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Original subtitles

Cannon Films

vous propose des films �lectrisants, sous haute tension.

Ensemble, repoussons les limites du cin�ma

et faisons exploser le box-office.

Menahem Golan et Yoram Globus �taient des poids lourds.

Les George Foreman et Mohamed Ali du cin�ma ind�pendant.

Je les appr�cie beaucoup, m�me s'ils ont bousill� notre film !

Pas facile de parler de Cannon Films sans se marrer.

Des dingues, des malades.

L�g�rement d�cal�s par rapport... au cin�ma traditionnel.

Le public ne s'attendait pas � ce c�t� d�jant�...

barr�.

Vous �tes s�rieux ? C'est un truc de fous !

Je me sentais b�te.

Ils se sont appropri� la culture populaire.

On les applaudissait.

On n'y connaissait rien. On improvisait en route.

Ils avaient tout pour r�ussir.

Il fait r�gner la justice dans les rues de New York...

Menahem Golan est le p�re du cin�ma isra�lien.

Il produisait 3/4 des films et en r�alisait certains.

Il avait fait 40 films avant notre rencontre.

Petit, quand il allait au cin�ma,

il voulait voir le projecteur, toucher la pellicule...

Ici, j'ai d�couvert le Hollywood de Humphrey Bogart,

Gary Cooper, Billy Wilder...

Je venais ici au moins 4 fois par semaine.

Hollywood m'a s�duit.

Le cin�ma �tait toute sa vie.

Il tournait des films en Isra�l, mais il n'avait rien � manger.

Il m'a dit :

"J'ai pas de voiture, de frigidaire ou de maison.

"J'ai seulement une femme et 3 filles.

"Si vous voulez hypoth�quer ma femme et mes filles, allez-y."

L'argent n'�tait pas important pour lui. Le cin�ma, si.

Ensuite, il a fait venir Yoram.

Yoram �tait son jeune cousin.

Yoram Globus s'occupait du financement des tournages.

Menahem Golan �tait un homme de cin�ma.

Ils avaient une soci�t� de distribution et de production.

Menahem r�alisait des films et ils incarnaient le cin�ma l�-bas.

Leurs films ont eu du succ�s en Isra�l et ont failli sortir � l'international.

Tuvya et ses sept filles, un remake d'Un violon sur le toit.

La femme de Menahem

avait emmen� leur b�b� sur le tournage.

Menahem lui dit : "Donne-moi le b�b� !"

Il met le b�b� dans son couffin sur une charrette.

Sa femme lui dit : "Menahem..."

"Ch�rie, pas maintenant !"

Action ! Le cheval se met � courir.

Le b�b� est sur le point de tomber.

Sa femme court vers le b�b�. Il l'attrape et dit...

"Jamais quand on tourne !"

C'est tout Golan.

Ils visaient le march� international.

Quand ils ont tourn� Raid sur Entebbe,

ils avaient Isra�l � leurs pieds.

Les mains en l'air !

� l'arri�re ! Silence !

Menahem et Yoram �taient les rois du Hollywood isra�lien.

J'ai une grenade. On peut faire sauter l'avion !

L'arm�e �tait l�.

On tournait une sc�ne avec 4 Hercules.

Le pilote d�collait, se posait, d�collait, se posait...

Puis il a dit : "J'arr�te, je suis crev�."

Menahem est inflexible quand il tourne.

Il ne supporte pas qu'on le coupe dans son �lan.

Il a pris un Uzi.

Il a braqu� le pilote.

Il lui a dit : "Regagne le cockpit et fais ce que je te dis."

On peut pas l'arr�ter.

L'un des jeunes poulains de Menahem s'appelait Boaz Davidson.

Il a r�alis� Juke Box.

Juke Box s'inspirait de mes frasques

et d�ceptions d'ado.

On traitait de l'�veil � la sexualit�.

Il fallait aller plus loin.

Menahem refusait de produire �a.

Yoram �tait plus audacieux,

car plus jeune, mais ils �taient tous deux traditionalistes.

Une partie de l'intelligentsia a trouv� �a tr�s vulgaire.

La voisine a demand� : "C'est votre fils qui a fait Juke Box ?"

C'est bien, Danny. Elle grandit.

Ma m�re a dit oui. La voisine a crach� parterre et a fait :

"Ce film est horrible !"

- �a va ? - Au top.

"Horrible !"

Sur 3,5 millions d'Isra�liens,

1,3 million de gens ont vu ce film.

Il figure en t�te du box-office isra�lien � ce jour.

Menahem et Yoram ont gagn� beaucoup d'argent.

Ils avaient un but, c'�tait un r�ve.

Leur r�ve �tait de conqu�rir le monde entier,

et surtout Hollywood.

Ils ont rachet� une petite soci�t� : Cannon.

En 13 ans, on avait cr�� 70 films.

Ils produisaient des films �rotiques, des films d'exploitation,

ou rachetaient des pornos suisses

et ajoutaient des sc�nes en plus.

On a tourn� Inga en Su�de.

Et lorsqu'on tourne en su�dois,

on obtient un film d'art et d'essai bergmanien.

Dans le n�tre, il y avait du nu.

Ne cherchez pas de traduction.

C'est un concept universel.

Dewey a dit : "On a r�colt� de l'argent pour faire un film, mais c'est nul.

"Il faut produire quelque chose ou rendre l'argent. Des id�es ?"

Ces salet�s de hippies, c'est des meurtriers,

des obs�d�s, des drogu�s, qui font une musique de merde.

Je vais en buter un.

Joe a fait un carton dans les ann�es 70.

Des sujets d'actualit� : les hippies, les ouvriers, la guerre.

Nixon �tait-il un type bien ou un salaud ?

Les gens disaient : "Ce film est g�nial."

Il suffit d'�tre noir pour toucher du fric.

Moi, je trime 40 heures par semaine dans les hauts-fourneaux,

et ils gagnent autant que moi.

� nos d�buts, Inga nous a co�t� 50 000 $.

Joe nous a co�t� 372 000 $.

Et Madam nous a co�t� 1,2 million.

C'�tait pas facile de r�unir tout cet argent.

Menahem et Yoram ont d�cid� de partir � la conqu�te des USA.

Ils ont fait leur trou, si je puis dire.

Ils voulaient cr�er tout un catalogue de films � leur nom.

"Voil�. On est le 17 janvier.

"Tu tournes le 4 mars avec Klaus Kinski."

Assoiff� de vengeance.

Rong� par la haine.

Tu me d�go�tes.

Schizoid.

Au d�part, ils se sont cantonn�s � leur sp�cialit�.

Des films � petit budget avec des sc�nes chaudes.

Des films d'horreur.

Au secours !

X- Ray �tait un film gore.

Barbi Benton �tait une star.

Elle se d�nudait dans chacun de ses films.

D'apr�s eux, les films devaient contenir des sc�nes de nudit�.

Cela r�pondait aux attentes du public,

selon eux.

Quand ils ont tourn� The Happy Hooker Goes Hollywood,

d�s que Martine s'�loignait, ils filmaient des sc�nes de cul.

Dans une piscine, des tas de figurants s'affairaient.

Et j'�tais furieuse, car je n'avais pas sign� pour �a.

Je veux un film avec de la violence et du cul !

C'�tait l'histoire d'un studio de cin�ma g�r� par une bande de pourris.

Et c'est ce que je vivais avec Golan et Globus.

Soit ils vous g�taient et vous traitaient comme leur chouchou,

soit ils mena�aient de d�truire votre carri�re.

Les Isra�liens ont ce temp�rament-l�.

Ils faisaient tout pour obtenir ce qu'ils voulaient.

Menahem �tait un gueulard.

Ils parlaient avec les mains, l'accent isra�lien devenait plus fort.

Ils s'engueulaient comme du poisson pourri.

Mon nom revenait.

J'ai demand� : "Qu'est-ce qu'ils disent ?"

Ils d�cidaient o� m'emmener d�jeuner.

Ce n'�tait pas de la col�re,

mais de la v�h�mence et de la passion.

Ils s'adoraient, ils �taient tr�s proches.

On forme une belle �quipe. On s'appr�cie plus que des fr�res.

Chacun de nous signe les ch�ques de l'autre.

C'est le summum de la complicit�.

On n'aurait pas pu les s�parer. Ils se faisaient confiance.

Ils se compl�taient comme le yin et le yang

dans leur approche du cin�ma.

Menahem est un r�veur.

C'est rest� un gamin.

Il r�alise ses r�ves d'enfant.

Il s'asseyait et imaginait des projets, des personnages et des sc�narios.

Yoram �tait un brillant homme d'affaires

qui g�rait le budget pour que Menahem puisse tourner.

Il n'�tait ni exub�rant ni gueulard,

il n'attirait pas l'attention, il restait dans l'ombre.

C'�tait l'un des meilleurs dans le domaine de la vente de films.

Yoram Globus.

Enchant�.

Aust�re, vigilant, l�g�rement m�fiant.

Froid, dur et coriace.

C'est Yoram. O� est mon fric ?

Tu me l'as promis, mais tu ne me paies pas !

C'�tait le jour et la nuit, mais face � un banquier,

ils formaient l'�quipe id�ale pour r�unir des fonds

et financer leur r�ve.

Nous produisons des films am�ricains

pour les vendre � des distributeurs ind�pendants.

De beaux films, avec un bon sc�nario,

de grands acteurs,

et pas distribu�s par des majors.

Ils ont cr�� le concept de distributeur ind�pendant.

Ils cr�ent l'affiche du film qu'ils veulent produire,

ils le vendent � des acheteurs �trangers,

ils encaissent l'argent, tournent le film et le sortent 3 mois plus tard.

Vivez une nouvelle exp�rience cin�matographique :

BIM Stars.

La com�die musicale la plus pourrie de l'histoire, r�alis�e par Menahem.

Pomme magique Pomme �nigmatique

Viens, je t'invite Je serai ton guide

Au paradis de la pomme

�a devait �tre le Tommy de Menahem.

Il a voulu faire du Ken Russell.

"Je suis meilleur que lui !"

Il pensait que �a aurait du succ�s,

que c'�tait original et cr�atif.

J'ai rien compris. Et vous ?

C'est l'histoire de la cr�ation vue par Menahem.

L'�ternelle lutte entre le bien et le mal

dans une industrie de la musique du futur.

1994. Le monde est contr�l� par une force :

la Pomme est la cl� du succ�s.

Ce futur ressemble au projet d'urbanisme Tel Aviv 2025.

Il voulait parler des hippies, mais Menahem n'en �tait pas un,

alors il n'y connaissait pas grand-chose.

C'est un film audacieux. Une chanson s'intitule Je viens.

Je viens

Je viens pour toi

J'�tais parfaite pour ce r�le.

J'�tais tellement na�ve ! "Il vient pour moi ? D'accord."

Je l'ai compris comme �a, malgr� la chor�graphie !

Je sais, c'est path�tique.

Il �tait persuad� que ce film aurait un succ�s fou.

Mais la projection s'est mal pass�e. Il �tait effondr�.

Ils avaient distribu� le disque au public.

Et les gens ont balanc� leurs disques qui sont rest�s plant�s dans l'�cran.

Je crois qu'il �tait en avance sur son temps.

Ce que nous cherchons tous, c'est la vie, une autre vie.

La vie au-del� des limites terrestres.

La vie extraterrestre, la vie l�-haut.

Et le cin�ma nous l'apporte.

Ils aimaient le cin�ma

Ils aimaient le cin�ma

plus que n'importe quel producteur ou nabab

que j'ai rencontr�.

Quand on leur parlait d'autre chose, ils disaient : "Parlons de cin�ma."

Ils allaient tout le temps au cin�ma,

m�me si c'�tait un film allemand et qu'ils ne parlaient pas allemand.

La Cannon aime le cin�ma.

C'est notre passion. On vit pour le cin�ma.

"Tu commences quand ?" "Je me marie."

"Ce sera long ?"

Ils font marcher leur soci�t� comme une usine

o� les salaires sont bas

et o� chaque centime sert � tourner et pas � payer des notes de frais.

"Les mecs, on va d�jeuner au bureau."

Menahem court, approche de l'assistant

et lui pique son repas chinois.

Il revient et dit : "On a command� du chinois."

La porte s'ouvrait et un assistant entrait

avec des gobelets en plastique et des plats tout pr�ts.

En r�union, il bouffait des cornichons.

On investit 99 % du budget d'un film dans le tournage.

On ne se paye pas des limousines, des d�jeuners et tout le toutim.

Leur truc, c'est pas le relationnel, c'est l'efficacit�.

On n'est pas du genre � fr�quenter le Mama Zone ou le Jimmy's � Hollywood.

Pas de club de polo.

On ne joue pas au tennis. Vous m'avez vu ? D�sol�.

"Je ne fr�quente pas les clubs de tennis ou les soir�es � Malibu."

Pourquoi ? Parce qu'il n'�tait pas invit�.

J'avais en t�te

l'image d'un producteur de cin�ma,

et Menahem n'y correspondait pas du tout.

Un t-shirt trop petit.

Il d�boutonnait son pantalon.

Vous voyez Jabba le Hutt ? C'est Menahem Golan.

Jabba le Hutt sous crystal meth.

La seule motivation de ces hommes-l�, c'�tait une passion pour le cin�ma

n�e de leur enfance � Tel Aviv pass�e devant des films am�ricains.

Il voulait recr�er les films qu'il avait vus et ador�s, enfant.

Menahem a voulu r�unir les monstres du cin�ma.

Boris Karloff, Bela Lugosi. Mais ils �taient morts !

Bienvenue dans Le Manoir de la peur.

Les ma�tres de l'horreur emm�nagent.

Vincent Price, c'est moi.

Peter Cushing, Christopher Lee.

Ces types-l� ne faisaient peur � personne.

Ce n'�tait pas un film d'horreur.

Mais une �uvre nostalgique.

Cette parodie les a amus�s.

- Une corde � piano. - Il a d� l'entendre chanter.

Je savais que �a ferait un flop.

Malgr� ses acteurs et son titre, ce film a �t� class� tous publics.

Un film d'horreur familial !

Certains cin�mas avaient besoin de projeter quelque chose.

Cannon �tait l� pour �a.

Ils produisaient n'importe quoi, pourvu qu'ils puissent le vendre.

L'actrice n�erlandaise Sylvia Kristel �tait une immense star.

Il �manait d'elle un d�sir latent : "Je suis chaude, mais pas touche."

Just Jaeckin l'a rendue c�l�bre.

Avec L'Amant de Lady Chatterley,

ils ont voulu nous r�unir, Sylvia et moi.

Pour la premi�re fois depuis Emmanuelle,

ces deux grands noms vont �tre � nouveau r�unis

dans L'Amant de Lady Chatterley.

Il a dit : "Just, on a eu une id�e !

"Just et Sylvia !

"Il y aura un avion. Je vois d�j� le drapeau flotter..."

J'ai dit : "D'accord, mais donne-moi le sc�nario."

Le sc�nario �tait lamentable.

Tu ouvres la porte, tu baises...

J'ai dit : "C'est de la merde !"

Ils ont r�pondu : "C'est �rotique !"

J'ai r�torqu� : "�a ne suffit pas. Il faut une trame."

Ils ont vendu Sylvia Kristel dans un film sexy, voil� tout.

Je suis s�r qu'ils n'ont pas lu le livre.

Le chef-d'�uvre de D. H. Lawrence est maintenant sur grand �cran.

Ils s'attendaient � un petit film.

Un film de cul. Non !

J'ai lu dans leurs yeux : "Merde, on a mieux que �a !"

Et ils m'ont dit : "On tient un grand film."

Ils �taient �pat�s. Ils ont ador� ce film.

Mais Sylvia n'�tait pas vraiment l'actrice r�v�e pour ce film.

Sylvia Kristel est Mata Hari.

Danseuse, ma�tresse, espionne.

Elle �tait coca�nomane.

Et � Budapest, elle �tait devenue alcoolique.

La coiffeuse italienne criait : "Madonna !

"Quelle mine !" Elle avait une sale t�te.

Elle jouait mal.

Votre ami Carl m'a peut-�tre d�j� engag�e pour vous s�duire.

C'�tait un r�le important et elle a eu du mal.

� force d'ajouter des sc�nes �rotiques, ils ont g�ch� le film.

Ils ont appel� de Los Angeles : "Elle baisera dans les tranch�es aussi."

Elle baisait d�j� assez !

C'�tait de mauvais go�t.

C'est la m�thode Cannon.

Un film qui en copie un autre, le bon go�t en moins !

J'ai ouvert le sc�nario, j'ai lu les premi�res pages et il �tait �crit :

"Nan, suce ma banane !" C'�tait l'une des premi�res r�pliques.

Ils compensaient leur mauvais go�t par leur enthousiasme.

On arr�te les conneries et on passe aux choses s�rieuses.

The Last American Virgin

�tait un remake de Juke Box.

Ils se sont content�s de le transposer aux �tats-Unis.

Je me suis dit :

"Qu'est-ce que c'est ? Ce film joue sur deux niveaux."

D'un c�t�, il y a des sc�nes sexy,

et de l'autre c�t�, une merveilleuse histoire d'amour.

Il traitait de l'avortement, de la prostitution...

Mes ch�ris, en selle ! Qu'on en finisse.

Les morpions, la coca�ne,

et tout �a, chez des lyc�ens.

Amusez-vous bien !

Ce chic type a un pote beau gosse et dragueur.

Il met une fille enceinte.

Et c'est cette fille enceinte dont le h�ros est amoureux.

Le beau gosse n'assume pas.

Notre h�ros l'emm�ne � l'h�pital

pour un avortement, et pour le payer, il devient livreur de pizzas.

Pendant l'avortement, il y a un tube de U2.

Et on passe de l'avortement

� un type qui d�coupe une pizza.

Vous �tes s�rieux ? C'est un truc de fous !

Ils esp�raient vraiment

que ce film ferait un carton chez les ados.

The Last American Virgin un film foutrement bien !

Ce n'�tait pas adapt� � un public am�ricain.

Salut, �a gaze ?

Tu veux me causer ou me baiser ?

La plupart des traditions dans le film �taient incompr�hensibles.

Apr�s l'avortement, Gary lui apporte un arbre de No�l et des oranges.

�a doit avoir un sens en Isra�l...

Je voulais une histoire r�aliste.

Et c'�tait risqu�, surtout pour le march� am�ricain.

Car dans le cin�ma am�ricain, il faut que tout finisse bien.

Lorsqu'un film n'est pas am�ricain, �a se voit tout de suite.

Nous ferons toujours des films un peu d�cal�s

� cause de nos origines et de notre mentalit�.

Ils �taient �trangers. Il nous aurait fallu des collaborateurs am�ricains.

Ils ont travaill� avec beaucoup d'Isra�liens

qui ne les ont pas aid�s � infiltrer le march� am�ricain.

Ils parlaient anglais,

mais ne comprenaient pas les idiomes am�ricains.

C'�tait un probl�me lorsqu'il s'agissait de juger un sc�nario.

Lorsque, gr�ce � leur talent

ou gr�ce � leur chance, ils avaient une bonne id�e, �a marchait.

"David, c'est Menahem ! J'ai une offre formidable � te faire.

"Nous allons tourner la suite d'un grand film des ann�es 70."

J'ai dit : "Le Parrain 3 ?" Il a r�pondu : "Presque !"

Un justicier dans la ville 2.

Il vous prot�gera.

C'�tait leur toute premi�re

vraie production hollywoodienne.

La suite tr�s attendue d'un film � succ�s avec une star de cin�ma.

Un justicier dans la ville a connu un grand succ�s.

C'�tait un film respectable.

La soci�t� a chang�.

8 ans ont pass�, c'est long, et nous pouvons proposer une suite.

Ce personnage ne veut pas revivre ce qu'il a v�cu.

Il a perdu sa femme,

sa fille a �t� intern�e dans un asile,

il s'occupe d'elle, des voyous lui volent son argent,

puis ils violent sa domestique, sa fille meurt,

et vu qu'elle a des troubles mentaux, la police n'enqu�te pas pour meurtre.

La violence servait de pr�texte � l'intervention de Bronson.

Pour punir les criminels,

c'est Bronson qui inflige les ch�timents.

Tu crois en J�sus Christ ?

Oui.

Tu vas le rencontrer.

Mon sc�nario �tait bon,

bien meilleur que le film lui-m�me, que j'ai trouv� consternant.

Ce qui m'a d�plu,

c'est les sc�nes de violence et de sexe.

Le film a bascul� dans un autre genre, et ce n'�tait pas le mien.

Le viol est une chose horrible, mais �a arrive, et le public le sait.

Je ne vois pas pourquoi il faudrait exclure certains sujets au cin�ma.

Il s'est fait plaisir. Ce n'�tait pas n�cessaire.

Les sc�nes de viol ont �t� raccourcies

par la censure britannique qui a d�clar� :

"Il est irresponsable de traiter du viol pour des raisons commerciales.

"Ce r�alisateur essaie de cr�er la controverse

"pour faire des entr�es."

Les critiques ont cri� haut et fort

que ce film les avait choqu�s.

M. Winner est obs�d� par la sodomie. J'esp�re qu'il y go�tera bient�t.

Il adorait faire parler les gens.

�a le galvanisait.

Menahem et Yoram m'ont donn� carte blanche.

"Tu veux faire ce film ou un autre ? D'accord."

Winner �tait rentable.

Voici le r�cit lubrique, grivois et �pique

d'un personnage c�l�bre pour ses vols :

La D�prav�e.

La D�prav�e lui a permis de gravir un �chelon

en tant que r�alisateur en termes de respectabilit�.

Il y avait Faye Dunaway, John Gielgud,

Alan Bates, de grands noms du cin�ma.

Mais il a rajout� des filles � poil.

�a confinait � l'auto-sabotage.

Mike a voulu pimenter le film.

Il y a une sc�ne o� une fille est fouett�e.

Michael s'est approch�, des ciseaux � la main,

il a coup� mon costume et a dit : "Au boulot !"

Ils ont vendu le film en montrant �a.

Cette sc�ne �tait de trop.

Michael �tait pathologiquement brutal, bizarre, sadique, en proie au doute

et �gocentrique.

Il profitait de sa position de cin�aste pour maltraiter les autres.

Ils font appel � moi pour les explosions, les viols et les meurtres

alors que je suis un homme charmant.

On tournait dans un garage glacial et j'�tais allong�e nue.

Il voulait que je reste l� pour r�gler l'�clairage, et je me gelais.

Le directeur de la photo m'a couvert de son manteau,

et Winner lui a ordonn� d'enlever �a pour pouvoir m'�clairer correctement.

C'�tait interdit par le syndicat, du pur sadisme.

Mike demandait :

"Je me mets o� ?" Et on lui r�pondait : "� l'arri�re de la voiture, Michael !"

C'�tait le r�alisateur r�v� pour la Cannon.

C'�tait un dr�le de studio o� r�gnait le second degr�.

"On aime le cin�ma, mais aussi le fric,

"peu importe les conditions et le r�sultat final."

C'�tait un dr�le de cirque.

Certains films ont un c�t� surr�aliste, les films Cannon �taient 100 fois pires.

Cannon Group vous pr�sente

le combattant d'un art martial s�culaire :

The Ninja.

Avant de rencontrer Menahem,

nous �tions des millions � ne pas conna�tre le mot "ninja".

Il s'est inspir� d'un film de Bruce Lee.

L'Implacable Ninja

Un r�alisateur a �t� choisi.

Ils ont envoy� les rushes des trois premiers jours.

Et il a dit : "On dirait une vieille s�rie t�l� !

"Ce film est nul !

"Son flingue est en bois !"

Il l'a donc r�alis� lui-m�me.

Il a renvoy� le ninja.

"Ne t'inqui�te pas. C'est le festival du film de Manille, en ce moment.

"On va trouver un acteur."

Il m'a dit : "�coute, Franco.

"On a besoin que tu remplaces Mike Stone.

"C'est un grand athl�te, mais pas un acteur."

Coup de bol : il d�nait dans un restaurant de Manille.

C'est pas un ninja !

Si, c'est un ninja !

C'est pas un ninja !

Il n'a rien d'un ninja.

Je sais pas, j'en ai jamais vu.

Son personnage s'appelait Cole et il �tait n� au Texas.

Mais Franco avait un accent italien.

Il a dit : "�a ira. J'ai pas le temps d'en trouver un autre."

Il m'a fait doubler par un Am�ricain qui avait une voix tr�s diff�rente.

Un ninja ne tue pas, il �limine, et seulement en cas de l�gitime d�fense.

Il adorait les acteurs am�ricains et leur accent.

Il aurait voulu �tre am�ricain !

L'Implacable Ninja a triomph� partout.

Jolie tenue. Qui est votre tailleur ?

Ce film a fait la renomm�e de la Cannon.

�a a cartonn�.

Et c'est Menahem qui l'a r�alis�.

Ils ont voulu tourner la suite.

Ultime Violence.

"Voil� 700 000 $.

"Ram�ne-moi un film de ninja. Au fait, le script est nul."

Ce n'est pas une mission pour la police.

Je vais m'en occuper.

Seul un ninja peut arr�ter un ninja.

Le sc�nario �tait vague.

Ce n'�tait pas un drame profond

riche en concepts philosophiques

avec des personnages l�ch�s.

Il y avait un sc�nario, mais une fois le film mont�,

�a n'avait aucun sens.

Tu as oubli� ton pantalon.

On a organis� une projection.

C'�tait catastrophique.

L�, Menahem nous convoque et invente une toute nouvelle trame.

"Il faut qu'on retourne le d�but. Quelqu'un porte le b�b�.

"Des ninjas d�barquent.

"Ils tuent tout le monde, sauf le b�b� et son p�re..."

Il a improvis�.

Il inventait des histoires et on les tournait.

Voil� comment on faisait nos films.

Menahem Golan est tr�s cr�atif.

Il a dit : "Tournons une suite o� le h�ros sera une femme."

Dans Ninja III, on retrouvait Lucinda Dickey, qui �tait en vogue.

C'�tait la favorite de la Cannon.

Ninja III �tait un m�lange

entre L'Exorciste, un film de ninja et Flashdance.

Comment faire en sorte qu'une femme ait les facult�s d'un ninja ?

Elle va �tre poss�d�e par l'esprit d'un ninja mort.

Je devais �tre poss�d�e par un ninja.

Mais je n'avais pas appris �a en cours de th��tre !

Imb�cile !

Tu ne peux rien contre moi. Je suis un ninja !

Ma t�te tournait ? Non, tout mon corps.

Au secours ! J'ai peur.

Le jour, elle est prof d'a�robic,

et quand l'esprit la poss�de,

elle devient une tueuse.

Puis le ma�tre, Sh� Kosugi, intervient pour la lib�rer.

C'est un film tr�s �trange.

Apr�s Ultime Violence, voici Ninja III.

Un combat sans merci entre forces surhumaines

et pouvoirs surnaturels.

Ninja III a �t� un �chec.

Le public n'a pas gob� l'histoire de la femme ninja.

C'est termin�.

Je suis arriv� � la MGM quand elle �tait en difficult�.

Nous avions un budget limit� et il nous fallait des films.

Quand j'ai appris que la MGM allait distribuer des films Cannon,

je me suis dit : "C'est la fin du monde. Est-ce que Nostradamus avait pr�vu �a ?"

�a a chang� la donne pour la Cannon.

Il fallait des grosses productions.

Sahara.

Elle va avoir le courage de le traverser.

Le rallye du Sahara.

Je veux une course infernale.

Lors du tournage de Sahara, on s'est dit que c'�tait prometteur.

Brooke Shields �tait toujours une grande star.

Menahem racontait que Brooke Shields allait remporter un Oscar.

J'aimerais rester ici pour toujours.

Mais prendre ce raccourci �tait risqu� et nous perdons notre avance.

Cette id�e d'Oscar �tait absurde.

Je me suis dit : "S�rieux ? Vous y croyez vraiment ?"

Avec Sahara, Menahem a voulu m�langer Lawrence d'Arabie,

Le Lagon bleu et La Grande Course autour du monde.

Menahem aimait r�unir des concepts incompatibles.

Tel Frankenstein, il cr�ait un film en piochant des morceaux �pars,

et le r�sultat �tait monstrueux.

C'�tait aussi lassant que le d�sert. C'�tait nul.

Et l�, j'ai r�alis� qu'on ne pouvait pas bosser avec ces gens-l�.

On a distribu� le film au mieux, on a financ� une campagne de promo,

et le film a fait un flop car c'�tait un navet.

C'est dommage, car cette petite m�ritait mieux.

"Brooke Shields, meilleure actrice ! Sahara, meilleur film !"

Il croit que chacun de ses films va rapporter 100 millions.

"�a va marquer l'histoire du cin�ma !"

Menahem m'a racont� qu'ils l'ont projet� le soir du r�veillon � Times Square

devant des millions de gens qui avaient les larmes aux yeux.

Ils se sont enlac�s et ont dit : "L'an prochain, on d�crochera l'Oscar."

L'incroyable Lou Ferrigno

dans Hercule.

Lou a dit � Menahem qu'il fallait un film plus familial.

Je n'�tais pas d'accord. J'imaginais bien une version sexy.

Il tenait le sc�nario et a dit :

"C'est de la merde !"

Il a balanc� le sc�nario � la poubelle et il a cri� :

"J'ai demand� un film pour enfants avec Hercule,

"et l�, Hercule se fait sucer !"

Il �tait fou de rage.

Je lui ai dit que mon film �tait fantastique, pas r�aliste.

C'�tait adapt� � un public enfant.

Mais il y avait des bombes, comme Sybil Danning.

Elle �tait sublime dans son costume.

On m'a dit : "Ce costume est dangereux."

Luigi a convaincu tout le monde qu'il fallait des effets sp�ciaux,

mais le r�sultat �tait grossier.

Rudimentaire car bon march�.

Un Hercule bas de gamme.

Certains effets sp�ciaux �taient peut-�tre meilleurs que d'autres.

J'aurais voulu que tous soient parfaits.

Mais l'important, c'est d'�tre �merveill�.

MGM a d�pens� beaucoup d'argent en marketing.

Ils y croyaient.

Hercule a eu du succ�s partout dans le monde.

�a a mieux march� que les autres nanards qu'ils nous ont refil�s,

mais �a n'a pas eu un gros succ�s.

Menahem est capable d'entendre l'id�e de quelqu'un,

Menahem est capable d'entendre l'id�e de quelqu'un,

comme sa fille qui a vu un breakdancer,

et en un laps de temps assez court, il en fait un film.

Cette danse va faire un carton.

Il a dit : "On tourne dans 3 semaines",

sans script ni acteurs.

Le breakdance t'inspire ?

Voici un film qui d�chire

Bouge en rythme et remue

Sur ce son qui vient de la rue

C'�tait Op�ration dragon version hip-hop. Le top.

Pas de cascadeurs, pas d'acteurs, que de vrais danseurs.

Il a dit : "Filme-les !"

Boogaloo Shrimp et Shabba-Doo.

Je ne connais pas leur vrai nom.

J'�tais le mec s�rieux, genre Dean Martin.

Et lui, c'�tait le rigolo, genre Jerry Lewis.

Dans le monde entier, on me consid�rait comme un super-h�ros de la rue.

On l'admire,

car la majeure partie des pas qui existent,

il les a invent�s.

Boogaloo Shrimp faisait sensation.

Tout le monde s'arr�tait pour le regarder.

Il encha�nait sans s'arr�ter. O� allait-il chercher tout �a ?

Lucinda Dickey n'�tait qu'une gymnaste, mais Menahem l'appr�ciait.

Il m'a dit : "Je ferai de toi une star !"

Lucinda Dickey n'avait pas sa place dans Break Street 84,

� nos yeux, et on lui en voulait.

C'�tait l'enfer, je l'avoue.

Il m'a dit d�s le premier jour qu'il se consid�rait comme sup�rieur.

Il �tait incapable de faire ce que je faisais, mais peu importe,

car c'�tait un film sur le breakdance.

Bien s�r, c'�tait une pi�ce rapport�e,

mais quand on voit le film, �a fonctionne,

car elle joue une fille qui doit se faire accepter.

Certaines r�pliques du film touchaient en plein dans le mille.

C'est pas une b-girl. Elle y conna�t rien.

C'�tait terrible,

car Orion Pictures produisait un film intitul� Beat Street au m�me moment.

Menahem a eu ces mots...

"Battons Beat Street !"

C'�tait une course pour faire le 1er film de breakdance.

Tout ce qu'on pouvait tourner avant la sortie du film

allait figurer dedans.

Il fallait que ce film sorte cette ann�e-l�, en 1984.

Autrement, le hip-hop n'aurait pas �t� ce qu'il est.

Et on conna�t la suite : ce fut un de leurs plus gros succ�s.

Cette amiti� allait au-del� de la couleur de peau.

On a fait ce que les Nations Unies n'ont jamais fait :

unifier plusieurs nations.

On a fait plus d'entr�es que Beat Street.

Cette ann�e, le carton de Golan et Globus, c'est Break Street 84.

Il a co�t� � peine un million

et a d�j� rapport� plus de 56 millions.

Malheureusement, Menahem s'est dit : "J'ai tout compris !"

Compte � rebours Pour notre retour

Menahem balance : "On va tourner une suite et elle s'intitulera..."

Electric Boogaloo.

Ainsi soit-il.

"On va faire comme Fred Astaire : Shrimp va danser au plafond."

Et c'est ce qu'il a fait.

Breakin'2 ressemblait � un dessin anim�.

La sc�ne de l'h�pital �tait d�bile.

Il n'y avait plus la m�me hargne.

On �tait dans East L. A. avec des tenues pastel. Bravo, Cannon.

Genre : "Faisons de Los Angeles un v�ritable arc-en-ciel !"

�a n'avait rien d'authentique.

J'en ai chial�.

On s'�tait �gar�s.

Je pensais que c'�tait pass� de mode,

mais ce film a eu un certain impact aupr�s des jeunes de l'�poque.

Il leur arrivait donc parfois d'�tre dans le coup.

Mais la plupart du temps, ils faisaient de tr�s mauvais choix.

"On part � New York pour tourner mon film qui a un titre g�nial !"

On lui demande : "C'est quoi, le titre ?" "My Darling Shiksa !"

T'as qu'� �pouser ta shiksa et passer ta vie � Brooklyn

dans une confiserie, imb�cile !

Qu'est-ce qu'une shiksa ?

Une shiksa est une femme non-juive.

Le h�ros sort avec une femme qui n'est pas juive,

et cela fait beaucoup de peine � sa famille.

Le 2e jour de tournage, Golan s'est approch� d'Elliott.

On tournait la sc�ne o� Elliott avoue � Margaux Hemingway qu'il l'aime.

�a te dirait de passer ta vie aux c�t�s d'un juif bord�lique et diab�tique

qui deviendra un jour un grand restaurateur ?

Je t'aime, ma ch�rie.

On r�p�tait et Golan fait : "Elliott, non, non, non !"

On s'est tous dit : "Et merde..."

Il dit : "Regarde ! Margaux, approche. Viens voir Menahem.

"Voil� : Je t'aime. Je t'aime !"

On s'est dit : Ce type est dingue !

On a eu une tr�s grosse dispute.

Et il a arr�t� le tournage pendant un jour ou deux.

Menahem...

Je l'ai trait� d'encul� et il l'a pris au premier degr�.

Alors pour que le tournage reprenne, j'ai dit : "Menahem, pardonne-moi.

"Tu n'es pas un encul�."

Un studio de cin�ma r�ve d'avoir des films � succ�s.

Mais les films de la Cannon entachaient la r�putation de la MGM.

On a merd�. Au suivant.

John Derek m'a dit :

"Pourquoi on se prend la t�te � essayer de faire de beaux films ?

"Apr�s Elle, on te demande de baiser sur le Bol�ro de Ravel."

Le nouveau film de Bo Derek.

T'as l'as d�j� fait sur le Bol�ro de Ravel ?

Pour beaucoup de gens, le nom de Bo �voque le sexe.

Apr�s avoir jou� dans Elle, o� qu'elle aille, on la reconnaissait.

Notre agent nous a dit : "Si vous voulez tourner un film

"et qu'on vous foute la paix, il y a deux petits nouveaux."

Bo Derek dans un film de John Derek.

Bolero �tait une parodie d'Ar�nes sanglantes

et des films de corrida des ann�es 40.

Andrea Occhipinti a �t� bless� par un taureau au niveau des testicules.

Il devient donc impuissant, alors pendant le reste du film,

Bo devient torero � sa place

et elle s'occupe de son homme.

Puis elle dit...

Ton engin va marcher !

Ma r�plique pr�f�r�e.

Je te le garantis.

Et l�, le mot "extase" inscrit en n�ons illumine la sc�ne.

D�s que John faisait tourner Bo,

�a devenait chaud.

Elle se d�sapait.

Elle montait un cheval comme une vraie dure.

D'autres devaient �tre durs aussi !

On a re�u des lettres de Menahem disant que le film n'�tait pas assez chaud.

"Faites en sorte que le film soit explicite."

C'�tait d�j� limite !

Regardez-moi �a !

Je suis une femme, une vraie, � croquer !

Il y avait d�j� des sc�nes d'amour et des sc�nes de nu.

J'ai montr� le film � Frank Yablans.

Je lui ai dit : "On se dispute. Ils veulent un film plus chaud.

"Il est d�j� assez chaud !"

Je ne me souviens plus. �a a �t� un �chec suppl�mentaire.

Faire du cin�ma, c'est un peu comme faire la guerre.

Faire la guerre alors qu'on est bless�.

Menahem a organis� une conf�rence de presse :

"Bo et John vivent dans un ranch, loin d'Hollywood.

"Ils adorent ce ranch, on va le leur prendre !"

Il racontait n'importe quoi.

"Ce film est trop sexy. Que faire ?

"Chez Cannon, on est des gens bien. Les Derek nuisent � notre r�putation !"

Ils manipulaient la presse � nos d�pens.

La MGM a d�cid� de ne plus distribuer les films de la Cannon.

J'ai dit : "Je mets fin � notre accord.

"Tu as manqu� � ta parole. Tu nous as refil� des navets."

On n'�tait que des pions.

Ils se sont servis de nous comme pr�texte pour ne plus distribuer les films Cannon.

La Cannon avait tr�s mauvaise r�putation � Hollywood.

La Cannon avait tr�s mauvaise r�putation � Hollywood.

On nous disait sans vergogne, et c'�tait vrai.

Dans le magazine Variety, j'ai vu une double page sur Bolero.

Ces photos �taient dans ma valise.

Pendant qu'on �tait dans leurs bureaux,

ils ont fouill� dans mes sacs, piqu� mes photos,

et ils ont eu le culot de s'en servir pour faire leur pub !

Ils ne respectaient pas les r�gles du jeu hollywoodiennes.

C'�taient des bandits sans scrupules.

On a tenu des propos incendiaires � leur sujet.

- Profiteurs. - Marchands de tapis.

- Arnaqueurs. - Charlatans.

- Radins. - Camelots.

- Magouilleurs. - On les surnommait les Go-Go Boys.

- Les mendiants. - La peste et le chol�ra.

Les deux plaies d'�gypte.

Il y avait un racisme certain dans ces surnoms.

C'�taient des types pragmatiques

qui faisaient des films comme on les faisait chez eux

et pas comme ces cons d'Hollywood.

� Hollywood, on passe plus de temps � bavasser qu'� tourner.

Nous, on fait des films, et on est connus pour �a.

Certains de nos films sont meilleurs que d'autres,

mais on est productifs.

900 ans apr�s la guerre nucl�aire,

la place des femmes a �norm�ment chang�

au grand dam des hommes et des mutants.

America 3000.

Un film d'aventure comique

o� les hommes sont des esclaves.

Toutes les actrices m'ont dit :

"J'adore l'id�e !"

Notre collaboration a �t� de tr�s courte dur�e.

J'ai quitt� le tournage.

Ils ont d�pos� la feuille de service

et j'ai cri� : "Salauds, payez les techniciens !"

Vous avez un portefeuille � la place du c�ur.

C'est ma seule copie. Voil� ce que je pense de Cannon Films.

Il y avait surtout des navets chez Cannon.

Lorsqu'un film de qualit� sortait, c'�tait un heureux hasard.

Un jour, j'ai re�u un coup de fil de Chuck Norris.

Chuck Norris s'�tait sp�cialis� dans les films autour du karat�.

Il voulait tourner dans de gros films d'action.

J'ai convaincu Menahem.

"Il joue mal !" "On lui apprendra."

Vietnam, 1972.

La guerre fait rage dans la jungle.

On voulait mettre ses talents � profit.

C'�tait la premi�re fois qu'un film de guerre

avec explosions et fusillades

comportait des arts martiaux.

Avant m�me que le film ne sorte, ils ont d�cid� de tourner la suite.

Ils voulaient filmer aux Philippines avec Joe Zito aux manettes.

Joe s'est rendu sur place et a dit :

"J'ai vu le film de Lance Hool. Il est nul.

"Chuck est mauvais, c'est mal film�...

"Je vais dire � Menahem et Yoram

"de sortir notre film en premier.

"�a cr�era un march� pour le film de Lance.

"Autrement, personne ne voudra du n�tre."

Le deuxi�me volet �tait meilleur.

Alors pour ne pas condamner

la saga Port�s disparus,

ils ont sorti le second d'abord.

James Braddock d�clare la guerre.

C'�tait id�al pour Chuck Norris.

Il en faisait peu, il �tait mis en valeur

et �a lui a donn� acc�s � un nouveau personnage.

Globus engueulait Menahem en h�breu.

J'ai demand� ce qu'il racontait.

On m'a r�pondu : "Ils parlent d'un karat�ka.

"Yoram est furieux car Menahem lui a fait signer un contrat de 5 films

"pour 5 millions de dollars !

"Alors il veut tuer Menahem." C'�tait Chuck Norris.

Durant l'�ge d'or hollywoodien, chaque studio avait un cheptel d'acteurs.

Alors chez Cannon, on a fait le m�me raisonnement :

"Il nous faut des stars qui bosseront pour nous en continu."

La carri�re de Charles Bronson touchait � sa fin, � Hollywood.

Il n'avait pas d'alternative.

Bronson a plus de charisme, mais aucun des deux n'est acteur.

Tu commences � m'irriter.

Je s�lectionnais des sc�narios et on nous a demand� clairement

de faire deux piles :

une pour Bronson et une pour Norris.

�a aurait pu �tre Les Hauts de Hurlevent. On le donne auquel ?

On a propos� � Chuck Norris de faire American Warrior.

Durant deux mill�naires, l'art secret des ninjas n'est pas sorti d'Orient.

Aujourd'hui, il infiltre l'Occident.

Chuck Norris a refus� d'�tre masqu�.

"Hors de question. � l'�cran, je suis Chuck Norris !"

Qui allait �tre notre ninja ?

On a auditionn� plus de 400 candidats.

Et quand Michael Dudikoff est arriv�, on s'est dit : C'est lui !

Menahem a dit : "On va prendre le petit Dudikoff."

- Qui est-ce ? - Une nouvelle recrue.

Je ne connais pas son nom.

Il est tr�s habile.

Pour ce film, j'ai tout donn�.

Tout ce qu'on me demandait de faire sur ce tournage,

je voulais le faire bien.

Avant la fin du tournage, on savait d�j� que Dudikoff allait crever l'�cran.

D'apr�s Menahem, c'�tait le nouveau James Dean.

On m'a promis le r�le de Superman et plein d'autres,

comme Spider-Man.

Cannon n'a pas soign� l'image de Dudikoff.

Ils auraient d� lui faire tourner des films de plus en plus gros.

"Compte sur nous.

"Ne t'inqui�te pas, Michael.

"Ne t'inqui�te pas.

"Ce n'est que le d�but."

Cannes, o� se tient chaque ann�e le prestigieux festival du film.

Vous avez entendu parler du glamour, de la C�te d'Azur, des stars,

mais il existe aussi un aspect commercial.

Ils y allaient pour signer des contrats.

C'�tait l'�v�nement phare, et ils ont d�cid� de faire sensation.

Ils ont d�pens� � Cannes l'�quivalent du budget d'un film.

On tapissait le Carlton de panneaux d'affichage.

Des affiches partout : "Cannon Group pr�sente..."

De pleines pages de pub dans le magazine Variety.

�a faisait rire les gens du m�tier.

On se demandait : "Comment vont-ils payer tout �a ?

"Que se passe-t-il ?"

Menahem arrive en limousine, tel la reine d'Angleterre.

Le festival de Cannes devient le festival de Cannon !

Les distributeurs faisaient la queue pour nous rencontrer, Yoram et moi.

Ils avaient tous un ch�quier ou du liquide.

"Ce film sera pr�t dans les temps. Donnez-moi ce film aussi."

"Achetez cette grosse merde. Les gens vont adorer !"

- Un million. Qui dit mieux ? - Une foire d'empoigne.

- Ils vendaient leurs films au kilo. - Ils achetaient, ils vendaient...

On entendait Golan gueuler : "Gunga Din, un film �pique !"

Il adorait �a.

Il tombe sur un distributeur grec non-anglophone.

Il ne peut donc pas lire un sc�nario,

alors il lui vend son film gr�ce � l'affiche.

Des affiches abracadabrantes pour des films jamais tourn�s.

Quel que soit le film, il y avait une mitrailleuse sur l'affiche.

Il inventait une histoire et vendait son film.

"Charles Bronson dans Le Golem."

J'�crivais des communiqu�s de presse pour des films fictifs

sans acteurs, sans stars et souvent sans sc�nario.

Je ne connais personne aujourd'hui d'aussi dou� que Menahem et Yoram

pour la vente.

Les plus grands magouilleurs.

Il a racont� une histoire de lancer de spaghetti.

Lorsqu'une id�e lui permettait d'obtenir une pr�vente,

on tournait le film.

Ces films �taient mauvais.

SI Chuck Norris �tait sur l'affiche, on savait exactement ce qu'on achetait.

Tous ces films en pr�vente �taient cousus de fil blanc.

Je te propose le nouveau film de Chuck Norris.

Des meurtres, des fusillades, des mutilations... Tu vas adorer !

Apporte le sc�nario.

Une arm�e de terroristes internationaux.

Leur cible : les �tats-Unis.

Invasion U.S.A. �tait un film visionnaire.

On parlait peu du terrorisme, � l'�poque. C'�tait tr�s abstrait.

Personne ne pensait �a possible ici.

Des terroristes d�barquaient en bateau en Floride.

Ils �taient d�pos�s en camion dans tous les �tats-Unis

pour commettre des actes terroristes.

�a me semblait un peu gros.

On a voulu cr�er

un gros film d'action

qui en mette plein les yeux.

�a a pas march� ?

Je m'en occupe.

Ils ont fait de Chuck une star

dans une grosse production.

La sc�ne du centre commercial �tait tr�s dangereuse.

C'�tait la cascade la plus risqu�e de ma carri�re.

Ils devaient tout reconstruire apr�s.

On nous a donc autoris�s � tout d�truire.

Ils voulaient raser tout un quartier pour �tendre l'a�roport d'Atlanta.

Ils ont tout fait sauter.

On a eu de grands cascadeurs sur ce film.

Des h�licos, des tanks, des fusillades...

Ce film est bluffant.

Quand on a visionn� le film, on �tait terriblement d��us.

L'intrigue avait �t� coup�e au montage.

L'heure est venue.

Il y a des sc�nes formidables, mais c'est d�cousu.

Menahem et Yoram n'apportaient pas beaucoup de soin

au processus de montage qui permet d'obtenir la version finale.

"Allez, rembobine. Coupe ! Coupe ! Coupe !"

Le matin, il commen�ait par une r�union, puis il allait monter une bande annonce.

Le matin, il commen�ait par une r�union, puis il allait monter une bande annonce.

Je veux du suspense et de l'action.

Des voix sinistres.

Il rencontrait un acteur ou un r�alisateur

et il repassait au montage.

"C'est super !"

"C'est de la merde !"

"Coupe-moi �a !"

"C'est bien !"

"Coupe !"

"Mais c'est pareil qu'hier." "Non, l�, c'est bien."

Le probl�me, c'est qu'ils aimaient le cin�ma en th�orie.

Mais ils �taient incapables de faire preuve de patience

et de supporter le visionnage d'un film qu'on peaufine encore et encore

tant qu'il n'est pas parfait.

Vous auriez pu prendre 500 sc�narios,

les mettre dans une pi�ce, demander � un singe d'en choisir 70,

il aurait fait aussi bien que Golan et Globus.

La com�te de Halley

cache une force mal�fique, diabolique

et affam�e.

Lifeforce, l'�toile du Mal.

Quelqu'un a compris quelque chose � ce film ? C'est un v�ritable ovni !

�a commence dans l'espace,

puis il y a des vampires

et on bascule dans le film catastrophe.

On peut dire que c'est une histoire de fous !

Le Ben-Hur de Tobe Hooper.

C'�tait un gros budget pour l'�poque.

C'est un film � grand spectacle avec un rebondissement par minute.

Il y a des effets m�caniques, des effets physiques et optiques.

De la nudit�, car ces cr�atures sont nues dans leur sarcophage.

On a eu la chance de d�couvrir Mathilda May.

Cette fille avait un charisme fou.

Quand j'ai vu les rushes, je suis tomb� de haut.

Je savais qu'on serait censur�s au Royaume-Uni.

Son anatomie n'avait plus aucun secret.

J'en crois pas mes yeux.

�a devait �tre l'histoire d'une beaut� qui d�truit Londres.

Cette fille n'est pas humaine.

Elle ne correspond � aucune forme de vie terrestre.

Elle est dangereuse.

Golan et Globus ont pris de gros risques avec ce film.

On avait tourn� la moiti� du film et on avait d�j� 4 mois de retard.

Ils ne se souciaient pas de la dur�e de ce tournage.

Ils voulaient visionner les rushes

et �tre satisfaits du r�sultat.

Ils �taient pass�s au niveau sup�rieur.

Ils voulaient produire le plus gros film de l'ann�e.

Ils essayaient de jouer dans la cour des grands.

Tous leurs films avaient des intrigues bizarres.

Ils les inventaient au pied lev�.

"Mariage � la v�nitienne."

"Vacances � Rome."

"Vacances � Rome" ou "Vacances � Venise".

"Mariage � Venise."

C'est pas mal.

"Mariage � Venise" ou "Arr�tez ce mariage".

Menahem avait trop d'id�es au go�t de certains.

Il dit : "Je veux une musique comme dans Poltergeist !"

On r�pond : "Ils avaient 100 musiciens."

Il fait : "imb�ciles !

"On engage 50 musiciens et on les fait jouer 2 fois !"

Une collection de livres

autour d'un singe a �t� publi�e en Isra�l.

Clyde, le c�l�bre orang-outang,

est arriv� dans les bureaux avec ses agents.

Clyde �tait une vedette. Il est venu accompagn� de ses avocats.

Menahem �tait assis � c�t� de l'orang-outang.

Il se demandait s'il allait lui faire signer un contrat.

Il se tourne vers la chef de pub et lui demande :

"Tu pourrais te taper ce singe ?"

Ils demandent de quoi �a parle.

"C'est un gamin qui part en Afrique.

"Il n'a pas de parents, juste un tuteur.

"Et, alors qu'ils descendent du bateau,

"ils te voient", dit-il en regardant le singe.

Et il ne s'est plus adress� qu'au singe.

"On est dans la jungle. Il y a un singe. C'est toi, Clyde.

"Et il y a un gosse. Le gosse est attaqu� par une tribu.

"Le singe le sauve, puis le gosse doit partir

"sans le singe.

"Le bateau s'�loigne et le gosse a le c�ur bris� !"

"Et toi, tu adores ce gosse.

"Tu adores ce gosse et tu sens qu'il t'adore, lui aussi."

Golan grimpe sur son bureau.

"Et l�, on voit le singe qui crie : "Au secours ! Au secours !"

C'�tait de la folie. Il parlait � un singe.

Un des agents a demand� : "Le singe parlera ?"

"Peut-�tre. Mais ce qui compte, c'est l'�motion."

On a fait un essai, mais le singe a frapp� le gamin.

Deux jours plus tard, Menahem se pointe

avec un petit bonhomme...

un nain.

Et il dit : "Voici le nouveau singe."

"Il ressemble � un singe, oui on non ?"

Tout le monde a r�pondu oui.

Mais en r�alit�, il n'avait pas du tout l'air d'un singe.

On est partis en Afrique.

Et j'ai eu la honte de ma vie.

On �tait dans la jungle et il y avait de vrais singes.

Ils se foutaient de moi.

Il arrive qu'un producteur ait une ou deux mauvaises id�es.

Bonzo aimer Ben.

Ils encha�naient les mauvaises id�es.

Le Justicier de New York.

Quoi qu'on en dise, c'est un chef-d'�uvre.

Dans un monde devenu fou,

c'est lui qui fait la loi.

Que se passe-t-il ?

On pique une bagnole. Pourquoi ?

C'est ma voiture.

Une �norme merde.

Le premier volet �tait prenant, mais �a, c'�tait vrai un dessin anim�.

La 3e guerre mondiale fait rage � New York.

Winner s'est fait plaisir en cr�ant un monde

o� des gens crasseux issus des ghettos...

Allez, salope !

... sont sommairement ex�cut�s

par des personnages plus raffin�s et plus ais�s.

Il a d�cid� de nous en mettre plein la vue.

Ouais ! Bravo, mec !

Au fur et � mesure, les forces de police diminuent

pour permettre � Bronson de briller.

D�sormais, le pi�ge est pos�, la m�che est allum�e,

Bronson va se d�cha�ner.

Le Justicier braque les dealers.

Les volets 3, 4 et 5 sont des cousins � qui on n'adresse pas la parole.

Charles voulait des films de meilleure qualit�.

On en a discut�.

Il ne voulait pas tourner les suites.

Mais ils l'ont convaincu.

Il se la coulait douce.

Une Jaguar le conduisait de sa loge jusqu'au plateau, situ� juste � c�t�.

�a ressemblait plus � une partie de golf qu'� un tournage.

Charles Bronson et sa doublure sont l� pour jeter un sac sur une voiture.

C'est sa doublure qui s'en chargera pour ne pas mettre la star en danger.

On est devenus les parias du cin�ma.

Une mesure de dernier recours.

On les traitait de charlatans.

Charlatans.

Des charlatans tr�s productifs.

Ils savaient que les gens se demandaient :

"O� est la qualit� l�-dedans ?"

Alors ils recherchaient des projets pour remettre leur soci�t� � flot

et pour gagner en respectabilit�.

Je veux signer Bogdanovich pour 2 ou 3 films.

Si tu veux acheter Peter Bogdanovich, dis-lui que tu as un projet.

Je n'ach�te pas les gens. Je leur offre des opportunit�s.

"S'il refuse l'opportunit� que je lui offre, c'est un cr�tin."

Il a besoin d'une famille. Il n'en a plus.

Et c'est un loser. Nous, on a la gagne.

Les artistes qui ont collabor� avec la Cannon

�taient probablement r�ticents, au d�part.

Mais ils ont trouv� un protecteur en la personne de Golan.

Menahem Golan est un r�alisateur.

J'ai affaire � quelqu'un qui fait le m�me m�tier que moi.

Il sait quels probl�mes je rencontre.

Ces types connaissent l'industrie du cin�ma par c�ur,

et �a fait du bien.

Cannon Films pr�sente un �v�nement cin�matographique

r�alis� par un cin�aste de renom : Franco Zeffirelli.

Menahem adorait Zeffirelli.

S'il avait d� choisir : gagner au loto ou tourner avec Zeffirelli ?

Il aurait choisi Zeffirelli.

L'�v�nement cin�matographique du si�cle : Otello.

Zeffirelli, Cannon.

Au d�part, Franco a d� les trouver vulgaires,

puis il s'est mis � les appr�cier.

Pour la plupart de mes films,

bons, mauvais ou moyens, j'ai toujours d� me battre

contre la m�diocrit� de mes producteurs.

Je n'ai jamais eu de bons rapports avec quiconque � part ces deux types.

Les meilleurs producteurs avec qui j'ai travaill�.

Ils ont re�u un t�l�gramme :

"Les rushes semblent avoir �t� touch�s par la gr�ce divine."

Suite � Otello, j'ai v�cu une crise existentielle.

J'avais le sentiment de ne pas pouvoir faire mieux.

C'est mon film pr�f�r�.

Mon meilleur film.

Et j'ai toujours �t� reconnaissant

envers la Cannon.

John Cassavetes ne trouvait pas de producteur. Menahem l'a produit.

Je vais faire un film de John Cassavetes.

Quand je me serai fait � l'id�e,

il faudra que je laisse � John Cassavetes une libert� totale.

On n'a jamais fait un film pour plaire au public.

Pour voir nos films, il fallait avoir du courage.

Penses-tu que l'amour est un flot continu ?

John Cassavetes m'a apport� un film de 2 h 15.

Je lui ai dit : "Enl�ves-en 15 minutes et on aura un bien meilleur film."

Il m'a dit : "Menahem, ce sera fait d'ici 2 jours."

2 jours plus tard, son film durait 2 h 30.

J'ai dit : "Tu as ajout� 15 minutes."

Il a fait : "N'emp�che qu'il est plus court !"

Menahem a produit les films qu'il voulait.

Cannon Films y trouvait son compte.

Ensuite, il pouvait dire aux autres r�alisateurs : "Regardez.

"On vient de tourner un film avec John Cassavetes.

"Et il n'est pas commode.

"�a prouve qu'on peut tout accepter de la part d'un r�alisateur."

Menahem Golan et Yoram Globus sont impulsifs.

Ils ont sign� Godard sur une nappe en papier.

On n'avait pas de papier, seulement cette nappe.

C'est la signature de Jean-Luc Godard.

Je crois en ce projet. Je suis s�r que ce film sera g�nial.

Godard a accept� de faire King Lear si Norman Mailer jouait dedans.

Mailer, oh oui...

C'est un bon d�but.

Godard voulait qu'il joue un �crivain nomm� Norman Mailer.

Il voulait que Kate joue sa fille, nomm�e Kate Mailer.

Et l'inceste �tait sugg�r�.

Je pense que Godard a fait �a en esp�rant que Mailer se retirerait.

�a a donn� lieu au coup de fil que Godard a enregistr� � notre insu.

J'insiste sur le fait que ce film,

dont la sortie a d�j� �t� retard�e, devra �tre pr�sent� � Cannes.

J'y tiens �norm�ment.

Ni sc�nario, ni maquillage, ni coiffure, ni costumes, rien.

Je marchais avec un cheval. J'incarnais Jeanne d'Arc.

Puis je me retrouve inanim�e sur un rocher. Je lui ai demand� :

"Je suis cens�e �tre morte ou vivante ? Est-ce que je dors ?"

Et il a r�agi comme si j'avais pos� une question d�bile.

Genre : "Morte... Vivante..."

Il ne m'a pas gratifi�e d'une r�ponse, alors j'ai choisi de faire la morte.

Je suis s�re que Cannon ne s'attendait pas � �a.

Lorsque le film a commenc�, Menahem m'a murmur� :

"Tom Luddy, je vais te tuer. Je vais t'�trangler ! Tu as d�conn�."

Il �tait d��u, car Godard n'a pas pris Menahem au s�rieux.

Golan a toujours voulu faire des films int�ressants.

On faisait ce qu'on appelait des films "locomotive".

On produisait un film qui se vendait bien et on en fourguait d'autres avec.

On disait au distributeur : "D�sol�, mec.

"Prends le John Cassavetes ou je te donne pas le Charles Bronson."

On a financ� Barfly comme �a.

Mickey Rourke.

Petite pr�cision : je veux pas tomber amoureuse.

Faye Dunaway.

T'inqui�te pas. Personne ne m'a jamais aim�.

Barfly.

� cette �poque-l�, si vous d�crochiez un rendez-vous avec Menahem,

vous aviez 90 % de chances qu'il vous signe.

On �tait en pr�production. On avait d�j� Mickey et Faye.

Ils ont dit : "On arr�te tout si vous ne r�duisez pas le budget."

Ne pouvant pas me payer un avocat,

j'ai fait appel � Black & Decker.

Barbet s'est point� devant Menahem avec une tron�onneuse.

"Pour chaque journ�e de tournage perdue,

"je me couperai un doigt et je te l'enverrai."

J'adore le fait qu'il soit pr�t � se couper un doigt.

Moi, je serais pr�t � me couper les couilles !

Il s'est montr� plus malin que Menahem. Voil� comment ce film est n�.

Ce film n'a pas eu le succ�s que j'esp�rais

car on a cru � un drame sur l'alcoolisme.

On vit tous un enfer.

Mais dans un asile de fous,

au moins, on le sait.

Ils voulaient

faire de grands films, mais n'arrivaient pas � les vendre.

M�me si ce n'�tait pas un film de s�rie B,

quand ils voyaient le logo Cannon, les gens se disaient :

"Oh, un film Cannon..."

Les gens s'attendaient � ce que les films Cannon

soient des films d'action � petit budget.

Si on proposait un film int�ressant, personne ne le prenait au s�rieux.

Ils s'�vadent ensemble

et r�ussissent l'impossible.

Mais le train qui doit les conduire vers la libert� est hors de contr�le.

Personne ne peut nier

que Runaway Train est un film incroyable.

Runaway Train est un grand film d'aventure.

L'action, le suspense et les personnages m'ont tenu en haleine.

Ce n'�tait pas un film estampill� Cannon, il avait sa propre identit�

et un r�alisateur visionnaire, Andrei Konchalovsky.

Mais on peut leur rendre hommage du fait qu'ils ont donn� leur feu vert.

Si une major avait produit Runaway Train,

ce serait devenu un classique.

Produit par Orion, il aurait �t� jug� respectable.

T'as peur de mourir, comme tout le monde.

Et je te lib�rerai jamais.

Je suis libre, Ranken.

Je suis libre.

Par Cannon, non.

En un laps de temps tr�s court, ils ont produit plein de films.

Tout le monde se demandait : Comment ils font ?

Michael Milken ou "le roi des obligations pourries".

Michael Milken ou "le roi des obligations pourries".

Sa bo�te proposait des obligations � haut risque.

Il finan�ait des soci�t�s en faillite et d'autres, en pleine expansion.

Michael Milken a r�colt� 300 millions de dollars pour Cannon.

Tout Hollywood a �t� bluff� en voyant que Cannon encha�nait les tournages.

Les majors tournaient 6, 7 voire 8 films par an.

Personne ne tournait 20 films par an.

- 40 films par an. - 42 films.

- 47 films par an. - 52 films en interne.

- Pr�s d'un par semaine. - 84 !

Le travail de toute une carri�re.

C'�tait comme aller � la selle :

On fait un film, il sort, on s'en torche et on passe au suivant.

Ils ont pouss� comme des champignons

gr�ce � l'�nergie et � la personnalit� de Menahem Golan.

L'important, c'est d'agir et pas de blablater !

J'�tais en r�union avec Yoram, et Golan arrive.

Il nous parle de Budapest. On lui demande des explications.

Il dit : "J'ai oubli� de vous dire qu'on tourne � Budapest."

On �tait pas au courant !

Si quelque chose vous passionne, faites preuve de courage et foncez.

Faites-le bien, mais foncez.

Cannon mena�ait l'industrie du cin�ma britannique.

Cannon s'est fait une place de choix

en rachetant Thorn Emi Screen Entertainment.

Ils poss�dent les studios d'Elstree,

le catalogue de Path� et les salles de cin�ma ABC.

D�j� propri�taires de plusieurs salles,

Golan et Globus contr�lent d�sormais 40 % du march� britannique.

On poss�dait une cha�ne de cin�mas en Angleterre, en Italie, en Hollande.

Ils ont tout achet�, � part Harrods.

Cannon avait beaucoup d'argent et ils voulaient se payer des stars.

Ils �taient � genoux devant les stars.

Une star tourne quoi... un film par an ?

Que fait-elle les 40 semaines restantes ?

Elle va chez son psy, elle divorce...

Que fait-elle ?

Elle a envie de bosser !

Il a dit : "Pour le r�le principal, je veux cette nana... Stone.

"C'est elle que je veux !"

Il regarde les rushes et balance : "C'est qui, cette conne ?"

"Je voulais la nana de Stone !"

Pas Sharon Stone. Romancing the Stone : � la poursuite du diamant vert.

C'est Kathleen Turner qu'il voulait !

Je l'ai !

Richard Chamberlain est Allan Quatermain.

Allan Quatermain et les mines du roi Salomon.

Richard �tait alors une immense star. J'�tais impressionn�e.

"Fini, les nanards !" Je me trompais.

Une parodie des Aventuriers de l'arche perdue.

Si on pensait � un truc marrant qui collait au personnage, on le faisait.

Surprise !

Bons r�flexes, messieurs.

J'ai r�alis�, au bout d'un moment,

et m�me tr�s rapidement, qu'on ne jouait pas

dans la m�me cour qu'Indiana Jones.

Quatermain !

Chamberlain, c'�tait pas Harrison Ford.

Stone �tait une inconnue.

Sharon �tait insupportable.

� tel point

que les techniciens, les assistants, les maquilleurs,

toute l'�quipe refusait de bosser avec elle.

J'ai envie de hurler !

On la d�testait.

Les Sud-Africains aussi.

Ils ont piss� dans son bain.

Quand elle est entr�e dans l'eau, elle a fait : "Quelle dr�le d'odeur..."

M�me Richard Chamberlain ne pouvait pas la blairer.

Y a un probl�me ?

Sharon est une personne complexe.

Elle est sublime, tr�s intelligente,

et elle vous le fait savoir.

Pourquoi avoir tourn� la suite si elle avait v�cu un calvaire ?

Leurs chances sont minces.

Et ils sont pr�ts � relever le d�fi.

Allan Quatermain et la cit� de l'or perdu.

Pourquoi avoir tourn� une suite ? Le premier volet n'�tait pas terrible.

Tiens bon !

J'ai demand� quel serait le budget.

Ils m'ont dit : "10 millions."

Mais ce film a d� leur co�ter 3,75 dollars.

J'ai accept� le r�le de la cruelle Sorais.

Ils m'ont mis un harnais et m'ont suspendue dans le vide.

J'ai eu la peur de ma vie.

Je me suis dit : "C'est le boulot d'une cascadeuse !

"J'oubliais... Y a pas de cascadeuse."

Je n'ai pas vu Menahem et Yoram une seule fois

jusqu'� la fin du tournage,

jusqu'au jour du jugement dernier.

On a projet� le film

et tout le monde se tournait vers Menahem et Yoram

pour prendre la temp�rature.

J'entendais : "Fakakta r�alisateur !"

C'�tait moi, le "putain de r�alisateur".

J'�tais assis juste derri�re eux !

Puis ils ont dit :

"C'est quoi, tous ces blonds en pyjama blanc ?"

"Oh, mon Dieu ! Yoram, regarde !

"Les reines ! Regarde-moi �a.

"Elles devaient �tre moches !"

Il se trouve qu'ils avaient confondu mon film

avec celui que tournait Tobe Hooper au m�me moment.

Mais il n'a jamais reconnu son erreur.

Il n'a jamais dit : "D�sol�. Je vais regarder ton film sous un autre angle."

Il a dit : "�a ne peut pas sortir en salle !"

J'ai r�pondu : "Menahem, arr�te. Je suis venu dans vos bureaux.

"Les murs sont tapiss�s d'affiches de films qui n'auraient jamais d� sortir.

"Et tu les as sortis ! Alors ne me dis pas �a."

Golan r�vait d'avoir un studio de cin�ma.

Ils ont quitt� un local miteux et ont achet� un immeuble entier.

Ils ont embauch� des vigiles arm�s d'un Uzi !

Ils �taient menac�s de mort.

"Menahem, alerte � la bombe ! Quelqu'un va tout faire p�ter !"

"Qu'il aille se faire foutre !"

Leurs concurrents commen�aient � rire jaune.

Menahem Golan, pr�sident de la soci�t� Cannon Films,

va produire et r�aliser lui-m�me

Delta Force.

C'est un d�tournement !

Pour affronter ces terroristes, il faut des combattants � part.

Nous avons �crit un sc�nario

autour de h�ros am�ricains d'un nouveau genre.

C'est vraiment un film am�ricain moderne.

C'�tait un conte de f�es n� � la suite du d�tournement d'un avion de la TWA.

Les otages n'avaient pas �t� lib�r�s.

Alors il a d�cid� de m'envoyer � Beyrouth.

Il voulait me faire passer la fronti�re pour que j'aille enqu�ter � l'a�roport

afin qu'on trouve une fin � ce film.

Tout le monde r�ve de voir le pr�sident des �tats-Unis

faire appel aux forces arm�es am�ricaines

telles que la Delta Force.

Feu ! Descendez-les !

Attendez que femmes et enfants soient � l'abri.

Beaucoup de gens ont trouv� ce happy end de tr�s mauvais go�t.

Le mois de septembre, en Isra�l,

est le mois le plus chaud de l'ann�e.

Il faisait au moins 38 degr�s dans cet avion.

Menahem, qui transpirait encore plus que les autres,

tirait, poussait, s'affairait, tournait son film.

C'est le meilleur r�alisateur que j'ai connu.

Il n'h�sitait pas � dire : "Joue-la comme �a !"

Shelley Winters et Menahem ont eu de violentes disputes.

Asseyez-vous !

"Menahem, je vais mourir de chaud !"

Il lui fait : "Joue. Tu mourras apr�s."

C'est tout lui.

Tous les films qu'il a r�alis�s ressemblent � des dessins anim�s.

J'ai essay� de changer �a.

Il m'a accus� de tuer son film.

C'est un film d'action.

D�sol� pour les m�chants. Il faut bien un porte-drapeau.

On ne peut pas dire que la violence n'existe pas.

Il faut savoir comment g�rer cette violence.

Et c'est notre message.

Il s'agit d'un film d'exploitation de la pire esp�ce

b�tement con�u pour engendrer de la haine

envers les Arabes et les Palestiniens.

On ne peut pas tuer des Arabes. Il faut �tre politiquement correct.

Menahem se fichait du politiquement correct.

Dors bien, gros naze.

Pour f�ter leur d�m�nagement

et la sortie de Delta Force,

Golan et Globus ont organis� une soir�e chic.

Pour un film avec Chuck Norris ?

�a va �tre le blockbuster du si�cle !

- Ravi de te voir. - Moi de m�me.

Un film avec Chuck Norris !

Je me suis dit que quelque chose clochait

dans cette f�te en sous-sol o� on ne tenait pas debout.

Tout le monde �tait pench�.

J'ai pens� : "C'est de mauvais augure."

� partir de ce moment-l�, la situation de la soci�t� est devenue bancale.

La Cannon s'est agrandie trop rapidement.

Nos films sortaient en Asie, en Afrique, en Europe, aux �tats-Unis...

C'�tait ing�rable.

Ils n'avaient pas de quoi tourner 50 films.

Ils comptaient sur les films suivants.

Ils cherchaient � vendre et � conclure des march�s pour sauver leur soci�t�.

Chaque semaine, Yoram avait besoin de 5 millions pour continuer.

Je suis trop occup� � tourner pour me faire du mauvais sang.

�a me passionne, j'adore �a.

On conna�t bien notre m�tier, alors je pense qu'on ne risque rien.

Moteur !

Clap !

Silence, s'il vous pla�t.

Et... action !

David Gardner va vivre un cauchemar dans son propre jardin.

Mais personne ne le croira.

Et bient�t, il ne restera aucun survivant.

Tobe Hooper : L'Invasion vient de Mars.

Je voulais saisir ou ressaisir

les images qui avaient marqu� au fer rouge

mon imagination et mes r�ves d'enfant.

J'aimais l'id�e de pousser la parano�a jusqu'� avoir peur de ses parents

et n'avoir plus aucun refuge.

Le ton choisi �tait inadapt�.

Il n'�tait pas assez s�rieux, � mon go�t.

C'�tait loufoque.

Ce film n'a pas fait na�tre la peur qu'on aurait pu avoir

en s'identifiant � ce gosse qui ne fait plus confiance � ses parents.

Menahem et Yoram ont d�test�.

Ils ont �t� bless�s par ce qu'a fait Tobe.

Il leur a vendu un concept et il n'a pas tenu parole.

�a les a froiss�s.

Tobe avait r�alis� Massacre � la tron�onneuse,

de l'�motion � l'�tat brut.

Ce n'�tait pas un simple film d'horreur, mais une r�flexion sur la soci�t�.

�a a chang� le film d'horreur en profondeur.

Cannon voulait que Tobe tourne une suite.

Ils en mouraient d'envie.

Apr�s un silence qui aura dur� plus de 10 ans,

le moteur tourne � nouveau.

J'ai renforc� l'humour noir.

Le premier volet en manquait.

Bubba a une petite copine !

Bubba a une petite copine !

Certains ont appel� �a "l'humour rouge".

J'ai voulu compenser

le manque de gore du premier film.

Ils le projettent. La Cannon le d�couvre.

Oh l� l�...

Ils ne s'attendaient pas � �a.

Cannon n'a pas saisi l'aspect comique.

Le petit patron l'a toujours dans le cul !

Menahem et Yoram n'�taient pas tr�s souples.

Si on leur promettait un film d'horreur, ils voulaient de l'horreur.

Ils �taient choqu�s face � ce film inclassable.

On a fait poser notre famille en copiant l'affiche de Breakfast Club,

on l'a expos�e sur Sunset Boulevard,

et Cannon ignorait que c'�tait une com�die ?

Le public ne s'attendait pas

au c�t� d�jant� et barr� du 2e volet.

Ils voulaient de l'horreur, et Tobe refusait de refaire un film d'horreur.

La fin de Massacre � la tron�onneuse

a co�ncid� avec la fin de la Cannon.

En octobre, leurs livres comptables ont �t� examin�s par la SEC am�ricaine.

Aujourd'hui, cette soci�t� n'est plus rentable.

Leurs films comptabilisent peu d'entr�es.

Ils ont des frais de vente et d'administration colossaux.

Et ils doivent payer de gros int�r�ts

sur tous les cr�dits auxquels ils ont souscrit.

Menahem a demand� � Yoram :

"Pourquoi tu d�primes ? Qu'est-ce qui cloche ?"

Yoram a r�pondu : "On doit 5 millions de dollars aux banques."

Menahem a dit : "Tu sais ce qui me d�prime ?

"C'est qu'on ne leur doit que 5 millions et pas 100 millions !"

Une nouvelle d�cennie de succ�s s'ouvre � nous,

avec de jeunes talents

et les grands noms du box-office.

Nous sommes remont�s � bloc

et pr�ts pour une nouvelle d�cennie de blockbusters.

Vous pouvez compter sur Cannon.

Avec Cannon Entertainment, allons de l'avant !

"Les gens nous croient en difficult�.

"Signons une grande star et annon�ons 3 superproductions.

"�a leur clouera le bec !"

Dis-moi, le contrat avec Stallone est sign� ?

Il m'a fait : "Je vais r�aliser le prochain film de Stallone."

J'ai dit : "T'es malade !"

"Mon client refuserait, m�me si vous lui offriez 10 millions."

Menahem dit : "Et 12 millions ?"

Menahem lui a vers� un cachet sans pr�c�dent.

- 13 millions. - 15 millions.

- 20 millions. - 25 millions.

Avant, il �tait pay� 4 ou 5 millions maximum.

Toutes les autres stars ont dit : "Je veux la m�me chose."

�a a boulevers� le march� hollywoodien.

Menahem �tait persuad� qu'Over the Top

allait conna�tre le m�me succ�s que Rocky ou Rambo.

Mon sc�nario �tait moins b�te que leur film.

Personne n'a jamais pari� sur Lincoln Hawk.

Mais pour gagner, il faut croire en sa chance.

Ils se sont focalis�s sur les camions et les bras de fer.

L'id�e du bras de fer �tait bizarre.

Termin� !

C'est pas int�ressant.

"Il y aura de belles sc�nes d'action o� on verra deux bras."

Autant prendre une marionnette : "�a va, Sylvester ?"

C'�tait unique. L'id�e aurait tr�s bien pu �tre copi�e.

� la fin, je pleurais.

Menahem m'a tap� sur l'�paule et m'a dit : "Je t'ai eu !"

Je pleurais parce que ma carri�re �tait fichue.

Menahem �tait d�connect� de la r�alit� et des attentes du public.

Il �tait convaincu que Over the Top - Le Bras de fer

allait plaire aux jeunes Am�ricains.

Il n'�tait pas dou� de ce c�t�-l�.

Vendre des films am�ricains aux Am�ricains n'�tait pas leur fort.

Ils avaient de bonnes id�es, mais ne savaient pas comment s'y prendre.

Ils ont d�cid�

de relancer des sagas telles que Superman.

On vantait les m�rites de la Cannon : "Regarde !

"Ces types-l� ont r�ussi."

Superman IV avait tout pour plaire.

Ce film aurait pu sauver Cannon.

R�gler les soucis financiers

et leur offrir une respectabilit� qui aurait fait d'eux les plus grands.

On les applaudissait.

Christopher Reeve ne voulait pas remettre �a, mais ils l'ont convaincu.

"Chris, de quel sujet voudrais-tu qu'on traite ?"

Il a voulu raconter ce qui se passerait

si Superman d�cidait de mettre fin � la guerre.

Je vais d�barrasser notre plan�te de toute arme nucl�aire.

Le top ! �a a fait un flop.

Menahem nous a promis un film digne de la Warner

mais au final, on fait un film digne de la Cannon.

Il y avait Nuclear Man, l'�gal de Superman.

Sidney Furie m'a dit : "On l'a trouv� !

"On a trouv� Nuclear Man.

"C'est un ancien Chippendale."

Je prends sur moi, car je ne suis que le blaireau des effets sp�ciaux.

Mais je me dis : "Oh, mon Dieu, on est mal."

Moi, Lex Luthor, grand criminel, j'ai trouv� comment d�truire Superman.

Cannon a annonc� des pertes s'�levant � 90 millions pour 1985-1986.

D'ici la mi-d�cembre, Cannon devra �ponger une dette de 80 millions.

� l'�poque de Superman, ils �taient en chute libre.

Ils ont d� r�duire le budget.

Ce film aurait d� co�ter 30 millions.

Mais le budget a �t� r�duit � 17 millions.

Or c'est bourr� d'effets sp�ciaux.

J'ai dit : "Voil� ce qu'a co�t� le premier volet."

"Impossible !"

�a faisait bas de gamme et kitsch, c'�tait moche.

Tout le travail de postproduction �tait visible.

Ils ont dupliqu� des plans car le budget effets sp�ciaux �tait insuffisant.

"T'es mauvais, Harrison !

"Tu n'es qu'un bon � rien !"

J'assume.

Ils se montraient tous du doigt, et c'est ce qui a condamn� Cannon.

Ils ont commenc� � produire de gros films,

� rivaliser avec des majors comme Warner, mais �a a mal tourn�.

Ils n'avaient pas les �paules.

Ils �taient pris � la gorge.

En d�crochant ces superproductions,

ils esp�raient que personne ne s'apercevrait

qu'ils �taient des bons � rien.

Il fallait encha�ner rapidement pour miser sur le film suivant.

Et le film suivant �tait toujours formidable.

Je d�tiens la Force toute puissante !

Ils y croyaient.

Ils �taient surexcit�s.

Ils se voyaient d�j� riches et couverts de gloire.

J'ai tout fait pour que �a ne ressemble pas � un film Cannon.

Aux confins de l'univers se trouve une plan�te

sous le joug d'un �tre mal�fique.

Seul un homme aura le courage de l'affronter.

C'�tait un peu la honte d'incarner un jouet.

J'ai trouv� �a bizarre.

Le nain avec ses cl�s, et tout le reste.

Je me sentais b�te.

Stallone se pointe, montre Dolph et dit : "Vous lui avez donn� du texte ?"

Battons-nous ! Il y a d�j� eu assez de morts.

Les effets sp�ciaux

li�s � la cr�ation de Skeletor

auraient �t� co�teux et longs, ils le savaient.

Cannon a donc d�cid� de mettre un masque � Frank Langella.

On aurait dit un costume d'Halloween fait maison.

Je ne pense pas.

J'�tais d�j� bien content qu'on ait un d�but,

un milieu et une fin !

� genoux !

� un moment donn�, j'ai cru qu'on n'aurait pas de fin.

Ils ont mis fin au tournage. On n'avait pas de fin.

J'ai demand� au grand Frank Langella, avec son masque,

d'entrer dans une cuve bouillonnante et dire...

Je reviendrai !

Ils pensaient que ce film

plairait � un public adulte, mais non.

Les Ma�tres de l'univers �tait nul.

Si �a avait �t� bien �crit, dr�le,

�mouvant, palpitant, les gens auraient afflu�.

Ces films ne correspondaient pas � leur mod�le �conomique.

Produire des films � petit budget, attendre que l'un d'eux cartonne,

r�aliser de grosses marges, faire des ventes,

se constituer un catalogue, vendre � l'�tranger.

Superman �tait l'exemple m�me de ce qu'il ne fallait pas faire.

Un budget de 30 millions ?

Je ne saurais pas quoi en faire.

Je pourrais produire 30 films.

Mais je ne saurais pas quoi faire avec 30 millions.

J'aurais l'impression d'�tre un voleur

si je d�pensais tout cet argent pour un film.

Ils ne voulaient plus bosser � la cha�ne. Ils voulaient faire de meilleurs films.

Mais ils ont manqu� de temps et d'argent.

Produire des films augmentait les dettes de Cannon.

Cannon s'est dessaisi de ses actifs.

Thorn EMI, les studios d'Elstree et un catalogue de 2 000 films.

Maintenant, ils vendent leurs studios.

Ils souhaitaient construire un r�seau de salles de cin�ma,

mais croulent sous les dettes.

Cannon ne fait pas du cin�ma, mais de la liquidation de biens.

Ils n'ont pas jug� bon de s'arr�ter l�. Ils ont continu�.

Ils avaient du mal � terminer, � boucler certains films.

Il aurait parfois suffi de 6 � 8 mois, mais les films n'�taient pas finis.

Une incroyable aventure attend une jeune fille

et deux fr�res qui ont le go�t du risque.

Ils vont faire un voyage dans un monde myst�rieux.

Cannon a arr�t� le tournage du jour au lendemain.

Ils m'ont dit : "C'est termin�."

Mon Dieu !

Un film avec des effets sp�ciaux, c'est un peu comme un puzzle.

Imaginez qu'il manque 1 pi�ce sur 3.

On se retrouve avec des blancs, des images manquantes.

Sans ces effets sp�ciaux, le film ne pouvait pas sortir.

Il fallait qu'ils finissent ces films et qu'ils les sortent.

Ils avaient d�pens� l'argent avanc� et devaient fournir un film.

"Pouvez-vous boucler ce film sans effets sp�ciaux ?"

Dr�le de question...

On avait tourn� une grosse partie du sc�nario.

Vous n'imaginez pas combien c'�tait d�chirant.

C'�tait une situation tr�s �trange,

et l'ann�e d'apr�s, j'ai encha�n� sur Cyborg.

Cyborg.

Une bande de brutes a transform� le monde

en un v�ritable enfer.

Seul un homme pourra les arr�ter.

Je voulais tourner un film d'action futuriste avec Chuck.

Menahem et Yoram m'ont dit : "On a rep�r� un type qui va devenir une star.

"On va lui confier le r�le." "Qui est-ce ?"

Jean-Claude Van Damme va devenir le premier h�ros

du 21e si�cle.

Il venait dans nos locaux et attendait dans l'entr�e.

Il a attendu, et quand Menahem est sorti,

il lui a fait un balayage retourn�.

Un coup de pied lat�ral retourn� sous le nez de Menahem.

Le lendemain, il signait.

Jean-Claude r�vait de devenir une star montante

plus que de devenir acteur.

Il �tait plus s�r de son image

que de ses talents d'acteur.

Je voulais r�aliser un film de guerre tr�s noir, pas un film d'action.

Ce n'�tait pas vendeur.

Ils ont fait un sondage : sur les 100 personnes qui ont vu le film,

une seule l'a aim�.

Ce n'est pas surprenant.

Mes projections-test ne sont jamais convaincantes.

Yoram disait : "La sortie est d�j� pr�vue.

"�a n'entachera pas ta carri�re."

Jean-Claude a dit : "En 2 mois, je refais le montage."

C'est devenu un film d'action plus conventionnel.

Et le film a march�.

Il avait donc raison de se dire :

"Je vais vendre ce film, faire des b�n�fices,

"le vendre � l'international, et le film suivant sera bon."

C'est ce qui a pr�cipit� Cannon dans sa chute.

Ils n'ont pas pris le temps de panser leurs blessures,

de cicatriser et de repartir sur de bonnes bases.

C'�tait trop pour eux.

La faillite de Cannon n'�tait qu'une question de temps.

Globus �tait plus pragmatique.

Il disait : "Vouloir s'en sortir est une chose.

"Financer tout �a en est une autre, m�me si on paye cher."

C'est devenu intenable.

Menahem produisait trop de films, Yoram rachetait trop de cin�mas.

Je ne sais pas qui avait tort et qui avait raison,

mais ils se rejetaient la faute.

Ils n'obtenaient plus de pr�ts.

Ils ne les remboursaient pas car ils encha�naient les �checs.

Et l�, Giancarlo Parretti est arriv�.

Le Cr�dit Lyonnais lui a dit : "Voil� tes nouveaux associ�s."

Parretti est arriv� et la bo�te a chang�.

"Voil� M. Parretti !

"Fais gaffe � ce que tu dis."

Menahem et Yoram voulaient croire que c'�tait leur sauveur.

Ils n'ont pas vu que c'�tait un voleur.

C'�tait un escroc rital.

Il �tait soi-disant li� � la mafia.

Yoram est rest� avec Parretti et Menahem a dit

qu'il refusait de "vendre son �me au diable".

Ces cousins qui ont boss� ensemble pendant de longues ann�es...

se sont s�par�s.

Ils ont connu la gloire puis �a a pris fin.

Cette s�paration nous attristait.

Il y avait Menahem et Yoram,

et nous, on aimait les voir ensemble.

Je suis rest� avec Yoram et j'ai dit � Menahem :

"Tu es ing�rable. Tu devrais pas diriger ta bo�te."

Il a dit : "Donne-moi mes films. Je ne veux pas d'argent."

J'ai cr�� une nouvelle soci�t� : la 21st Century.

Je vais proposer de nouveaux films, des films modernes,

des films que tout le monde, dans les 10 ann�es � venir, voudra voir.

Il m'a annonc� leur s�paration et il a crach� parterre.

Ils ont produit des films concurrents, comme les films autour de la lambada.

La lambada est une danse n�e dans les ann�es 30.

Elle a �t� interdite � cause de sa connotation sexuelle.

C'est quoi ?

La lambada !

Ils ont eu cette belle id�e ensemble, et la course a commenc�.

Yoram avait un sc�nario et il avait commenc� la pr�production.

Un professeur, son �l�ve

et la danse qui va changer leur vie.

Ils avaient pris beaucoup d'avance sur Menahem.

On a d� �crire un sc�nario pour Menahem � toute allure

afin de sortir un film avant Yoram.

Une seule danse peut d�cha�ner les sentiments.

C'�tait rocambolesque : une princesse am�rindienne du Br�sil

allait arr�ter la destruction de la for�t amazonienne.

Arr�tez !

John �tant tr�s prolifique, j'ai dit : "On va vous l'�crire en 10 jours."

Ils ont tourn� en 4 semaines. Nous, en 3.

On bossait dur.

On tournait les sc�nes dans l'ordre

pour qu'ils ajoutent les effets sonores en m�me temps.

Si on tournait un lundi, le mercredi, on avait le montage final.

On n'avait pas le temps de recommencer ou de peaufiner quoi que ce soit.

Yoram avait r�ussi � d�poser le titre Lambada.

On a appel� notre film La Lambada, la danse interdite.

"Lambada" �tait �crit en grosses lettres.

Mais nous, on avait la chanson, et pas eux.

On a boucl� le tournage un jeudi et le lundi, on avait la copie z�ro.

On a fini de tourner un samedi � 2 h 45 du matin.

Regardez la fin du film, vous verrez qu'ils n'ont plus de force.

Ils se dandinent pour boucler le film.

On a projet� le film

et l�, j'ai d�cid� de faire un arr�t sur une image de ce couple

et d'inscrire : "Ce film est d�di� � la protection de la for�t amazonienne."

Prenez un produit de qualit� moyenne et collez-lui une image �cologique.

C'est l'�coblanchiment.

Et apr�s tous ces efforts, les 2 films sont sortis � la m�me date.

Les limousines sont arriv�es en m�me temps.

�a n'arrivera jamais ailleurs. �a para�t surr�aliste, m�me � L.A.

Suite � leur s�paration,

ils ont fait deux films avec le m�me titre, le m�me th�me,

sortis le m�me jour, et ils ont r�duit leurs entr�es de moiti�.

Ils ont voulu cr�er un engouement

au lieu d'attendre un engouement et de faire un film ensuite,

comme avec Break Street 84.

Ensemble, ils r�ussissaient, mais s�par�ment, c'�tait pas pareil.

Plein de gens se sont r�jouis de leur naufrage.

Peu de gens ont pleur�, au final.

Au suivant !

Quand je vois Miramax,

je me dis que c'�tait s�rement �a, leur r�ve, en arrivant aux USA.

Ce qui les a diff�renci�s des Weinstein, c'est l'amour du travail bien fait.

Je crois qu'ils ont souffert du snobisme ambiant.

Ils ont �t� ostracis�s pour leur manque de savoir vivre.

On leur a toujours reproch� d'�tre des magouilleurs...

Enfin, ils �taient isra�liens, ils avaient une autre culture.

Menahem n'a jamais �t� consid�r� comme un grand r�alisateur,

m�me s'il se consid�rait comme tel.

Sa spontan�it� et le fait qu'il naviguait � l'aveugle

ont fait couler la bo�te.

Il n'anticipait jamais, il n'�coutait que son c�ur,

et on ne peut pas lui en vouloir.

Quand je vois ce qu'est devenu Menahem, �a me fait de la peine.

C'est triste, car cet homme est parti sur un �chec.

Menahem aimerait continuer � tourner, car c'est un homme de cin�ma.

Il a �a dans le sang, on ne peut pas le nier.

Menahem balance : "C'est top secret.

"Deux mots : "Lambada d�nud�e"."

Yoram est s�rement plus � l'aise aujourd'hui,

mais Menahem pr�f�rerait tourner.

Quelqu'un dit � Menahem : "Tu savais que Yoram avait le cancer ?"

Et il fait : "Il aurait jamais d� me quitter !"

Ces types-l� ont atteint le firmament,

tutoy� les �toiles, mais c'est termin�.

Il nous reste leur h�ritage.

On ne peut pas dire que c'�taient des rat�s.

Pendant 10 ans ou plus, ils ont men� une vie formidable.

Quand on a du cran, de l'�nergie et du courage,

on peut y arriver, comme eux.

Regardez tous les films de s�rie B qui ont �t� produits � Hollywood.

Aucun de ces producteurs n'a �gal� Menahem.

Ils ont secou� l'industrie du cin�ma, et c'est plut�t bien.

Le meilleur des exemples � ne pas suivre, c'est Cannon.

Avi a tourn� des films � petit budget dignes de la Cannon au sein de Nu Image.

Nu Image a �t� fond�e par Danny Dimbort et Avi Lerner,

deux anciens collaborateurs de Cannon Group.

On s'est inspir�s du mod�le Cannon.

On a appris � ne pas surgonfler un budget,

� ne pas s'�tendre trop vite en acqu�rant des actifs,

et � faire des films d'action

comme la saga Expendables ou La Chute de la Maison Blanche.

On a des films de ninjas

qui pourraient figurer en bonne place dans le catalogue de Cannon.

Je suis s�r que Menahem en est tr�s fier.

Hollywood produit des films Cannon.

Des films Cannon avec des budgets de plusieurs millions,

mais des films d'action.

Ils se sont appropri� la culture populaire.

Aujourd'hui, pour produire un film, il faut int�grer les pr�ventes.

Et Cannon a invent� �a, pour le meilleur ou pour le pire.

L'h�ritage de la Cannon,

c'est la folle histoire d'une rafale de films

produits sur une dur�e tr�s courte

par deux types qui n'avaient rien � faire l�.

Ils avaient une grande place sur le march� international.

Et ils r�vaient en grand.

Adaptation : Muriel Blanc-Pignol

Sous-titrage : C.M.C.

Au revoir !

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