Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Ça veut dire que tu ne descends pas ? Tu m'excuseras après d'aller, mais je dois
être à l'hôpital demain à 6h.
C'est toujours toi qui décide de tout.
La décision d'arrêter de se voir, c'est de moi que ça vient.
Mais à cause de qui, puisque tu refuses de vivre avec moi ? On n'est pas obligés
de vivre ensemble pour s'aimer.
Ça fait trois ans que tu me dis ça, maintenant j'en ai assez.
C'est devenu un chantage absurde.
Rien à signaler ? Elle a été sage comme une image.
Je vais voir si elle dort bien.
Quelque chose à boire ? Merci, on a bu des orangeades et des tisanes toute la
soirée.
Vous êtes fatigué, Paul ? Oui, j'ai une jeune malade en ce moment qui menace de
se suicider.
Et puis j'ai décidé d'aller m'installer à Paris.
À Paris ? Définitivement ? Oui, je viens d'accepter de prendre la direction d'un
service à la salle pétrière.
Et Martha ? Elle refuse de m'accompagner.
On a décidé de se séparer.
Je crois que Martha va avoir besoin de vous.
Elle a tranquillement dîné avec nous et tout à coup elle a demandé d'aller se
coucher. Elle a dit qu'elle voulait devenir écrivain comme toi.
Tu ne t'assois pas ? J'étais assis toute la soirée.
Tu veux qu'on passe l'après-midi ensemble demain ? Non, je dois relire
mon travail.
Et Jean-Luc ? Il revient dans deux jours.
Tu viens, Sylvia ? Moi, le matin, je n'arrive pas à dormir.
Qu'est-ce que vous avez, toutes les deux ? Tu leur as parlé ? Mais non.
Je t'appelle demain.
Ah, mon Dieu, Paul, j'allais oublier. L'hôpital a cherché à vous joindre tout
à l'heure. C'était votre assistant, je crois.
Il a demandé à ce que vous rappeliez le service à n'importe quelle heure.
Bonne nuit.
Merci, Brigitte. Au revoir. Au revoir, Sylvia.
Je peux téléphoner ? Tu me demandes si tu peux téléphoner ? Oui, ça prouve à
quel point je me sens mal à l'aise.
T'as honte de ne plus m'aimer, c'est tout ? On va pas jouer la même scène à
2h du matin.
M'aimer pour toi, c'est m'enfermer chez toi.
C'est idiot et malhonnête de dire ça.
Si on a renoncé à vivre ensemble depuis 3 ans, c'est pour préserver notre
indépendance. Notre travail à chacun.
Pour faire en sorte de ne pas abîmer nos sentiments.
Allô ? Baudouin, l'appareil. Le docteur Dervaux est là ? Passez-le-moi, s'il
vous plaît.
Allô, Jacques ? Tu m'as appelé.
Je savais bien qu'elle allait réagir.
Tu l'as parlé ? Son frère a appelé ? Mais
pourquoi est-ce que tu me l'as pas dit ? À 9h ? Mais je sais pas, moi j'étais au
restaurant, en ville.
Il fallait me rechercher. Il n'y a pas 50 endroits à Lille où je peux me
trouver un samedi soir.
Ma vie privée n'a rien à voir là-dedans.
Si elle m'a appelé, c'est qu'elle avait besoin de me parler.
Quoi ? Où ? Je dis, où
ça ? C
'est Freda ?
Elle s'est jetée. Elle est sous un train.
Elle a mis sa robe de mariée avant de se suicider.
Son frère n'aurait jamais dû la forcer à se marier.
Je fais du café, tu en veux ? Non, je vais rentrer chez moi.
Paul, t'es un bon psychiatre, mais tu peux pas faire l'impossible.
Il n'y a peut-être pas d'autre issue à une telle histoire d'amour.
Reste un peu ici.
Non, tu dois travailler et moi j'ai besoin d'être seul.
Je n'étais pas là dans la nuit.
Tu ne veux pas dormir là ?
Il n'y a pas 36 façons de vivre un amour.
Il y en a deux.
La première, c'est de vivre complètement ensemble, coller l'un à l'autre.
La deuxième, c'est de préserver son indépendance au risque de perdre l'homme
qu'on aime.
De toute façon, on est insatisfaites.
Les amis d'Isabelle avaient loué pour l'été une petite maison dans le
Boulonnais et elle avait décidé d'aller leur rendre visite.
Elle était ravie de les revoir malgré l'absence de son mari et se réjouissait
de faire la connaissance de leur bébé.
Dis-donc, il y a à manger.
Tu te sens bien ici pour peine ? C'est ce que je voulais.
Comment va le bébé ? Ce sale môme ne dort jamais, il nous épuise. Mais lui,
il va très bien.
En fait, on aurait pu y aller à pied.
Mais avec toutes ces provisions, c'est aussi bien comme ça.
Si le bébé vous donne tant de mal, vous devez plus avoir beaucoup de temps pour
cuisiner.
Tu pourras nous préparer un bon repas, ce sera bien agréable pour une fois.
Anne va supporter quelqu'un dans sa cuisine ? La vérité, c'est qu'Anne n'en
peut plus.
Mais c'est fatigant.
T'étais comme ça, toi ? Avec vous deux, il faut toujours que je regarde en
arrière.
J'avais 17 ans.
Gilbert m'a tout de suite laissée tomber.
Oui, c'est vrai, j'étais capricieuse et insupportable.
Mais je vivais toute seule, ça fait une sacrée différence.
Oui.
Alors, ne vous en faites pas trop, tous les deux.
Bon.
Vous étiez si mignons à la maternité le jour de la naissance.
Anne tellement fière et heureuse, avec son bébé couché près d'elle dans le
berceau.
Tu l'as pris dans tes bras comme si t'avais toujours fait ça.
Tu l'as serré un petit moment sur ton épaule.
Anne a tendu les mains vers lui.
Tu le lui as donné délicatement avec un air de patriarche.
Je peux regarder ?
Le
propriétaire faisait des tomates là-dedans.
Ça fait un bon atelier maintenant.
Anne ne s'est pas encore installée pour dessiner, je t'assure que ça me manque.
Parfois ici, il fait aussi chaud qu'en enfer.
Surtout quand le soleil cogne vraiment.
Anne amène le bébé pour l'aider à supporter le climat des pays chauds, ça
sera toujours ça de gagné quand on repartira en vadrouille.
Vous faites un sacré beau couple, tous les deux.
Isabelle, je suis contente que tu sois venue.
J'avais hâte de voir la peinture de Pierre.
Je crois que c'est très bon.
Quand il est en Espagne ou en Italie, il peint la saleté, la noirceur, la misère.
Quand il est ici, voilà ce qu'il fait.
Ça te plaît ? C'est bien, non ? C'est incroyable la sensualité qui se cache
derrière ce petit mec.
Et toi ? La naissance du bébé a tué toute envie de création.
Ce n'est pas comme quand j'étais enceinte.
Pendant sa grossesse, elle dessinait comme un démon.
Tu vas voir, ça va revenir, il vient à peine de naître.
Oh, ça m'est égal.
C'est ça qui est drôle, ça m'est complètement égal.
Vous êtes vraiment très mignons, tous les deux.
Si on allait prendre un thé.
J'ai tout préparé quand j'ai entendu la voiture.
Tu as vu le soleil dans la robe d'Anne ? C'est exactement la lumière qu'on
retrouve dans ton tableau.
Il y a toujours quelque chose qui vient directement d'Anne dans ta peinture. T
'en frappes à chaque fois.
Il est dehors dans son landau.
Est-ce que la tienne pleurait beaucoup aussi ? Elle a été infernale les trois
premiers mois, sans que je sache pourquoi.
Et puis tout d'un coup, elle s'est civilisée.
Vivement qu'il est trois mois.
On en a encore pour six semaines.
C'est si dur que ça ? J'ai jamais été aussi en forme.
Il va falloir que je le rende bientôt.
Laisse-le un peu, pour une fois qu'il est calme.
Tiens, prends une cigarette.
Tu as eu des nouvelles de Jean-Paul ? Bien sûr, voyons, je t'ai dit qu'il lui
a téléphoné cette nuit.
Laisse-la me répondre.
Qu'est-ce que ça te fait, Isabelle ? Comment ça, qu'est-ce que ça me fait ?
Jean-Paul qui ne revient pas.
Mais il revient ! Moi, c'est pas si long que ça. Et avec tout ce qui se passe au
Venezuela, il est bien obligé de rester là-bas.
Tu vois ? Comment ça, tu vois ? Allons, ça suffit comme ça.
Je suis sûre que c'est très agréable d'avoir un mari qui s'en va comme ça de
temps en temps.
Tu te rends compte que Pierre et moi, ça fait dix ans qu'on vit collés comme des
frères siamois ? C'est malsain, non ? Tu sais jamais quitter une seconde.
T'imagines Isabelle depuis dix ans.
Mais je trouve ça très bien, au contraire.
Tu dis que tu aimes bien te marier un journaliste qui s'en va tout le temps.
Ça n'arrive que trois ou quatre fois par an, mais ça ne me déplaît pas toujours.
Non, en fait, je vous envie tous les deux.
Et lui, qu'est-ce qu'il en pense ?
Qu'est-ce qu'il pense, Jean-Paul ? Je crois qu'il est content de s'en aller.
Il aime bien l'intimité, mais il ne l'apprécie pas autant que moi.
Moi, je suis comme Jean-Paul.
Je serais ravie si Pierre s'en allait de temps en temps.
Je crois que j'étouffe d'être enfermée avec lui jour et nuit, d'année en année.
Merci. Je parle sérieusement.
Il y a quelque chose d'humiliant pour deux adultes, d'être incapables de se
perdre de vue une seconde.
Quand Mathias sera un peu plus grand, tu iras faire un tour pendant un mois ou
deux, et quand tu reviendras, tu m'apprécieras.
Mais ce n'est pas parce que je ne t'apprécie pas. Ce n'est pas ça du tout.
Tu vas te taire maintenant.
Tu vas faire un petit effort aujourd'hui pour nous laisser tranquille.
Avoir un bébé, c'est comme être amoureuse.
Ça vaut mieux que n'importe quel homme, hein, Isa ? Oh non, tout de même. Enfin,
pas pour trop longtemps, en tout cas.
T'as raison.
Pourtant, j'arrive pas à imaginer.
Isabelle, est-ce que Jean-Paul a des aventures quand il est loin ? Nom de
Dieu ! Oui, sûrement.
Et ça t'ennuie ? Je n'y pense pas.
Moi, je crois que ça ne me ferait rien.
Merci de me le faire savoir.
Et toi, ta désaventure quand Jean-Paul est loin ? Quelquefois ? Pas vraiment.
C'est que Pierre m'a trompée cette semaine.
Il y a une antiquaire idiote qui habite de l'autre côté du champ.
Quand elle a su qu'il y avait de vrais artistes en chair et en os qui campaient
près de chez elle, ça l'a excitée.
Elle a eu de la chance, elle avait une excuse toute trouée avec le bébé.
Mais moi, il a fallu que j'aille à sa soirée d'imbécile.
L'alcool coulait à flot, il y avait des gens incroyables.
Après minuit, je sais plus très bien ce qui s'est passé.
Tu sais comment il m'a appris ça ? Il était très tôt, j'étais en train de
nourrir le bébé.
Tout à coup, il s'est assis tout droit dans le lit et il m'a dit « Bon Dieu,
Anne, ça vient de me revenir, j'ai baisé cette garce de voisine sur son canapé
brochet ! » Et je m'en fiche éperdument.
Et pourquoi pas ? C'est la première fois que ça lui arrive depuis toutes ces
années. Ça aurait dû me faire quelque chose.
Je te trouve bien sûr de toi de dire que c'est la première fois.
Ça aurait dû me faire quelque chose, quand même.
Oui, si vous ne vous entendiez pas si merveilleusement.
C'est pareil pour Jean-Paul et moi.
Si on n'était pas...
Chaque
fois que Jean-Paul rentre de voyage, on se dispedue à la main pour n'importe
quoi.
Jean-Paul le sait bien, c'est parce qu'il est jaloux des aventures que j
'aurais pu avoir, et réciproquement.
Alors on fait la mort et on oublie tout ça.
Isabelle, ma chérie, va revenir.
Oui, je sais.
C'est à cause de vous.
Vous êtes si bien tous les deux.
Chaque fois que je vous vois, j'ai envie de retrouver Jean-Paul.
Tu trouves qu'on va bien ensemble ? Il va être six heures, tu ferais bien de
nourrir Mathias.
Isabelle va s'occuper du dîner.
C'est vrai, Isa.
Comme c'est gentil. La cuisine est à toi.
Que c'est agréable d'avoir quelqu'un qui s'occupe de vous.
Pierre, tu lui fais visiter la maison ?
Tiens, regarde ça.
Quand est-ce qu'elle a fait ça ? Pendant sa grossesse.
Elle les dessinait les uns après les autres en série.
Il y en a quelques-uns d'assez osés.
Elle en a fait plus de 200.
Sa technique s'affirmait de jour en jour.
Je ne l'ai jamais vue dans un tel état. Elle dessinait même la nuit.
Et puis au huitième mois, elle s'est arrêtée d'un seul coup.
Elle a rangé tout ça et elle n'en a jamais plus parlé.
Ils sont admirables.
Oui, hein ?
C'est sûrement pas
très grave.
Quoi ? Ah oui, je vois ce que tu veux dire.
Non, en effet, c'est pas grave.
Tu sais, je crois qu'Anne se sent en état d'infidélité vis-à-vis de toi.
Quoi ? À cause du bébé, il faut pas chercher plus loin.
Tu crois ?
Qu'est-ce qui nous amuse tant là-haut ? Je ris parce que tes dessins sont
excellents. Oui, ils sont bons, hein ?
Je
n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu faire ça.
Je ne peux pas imaginer que je ne puisse jamais le refaire un jour.
Tu as l'air d'une vraie tigresse.
Oui.
Il paraît que je devrais le laisser crier. Si j'étais arabe ou africaine, il
serait accroché à mon dos en permanence. Et ce serait très bien.
Je pense que les enfants naissent trop tôt. Ils devraient rester neuf mois de
plus dans le ventre de leur mère. Ce serait mieux pour tout le monde.
Oh, tu exagères.
Moi, ça ne m'aurait pas dérangée.
Il va falloir que je rentre.
Oh non, tu vas rester.
Impossible. J'ai ma fille à partir de demain soir.
Reste au moins pour la nuit.
Allez, s'il te plaît.
Mais je ne peux pas.
Isabelle, j'ai besoin que tu restes.
Je n'aurais jamais cru que ça me plairait de partager ma maison avec une
autre femme, que quelqu'un d'autre s'occupe de moi.
Eh bien, ma chérie, il va falloir à nouveau te contenter de moi.
Ça ne te plairait pas, Isabelle ? Quoi ? Tu trouves Pierre pas mal, non ? Oui.
Je le sais bien.
Pierre, tu trouves Isabelle attirante, hein ? Tu parles.
Et ben alors ? Et pourquoi pas ? Mais là, j'en crois.
Et Jean-Paul, qu'est-ce qu'il devient dans tout ça ? Oh, Jean-Paul ne me
déplairait pas non plus.
Je le sais aussi.
Rien comme moi, jusqu'à ce qu'il revienne.
On s'en ira n'importe où. C'est de la folie de rester plantée ici.
Tu te souviens, Isabelle, les vacances qu'on a passées ensemble, tous les
quatre ? On repartira bientôt, tu verras.
Comme Jean-Paul n'est pas là, on s'en va tous les trois, voilà.
Et alors ? On choisit la polygamie.
Je serai la première femme et vous deux, vous vous occuperez de moi.
C'est tout ? Et tu viendras nous regarder faire l'amour, Isabelle et moi,
c'est ça ? Ou plutôt c'est toi qui décideras quand on en aura le droit ? Ça
me sera bien égal que vous le fassiez ou non.
J'ai lu ça hier dans le journal.
Un homme et deux femmes qui vivent ensemble ici en France.
Le type a deux femmes qui se considèrent comme ses épouses.
La première a un enfant de lui et l'autre couche avec.
C'est du moins ce qu'on pouvait lire entre les lignes. Tu ferais mieux de ne
pas lire entre les lignes. Je trouve nos mariages absurdes. En Afrique, ils sont
beaucoup plus malins. J'aimerais bien t'y voir si je faisais l'amour avec
Isabelle. Oh oui alors ! Mais puisque je vous dis que ça me serait égal !
Bon, Anne, ça suffit.
Tu vas aller te coucher tout de suite et dormir.
Ce petit coquin est plein comme une outre.
Je parie qu'il va nous laisser tranquille un bon moment.
J'ai pas sommeil.
Je vais te chercher un cachet.
Isabelle, pourquoi tu veux pas rester ? Isabelle s'en va dans une minute, je la
conduis à la gare.
Tiens, bois ça, chérie, finissons-en.
C'est bien nous, ça. Même pas un somnifère dans la maison.
Ne le laisse pas crier.
Tu es bête. Je l'ai déjà laissé crier.
Tiens, prends-le un instant.
Eh ben... Tu nous en crées des ennuis, toi.
Pierre dit que je suis complètement déplacée.
T'en fais pas.
Bientôt tu iras mieux.
T'as peut-être raison.
Bon, je vais dormir.
Pourquoi vous n'allez pas à pied à la gare tous les deux ? La nuit est
tellement belle.
Eh oui, t'en fais pas, c'est ce qu'on va faire.
Anne mériterait que je t'entraîne derrière un buisson. T'aurais pas à me
forcer.
Ah, ce qui va se passer maintenant va tout faire exploser.
Anne, toi, le bébé.
Ce sera fini avec Jean-Paul.
On va tout faire sauter.
Tout réduire en poussière.
Anne, je la déteste ! Je voudrais la tuer.
Vous savez que vous m'emmerdez toutes les deux ? Si je n'avais pas pensé à ton
bébé, on serait par terre en train de faire l'amour.
Je vous tuerais bien toutes les deux.
Et moi, si je ne pars pas tout de suite, je vais rater mon train.
Je vais chercher tes affaires.
On va prendre la voiture.
Il la précéda vers la voiture et elle le suivit humblement à travers la pelouse
inégale.
C'était vraiment une très belle nuit.
Paul, c'est moi.
Ça va ? Tu as d'autres nouvelles ? Elle a été complètement déchiquetée par le
train.
Son visage est resté intact.
On passe nos journées à nous poser des questions sur la meilleure façon d'être
heureux.
Et toi ? J'ai pas arrêté de penser à mon frère.
Je me disais que si nous étions nés dans un autre milieu, on pouvait pas se
passer l'un de l'autre.
Quand il s'est marié, j'étais furieuse.
Aujourd'hui, on se voit à peine quatre fois par an.
Tu peux arrêter de penser à nous ? Moi aussi.
J'aime pas quand on se chamaille pour la moindre chose.
C'est bien que j'ai envie de venir avec toi à Paris.
Mais je me connais.
Si je suis trop heureuse, j'écris plus.
Je m'en veux.
Je deviens méchante.
Tu comprends ? C'est la première fois que je me sens si bien avec quelqu'un et
ça fait trois ans que ça dure.
Non, ça fait rien.
Je suis contente d'entendre ta voix.
J'aime bien quand tu me consoles.
Tu dis toujours que je suis trop forte, mais en fait, tout me fait peur.
T'es trop angoissée, c'est tout ? Oui.
Je suppose que ton frère va encore venir ce matin ? Ça se pourrait bien.
Qu'est
-ce
que ça veut dire ?
Ça se pourrait bien ?
Elle a vraiment quelque chose de
malsain, oui.
De pas propre, de dégoûtant.
T'as beau prendre des bains toute la journée, te faire les ongles, te laver
les cheveux... Qu'est-ce que ça veut dire, ça se pourrait bien ? Je veux
dire, ça se pourrait bien.
Si c'est comme ça, moi, je ne reviendrai pas dîner ce soir.
Si tu veux.
Freda ? Freda ?
Salut petite sœur.
T
'es
pressé ce matin ? J'ai une installation électrique pas loin d'ici.
Ma petite Olive.
Un grand pot payé.
Maintenant, petite Olive, tu ne presses pas sur tout.
Ça gâcherait tout. Oh non.
Attends, je te dirai.
Oui.
Maintenant, on attend et on ne bouge plus.
Hier soir, est-ce qu'il t'a... Oui.
T'as dû l'amener à ça, non ? Comment ça l'amener ? C'est écœurant, tu me
dégoutes. Et toi alors avec Cathy ? Elle, elle crie, elle dit arrête,
arrête. C'est qui le plus écœurant des deux, hein ?
Non, non, non.
Et Charles alors ? Il m'a fait crier aussi.
Non, non, tu vas te gâcher.
Pourquoi tu nous le gâches ? Ça commençait tout
juste. Plus c'est difficile, meilleur c'est après.
Eh bien, il était temps.
Oui, mais maintenant, fais vraiment attention à Fred.
Maintenant ça va être parfait.
Ça va de mieux en mieux ? Oui.
Où t'étais cette fois ? Tu sais.
Oui.
Et toi, où t'étais ? Tu sais où t'étais toi.
Oui, mais dis-moi.
Je peux pas.
Je le sais, alors t'as qu'à me le dire.
Avec toi ? Oui.
Alors on est un seul, tous les deux ?
Faut que je parte.
Donne une minute.
Encore s'exciter, ça sera gâché.
Où tu vas travailler cet après-midi ? Dans une boulangerie pas loin d'ici.
Et après ?
J'emmène Cathy au cinéma.
Mais oui, ma chérie, il faut bien que je lui fasse l'amour, je la fais jouir.
Tu veux qu'elle prenne d'autres ?
Qu'est-ce qui te prend, Fred ? Tu me jures qu'avec Charles, t'as pas fait ça
? Comment tu veux ? Tu pourrais lui montrer ? Pourquoi ? Tu crois vraiment
que je le ferais ? Comment je peux savoir ce que tu veux ? T'es trop bête.
Il arrête pas de parler de toi.
Ce matin, il m'a encore demandé si t'allais venir.
T'as pas fait l'idiote, au moins ? Mais non, Fred.
Seulement, quand je te vois après, je suis peut-être plus tout à fait
pareille.
Alors, qu'est-ce que tu veux ?
Tu
veux que je te fasse jouir ?
S'il y a que ça pour te faire plaisir, c'est vraiment pas difficile.
Bon d'accord, couche-toi, je vais te le faire.
Je te promets que tu vas jouer à en crier.
Fred, Fred ! Fred, mon chéri, mon amour.
Ne gâche pas tout maintenant, au moment où... Au moment où quoi ? Qu'est-ce que
tu veux, il est pas idiot ? Je suis pas... Évidemment qu'il me fait l'amour.
Ça fait pas à moi qu'on est mariés.
Peut-être que si toi et moi on n'avait pas Cathy et Charles pour nous faire
jouir, peut-être qu'on pourrait pas continuer à faire l'amour à notre
manière. T'as pensé à ça ? Oui, j'y ai pensé.
Et toi, qu'est-ce que t'en penses ? C'est normal, non ? Normal, hein ? Tu
trouves que des mots comme ça ? Pourquoi
tu m'as dit de l'épouser ? Moi, je voulais pas. Tu me dis qu'il le fallait.
Tu pensais pas que ça nous l'abîmerait ?
Mais ça peut pas nous l'abîmer. Y a rien qui soit comme nous, Fred, tu le sais
pas.
Qu'est-ce que t'avais commencé à dire ? Quand ? Tout à l'heure, t'as dit gâche
pas tout au moment où.
J'ai peur.
De quoi ? Si je tombe enceinte un jour, il le faudra bien, il fait des gosses, c
'est forcé.
Il n'y a pas de loi qui l'interdit.
Qui interdit quoi ? Je veux dire, un frère et une sœur, ils peuvent vivre
ensemble sans qu'on ait rien à leur dire ? T'es folle ! Pourquoi ? Pourquoi, Fred
? Mais réponds-moi ! Tu parles sans réfléchir, c'est tout.
Qu'est-ce qu'on va faire, alors ?
Il n'y a rien d'autre
à faire que de continuer comme ça. Dis-le-toi bien.
Alors il va falloir que je sois très gentille avec lui, autrement il va me
plaquer, il aura bien raison.
C'est tellement dur.
Je ne vis que pour t'attendre, il faut tant le temps jouer la comédie.
Tu vas être en retard et ils vont te mettre à la porte.
Je trouverai un autre boulot.
Et moi je trouverai un autre mari.
Et non, petite Olive, t'es rudement belle dans ce déshabillé tout blanc.
Ouais. C'est pas mon genre d'être toute nue.
Moi, il me faut des frusques.
C'est vrai. Bon, j'y vais.
Tu viens demain ? Oui, vers 10h ? Oui.
Donne-lui du bonheur, alors.
À demain, mon chéri.
À demain.
Si je laisse Paul me quitter, si je persiste à rester célibataire, si je
permets encore à mon travail de prendre toute la place, je ne pourrai plus
jamais aimer un autre homme.
Je n'en aurai pas le courage.
Je deviendrai ce qu'on appelle une originale, une vieille fille, tout
simplement.
Je cessais d'inviter Judith avec d'autres gens, quand dans la même
soirée, une amie belge me fit remarquer en parlant de Judith, ravie d'étiqueter
un spécimen rare.
Un architecte parisien, après avoir fait avouer à Judith qu'à plus de 30
ans, elle était encore célibataire et vivait seule depuis l'âge de 15 ans, me
dit... Elle a sûrement renoncé.
Renoncé à quoi ? Renoncé aux hommes, tout simplement.
On renonce à tout quand on renonce aux hommes ? Et nous nous étions disputés.
Oui, mais qu'est-ce qui lui reste ? Mais d'abord, on ne juge pas les gens quand
on ne les connaît pas. Je ne la juge pas.
Il faudrait que j'aime davantage faire de nouvelles connaissances.
Ça ne tient qu'à toi, Judith.
Naturellement.
Je prétends, moi, que le terme de vieille fille ne convient pas à Judith.
Mes tantes, par exemple, sont de véritables vieilles filles.
70 ans bien sonnées, jamais mariées.
L'une est traductrice d'anciens textes germaniques, l'autre, infirmière en chef
de l'hôpital Albert Schweitzer au Gabon.
Ces deux vieilles demoiselles consacrent la plus grande partie de leur temps aux
bonnes œuvres, à leur correspondance avec leurs amis dans le monde entier, à
leurs petits et arrière-petits neveux et nièces.
On aurait tort cependant, en pénétrant chez elles, de croire qu'on en est resté
à la fin du siècle dernier.
Mes tantes lisent tous les livres dont la critique paraît dans le monde. Elles
se passionnent pour la musique, le théâtre et le cinéma.
Elles écrivent des lettres à de jeunes compositeurs dont le talent, pensent
-elles, est méconnu.
Sachez qu'il faut du temps pour que le public comprenne ce qui est nouveau et
original.
Ces demoiselles, mettant Jeanne et Émilie, sont certainement ce qu'on peut
appeler des vieilles filles.
Judith peut passer à la rigueur pour leur cousine spirituelle.
Judith ne fume pas, ne boit pas, mange très peu, non par discipline, mais par
goût.
Elle part seule à pied pour de longues randonnées.
Elle a fait de brillantes études de poésie et de biologie.
Elle lit des ouvrages de science, d'histoire, beaucoup de poésie, quelques
pièces de théâtre, et pas un seul roman, naturellement.
On avait donné à Agnès, notre amie commune, une robe en sol de chez Dior.
Agnès se trouvait trop maigre pour la porter. Et puis c'est pas une robe pour
une femme mariée.
Judith, elle, semblait faite sur mesure pour cette robe.
Agnès et moi constations une fois de plus combien elle était belle.
On ne pouvait s'empêcher d'évoquer quelques images classiques.
On dirait Diane, mais alors au repos après la chasse.
Plutôt une ave des bois qui aurait décidé de passer l'après-midi à la
Bibliothèque Nationale.
Elle devait se rendre compte qu'elle est splendide.
J'admets qu'elle me va bien.
Après t'avoir vu dans cette robe, je ne supporterai pas que quelqu'un d'autre la
porte.
J'ai l'impression que pour la première fois, Judith a laissé tomber le masque.
En jupe, le chandail usé, sans maquillage, elle nous souriait.
Redevenue la femme à qui neuf personnes sur dix n'accordaient pas le moindre
regard. Faut garder son genre, non ?
Un deuxième incident révélateur se produisit.
Agnès me téléphona pour me dire que Judith avait un petit chat.
Est-ce que je savais que Judith adorait les chats ? Non, ça ne m'étonne pas du
tout.
Agnès habitait la même rue que Judith et la voyait plus souvent que moi.
Je fus tenue au courant de la croissance du chat et de ses habitudes, ainsi que
de son influence sur la vie de Judith.
Je pense que c'est bon pour moi d'avoir un attachement et la responsabilité d'un
être.
Mais à peine le chat fut-il adulte, que les voisins commencèrent à se plaindre,
car le matou faisait passer des nuits blanches à tout le quartier.
Ça recommence.
Ça fait deux nuits que je n'ai pas fermé l'oeil. J'ai réveillé le propriétaire,
il arrive.
Vous croyez que c'est intelligent d'essayer de faire culbuter ce chat qui
ne nous a rien fait ?
Ma femme a une crise de nerfs. Elle n'a pas fermé l'oeil de la nuit. Mais il est
malade ce chat.
Il n'est pas malade, il est en chaleur. Ça va lui passer comme ça lui est venu.
J'ai qu'à le faire châtrer, tout le monde fait ça.
Ça pue en plus.
Je n'ai pas pris la responsabilité de m'occuper d'un chat pour le mutiler,
monsieur. Il couche avec ma parole.
Pas peur, voyons.
Faut dormir et se calmer.
Judith s'épuisa en vain de recherche pour trouver quelqu'un n'importe où qui
voulut prendre le chat.
Mais comme elle exigeait de cette personne de s'engager par écrit à ne pas
le faire châtrer, tout le monde refusa.
Même les jeunes poètes et les admirateurs qui accourtent à ses
conférences pour se réclamer d'elle, la reconnaissant comme le seul poète
moderne valable.
Surgit de la croupe et du bon, d'une verrerie éphémère, sans fleurir la
veillée amère, le col ignoré s'interrompt.
Je crois bien que deux bouches n'ont bu, ni son amant, ni ma mère, jamais à la
même chimère, moi, sylphe de ce froid plafond.
La poésie est une arme de défense contre la vie ordinaire.
Mal armée.
Vous pensez bien que je vous l'aurais pris, votre chien, mais avec mon
déménagement.
Alors, vous avez vendu ? Oui.
J'ai failli ne pas partir à cause de vous.
Mais, madame Rineri, je ne vois pas en quoi je devrais bouleverser vos projets.
Où est-ce que vous irez manger le vendredi après vos conférences ? J'irai
ailleurs, voyons.
Ici, vous étiez tranquille.
Tenez. Voilà mon adresse en Italie.
Venez me voir. La campagne me fera du bien. Maria ! Aspetta ! J'ai hérité du
restaurant de ma mère et il y aura toujours une chambre pour vous.
Qu'est-ce que vous allez faire avec ce chat ?
Alors, vous êtes vraiment décidée
? Oui.
Mais voyons, Judith...
Après tout, le chat, si on lui avait laissé le choix, peut-être qu'il aurait
préféré vivre, même sans... C'est dans la nature d'un chat de courir après les
chattes.
Comment voulais-tu que je le fasse châtrer par simple commodité personnelle
? Si t'avais laissé parler ton cœur, au lieu de toujours t'en remettre à ta
tête, tu penses que t'aurais agi de cette façon ?
Il y eut un troisième incident.
Judith avait donné à un jeune américain de passage, un ami d'un ami qu'elle
connaissait à peine, la permission d'occuper son appartement pendant qu
'elle allait rendre visite à ses parents pour les vacances de Pâques.
Le jeune homme et ses amis y vécurent pendant dix jours à faire la fête.
Qu'est-ce que vous faites encore ici ? Monsieur,
je vous prie de vous rhabiller.
Je suis désolé.
Vous n'êtes qu'un dégoûtant petit voyou.
À l'avenir, je vous conseille de vous écarter de mon chemin.
Il fallut plus d'une semaine pour tout nettoyer.
Finalement, elle téléphona à Bruxelles où se trouvait l'Américain pour s
'excuser de son emportement.
J'avais le choix de mettre quelqu'un dans mon appartement ou de le laisser
inoccupé.
J'ai décidé de vous le prêter. Je n'avais pas à vous imposer de
conditions.
Je vous demande sincèrement pardon de m'être emportée.
Naturellement.
Comment ça, revenir pour faire ma connaissance ? Écoutez, vous avez habité
chez moi pendant dix jours, je pense que ça suffit, non ? Judith appartient à l
'une de ces familles universitaires de la haute bourgeoisie qui, depuis des
siècles, fournit régulièrement des hommes et des femmes brillants et
solides, constituant en quelque sorte l'épine dorsale des arts et des
sciences.
Tous les trois ou quatre ans, elle publie un volume de poèmes.
Les poèmes de Judith sont froids et intellectuels, du moins dans leur forme,
bien que leur contexte soit souvent gravement sensuel.
Ce sont des poèmes qu'il faut relire plusieurs fois si l'on veut arriver à
les comprendre.
Quand on ouvre les quelques livres rangés à part dans sa bibliothèque, on
lit sur leur page de garde les dédicaces suivantes.
Sentimentalement, avec admiration et plusieurs fois amoureusement.
Après examen des dédicaces et en comparant les dates, il est facile de
conclure que de 15 à 20 ans et de 20 à 25 ans, Judith a été la maîtresse et l
'inspiratrice de deux hommes de lettres entre deux âges.
Tout ça me paraît écrit dans le plus pur style Belle Lettre, exactement le genre
qui par définition fait horreur à Judith.
On la voit parfois au théâtre ou à un concert, en compagnie d'un professeur de
mathématiques, marié et père de deux enfants.
Ce professeur nous intriguait, Agnès et moi.
Récemment, Agnès, dont le mari était en voyage d'affaires et les enfants chez
des amis, ne put supporter de rester seule dans sa grande maison vide.
Elle demanda à Judith de l'héberger jusqu'au retour de sa famille.
Dis-moi, Chu, est-ce qu'il reste encore un peu de tisane ? Il n'y en a plus.
Ce n'est pas grave.
Bon, je vais me coucher.
Jacques ?
Ensuite,
Agnès me téléphona pour me faire son rapport.
C'est la quatrième fois cette semaine qu'il vient coucher là.
Reste là-bas en observation et rappelle-moi pour me donner d'autres
détails.
Judith, ça t'ennuie pas de pas avoir d'enfant ? Si, mais on ne peut pas tout
avoir.
C'est dommage parce que j'aurais très bien su élever des enfants.
Oui, j'en suis persuadée.
Et le mariage ? Le rôle de maîtresse me convient mieux.
J'aime le plaisir sexuel, mais je suis heureuse le matin de me réveiller seule,
d'être moi-même.
Naturellement.
Ce qui m'ennuie en ce moment, c'est que Jacques voudrait m'épouser, ou qu'il
pense qu'il le devrait.
Un bon ? Oui.
Il se sent coupable. Il est obsédé par cette idée de divorce.
Pourquoi martyriser sa pauvre femme après toutes ces années, alors qu'elle a
été une épouse remarquable ? Elle parle de l'épouse du professeur comme d'une
brave femme de ménage qu'on hésite à mettre à la porte.
Bref, à la suite de tout ça, Judith m'a dit qu'elle avait décidé de partir en
Italie, pour faire le point.
Anita, lui, mais avec quel argent ? France Culture lui a proposé une série d
'entretiens. On lui a donné le choix entre le Cid et les Borgias.
Elle a choisi les Borgias.
Les Borgias ? Judith ? J'ai travaillé cent fois sur l'épopée.
Alors que la Renaissance, la cruauté, la boue, ça m'est complètement étrangée.
Ça va te prendre énormément de temps et tu vas rien gagner.
On devrait toujours choisir quelque chose de nouveau, quelque chose qu'on ne
connaît pas. Oui, je pense que ça te fera du bien de te laisser troubler par
la Renaissance.
Judith partit pour Florence quelques temps.
Elle nous envoyait des cartes postales pour nous tenir au courant de ce qu'elle
faisait.
Son mari devant s'absenter à nouveau pour quelques semaines, Agnès décida de
prendre des vacances en Italie afin de retrouver le respect d'elle-même, comme
elle disait.
Ma chère Marianne, ce n'est pas la peine, je rentre. J'aurais dû m'en
douter, il faut en prendre son parti.
Quand on a fait un mariage d'amour, on n'est plus bonne pour personne.
Quand je me souviens de ce que j'étais, enfin.
Comme je n'avais rien d'autre à faire, je me suis décidée d'aller voir Judith à
Florence. Elle n'y était plus.
Elle était partie sur une île italienne.
Je suis allée la rejoindre.
Quand j'ai vu l'endroit, je n'ai pas pu m'empêcher de rire.
C'est tellement peu le genre de Judith.
Toutes ces cabines, ces parasols, cette gaieté à tout prix. Jusqu'à cette mer d
'un bleu ornemental.
... ... ... ... ...
C'est la deuxième robe
que je lui fais. Et avec ça, elle va être croquée.
Si vous voulez, vous pouvez dormir dans la chambre à côté.
En dessous, c'est la boutique de Luigi, mio fratello.
Alors, vous êtes une amie de mademoiselle Judith.
Et vous habitez l'île ? Oui, vous connaissez ? Si, je connais.
J'y ai travaillé pendant dix ans.
J'avais un restaurant au Delacley.
Et mademoiselle Judith, elle venait tout le vendredi manger.
On est devenus amies.
Elle m'a dit qu'elle viendrait en Italie pour son travail et elle s'est installée
chez nous, finalement.
Elle a tout de suite plu à mon frère.
Maria ! Eh, aspetta ! Excusez-moi, je dois aller leur servir à manger.
Et si vous voulez prendre un bain avant le déjeuner, allez, la mer n'est pas
loin.
Basta, su, vieni conmigo, forte.
Judith ?
Judith
!
Agnès. J'ai coupé les cheveux ? Oui, c'est Luigi.
Le barbier, c'est Luigi Rineri, le jeune frère de la veuve. Il doit avoir dans
les 40 ans, sombre, bien bâti, un grand taureau, mais du genre brave taureau
paternel. Il a coupé les cheveux de Judith.
Ça lui fait maintenant comme un casque d'or.
J'ai parlé avec ton amie, Madame Rineri.
Elle a recommencé à dire que nous étions amies.
Mais nos relations ont toujours été uniquement commerciales. Tu la connais
depuis dix ans ? Je trouve que c'est s'imposer aux autres que de revendiquer
leur amitié.
Pour toi, peut-être. Comme pour moi.
Oui, Judith, tu as une façon tellement personnelle de voir les choses.
Quand Judith descend la rue pour aller à la ville basse, tous les mâles italiens
la suivent du regard et deviennent aussi fondantes leurs glaces.
Judith semble trouver ça normal.
Elle accepte l'hommage.
Elle arrive sur la plage déserte, enlève sa jupe d'un seul geste et disparaît
dans l'écume.
Elle fait la nage 6 km par jour, naturellement.
Mais ce que Luigi préfère par-dessus tout, c'est la promenade du soir.
Judith a son bras, il fait plusieurs fois le tour de la place, paradante avec
elle.
Où êtes-vous, les amoureux ? Quand vous serez mariés depuis 5 ans, vous serez
peut-être moins collés.
Tu me verrais mariée en barbier italien ? Oui.
C'est la seule femme que je connaisse que je pourrais voir mariée en barbier
italien. Que faites-vous ? Vous me filiez en dehors ? Enfin, mariée pour
quelques temps.
Ici, c'est pour la vie.
Michele, stai dritto.
Et lâchelo un po' in pace, no ?
Ici, c'est une ville de chats. Les Italiens les aiment.
J'allais oublier de la mentionner, celle-là.
Judith s'est prise d'amitié pour une petite chatte. Ce n'est encore qu'un
bébé, mais elle attend des petits.
Comment une petite chatte italienne bien nourrie et en bonne santé peut-elle être
névrosée ? Elle est trop jeune pour avoir des petits.
Oui, naturellement.
En tout cas, je ne partirai pas d'ici avant qu'elle les ait eues.
Il est très gentil, Luigi.
Les Italiens sont indisciplinés, c'est pour ça que je les aime.
On croit que parce qu'on est plus rationnels, on leur est supérieurs. C
'est idiot.
Finalement, je n'aurais rien compris à la renaissance si je n'avais pas
rencontré Luigi.
Lui, c'est un Italien.
Il ne sait pas ce que c'est la culpabilité, tu comprends ? Il a
seulement le sens du péché.
Ce n'est pas comme moi, je me sens toujours coupable.
J'aimerais mieux avoir péché parce qu'au moins le péché, ça peut s'expier.
Judith ! Jacques !
Divertissez-vous, les garçons !
Tu sais, je ne lui ai pas demandé si elle avait réfléchi au problème du
professeur Adam. Mais on voit bien que non.
Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dérange dans l'attitude de
Judith en Italie.
En fait, de quoi peut-elle bien parler avec Luigi ? De rien, bien sûr. Ça n'a
pas d'importance.
C'est moi qui deviens prude maintenant.
Dieu merci, je vais bientôt retrouver mon petit mari.
Qu'est-ce qui s'est passé, Judith ? Qu'est-ce qu'on peut faire quand on
découvre un abîme d'incompréhension ?
Bon,
je me mêle de ce qui me regarde pas, mais tant pis.
Qu'est-ce que ça veut dire, un abîme d'incompréhension ? Quand on s'aperçoit
qu'on a agi bêtement, il n'y a aucune raison de continuer.
Il vaut mieux tout arrêter.
La chatte était trop jeune pour avoir des petits, c'est tout.
C'est à cause de la chatte ? Oui, mais c'est sans importance.
C'est pas seulement à cause de ça, quand même !
Tu
préfères ne pas s'en parler ? Mais je me fiche bien d'en parler ou non.
Sauf que moi, à votre place, ça ne m'intéresserait pas.
Je pense que dès le départ, je n'ai pas eu l'attitude qu'il fallait avec cette
chatte.
Une nuit, elle a voulu grimper sur mon lit, bien qu'elle sache que j'ai horreur
de ça.
En fait, elle souffrait terriblement.
J'ai passé toute la journée du lendemain auprès d'elle.
Et puis Luigi, c'est le frère, tu sais.
Oui. Agnès a parlé de lui.
Luigi est venu me chercher pour aller prendre mon bain de mer.
Il a dit que la chatte n'avait qu'à se débrouiller toute seule. Je m'en veux
beaucoup d'avoir accepté.
Voilà ce qui se passe quand on se laisse envahir par quelqu'un d'autre.
Oui, c'est vrai, j'ai toujours redouté que ça puisse m'arriver.
Au cours des dernières semaines, j'ai laissé faire les choses.
J'ai donc abandonné la chatte pour aller me baigner.
Quand je suis sortie de l'eau, Michele balançait un petit chat par la queue
pour me montrer qu'il était mort.
La chatte m'avait suivie, elle venait d'avoir un petit sur la plage.
J'ai pris le chaton pour m'apprêter à l'enterrer convenablement.
Michele en a profité pour courir après la chatte. Elle s'enfuyait vers le
village complètement affolée.
J'ai rattrapé Michele et je ne sais pas ce qui m'a pris, je l'ai frappé.
Je ne me serais jamais cru capable de battre un enfant.
Je l'ai frappé très fort, il est parti en hurlant. T'étais en colère ? Ce n'est
pas une excuse.
Finalement, j'ai retrouvé la chatte sous un camion abandonné.
Je l'ai aidé à sortir de son ventre deux autres petits chats vivants.
Les deux chatons ont commencé à la téter.
Le premier était très gros, c'était un gentil chat noir.
Il a dû lui faire très mal, car d'un seul coup, elle lui a donné un grand
coup de dent derrière la tête.
Il est mort comme ça.
C'est extraordinaire, non ? C'était son petit, mais elle l'a tué.
J'ai appelé Luigi, il a dit qu'elle était trop jeune.
Il lui a montré son petit chat vivant, mais elle s'est levée et elle est
partie. Elle n'en voulait pas.
Alors Luigi m'a demandé de ne pas regarder, mais je l'ai suivi.
Ensuite, il m'a dit qu'il faudrait supprimer la chatte, qu'elle ne pourrait
plus jamais avoir de petits normalement.
Ce soir-là, Luigi voulait aller faire sa promenade avec moi.
Pour lui, tout ça ne comptait pas.
Il avait fallu faire quelque chose et il l'avait fait.
Moi, ça m'a rendu malade.
Je n'aurais jamais dû laisser la chatte pour aller me baigner.
La nuit suivante, je n'ai pas pu dormir.
Je ne cessais de me faire des reproches.
J'ai décidé de partir le lendemain matin et je l'ai fait.
Voilà, c'est tout.
Mon voyage en Italie a été une erreur du début à la fin.
Ce n'est pas une question de bien ou de mal. La vraie question, c'est de savoir
qui on est.
Tu devrais peut-être laisser passer un peu de temps.
Mais qu'est-ce que tu dis ? Tu crois qu'avec le temps, tout s'arrange, c'est
ça ? Non, dès le début, je n'étais plus moi-même.
C'était seulement un peu extravagant, non ? Mais Marianne, si on ne fait pas
confiance à ce qu'on ressent au fond de soi, si on n'écoute pas un peu son cœur,
à quoi faut-il se fier ? Judith, mais je croyais... On doit d'abord se fier à sa
tête, non ?
Ah bon, tu crois ça ? Je vous trouve vraiment étranges toutes les deux.
En fait, c'est moi qui n'arrive pas à vous comprendre.
Je ne vois pas la nécessité d'en parler plus longtemps.
Docteur, à votre avis, est-ce que c'est grave de sentir qu'on est plusieurs
femmes en même temps ? T'as pas dormi ? J'ai écrit.
Après tout, c'est pas plus mal de s'avouer qu'on est en train de toucher
le fond.
C'est ta façon de t'évader.
Je ne fais pas de diagnostic en dehors de mon cabinet.
Prends un rendez-vous.
Tu serais étonné de savoir combien de gens charmants se promènent dans la rue
en étant que les fantômes d'eux-mêmes.
Pas de rendez-vous, alors ? Non.
J'ai décidé d'être grand et d'aller à Paris tout seul, mais en continuant à t
'aimer.
Sans me demander de venir m'installer avec toi ? Oui.
Mais t'as le droit de changer d'avis et de venir me rejoindre.
Tu veux un jus d'orange ? Tu viendras
?
Je
vais à l'hôpital, je t'appellerai en fin d'après-midi.
Il paraît que tu t'es couché sans histoire.
Tu es rentrée tard ? Oui, pour une petite fille, c'est très tard.
Pour moi, pas tellement.
Il est là, Paul ? Non, il est à l'hôpital.
Il va venir ce soir ? Oui, sans doute.
Il ne peut plus se passer de lui.
Je ne vois pas ce qui nous empêche d'aller nous installer à Paris.
On n'est pas obligés de vivre complètement avec Paul.
On ouvrira un petit pavillon au bord de la Marne, par exemple.
Le chat ne supporterait pas de vivre dans un appartement.
Paul viendrait nous rejoindre quand il aura envie de se détendre.
Tu sais qu'on va peut-être déménager ?
Merci.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.