Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Et le goût, pour une beauté plus naturelle, n'est souvent qu'une forme
spécieuse de sophistication.
Rémi de Gourmont souhaite que la femme porte ses cheveux flottants, libres
comme les ruisseaux et les herbes des prairies.
Mais c'est sur la chevelure d'une Véronica Lake qu'on peut caresser les
ondulations de l'eau et des épis, non sur une tignasse hirsute vraiment
abandonnée à la nature.
Plus une femme est jeune et saine, plus son corps neuf et lustré semble voué à
une fraîcheur éternelle, moins l'artifice lui est utile. Mais il faut
toujours dissimuler à l'homme la faiblesse charnelle de cette proie qui l
'étreint et la dégradation qui la menace.
C'est aussi parce qu'il en redoute le destin contingent, parce qu'il la rêve
immuable, nécessaire, que l'homme recherche sur le visage de la femme, sur
son torse et ses jambes, l'exactitude d'une idée.
Chez les peuples primitifs, l'idée est seulement celle de la perfection du type
populaire. Une race aux lèvres épaisses, au nez plat, forge une Vénus aux lèvres
épaisses, au nez plat. Plus tard, on applique aux femmes les canons d'une
esthétique plus complexe.
Mais en tout cas, plus les traits et les proportions d'une femme paraissent
concertés, plus elle réjouit le cœur de l'homme parce qu'elle semble échapper
aux avatars des choses naturelles. On aboutit donc à cet étrange paradoxe que,
souhaitant saisir dans la femme la nature,
transfigurée, l'homme voue la femme à l'artifice.
Elle n'est pas physis seulement, mais tout autant antiphysis.
Et cela, non seulement dans la civilisation des permanentes
électriques, de l'épilation à la cire, des guépières de latex, mais aussi au
pays des négresses à plateau, en Chine et partout sur la Terre.
Swift a dénoncé dans la fameuse ode à Célia cette mystification.
Il décrit avec dégoût l'attirail de la coquette et rappelle avec dégoût les
servitudes animales de son corps.
Il a doublement tort de s'indigner, car l'homme veut à la fois que la femme soit
bête et plante et qu'elle se cache derrière une armature fabriquée.
Il l'aime sortant des flots et d'une maison de couture, nu et vêtu, nu sous
ses vêtements, tel que précisément il la rencontre dans l'univers humain.
Le citadin cherche dans la femme l'animalité, mais pour le jeune paysan
qui fait son service militaire, le bordel incarne toute la magie de la
ville. La femme est champ et pâtirage, mais elle est aussi Babylone.
Cependant, c'est là le premier mensonge, la première trahison de la femme. C'est
celle de la vie même qui, fut-elle revêtue des formes les plus attrayantes,
est toujours habitée par les ferments de la vieillesse et de la mort.
L'usage même que l'homme fait d'elle détruit ses vertus les plus précieuses.
Alourdie par les maternités, elle perd son attrait érotique.
Même stérile, il suffit du passage des ans pour altérer ses charmes.
Infirme, laide, vieille, la femme fait horreur. On dit qu'elle est flétrie,
fanée, comme on le dirait d'une plante.
Certes, chez l'homme aussi, la décrépitude effraie, mais l'homme normal
n'expérimente pas les autres hommes comme chair.
Il n'a avec ses corps autonomes et étrangers qu'une solidarité abstraite.
C'est sur le corps de la femme, ce corps qui lui est destiné, que l'homme éprouve
sensiblement la déchéance de la chair.
C'est avec les yeux hostiles du mâle que la belle Olmière de Villon contemple la
dégradation de son corps.
La vieille femme, la laide, ne sont pas seulement des objets sans attrait. Elle
suscite une haine mêlée de peur.
En elle se retrouve la figure inquiétante de la mère, tandis que les
charmes de l'épouse sont évanouis.
Mais l'épouse même est une proie dangereuse. En Vénus, sortie des eaux,
fraîche écume, blonde moisson, Déméter se survit.
S'appropriant la femme par la jouissance qu'il tire d'elle, l'homme éveille aussi
en elle les louches puissances de la fécondité. C'est le même organe qu'il
pénètre et qui accouche de l'enfant. C'est pourquoi dans toutes les sociétés,
l'homme est protégé par tant de tabous contre les menaces du sexe féminin. La
réciproque n'est pas vraie, la femme n'a rien à craindre du mal. Le sexe de celui
-ci est considéré comme laïque profane.
Le phallus peut être élevé à la dignité d'un dieu, dans le culte qu'on lui rend,
il n'entre aucun élément de terreur. Et au cours de la vie quotidienne, la femme
n'a pas à être mystiquement défendue contre lui, il lui est seulement
propice. Il est remarquable d'ailleurs qu'en beaucoup de sociétés de droits
maternels, il existe une sexualité très libre.
Mais c'est seulement pendant l'enfance de la femme, dans sa première jeunesse,
lorsque le coït n'est pas lié à l'idée de génération.
Malinowski raconte avec quelques étonnements que les jeunes gens qui
couchent ensemble librement dans la maison des célibataires affichent
volontiers leurs amours. C'est que la fille, non mariée, est considérée comme
incapable d'enfanter et l'acte sexuel n'est qu'un tranquille plaisir profane.
Une fois qu'elle est mariée, au contraire, son époux ne doit plus lui
donner aucun signe public d'affection. Il ne doit pas la toucher et toute
allusion à leurs rapports intimes est sacrilège.
C'est qu'elle participe alors à l'essence redoutable de la mère et que
le coït est devenu un acte sacré.
Dès lors, il s'entoure d'interdits et de précautions.
Le coït est défendu quand on cultive la terre, quand on en semence, quand on
plante. En ce cas, c'est parce qu'on ne veut pas que se gaspillent dans des
relations interindividuelles les forces fécondantes qui sont nécessaires à la
prospérité des moitions et donc au bien de la communauté.
C'est par RESPA pour les pouvoirs attachés à la fécondité qu'on en joint
de les économiser.
Mais dans la plupart des occasions, la continence protège la virilité de l
'époux. Elle est commandée lorsque l'homme part pour la pêche, pour la
chasse et surtout quand il se prépare à la guerre.
Dans l'union avec la femme, le principe mâle s'affaiblit et il faut donc qu'il l
'évite chaque fois qu'il a besoin de l'intégrité de ses forces.
On s'est demandé si l'horreur que l'homme éprouve à l'égard de la femme
vient de celle que lui inspire la sexualité en général ou inversement.
On constate que, dans le Lévitique en particulier, la pollution nocturne est
regardée comme une souillure, encore que la femme n'y soit pas mêlée.
Et dans nos sociétés modernes, la masturbation est considérée comme un
danger et un péché.
Beaucoup des enfants et des jeunes gens qui s'y adonnent ne le font qu'à travers
d'horribles angoisses.
C'est l'intervention de la société et singulièrement des parents qui fait du
plaisir solitaire un vice.
Mais plus d'un jeune garçon a été spontanément effrayé par ses premières
éjaculations. Sang ou sperme, tout écoulement de sa propre substance lui
semble inquiétant. C'est sa vie, son mana qui lui échappe.
Cependant, même si subjectivement un homme peut traverser des expériences
érotiques où la femme n'est pas présente, elle est objectivement
impliquée dans sa sexualité.
Comme le disait Platon dans le mythe des androgynes, l'organisme du mâle suppose
celui de la femme.
C'est la femme qu'il découvre en découvrant son propre sexe, même si elle
ne lui est donnée ni en chair et en os, ni en image.
Et inversement, c'est en tant qu'elle incarne la sexualité que la femme est
redoutable.
séparer l'aspect immanent et l'aspect transcendant de l'expérience vivante. Ce
que je crains ou désire, c'est toujours un avatar de ma propre existence, mais
rien ne m'arrive qu'à travers ce qui n'est pas moi.
Le non-moi est impliqué dans les pollutions nocturnes, dans l'érection,
sinon sous la figure précise de la femme, du moins en tant que nature et
vie. L'individu se sent possédé par une magie étrangère.
Aussi bien l'ambivalence des sentiments qu'il porte à la femme se retrouve dans
son attitude envers son Le petit garçon compare avec
défi son pénis à celui de ses camarades. Sa première érection l'orgueillit et l
'effraie à la fois.
L'homme fait regarder son sexe comme un symbole de transcendance et de
puissance. Il en tire vanité comme d'un muscle strié et en même temps comme d
'une grâce magique.
C'est une liberté riche de toute la contingence du donné, un donné librement
voulu. C'est sous cet aspect contradictoire qu'il s'en enchante.
mais il en soupçonne le leur.
Cet organe par lequel il prétend s'affirmer ne lui obéit pas.
Lourd de désirs inassouvis, s'érigeant inopinément, parfois se soulageant en
rêve, il manifeste une vitalité suspecte et capricieuse.
L'homme prétend faire triompher l'esprit sur la vie, l'activité sur la passivité.
Sa conscience tient la nature à distance, sa volonté la modèle, mais,
sous la figure du sexe, il retrouve en lui la vie, la nature et la passivité.
« Les parties sexuelles sont le véritable foyer de la volonté, dont le
pôle contraire est le cerveau », écrit Chopinawar.
Ce qu'il appelle volonté, c'est l'attachement à la vie, qui est
souffrance et mort, tandis que le cerveau, c'est la pensée qui se détache
de la vie en se la représentant, la honte sexuelle.
C'est selon lui la honte que nous éprouvons devant notre stupide
entêtement charnel.
Même si l'on récuse le pessimisme propre à ces théories, il a raison de voir dans
l'opposition sexe-cerveau l'expression de la dualité de l'homme.
En tant que sujet, il pose le monde et, restant hors de l'univers qu'il pose, il
s'en fait le souverain. S'il se saisit comme chair, comme sexe, il n'est plus
conscience autonome, liberté transparente. Il est engagé dans le
monde, un objet limité.
Et sans doute, l'acte générateur dépasse les frontières du corps, mais dans le
même instant, il les constitue. Le pénis, père des générations, est
symétrique de la matrice maternelle.
Sorti d'un germe engraissé dans le ventre de la femme, l'homme est lui-même
porteur de germes. Et, par cette semence qui donne la vie, c'est aussi sa propre
vie qui se renie.
La naissance des enfants, c'est la mort des parents, dit Hegel.
L'éjaculation est promesse de mort, elle affirme l'espèce contre l'individu. L
'existence du sexe et son activité nient la singularité orgueilleuse du sujet.
C'est cette contestation de l'esprit par la vie qui fait du sexe un objet de
scandale. L'homme exalte le phallus dans la mesure où il le saisit comme
transcendance et activité, comme mode d'appropriation de l'autre.
Mais il en a honte quand il n'y voit qu'une chair passive à travers laquelle
il... il est le joie des forces obscures de la vie.
Cette honte se camoufle volontiers en ironie. Le sexe d'autrui suscite
facilement le rire. Du fait qu'elle imite un mouvement concerté et qu'elle
est cependant subie, l'érection paraît souvent ridicule. Et la simple présence
des organes génitaux, dès qu'elle est évoquée, suscite la gaieté.
Malinowski raconte qu'il suffisait aux sauvages parmi lesquels il vivait de
prononcer le nom de ses parties honteuses pour faire naître des rires
inextinguibles. Beaucoup de plaisanteries dites gauloises ou grâce
ne vont guère plus loin que ces rudimentaires jeux de mots.
Chez certains primitifs, les femmes ont le droit, pendant les jours consacrés au
sarclage des jardins, de violer brutalement tout étranger qui s'aventure
dans le village.
L'attaquant tout ensemble, souvent, elles le laissent à demi-mort.
Les hommes de la tribu rient de cet exploit.
Par ce viol, la victime a été constituée comme chair passive et dépendante. C'est
lui qui a été possédé par les femmes et, à travers elles, par leur mari.
Tandis que dans le koi normal, l'homme veut s'affirmer... comme possesseur.
Mais c'est alors qu'il va expérimenter avec la plus grande évidence l'ambiguïté
de sa condition charnelle.
Il n'assume orgueilleusement sa sexualité qu'en tant qu'elle est un mode
d'appropriation de l'autre.
Et ce rêve de possession n'aboutit qu'à un échec.
Dans une authentique possession, l'autre s'abolit comme tel.
Il est consommé et détruit.
Seul le sultan des mille et une nuits a le pouvoir de trancher la tête de ses
maîtresses dès que l'aube les retire de son lit.
La femme survit aux étreintes de l'homme et par la même elle lui échappe.
Dès qu'il a ouvert les bras, sa proie lui redevient étrangère. La voilà neuve,
intacte, toute prête à être possédée par un nouvel amant d'une manière aussi
éphémère.
Un des rêves du mâle, c'est de marquer la femme de manière qu'elle demeure à
jamais sienne.
Mais le plus arrogant, c'est bien qu'il ne lui laissera jamais que des souvenirs
et que les plus brûlantes images sont froides au prix d'une sensation.
Toute une littérature a dénoncé cet échec. On l'objective sur la femme qu'on
appelle inconstante et traîtresse parce que son corps la voit, l'homme en
général, et non à un homme singulier.
Sa trahison est plus perfide encore.
C'est elle qui fait de l'amant une proie.
Seul un corps peut toucher un autre corps.
Le mal ne maîtrise la chair convoitée qu'en devenant lui-même chair.
Ève le donnait à Adam pour qu'il accomplisse en elle sa transcendance et
elle l'entraîne dans la nuit de l'immanence.
Cette gangue ténébreuse que la mère a façonnée pour son fils et dont il veut s
'évader, la maîtresse en referme autour de lui la glaise opaque dans les
vertiges du plaisir.
Il voulait posséder. Le voilà lui-même un possédé.
Moiteur, fatigue, ennui, toute une littérature a décrit cette morne passion
d'une conscience qui se fait chère.
Le désir, qui souvent enveloppe le dégoût, retourne au dégoût quand il est
assouvi. Post coitum homo animal triste.
La chair est triste.
Et cependant, l'homme n'a pas même trouvé dans les bras de l'amante un
apaisement définitif.
Bientôt en lui, le désir renaît. Et souvent, ce n'est pas seulement désir de
la femme en général, mais de cette femme-ci.
Elle revêt alors un pouvoir singulièrement inquiétant, car dans son
propre corps, l'homme ne rencontre le besoin sexuel que comme un besoin
général analogue à la faim ou à la soif et dont l'objet n'est pas particulier.
Le lien qui l'attache à ce corps féminin singulier a donc été forgé par l'autre.
C'est un lien mystérieux comme le ventre impur et fertile où il a ses racines,
une sorte de force passive.
Il est magique.
Le vocabulaire éculé des romans feuilletons où la femme est décrite
comme une ensorceleuse, une enchantresse qui fascine l'homme et l'envoûte,
reflète le plus antique, le plus universel des mythes. La femme est vouée
à la magie. La magie, disait Alain, c'est l'esprit traînant dans les choses.
Une action est magique quand, au lieu d'être produite par un agent, elle émane
d'une passivité.
Précisément, les hommes ont toujours regardé la femme comme l'immanence du
donné. Si elle produit récolte et enfants, ce n'est pas par un acte de sa
volonté. Elle n'est pas sujet, transcendance, puissance créatrice, mais
un objet chargé de fluides.
Dans les sociétés où l'homme adore ses mystères, la femme est, à cause de ses
vertus, associée au culte et vénérée comme prêtresse.
Mais quand il lutte pour faire triompher la société sur la nature, la raison sur
la vie, la volonté sur le donné inerte, alors la femme est regardée comme
sorcière. On sait la différence qui distingue le prêtre du magicien.
Le premier domine et dirige les forces qu'il a maîtrisées en accord avec les
dieux et les lois pour le bien de la communauté au nom de tous ses membres.
Le magicien opère à l'écart de la société, contre les dieux et les lois,
selon ses propres passions.
Or, la femme n'est pas pleinement intégrée au monde des hommes. En tant qu
'autre, elle s'oppose à eux.
Il est naturel qu'elle se serve des forces qu'elle détient, non pour étendre
à travers la communauté des hommes et dans l'avenir l'emprise de la
transcendance, mais étant séparée, opposée, pour entraîner les mâles dans
la solitude de la séparation, dans les ténèbres de l'immanence.
Elle est la sirène dont les champs précipitaient les matelots contre les
écueils. Elle est Circé qui changeait ses amants en bêtes, Londine qui attire
le pêcheur au fond des étangs. L'homme captif de ses charmes n'a plus de
volonté, plus de projet, plus d'avenir. Il n'est plus citoyen, mais une chère
esclave de ses désirs.
Il est rayé de la communauté, enfermé dans l'instant, balotté passivement de
la torture au plaisir, la magicienne perverse dresse la passion contre le
devoir, le moment présent contre l'unité du temps, elle retient le voyageur loin
de ses foyers, elle verse l'oubli.
En cherchant à s'approprier l'autre, il faut que l'homme demeure lui-même. Mais
dans l'échec de la possession impossible, il essaie de devenir cet
autre à qui il ne parvient pas à s'unir. À l'heure il s'alienne, il se... Le
père, il boit le filtre qui le rend étranger à lui-même, il plonge au fond
des eaux fuyantes et mortelles.
La mère voue son fils à la mort en lui donnant la vie.
L'amante entraîne l'amant à renoncer à la vie et à s'abandonner au suprême
sommeil. Ce lien qui unit l'amour à la mort a été pathétiquement mis en lumière
dans la légende de Tristan, mais il a une vérité plus originelle.
Né de la chair, l'âme dans l'amour s'accomplit comme chair, et la chair est
promise à la tombe. Par là, l'alliance de la femme et de la mort se confirme.
La grande moissonneuse est la figure inversée de la fécondité qui fait
croître les épis, mais elle apparaît aussi comme l'affreuse éposée dont le
squelette se révèle sous une tendre chair mensongère.
Ainsi, ce que d'abord l'homme chérit et déteste dans la femme, tant amante que
mère, c'est l'image figée de sa destinée animale. C'est la vie nécessaire à son
existence, mais qui la condamne à la finitude et à la mort.
Du jour où il naît, l'homme commence à mourir. C'est la vérité qu'incarne la
mère. En procréant, il affirme l'espèce contre lui-même. C'est ce qu'il apprend
dans les bras de l'épouse, dans le trouble et le plaisir, avant même d
'avoir engendré, il oublie son moi singulier.
Encore qu'il tente de les distinguer, il retrouve en l'une et l'autre une seule
évidence, celle de sa condition charnelle.
À la fois il souhaite l'accomplir, il vénère sa mère, il désire sa maîtresse.
À la fois il se rebelle contre elle, dans le dégoût, dans la crainte.
Un texte significatif où nous allons trouver une synthèse de presque tous ces
mythes, c'est celui où Jean-Richard Bloch, dans « La nuit kurde », décrit
les étreintes du jeune Saad avec une femme beaucoup plus âgée que lui, mais
encore belle, au cours du sac d'une ville.
La nuit abolissait les contours des choses et des sensations.
Il ne serra plus une femme contre lui. Il touchait enfin au but d'un voyage
interminable, poursuivi depuis les origines du monde.
Il s'anéantit peu à peu dans une immensité qui se berçait autour de lui
sans fin ni figure.
Toutes les femmes se confondirent en un pays géant, replié sur lui-même, morne
comme le désir, brûlant comme l'été.
Lui, cependant, reconnaissait avec une admiration craintive la puissance
enclose dans la femme, les longues cuisses tendues de satin, les genoux
semblables à deux collines d'ivoire. Quand il remontait l'axe poli du dos,
des reins jusqu'aux épaules, il lui semblait parcourir la voûte même qui
soutient le monde.
Mais le ventre le rappelait sans relâche, océan élastique et tendre où
toute vie naît et retourne, asile entre les asiles avec ses marées, ses
horizons, ses surfaces illimitées.
alors une rage le saisit de percer cette enveloppe délicieuse et de rejoindre
enfin la source même de ses beautés une commotion simultanée les enroula l'un à
l'autre la femme n'exista plus que pour se fendre comme le sol lui ouvrir ses
viscères se gorger des humeurs de l'aimer le ravissement se fit meurtre
ils s'unirent comme en poignardes Lui, l'homme isolé, le divisé, le séparé, le
retranché, il allait jaillir de sa propre substance, s'évader de sa prison
de chair et rouler enfin, matière et âme, dans la matière universelle.
À lui était réservé le bonheur suprême, jamais éprouvé jusqu'à ce jour, d
'outrepasser les bornes de la créature, de fondre dans la même exaltation le
sujet et l'objet, la question et la réponse, d'annexer à l'être tout ce qui
n'est pas l'être et d'atteindre par une convulsion dernière l'homme. l'empire de
l'inatteignable.
Chaque va-et-vient de l'archet éveillait dans l'instrument précieux qu'il tenait
à sa merci des vibrations de plus en plus aigües.
Soudain, un dernier spasme détacha Saad du zénith et le rejeta vers la terre et
la fange.
Le désir de la femme n'étant pas assouvie, elle emprisonne entre ses
jambes son amant qui sent, malgré soi, renaître son désir. Elle lui apparaît
alors comme une puissance ennemie qui lui arrache sa virilité et tout en la
possédant de nouveau, il la mord à la gorge si profondément qu'il la tue.
Ainsi se boucle le cycle qui va de la mère à l'amante à la mort à travers des
méandres compliqués.
Beaucoup d'attitudes sont ici possibles à l'homme, selon qu'il met l'accent sur
tel ou tel aspect du drame charnel.
Si un homme n'a pas l'idée que la vie est unique, s'il n'a pas le souci de sa
destinée singulière, s'il ne redoute pas la mort, il acceptera joyeusement son
animalité. Chez les musulmans, la femme est réduite à un état d'abjection à
cause de la structure féodale de la société qui ne permet pas le recours à l
'état contre la famille, à cause de la religion qui, exprimant l'idéal guerrier
de cette civilisation, a voué directement l'homme à la mort et a
dépouillé la femme de sa magie. Que craindrait sur terre celui qui est prêt
à se plonger d'une seconde à l'autre dans les voluptueuses orgies du paradis
mahometan ?
L'homme peut donc tranquillement jouir de la femme sans avoir à se défendre
contre soi-même ni contre elle.
Les contes des mille et une nuits la regardent comme une source donctueuse d
'hélices au même titre que les fruits, les confitures, les gâteaux opulents,
les huiles parfumées.
On retrouve aujourd'hui cette bienveillance sensuelle chez beaucoup de
peuples méditerranéens.
Comblé par l'instant, ne prétendant pas à l'immortalité, l'homme du midi qui, à
travers l'éclat du ciel et de la mer, saisit la nature sous son aspect faste,
aimera les femmes avec gourmandise.
Par tradition, il les méprise assez pour ne pas les saisir comme des personnes.
Il ne fait pas grande différence entre l'agrément de leur corps et celui du
sable et de l'eau.
Ni en elle, ni en lui-même, il n'éprouve l'horreur de la chair.
C'est avec un tranquille éblouissement que, dans « Conversations en Sicile »,
Vittorini dit avoir découvert à l'âge de 7 ans le corps nu de la femme.
La pensée rationaliste de la Grèce et de Rome confirme cette attitude spontanée.
La philosophie optimiste des Grecs a dépassé le manichéisme pythagoricien.
L'inférieur est subordonné au supérieur et comme tel lui est utile. Ces
idéologies harmonieuses ne manifestent à l'égard de la chair aucune hostilité.
Tournée vers le ciel des idées ou vers la cité ou l'État, l'individu se pensant
comme nous ou comme citoyen croit avoir surmonté sa condition animale.
Qu'il s'abandonne à la volupté ou qu'il pratique l'ascétisme, la femme
solidement intégrée à la société mâle n'a qu'une importance secondaire.
Certes, le rationalisme n'a jamais entièrement triomphé et l'expérience
érotique garde dans ces civilisations son caractère ambivalent.
Rites, mythologies, littératures en font foi.
Mais les attraits et les dangers de la féminité ne s'y manifestent que sous une
forme atténuée.
C'est le christianisme qui revêt à nouveau la femme d'un prestige
effrayant. La peur de l'autre sexe est une des formes que prend pour l'homme le
déchirement de la conscience malheureuse.
Le chrétien est séparé de soi-même.
La division du corps et de l'âme, de la vie et de l'esprit se consomme.
Le péché originel fait du corps l'ennemi de l'âme.
Toutes les attaches charnelles apparaissent comme mauvaises.
C'est en tant que racheté par le Christ et tourné vers le royaume céleste que l
'âme peut être sauvée. Mais originellement, il n'est que pourriture.
Sa naissance le voue non seulement à la mort, mais à la damnation.
C'est par une grâce divine que le ciel pourra lui être ouvert, mais dans tous
les avatars de son existence naturelle, il y a une malédiction.
Le mal est une réalité absolue et la chair est péché.
Et, bien entendu, puisque jamais la femme ne cesse d'être l'autre, on ne
considère pas que réciproquement, mâle et femelle sont chair.
La chair qui est pour le chrétien l'autre ennemi ne se distingue pas de la
femme. C'est en elle que s'incarnent les tentations de la terre, du sexe, du
démon. Tous les pères de l'Église insistent sur le fait qu'elle a conduit
Adam au péché. Il faut citer, de nouveau, le mot de Tertullien.
Femme, tu es la porte du diable. Tu as persuadé celui que le diable n'osait
attaquer en face.
C'est à cause de toi que le Fils de Dieu a dû mourir. Tu devrais toujours t'en
aller vêtue de deuil et de haillons.
Toute la littérature chrétienne s'efforce d'exaspérer le dégoût que l
'homme peut éprouver pour la femme.
Tertullien la définit « templum edificatum super cloacam ». Saint
-Augustin souligne avec horreur la promiscuité des organes sexuels et
excrétoires. Inter foesses et urinam nashimur.
La répugnance du christianisme pour le corps féminin est telle qu'il consente à
vouer son Dieu à une mort ignominieuse, mais qu'il lui épargne la souillure de
la naissance.
Le concile d'Éphèse dans l'Église orientale, celui de Latran en Occident,
affirme l'infantement virginal du Christ.
Les premiers pères de l'Église, Origen, Tertullien, Jérôme, pensaient que Marie
avait accouché dans le sang et l'ordure, comme les autres femmes.
Mais c'est l'opinion de Saint Ambroise et de Saint Augustin qui prévaut. Le
sein de la Vierge est demeuré fermé.
Depuis le Moyen-Âge, le fait d'avoir un corps a été considéré chez la femme
comme une ignominie. La science même a été longtemps paralysée par ce dégoût.
L'inné, dans son traité de la nature, laisse de côté comme abominable l'étude
des organes génitaux de la femme.
Le médecin français Deslaurences se demande avec scandale comment cet animal
divin, plein de raisons et de jugements, qu'on appelle l'homme, peut être attiré
par ses parties obscènes de la femme, souillées d'himeur et placées
honteusement à la partie la plus basse du tronc.
Aujourd'hui, beaucoup d'autres influences interfèrent avec celles de la
pensée chrétienne. Et celle-ci même a plus d'un aspect.
Mais dans le monde puritain, entre autres, la haine de la chair se
perpétue. Elle s'exprime par exemple dans Light in August.
Les premières initiations sexuelles du héros provoquent en lui de terribles
traumatismes. Il est fréquent dans toute littérature de montrer un jeune homme
bouleversé jusqu'au vomissement après le premier coït. Et si, en vérité, une
telle réaction est très rare, ce n'est pas un hasard si elle est si souvent...
décrites. En particulier dans les pays anglo-saxons pénétrés de puritanisme, la
femme suscite chez la plupart des adolescents et chez beaucoup d'hommes
une terreur plus ou moins avouée. Elle existe assez fortement en France.
Michel Le Risse écrit dans L'Âge d'homme « J'ai couramment tendance à regarder l
'organe féminin comme une chose sale ou comme une blessure, pas moins attirante
pour cela, mais dangereuse en elle-même, comme tout ce qui est sanglant, muqueux,
contaminé. » L'idée de maladie vénérienne traduit ces épouvantes. Ce n
'est pas parce qu'elle donne des maladies que la femme est fraie. Ce sont
les maladies qui paraissent abominables parce qu'elles viennent de la femme.
On m'a cité des jeunes gens qui s'imaginaient que des rapports sexuels
trop fréquents suffisent à donner la blénoragie.
On croit aussi volontiers que par le COI, l'homme perd sa vigueur musculaire,
sa lucidité cérébrale, son phosphore se consume, sa sensibilité s'épaissit.
Il est vrai que l'onanisme fait courir les mêmes dangers, et même, pour des
raisons morales, la société le considère comme plus nocif que la fonction
sexuelle normale.
Le légitime mariage et la volonté de procréation défendent contre les
maléfices de l'érotisme.
Mais j'ai dit déjà qu'en tout acte sexuel, l'autre est impliqué, et son
visage le plus habituel est celui de la femme.
C'est en face d'elle que l'homme éprouve avec le plus d'évidence la passivité de
sa propre chair.
La femme est vampire, gouge, mangeuse, buveuse, son sexe se nourrit
gloutonnement du sexe mâle.
Certains psychanalystes ont voulu bonner des bases scientifiques à ces
imaginations. Tout le plaisir que la femme tire du koi viendrait de ce qu
'elle châtre symboliquement le mâle et s'approprie son sexe.
Mais il semble que ces théories elles-mêmes demandent à être
psychanalysées et que les médecins qui les inventèrent y aient projeté des
terreurs ancestrales.
La source de ces terreurs, c'est que dans l'autre, par-delà toute annexion, l
'altérité demeure.
Dans les sociétés patriarcales, la femme a conservé beaucoup des vertus
inquiétantes qu'elle détenait dans les sociétés primitives.
C'est pourquoi on ne l'abandonne jamais à la nature, on l'entoure de tabous, on
la purifie par des rites, on la place sous le contrôle des prêtres. On
enseigne à l'homme à ne jamais l'aborder dans sa nudité originelle, mais à
travers les cérémonies, les sacrements qui l'arrachent à la terre, à la chair
et la métamorphosent en une créature humaine.
Alors la magie qu'elle détient est canalisée comme la foudre depuis l
'invention du paratonnerre et des centrales électriques.
Il devient même possible de l'utiliser dans l'intérêt de la collectivité.
On voit ici une autre phase de ce mouvement oscillatoire qui définit le
rapport de l'homme à sa femelle.
Il l'aime en tant qu'elle est sienne, il la redoute en tant qu'elle demeure
autre. Mais c'est en tant qu'autre redoutable qu'il cherche à la faire plus
profondément sienne.
C'est là ce qui va m'amener à l'élever à la dignité d'une personne et à la
reconnaître pour son semblable.
La magie féminine a été profondément domestiquée dans la famille
patriarchale. La femme permet à la société d'intégrer en elle les forces
cosmiques. Dans son ouvrage Mitra Varuna, Dumézil signale qu'aux Indes
comme à Rome, il y a deux manières pour le pouvoir viril de s'affirmer.
En Varuna et Romulus, dans les Gandharvas et les Luperc, il est
agression, rapt, désordre, hybris. Alors la femme apparaît comme un être qu'il
faut ravir, violenter.
Les Sabines ravies se montrent stériles, on les fouette avec des lanières en peau
de bouc, compensant par la violence un excès de violence.
Mais Mitra, Numa, les brahmanes et les flamines assurent au contraire l'ordre
et l'équilibre raisonnable de la cité. Alors la femme est liée au mari par un
mariage au rite compliqué et, collaborant avec lui, elle lui assure la
domination de toutes les forces femelles de la nature.
A Rome, si la flamine a meurt, le flamen dialys se démet de ses fonctions.
C'est ainsi qu'en Égypte, Isis, ayant perdu sa puissance suprême de déesse
mère, demeure cependant généreuse, souriante, bienveillante et sage, la
magnifique épouse d'Osiris.
Mais quand la femme apparaît ainsi l'associée de l'homme, son complément,
sa moitié, elle est nécessairement douée d'une conscience, d'une âme. Il ne
saurait si intimement dépendre d'un être qui ne participerait pas à l'essence
humaine. On a vu déjà que les lois de Manu promettaient à l'épouse légitime le
même paradis qu'à son époux. Plus le mâle s'individualise et revendique son
individualité, plus aussi il reconnaîtra en sa compagne un individu et une
liberté.
L'oriental, insouciant de son propre destin, se contente d'une femelle qui
est pour lui un objet de jouissance.
Mais le rêve de l'occidental, quand il s'est élevé à la conscience de la
singularité de son être, c'est d'être reconnu par une liberté étrangère et
docile. Le grec ne trouve pas dans la prisonnière du gynécée le semblable qu
'il réclame.
Aussi porte-t-il son amour à des compagnons mâles dont la chair est
habitée comme la sienne par une conscience et une liberté.
Ou bien il le dédie aux éthers dont l'indépendance, la culture et l'esprit
font presque des égales.
Mais quand les circonstances le permettent, c'est l'épouse qui peut le
mieux satisfaire aux exigences de l'homme.
Le citoyen romain voit dans la matrone une personne.
En Cornélie, en Aria, il possède son double.
C'est paradoxalement le christianisme qui va proclamer, sur un certain plan, l
'égalité de l'homme et de la femme.
Il déteste en elle la chair.
Si elle se renie comme chair, elle est, au même titre que le mal, créature de
Dieu rachetée par le Rédempteur.
La voilà rangée aux côtés des mâles, parmi les âmes promises aux joies
célestes. Hommes et femmes sont les serviteurs de Dieu, presque aussi
asexués que les anges, et qui, ensemble, avec l'aide de la grâce, repoussent les
tentations de la terre.
Si elle accepte de renier son animalité, la femme, du fait même qu'elle incarnait
le péché, sera aussi la plus radieuse incarnation du triomphe des élus qui ont
vaincu le péché.
Bien entendu, le sauveur divin qui opère la rédemption des hommes est mal, mais
il faut que l'humanité coopère à son propre salut et c'est sous sa figure la
plus humiliée, la plus perverse, qu'elle sera appelée à manifester sa bonne
volonté soumise.
Le Christ est Dieu, mais c'est une femme, la Vierge Mère, qui règne sur
toutes les créatures humaines.
Cependant, seules les sectes qui se développent en marge de la société
ressuscitent dans la femme les anciens privilèges des grandes déesses.
L'Église exprime et sert une civilisation patriarcale où je conviens
que la femme demeure annexée à l'homme.
C'est en se faisant sa servante docile qu'elle sera aussi une sainte bénie.
Ainsi, au cœur du Moyen-Âge, se dresse l'image la plus achevée de la femme
propice aux hommes, le visage de la mère du Christ sans tour de gloire.
Elle est la figure inversée d'Ève la pécheresse, elle écrase le serpent sous
son pied, elle est la médiatrice du salut, comme Ève l'a été de la
damnation. C'est comme mère que la femme était redoutable. C'est dans la
maternité qu'il faut la transfigurer et la servir.
La virginité de Marie a surtout une valeur négative.
Celle par qui la chair a été rachetée n'est pas charnelle.
Elle n'a été ni touchée ni possédée.
À la grande mère asiatique, on ne reconnaissait pas non plus d'époux. Elle
avait engendré le monde et régnait sur lui solitairement.
Elle pouvait être lubrique par caprice, mais en elle, la grandeur de la mère n
'était pas diminuée par les servitudes imposées à l'épouse.
Ainsi, Marie n'a pas connu la souillure qu'implique la sexualité.
Apparentée à Minerve la guerrière, elle est tour d'ivoire, citadelle, imprenable
donjon. Les prêtresses antiques, comme la plupart des saintes chrétiennes,
étaient vierges elles aussi.
La femme vouée au bien doit y être vouée dans la splendeur de ses forces
intactes. Il faut qu'elle conserve dans son intégrité indomptée le principe de
sa féminité.
Si on refuse à Marie son caractère d'épouse, c'est pour exalter plus
purement en elle la femme-mère.
Mais c'est seulement en acceptant le rôle subordonné qui lui est assigné qu
'elle sera glorifiée. Je suis la servante du Seigneur.
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la mère s'agenouille devant
son fils.
Elle reconnaît librement son infériorité.
C'est là la suprême victoire masculine qui se consomme dans le culte de Marie.
Il est la réhabilitation de la femme par l'achèvement de sa défaite.
Ishtar, Astarté, Sibèle étaient cruelles, capricieuses, luxurieuses.
Elles étaient puissantes, sources de mort autant que de vie. En enfantant les
hommes, elles faisaient d'eux leurs esclaves.
La vie et la mort dans le christianisme ne dépendent plus que de Dieu. L'homme
issu du sein maternel s'en est évadé à jamais.
La terre ne guette que ses eaux. Le destin de son âme se joue dans les
régions où les pouvoirs de la mer sont abolis.
Le sacrement du baptême rend dérisoire les cérémonies où l'on brûlait ou noyait
le placenta.
Il n'y a plus place sur terre pour la magie.
Dieu est le seul roi. La nature est originellement mauvaise, mais en face de
la grâce, elle est impuissante.
La maternité en tant que phénomène naturel ne donne aucun pouvoir.
Il ne reste donc à la femme, si elle veut surmonter en elle-même la tare
originelle, qu'à s'incliner devant Dieu dont la volonté la servit à l'homme.
Et par cette soumission, elle peut prendre dans la mythologie masculine un
rôle neuf.
Combattue, foulée au pied, quand elle se voulait dominatrice et tant qu'elle n
'avait pas explicitement abdiqué, elle pourra être honorée comme vassale.
Elle ne perd aucun de ses attributs primitifs, mais ceux-ci changent de
signe. De néfastes, ils deviennent fastes. La magie noire se tourne en
magie blanche.
Servante, la femme a droit aux plus splendides apothéoses.
Et puisque c'est en tant que mère qu'elle a été asservie, c'est d'abord
comme mère qu'elle sera chérie et respectée.
Des deux antiques visages de la maternité, l'homme d'aujourd'hui ne veut
plus connaître que la face souriante.
Limité dans le temps et l'espace, ne possédant qu'un corps et une vie finie,
l'homme n'est qu'un individu au sein d'une nature et d'une histoire
étrangère. Limité comme lui, semblable à lui puisqu'elle est aussi habitée par l
'esprit, la femme appartient à la nature, elle est traversée. par le
courant infini de la vie. Elle apparaît donc comme la médiatrice entre l
'individu et le cosmos.
Quand la figure de la mère est devenue rassurante et sainte, on comprend que l
'homme se tourne vers elle avec amour.
Perdu dans la nature, il cherche à s'en sauver, mais séparé d'elle, il aspire à
la rejoindre.
Solidement assise dans la famille, dans la société, en accord avec les lois et
les mœurs, la mère est l'incarnation même du bien. La nature à laquelle elle
participe devient bonne. Elle n'est plus ennemie de l'esprit, et si elle demeure
mystérieuse, c'est un mystère souriant, comme celui des Madones de Léonard de
Vinci. L'homme ne veut pas être femme, mais il rêve d'envelopper en lui tout ce
qui est, et donc aussi cette femme qu'il n'est pas. Dans le culte qu'il rend à sa
mère, il tente de s'approprier ses richesses étrangères.
Se reconnaître fils de sa mère, c'est reconnaître sa mère en lui, c'est
intégrer la féminité en tant qu'elle est liaison à la terre, à la vie, au passé.
Dans les conversations en Sicile de Vittorini, c'est là ce que le héros va
chercher auprès de sa mère. Le sol natal, ses odeurs et ses fruits sont...
enfance, le souvenir de ses ancêtres, les traditions, les racines desquelles
son existence individuelle l'a détaché. C'est cet enracinement même qui exalte
dans l'homme l'orgueil du dépassement. Il lui plaît de s'admirer s'arrachant
des bras maternels pour partir vers l'aventure, l'avenir, la guerre.
Ce départ serait moins émouvant s'il n'y avait personne pour tenter de le
retenir. Il apparaîtrait comme un accident, non comme une victoire
durement achetée. Et il lui plaît aussi de savoir que ses bras de meurt prêts à
l'accueillir.
Après la tension de l'action, le héros aime goûter à nouveau auprès de sa mère
le repos de l'immanence. Elle est le refuge, le sommeil. Par la caresse de
ses mains, il se replonge dans le sein de la nature. Il se laisse porter par le
grand courant de la vie, aussi tranquillement que dans la matrice, que
dans le tombeau.
Et si la tradition veut qu'il meure en appelant sa mère, c'est que, sous le
regard maternel, la mort même est domestiquée, symétrique de la naissance,
indissociable. Absolument lié à toute vie charnelle.
La mère reste associée à la mort, comme dans le mythe antique des parcs. Il lui
appartient d'ensevelir les morts, de les pleurer. Mais son rôle est précisément d
'intégrer la mort à la vie, à la société, au bien.
Aussi, le culte des mères héroïques est-il systématiquement encouragé. Si la
société obtient des mères qu'elles cèdent leur fils à la mort, elle pense
avoir le droit de les assassiner.
À cause de l'emprise que la mère a sur ses fils, il est avantageux à la société
de se l'annexer. C'est pourquoi la mère est entourée de tant de marques de
respect. On la doute de toutes les vertus. On crée à son propos une
religion à laquelle il est interdit de se dérober, sous peine de sacrilège et
de blasphème.
On fait d'elle la gardienne de la morale.
Servante de l'homme, servante des pouvoirs, elle conduira doucement ses
enfants dans les chemins tracés.
Plus une collectivité est résolument optimiste, plus doucilement elle
acceptera cette tendre autorité, plus la mère y sera transfigurée.
La « mom » américaine est devenue cette idale que décrit Philip Wiley dans
Generation of Vipers parce que l'idéologie officielle de l'Amérique est
le plus entêté des optimismes.
Glorifier la mère, c'est accepter la naissance, la vie et la mort sous leur
forme animale et sociale à la fois. C'est proclamer l'harmonie de la nature
et de la société.
C'est parce qu'ils rêvent à l'accomplissement de cette synthèse qu
'Aubuste Comte fait de la femme la divinité de la future humanité.
Mais c'est pourquoi aussi tous les révoltés s'acharnent sur la figure de la
mère. En la bafouant, ils refusent le donner qu'on prétend leur imposer à
travers la gardienne des mœurs et des lois.
Le respect dont la mère est nimbée, les interdits dont elle est entourée,
refoulent le dégoût hostile qui spontanément se mêle à la tendresse
charnelle qu'elle inspire.
Cependant, sous des formes larzées, l'horreur de la maternité survit.
En particulier, il est intéressant de remarquer qu'en France, depuis le Moyen
-Âge, on a forgé un mythe secondaire qui permet à ces répugnances de s'exprimer
librement. C'est celui de la belle-mère.
Des fabliauses au veau de ville, c'est la maternité en général que l'homme
bafoue à travers la mère de son épouse, que ne défend aucun tabou.
Il est que la femme qu'il aime ait été engendrée.
La belle-mère est l'évidente image de la décrépitude à laquelle elle avouait sa
fille en lui donnant le jour.
Son obésité, ses rides, annoncent l'obésité, les rides promises à la gêne
mariée dont l'avenir est ainsi strictement préfiguré.
Aux côtés de sa mère, elle n'apparaît plus comme un individu, mais comme le
moment d'une espèce. Elle n'est plus la proie désirée, la compagne chérie parce
que son existence singulière se dissout dans la vie universelle.
Sa particularité est dérisoirement contestée, l'autonomie de l'esprit par
son oracinement dans le passé et dans la chair.
C'est cette dérision que l'homme objectif entend personnage grotesque.
Mais s'il y a tant de rancune dans son rire, c'est qu'il sait bien que le sort
de sa femme est celui de tout être humain. C'est le sien.
Dans tous les pays, légendes et contes ont aussi incarné dans l'épouse du
second lit l'aspect cruel de la maternité. C'est une marâtre qui cherche
à faire périr Blanche-Neige.
Dans La méchante belle-mère, Madame Ficini fouettant Sophie à travers les
livres de Madame de Ségur, l'antique Kali au collier de tête coupée se
survit. Cependant, derrière la mère sanctifiée se presse la cohorte des
magiciennes blanches qui mettent au service de l'homme les sucs des herbes
et les radiations astrales. Grand-mère, vieille femme aux yeux pleins de bonté,
servante au grand cœur, sœur de charité, infirmière aux mains merveilleuses,
amante telle que Verlaine Mareve, douce, pensive et brune et jamais étonnée, et
qui parfois vous baise au front comme un enfant.
On leur prête le clair mystère des cèpes noueux, de l'eau fraîche, elles pensent
et guérissent.
Leur sagesse est la sagesse silencieuse de la vie, elles comprennent sans mots.
Près d'elle, l'homme oublie tout orgueil. Il connaît la douceur de s
'abandonner et de redevenir un enfant, car il n'y a de lui à elle aucune lutte
de prestige.
Il ne saurait envier à la nature ses vertus inhumaines. Et dans leur
dévouement, les sages initiés qui le soignent se reconnaissent comme ses
servantes. Il se soumet à leur puissance bienfaisante parce qu'il sait que dans
cette soumission, il reste leur maître.
Les sœurs, les amis d'enfance, les pures jeunes filles, toutes les futures mères,
font partie de cette troupe bénie.
Et l'épouse même, quand sa magie érotique s'est dissipée, apparaît à
beaucoup d'hommes moins comme une amante que comme la mère de leurs enfants.
Du jour où la mère est sanctifiée et asservie, on peut sans effroi le
retrouver chez la compagne, elle aussi sanctifiée et soumise.
Racheter la mère, c'est racheter la chair, donc l'union charnelle et l
'épouse. Privée de ses armes magiques par les rites nuptiaux, économiquement
et socialement subordonnée à son mari, la bonne épouse est pour l'homme le plus
précieux trésor.
Elle lui appartient si profondément qu'elle participe à la même essence que
lui. Ubi tucaius ego gaia.
Elle a son nom, ses dieux, il est responsable d'elle.
Il l'appelle sa moitié.
Il s'enorgueillit de sa femme comme de sa maison, ses terres, ses troupeaux,
ses richesses et parfois même davantage.
C'est à travers elle qu'il manifeste aux yeux du monde sa puissance.
Elle est sa mesure et sa part sur terre.
Chez les Orientaux, la femme se doit d'être grasse. On voit qu'elle est
largement nourrie et elle fait honneur à son maître.
Un musulman est d'autant plus considéré qu'il possède un plus grand nombre de
femmes et qu'elles sont d'apparence plus florissantes.
Dans la société bourgeoise, un des rôles dévolus à la femme, c'est de
représenter. Sa beauté, son charme, son intelligence, son élégance sont les
signes extérieurs de la fortune du mari, au même titre que la carrosserie de son
automobile.
Riche, il la couvre de fourrures et de bijoux. Plus pauvre, il vantera ses
qualités morales et ses talents de ménagère.
Le plus déshérité, s'il sait attacher une femme qui le sert, croit posséder
quelque chose sur terre.
Le héros de la mégère apprivoisée convoque tous ses voisins pour leur
montrer avec quelle autorité il a su dompter sa femme.
Tout homme ressuscite plus ou moins le roi Candol. Il exhibe sa femme parce qu
'il croit étaler ainsi ses propres mérites.
Mais la femme ne flatte pas seulement la vanité sociale de l'homme. Elle lui
permet aussi un orgueil plus intime. Il s'enchante de la domination qu'il exerce
sur elle.
Aux images naturalistes du soc en taillant le sillon se superposent, quand
la femme est une personne, des symboles plus spirituels.
Ce n'est pas seulement érotiquement, c'est moralement, intellectuellement que
le mari forme son épouse. Il l'éduque, la marque lui impose son empreinte.
Une des rêveries auxquelles l'homme se complaît, c'est celle de l'imprégnation
des choses par sa volonté, du modelage de leur forme, de la pénétration de leur
substance. La femme est par excellence la pâte molle qui se laisse passivement
malaxer et façonner. Tout en s'aidant, elle résiste, ce qui permet à l'action
masculine de se perpétuer.
Une matière trop plastique s'abolit par sa docilité.
Ce qu'il y a de précieux chez la femme, c'est que quelque chose en elle échappe
indéfiniment à toute étreinte.
Ainsi, l'homme est maître d'une réalité qui est d'autant plus digne d'être
maîtrisée qu'elle le déborde.
Elle éveille en lui un être ignoré qu'il reconnaît avec fierté comme soi-même.
Dans les sages orgies conjugales, il découvre la splendeur de son animalité.
Il est le mâle.
Corrélativement, la femme est femelle, mais ce mot prend à l'occasion les plus
flatteuses résonances.
La femelle qui couve, alète, lèche ses petits, les défend, les sauve au péril
de sa vie, est un exemple pour l'humanité.
Avec émotion, l'homme réclame de sa compagne cette patience, ce dévouement.
C'est encore la nature, mais pénétrée de toutes les vertus utiles à la société, à
la famille, au chef de famille, que celui-ci entend enfermer au foyer.
Un des désirs communs à l'enfant et à l'homme, c'est de dévoyer le secret
caché à l'intérieur des choses.
De ce point de vue, la matière est décevante. Une poupée éventrée, voilà
son ventre dehors. Elle n'a plus d'intériorité.
L'intimité vivante est plus impénétrable. Le ventre féminin est le
symbole de l'immanence, de la profondeur. Il livre en partie ses
secrets, entre autres quand le plaisir s'inscrit sur le visage féminin. Mais
aussi, il les retient. L'homme capte à domicile les obscures palpitations de la
vie sans que la possession en détruise le mystère.
Dans le monde humain, la femme transpose les fonctions de la femelle animale.
Elle entretient la vie, elle règne sur les régions de l'immanence. La chaleur
et l'intimité de la matrice, elle les transporte dans le foyer.
C'est elle qui garde et anime la demeure où s'est déposé le passé, où se
préfigure l'avenir. Elle engendre la génération future et elle nourrit les
enfants déjà nés.
Grâce à elle, l'existence que l'homme dépense à travers le monde dans le
travail et l'action se rassemble en se replongeant dans son image. permanence.
Quand le soir il rentre dans sa maison, le voilà ancré sur la terre.
Par la femme, la continuité des jours est assurée.
Quels que soient les hasards qu'il affronte dans le monde extérieur, elle
garantit la répétition des repas, du sommeil, elle répare tout ce que l
'activité détruit ou use.
Elle prépare les aliments du travailleur fatigué, elle le soigne s'il est malade,
elle raccommode, lave.
Et dans l'univers conjugal qu'elle constitue et perpétue, elle introduit
tout le vaste monde.
feux, fleurit la maison, apprivoise les effluves du soleil, de l'eau, de la
terre. Un écrivain bourgeois cité par Bebel résume ainsi avec sérieux cet
idéal. L'homme veut quelqu'un dont non seulement le cœur batte pour lui, mais
dont la main lui éponge le front, qui fasse rayonner la paix, l'ordre, la
tranquillité, une silencieuse autorité sur lui-même et sur les choses qu'il
retrouve chaque jour en rentrant à la maison.
Il veut quelqu'un qui répande sur toute chose cet inexprimable parfum de femme,
qui est la chaleur vivifiante de la vie du foyer.
On voit combien, depuis l'apparition du christianisme, la figure de la femme s
'est spiritualisée. La beauté, la chaleur, l'intimité que l'homme souhaite
saisir à travers elle ne sont plus des qualités sensibles.
Au lieu de résumer la savoureuse apparence des choses, elle devient leur
âme. Plus profond que le mystère charnel, il y a en son cœur une secrète
et pure présence dans laquelle se reflète la vérité du monde.
Elle est l'âme de la maison, de la famille, du foyer.
Elle est aussi celle des collectivités plus vastes, villes, provinces ou
nations. Jung fait remarquer que les cités ont toujours été assimilées à la
mer, du fait qu'elles contiennent les citoyens dans leurs seins. C'est
pourquoi si belle apparaissait couronnée de tours.
Pour la même raison, on parle de la mer patrie. Mais ce n'est pas seulement le
sol nourricier, c'est une réalité plus subtile qui trouve dans la femme son
symbole. Dans l'Ancien Testament et dans l'Apocalypse, Jérusalem, Babylone ne
sont pas seulement des mères, elles sont aussi des épouses.
Il y a des villes vierges et des villes prostituées comme Babel et Tyre.
On a aussi appelé la France la fille aînée de l'Église.
La France et l'Italie sont des sœurs latines.
La fonction de la femme n'est pas spécifiée, mais seulement sa féminité
dans les statues qui figurent la France, Rome, Germania et dans celles qui, place
de la Concorde, évoquent Strasbourg et Lyon.
Cette assimilation n'est pas seulement allégorique, elle est effectivement
réalisée par quantité d'hommes.
Il est fréquent que le voyageur demande à la femme la clé des contrées qu'il
visite. Quand il tient une italienne, une espagnole dans ses bras, il lui
semble posséder l'essence savoureuse de l'Italie, de l'Espagne.
« Quand j'arrive dans une nouvelle ville, je commence toujours par aller au
bordel », disait un journaliste.
Si un chocolat à la cannelle peut découvrir agide toute l'Espagne, à plus
forte raison les baisers d'une bouche exotique livreront à l'amant un pays
avec sa flore, sa faune, ses traditions, sa culture.
La femme n'en résume pas les institutions politiques ni les richesses
économiques, mais elle en incarne à la fois la pulpe charnelle et le manat
mystique. De Grazella de Lamartine au roman de Lotti et aux nouvelles de
Moran, c'est à travers les femmes qu'on voit l'étranger tenter de s'approprier l
'âme d'une région.
Mignon, Sylvie, Mireille, Colomba, Carmen dévoilent la plus intime vérité
de l'Italie, du Valais, de la Provence, de la Corse, de l'Andalousie.
Que Goethe se soit fait aimer de l'alsacienne Frédérique est apparu aux
Allemands comme un symbole de l'annexion de l'Allemagne.
Réciproquement, quand Colette Baudoch refuse d'épouser un Allemand, c'est aux
yeux de Barrès l'Alsace qui se refuse à l'Allemagne.
Il symbolise Aiguemorte et toute une civilisation raffinée et frileuse dans
la petite personne de Bérénice. Elle représente aussi la sensibilité de l
'écrivain lui-même.
Car dans celle qui est l'âme de la nature, des villes, de l'univers, l
'homme reconnaît aussi son double mystérieux. L'âme de l'homme, c'est
Psyché, une femme.
Psyché a des traits féminins dans Ulalume d'Edgar Poe.
Ici, une fois, à travers une allée titanique de Cyprès, j'irai avec mon
âme, une allée de Cyprès avec Psyché mon âme.
Ainsi, je pacifiai Psyché et la baisais, et je dis, qui a-t-il écrit douceur sur
la porte ?
Et Malmarmé, dialoguant au théâtre avec une âme ou bien notre idée, à savoir la
divinité présente à l'esprit de l'homme, l'appelle une si exquise d'âme anormale,
sikh.
Harmonieuse, moi différente d'un songe, femme flexible et ferme au silence
suivi, d'actes purs, mystérieuse moi, ainsi Valéry l'interpelle.
Aux nymphes et aux fées, le monde chrétien a substitué des présences moins
charnelles. Mais les foyers, les paysages, les cités et les individus eux
-mêmes restent hantés par une impalpable féminité.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.