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Et ils ignorent qu'ils voyagent
comme deux solitudes prenant rendez-vous
dans une mémoire étrangère.
Derrière le miroir du monde
derrière la nuit
cachés dans le pli du temps
je sens votre présence
je vous entends.
Lumière de Sastal'Ek
qui éclaire chaque nuit
montre-moi qui vient.
Ils traversaient la nuit
comme des créatures maléfiques
pour nous faire peur
pour nous chasser de nos maisons.
Mangez, mangez!
Je vous donne à manger pour vous nourrir.
Voilà, maintenant vous avez de quoi manger.
Parce que je m'en vais.
Je pars quelques jours
et puis je reviens.
Là vous avez de quoi manger
jusqu'à mon retour.
N'essayez pas de vous en aller.
Mangez, mangez, mangez.
Où tu vas?
Ne vous battez pas.
Soyez sages.
Seigneur Dieu, garde ma maison
durant mon voyage.
Protège-moi où que j'aille
et que je revienne en paix.
Quand j’étais enfant
la jungle s’étendait au-delà
de tout ce que nous connaissions.
Les hommes
les animaux
et les esprits
tous vivaient en harmonie.
La terre fertile
nous donnait tout ce dont nous avions besoin
pour vivre
et pour nous soigner.
La terre appartenait à ceux qui savaient la cultiver.
Aujourd’hui
tout a changé.
C'est qui?
C'est Léon.
C'est qui?
C'est Léon, le frère de Pablo.
J'arrive...
Entre.
Tu es qui, toi?
Emilio.
Je vis ici, chez Pablo.
Depuis longtemps.
Mais entre...
Entre.
Assieds-toi.
Tu veux boire un café?
D'accord.
Je vais chercher ça.
Voilà du café.
Alors, qu'est-ce qui t'amène par là?
Eh bien... je suis venu
pour demander pardon à Pablo.
Nous nous sommes disputés il y a longtemps.
On a arrêté de se voir...
pour des bêtises.
Et on ne s'est plus jamais parlé.
Il y a aussi une autre raison...
Aujourd'hui, j'ai besoin de son aide.
Mais, c'est que...
Ton frère n'est plus là, il est parti.
Il est mort.
Il est mort.
Tu m'annonces qu'il est mort.
Tu sais où il est enterré?
Bien sûr.
Pourquoi personne ne m'a prévenu?
C'est que....
Je t'ai envoyé des lettres pour te prévenir.
Il était très malade et il voulait te voir.
Mais tu n'as jamais répondu.
C'est ça.
Tu n'es jamais venu. Tu n'as pas reçu mes lettres?
Oui, c'est parce que...
Non...
Je ne sais pas lire...
Et j'ai eu beaucoup de problèmes.
Ils sont en train de prendre ma maison.
Ils vont construire une grande route là où j'habite.
C'est aussi pour ça que je voulais le voir.
Pour voir s'il pouvait m'aider.
A-t-il laissé quelque chose pour moi avant de partir?
Il ne reste rien.
Il a été malade très longtemps
et on a commencé par vendre ses biens
pour essayer de le sauver, mais on n'a pas réussi.
Il est mort, et avec le reste on a payé ses funérailles.
Il n'y a plus rien. Rien du tout.
J'aurais aimé le voir une dernière fois.
Je dois lui demander pardon.
Bien sûr.
Bien sûr.
Leon Coyoc.
Entrez.
Non...
C'est très infecté.
Je vais vous prescrire des antibiotiques.
Aussi contre la fièvre.
Et s'il vous plaît, arrêtez les médicaments naturels.
Les herbes, les préparations... Rien de tout ça.
Uniquement la médecine moderne.
Le reste ne marche pas. Ok?
Oui.
J'ai besoin de savoir si c'est pour demain matin ou demain soir.
Parce que la dame est ici et elle attend ses médicaments.
C'est pour ça que j'ai besoin de savoir.
Bon, alors je vais lui dire, mais...
Merci.
Alors, vos médicaments sont bien arrivés à la centrale de Mérida
mais on ne les a pas ici.
On va les recevoir demain matin ou dans l'après-midi.
Vous allez devoir revenir.
C'est difficile pour moi, car j'habite à Santa Ana.
Est-ce que vous pourriez me les livrer à domicile?
Non, nous n'avons pas de service à domicile.
Vous allez devoir revenir. C'est bon?
Non, c'est compliqué, comme je t'ai dit.
Bon...
Alors, laisse tomber.
Je ne comprend pas. Vous voulez annuler la commande?
Oui, exactement! Annule la commande.
Vous êtes sûre? – Oui, je suis sûre.
Tenez, votre ordonnance. – Merci.
On y va Bruno.
Ça suffit Hilda.
Tu continueras demain.
Je vais m'allonger je suis un peu fatiguée.
Je peux rester, si vous avez besoin de moi.
Non, ça va.
Merci, je vais bien.
Vous êtes sûre Madame?
Oui.
Merci de rester avec moi.
Ça compte beaucoup.
C'est vrai.
Merci.
On se voit demain.
Reposez-vous.
La nuit passée, j'ai fait un rêve.
J’ai rêvé que tu étais là.
Il n’y avait plus de distance.
J’étais toi
et toi, tu étais moi.
Nous étions vieux et enfants
dans le même temps.
Rien ne séparait le passé du futur.
Nous étions là, main dans la main
pour l’éternité.
Lena.
Tu es là?
Oui, donne-moi une seconde.
Je ne t'attendais pas.
Tu n'es pas venu hier soir.
Nous étions préoccupés.
Oui, j'aurais dû vous prévenir.
Je suis désolée.
Entre, je vais ouvrir un peu.
Je vais faire du café.
Tu nous as manqué hier.
Carlos avait envie de discuter avec toi
de son nouveau livre.
Il a lu ton article...
sur «la construction de la voix poétique en temps de violence.»
Et...
Il aurait aimé pouvoir échanger.
Oui.
Tu sais qu'il t'admire beaucoup.
Oui.
Mais je n’en ai pas envie...
Pour moi, c'est du travail.
Et je n'ai plus la force maintenant.
Qu'est-ce qu'il y a?
J'aurais dû rester à Mexico.
Pourquoi tu dis ça?
Parce que je ne me sens pas chez moi ici.
Tout ça fait partie du passé.
Et je ne sais pas pourquoi je m'obstine à vivre dans le passé.
Et je ne suis même pas capable de défaire les cartons de livres.
Mais bon, je crois que c'est...
la meilleure décision que tu aies prise.
C'est ce que tu voulais, non?
Être en paix avec tout ça.
En paix...
Oui.
Et le traitement?
Il ne sert à rien le traitement.
Je ne sais pas, peut-être...
On pourrait consulter un autre médecin.
J'en ai déjà vu assez.
Tout ce que je sais, c'est que je ne retournerai pas à l'hôpital.
Ça c'est clair!
J'ai eu ma dose.
Et je vais te demander une chose.
Qu'on me laisse seule.
J'ai besoin d'être seule.
Bruno!
Bruno!
Bruno, viens ici!
Bruno!
Bruno!
Dans les hautes herbes
comme dans les airs
je me souviens
de la lumière qui soigne
et fait pousser les plantes.
Le vent de Kukulkán
porte avec lui
les paroles d'amours
et des peines.
Il annonce celui qui vient
et moi je l'entends
et marche avec lui.
Tu as faim?
Tu aimes?
Salut Léon.
Comment vas-tu?
Ça va.
Qu'est-ce qui t'amène par ici?
J'aimerais que tu me lises ça.
C'est un avis de recherche.
D'un chien qui... s'est perdu.
Et quoi d'autre?
Alors, c'est écrit...
qu'il s'appelle Bruno.
Bruno? – Oui.
C'est écrit ici, regarde.
Bruno. B, R, U, N, O.
Il appartient à une dame.
Elle l'a perdu pas loin de la Ceiba.
Elle dit qu'il est très amical mais qu'il a peur des étrangers.
Elle dit aussi qu'il y a une récompense.
Pour celui qui le retrouvera.
Il y a un numéro où on peut l'appeler?
Oui.
Appelle-la.
Mais pourquoi veux-tu que je l'appelle?
Parce que le chien est avec moi.
Il est chez moi.
Et comment tu sais que c'est le bon chien?
Je le sais.
Oui, bonjour.
Nous avons ici une annonce
pour la recherche d'un chien qui s'appelle Bruno.
C'est le bon numéro? Merci.
Apparemment, mon ami l'a retrouvé.
C'est qui?
Lena.
C'est toi Léon? – Oui, entre.
Et mon chien?
Il est à l'intérieur.
Bruno...
Qu'est-ce que tu fais ici, si tranquille?
Hein, Bruno?
Tu m'as tellement manqué. Vraiment...
Je n'arrivais pas à dormir.
Merci.
Tu veux de l'eau?
Oui.
Merci.
Merci.
Ce chien, c'est tout ce que j'ai.
Tu te souviens de moi?
Oui.
Je me souviens de toi.
Nous nous sommes vus à la pharmacie.
Oui, c'est moi.
Et maintenant, tu as retrouvé mon chien.
Oui, c'est lui qui est venu vers moi.
Je l'ai bien ausculté et...
Il n'a pas de blessures.
Il était tout tranquille.
Il a l'air heureux ici, avec toi.
Oui.
Ça c'est pour toi.
Non. – La récompense.
Non.
Comment non?
Non, vraiment. Je ne veux pas d'argent.
Pourquoi tu ne veux pas d'argent?
Pourquoi?
Comment je peux faire pour te remercier, sinon?
Léon.
Bonjour.
Entre.
Comment ça va?
Pas très bien.
Pourquoi?
Tu vas me raconter.
Entre.
Assieds-toi.
Je vais chercher du café.
Bruno.
Bruno!
Raconte-moi, Léon.
Dis-moi, qu'est-ce qu'il t'arrive?
Ils vont détruire ma maison.
Qui ça?
Les riches.
Ils vont construire une route.
Le terrain t'appartient?
Oui, mais ils disent que je n'ai pas les titres de propriété.
Mais ils ne peuvent pas te chasser comme ça.
As-tu parlé avec un avocat?
Excuse-moi.
Salut ma chérie. – Salut Enrique.
Comment ça va? – Bien.
Pardon, je sais que tu veux être seule.
Mais on est inquiets et on veut savoir comment tu vas.
Je vais bien. Le mieux que je peux.
Regarde ça!
Bruno!
C'est incroyable, tu l'as retrouvé. Pourquoi tu ne m'as rien dit?
Il a retrouvé le chemin de la maison tout seul.
Merveilleux. Il faut toujours faire confiance à l'instinct des animaux.
Oui.
Tu m'invites à boire quelque chose de frais?
Avec cette chaleur...
J'ai de la compagnie. – Je ne veux pas te déranger.
Non, ça va. Je suis avec le jardinier.
Je pensais élaguer un peu les arbres,
planter quelques fleurs...
Si j'avais su ça avant, je t'aurais aidé à trouver quelqu'un.
Oui, mais je n'ai encore rien décidé.
Viens, je te le présente.
Léon?
Je te pésente Enrique, un ami de la famille, architecte.
Léon...
Enchanté.
Tu as un plan, un projet du jardin?
Je suis curieux.
Tu sais où se trouve la sortie?
Bon, adieu Madame.
Au revoir.
Au revoir Léon.
Je t'amène quelque chose de frais. – Oui, s'il te plaît.
Grimper sur lui
pour voir le jour se lever
comme tu le faisais jadis.
Ciel vivant
Je me tiens près de l'arbre
comme l'enfant à la fenêtre.
Je l'entends respirer
il dort depuis longtemps.
Le vent dans ses branches
porte la voix des disparus.
Ceux qui viennent
sauront le voir
planté là depuis toujours.
Que se passe-t-il? – Vous ne pouvez pas passer.
Oui, je vois. Mais vous faites quoi? – La route est fermée.
Mais je dois passer, on m'attend. – Désolé, vous ne pouvez pas passer.
Entre, Léon.
Ça, c'est ta chambre.
Tu peux rester ici tout le temps que tu voudras.
Tu as faim? Tu aimerais manger quelque chose?
Non.
La cuisine est là-bas, à coté de la salle à manger.
Et ma chambre tout au fond.
Si tu as besoin de quelque chose,
je suis là.
Repose-toi.
Bonjour.
Comment as-tu dormi?
Pas très bien.
C'est la première fois que...
je dors dans un vrai lit.
Qu'est-ce que tu as trouvé?
C'est un souvenir de mon mari.
À chaque voyage, il ramenait les graines de ses fleurs préférées.
Il aimait les fleurs plus que tout.
Celles-ci sont des graines de fleurs de Cosmos.
Il les a ramenées du Japon.
Lors de son dernier voyage.
Avant de mourir.
Désolé.
Je ne voulais pas te faire souffrir.
Non, j'aime bien parler de lui.
Comment il était?
Un homme bon.
Je te montre pas les photos car elles sont dans les cartons.
Je ne veux pas les ouvrir.
Qu'est-ce qui lui est arrivé?
Il est mort dans le tremblement de terre de 1985 à Mexico.
Ça fait longtemps.
Tu veux qu'on plante quelques graines?
Tu connais la terre, tu saurais le faire.
Tu vas essayer?
Celui-ci est un de mes préférés.
Écoute bien.
Aimer, c'est peut-être apprendre à marcher dans ce monde.
Apprendre à nous tenir tranquilles
comme le chêne et le tilleul de la fable.
Apprendre à regarder.
Ton regard est comme un semeur.
Il a planté un arbre.
Je parle parce que tu fais trembler les feuilles.
Ça t'a plu?
Oui.
Tu veux que je lise encore?
Je peux continuer si tu veux.
On dit comme ça.
De la Sierra Morena, je descends.
Une paire de petits yeux noirs...
...chante au lieu de pleurer.
Parce qu'en chantant les cœurs se réjouissent
mon joli ciel.
Vas-y.
Parce qu'en chantant les cœurs se réjouissent
mon joli ciel.
J'y vais, Madame.
Très bien Hilda. On se voit demain.
Oui.
Vous vous sentez déjà mieux.
Oui!
Bonne nuit. – À toi aussi.
Bonne nuit Léon. – Au revoir Hilda.
J'aimerais t'emmener quelque part.
Où ça?
Où?
À une source d’eau. Magique.
«Là où le ciel naît.»
Je suis trop fatiguée pour voyager.
Ce n'est pas très loin d'ici.
Je n'aime pas l'eau.
Je ne sais pas nager.
Je peux t'apprendre.
Sûrement pas!
Je suis trop vieille pour apprendre à nager.
Mais je te remercie.
J'apprécie l'invitation.
Tu as fini?
Oui, merci.
Tu as réveillé en moi
beaucoup de choses
que j'avais essayé d'oublier.
Pardon.
Je ne voulais pas.
Je suis très malade, Léon.
Je vais mourir
et j'ai peur.
N'aie pas peur.
Pourrais-tu rester avec moi jusqu'à la fin?
Tu sais danser?
Viens.
Lena!
Lena!
Hilda!
Hilda!
Hilda!
Entre Léon.
Comment va-t-elle?
Elle va rester un peu à l'hôpital.
Les médecins prennent soin d'elle.
Heureusement que tu étais là.
Elle ne va pas guérir.
Madame, je vais devoir vous changer.
Non, Hilda. Je ne veux pas.
S'il vous plaît, laissez-moi vous changer.
Je vais le faire moi.
Non, non...
Va-t'en s'il te plaît! – Laissez-moi vous aider.
Vous ne pouvez pas rester comme ça, c'est tout mouillé.
Tout est mouillé... – C'est bon! Je vais me changer.
Je peux encore me changer, Hilda!
Je vais me changer.
Pourquoi tu me regardes comme ça?
Tu aimes me voir comme ça?
Qu'est-ce que tu fais planté là?
Va-t'en Léon.
Va-t'en Léon!
Tu aimes voir une femme comme ça?
Dans un état lamentable. Dehors!
Dehors tous les deux!
Merci. – Pour vous servir, Madame.
Merci.
Avec plaisir.
Tu crois en Dieu?
Oui.
Et comment tu fais pour croire en quelqu'un que tu n'as jamais vu?
Dans le vent,
dans le chant des oiseaux
et dans les branches des arbres
qui libèrent leurs parfums
que nous percevons.
Tout cela
est Dieu.
Oui.
J'ai un peu honte de te le dire, mais...
J'ai toujours voulu tuer Dieu en moi.
Non.
Mais pourquoi?
Pour qu'il me fiche la paix.
Adolescente, je suis tombée enceinte d'un garçon de l'école.
Je ne voulais pas parce que c'était ma première fois
et je n'étais pas amoureuse.
Mais lui...
Il m'a forcé.
À cette époque l'avortement n'était pas légal dans mon pays.
J'ai passé neuf mois
à parler à mon enfant et...
à lui dire que j'allais toujours l'aimer, même sans papa.
Mais il est mort-né.
Et...
Je n'ai jamais plus voulu un autre enfant.
Maintenant, je le regrette.
Plus tard...
J'ai travaillé comme une dingue
des longues années d'études,
beaucoup de diplômes.
J'étais professeure de littérature à l'Université.
La connaissance,
la culture, le savoir...
Tout ça a signifié pour moi
un espoir, une satisfaction, un besoin.
Mais maintenant
que je suis sur le point de disparaître
je crois que ni les livres, ni la religion,
ni même
les meilleurs alcools du monde et leurs ivresses
ne peuvent soigner cette blessure
d'être, un jour, née seule.
Et un jour, mourir seule.
Toi...
au moins, tu crois en Dieu.
Nous avons préparé quelque chose pour toi.
Qu'est-ce que c'est?
Quelque chose qui va t'aider.
Merci...
J'aimerais que tu m'apprennes à nager.
Je sens le froid arriver.
Je sais qu'elle est là.
Je ressens sa présence.
Comment c'est là-bas?
Je ne sais pas.
Mais mes morts, je les entends parler.
Alors tu veux dire que...
On ne s'en va pas?
Je...
veux te dire merci, Léon.
Parce que...
tu as été...
Un cadeau.
Un miracle.
Toute ma vie, j'ai attendu des mots d'amour
qui ne sont jamais venus.
Et toi, tu me parles...
avec des caresses
que je n'attendais plus.
Je t'aime beaucoup
mon ami.
Merci.
Tu peux y aller, Lena.
Sous-titrage: face-c.net
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