Qui va la ?
Que vous est-il arriv� ?
J'arrive de Minsk
pour rendre visite a mon frere, dans le ghetto.
J'ai perdu mon chemin.
Des jeunes gar�ons m'ont lapid�.
J'ai tra�n� jusqu'ici.
En vous aidant, je me compromets.
Vous partirez demain, apres le d�part des charretiers.
Il y a un tramway,
juste au bout de la rue.
Il va directement au ghetto.
Je vais vous donner a manger.
Merci... mais je ne peux accepter.
Cela vous ennuierait
de me donner de l'eau ?
La P�que juive.
Je suis le colonel Bodyansky, chef de la police secrete de Kiev.
Au nom du tsar Nicolas II, je vous arr�te.
Je suis Boris Bibikov, juge d'instruction,
identifiez-vous.
Yakov Shepsovitch Bok.
Juif, �videmment.
Je n'aurais pas d� le cacher, je l'admets.
Je l'ai toujours admis.
Je viens d�terminer la raison de votre emprisonnement
et la dur�e de votre s�jour.
Pour cela, je dois recueillir des informations sur vous.
O� est votre famille ?
Autant dire que je n'en ai pas.
J'ai perdu mes parents jeune.
Allez-vous sur leur tombe, le jour du grand pardon juif ?
Plus maintenant.
Ils sont morts.
- Mari�, des enfants ? - Pas d'enfants.
Nous avons essay�, sans succes, alors j'ai baiss� les bras.
Et pour �tre franc...
elle ne m'�tait pas fidele.
Elle m'a quitt� pour un autre.
Si elle n'�tait pas partie, je serais rest� au village.
A cet instant pr�cis, je me pr�parerais a souper.
�a aurait pu �tre pire.
A y r�fl�chir, je n'y �tais pas mal du tout.
Connaissez-vous l'expression "un besoin historique" ?
Je n'ai pas re�u d'�ducation.
Peut-�tre.
Mais vous parlez correctement, pas comme un villageois.
Expliquez-moi cela.
J'ai essay� de m'instruire,
mais �a m'a caus� du tort.
J'ai apport� trois livres a Kiev,
dont un manuel de grammaire et de prononciation.
Vos affaires dissimulaient �galement
des textes choisis de Spinoza.
Vous avez trouv� mes outils ?
Ces outils, c'est ma vie.
Parmi tous les philosophes de ce monde,
pourquoi Spinoza ?
Parce qu'il �tait juif ?
Pas du tout.
J'ai malheureusement accept� ce livre comme paiement.
Quand j'ai commenc� a le lire, je n'ai pu m'en d�faire.
Que pensez-vous de sa philosophie ?
C'est dur pour un homme simple...
Je vous le demande car j'ai aussi lu Spinoza.
Il a voulu dire que la vie est la vie.
Rien ne sert de penser a la mort.
Il va plus loin que �a.
Il nous a appris que les hommes libres
doivent pr�server la libert� d'autrui.
Ai-je raison ?
Si vous le dites.
Ma philosophie de la vie n'a rien a voir avec la politique.
Quelle est votre philosophie de la vie ?
On peut am�liorer les choses.
En faisant de la politique !
La politique, c'est pour les riches.
Tout irait mieux s'il y avait plus de travail.
Sans compter de la bonne volont�.
Je voudrais voir un avocat.
Une cigarette ?
Elles sont turques.
Si vous deviez donner, dans vos propres mots,
une description de vous-m�me, que diriez-vous ?
Je suis moi-m�me.
Je ne suis plus tres jeune, mais pas encore vieux.
Je suis prompt a m'emporter,
mais calme la plupart du temps.
Par moments...
il m'arrive de me montrer timide.
Je ne suis pas l�che.
Je manque peut-�tre d'�ducation,
mais je ne suis pas completement sot.
En deux mots et pour r�sumer,
je suis un homme, ce n'est certes pas grand-chose
mais c'est mieux que rien.
Vous parliez d'un avocat.
Nous devons mener une enqu�te.
Nous dresserons ensuite un acte d'accusation.
A ce moment-la, vous pourrez voir un avocat.
Vous comprenez ?
Remplissez ce questionnaire.
Et signez.
Je vous laisse la bougie, je dois me d�p�cher.
Mon petit gar�on fait de l'asthme.
Ce qui pr�occupe ma femme.
Moi aussi, d'ailleurs.
C'est triste. Je faisais aussi de l'asthme.
J'aimerais pouvoir le soulager.
Les adultes s'en accommodent mieux que les enfants.
Gardien !
Quoi qu'il vous arrive, gardez courage.
La loi vous prot�gera.
Sauf si vous �tes coupable.
Coupable de quoi ?
Agression sexuelle a l'encontre de Mlle Nikolaevna.
C'est faux, Zinaida.
Je ne vous ai pas agress�e.
Silence ! Rasseyez-vous !
Il sait tres bien qu'il ment.
Il s'est jet� sur moi avec un air lubrique et sans v�tements.
Quand j'ai cri� pour lui �chapper, il a pris la fuite.
Vous avez donc tent� de la violer ?
Ce n'�tait pas une tentative de viol.
Elle m'a invit� dans sa chambre.
Je n'aurais pas d�.
Mais je suis un homme. Quel mal y a-t-il ?
Elle �tait couch�e
et a pouss� le drap
pour que je la rejoigne.
C'est faux. Il ment !
Ensuite ?
Certaines choses valent mieux ne pas �tre r�p�t�es.
Que s'est-il pass� quand vous l'avez rejointe ?
La v�rit�, c'est que...
La v�rit�...
Comme toujours, on ne la conna�t qu'apres coup.
La v�rit�, c'est que...
Elle m'a demand� si j'avais jamais aim�.
A ce moment, un changement s'est produit en moi.
Je me suis aper�u que j'avais aim�.
A la pens�e de cet amour perdu, j'ai paniqu�.
Je me suis sauv� aussi vite que possible, voila tout.
Ce ne sont que des mensonges.
Je ne lui ai fait aucune proposition.
Il ne pensait a personne d'autre.
Il y a une autre raison.
Nous ne vous harcelerons plus.
Semyonovitch va vous reconduire.
Yakov Bok, compte tenu des circonstances,
et sans vous f�liciter pour votre conduite,
j'annule l'accusation port�e contre vous.
Dieu merci !
Je vais n�anmoins demander a la cour...
Vous �tes n�anmoins accus�
d'avoir domicili� dans un quartier interdit aux Juifs,
a moins qu'ils aient rendu
service a la couronne.
Ce qui n'est pas votre cas.
Non, je dois l'avouer.
Vous serez inculp� et jug� pour d�lit d'infraction.
La chance tourne.
Faites-vous partie de ces organisations politiques ?
Sociale d�mocratie, socialistes r�volutionnaires
ou tout autre groupe, dont la ligue juive,
sionistes de toutes cat�gories, nihilistes ou parti du peuple ?
Pour gagner du temps,
notez que le pr�venu a d�ja r�pondu n�gativement.
Tout est dans son dossier.
Vous comprendrez que mon but n'est pas de gagner du temps.
Je prends ces r�volutionnaires tres au s�rieux.
Le temps est sans importance.
Ecoutez attentivement ma prochaine question.
Qu'entendent les Juifs par le mot "afikomen" ?
C'est un matzo que l'on mange a la P�que.
C'est de la magie ?
Pour moi, ce serait de la superstition.
Ceci se trouvait dans votre chambre.
C'�tait a un vieillard, un Hassid.
Mais je ne le connaissais pas.
Il �tait perdu, je l'ai laiss� passer la nuit chez moi.
Bien qu'il soit juif.
Les Juifs ne craignent rien des leurs.
Un peu de respect.
Ce vieillard ne vous a-t-il pas aid� a pr�parer et cuire ces matzos ?
Pas du tout.
Connaissez-vous ceci ?
Le vieillard �tait bless� a la t�te.
J'ai utilis� ma chemise
pour nettoyer son sang.
Approchez.
Dites-moi, Yakov Shepsovitch Bok,
alias Yakov Ivanovitch Dologushev,
alias je ne sais quoi encore...
Avez-vous pourchass� des enfants ?
Parmi eux, un gar�on de 12 ans,
nomm� Zhenia Golov ?
Il a �t� retrouv� assassin� peu apres.
Vous pouvez voir la photo ici-m�me.
Eh bien, M. le Juif...
pourquoi tremblez-vous ?
Il diminuait le nombre des sorties pour empocher l'argent.
La police secrete a confisqu� 83 roubles, au total.
S'il volait quatre roubles par jour, cela ferait beaucoup plus.
Qui sait ce qu'un Juif fait de son argent ?
Il devait acheter des sucreries pour attirer les enfants.
Ils se d�battaient pour lui �chapper.
Quand on a retrouv� le corps du petit dans la grotte,
j'ai fouill� sa chambre.
Et j'ai trouv� les matzos, la farine et le linge souill�.
C'est lui !
Oui, c'est bien lui.
Qu'entendez-vous par "lui" ?
Le Juif qui a pourchass� Zhenia avec un couteau.
L'accus� a �t� identifi�.
Pouvons-nous entrer, Marfa ?
Racontez-nous les �v�nements d'avant P�que.
Parlez lentement et distinctement.
Vous �coutez ?
Avec grande attention.
Mon gar�on est all� a l'�cole comme d'habitude.
J'ai travaill� tard.
Zhenia n'�tait pas a la maison quand je suis rentr�e.
Je pensais qu'il �tait chez sa grand-mere.
Le m�me soir, j'ai attrap� la grippe.
Vous savez comment c'est.
J'avais de la fievre,
je transpirais et vomissais comme une fontaine.
Pendant trois jours, je suis rest�e clou�e au lit.
Je m'appr�tais a aller a la police...
quand on a retrouv� le corps de Zhenia.
Avec 39 coups de couteau de Juif dans le corps.
Ma vie est finie.
J'ai perdu ma raison de vivre.
On a tu� mon b�b� ! Je vais devenir folle.
Pourquoi avez-vous averti la police si tard ?
Dans mon �tat ?
Je ne retenais aucun liquide et d�goulinais de partout.
- Je ne me levais pas assez vite... - Continuez votre r�cit.
Que vous a dit Zhenia sur le Juif avant son assassinat ?
Il m'a dit qu'un Juif l'avait pourchass� avec un couteau.
Et qu'il voulait le tuer
pour de bon.
Mon pauvre petit Zhenia !
Il voulait devenir pr�te. Vous l'ai-je dit, mon pere ?
Il a vu un bocal de sang sur la table du Juif.
Je n'ai pas de bocal de sang !
C'est de la confiture, pas du sang !
Silence !
Dites-lui de baisser son arme.
Cet homme a des menottes.
Nous avons nos r�ponses.
Je ne crois pas...
Je vais user de mon privilege et interroger le t�moin.
Pourquoi pers�cuter une malade ? Que vous ai-je fait ?
Nous n'avons aucun compte a nous rendre.
Avez-vous accept� des biens vol�s d'une bande de voleurs...
dont votre amant ?
N'est-il pas exact qu'en janvier dernier,
vous l'avez aveugl� en lui jetant du ph�nol dans les yeux ?
Puis vous vous �tes r�concili�s.
Il me battait. Fallait bien que je me d�fende.
Il a essay� de me crever l'oeil. Il y avait du pus qui coulait.
Et puis d'ailleurs...
Comme vous l'avez dit, je continue a le voir.
Il ne jure que par moi.
N'est-il pas aussi exact
qu'il battait votre fils si fort
que le gar�on s'�vanouissait ?
Il a tu� mon b�b�.
Il a tu� mon pauvre petit.
Zhenia !
Il a d�shabill� le petit et pri� sur son corps.
Puis, il l'a poignard� a des endroits pr�cis.
Treize coups de poignard dans le coeur.
Treize coups a la gorge.
Treize au visage.
Il a recueilli son sang dans des fioles,
pendant que le petit le suppliait
et pleurait de ne plus revoir le monde de son vivant.
Vous pleurez ?
J'ai du chagrin pour l'enfant. Qui d'autre ?
Vous avouez ?
Je ne peux avouer ce que je n'ai pas fait.
Tout semblerait indiquer...
que vous �tes une victime des Juifs au m�me titre que l'enfant.
L'id�e �tait d'eux, pas de vous.
Allez, avouez !
Nous prendrons en compte le fait que vous avez agi malgr� vous.
Un homme de votre intelligence a l'esprit ouvert.
On vous a leurr�, Yakov.
On ne peut leurrer l'innocence.
Aucun Juif n'aurait pu tuer cet enfant.
C'est �crit partout : pas de sang.
C'est dans la Bible, la Torah, les lois, partout...
Ma femme jetait les oeufs dont le jaune �tait tach� de sang.
Je lui disais de faire attention. Nous ne roulions pas sur l'or.
Elle �tait bonne cuisiniere, d'ailleurs.
On mangeait bien.
Assez !
Nous avons la preuve que vous avez tu� l'enfant
et que vous appartenez au Kahal, l'organisation secrete juive,
qui pr�pare une r�volution pour renverser le tsar.
Je ne suis pas r�volutionnariste.
La politique ne m'a jamais int�ress�. Je n'y connais rien.
Avouez si vous voulez vivre.
Sinon, m�me Dieu ne pourra rien pour vous.
Je n'ai pas le talent de mentir.
Mentir... C'est le seul talent des Juifs.
Ils sont pr�visibles et criminels de nature.
Tout a �t� scientifiquement prouv�.
Levez-vous !
Les nez juifs... Et tous sont signe de criminalit�.
Tenez, voici le v�tre.
Voila le v�tre.
On fait de l'esprit ?
Dites-moi, n'apprend-on pas le respect aux Juifs ?
Si.
Qu'est-ce donc ?
On n'en re�oit que si l'on en a.
Je vais vous faire transf�rer
dans une cellule pr�ventive a la prison de Kiev.
M. le procureur...
J'ai d�ja pass� 5 mois en prison.
M. Bibikov avait dit...
Pleurez sur l'�paule de Bibikov, �a ne changera rien.
Je ferai en sorte que vous pourrissiez en prison.
Vous sortirez quand vous arr�terez
de couvrir les crimes de ces r�volutionnaires
et avouerez cette ignoble conspiration.
Un nouveau.
Toi, tu me plais.
T'as la peau douce et une sacr�e criniere.
Ils t'ont pas ras� la t�te ? C'est mignon.
Tu viens moucharder ?
Bien s�r que non.
Embrasse-moi.
Doucement, mon gros.
On n'a pas �t� pr�sent�.
�a pue le Juif...
Eh, les gars, on nous envoie encore un Juif.
Il est a moi.
Tu vas �tre ma m�mere,
t'as compris, sale youpin ?
Je sais qui tu es.
Moi aussi, je suis juif.
Et alors ?
Contrairement a toi, je suis coupable.
Rien que pour �a, je t'admire.
C'est plus que je ne pourrais dire.
A quoi �a me sert ?
On me libere demain. Tu veux �crire a quelqu'un ?
Non, personne.
Je ne veux enfreindre aucune regle. J'ai d�ja assez d'ennuis.
Mon avocat vient me chercher. Je lui passerai ton mot.
On ne le fouille pas.
De toute fa�on, je n'ai rien pour �crire.
Prends �a.
C'est un honneur de partager ta cellule.
Tu es notre martyre.
Martyre malgr� moi.
"Cher L. Latke...
"Je ne veux pas attirer d'ennuis
"a un tailleur sans le sou avec cinq enfants a sa charge
"et qui souffre de rhumatisme,
"mais je me suis mis dans un sale p�trin.
"Je suis d�tenu a la prison de Kiev,
"rue Dorogozhitsky.
"Je demande l'impossible,
"mais si tu peux m'aider, fais-le au plus vite.
"Ton ancien locataire, Yakov Bok."
Pourquoi boites-tu ?
J'ai des chaussures trop serr�es.
Je te souhaite de br�ler en enfer.
A quoi t'attends-tu ? Je suis faussaire.
J'ai 5 enfants en bas �ge et une femme folle.
Voila le genre d'aide que tu peux attendre de tes compatriotes.
C'est un homme faible.
Et a mes yeux, un homme mort.
Je cours un grand danger avec mes cheveux longs.
On se m�fie de moi.
Tu veux porter plainte contre une agression ?
Je ne veux pas rapporter.
On doit me raser la t�te. C'est le reglement !
C'est nous qui faisons le reglement.
On va te garder au trou jusqu'a ce que tu avoues,
sale suceur de sang !
On doit comparer ton empreinte a celle retrouv�e sur le petit.
L'autre prison l'a relev�e.
Mais on recommence.
J'ai besoin de chaussures.
J'ai les pieds en sang.
Le petit aussi a saign�.
Si tu veux qu'on te facilite la vie, avoue.
Allez, fouille-le.
D�shabille-toi !
Vous m'avez d�ja fouill� 2 fois aujourd'hui.
D�shabille-toi.
Ouvre la bouche.
Penche-toi.
Ecarte.
Le baquet !
Vas-y, ouvre.
Ton ami Bibikov m'envoie te faire dire
que tu devrais avouer.
Vous m'excuserez, mais a chaque fois, c'est pareil.
Vous venez quand le directeur s'absente.
Ouvre !
Veuillez attendre au bout du couloir.
Et fermez la porte.
Votre apparence trahit ce que vous avez d� endurer.
Vous ne verrez aucun inconv�nient a ce que j'esquive le sujet.
Je dois me concentrer sur une autre affaire.
Le temps presse et je tiens a vous aider.
Alors vous excuserez aussi mes manieres.
J'ai des clous dans mes chaussures, qui m'arrachent les pieds.
Vous en aurez une autre paire.
Aimeriez-vous une cigarette ?
Ce serait du g�chis. Mon asthme est revenu.
Vous m'excuserez. Comment va votre gar�on ?
Il est d�c�d�.
Que peut-on dire a cela ?
Rien.
La mort a r�ponse a tout.
Ecoutez.
Je reviens de Saint-P�tersbourg.
J'ai demand� au ministre de la justice
d'abandonner les accusations, sauf le d�lit d'infraction.
Et... Qu'a-t-il dit ?
Mon cher Boris Alexandrovitch,
ce n'est pas si facile.
Apres 9 mois d'emprisonnement pour meurtre,
comment l'inculper pour simple infraction ?
- Il devrait �tre lib�r�. - Je partage votre avis.
Mais l'affaire est devenue publique et compromet notre prestige.
En toute confidentialit�, le tsar le croit coupable.
Il suit attentivement son dossier.
Le t�moignage du pere Anastasy l'a particulierement impressionn�.
Le pere Anastasy est un fanatique.
Il n'appartient a aucune religion ni aucune �glise.
Je le sais bien.
Dites au tsar
que son expert est un charlatan.
Informez Sa Majest� que Raspoutine est un charlatan
- ce qu'il est -
et je ferai de m�me a propos d'Anastasy.
En cette 2eme d�cennie du XXeme siecle,
votre Excellence compte-t-elle
accuser un homme de meurtre rituel ?
Je ne suis pas dupe au point de croire ces histoires.
Croyez-moi.
Les Juifs ne nuisent ni a la Russie ni a personne.
Tout vient de la nature humaine.
Est-ce dans la nature humaine d'accuser un innocent ?
C'est possible.
L'homme, par nature, est m�content.
Et c'est la passion, non la raison, qui le guide.
Je vous en prie...
On gouverne les hommes en gouvernant leur passion.
On unit les hommes en unifiant leur passion.
La haine pr�domine l'amour. C'est leur haine qui les unit.
Notre r�flexe est donc d'�liminer la raison de leur haine.
Si les paysans ha�ssent le tsar - comme je le crains -
il lui reste peu de temps a vivre.
Il est pr�f�rable qu'ils tuent un Juif.
C'est dans l'int�r�t de tous.
Une confession r�soudrait tout.
Pour notre salut... et celui des Juifs.
Je suis perdu.
Fini.
Il nous reste une chance.
Ecoutez-moi.
Je ne vais pas vous inculper.
Le petit a parl� a ses amis de classe
du trafic ill�gal qui se perp�tuait chez sa mere.
Il s'est fait tuer
par l'amant de sa mere
pour �viter qu'il parle.
Et elle l'a s�rement aid�.
J'ai un t�moin,
qui a vu le gar�on mort dans la baignoire de sa mere.
Bien avant qu'on ne le retrouve dans la grotte.
Les coups ont �t� inflig�s par la suite...
alors qu'il �tait d�ja mort.
Pour incriminer les Juifs.
Ils ont r�duit a n�ant la vie d'un homme.
Et d'un petit gar�on.
Excusez-moi...
L'avocat g�n�ral sait-il ce que vous venez de me dire ?
Grubeshov a l'ordre de d�truire toute preuve qui vous disculperait.
Ils tiennent a vous condamner.
Je tiens a leur donner tort.
Je vous demanderai de rester confiant...
et patient.
Je vous fais confiance.
Et je suis patient de nature.
N�anmoins...
Je ne veux pas sembler amer,
mais je ne mange pas dans la main.
Votre amertume ne m'offusque en rien.
J'ai peur de vous d�cevoir.
Comment le pourriez-vous ?
Qui peut savoir ?
Je dois vous laisser.
Je pense...
que les hommes �chouent parfois.
Lorsqu'ils essaient d'accomplir ce qui leur tient a coeur.
Alors s'il vous arrivait d'�chouer...
involontairement, bien entendu...
et qu'a ce moment-la,
je suis pris d'une peur �pouvantable...
apres tout, qui pourrait appeler �a un �chec ?
Oui, qui le pourrait ?
En effet.
Ce n'est pas la folie qui chamboule le monde.
C'est la conscience.
Le baquet !
Mets tes chaussures.
- Mes pieds... - Je ne veux pas le savoir.
Mets tes chaussures.
C'est un piege.
Ils t'attirent pour te tirer dessus.
Il n'y a personne.
Personne.
Est-ce possible ?
Dois-je tenter ma chance ou le regretter plus tard ?
Debout !
Le vieux Juif que tu as accueilli
nous a renseign�s sur toi.
Le seul moyen de sauver ta peau
est d'avouer l'ignoble complot.
Soupe !
Je ne vais pas passer la journ�e ici.
Il nous faut des rognures de tes ongles.
- Leve-toi. - Je ne peux pas.
Regardez mes pieds.
Conduis-le a l'infirmerie. On coupera ses ongles la-bas.
Avance !
Je ne peux pas marcher.
Alors rampe.
�a te donnera une le�on, Bok.
Tu sais maintenant ce que le petit a souffert.
Avoue, si tu veux de la morphine.
Tu as de la chance.
Le directeur t'envoie des cadeaux.
Il pense que pratiquer le juda�sme te fera du bien.
Une Bible ?
Une Bible chr�tienne.
"Le centurion, qui �tait en face de J�sus,
"voyant qu'il avait expir� de la sorte, dit :
"Assur�ment, cet homme �tait Fils de Dieu."
Un pauvre charpentier.
Qui devait s�rement bricoler ici et la.
Le dernier Juif du royaume de David et le premier chr�tien.
Son c�t� chr�tien d�testait-il son c�t� juif ?
Comment est-ce possible ? Tout son �tre �tait juif.
Et chr�tien en m�me temps.
Il ne connaissait pas la haine.
Que baragouines-tu ?
Je viens de comprendre...
Ceux qui ha�ssent les Juifs
ou tout autre �tre humain...
d�testent J�sus.
On ne peut �tre antis�mite...
sans refuser la chr�tient�.
C'est dans l'Evangile.
Alors ?
Rien. Il ne fait que lire.
Pas d'incantation ni de priere ?
Pas de ch�le ni de kippa ?
Dieu tout puissant,
pardonne les p�ch�s de ce jeune H�breu.
Aide-le a nous pardonner nos p�ch�s envers lui.
Nous pardonnez-vous ?
Je ne pardonne personne.
Je te conjure d'�couter.
Dieu m'est apparu.
Tes ennuis cesseront si tu acceptes Dieu.
Tu dois confesser tes crimes et te repentir.
Je t'en conjure, Yakov Shepsovitch.
Tu m'as entendu, Seigneur.
Tu as entendu ma voix.
Que ton nom soit sanctifi�.
Ouvrez la porte.
Gardien, ouvrez la porte.
Que se passe-t-il ?
Un message m'est parvenu des Cieux.
Demain, six heures apres le chant du coq,
le Juif va reconna�tre la divinit� de J�sus-Christ
et tout avouer.
Satan !
Marie, protege-moi. J'ai port� les yeux sur le Malin.
Tiens-le.
Retourne-le.
Mon Dieu !
Mon Dieu ! Qu'y a-t-il ?
Je suis un homme.
Je suis un homme.
Raisl ! Je t'aime, Raisl !
Pourquoi m'as-tu quitt� ?
Je suis perdu au fin fond de l'univers.
Je t'en prie.
O� es-tu ? Je deviens fou.
Aidez-moi, je coule.
Dieu m'a d�truit, je n'ai aucun ami, aidez-moi.
Je vais me noyer dans les larmes et la bave de ce monde.
Maman, papa, sauvez-moi.
Raisl, n'importe qui. Aidez-moi.
Le monde m'a oubli�.
Je marche vers J�rusalem, vers les montagnes de la Lune.
Je marche vers l'enfer.
Je marche vers Saint-P�tersbourg voir le tsar.
Sa majest� imp�riale Nicolas II.
Empereur, tsar et autocrate de toutes les Russies.
Yakov Bok, bricoleur.
Veuillez vous d�shabiller.
Excusez-moi ?
D�shabillez-vous !
Gardez votre chemise.
Retirez le reste.
Pourquoi ?
Je dois vous fouiller.
Que cherchez-vous ?
De la piti�.
Arr�tez de me bousculer. Qui est la ?
Le roi de Bulgarie !
Je vous laisse. Tu as deux minutes, pas une de plus.
D�brouille-toi.
Regarde-moi.
Qu'ai-je oubli� de ton visage ?
Rien.
A quoi t'ont-ils r�duit ?
A quoi m'as-tu r�duit ?
Nous �tions pauvres et sans enfant,
mais tu t'es aussi prostitu�e.
Un homme, �a ne fait pas de moi une prostitu�e.
Une �pouse non plus.
Tu as cess� de m'aimer car je ne pouvais te donner d'enfant.
Je ne suis pas venue pour �a. Oublie, c'est du pass�.
Pourquoi alors ?
Je suis rentr�e au shtetl et papa m'a racont�.
J'ai implor� l'avocat g�n�ral de me laisser te voir.
Il m'a dit de t'apporter un papier. Signe et tu es libre.
Je maudis ce papier !
Je te maudis de l'avoir amen� ici.
Arr�te de brailler et signe.
C'est pour �a que tu es venue.
Pour me trahir une nouvelle fois.
C'�tait le seul moyen de te voir.
Ce n'est pas la vraie raison de ma venue.
Je suis venue pleurer.
Tu pleurais d�ja, la derniere fois que je t'ai vue.
Deux ans plus tard, je te retrouve en train de pleurer.
Bon Dieu, pourquoi pleures-tu ?
Je ne sais pas.
Des pleurs sont des pleurs.
Ne pleure plus.
Pardonne-moi de ne plus t'avoir honor�e au lit.
Je devais punir quelqu'un et tu m'as servi de bouc �missaire.
Tu �tais la personne la plus proche.
Que puis-je ajouter ?
Si tout �tait a recommencer, je te ferais moins pleurer.
Alors cesse.
Il n'y a pas que �a.
J'ai une nouvelle a t'apprendre qui risque de t'attrister.
J'ai donn� naissance a un enfant.
Il �tait temps.
Fille ou gar�on ?
Gar�on.
Comment s'appelle-t-il ?
Chaiml, comme mon grand-pere.
C'est un joli nom.
Il se porte bien ?
Evidemment.
A part mon asthme, je ne suis jamais tomb� malade.
Yakov, tu ne comprends pas.
Je t'ai quitt� il y a plus de deux ans.
Arr�te !
Le b�b� a moins d'un an.
Si tu peux avoir des enfants, d'o� venait le probleme ?
Pourquoi n'en avons-nous jamais eu ?
Qui sait ?
Ils arrivent parfois sur le tard.
C'est une question de chance.
La chance m'a toujours fait d�faut.
Je trouve d�ja incroyable d'�tre en vie.
Qu'attends-tu de moi ?
Cela faciliterait les choses si tu reconnaissais l'enfant.
Tu n'es pas oblig�.
Le pere...
Le pere est un goy.
C'�tait un Juif, un musicien. Il n'a fait que passer.
C'est le g�niteur, pas le pere.
Celui qui se conduit en pere est le vrai pere.
Mon propre pere s'en occupe.
Fais-le signer et pars.
Donne.
Cette confession �crite est un tissu de mensonges.
Je d�clare �tre
le pere l�gitime de Chaiml, le fils mis au monde
par ma femme Raisl Bok.
Venez en aide a ma femme et mon enfant,
en d�pit de tous mes ennuis.
Je vous en serais reconnaissant.
Sortez.
La p�tition anglaise comprend 240 noms,
dont les archev�ques de Canterbury et de York,
le cardinal Bourne et le Primat d'Irlande.
La p�tition am�ricaine regroupe
76 eccl�siastiques protestants et catholiques,
dont deux cardinaux.
Nous vous tiendrons inform�s
pour que vous compreniez a quel point le Comte Odoevsky tient
a obtenir des aveux rapides et volontaires
du prisonnier.
Sign� : I.N. Grubeshov.
S'il t'importune, tue-le.
M. le juge !
Ces gens sont d�nu�s de tout sens moral.
J'ai peur qu'ils veuillent aussi vous tuer.
Vous �tes venu pour �a ?
Non, pas vraiment.
Je viens saluer un h�ros.
Je n'ai rien d'un h�ros.
On d�cide d'�tre un h�ros. C'est un choix.
Je suis un imb�cile. Pire, un accident.
Je n'avais aucune intention.
Je viens vous apporter des nouvelles.
Ne le dites a personne.
Les portes s'ouvrent
et on libere les prisonniers.
Les rivieres d'Afrique remontent vers les montagnes.
Il y a une opale qui verse des larmes de sang...
Excusez-moi. Je ne crois pas aux superstitions.
Alors pourquoi me parler ?
Bien s�r... ce n'est pas vous.
Alors, c'est mon fant�me.
Vous avez de la visite.
Accueillez le Comte Odoevsky, ministre de la justice,
un homme honorable.
Il a interrompu un banquet pour venir.
Je suis fatigu�.
J'ai besoin de m'asseoir.
Si vous voulez me tuer, le gardien a un fusil.
Vous avez l'acte d'accusation ?
Mieux que �a, mon ami.
Le tsar f�te le tricentenaire de sa dynastie
en amnistiant plusieurs criminels, vous y compris.
Vous pourrez rentrer dans votre village.
Shtetl.
�a s'appelle un shtetl.
Vous �tes libre, vous avez �t� graci�.
Je n'ai commis aucun crime.
Je ne veux pas d'amnistie, je demande un proces.
Si vous essayez de me lib�rer sans proces,
il faudra me fusiller.
Vous m'avez trait� de criminel.
Prouvez-le.
Yakov Bok, je vous implore, au nom du tsar.
Emp�chez le pire drame qui puisse �choir au peuple juif.
Je l'emp�cherai.
Lors de mon proces.
Vous �tes fou.
Non, M. le procureur.
Ce n'est pas de la folie.
Il comprendrait.
Qui cela ?
M. Bibikov.
Ce n'est pas de la folie.
Mais de la conscience.
De la conscience.
C'est horrible d'avoir tu� un tel homme.
Il serait sage de ne pas accuser celui dont vous d�pendez.
La sagesse n'a jamais �t� mon fort.
J'ai senti un changement se perp�tuer en moi, M. le ministre.
La peur a fait place a la haine.
Qui ha�ssez-vous ?
Le tsar.
Le gouvernement.
Vous.
Tous ceux qui manquent...
de psychologie, comme on dit,
qui se transforme en bont�.
Et en respect pour les mis�reux.
On m'a mal inform� a votre sujet.
Vous avez de fortes convictions politiques.
Tout le monde s'int�resse a la politique.
"Pas de libert� sans combat", Spinoza l'a dit.
Un Juif ?
Il a dit...
"On ne peut rester impassible et se laisser d�truire."
Il a dit...
"Si l'Etat se comporte odieusement envers le peuple,
"d�truire l'Etat repr�sente un moindre mal."
Vous vous �tes exprim�.
Bonsoir.
Vous avez sous-estim� cet homme pendant trois ans.
Et compromis notre justice aux yeux de l'Europe.
Nous n'avons plus le choix. Il faut juger cet homme.
J'ai un terrible pressentiment.
De quel genre ?
Ils vont l'acquitter. Son visage, ses yeux le trahissent.
S'il est jug�.
- Le directeur... - Grizitskoy.
Il a plus de 65 ans, il partira en retraite demain.
Son adjoint, Pyatikov, le remplacera.
Finement pens�.
Seulement si nous agissons avec discr�tion.
Le monde entier a le regard tourn� vers ce Juif.
S'il lui arrive quoi que ce soit, �a ne passera pas inaper�u.
Je ne tiens pas a un autre Bibikov.
Sachez qu'un acte d'accusation a �t� dress� contre vous.
Vous le recevrez sous peu.
�a a mis du temps.
Vous �tes Hassid ?
Oh, �a ?
Ils veulent me faire para�tre aussi juif que possible.
Pour le proces, je crois.
Je comprends.
Je ne me suis pas pr�sent�.
Julius Ostrovsky, barreau de Kiev.
Vous repr�sentez toute la communaut� juive.
Je me sentirais honor� a votre place.
Il n'y a rien d'honorable.
Tout n'est que souffrance inf�me.
On n'honore pas la souffrance.
Parlons de mon dossier.
D'abord, la culpabilit� de l'amant de Marfa a �t� �tablie.
Ensuite, des p�titions arrivent du monde entier chez le tsar.
Enfin, la justice peut �tre faite, m�me en Russie.
Vous avez une chance, pas �norme, mais une chance quand m�me.
Votre situation s'am�liore.
C'est �trange.
Quand �a s'arrange a l'ext�rieur, c'est pire pour moi ici.
Pourquoi cela ?
Ils m'insultent.
Ils trouvent tous les moyens imaginables de m'humilier.
Hier, ils m'ont jet� un seau d'excr�ments sur la t�te.
Ecoutez-moi attentivement, Yakov Shepsovitch.
Ils ne peuvent �viter le proces qu'en vous tuant.
Ne leur donnez pas l'occasion de justifier cet acte.
Ob�issez a leurs ordres.
Faites attention aux accidents.
Ne r�pondez pas aux provocations.
C'est compris ?
Je le sais mieux que quiconque.
Ils ont tu� M. Bibikov dans cette prison,
le saviez-vous ?
Nous n'avons aucune preuve.
N'en parlez pas.
Votre situation est d�ja assez dangereuse.
J'en ai d�ja parl�.
A Grubeshov et au Comte Odoevsky.
Que vous a-t-il pris ?
La colere.
Vous devez contr�ler votre colere.
Je vous en conjure, Yakov, soyez vigilant.
Je ne peux pas mourir.
Pas encore.
Je veux vivre.
Je ne mourrai pas.
Je dois vivre !
Je ne vais pas mourir.
Je ne vais pas mourir.
Tu as ce que tu voulais.
J'espere qu'ils te pendront.
Ton proces commence aujourd'hui.
Prends ton petit-d�jeuner.
Regarde.
Un vrai festin !
On traite les Juifs comme des rois.
Mange.
Je n'en veux pas.
Je suis trop nerveux.
Je ne pourrai rien avaler.
Je t'ai donn� un ordre.
Quand je te dis de manger, tu manges !
Commence par la soupe.
Allez...
Ne vous pressez pas, Capitaine, prenez votre temps.
Mettons les choses au clair, Capitaine.
Comprenez bien
que c'est votre prisonnier a pr�sent.
S'il lui arrive quoi que ce soit,
vous en �tes responsable, pas moi.
Est-ce compris ?
Emmenez-le.
Reconduisez cet animal a sa cellule et fouillez-le.
Nous l'avons d�ja fouill�.
Recommencez.
J'ai chang� de mains.
Pas exactement.
Le Comte Odoevsky m'a �crit de Saint-P�tersbourg.
Sa Majest� le tsar veut �viter tout risque d'accident.
Il a ainsi ordonn�
une fouille rigoureuse du prisonnier.
On m'a d�ja fouill� deux fois.
Les gardiens m'ont vu.
Silence !
Conduisez-le.
A ta cellule.
Rasez-moi tout �a.
Et trouvez-lui une kippa.
Ouvre la bouche.
Penche-toi et �carte.
Et enleve cette chemise puante.
Je n'ai jamais eu a l'enlever.
Ote-la ou je la transforme en lambeaux.
Pour qui vous me prenez ?
Un magicien ?
Je n'ai pas de livres dans l'estomac,
ni de r�giment dans la bouche,
ni de t�moin dans les oreilles.
Attendez.
La loi, c'est la loi. C'est interdit de tuer un prisonnier.
Ecarte-toi.
Nous devons ob�ir au reglement.
C'est mon prisonnier. J'ai garanti sa s�curit�.
Ouvrez !
Leve-toi, Juif.
En arriere !
Reculez !
Faites-le descendre.
Levez armes !
Amenez-le.
Je ne vais pas m'enfuir,
apres ce que j'ai subi pour arriver jusqu'ici.
Il s'appelle Yakov Bok.
Juif.
Innocent.
Et votre frere a tous.
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