All language subtitles for Le sang a la tête (Gilles Grangier, 1956) ESP (www.cineforum-clasico.org).fr

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Original subtitles

Musique de suspense

...

Musique joyeuse

...

Musique inquiétante

...

Musique douce

...

Sirène de bateau

- Que je ne te revoie plus, Mimile, petite ordure !

- Mimile, il t'emmerde !

- Dis donc, maman, il est prêt le gosse ?

- Mademoiselle finit de l'habiller, on lui met son costume marin.

Il a eu de bonnes notes, un billet d'honneur.

- Dis donc, c'est bien, ça !

Tu nous rejoins chez le pâtissier ?

- Non, maman m'a demandé de passer la voir,

je vais tâcher d'y faire un saut.

Vous ne lui avez pas mis son costume marin ?

- Le temps était douteux, mais si Madame préfère...

- Non, comme vous voudrez.

Allez, va vite !

- Papa !

- Tu n'es pas en costume marin ? - Le temps est douteux.

- Qui a dit ça ? - Mademoiselle.

- Je prends un feuilleté ? - Non, le petit préfère le moka.

- Le moka est bien lourd pour les enfants.

- Qu'est-ce que je prends ? - Prends ce que tu voudras.

- Clémence demande de ne pas être en retard, il y a un gigot.

- Un gigot ? Hum, chouette alors !

- Traîne pas les pieds, toi.

Musique religieuse jouée à l'orgue

... ♪ Clochette ♪

Sirène de bateau

(C'est un bateau de chez nous qui rentre.)

Clochette

Sirène de bateau Les cloches sonnent.

...

Musique religieuse jouée à l'orgue

...

- Cardinaud !

- Tiens, alors Thevenot, ça va ? - Oh, ça va mal.

J'ai accroché hier au large d'Oléron, il faut que je t'en parle.

- Viens me voir demain matin au bureau. - D'accord.

...

- Dis, papa, on va acheter le gâteau ?

- Oui, si tu traînes les pieds, tu feras tintin de grenadine.

- J'ai eu le billet d'honneur ! - Alors là, ça change tout.

- Bonjour, mon cher François. - Comment ça va, mon cher Hubert ?

- Ça va, merci. Bonjour.

J'ai aperçu Thévenot, j'espère que vous lui avez passé un savon !

- Il vient au bureau demain matin. - Je compte sur vous pour...

- D'accord.

- Papa, on va acheter le gâteau ? - Oui, oui...

- Au revoir, François.

...

Ambiance feutrée

...

- Ça va ?

Tiens, mets-toi là.

...

- Bonjour, monsieur Cardinaud, ça va bien ? Et ce petit ?

Julien ! Voyez monsieur Cardinaud.

- Qu'est-ce que ce sera ? - Un Vermouth et une grenadine.

- Avec une paille, s'il vous plaît. - Avec une paille.

- Avec une paille.

- Bonjour, monsieur Cardinaud. - Bonjour, madame Mandine.

Bonjour, Charles. - Avez-vous vu Thévenot ?

- Oui, je l'ai vu.

- Il veut vous parler de son accident d'Oléron.

300 000 francs de matériel à l'eau.

Nous comptons sur vous pour...

- Oui, oui, votre frère me l'a dit. On verra ça.

- Mes hommages à Madame. - Merci.

- Vous la gronderez de ma part,

elle ne vient toujours pas à mes jeudis.

- Par exemple ! Je vais lui rappeler.

- La pauvre Marthe, je ne vois pas de quoi nous pourrions parler.

- Mais comme elle ne viendra jamais.

- Tu as vu les courbettes des Mandine qu'ils font à Cardinaud ?

- Ils ont été assez contents de le trouver.

Bruit de bulles

- Souffle pas, inspire !

Et dépêche-toi, maman nous attend.

Musique lente jouée à l'accordéon

...

...

- Ça fait drôle d'être là. - Je te crois.

...

- Tu passes me reprendre ? Je compte sur toi.

- T'inquiète pas, à tout à l'heure.

...

- Oh ben, ça alors !

Mimile ! - Ben oui, Mimile.

Comment va la mère ? - Bien.

On parlait de toi il y a deux jours. Où t'étais, en Afrique ?

- Oui, à Port Gentil. Non, ce n'est pas à côté.

J'ai pris un petit rafiot pour venir, quel voyage !

- Pourquoi t'es revenu ?

- Je suis revenu parce que j'avais le mal du pays.

- Raymonde, tu crois qu'on va m'aider ?

- Voilà ! On peut plus causer à son frère.

- Ça serait quand même pas Mimile ? - Et si ! Salut, Alphonse.

Quoi de neuf depuis le temps ? - C'est à toi qu'il faut demander.

Alors ? Cette fortune ? Elle est faite ?

- Elle serait faite... sans le mal du pays.

- Un muscadet pour Antoine. - Voilà.

- L'Afrique, on en revient, c'est comme de tout.

T'es venu me rendre mes vingt sacs ? - Laisse-moi le temps de me retourner.

J'ai des tas de projets. À Port Gentil, j'étais un peu connu.

- Ici aussi, t'es connu... La caisse est fermée !

...

- Merci, Raymonde.

- Prends un verre, c'est ma tournée. - Donne-moi un petit blanc.

...

- Où on va tantôt ?

- On va se promener avec maman du côté de Fouras.

- Tu pourrais y aller tout seul, avec maman et la petite sœur.

- Tiens donc, et toi ?

- Moi, j'irais au cinéma avec Mademoiselle voir un Mickey.

J'ai eu le billet d'honneur ! - On le saura !

Tu iras voir le Mickey si tu ne traînes pas les pieds.

Eh ben ! Tu dors pas encore, toi ?

- Elle voulait vous embrasser avant d'aller se coucher.

- Allez, va dormir. - Le grand déjeune à table ?

- Eh oui ! Billet d'honneur...

Marthe !

Marthe ! - Madame n'est pas là, Monsieur.

- Elle est ressortie ? - Non, elle n'est pas rentrée.

- Elle n'a pas téléphoné ? - Non, Monsieur.

- Ah ? Bon...

Mettons-nous à table, maman viendra pendant ce temps-là.

- Tantôt, on ira au cinéma voir Mickey, hein, papa ?

- Oui... forcément puisque tu as eu le billet d'honneur.

- Donne ton assiette, Jean.

- Merci, Mademoiselle.

- Continuez sans moi,

Madame doit être chez ses parents, je fais l'aller-retour.

Il frappe à la porte.

- Entrez !

Puisque je vous dis d'entrer !

Oh pardon ! Je croyais que c'était la voisine.

- C'est moi qui m'excuse, Sidonie.

- Faites pas attention au fouillis.

Le dimanche, c'est jour de repos, faut pas contrarier le Seigneur !

- Surtout pas ! - Qu'est-ce qui me vaut le plaisir ?

- C'est au sujet de Marthe. - Mon Dieu, elle n'est pas malade ?

- Non, pas du tout. Elle était en retard pour déjeuner,

je suis passé voir si elle n'était pas chez vous.

- Hélas, non. Elle devait passer, mais elle a dû oublier.

Asseyez-vous. - Non, merci.

- Les enfants n'ont pas de conscience...

Elle s'en fout que sa pauvre mère ne puisse pas lire le soir au lit !

- Elle devait vous apporter des livres ?

- Non, 10 000 francs pour pas qu'on me coupe l'électricité.

Si je compte que sur Julien, il n'a pas ramené un sou de la semaine.

- Comment ? Je l'ai mis sur un chantier chez Molestier.

- Eh ben, j'ai rien vu ! Il va de pire en pire, le Julien !

Autrefois, c'était juste le pastaga et la bagatelle...

Maintenant, il s'est mis à jouer au billard, tout notre argent y passe !

- Et elle est de combien ? - Qui donc ?

- La note d'électricité. -8 420.

- Eh bien ! Vous vous payez des galas son et lumière !

- Je ne crois pas avoir de monnaie, je vous rendrai 10 000 francs.

- Tellement plus simple !

- C'est un homme comme vous que j'aurais dû épouser !

Elle en a de la chance, ma fille ! À propos, où est-elle ?

- Si je le savais ! - Oui, vous ne seriez pas ici...

- Allez, au revoir, Sidonie. - Au revoir, François.

Merci.

- Allô, Mademoiselle ? C'est Monsieur.

Madame est rentrée ?

Pas encore...

Vous avez fini de déjeuner, vous ?

Emmenez donc le gosse au cinéma, on joue un Mickey.

Il vous dira où c'est. Au revoir.

Combien je vous dois, madame Pinsard ?

- Un blanc cassis, un téléphone : 60 francs.

- Voilà, au revoir. - Au revoir, monsieur Cardinaud.

- Mais il n'a pas bu son verre ! - Vous en faites pas, il a les moyens.

*La radio diffuse une valse.

...

Sonnette de la porte d'entrée

...

- Pardonnez-moi, c'est moi !

...

Bonjour. - Bonjour, François !

- Bonjour, maman. - Bonjour.

Tu nous fais visite ? C'est meilleur d'autant que c'est rare. Assieds-toi.

Tu manges un morceau ? - Merci, j'ai mangé.

- J'étais venu voir si Marthe était pas là. - Non.

- Elle n'est pas passée ? - Non.

- Ta femme chez nous ? Ça serait du nouveau !

Je vous comprends, chacun son milieu.

Quand on habite à la Porte Neuve, aux Minimes, pas de profit à glaner.

- Elle est peut-être chez ses parents ? Tu devrais y aller.

- J'en viens.

- Tu penses bien qu'il y est allé d'abord !

Les Vauquier, ça passe avant les Cardinaud !

- Allons, la mère !

Fais pas attention, la mère devient vieille.

- Elle devient plutôt casse-noix !

- Elle devient ? Ha, ha ! Elle l'a toujours été, oui !

C'est peut-être parce qu'elle nous aime bien.

Tu n'es pas venu souvent la voir, dernièrement.

- C'est le travail, mon vieux !

- T'es pas encore assez riche ?

- Elle n'est pas allée à la messe avec toi, ta femme ?

- Non, elle va à la messe basse.

- Ça dure moins longtemps...

- Si ça se trouve, elle est chez toi. - J'ai téléphoné il y a 10 minutes.

Elle est peut-être allée chez les Mandine.

Je vais leur donner un coup de fil.

Sonnette de la porte d'entrée

- Non, c'est ton frère, ils viennent pour le café avec Mauricette.

- Ils viennent tous les dimanches, eux !

...

- Tiens, v'là le frangin ! - Bonjour, Tuthur, ça va toi ?

- Ça va. Papa... - Bonjour.

- Bonjour, Mauricette. - Monsieur Cardinaud.

- Comment, monsieur Cardinaud ? - Les grosses légumes l'impressionnent.

- Tu m'as l'air grosse légume, toi ! - Bonjour, François.

Tu ne dis pas bonjour à tonton François ?

- Il a grandi, le neveu ! Bonjour, Coco.

Je vous dis bonjour et au revoir, il faut que je rentre.

Passez donc un soir à la maison !

Allez, au revoir, m'man. - Au revoir, François.

- Au revoir, p'pa. - Attends, je t'accompagne.

- Alors, à bientôt ! - Au revoir, tonton.

- Embrasse mémé !

...

Bonjour, m'man.

...

Viens, je vais t'enlever ton imper.

- Qu'est ce qui l'amenait chez nous ?

- C'est rapport à Marthe, elle a oublié de rentrer déjeuner.

François la croyait ici, je te laisse juge...

- Marthe a beau s'appeler Cardinaud, c'est quand même une Vauquier !

- Et alors ?

- Ben, rien.

- Si, vas-y, dis ce que tu penses.

- Les Vauquier, c'est les Vauquier, ça vit pas comme tout le monde.

Au déjeuner, la Sidonie est au lit. Au coucher, le Julien est au bistrot.

Faut pas oublier que Marthe a vécu là-dedans pendant 20 ans !

- Il y a 12 ans qu'elle vit autrement.

- Faut pas s'y fier, c'est comme l'eau qui dort.

Et les Vauquier, c'est sournois.

- On l'avait prévenu, il a voulu une Vauquier, il l'a !

Enfin, il l'a...

- Elle a peut-être été retenue, sans pouvoir prévenir. Ça arrive.

- Il ferait beau voir que tu t'amuses à ça !

- S'il est en peine à cause des enfants,

je peux aller les garder, dans la journée.

- Garder les enfants ? Mais il y a une nurse, Mademoiselle.

- Je ne comprends pas qu'il lui coure après !

Si Mauricette me faisait un coup comme ça,

je ne bougerais pas, mais au retour on s'expliquerait !

Quand je rentre du chantier, je veux que la soupe soit versée !

La soudure, c'est pénible !

- On le saura ! T'en parles tous les dimanches !

...

- Au revoir, mon cher.

- Prends une banane.

Qui était-ce ? - Cardinaud.

Il voulait savoir si sa femme était ici.

- Je me demande bien en quel honneur !

- Elle pourrait bien y être, ma chère. Cardinaud est de notre rang.

Eh oui ! - Ah non ! Je t'en prie !

Il s'est glissé à ton bureau, mais à notre rang, pas encore !

- Je ne trouve pas Marthe tellement antipathique.

- Vous n'avez jamais trouvé une femme antipathique

surtout lorsqu'elle est vulgaire. Mais je ne pense pas que votre frère... ?

N'est-ce pas, Charles ?

Bruit de couverts

Sifflet de locomotive

- Duleux !

- Monsieur Cardinaud, on déserte la petite vitesse aujourd'hui ?

- Dites-moi, mon vieux, question idiote, est-ce que vous avez vu ma femme ?

- Ah non.

- Elle devait aller chez sa marraine à Niort,

j'étais venu voir si elle n'avait pas raté son train.

- Je l'aurais vue, elle a dû prendre le car.

- Oui, c'est vrai, vous avez raison ! Au revoir.

- Qu'est-ce qu'il y a pour votre service, monsieur Cardinaud ?

- On ne vous a pas signalé un accident sur la voie publique aujourd'hui ?

- Peut-être bien que si...

- Madame Céline Malabry, 72 ans, renversée par un motocycliste.

Ça ferait votre affaire ? - Non, c'est pas ça.

Je craignais qu'un de nos commis n'ait eu un accrochage.

- Il s'appelle comment votre commis ?

Un nom en Nou ou en Ner, mais puisque c'est pas lui...

- J'aurais pu téléphoner aux Sables, à la Pallice...

- Non, non, ça va merci. Au revoir, Lemeur.

- Au revoir, monsieur Cardinaud.

Musique joyeuse

...

- Tiens, ton frère !

...

- Pardon, monsieur. - Pardon.

- Tiens, vous êtes là ?

- Tu vois, nous aussi, on vient là. - Quelques fois, le dimanche.

Marthe est rentrée ? - Non, pas encore.

- Vous prenez quelque chose ? - Non, merci.

- Mais si, tu vas boire un coup, assieds-toi.

...

Applaudissements

...

Musique entraînante

...

C'est marrant qu'elle ne soit pas rentrée, Marthe.

C'est comme je disais au père,

j'aurais pu rentrer dans les bureaux, faut pas l'oublier !

Si j'ai voulu rester soudeur, c'est rapport à la paye.

Pour que Mauricette et le petit ne manquent de rien.

Moi, à la maison, je veux de l'exactitude !

- Vous prenez quelque chose, monsieur Cardinaud ?

- Non merci, Julien, ça va.

- J'ai peut-être pas ta situation, mais j'ai de l'amour propre !

Crois-moi, si j'étais à ta place...

- À ma place ? Pauvre con !

- Eh ben ! L'argent, ça n'apprend pas la politesse.

- Allez, bonsoir, Mauricette.

...

- Je lui ai quand même parlé de la note d'électricité.

- Il n'y a pas que l'électricité. Si on coupe le gaz, on bouffe plus !

C'est quand même essentiel ça, la bouffe !

9 250 balles de gaz... Je me demande ce que tu en fais du gaz !

- Je me demande ce que tu en fais, des sous !

- Je vis ma vie !

Parce que moi, je n'ai pas de charges. Lui, il nous a !

C'est quand même malheureux d'avoir toujours à demander !

J'ai jamais laissé mes parents dans le besoin !

- Ta mère est morte à l'hospice, et ton vieux chez les dingues !

- Possible, mais j'allais les voir !

Tandis que là, il va falloir que je me déplace...

La porte d'entrée claque.

- Tiens, voilà papa. Il va être temps de ranger maintenant.

Il est tard. - Madame n'a pas téléphoné ?

- Non, Monsieur, pas de nouvelles, bonnes nouvelles !

- Tu as été sage, toi ? - Oui, papa, très sage.

- C'est bien.

Non, laissez, j'y vais.

...

Allô ?

Lui-même.

- J'espère que je ne vous dérange pas ?

Fréminger m'a appelé, il y aura demain 80 tonnes à l'encan.

Vous y serez ?

- Comme d'habitude, pourquoi ?

- Pour éviter à mon frère d'aller au Gabut, il doit aller à Rochefort.

Au fait...

madame Cardinaud est-elle rentrée ?

- Quel rapport ?

- Aucun, aucun, bien entendu.

Alors, on peut compter sur vous, mon cher ?

Bon... Bonsoir, et encore toutes mes excuses.

- C'est Madame, elle est chez sa marraine, à Niort.

- Elle pourra dire qu'elle nous a fait peur !

- Elle pourra le dire. Et ce cinéma ?

- C'était pas Mickey, c'était Pinocchio, on a ri, hein Mademoiselle ?

- Oui, est-ce que Madame rentrera pour dîner ?

- Elle ne savait pas encore, sa marraine est malade.

Elle a de l'asthme, alors vous savez...

Alors, raconte. - Pinocchio, c'est une poupée en bois,

et elle devient un vrai petit garçon, grâce à la fée.

À la fée comment déjà ? - La fée bleue.

J'attends le retour de Madame pour les coucher ?

- J'ai déjà dit qu'elle ne savait pas quand elle rentrerait.

- Excusez-moi, je vais leur donner leur bain.

- Tu sais, papa, la fée bleue arrive par la fenêtre,

puis avec sa belle baguette magique...

Il continue à raconter au loin.

-55 000.

Enchères

...

-56 ! -60 !

-60 000, 500.

...

- Monsieur Cardinaud. - Ça va ?

-65 000, à 65 000 francs.

66 à 66 000 francs.

66 500 francs.

67, 68. À 68 000 francs. 68 500.

68 500, à 69 000 francs.

Personne ne dit mieux ? Adjugé, Michaud !

69 000, Michaud.

Pêche marée.

Messieurs dames, s'il vous plaît ?

Les quatre caisses... 55 000.

C'est bien 50 000. À 50, 500 !

...

55 000 55 500 !

Monsieur Cardinaud, Ourillon a un lot de Marennes,

vous êtes preneur du tout ?

- Combien au départ ? -25, 35 000.

- Oh non. - Joignard est preneur du tiers à 25 000.

- Moi, je prends tout à 20 000.

-55 000... 56 000 francs.

56 500 francs, 57, 58...

58 500, à 59 500...

62...

500...

63, 63 500...

64 500... -65 !

-65!

À 65 000 francs, 500...

65 500 francs. Personne ne dit mieux ? Souchet !

- Je t'en fous des paniers de merde, toi ! Toujours le même ! J'te jure !

Ce qu'il peut être emmerdeur, celui-là !

Il aurait quand même pu rester plus longtemps avec sa mère, Mimile !

Ça ferait deux ans !

Je l'ai tout juste vu pour me faire taper de 6 sacs !

- Pleure pas, il te les rendra. - Ça, ça m'étonnerait !

Qu'est-ce que tu fous là, toi ? - C'est le patron qui veut 10 kg de merlu.

- Viens, on va arranger ça.

...

- Les quatre caisses de merlu, 80 000.

-75 ! -78, 500, 79, 500...

80, 80 500,

81, 81 500, 82,

82 500, 83, 83 500,

84... -500 !

-84 500... -85 !

-85, à 85 000 francs...

Personne ne dit mieux ? Adjugé Cardinaud.

85 000, Cardinaud.

Les quatre caisses, 15 000.

- Oui, 10 !

- La vache ! Il savait pourtant que j'en avais besoin !

- Fallait mettre une enchère de plus !

- Il fausse les cours, on devrait s'entendre

et porter plainte au président. - Le président, c'est lui !

- Au syndicat. - Le syndicat, c'est lui !

- Ma parole, il n'y en a que pour les cocus !

- Bonjour, Cardinaud.

- Bonjour, on fait affaire ensemble ? - Oui, à 25.

- Non, à 20. - C'est un lot extra !

- Mais je vous crois ! - Alors, on est d'accord ?

- Oui, à 20. - Joignard me prend tout à 25 !

- Je vous prends tout à 20. - Bon, alors...

On se voit au bureau tout à l'heure ? - D'accord.

- À ce taux-là, combien il va nous les faire le kilo ?

-500 francs.

-500 francs ? Avant la guerre, j'en avais 10 kg pour ce prix-là.

- Fallait en acheter, madame Babin !

Elle rit jaune.

Brouhaha de l'entrepôt

...

- La pendule est arrêtée, il est quelle heure ?

-8h05, ma belle.

- Ben alors Titine, et mes merlus ?

- On va prendre celles à Cardinaud, allez viens !

Les enchères continuent.

- Bonjour, monsieur Cardinaud. - Bonjour, Fabier.

- Monsieur Cardinaud, Thevenot vous attend.

- Monsieur Cardinaud, mauvaise nouvelle...

Le Cainus a faussé son arbre à Oléron. - Ah merde...

- Faut-il prévenir monsieur Charles ou monsieur Hubert ?

- À quoi ça sert ?

- Justement, monsieur Cardinaud vient d'arriver.

- Thévenot. - Bonjour, monsieur Cardinaud.

Vous m'aviez dit de venir vous voir. - Tu peux me tutoyer.

Assieds-toi.

Alors ? - Ben, alors...

Je suis drôlement emmerdé !

- Ah, t'es bath, toi !

Tu laisses par le fond 300 000 balles de filet et 200 000 balles de câble,

et c'est toi qui es emmerdé !

Bien aimable à toi, mais c'est pas notre affaire, ça !

- L'assurance joue.

- L'assurance, elle joue pour 50 pour cent !

Si tu veux faire le reste ?

- Avec quoi ? Le bateau est à vous, le matériel est à vous.

Enfin, François, tu me connais !

Je ne suis pas un débutant, j'ai 26 ans de pêche !

Je connais la côte comme ma main !

Si j'ai accroché, n'importe qui aurait accroché !

- Bon, je vais arranger ça, va.

- C'est gentil, t'es chouette !

- Allez, va !

- Merci, François ! - Allez, au revoir.

Alors ? - Alors quoi ?

- C'est Marthe qui vous envoie ? - Non, Sidonie.

- Quoi Sidonie, elle a retourné l'as de pique ?

- Elle a oublié de te parler du gaz. - Combien ?

-9 250 francs.

- Gibert, faites donner 10 000 francs à mon beau-père.

- Merci, mon gendre ! - Au revoir.

- Venez par ici, monsieur.

- Bonjour, monsieur Charles. - Bonjour.

- Bonjour, monsieur Charles. - Bonjour, Fabier.

Je vous ai dit d'éteindre à huit heures, Il est huit heures passées.

Crépitement des machines à écrire

...

...

Félicitations, mon cher.

J'ai su que vous avez mis Montillon à nos bottes ce matin.

Au fait, où en sommes-nous avec Thevenot ? Je viens de le croiser.

- C'est arrangé.

- Quoi, il paye ? - Non.

- Ah, eh bien, tant mieux !

Vous n'ignorez pas que c'est un meneur,

un salopard d'extrême gauche, maître avant Dieu et tout le bataclan !

Moi, les brebis galeuses, je les débarque !

Ouf !

- Oui, mais il n'est pas débarqué...

- Plaît-il ?

- Parce que c'est un pêcheur de premier ordre, ça se fait rare !

Qu'il vote extrême gauche, je m'en fous

tant que ça fait pas pencher le bateau !

Les 300 billets de matériel sont couverts à moitié par l'assurance !

- Vous en parlez à votre aise !

J'estime et mon frère aussi, que Thévenot a une dette...

- Quoi ! Vous n'en avez jamais eu de dette, vous ? Alors ?

- Bon, parfait...

puisque vous en faites une affaire d'amitié, je n'insiste pas.

- C'est ça...

- Je dirai à Hubert que vous avez mon accord.

- C'est ça...

- Je vais vous paraître indiscret, je vous ai vu inquiet, hier.

Ça va, vous avez des nouvelles de Madame ?

- Oui, ma femme est à Niort, chez sa marraine.

Chants des oiseaux

...

- Tu te reconnais ? - Pas très bien.

- Eh ben, dis donc ! Il n'y a pas que le patron qui a changé.

L'endroit aussi.

Quand on se rappelle du temps de Gégène...

- Gégène, la petite tonnelle, le diabolo menthe...

le tango chinois, mes premiers souliers à talons haut,

mon premier rouge à lèvres. - Il avait un goût d'encaustique !

- Je l'avais acheté chez le marchand de couverts.

C'est drôle, je me souvenais de tout, mais je ne retrouve rien.

Pourtant, regarde, les troènes sont toujours là.

- La piste de danse aussi.

- Et la tonnelle...

- Ce qui nous change,

avant, il y avait des fleurs.

Note bien, c'est plus la saison.

Il aurait fallu voir cela il y a trois mois.

- Je crois plutôt qu'on a vu ça il y a dix ans.

- En tout cas, la chambre est propre.

- Oui.

- Tu n'as pas l'air d'être contente. - Si.

- Tu trouves ça moche ?

C'est une chambre comme toutes les chambres.

- Comme toutes ces chambres-là, oui.

- Évidemment, c'est pas la literie Cardinaud.

C'est pas ta grande baraque avec vue sur le parc.

Si tu t'y plaisais tant, hein !

Oh, je te demande pardon, petite Marthe !

Je te demande pardon...

Je gâche tout, je dis n'importe quoi ! Parce que je t'aime trop.

C'est pour ça que je lui en veux, que je lui en ai toujours voulu.

Tu peux pas savoir l'effet quand une femme qu'on aime

est avec un type qui réussit. On en crève !

Tiens...

Cette nuit, quand tu étais dans mes bras,

tu m'as demandé pourquoi je souriais.

Eh ben... j'avais l'impression de lui reprendre quelque chose.

Dix ans, j'ai attendu ça...

Tu peux pas savoir ce que c'est long.

Tu sais...

quand j'ai reçu ta première lettre il y a six mois, j'ai pleuré.

Si, si, je te jure !

Ça m'a fait tellement drôle !

- Ça m'a fait encore plus drôle de l'écrire, crois-moi !

Je ne devrais pas te dire ça,

mais je l'ai écrit un peu comme on se jette à l'eau.

parce que je ne savais plus quoi faire,

parce que tu étais mon ancien petit copain.

- C'est ce qu'on appelle la fidélité, non ?

- Il vaudrait mieux que tu trouves un autre mot.

- Appelons ça des souvenirs de jeunesse.

- Oh, la jeunesse... - Si, si, tu n'as pas changé !

T'es ma petite copine d'avant.

On frappe à la porte.

Qu'est-ce que c'est ?

- Il est midi, vous quittez la chambre ou vous la gardez ?

- On la garde !

- T'as ce qu'il faut ? - Tu parles !

J'ai tapé Titine de dix sacs.

Pourquoi tu ris ?

- Parce que toi non plus, Mimile, t'as pas changé !

- Bonsoir, Monsieur.

- Rien de nouveau ? - Non.

Ah, si, madame Cardinaud a téléphoné. - Alors ?

- Madame Cardinaud mère. C'est Mademoiselle qui a répondu.

- Ma mère a téléphoné ? - Oui, pour avoir des nouvelles de...

Enfin, pour avoir des nouvelles...

Je lui ai dit que Madame était à Niort, chez sa marraine.

Elle était surprise car la marraine de Madame habite Paris depuis 3 ans.

Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, Jean dînera dans sa chambre,

il est rentré avec un zéro de conduite, il est puni.

Dois-je dire à Marguerite de préparer le bain de Monsieur ?

- Mademoiselle...

- Monsieur ?

- Ma mère a ses idées, et vous avez les vôtres.

Mais vos idées, je m'en fous.

Quand je dis Niort, ça veut dire Niort !

C'est comme ça. En tout cas, ici, ça sera comme ça !

Compris ?

Dites à Marguerite d'aller faire couler le bain.

- Bien, Monsieur.

- Eh ben, j'en apprends de belles, toi !

Un zéro de conduite ?

Qu'est-ce que tu as fait encore ?

- J'ai discuté avec Maille et Philippon.

- Encore ces deux-là ?

Tu pourrais pas copiner avec des moins voyous de temps en temps ?

Hein ?

Je sais pas moi, le fils Ardouin, le fils Mandine ?

- Ah, Mandine, il ressemble à son père !

- Eh ben ? Eh ben, il est gentil son père.

- L'autre soir à table, je t'ai entendu parler de lui,

alors que tu disais un gros mot ! - Moi ?

Quand un papa dit des gros mots, c'est pour rire,

et un petit garçon bien élevé ne doit pas écouter.

D'abord, je ne discute pas avec un puni, moi.

Le résultat, c'est que tu dîneras tout seul.

- Ah ! Toi aussi, tu vas dîner tout seul !

Dis, quand est-ce qu'elle va rentrer de Niort, m'man ?

- Bientôt, sûrement...

Je t'aide à faire tes devoirs ? - Oh, je veux bien !

- Fais voir, tu as des problèmes, là.

Vous m'en voulez pas pour tout à l'heure ?

- À quel propos ?

- Quand je me suis mis en boule à propos de Niort.

C'est d'autant plus bête que tout le monde est au courant.

- Tout le monde, enfin, mettons pas mal de gens.

On vous a fait certaine allusion ?

Ce matin à la halle, on m'a traité de cocu,

tout simplement.

Je me demandais où j'en étais, madame Babin a trouvé le mot !

Madame Babin, c'est Titine.

Vous ne la connaissez pas, mais c'est un drôle de personnage.

Sans la découverte des sulfamides, elle vérolait toute la Charente !

- Ce genre de personnage peut dire ça comme autre chose.

- Oh non, pas Titine ! Si elle a dit ça, c'est qu'elle voulait dire ça !

Le plus drôle, les gens ont l'air heureux, à cette idée-là !

- Ils sont ravis !

- Et vous, vous trouvez ça normal ?

- Vous permettez que je vous parle franchement ?

- Personne ne se gêne, allez-y donc !

- On dit qu'il y a vingt ans, vous étiez débardeur sur le port.

- Et alors ?

- Aujourd'hui, ce même port vous appartient, ou presque !

On vous craint, on vous déteste...

On dit que vous n'avez réussi qu'à coups de crocs et de griffes comme les loups.

On exagère, mais savez-vous ce qu'on dit encore ?

De la gare maritime à l'écluse, il n'y a que l'eau qui ne vous appartient pas.

Parce qu'elle n'est à personne. Sans ça, vous l'auriez prise.

- J'y ai pensé... Qu'est-ce qu'ils disent encore ?

- Que les Mandine ne restent chez eux que parce que vous le voulez bien.

Ou plutôt, parce que madame Mandine couche avec vous.

- Quoi ! Isabelle Mandine ? Ils disent ça ?

Eh ben merde alors ! Vous avez raison, ils m'en veulent salement,

mais de quoi, bon Dieu ?

- Mais de tout !

Ceux qui vous ont connu débardeur ne vous pardonnent pas de ne plus l'être.

Ceux qui vous ont employé, dont vous êtes aujourd'hui le patron,

vous voudriez qu'ils vous adorent ? Vous êtes insatiable.

Vous devriez être ravi d'être exécré, c'est ça la réussite !

- Eh ben !

Ah !

C'est pas le tout, mais demain matin, le loup se lève à 6 heures.

Les joueurs de la Pallice, et j'ai un chalutier qui a pété son arbre,

il faut que j'aille chercher l'expert à Chatedrillon.

Je déposerai le gosse à l'école, c'est sur le chemin.

- Bien, Monsieur.

- Allez !

- Excusez-moi, je voudrais vous poser une question.

Qu'est-ce que vous ferez, si Madame revient de Niort ?

- Je ferai mon possible.

Musique dramatique

...

...

...

On sonne à la porte.

- Vous ne pouviez pas prendre la clé !

Oh pardon, Madame, je croyais que c'était Clémence,

elle est au jardin avec les enfants.

- Ah ! Les enfants ne sont pas là...

- Ils sont partis plus tôt pour que Jean prenne l'air avant l'école.

- Et Monsieur ?

- Monsieur ? - Comment est-il ?

- Comme toujours.

Le lundi, il va à l'encan, mardi à la Pallice.

Hier, c'était lundi, il s'est levé à 5 heures pour aller à l'encan,

aujourd'hui, c'est mardi, il est à la Pallice. Madame ne savait pas ?

Madame a fait bon voyage ?

Musique mélancolique

...

...

Le téléphone sonne.

...

- Allô, oui ?

- Allô ? Il y a un de ces raffuts ! Vous m'entendez ?

Bon, dites donc,

je ne rentrerai pas pour déjeuner à cause de l'expertise.

Moteur de bateau

Oui...

Personne n'a téléphoné ?

- Si, monsieur Hubert, pour un arrivage, il doit rappeler.

- Je passerai au bureau.

À part ça, rien de nouveau, non ?

*Je vous demande s'il n'y a rien de nouveau ?

- Non, non, rien.

- Qu'est-ce que c'était ?

- Le bureau, qui demandait Monsieur.

Moteur de bateau

...

- C'est arrivé en machine arrière, on a dû enrouler du varech.

Pour peu qu'on ait manœuvré un peu sec.

- Tu parles que vous avez dû manœuvrer un peu sec !

- Il y avait peut-être un peu d'usure. - On va voir ça.

Vous m'arrangez ça au plus vite ! - Mais oui, c'est promis.

Bien des choses à monsieur Mandine. - Merci.

- François !

Oh ! François ! Cardinaud, écoute.

- Drouin ! Il y a une paye que je ne t'avais vu !

- Monte, j'ai quelque chose à te dire.

- J'ai du boulot, je te verrai demain.

- Monte, je te dis, c'est important !

- Bon, en vitesse alors.

- Le bateau de Drouin est consigné, mais pour vous, monsieur Cardinaud...

- Bon, merci. - Je vous en prie, monsieur Cardinaud.

- Viens par là, on sera plus tranquille.

Ça fait combien de temps qu'on s'était pas vus ? Sept ans ? Huit ans ?

- Bah, quelque chose comme ça.

- Je te dirai pas que tu n'as pas changé.

J'ai un peu forci, non ? - Tu n'as jamais été fluet, bonhomme.

- C'est vrai, mais la graisse n'a pas bouffé de muscle !

Le roi de la pince ! Tu te souviens ?

On faisait une drôle de paire, à vingt ans !

On en a dérouillé quelques-uns !

Les portoricains chez la grosse Gaby,

six qu'on a foutus à la baille ! Quelle vie !

Qu'est devenue la grosse Gaby ? - Elle est morte, il y a cinq, six ans.

- Pauvre vieille, de quoi ? - Ben, de ça, tiens !

- Eh ben, dis donc !

Parce qu'elle a voulu arrêter d'un seul coup, ça pardonne pas !

- Dédé, qu'est-ce que tu voulais me dire de si important ?

- Ta femme, ça va ?

- Quoi, ma femme ?

- Je suis au courant, elle est partie.

Et tu sais avec qui elle est partie ?

Avec Mimile !

- Mimile ?

- Le fils de Titine...

- C'est pas possible...

- C'est pourtant vrai !

Ils le savent tous, eux. Et il n'y en a pas un qui te l'a dit.

C'est normal, tu es le cocu...

Puis tu es quelqu'un d'important.

Tu es devenu un gros bras, alors, c'est la fête au village !

Madame Cardinaud avec le fils de Titine !

Tu penses si tout le monde se marre !

Sauf moi, figure-toi.

Et si je me marre pas, c'est que je suis encore plus cocu que toi !

Je ne te dis pas ça pour te faire des politesses.

À toi, Mimile, il ne te devait rien, à moi, il me devait tout.

Tu peux pas savoir la petite crapule que c'est.

Quand je l'ai ramassé à Port Gentil,

il avait chapardé dans toutes les caisses.

Seulement, là-bas, il y a des hommes ! Pas des bourgeois !

Le Mimile, il était rayé du quartier blanc.

Tricard, il vivait dans une case d'indigène.

Quand il a su que j'appareillais pour la Rochelle,

il est sorti de son trou pour me supplier.

Si vous m'embarquez pas, je vais mourir !

À genoux qu'il était, pour me parler de sa mère, de ses antécédents !

Enfin bref, pendant la traversée,

il a découvert dans la cale une cargaison d'absinthe.

Il a voulu me faire chanter. Je lui ai botté le cul !

Un autre aurait compris, mais c'est un vicieux.

À peine à terre,

il a cavalé aux douanes.

Les gabelous ont rappliqué, j'ai même pas pu décharger le bois !

Sans compter le procès, je me ferai éjecter de la compagnie !

Tu feras ce que tu voudras, mais moi, je veux le buter !

Ce soir, je vais descendre à terre pour ça !

On le retrouvera !

Je te jure qu'on le retrouvera !

- On le retrouvera peut-être, mais c'est pas ton Mimile que je cherche.

- Comme ils sont ensemble, ça revient au même.

Et je sais où ils sont. Enfin, où ils étaient hier.

Au bar des Charentes. C'est Vittorio, le chauffeur, qui les a amenés.

La sœur de Mimile travaille là. Elle sert la limonade entre deux passes.

Ils sont gratinés, les enfants de Titine !

Où tu vas ?

Musique lente à l'accordéon

...

- Tiens, remets-nous ça. - Oui.

...

Cardinaud frappe au carreau.

- Tayaut, v'la le dicor !

...

Qu'est-ce qu'il vient foutre ici, celui-là ?

- Je m'en doute un peu. - Peut-être pour s'envoyer Raymonde.

- Monsieur Cardinaud, qu'est-ce que vous voulez ?

- Je voudrais voir mademoiselle Babin. - Ah, vous n'avez pas de chance.

Aujourd'hui, elle est en mains, hôtel Printania, avec le vieux Couderc.

Vous savez, le sardinier. - Oui.

Bon, ben, je vous remercie.

...

- Merde.

Mardi...

C'est pas Couderc, c'est... Oh, et puis....

- Cinq heures et demie, je serai au bureau à six heures moins le quart.

En amour comme en affaires, ma devise...

c'est vite et bien !

- C'est pour ça que tu gardes tes chaussures ?

- Exactement !

Tu connais le proverbe, le temps perdu ne se rattrape jamais !

- J'en connais aussi un autre. Les bons comptes font les bons amis.

- Très juste.

- Merci, mon Bébé.

- Mademoiselle Babin est au 7, mais vous ne pouvez pas la voir.

- Je sais, elle est en mains, mais j'ai un mot à lui dire.

- Bon, alors à vendredi. - Quatre heures et demie.

- Pardon, Hubert.

- Tu as oublié quelque chose, mon Bébé ?

Je croyais que c'était... - Permettez ?

- Qu'est-ce que vous voulez ?

- Bavarder cinq minutes.

- Vous appelez ça bavarder... Bébé, lui, appelle ça faire la sieste !

Sacré Bébé, je pourrais vous en raconter sur son compte !

- Oh, pas tant que moi !

C'est pas de lui que je suis venu vous parler.

C'est de Mimile. - Alors ?

- J'aimerais savoir depuis quand... - Marthe et Mimile ?

- Oui.

- Depuis toujours.

Ils jouaient à la marelle ensemble sur le trottoir des Vauquier.

Vous avez dû y jouer, vous aussi, dix ans plus tôt. On y a tous joué.

Vous en êtes sorti, moi j'y suis resté. Dans le fond, on est du même trottoir.

Plus tard, Mimile et Marthe sont allés danser le dimanche,

Mimile a commencé à faucher dans le sac à Titine pour payer les menthes vertes.

Après, il a fauché dans la caisse à Montillon

pour acheter une bague.

- Marthe a été sa maîtresse longtemps ? - Si ça se trouve, elle l'a jamais été.

À cet âge-là, on a du temps à perdre, on parle de l'avenir, on reste puceau.

Pour ce qui est de votre femme,

vous devez le savoir mieux que moi.

Ensuite, Mimile a eu des ennuis, il est parti au Gabon, à Port Gentil.

Et puis probable qu'il ait eu des ennuis là-bas, puisqu'il est revenu.

- Eh ben ! S'il est revenu pour ne plus avoir d'ennuis...

Et où est-il ?

- Ça, vous pouvez toujours attendre.

- Je pourrais même attendre qu'on l'assassine.

C'est une question d'heures, il y a quelqu'un qui le cherche.

Pas moi ! Crime passionnel, c'est pas un placement de père de famille.

Ça vaut pas le coup de se taper de la prison pour une petite ordure !

- Petite ordure ? En attendant, votre femme, elle est dans son lit.

Vous comptez l'en sortir ?

- En supposant,

ça m'embêterait de trouver le corps de Mimile sur la descente de lit !

- C'est Drouin... - Eh oui !

- Merci du tuyau. Vraiment, je sais pas où ils sont.

- Si vous apprenez quelque chose, téléphonez-moi.

- Mais où ça ? Chez vous ?

- Bien sûr chez moi. Depuis 48 heures, je ne suis plus à ça près.

- J'avais peur que tu reviennes pas. - Je t'avais promis !

- Tu as été chez toi ? Tu l'as vu ? - Non.

- Qu'est-ce que tu as fait ? - Rien.

- T'as pensé à prendre un peu d'argent ? - Non.

- Comment est-ce qu'on va payer l'hôtel ?

Qu'est-ce qu'on va faire ? - Je ne sais pas.

- Tant pis, quoi...

- Monsieur, il y a monsieur Mandine... - Il peut aller se faire foutre !

- J'aimerais mieux que Monsieur le lui dise, il est au salon.

- Tiens ! Bonsoir, Charles.

- Bonsoir, excusez-moi cette intrusion, mais nous vous avons attendu.

- J'étais à la Pallice, mon vieux. - J'ai essayé de vous joindre.

Vous êtes là, c'est l'essentiel.

Nous avons un gros arrivage cette nuit.

- Oui. - Cent tonnes environ.

Je pourrais y aller, mais j'ai une grippe.

Si vous pouviez me remplacer. - J'irai faire un tour dans une heure.

- Merci, mon cher.

Au revoir. Et faites mes amitiés... autour de vous.

- Soignez bien votre grippe !

- Bonsoir, Monsieur.

- On dîne en vitesse, il faut que je file au Gabut.

- Marguerite, vous débarrasserez le salon, vous préviendrez Clémence

que Monsieur veut dîner de suite. - Bien, Mademoiselle.

- "La pêche miraculeuse", mon tableau, où est-il passé ?

- Pardonnez-moi, j'ai peut-être eu tort,

je me suis permis de le mettre ailleurs.

- Mais où ça ? - Au grenier.

Naturellement, si vous préférez... - Pourquoi, il était si tarte que ça ?

- Affreux... - C'était pourtant un cadeau de mariage.

- J'ignorais... - Oh, ça n'a pas d'importance.

Vous connaissez la peinture ?

- J'ai été un an aux Beaux-Arts.

Il est superflu de connaître la peinture, ça saute aux yeux !

J'ai essayé de faire pour le mieux.

Posez ça là, Marguerite, nous nous servirons.

Pourquoi me regardez-vous comme ça ?

J'ai changé un peu ma coiffure, je peux enlever la frange.

- Oh non ! Je pense que pour ça aussi, vous faites pour le mieux.

Les gosses ont bien dîné ?

- Oui, mais les bonbons leur ont un peu coupé l'appétit.

- Vous leur en donnez trop. - Ce n'est pas moi, Madame est venue.

- Comment, elle est venue ?

Et vous me dites ça maintenant ?

- Elle est arrivée tout de suite après votre appel,

elle avait besoin de sa valise verte.

- Elle n'a rien dit ?

- Elle ne m'a jamais beaucoup parlé, alors ce n'est pas maintenant que...

- Comment était-elle ? - Elle avait son manteau gris.

- Pas comment elle était habillée, comment elle était physiquement ?

- Elle avait l'air heureuse, mais pressée. Elle avait peur de manquer son car.

- Parce qu'elle devait prendre le car ?

- Les enfants étaient au jardin avec Clémence...

Vous n'allez pas sortir sans dîner ? - Ça ne fait rien, j'ai pas faim.

- Prenez au moins un manteau, vous allez attraper froid.

- Merci.

Eh ben !

Ça vous a réussi les Beaux-Arts !

En plus de la peinture, vous avez l'air de connaître la musique.

- Je ne me souviens pas... Alfred !

T'aurais pas vu une voyageuse avec un manteau gris ?

- Non, j'ai pas fait attention, pourquoi ?

- Une parente à monsieur Cardinaud. - On va demander à Bernard.

T'as pas vu une passagère avec un manteau gris dans ton car...

de six ou sept heures ?

- Il n'y a pas de car pour la Pallice à ces heures-là.

- C'était peut-être pas le car de la Pallice.

- Si elle n'a pas pris mon car, je n'ai pas pu la voir.

- Je vous remercie. Au revoir, messieurs.

- Bonsoir, Monsieur. Qu'est-ce qu'il a, Cardinaud ?

Chercher une parente à cette heure-ci ? Allez, c'est fini !

- Hier, il m'en est arrivé une bien bonne ! Quai Duperré !

Je vois arriver devine qui ?

Merci... La grosse Jeanne !

- Qu'est-ce que je te donne à boire ? - Un coup de rouge !

Je vous filerai ça demain, santé !

- Merci, Huguette.

Brouhaha

- Bonjour, messieurs. - Ça va ?

- Bonjour, Cardinaud. - Bonjour.

...

Donnez-moi un grog. - Avec de la fleur d'oranger.

- Tiens ! Je suis content de vous voir, madame Babin !

J'aimerais bien vous dire un mot. - Allez-y donc.

On vous écoute, mon bon monsieur.

- Je préférerais vous voir à mon bureau, ou chez vous.

- Je suis chez moi partout, surtout ici.

Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

- J'aimerais savoir où se trouve Mimile...

- Vous êtes bien curieux !

Je vais vous le dire...

Il est en lune de miel, Mimile !

Peut-être à Châtelallion, peut-être à Venise,

est-ce que je sais ? Les amoureux, ça voyage.

Vous devriez avoir des nouvelles par votre famille ?

On ne vous écrit donc pas ? Ha, ha, ha...

- Dis donc, Titine...

S'il n'y a personne pour te fermer la gueule, je vais m'en charger !

- Pas encore en taule, toi ?

- Si j'y vais, ça sera pas pour ce que tu crois.

- Quand t'y seras, qu'est-ce que tu veux que je te porte ?

- Ce que tu porteras ma grosse, c'est le deuil !

Quand on cherche Dédé, on le trouve !

- Tu prends quelque chose ? - Non, pas ici.

Je suis rentré car j'ai vu ta voiture dehors.

- Vous mettrez ça sur mon compte.

- Remets-nous ça ! - Oui, moi aussi, la même chose.

- On remet ça avant d'y aller ?

Passe-moi mon verre. - Tiens, mon gars !

- Huguette ! La même chose !

- T'as pas eu de nouvelles au bar des Charentes ?

- Non, pas de nouvelles au bar des Charentes.

- T'es plus ce que tu étais, François, Tu as rudement changé !

Quand je pense à ce que tu étais autrefois...

- Évidemment, je porte plus de culottes courtes !

- En 36, quand t'as dérouillé le gros Fernand,

tu les portais déjà plus.

Mais t'avais pas encore le genre faux col !

Comme ton chapeau, t'as l'air d'un vétérinaire !

- Tu crois qu'avec ta deffe, t'as l'air d'un amiral, toi ?

- Je te dirai bien de quoi t'as l'air, mais Titine te l'a déjà dit.

- Raymonde aussi, si tu veux tout savoir.

Et je lui ai même donné du pognon pour me dire ça.

J'te demande pardon, mais je suis devenu un bourgeois.

J'ai ma chaise à l'église et de l'or à la banque.

Le rôle du bourgeois c'est de se faire charrier,

c'est toujours lui qui porte de chapeau !

T'as rien vu, ce qui compte, c'est la manière de s'en servir !

Parce que j'ai le plus beau coup de chapeau de la ville, tiens !

Qu'est-ce que tu crois ? J'ai mis vingt ans à régler ça !

Et ça, c'est rien !

T'as pas vu ma gueule aux mariages ou aux enterrements !

C'est là que je brille car je me les tape tous !

Je suis de toutes les coteries,

quand un officiel dévisse son billard ou marie sa fille,

je suis de la fête !

- Et ta bonne femme ? En continuant tes singeries, tu vas la retrouver ?

- Et toi, t'en fais pas, de singeries ?

"Quand on cherche Dédé, on le trouve, le roi de la pince !"

Ce projet de descendre Mimile, c'est pas des singeries, ça ?

Avoir grimpé les échelons pour finir en taule !

Bougre de connard, va. - Ça vaut mieux que finir comme toi !

Si t'as peur de te salir, le Vittorio, je vais m'en charger !

Il va la cracher, l'adresse de Mimile, j'te le promets !

- Monsieur Cardinaud, monsieur Hubert vous cherche au Gabut.

- Va lui porter le cahier, il est prêt.

La voiture démarre.

Allez, monte !

Alors, le "roi de la pince" ?

- Alors, fumier ! - Attends !

- Où est Mimile ? - Mais écoute, Drouin...

- Commandant ! Si ça te fait rien !

T'es témoin qu'il me cherche ! Quand on cherche Dédé, on le trouve !

Alors, où il est Mimile ? - Au Petit Robinson.

- Ils sont au Petit Robinson, c'est là qu'on allait danser !

- Eh ben lui aussi, faut croire...

- Monte là-dedans ! T'as vu les bonnes vieilles méthodes !

Je pense au cri que va faire Mimile.

Au gîte qu'on va les surprendre ! Au gîte !

Ah, la tête de Mimile...

Avec un peu de chance, on va les piquer au plumard.

J'te jure qu'ils vont entendre sonner le réveille-matin !

- Tu veux pas la fermer un peu, non ?

Au lieu de sonner le réveil, tu vas rester dans la voiture !

- T'as pas la prétention de m'empêcher... - De faire des conneries, si !

Tu as la correctionnelle aux fesses, je voudrais t'éviter les assises !

Figure-toi qu'ils ont de bonnes vieilles méthodes aux assises !

Musique dramatique

...

Musique sombre

T'as bien compris ? Tu bouges pas !

Je dirai à Mimile de descendre plus tard, après.

- C'est bien parce que c'est toi !

...

...

- Ah ! Monsieur. - Monsieur.

- Je voudrais parler à Gégène. - C'est qu'il est plus là, Gégène.

Il m'a cédé l'affaire. C'est pour quoi ? Pour une chambre ?

- Oui, la chambre de monsieur Emile Babin.

- Vous fatiguez pas, ils sont partis hier soir sans payer.

La dame a laissé sa valise.

- Une valise verte ? - Oui, tenez.

Ça peut valoir dans les combien, ça ?

-14 650 francs.

Et la note ? Elle est de combien ? - Attendez...

3 500.

- Deux, trois, et voilà ! - Merci, monsieur.

- Au revoir, monsieur. - Au revoir, monsieur.

- Alors ?

- Alors...

- Je ne sais plus où ils sont, parole.

- Si t'avais parlé plus tôt, on n'en serait pas là !

C'est Monsieur qui avait la main !

Résultat, on est bredouilles et 30 bornes à se taper !

- Tu vas te les taper à pince, j'en ai marre de ton microsillon !

Les biceps, les sermons, Bossuet et Les Misérables, ça va comme ça !

Musique dramatique

...

Brouhaha des conversations du marché

...

- Les quatre caisses de soles, 80 000.

-70 ! -75, 70, 500...

71, 500, 72, 500, 73, 500, 74...

-75 ! -75, 500, 76, 500...

77, 500, 78, 500... -80 !

-80 000 ! 80, 500,

81, 500, 82...

à 82 000 francs, personne ne dit mieux ? Matra !

- Et moi ? Et moi ?

- Les quatre caisses de merlu...

-100 000. -90.

- Ça fait 90, 500, 91, 500...

92, 500... -95 !

95, 500, 96... -100 !

-100 000 ! 500... - Un !

-101, 500, 102... -103 !

-103, à 103 000 francs, personne ne dit mieux ? Tesmaret !

Quatre caisses de lottes, 65 000.

-60!

Brouhaha des conversations du marché

Mandine crie.

...

- Qu'est-ce qu'il a, le Mandine, à gesticuler ?

- Il s'ont pas laissé acheter un lot, il est furieux !

- Ça lui fait les pieds ! Viens voir.

- Bonjour.

- Qu'est-ce que tu fais là ? - Je t'attendais.

- Pourquoi t'es pas rentré au lieu de te les geler dehors ?

Qu'est-ce qu'il y a ? La mère est pas malade ?

- J'ai reçu une lettre de Marthe.

- Qu'est-ce qu'elle te dit dans sa lettre ?

- Dans l'ensemble elle n'a pas l'air d'être très heureuse.

- Il me semble que j'ai tout fait, non ?

- T'en as peut-être trop fait...

- Trop fait ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Ça veut dire que tu t'es jamais demandé

si ça amusait ta femme de te regarder grandir.

La femme de ton frère a épousé un imbécile,

elle s'est retrouvée avec un crétin.

Ça l'a pas dépaysee !

Mais Marthe... Marthe a épousé François.

Et tu es devenu Cardinaud !

Alors, tu comprends, c'est comme si

tu l'avais quittée après deux ou trois ans de mariage.

La porte s'ouvre.

- Qu'est-ce que c'est ? - Monsieur, dois-je laver la voiture ?

- On peut pas me foutre la paix ? - Oh, pardon...

- Tiens, va t'asseoir.

Alors, comme ça, c'est moi qui ai quitté Marthe !

Et elle te le dit dans sa lettre...

- Pas besoin qu'elle me le dise.

J'ai un peu d'expérience. - Et de l'imagination aussi.

- Peut-être...

Tu connais un jeu de cartes qui s'appelle le mariage ?

Ça se joue à deux...

C'est tout simple, à condition de laisser jouer l'autre.

Pendant que je tresse mes paniers,

ta mère tient la boutique, elle s'occupe de la soupe.

Quand je suis malade, elle me soigne.

Elles aiment bien nous soigner, les femmes.

Es-tu tombé seulement une seule fois malade ?

- On peut pas penser à tout...

- Tu aurais pris une infirmière.

Je me demande pourquoi tu t'es marié, tu n'as jamais besoin de rien.

Oui, ça, elle le dit dans sa lettre !

Qu'est-ce que tu lui as donné de toi, à Marthe ?

Un ou deux ans, juste le temps

où vous êtes restés dans la petite maison, aux Minimes.

Elle avait l'habitude des petites maisons, Marthe.

Elle avait épousé un p'tit gars des Minimes,

v'la qu'elle se retrouve avec une compagnie de chalutiers !

C'est très gentil de grimper haut, mais y a des gens à qui ça fout le tournis !

Elle a trouvé quelqu'un qui a besoin d'elle.

Elle l'aime pas, elle l'aimera jamais !

Mais il a besoin d'elle...

- La chambre syndicale ? Passez-moi le président.

Je me fous de votre assemblée générale, passez-moi le président !

Moi aussi, je connais un jeu qui se joue à deux, la bataille.

Maxime ? Cardinaud.

Pour une histoire de licence, j'aurais besoin que tu...

Tu te fous de ma gueule avec ton assemblée générale ?

C'est pas parce que je t'ai fait bombarder président

qu'il faut que tu croies que tu présides quelque chose, non ? Alors !

Tu vas me convoquer

Titine Babin pour vérification de licence.

Ouais ! Je la veux dans une heure à mon bureau, compris ?

Bon, au revoir.

Con, celui-là !

Bois un coup, je me rase et je te dépose au car.

- Bonjour, papa ! - Bien dormi, mon poulet ?

- Oui, regarde ce qu'a ramené maman, prends-en un.

Tu peux en prendre deux, tu sais.

- Oh ! Grand-père ! - Ha, mon petit Jean !

Bonjour. - Bonjour, grand-père.

- Dépêche-toi, Marguerite t'attend pour te conduire à l'école.

- Bonjour, Mademoiselle.

Tu travailles bien, oui ?

Conversation indistincte

- Bonjour, monsieur. - Bonjour, madame.

- Au revoir, grand-père. - Au revoir, mon petit Jean.

Pas qui s'éloignent

Rasoir électrique

...

- Les Mandine vous ont attendu toute la nuit.

Moi aussi, je vous ai attendu.

Vous partez déjà ?

- Oui et quand je reviendrai, je veux trouver toutes les choses à leur place,

le tableau dans son cadre et vous dans votre blouse.

Pourquoi croyez-vous que je vous paye ?

- Pour m'occuper des enfants.

- Nous sommes d'accord, et pas pour vous en faire un.

- On vous attend, monsieur Cardinaud.

- Ha ! Si vous voulez passer dans mon bureau, madame Babin.

- Ah, vous voilà !

Vous nous avez mis dans de beaux draps ! Merci !

On vous a attendu jusqu'à 7 heures,

avec 80 tonnes de maquereaux sur les bras !

On a été obligés de vendre à Joignard. Je vous laisse imaginer à quel prix.

Nous ne sommes pas disposés à supporter les conséquences de votre carence !

- Ta bouche, Bébé, c'est pas l'heure de ta petite sieste ?

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

"Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments cordiaux."

Mes sentiments distingués, ça suffit !

Vous ne voulez pas que je l'embrasse ?

- Vous voulez voir ma licence ? - S'il vous plaît, oui.

- Si vous espérez y trouver l'adresse de votre femme...

feriez mieux de penser à autre chose.

Une femme, plus de femme, c'est la vie, mon pauvre monsieur.

Qu'est-ce que vous faites ? Vous êtes fou ?

- Une licence, plus de licence, c'est la vie, ma pauvre dame.

- Vous n'avez pas le droit de faire ça !

Pas le droit de m'enlever mon gagne-pain !

Je vous préviens, je vais porter plainte !

- Nous sommes en plein arbitraire, madame Babin.

Où se cache votre fils ?

- Vous voulez l'adresse de Mimile ?

Je vais vous la donner comme ça ?

- Mais oui.

- Pourquoi ça ?

- Justement parce que vous êtes sa mère.

Mimile a donné Drouin à la police, vous allez me donner Mimile.

Vous êtes une famille comme ça.

- Trahir mon Mimile, jamais !

- Mais si, mais si...

- Avouez quand même que vos moyens sont pas propres !

Qu'est-ce que vous lui voulez ?

- Moi rien, mais c'est Drouin. Il est vachard, Drouin...

- Si je vous dis où il est Mimile, vous l'avertirez ?

Et vous me ferez rendre ma licence ? - Mais oui, Titine.

- Pour ma licence, c'est sûr ? - Oui, Titine.

- Ils sont dans l'île de Ré, à l'hôtel des Touristes.

- Vous pouvez disposer.

- Je vous dégoûte, hein ?

- Ça vous surprend ?

Envoyez-moi le garçon de courses.

- Tourne à droite et suis Titine.

- Oui ?

Va voir l'heure des bacs pour l'île de Ré.

- Bien, Monsieur.

Musique de tension

...

...

Sirène de bateau

...

...

Sirène de bateau

...

...

- T'as voulu me baiser ?

Seulement, Titine, y a pas qu'à toi qu'elle parle,

surtout quand elle a plein dans sa gueule.

- Messieurs.

- Laisse, Cardinaud, c'est moi qui paye.

Sirène de bateau

...

- Tu restes là, tu m'attends.

- Tu rigoles, non ?

- J'ai dit, tu m'attends.

- Pour m'arrêter maintenant, faudrait que tu me dérouilles.

- Et alors ?

- Ça serait nouveau !

- T'as la mémoire courte, mon pote !

Nos 20 ans, ça devrait te rappeler des coups de pied au cul.

Quand tu tirais le cordon, tu t'es fait sonner,

t'es qu'une grande gueule et je suis de taille à te la claquer !

- Tu devrais claquer la gueule de ta putain et de son...

Fumier !

Musique dramatique

...

...

...

- Tiens ! Comme à 20 ans ! Tiens, bouffe !

...

Comme à 20 ans !

...

Il frappe à la porte.

...

- Elle est partie.

Me touchez pas, ça sert à rien !

Puisque je vous dis qu'elle est partie !

Vous voyez bien qu'elle est partie.

- Où ça ?

- C'te question, où voulez-vous qu'elle aille ? Chez vous !

Elle a un foyer, elle.

- Eh oui, elle a un foyer.

Excuse-moi, je n'ai pas été en Afrique pour faire fortune.

Le foyer, je l'ai planté là.

12h par jour pendant 30 ans, faut que ça serve à quelque chose !

L'argent fait pas le bonheur, mais...

vivre dans la merde non plus !

Mon pauvre Mimile, va...

- Quoi ?

Quoi, pauvre Mimile ?

- Oh, rien. Je t'entends d'ici lui jurer de l'aimer toute la vie.

Pour aimer toute la vie, suffit pas de louer une chambre à la journée.

C'est bien gentil la tringlette, mais y a pas que le petit frisson.

Œuvre de chair... Alors, il y a les gosses...

Finalement, c'est la norme et la logique de la vie, les gosses.

Alors pendant les entractes, elles y pensent.

Elles pensent aussi au frigidaire, à la machine à laver,

à l'armoire à linge.

C'est notre force dans les foyers, l'armoire à linge.

La prochaine fois, tâche d'y penser.

Allez, adieu, Mimile.

Ah, j'oubliais... Drouin est dans l'île.

T'aurais intérêt à foutre le camp.

- Drouin ?

Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ?

J'ai pas un rond. Où voulez-vous que j'aille ?

- J'sais pas moi... En Afrique ?

Mais dans un autre coin...

- Ah ben merde...

Moteur de voiture

Musique de tension Moteur de voiture

...

Musique douce

...

- Faites rentrer ma voiture ! - D'accord, Monsieur.

...

...

Moteur du bateau

...

- C'est toi ?

Tu vois, je rentrais. - Oui, je sais.

- Ça te fait rire ?

- Tu sais sûrement pas pourquoi je ris.

- Je m'en doute... - Oh, sûrement pas !

Sirène de bateau

Tu te rappelles quand on était comme ces deux-là,

on regardait la mer en rêvant de meubles à crédit...

Seulement, le bonheur, ça se paye comptant.

La preuve,

pendant 12 ans, on a fait chambre commune, mais rêve à part.

Mais c'est de ma faute, je t'ai oubliée en chemin.

Écoute, maintenant qu'on le connaît, le parcours,

on va le refaire tous les deux ensemble. Mais...

peinards, comme si on allait passer le permis.

- Alors écoute,

il y a une maison libre derrière Saint-Éloi.

Quatre pièces, une grande cuisine, une seule chambre de bonne,

pour les vacances, tu pourrais venir tous les soirs, c'est à vendre.

- Eh ben, c'est vendu !

Sirène de bateau

Tiens, tu veux un bonbon ?

Musique joyeuse

...

...

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