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(signature sonore)
(grincement de porte)
(petit gémissement)
(soupir)
(gémissements faibles)
(musique sinistre)
(clapotement)
- Essaie donc, encore, pour voir.
(sonnerie d'appel sortant)
(voix enregistrée) The number you are trying to reach
isn't available right now.
Please, leave a message after the beep.
(bip)
- Allô, c'est encore moi.
Juste pour vous dire que je suis en route.
En fait, qu'on est en route, parce que...
Catherine est avec moi.
Fait que c'est ça, on devrait être là
dans une couple d'heures.
Bye!
Ils répondent jamais.
(soupir)
(chant des oiseaux)
(musique sinistre)
- Il n'y a pas de signal ici non plus.
- Vas-tu survivre sans Internet une fin de semaine?
(petit rire)
- Survivre, oui.
(petit rire)
(musique lugubre)
On dirait un village fantôme.
- Il doit rester une trentaine d'habitants, gros max.
La mine et la scierie ont fermé coup sur coup il y a 20 ans.
Depuis ce temps-là, c'est le déclin, tu vas voir.
(Thérèse) Quand est-ce que je vais pouvoir
aller rejoindre Maurice? - Allô?
Maman?
- Bien, voyons donc, toi!
Qu'est-ce tu fais là?
(Isabelle) Ben, je te l'avais dit que je monterais
en fin de semaine.
- Ah! ben oui, j'ai complètement oublié.
- Bonjour.
Je pense qu'on se connaît pas.
Moi, c'est Isabelle.
- Hubert Toupin.
- Maman, je te présente Catherine, ma copine.
- Enchantée, mademoiselle.
Ça me fait donc plaisir de vous rencontrer.
- Moi aussi, madame Tremblay.
- Isabelle, tu te souviens-tu du docteur Toupin?
(Isabelle) Euh...
- Ça m'étonnerait que vous vous souveniez de moi.
Vous étiez même pas née quand j'ai quitté le village.
- Ah! - Ben oui, je suis niaiseuse.
- Vous êtes médecin?
- À la retraite.
- Papa, il est où?
- Merci d'être venu.
Je vous donne des nouvelles.
(Toupin) Très bien, n'importe quand.
Gêne-toi pas.
- Merci infiniment.
J'en reviens pas que tu sois venue.
Avec ta belle amie, en plus.
- Catherine, maman.
C'est ton nouveau voisin.
- Je peux-tu vous offrir de quoi?
Avez-vous faim? - Euh...
(Thérèse) J'ai rien de préparé, là, mais...
attendez voir, là.
- Non, non, maman, laisse faire ça.
On va s'arranger, hein?
Papa, il est pas là?
- Non.
Ton père est pas là.
- Il... est parti promener le chien?
- Ben...
Il est juste parti.
Tu comprends?
Si tu étais venue avant, mais là, il est trop tard.
Ton père est mort.
Subitement.
- Il est mort quand?
- Dans la nuit de mardi.
- Maman, on est vendredi.
Pourquoi tu m'as pas appelée?
- J'allais t'appeler en fin de semaine.
Je voulais pas te déranger.
(en murmurant) - Me déranger?
(Thérèse) Je l'ai fait incinérer.
Je suis allée avec ton oncle, Émile,
l'enterrer au pied du vieil arbre dans sa forêt.
Tu te rappelles l'enceinte?
Fait que je peux vous faire de quoi pareil?
Ah! J'oubliais!
Du blé d'Inde.
Ça vous tente-tu?
- Faut que j'aille prendre l'air, OK?
(chant des oiseaux)
(sanglots)
(grondement sourd)
(bourdonnement de mouches)
- Je suis triste, pis je suis fâchée en même temps.
J'aurais aimé ça que ça finisse pas de même.
Je comprends pas qu'elle m'ait pas appelée.
C'est juste pas croyable.
As-tu vu comment elle a l'air perdue?
Elle avait complètement oublié que je montais.
Pis regarde son potager.
- Écoute, je pense que c'est pas mal évident que
ta mère est sous le choc.
Un deuil soudain.
Démunie, seule.
Elle en a peut-être perdu des bouts.
Sais-tu si elle est médicamentée?
(Isabelle) On dirait.
(musique mystérieuse)
- Le docteur à côté qui s'occupe d'elle, il doit savoir, lui.
- Oui.
(musique sinistre)
- Ne t'en fais pas, Maurice.
Tout suit son cours.
Bientôt, Thérèse et toi,
(en murmurant) vous allez être réunis pour toujours.
(coup de sonnette)
(chant des oiseaux)
(coup de sonnette)
(musique sinistre)
(cris de douleur)
- Comment tu te sens, maman?
Tu dis rien.
- J'ai pas grand nouveau, à part ton père.
- Je comprends pas pourquoi tu m'as pas appelée tout de suite.
- Je pensais que tu voulais plus nous parler.
(Catherine) Vous mangez pas, Thérèse?
- Ben oui, maman, tu as pas faim?
Tu as perdu du poids, je trouve.
- C'est fin de dire ça à sa mère, encore.
- Parle-moi donc du nouveau voisin.
Le docteur.
- Toupin? (Isabelle) Ouais.
- C'était un bon docteur quand il était jeune.
Le monde du village ne l'aimait pas tellement
parce qu'il chialait tout le temps contre la mine,
puis la coupe de bois.
C'est un écologique, là.
- Ah!
Il était en avance sur son temps.
(Thérèse) Un jour, il est parti.
Ça fait juste une couple de mois que lui et sa femme
sont déménagés ici.
- Pis sa femme, elle est comment?
- Oh! sa femme est malade.
Elle était déjà pas forte quand ils sont arrivés.
(Catherine) Qu'est-ce qu'elle a?
(Thérèse) Anémie, je pense.
Bon.
Je vais aller boire mon thé sur la galerie.
C'est tranquille, là.
- Tu as recommencé à boire du thé?
Je pensais que ça te donnait des brûlements d'estomac.
- Je n'en ai plus, de brûlements.
Le docteur Toupin m'a tout arrangé ça.
- Maman?
Qu'est-ce qui est arrivé avec Fiston?
C'est notre chien.
- Ben, Fiston... il est parti, lui aussi.
Il a dû se faire frapper, là, sur la route.
C'est de valeur.
- C'est juste irréel.
(chant des grillons)
Je comprends rien.
Il se passe de quoi avec ma mère.
C'est pas normal qu'elle t'accepte de même.
- Sérieux?
- C'est ça qui t'inquiète, que ta mère m'accepte?
- Ma mère, c'est...
c'est une femme pudique à l'os.
(en murmurant) Normalement, elle nous laisserait jamais
dormir dans le même lit.
- C'est ça qui te gosse?
Qu'on couche dans le même lit?
(petit rire)
- Non.
C'est la seule affaire qui me gosse pas en ce moment.
(long soupir)
(impacts sourds réguliers)
(musique inquiétante)
(grincement de porte)
(grincement de porte)
Maman?
(impacts sourds réguliers)
Maman?
(impacts réguliers)
Maman?
Viens.
(écoulement)
(exclamations)
Oh shit, maman!
C'est pas grave.
C'est pas grave.
Viens-t'en.
(respiration bruyante)
(musique inquiétante)
Ben, voyons, mes mains.
C'est quoi, ça?
- Vieillir, c'est assez ordinaire, tu sauras.
(grondement sourd)
(piaillements)
(Maurice) Thérèse!
Thérèse!
(gémissement)
(Thérèse) C'est pas facile d'élever un enfant
et de garder sa job à plein temps.
Ça fait longtemps que tu travailles à la garderie?
(Catherine) Ça fait cinq ans qu'on est ouvert.
On est rendu à trois groupes de service.
(Thérèse) Ahhh! (Catherine) Ça va très bien.
Ouais.
(Thérèse) C'est beau, ça.
C'est beau.
(Catherine) Bon matin.
- Allô. - Allô!
Allô! Ma belle fille.
(baisers sonores)
Mon p'tit miracle.
- Ouf!
Ça fait longtemps que tu m'as appelée de même.
- J'avais 42 ans quand je suis tombée enceinte d'Isabelle.
Les médecins m'avaient dit que je pourrais
jamais avoir d'enfant.
Puis pouf!
Un miracle.
Tiens, ma chérie, sers-toi
- Merci.
(Catherine) J'étais en train d'expliquer mon boulot
à ta mère. - Oh!
(Thérèse) Ben oui, c'est une belle job qu'elle a, ton amie.
- Ça te tenterait pas d'appliquer?
Il me semble que rendue à ton âge, là...
(bourdonnement de mouches)
tu devrais avoir fini ça, les études, là.
- On devinerait jamais que tu as été maîtresse d'école.
(Thérèse) J'enseignais à des enfants.
Mais il me semble qu'à 26 ans...
- Vingt-sept.
- Ben, d'abord, c'est encore pire.
(Catherine) Non, mais Isabelle fait bien de terminer
sa maîtrise, madame Tremblay.
Après ça, elle va pouvoir travailler
dans les écoles d'aménagement, d'urbanisme.
C'est une belle vocation, l'enseignement.
Telle le mère, telle fille.
(Thérèse) En tout cas, ton père pis moi, on a hâte
que tu te trouves une job steady.
On va arrêter de s'inquiéter pour toi.
(Isabelle) Maman? (Thérèse) Hum?
- Te souviens-tu de t'être levée cette nuit?
- Ben non, chère.
Catherine, elle me disait ça, tantôt; j'en revenais pas.
J'étais pas réveillée certain.
Je m'en rappelle pas pantoute.
- Est-ce que ça t'est déjà arrivé d'être somnambule?
(Thérèse) Peut-être, oui.
C'est dur à dire, là, c'est...
C'est comme quand tu ronfles, là.
Tu peux pas le savoir parce que tu dors.
C'est l'âge.
Repartez-vous après-midi?
- Ben non.
On reste au moins jusqu'à demain.
Je veux pas te laisser toute seule de même.
- De même comment?
(Isabelle) Regarde, maman...
Je pense qu'il faudrait que tu passes des examens.
Tu manges rien, tu as perdu du poids, ça m'inquiète.
- Je suis pas malade.
- Juste pour me rassurer, OK?
- Moi, je trouve pas ça plaisant, passer des examens.
Pis il y a le docteur Toupin, à côté, il s'occupe de moi.
Fait que sens-toi bien rassurée.
(piaillements)
- Isabelle!
Allô, mononcle!
(en riant) - Tu parles d'une surprise!
(rires & soupirs)
Je t'offre toutes mes condoléances.
- Merci.
Hé, je te présente ma copine: Catherine.
- Enchanté.
- Mes condoléances.
- Merci beaucoup.
Je te dis que perdre de son frère et de son fils
en même temps, c'est rough.
- Charles?
- Bien oui.
Ta mère te l'a pas dit.
- Il souffrait tellement à la fin, le pauvre enfant.
C'était presque un soulagement.
Ben, venez.
Entrez.
- Il me semblait qu'il était pas si pire la dernière fois
que je l'ai vu.
- Sa condition s'est empirée ce printemps.
Après, ça a pas été long.
- Maman m'a rien dit.
C'est comme pour papa.
Ça me surprend pas.
Ta mère, elle fournissait pas à s'occuper de ton père.
À la fin, il faisait tellement d'arthrose qu'il avait
de la misère à se tenir debout.
- Mais pourquoi ils m'ont rien dit?
Pis toi, mononcle, ça t'a pas surpris que
je vienne pas aux funérailles?
- Il n'y en a pas eu, de funérailles.
Ni pour Charles ni pour ton père.
Je pensais que tu ne parlais plus à tes parents.
Fait que non, ça m'a pas surpris que tu viennes pas.
Ton père, y avait plus rien à faire pour lui.
À souffrir de même...
aussi bien mourir.
Charles, y a pas eu une vraie vie.
J'ai fait ce que j'ai pu.
- Tu y as tout donné.
(sanglots légers)
- Quand est-ce que vous partez?
- Je reste pour la semaine.
- La semaine?
- Maman va pas bien, mononcle.
Le docteur Toupin... s'occupe d'elle?
(en murmurant) - Ouais.
(grésillements d'insectes)
(musique lugubre)
(grincement de porte)
(grincement de porte)
Ta fille.
Elle part demain?
Ça vaudrait mieux.
- Je sais.
(musique lugubre)
(bruit de pas)
(déglutition bruyante)
(fermeture de portière)
(démarrage de voiture)
(bavardage indistinct)
(Isabelle) Je t'appelle dès que j'ai du neuf, OK?
- Bye. - Bye.
(musique inquiétante)
(Thérèse) Quoi?
Où c'est qu'elle s'en va de même?
- Qu'est-ce que tu fais là?
- Elle va-tu revenir?
- Je reste avec toi pour la semaine.
- Quoi?
Non, non, non, non.
Tu peux pas.
- Oui, c'est correct.
Je peux prendre une semaine de break
sans aucun problème, OK?
- Non! - Inquiète-toi pas.
- Isabelle, tu comprends pas, tu comprends pas.
- C'est fait, là.
Catherine est partie, et moi, je reste.
- Non! - Chut!
Qu'est-ce qui se passe?
(murmures d'Isabelle)
(musique sinistre)
(écoulement)
(crépitement)
(borborygme)
(chant des grillons)
(bavardage indistinct)
- Qu'est-ce que tu fais là?
- C'est des nouveaux voisins.
(chant d'une cigale)
Ils ont presque pas de meubles.
Juste des grosses caisses.
- Beau monsieur.
- Ouais.
Y a pas l'air tout nu dans' rue.
(Toupin) Attention, les gars, c'est fragile.
Doucement.
- Mais... Mais pourquoi y a pas de meubles?
- Ça te regarde pas!
(croassements)
(halètement du chien)
- Fiston!
Hé!
Fiston!
(Toupin) Maurice Tremblay.
Ça fait un sacré beau, hein?
Hubert Toupin.
Tu m'as oublié?
- Ah! Ben...
Certain que je t'ai pas oublié.
Je t'avais pas reconnu, par exemple.
- Le temps a fait son oeuvre, hein?
- Oui, je vois ben ça.
- Ah, Maurice.
Laisse-moi te présenter ma femme: Maria.
Maria, Maurice, notre nouveau voisin.
(accent suédois) - Enchantée, monsieur.
- Tu arrives d'où, là?
- J'ai voyagé toute ma vie.
Travaillé pour la Croix-Rouge, Médecins Sans Frontières,
en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud.
- Tu vas trouver ça tranquille à Saint-Étienne.
- C'est parfait.
- Eh, Thérèse!
Essaye de deviner c'est qui.
- Euh......
c'est un monsieur mieux élevé que toi, en tout cas.
(petit rire)
- Hubert Toupin.
- Toupin, docteur Toupin?
- Hum, hum.
(Thérèse) Ah! ben, j'en reviens pas.
- Oui, mais il est à la retraite, par exemple.
C'est de valeur.
- Ça me fait plaisir de vous voir.
Ça faisait longtemps qu'on espérait que quelqu'un
rachète la maison.
C'est triste de laisser une belle bâtisse
de même à l'abandon.
- C'est une maison ravissante.
Et le village...
- Ah, le village!
Il fait dur astheure.
Ils ont refermé la caisse populaire.
On n'a pas d'Internet.
- Décourage-le donc.
Ils viennent juste de s'installer.
- Y a pas de soucis.
On vit très simplement, ma femme et moi.
(langue suédoise)
- Ils vont ouvrir les caisses.
- Excusez-nous. (Thérèse) Ben oui!
- Le devoir m'appelle.
- Oui, bien oui, allez-y, allez-y, pas de trouble.
- Il a l'air pas mal moins hippie qu'il y a 40 ans, hein?
- Y a juste dans ta tête qu'il avait l'air hippie.
Puis, ça a toujours été un gentleman.
Docteur par-dessus le marché.
Puis là, organise-toi pour pas que Fiston fasse des crottes
sur leur terrain.
- Fiston, viens-t'en!
(halètement)
(chant en langue étrangère)
(musique inquiétante)
(égouttement)
(quinte de toux)
Nous avons si peu de temps.
Non.
Nous l'avons.
- Ne dis pas ça.
Mon amour.
Les fleurs s'épanouiront dans quelques jours.
Nous avons besoin de faire un test.
- Repose-toi.
(soupir)
Je n'ai pas fini en bas...
Je dois m'occuper de l'arrosage.
(en murmuant) Je m'en occupe.
(aboiements au loin)
(crépitement)
(chant des grillons)
(hululements)
(halètement)
(sifflement)
(Toupin) Fiston.
Viens, mon gars.
(gémissement canin)
Viens.
- Fiston?
Fiston?
Viens, mon homme!
As-tu vu le chien?
- Non.
Fais-toi-s'en pas, il revient toujours.
- Fiston!
(croassements)
(musique inquiétante)
(musique inquiétante)
(grognements faibles)
(halètement)
(grognement faible)
(Toupin) Je comprends que tu sois à bout.
Dans son état, il devrait être admis aux soins prolongés.
- Y est pas question que je le laisse partir d'icitte
tant que je peux prendre soin de lui.
On est bien ensemble, hein, mon Charles?
Je cultive des légumes bio.
Une chance qu'ils m'ont au village, sinon,
ils mangeraient juste du cannage.
(petit rire)
- Pis ta forêt, toujours intacte?
- Deux cents acres, jamais exploités.
Un vrai trésor.
Pis c'est tout ce qui me reste.
Avec mon fils.
- Je peux t'aider, t'sais.
Ton fils est pas obligé de souffrir.
Non.
Je sais de quoi tu parles.
Je suis pas capable de faire ça.
- Il existe d'autres solutions.
(sanglot)
(frémissement d'arroseur)
- C'est magnifique!
- Oh, Maria!
- Votre potager est une merveille, Thérèse.
- C'est ma passion.
(petit rire)
- Malheureusement, j'ai perdu le sens de l'odorat.
Mais... il me reste mes yeux.
- Non, non, gardez-le pareil.
Pour vous, puis le docteur, là.
Pis gênez-vous pas pour venir vous servir dans le potager, là,
y en a assez pour tout le monde.
- La nature est tellement généreuse avec nous.
- Ah oui!
- Elle donne en abondance, sans rien demander en retour.
- Oui, c'est de la job, quand même, là.
Ça sent bon!
(Toupin) C'est un bourguignon aux champignons.
Entièrement végétarien.
Il y a six variétés de champignons sauvages
dans la recette.
Bon appétit.
- Ah, c'est spécial!
Tu les as cueillis toi-même?
- Y a pas de danger, Maurice.
Maria m'a tout appris des champignons.
(petit rire de Maria)
- Ça a l'air délicieux.
- Nous sommes végétariens depuis toujours,
- Comme mon beau-frère.
- Émile, mon vieil ami.
D'ailleurs, j'ai cueilli ces champignons-là dans sa forêt.
Un trésor de biodiversité, une valeur immense.
- C'est vrai, ça.
Une belle forêt de bois franc.
S'il l'avait exploitée, il aurait fait pas mal d'argent.
- C'est pas ce que je voulais dire, Maurice.
- Comment vous vous êtes connus?
- Hum. - Ha!
- Maria est botaniste.
Elle faisait des recherches sur les plantes en Amazonie,
puis moi, je travaillais sur un projet de vaccination
auprès des populations indigènes.
- C'était quoi, vos recherches?
- Ah, bien...
une forêt, c'est un peu comme...
une apotek.
- Une pharmacie.
- Des médicaments miraculeux se cachent dans les plantes.
- Jamais eu ça, moi, une prescription de plante.
Juste des vraies pilules.
(petits rires)
- Tu sais d'où vient l'aspirine, Maurice?
- L'écorce de saule.
(Maria) Ja !
Bravo, Thérèse!
(rires)
- Maria a découvert une flore vénéneuse
qui a une molécule qui peut aider à prolonger la vie.
- Avec du poison?
- Euh... comme on dit en suédois...
(propos en suédois)
- Une substance qui tue à forte dose
peut sauver des vies à très faible dose.
- Il y a des trésors de même dans la forêt d'Émile?
- Absolument.
Je pense qu'il faut cesser de voir la forêt
comme une ressource à exploiter.
Une forêt, c'est un organisme vivant, comme nous.
La seule différence, c'est que sa vie est tellement longue
que chaque battement de son coeur dure des années.
- Hum!
- Ah, c'est beau!
- La forêt connaît presque la vie éternelle.
Il faut écouter les arbres.
- Oui, mais c'est pas en parlant aux arbres
qu'on va construire des maisons.
- Maurice, on va pas brasser ces vieilles histoires-là.
- Non, mais ça prouve qu'on change pas.
- Hubert m'a dit que vous avez une fille.
- Notre fille, elle nous parle plus.
- Maurice.
- Elle a fait son coming-out, et après, elle était out.
- C'est-à-dire?
- Ça s'est pas très bien passé, là,
- Mais on n'est pas obligés de parler de ça, là.
- Ça s'est pas très bien passé parce qu'elle nous a lâché
ça en plein réveillon de Noël.
- Mais Maurice, c'est un problème
que votre fille soit gaie?
- Non, non, pas du tout, c'est pas un problème.
- Pis elle sort avec une Noire. - Maurice!
- Mettez-vous à notre place.
- Oh!
Moi, j'aurais...
aucun problème avec ça.
(Thérèse) Ça suffit.
(toux)
- Ça ne nous regarde pas.
- Désolée.
Parfois, je devrais me taire.
(toux)
(musique inquiétante)
(Toupin) Maria.
Maria, viens.
Excusez-nous.
Ça va, ça va, ça va.
(toux bruyante)
Ça va, ça va.
Attention à la marche.
(musique inquiétante)
(gémissements)
- Tu as mal, Maurice?
(Maurice) J'ai un chaud.
Ça tire de partout.
J'suis pu capable, Thérèse.
- Je vais te donner un antiinflammatoire.
- J'en ai déjà pris deux.
- Hein?
Tu es pas supposé!
- Ça marche pu, ces pilules-là.
J'en peux pu, Thérèse.
J'en peux vraiment pu.
- Je sais. - J'en peux vraiment pu.
- Je sais, mon loup, je sais.
Je sais, shhh.
(musique mystérieuse)
(respiration bruyante)
(gémissements)
(couinements)
- Maria!
Maria.
(respiration difficile)
Pas question de te lever sans ma présence.
On peut pas contrôler les hallucinations
ni les défaillances.
Tu risques d'avoir d'autres épisodes d'évanouissement
ou même de collapsus.
Promets-moi.
- Les fleurs...
elles sont prêtes.
(musique sinistre)
(sifflement de gaz)
(arrêt du sifflement)
(clapotement)
(gémissement canin)
(grognements plaintifs)
(soupir)
(soupir)
(grognements plaintifs)
(borborygmes)
(frottement métallique)
Tu es un bon chien.
Tellement bien.
(gémissements)
- Thérèse!
(grincement de porte)
Ahhh, Thérèse!
(bruit de pas)
- Oh, pas encore!
(gémissements de Maurice)
Pousse, pousse!
(gémissements d'efforts)
OK, tiens-toi après moi.
Tu es correct, là?
(respirations haletantes)
OK.
Qu'est-ce que tu voulais?
- J'avais faim.
- Il va falloir monter le Frigidaire dans la chambre
ou descendre le lit dans la cuisine.
(coup de sonnette)
- Je te dérange-tu?
- Non, pas du tout, rentre.
- J'ai quelque chose à te demander,
mais sens-toi ben à l'aise de dire non si tu veux pas.
- Ben, je t'écoute.
- Je vais voir un médecin à Laviolette
tous les trois, quatre mois pour renouveler ces prescriptions-là.
J'ai mal partout quand même.
Dans les jambes, le dos, les bras, le cou.
Fait que je me demandais:
tu aurais pas quelque chose pour me soulager un brin?
(petit rire)
- Ouais.
Ces médicaments-là, ça soulage pour un temps,
mais un moment donné, ça ne fait plus effet.
La douleur, c'est un signal d'alarme.
Ton corps t'envoie un message.
- Oui.
Bien, le message, je le reçois en maudit,
si tu veux mon avis.
Je ne suis plus capable d'endurer ça.
(sanglots)
Des fois, je me dis que j'aimerais mieux mourir.
- Ton esprit habite chaque cellule de ton corps.
Si on peut transformer la chair...
pour la rendre plus durable...
ton être subsiste.
Maurice.
Tu veux vivre sans souffrir
ou mourir et disparaître?
(ouverture de porte)
- Pis?
(fermeture de porte)
(Maurice) Il m'a fait une injection.
Il a un antidouleur.
Il va en refaire une à chaque jour.
D'après lui, dans pas longtemps...
je ne sentirai plus rien.
- Mais voyons, ça ne se peut pas.
- Ben, on va bien voir.
- Mais c'est quoi qu'il t'a injecté?
- Ben, je sais pas.
(musique lente)
(respiration rauque)
(musique sinistre)
(respiration sifflante)
(frottements visqueux)
Ma chérie
Ta main...
Je ne la sens pas.
Merveilleux.
- Je suis prête.
(gargouillement)
(chant d'une cigale)
(bruissement d'arrosoir)
(piaillements)
(bourdonnement de mouches)
(musique inquiétante)
(Isabelle) Maman?
(éclats de voix)
Maman!
(éclats de voix)
(Toupin) Je peux vous aider, mademoiselle?
- Excusez-moi, c'est...
ma mère, je pense qu'elle confuse.
- Vous pouvez pas vous permettre.
- Je comprends.
- Maman?
Qu'est-ce que tu fais là?
Maman! Maman, attends-moi!
Voyons, attends-moi, maman!
- Ahhh! - Maman!
Maman, ça va?
(musique lente)
Maman, maman!
Maman, maman, regarde-moi.
As-tu mal quelque part?
Es-tu étourdie?
As-tu mal à la tête?
- Tu m'as fait honte devant le docteur.
- Comment ça, te faire honte?
Tu faisais quoi chez lui?
(bourdonnement de mouche)
- Je le sais-tu, moi?
J'en perds des bouts.
Tu devrais le savoir.
- Mais non, voyons, maman, tu peux pas avoir oublié ça.
Tu es rentrée dans une chambre.
Tu parlais à qui?
- Arrête!
Arrête avec tes questions!
J'ai la tête qui tourne à cause de toi, là.
- Maman, tu t'es frappé la tête, OK?
Là, ça suffit, le niaisage.
Tu embarques dans le char, pis je t'emmène aux urgences.
- Non, non, non!
J'irai pas attendre trois heures dans une urgence
pour me faire dire de prendre deux aspirines
pis de me coucher.
Je vais le faire tout de suite.
Ça finit là!
(musique sinistre)
(borborygmes)
(grésillement étrange)
(cognement)
(Toupin) Isabelle!
Comment va votre mère?
- Je suis inquiète.
Je comprends pas ce qui se passe.
Y a quoi dans la chambre où elle rentrait tantôt?
- S'il vous plaît!
C'est la chambre d'invités.
Votre père y est passé quelque temps
pour que je puisse m'occuper de lui au pire de sa bronchite.
On craint toujours la pneumonie dans ces cas-là.
- Mon père est mort chez vous?
- Ben non, bien... bien sûr que non.
Il est retourné chez lui après 48 heures, il allait déjà mieux.
C'est son coeur qui a lâché, pas ses poumons.
- Je pense que ma mère croit qu'il est encore vivant.
Je vous le dis, elle est vraiment pas
dans son état normal.
- Faudrait qu'elle fasse des examens.
- Oui.
Ça, ce serait vraiment super.
Si c'est vous qui lui dites, elle pourra pas dire non.
Avec moi, elle veut rien savoir.
- Je vais lui parler.
Demain. - Merci.
- Là, je suis occupé. - Oui.
(bavardage - télévision)
(musique - télévision)
(bruit de pas)
(fermeture de la télévision)
(en murmurant) Maman.
(soupir ensommeillé)
As-tu mal à la tête?
Comment tu te sens?
- On joue-tu aux cartes?
- Ben oui.
- C'est à toi.
(musique tendue)
(bavardage indistinct)
(chant des grillons)
(hululement)
(ouverture du robinet)
J'ai froid.
- Je vais te rincer.
(musique lugubre)
- Ça fait du bien d'être propre. - Oui.
Comment tu te sens?
- Il va falloir que tu arrêtes de me poser cette question-là
à tout bout de champ.
- OK.
As-tu soif, d'abord.
Veux-tu une tisane? - Oui.
(croassements)
- Je te demanderai pas comment tu te sens.
- Je me sens très bien.
Pis toi?
- Un peu inquiète.
- Ça va ben aller.
(petit soupir)
Inquiète-toi pas.
(petit rire)
Ma belle fille.
(petit craquement)
Oh!
- Mon Dieu!
- Oh! ça fait pas mal.
- Maman.
Non, je suis correcte, je te dis!
(ouverture de porte)
(musique tendue)
Regarde, c'est beau.
(bourdonnement de mouche)
- Maman? (Thérèse) Hum?
(Isabelle) Montre-moi ta main, s'il te plaît.
- Eille, tricheuse.
- Non, maman... ta main.
Ton ongle.
- Laisse faire ça, là, c'est pas grave.
- Oui, c'est grave, maman.
Faut descendre en ville.
- Y a plus de gaz dans le char.
- On va en remettre.
- Y a plus de garage à Saint-Étienne.
(bourdonnement de mouche)
Pis si c'est comme ça...
- Non, non, maman, c'est...
J'ai rien dit, OK?
On va jouer aux...
(musique sinistre)
- Voilà.
Pas trop douloureux?
- Je sens rien.
(Toupin) C'est bien.
- Je lui ai donné un calmant et un antidouleur.
Elle va bien dormir.
- Ses cheveux, un ongle...
On dirait qu'elle est en train de se décomposer.
Pourquoi vous lui avez pas dit qu'il fallait
qu'elle aille à l'hôpital?
- C'est peut-être pas le moment de prendre la route.
Il annonce de gros orages.
Je lui parle demain.
(Isabelle) Eille! Wow, minute, là, non!
Je suis pas d'accord.
En fait, je trouve que vous êtes
pas mal au-dessus de vos affaires.
Déjà, vous avez pas été capable de me donner
une explication valable pour la mort de mon père,
pis là, vous êtes en train de me dire que tout va être beau
avec ma mère qui est en train de se décomposer à vue d'oeil?
- Je vous assure, Isabelle, qu'il y a pas
lieu de s'inquiéter.
- Vous êtes médecin, non?
C'est pas votre job de tout faire pour qu'un patient
obtienne les meilleurs soins possibles?
Je veux que ma mère soit transportée
à l'hôpital aujourd'hui.
Pas demain, aujourd'hui!
- Votre mère va dormir plusieurs heures, on va laisser passer
la tempête, pis on avisera.
- Écoutez-moi bien.
Si la condition de ma mère empire, je vous tiens
responsable, c'est-tu clair?
- Vous me menacez?
- Je pense qu'une enquête sur vos pratiques, là...
- C'est de l'intimidation, ça.
Si vous pensez faire mieux que moi pour aider
votre mère, ben, bonne chance.
- Ma mère vous ne l'aidez pas pantoute.
Vous êtes en train de la laisser mourir à petit feu,
exactement comme mon père.
- Votre père a eu un arrêt cardiaque.
On parle pas de mourir à petit feu, là.
- Mais qu'est-ce qui a causé cet arrêt cardiaque là?
(grondement du tonnerre)
On le sait pas.
C'est-tu ça, la vraie cause?
On le sait pas non plus, parce que c'est vous
qui avez signé l'acte de décès.
(soupir)
C'est commode.
Parce qu'en plus, il a été incinéré,
fait que là, c'est plus possible de faire une autopsie.
- J'en ai assez entendu.
Si ma mère passe pour la nuit, il va y en avoir une autopsie.
Pis fiez-vous sur moi, je vais finir par connaître la vérité.
(grondement du tonnerre)
(grondement du tonnerre)
(chant des grillons)
(impact sourd)
Maman?
(musique inquiétante)
Maman?
Maman?
Maman! Maman!
(en criant) Maman! Maman!
Maman!
(respiration haletante)
(musique de suspense)
(martèlement)
(coups de sonnette)
(frappement)
(coup de tonnerre)
(cognement)
(cognement)
(en criant) Réponds!
(cognement)
(martèlement)
(grondement du tonnerre)
(coups de tonnerre)
(crépitement de la pluie)
(respiration haletante)
(musique de suspense)
(musique sinistre)
(respiration saccadée)
(embrayage difficile)
(respiration bruyante)
(martèlement de la pluie)
(grondement du tonnerre)
(musique inquiétante)
J'aurais pas dû me fâcher.
Je le sais que vous m'aimiez, toi pis p'pa.
(sifflement du vent)
Je me suis sentie rejetée, mais c'est moi
qui vous ai abandonnés.
(musique dramatique)
(sanglot)
Même si il est trop tard, je te demande pardon, maman.
(sanglots)
(grondement du tonnerre)
(crépitement de la pluie)
(coup de tonnerre)
(respiration haletante)
(musique inquiétante)
Maman?
Maman?
- Allô!
(Isabelle) Maman!
(sanglots)
- Pourquoi tu pleures de même?
Tu m'étouffes.
Je pense que c'est le temps que j'aille rejoindre ton père.
- Vous avez besoin d'aide, Isabelle?
(gémissements)
(musique de suspense)
Doucement.
Voilà.
(musique sinistre)
(grondement du tonnerre)
(Thérèse) Maurice?
Maurice?
(soupir ensommeillé)
Maurice?
(soupir ensommeillé)
- Qu'est-ce qu'il y a?
(Thérèse) Mais ça fait deux matins de suite
que tu te réveilles pas, là.
- Hum?
Mais il est quelle heure? - Il est passé 8h00.
Qu'est-ce qui se passe avec toi?
(soupir)
Mais...
Mais regarde!
Ben, voyons, tu perds tes cheveux!
- Le docteur a dit que ça arriverait, ça.
C'est des effets secondaires.
(Thérèse) Comment tu te sens?
- Pas comme d'habitude.
J'ai pu de douleurs.
Nulle part.
Je me sens un peu engourdi, mais... je me sens bien pareil.
J'ai pu mal au dos.
- Il me semble que tu devrais aller voir un autre médecin
pour t'examiner.
Juste pour être sûr.
- Les autres médecins, ça fait dix ans
qu'ils me laissent souffrir.
- Justement.
Je crois pas aux miracles, moi.
- Ce que j'essayais de t'expliquer tantôt, Thérèse,
si je dis ça plus simplement...
c'est juste que...
la médecine essaie de guérir les malades
et de les prémunir contre les maladies,
mais on peut pas guérir la vieillesse.
On peut juste la rendre moins pénible.
- Toi aussi, Thérèse, tu devrais essayer.
- Enfin, je suis pas malade.
- Tes brûlements d'estomac,
trop de pression,
(en murmurant) ton incontinence...
(en murmurant) - Veux-tu ben te taire?
- Ça peut pas nuire.
- Mais y a des effets secondaires.
Maurice, il perd ses cheveux.
- Pis?
Je me sens ben!
- Les effets secondaires, c'est temporaire.
Et pis...
tout finit par repousser.
(musique sinistre)
(bruit de pas)
(respiration rauque)
Peux-tu me décrire comment tu te sens?
- Je ne sens plus mon corps.
J'entends les oiseaux chanter, les arbres.
Parfois la pluie.
J'ai toujours aimé la pluie.
Elle m'enveloppe.
Elle me réconforte.
Je fais partie de la nature.
As-tu peur?
Non...
J'entends quelque chose...
Comme un... murmure.
Loin.
(Toupin) Un murmure?
C'est trop diffus.
Juste une vibration, une vague.
C'est tout.
Mais je me rapproche.
Mon seul regret est...
C'est de partir...
sans toi.
Je ne veux pas te quitter.
- Je vais te rejoindre, tu le sais.
On va bientôt être réunis.
Et pour toujours.
Pour toujours.
(chant des oiseaux)
- Voilà une semaine, j'aurais pas été capable
de venir marcher ici.
C'est presque un miracle.
- Puis dire que tu voulais que ton frère laisse la compagnie
abattre cette belle forêt-là.
(Maurice) Je ne vois plus les affaires de la même façon.
(musique intrigante)
Je trouve que tout est beau.
Je me sens tellement ben.
Puis tu sais, Isabelle, là...
ça ne me dérange plus pas en toute la vie qu'elle mène.
Je suis content qu'elle soit heureuse.
C'est ça que je veux.
Pis j'aimerais ça lui dire avant que ce soit trop tard.
- C'est vrai? - Oui.
- OK, d'abord.
Je suis contente.
Je vais y téléphoner pour dire qu'on veut la voir,
qu'on veut faire la paix.
(borborygmes)
(musique sinistre)
(râlements faibles)
(crépitements étranges)
(chant des oiseaux)
(grincement sourd)
(musique inquiétante)
Fiston!
(bourdonnement de mouches)
(Toupin) Viens m'aider, Maurice.
Son être va s'unir à l'écosystème de la forêt.
- C'est une belle façon de pas mourir.
Tu trouves pas, Thérèse?
- Ben... tout le monde meurt.
- Le corps meurt, mais pas l'être...
si on lui procure un nouvel habitat.
- Une vie éternelle, sans souffrance.
- Maurice.
(Maurice) Hum?
- Tu as pas peur de mourir?
- On va pas mourir, Thérèse.
On va renaître.
Mais tu es pas obligée de me suivre.
- Oui, c'est ça.
Je vais me retrouver toute seule après.
(gémissement faible)
(petit cri)
- Maurice? Maurice?
Maurice!
Maurice! Maurice!
- Tout est beau.
Il va s'en remettre.
Mais il va avoir besoin d'être sous observation.
(sanglots)
Hé!
Il vit.
Il va vivre encore davantage.
Très, très longtemps.
Mais à partir de maintenant, ça devient notre secret.
Pour le protéger.
Si on te pose des questions...
dis qu'il est malade.
Ou même mort.
- Pour le protéger? - Oui.
Maintenant, je vais augmenter les doses.
(Maurice) Hein?
- Tout le bas de ton corps, à partir du cou jusqu'aux pieds,
va être paralysé.
Mais tu vas pouvoir quand même pouvoir voir, entendre, parler.
- Pis Thérèse?
- Elle aussi, je vais augmenter ses doses.
Je pense qu'elle se sent déjà pas mal bien.
(Maurice) Ahhh!
- Bonjour, bonjour!
C'est moi.
Comment ça va aujourd'hui?
- Je me réveille encore la nuit, pis je me retrouve
dehors en train de marcher.
J'ai des pertes de mémoire.
- Oui.
Oui, ça fait partie des effets secondaires.
C'est différent pour chaque personne.
Ma femme, par exemple, avait des hallucinations le jour.
- Mais à part ça, je me sens bien.
- Tu vas voir.
Avec cette dose-là, tu vas voir encore plus
de beaux changements.
- Mais quand est-ce que je vais pouvoir aller rejoindre Maurice?
(Isabelle) Allô? Maman?
- Bien voyons donc, toi!
Qu'est-ce que tu fais là?
(Isabelle) Maman, je te présente Catherine,
ma copine.
(Thérèse) Enchantée, mademoiselle.
Ça me fait donc plaisir de vous rencontrer.
(Catherine) Moi aussi, madame Tremblay.
(grondement sourd)
(musique inquiétante)
(respiration bruyante)
(voix distante)
(respiration saccadée)
(voix distordue) - Ne vous agitez pas, Isabelle.
(voix faible) - Détachez-moi.
- Mais vous êtes pas attachée.
Regardez.
La seule attache qui vous retient,
c'est votre corps, Isabelle.
C'est un vaisseau encombrant.
Imparfait.
Mais vous voyez?
Tous les muscles, les nerfs, les tendons de votre corps
baignent dans une douce paralysie,
qui apaise les souffrances
et amène tout votre être
à une nouvelle existence.
Longue.
Peut-être même éternelle.
(voix faible) - Vous êtes fou.
(grincement)
Mononcle?
Mononcle?
- Va m'attendre en bas.
Sors.
- Tu m'avais promis.
(Toupin) J'ai pas le choix.
Elle pose trop de questions.
(musique sinistre)
- C'est pour Charles que je fais ça.
Pardonne-moi.
(gémissements)
- C'est le grand jour pour ma femme.
Ton fils aussi.
(musique sinistre)
OK.
Les pieds.
(crépitements)
(respiration haletante)
On s'en va chez vous.
(musique de suspense)
(gémissements)
(musique mystique)
C'est émouvant, hein?
Tout son être va prendre racine dans la forêt.
(sanglot)
Pour toujours, mon amour.
- J'aimerais mieux que ça arrive pas à ma nièce.
Elle n'est pas malade, elle, et elle est encore jeune.
(Toupin) Tu sais ben qu'on n'a pas le choix, Émile.
Pis ça va être bien pour elle.
Elle va être réunie avec ses parents, avec son cousin.
(musique de suspense)
(respiration haletante)
(gémissements sinistres)
(voix rauque) Isabelle.
Isabelle!
(borborygmes)
Isabelle!
(Isabelle) Maman!
Oh, mon Dieu!
Maman!
- Sauve-toi. - Non.
Non, pas sans toi, maman.
Viens. Viens.
- Sauve-toi d'ici!
(cri)
(respiration haletante)
(gémissements)
(chant des grillons)
(respiration saccadée)
(ouverture de porte)
(bruit de pas)
- Viens.
(grincement du plancher)
(discussion indistincte)
(musique sinistre)
(respiration saccadée)
(musique de suspense)
(cris)
(en criant) Émile!
(Isabelle - en criant) Non! Non! Non!
Émile, aide-moi...
(fracas)
(Émile) Isabelle.
Viens-t'en.
Viens-t'en.
(cris de lutte)
(en criant) Non!
(musique de suspense)
(cris de douleur)
(respiration haletante)
(cris de lutte)
(gémissement faible)
(respiration haletante)
(gémissements étouffés)
(démarrage de voiture)
(cri)
(crissement de pneus)
(musique de suspense)
- OK.
(respiration saccadée)
(crissement de pneus)
(respiration saccadée)
(musique sinistre)
(haut-le-coeur intenses)
(couinements)
- Isabelle?
(soupir)
Mon amour.
- On est où, là?
(Catherine) À l'hôpital.
À Laviolette.
(en murmurant) - Laviolette.
Qu'est-ce qui s'est passé?
- Tu te souviens de rien?
Tu as eu un accident.
- Ça fait combien de temps que je suis ici?
(Catherine) Tu as été out pendant 36 heures.
Je suis pas encore arrivée à rejoindre ta mère.
Mais y a un agent de la Sûreté du Québec
qui va se déplacer pour la prévenir.
(en murmurant) - Il va être trop tard.
Il va être trop tard.
(musique lugubre)
(respiration haletante)
(chant des oiseaux)
(grincement sourd)
(respiration haletante)
(respiration saccadée)
(crépitement étrange)
(petit soupir)
(musique mystique)
(souffle du vent)
(chant de Maria en suédois)
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