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Zulu
...
-Ca s'est bien passé avec ton frère ?
-C'était super. C'est trop court.
Son fils a rejoint sa mère au Maroc,
j'ai demandé à Fred de rester un peu.
-Tu me passes le dossier bleu ?
Merci.
Ca doit te faire drôle d'avoir un frère.
-Pas tant que ça.
J'ai souvent regretté d'être fille unique.
-J'aurais tellement aimé.
Avec trois frangins, c'était compliqué de trouver sa place.
Sauf quand on jouait au foot. Enfin, quand "ils" jouaient : là,
ils me collaient dans les buts.
Téléphone.
...
*-Coucou mon coeur !
-Coucou ! T'es à la maison ? *-Oui.
*Un rendez-vous annulé. J'ai proposé à Fred
une petite virée dans le Garlaban.
-Les collines de Pagnol !
Rentrez pas trop tard. Je veux profiter de mon petit frère.
-On sera là avant l'apéro, promis. J'ai pris soin de lui, regarde.
*Je lui ai prêté ton casque. -Ha ! Ha !
*-A ce soir. -A ce soir.
*-Ciao ! -Ciao !
-Constance, on va au stade.
Bonjour Barth. *-Salut, Boris. C'est nouveau !
La justice se met au sport ? -Non, on va sur une scène de crime.
*-Je préfère notre programme.
Ciao ! *-Ciao !
-J'ai pris deux bouteilles d'eau, des amandes, des fruits secs,
et j'ai fait des sandwichs.
-On fait pas un trek au Népal.
S'il fait soif, on boira une mousse à Aubagne.
En moto, matelot ! -En route !
...
-Capitaine.
-Monsieur le juge, Constance. -Bonjour.
-C'est un centre d'entraînement
pour athlètes de haut niveau.
La victime est une entraîneure spécialisée handisport.
Des parathlètes préparent ici les championnats de France.
-J'ai vu ça aux infos, ça commence demain.
-C'est ici.
Jeanne Brunet, 52 ans.
Elle vient d'un club de Lyon. Elle s'occupe des athlètes de 400m.
D'après le légiste,
elle a été poussée. Sa tempe a heurté le banc.
Hémorragie intracrânienne.
-Elle a pu faire un malaise et tomber ?
-Non, elle a des marques au cou. Des traces de lutte.
-L'heure de la mort ?
-Après l'entraînement, entre 11h et 11h30.
-Qui l'a trouvée ?
-Margaux Rossi, la parathlète qu'elle coache.
En revenant après un sauna, elle a senti le corps avec sa canne.
-Elle est malvoyante ?
-Oui.
Elle court le 400m T11, catégorie déficience visuelle quasi totale.
-Qui était dans le bâtiment ?
-Personne. Les équipes étaient sur la piste.
L'intendant du stade a entendu Margaux Rossi appeler à l'aide.
C'est lui.
M. Benatia.
Constance Meyer et le juge Delcourt en charge de l'affaire.
-Bonjour. -Bonjour M. le juge.
Après ce qui s'est passé, le stade peut rester ouvert ?
Les athlètes doivent s'entraîner.
-Les personnes présentes seront interrogées
et les vestiaires ne seront pas accessibles.
Téléphone. Qui a accès à ce bâtiment ?
-Le personnel du centre, les sportifs. Y a pas de contrôle.
-Ni de vidéosurveillance. C'est pour l'année prochaine.
-On a eu d'autres priorités.
-Oui, allez-y. Merci. ...
-Où se trouve Margaux Rossi ?
-Au club-house, avec son guide.
-Quand ils courent, ils sont reliés par une attache au doigt ?
-S'ils la lâchent, ils sont disqualifiés.
-Un peu comme nous, M. le juge.
-Je me suis penchée sur le corps,
j'ai touché son visage, et j'ai de suite reconnu Jeanne.
Je pensais qu'elle avait fait un malaise,
je l'ai appelée, secouée...
Elle respirait plus.
-Vous n'étiez pas ensemble ?
-Non. Après l'entraînement, Margaux est rentrée au vestiaire.
Je suis resté sur la piste pour appeler ma copine.
-Et Jeanne Brunet ? -Je sais pas,
j'étais au téléphone. Puis j'ai vu les pompiers arriver.
-Vous avez remarqué quelque chose d'inhabituel chez votre coach ?
-Non.
Tout allait bien.
Ca fait trois jours qu'on s'entraîne ici.
Notre compète, c'est demain.
-Et vous, M. Verdane ?
-Ce matin, Jeanne était en retard.
C'était pas dans ses habitudes.
Salut coach ! -Salut !
-On t'a pas vue au petit déj ! -Pas faim. Vous êtes comment ?
-Pas mal ! Hein, Margaux ? -Oui, ça va !
-Montée de genoux !
On retravaille le départ.
Votre temps de réaction était trop lent hier.
C'est mou ! On accélère !
On se réveille !
La prochaine : talons-fesses ! -OK.
-Elle vous a dit
pourquoi elle était en retard ? -Non, on n'a parlé que technique.
-Jeanne Brunet vous entraînait depuis combien de temps ?
-Cinq ans. Je l'ai rencontrée après mon accident.
C'est elle qui m'a donné la force de reprendre l'athlé.
Et d'y croire encore.
Je lui dois tout.
-Elle avait des problèmes dans le milieu ?
-Elle avait du caractère
et se battait pour inclure dans les clubs les personnes handicapées.
-Et sur le plan personnel ? -Sa vie, c'était le sport.
Elle avait pas d'enfants, elle était divorcée.
Désolée,
j'ai besoin de prendre l'air.
-Pardon.
Margaux, attends.
-Margaux, encore une question.
Quand vous êtes allée du sauna aux vestiaires,
vous avez senti une présence ou entendu quelque chose ?
-Je vois plus. C'est pas pour ça que j'entends mieux que vous.
-Merci. Restez à la disposition de la juge.
-Attendez. Il y avait peut-être une odeur, un parfum de vanille.
-Dans le vestiaire ? -Oui.
Je l'ai senti en rentrant. Le même qu'Anne-So.
-Quoi ? -Anne-So ?
-Anne-Sophie Amiel, notre guide du club.
Margaux devait faire les championnats avec elle.
J'étais blessé, une entorse au genou.
Je suis revenu plus vite que prévu.
-On peut lui parler ? -Non, elle est pas là.
Elle est restée à Lyon.
-Comment elle a pris le fait de pas participer au championnat ?
-Je comprends pas la question.
Avec Gilles, on s'entraîne depuis 4 ans.
-Oh putain ! -Qu'est-ce qui vous arrive ?
-Ca va ? -C'est votre blessure ?
-Non. C'est une crampe. J'en ai jamais eu des comme ça.
-On peut faire quelque chose ?
-Respire doucement.
-Ca va. Faut qu'on aille voir la kiné.
-Appuie-toi sur mon épaule. -Oui.
-Pour une fois.
-Vous avez besoin d'aide ? -Non, je connais le chemin.
-Merci.
-Doucement.
Ca va ?
-Ca va.
-C'est un petit monde, le parathlétisme.
J'espère que Margaux courra demain. On est rivales, mais on s'apprécie.
-Merci. -De rien.
Antonin.
-D'après les premiers témoignages, Jeanne Brunet était plutôt cash.
Y avait des frictions. -Avec qui ?
-D'autres coachs, pour les créneaux d'entraînement.
On va interroger les athlètes.
Je vais faire la perquise de sa chambre.
-Merci capitaine.
-Ca m'intrigue, cette histoire de parfum.
La guide remplaçante a été écartée au dernier moment.
Elle a pu en vouloir à la coach.
-Appelez le club de Lyon pour en savoir plus.
-Regarde sur le bureau, elle a pu glisser dans un dossier.
Dépêche-toi !
Ludo retrouve pas sa convocation pour le bac.
-C'est les maths, aujourd'hui. -Il est prêt ?
-Oui, on compte dessus pour rattraper la philo.
-Il a pas été inspiré ? -La dissertation était en or !
"Revient-il à l'Etat de décider de ce qui est juste ?"
Une autoroute !
Il a choisi l'explication de texte et a fait de la paraphrase !
-Il s'en est bien sorti en anglais et en sport.
-Ce sont pas les plus gros coefficients.
Il nous faut de la marge avant le grand oral.
Qu'est-ce qu'il fabrique ?
Hervé ! Excusez-moi.
-Vous avez remarqué ? Il dit "nous".
Il s'investit vraiment dans la réussite de Ludo : un vrai duo !
-Qu'il mette une chasuble avec écrit "guide", ce sera chic.
-T'as retrouvé ta convocation ?
-Je l'ai. Je l'avais plus. Je l'avais bien rangée.
-Respire, Ludo, ça va bien se passer.
-J'y vais, mais j'ai peur.
-Les empreintes du vestiaire sont inexploitables.
-La PTS a débloqué le portable de Jeanne Brunet ?
-Ils sont dessus.
-Excusez-moi, j'étais au téléphone avec le responsable de ParaLyon,
le club de la victime.
Alors...
Elle avait promis à la remplaçante,
Anne-Sophie Amiel, qu'elle serait au championnat de France.
-Mais Verdane a repris sa place. -La coach l'a annoncé à Anne-Sophie
2 jours avant de venir à Marseille, et sans y mettre les formes.
-Elle plaide sa cause la veille de la compétition et ça tourne mal.
-J'ai obtenu les coordonnées de sa colocataire.
Elle l'a vue hier commander un VTC pour partir à la gare.
-Je diffuse son signalement.
On va montrer sa photo au stade et dans les alentours.
-Attends,
comment Jeanne Brunet en est arrivée là ? C'est une vocation ?
-Elle était prof d'EPS à Lyon.
Une de ses élèves a perdu la vue. Y avait rien de prévu pour elle :
ça a été un déclic, elle est devenue
entraîneure pour non-voyants.
Margaux était un espoir de l'athlétisme français.
Elle a été renversée par une moto, elle a dû tout reprendre à zéro.
-Perdre la vue, quelle horreur !
Comment elle fait pour courir ?
Moi, si je ferme les yeux...
Là, j'ai le vertige...
Là, je tombe.
Téléphone.
-Oui, capitaine ?
*-J'essaie de joindre M. le juge. -Il est en audience.
Qu'est-ce qui vous arrive ? *-Amiel est bien à Marseille.
*Elle a pris un hôtel près du stade.
*On a pu l'interpeller. -Vous l'avez poursuivie ?
*-Elle a pris la fuite, oui.
*Et elle court vite. C'est mon collègue qui l'a chopée.
*J'étais totalement à la ramasse.
*Faut que je me remette au sport. -Bravo capitaine.
*-Merci Constance.
-Dans la chambre d'hôtel
d'Anne-Sophie Amiel, la capitaine a trouvé des seringues
et une boîte de diurétiques. -C'est pour l'hypertension ?
-L'effet secondaire principal, c'est de violentes crampes,
comme celle de Verdane. -Elle l'aurait empoisonné ?
-C'est pour moi, ce médoc. -Mme Amiel,
s'il vous plaît.
On l'a retrouvé dans les boissons isotoniques de Gilles Verdane.
Et votre fuite face à la police ne plaide pas en votre faveur.
-Vous assurez toute la préparation, et au dernier moment,
la coach reprend Verdane comme guide.
-Alors que Margaux ne fait pas de meilleurs chronos avec lui.
C'est une injustice.
-Non. Ils ont l'habitude des compètes ensemble.
Ils sont vice-champions de France.
-Vous n'avez jamais eu de victoires à titre individuel.
Courir avec Margaux,
c'était l'occasion d'obtenir reconnaissance et médailles.
-Encore faut-il empêcher Gilles Verdane de courir la finale.
Ses boissons isotoniques étaient dans son sac au vestiaire.
Vous êtes allée injecter le produit et Brunet vous a surprise.
-Pas du tout. -Face à la femme
qui vous a écartée, vous avez laissé votre colère éclater.
-Je l'ai pas vue.
-Vous êtes allée dans le vestiaire ?
-OK. D'accord.
Je voulais mettre Gilles HS.
Je suis passée au vestiaire
avant qu'ils arrivent pour leur entraînement.
Il y avait le sac de Gilles avec les bouteilles.
-Il était quelle heure ?
-8h, 8h30... Après, je suis rentrée direct à l'hôtel.
-Quelqu'un peut en témoigner ?
-Je sais pas. Je suis restée là-bas. J'attendais que la coach
m'appelle pour reprendre ma place.
-Super, ça le mettra en confiance pour l'histoire-géo.
OK.
Tu l'embrasses.
C'était Alice. Ludo a sauvé les meubles avec les maths.
Il pense avoir la moy... Qu'est-ce qui t'arrive ?
-La rando cool s'est transformée en trail de la mort.
Ton frère était au taquet. J'avais pas les bonnes chaussures.
-Pauvres pieds !
Je te fais un petit massage ? -Non, j'ai trop d'ampoules.
-Constance ! Barth t'a raconté notre petite balade ?
-Petite balade : 32 bornes !
-Le matelot Meyer voulait faire un gratin, mais je l'ai mis au repos.
-Je m'en occupe.
-Non, j'ai tout préparé. Mais je trouve pas de plat qui va au four.
C'est un peu le souk, dans tes placards.
-Pas du tout, je vais te montrer.
-Note pour moi-même : acheter des chaussures de marche.
-Assieds-toi,
c'est pas bon de manger comme ça.
Ton bol !
Dans le lave-vaisselle, s'il te plaît.
Doucement !
Tu finis à quelle heure ? -Comme d'hab.
-J'ai pas vu ton carnet ! -A ce soir !
-C'est de pire en pire.
-On devrait peut-être lui rendre son téléphone.
Une porte claque.
-C'est ça que tu me proposes ? Il fait aucun effort.
S'il continue, je lui supprime son abonnement.
Ca dure combien de temps, l'adolescence ?
-Verdane a eu des crampes à 13h, quand on l'interrogeait.
Le diurétique fait effet 3 ou 4h après l'absorption.
-Anne-Sophie Amiel
est donc passée au vestiaire tôt le matin.
-Elle a quitté l'hôtel à 11h30. Elle pouvait pas être au stade
au moment du meurtre.
-Pourquoi la coach est arrivée en retard à l'entraînement ?
-C'est pas une panne d'oreiller. D'après le gardien de la cité U,
elle est revenue à 7h30 de son jogging.
-Qu'est-ce qu'elle a fait dans l'intervalle ?
-La PTS a déverrouillé le portable de Jeanne Brunet.
La veille du meurtre, elle a appelé cinq fois Margaux Rossi.
-La dernière fois à minuit trente. Elle a jamais répondu.
-A 21h50, Jeanne lui a envoyé un message vocal.
Je vous l'ai transféré.
-Oui.
*-Margaux, je suis devant ta piaule.
*Gilles non plus sait pas où t'es.
*C'est le moment de sortir ?
*Vu tes derniers chronos, tu ferais mieux de récupérer.
*Je devrais pas avoir à te le dire.
-Votre escapade nocturne n'a pas plu à votre coach.
-Jeanne s'inquiétait toujours pour rien.
J'avais besoin de décompresser. -Vous sortez sans guide ?
-Oui, je suis autonome, je me débrouille.
-Vous avez décompressé comment ? -J'ai été boire un verre.
-Très tard, apparemment.
-Je dois me justifier sur mes sorties ?
-Pourquoi vous n'avez pas rappelé Jeanne Brunet ?
-Pour qu'elle me fasse la morale ?
-Elle vous en a reparlé le lendemain ?
-Non.
-Vous avez un problème ? -Non, c'est bon.
Il faut négocier pour avoir la piste. C'est bon.
-C'est passé, vos crampes ?
-Ca va. Jamais j'aurais imaginé qu'Anne-So fasse un truc pareil.
Ca m'empêchera pas de courir.
-La compétition, c'est ce matin ? -Dans 2h. On gagnera pour Jeanne.
Hein, Margaux ? -Oui.
-D'après les stats de votre coach, vos chronos ne sont pas bons
depuis votre arrivée, surtout ceux d'hier matin.
-C'est pour ça qu'on a besoin de se concentrer.
Gilles. -Pardon.
Allez... Je te laisse te mettre en place.
Là,
et là.
Prêt ?
Hop !
-Putain, ça me soûle ! -Margaux !
Margaux, calme-toi, t'es crispée, détends-toi.
-Je sais. -OK, on y retourne.
-C'est à cause de la compétition qu'elle est sur la défensive,
ou y a autre chose ?
-Stop.
T'es dans le start.
Vas-y, mets-toi en place.
-Courir ensemble demande une sacrée confiance.
-Elle s'en remet à lui.
S'il y a un problème, il le sent.
-Vous pensez qu'il aurait des réponses à nos questions ?
-Ca va aller.
Pense à Jeanne.
...
On frappe.
-Mon petit Ludo, le destin nous sourit.
Un ami de la chancellerie a des accointances au rectorat.
Je sais ce qui va tomber
en histoire-géo.
Pas le sujet précis, mais le thème général.
Le Moyen-Orient.
-(Mais non !)
C'est pas un peu trop d'actualité comme sujet, ça ?
-Me dis pas que t'as fait l'impasse dessus ?
-Non !
(C'est un peu de la triche, quand même.)
-De la triche ? J'ai soudoyé personne.
J'ai échangé de façon informelle
avec une connaissance rencontrée par hasard.
On va réfléchir aux sujets possibles
et chercher les articles sur le Moyen-Orient.
Téléphone.
Cet après-midi, nous ferons l'impasse sur les appels.
D'accord ?
-D'accord. ...
...
-Margaux Rossi est arrivée deuxième.
-Vu les circonstances, c'est bien. -Et Gilles Verdane est au palais.
-Bien. On va l'auditionner.
-Vous le prenez pas ? -Non. Imbuvable.
-Bravo ! Vous êtes qualifiés pour les championnats d'Europe.
-Oui, on a 3 mois pour être prêts.
-Vous savez ce qu'a fait Margaux la nuit avant la mort de sa coach ?
-On s'entraîne ensemble. Pour le reste...
-Vous savez rien d'elle en dehors du stade ?
-Je sais qu'elle travaille dans une boîte de télémarketing.
Elle a un petit studio. Son père est commerçant.
-Elle a quelqu'un dans sa vie ?
-L'année dernière, elle a eu une histoire avec un collègue.
-Ici, elle a rencontré quelqu'un ? Un autre athlète ?
Quand on sort pour décompresser, c'est rarement seul.
-Demandez-lui.
-Nous comprenons votre discrétion, mais vu les appels de votre coach,
quelque chose la préoccupait.
-Y a deux jours, au stade, je cherchais Margaux.
Je l'ai vue avec l'intendant.
-M. Benatia ? -Je sais pas son nom.
C'est la première fois que Margaux fait ça pendant une compète.
Elle a parlé d'un coup d'un soir. Ca devait rester entre nous.
-Et ça l'est resté ?
-Evidemment. J'ai rien dit à Jeanne.
Margaux me fait confiance, sinon, on peut pas courir ensemble.
-Maman !
Je dois annuler notre déjeuner, on m'a commis d'office aux Baumettes.
-C'est pas grave, on se voit dimanche 12h.
-Oui, le repas de famille 2.0.
Comment ça se passe avec Frédéric ? -Très bien. Il est très gentil,
facile à vivre. Il aime bien que les choses soient bien rangées.
Il s'est mis en tête de réorganiser toute ma cuisine.
-C'est une bonne chose, ça !
C'est le bordel, dans vos placards.
-Vous vous êtes donné le mot ?
-Maman, y a que toi qui trouves ton rangement logique.
Je l'aime bien, ce demi-tonton.
-Pour la peine, tu amèneras le dessert.
-OK ! -Pour dix !
-Il y a dix ans, Margaux faisait de l'athlétisme en région parisienne
et Benatia était employé dans le même club.
-Ils se connaissaient d'avant ?
-Ils ont même vécu ensemble. C'était sur leurs réseaux sociaux.
Ca date de 2021,
un mois avant l'accident où elle perd la vue.
Ensuite, plus rien entre eux. J'ai contacté les amis de Margaux.
Benatia l'a quittée peu après l'accident.
Elle a fait une tentative de suicide.
-C'est pas un conte de fées.
-Ils se recroisent ici 5 ans après et recommencent leur histoire.
Et elle le cache à Jeanne Brunet. -Et à nous aussi.
Mais sa coach le découvre... le jour de sa mort.
-C'est juste là, à droite.
-Jeanne Brunet savait que vous revoyiez Fabrice, n'est-ce pas ?
-Non. Elle était pas au courant. C'est impossible.
-Pourtant,
elle a demandé à qui était le pick-up rouge sur le parking.
C'est avec lui que M. Benatia vous a raccompagnée
à la résidence ce matin-là ?
-Rouge, je peux pas savoir.
Mais oui, il m'a déposée.
-Elle a compris que votre sortie nocturne, c'était avec lui.
-Elle me l'aurait dit.
-Fabrice était votre premier amour.
Le retrouver
a dû faire remonter beaucoup d'émotions.
-Et vos performances s'en sont ressenties.
-Jeanne avait peur pour vous,
parce qu'elle savait qu'à cause de lui, vous avez voulu mourir.
-Mais pas du tout.
Fabrice y est pour rien.
Courir, c'était ma vie.
Après mon accident, même marcher seule, j'y arrivais plus.
Je supportais pas d'être dépendante pour tout.
Alors oui, j'ai voulu en finir.
Mais pas parce que Fabrice m'avait quittée.
-Si c'était pas lui le problème, pourquoi le cacher à votre coach ?
Vous aviez peur de sa réaction ?
-C'est ce qui s'est passé dans le vestiaire ?
Elle vous a recadrée et vous ne l'avez pas supporté ?
-La dernière fois que j'ai parlé avec Jeanne, c'était sur la piste.
Elle allait répondre à une équipe télé.
Jamais j'aurais pu lui faire de mal.
-Je faisais juste essayer
les bagnoles aux clients. Je savais pas qu'elles seraient pas livrées.
Je rendais service.
-Devant le juge, tenez-vous-en aux faits.
N'en rajoutez pas, vous n'êtes pas une des têtes du trafic.
-Je vais sortir ?
-Je plaiderai pour que vous soyez libéré sous contrôle judiciaire.
A bientôt.
-Ca va prendre longtemps ?
Ca sera long ?
-Ca se passe mal, la détention ? -Non, ça va.
Mais ma meuf m'attend dehors.
On s'est rencontrés peu avant que je me fasse serrer, mais avec elle,
c'est un truc de ouf. Elle m'a même écrit une lettre.
Mais je galère pour répondre.
-Appelez-la, y a des points phone. -Non, je veux l'impressionner.
Emma fait des études et elle lit des bouquins H24.
Des vrais trucs,
pas des mangas, genre... Proust, "Du côté de chez wam".
Vous voulez pas m'aider ?
-Vous aider ? C'est-à-dire ? A lui répondre ?
-Ouais, ça serait super.
Une lettre stylée. Vous dites que je la kiffe,
que je pense à elle et que je suis pas coupable.
-Oui, mais c'est très personnel. -Attendez, vous êtes avocat,
vous connaissez les belles phrases, les beaux mots...
Maître, s'il vous plaît.
-OK, je veux bien vous aider.
Mais pour lui répondre, faut que je lise sa lettre.
Je vous tiens au courant.
Merci.
-Encore ?
Je comprends, calme-toi.
Et si je lui parlais ?
Ce soir, t'as ton cours de danse ? Voilà !
Allez, t'inquiète pas, je m'en occupe.
Bisous.
-Ca s'arrange pas avec Raph ?
-Non, il a encore été collé. Solène n'en peut plus.
Vous faisiez quoi avec les vôtres ?
-Des contrats.
-Des contrats ? -Oui, pour les responsabiliser.
Quand ils rangeaient leur chambre, mettaient la table,
ils pouvaient jouer à la console ou sortir.
-Ah oui ?
Ah ! J'ai pris sucré !
-C'est une tannée, cette machine.
Quand on a dit à Margaux que sa coach savait pour Benatia,
elle a eu l'air vraiment surprise.
-Peut-être que Brunet lui a rien dit.
La veille de la compétition, ça pouvait la perturber.
-Je vois mal la coach
rester sans réagir. -Brunet se serait confrontée
à Benatia ?
Vous vous êtes bien gardé de nous parler de votre lien avec Margaux.
Qui ne date pas d'aujourd'hui.
-On voulait être discrets, on venait de se retrouver.
-Jeanne Brunet n'acceptait pas que votre relation reprenne.
-Elle vous a vu déposer Margaux. -Ah bon ?
-Quand Margaux a appelé à l'aide, vous étiez le premier à réagir.
Vous étiez pas loin de la scène de crime.
-Un hasard. Je suis intendant, je cours partout.
-Personne ne peut dire précisément
où vous étiez à l'heure du meurtre.
-Pas dans les vestiaires, en tout cas.
-Jeanne Brunet était plus qu'une entraîneure, pour Margaux.
C'était comme une mère, prête à tout pour la protéger.
Vous étiez un danger.
Vous saviez que Margaux avait déjà tenté de mettre fin à ses jours.
-OK, j'ai vu Brunet, mais c'était à 9h.
-Laissez Margaux tranquille, vous lui faites du mal.
-Elle a droit à une vie privée. -Evidemment.
Mais ses chronos sont mauvais depuis qu'on est arrivés.
Vous la déstabilisez. Elle est fragile.
Le sport la tient. Si elle foire cette compète, elle s'écroule.
-L'amour empêche pas de courir. Paraît même que ça donne des ailes.
-Vous vous croyez drôle ?
Vous lui avez déjà fait assez de mal, non ?
Vous avez fui comme un lâche, incapable d'accepter son handicap.
-Je vous interdis de me juger. Vous étiez pas là.
J'étais jeune. Margaux en voulait à la terre entière,
au motard qui a fui après l'avoir renversée,
aux flics qui l'ont pas retrouvé, à ceux qui voyaient,
et même à ses parents.
On a le droit d'avoir une seconde chance, non ?
-OK.
Alors après la compétition.
J'ai pas envie qu'elle foute son rêve en l'air.
OK ?
-Votre discussion s'est arrêtée là ?
-Oui. J'ai pas voulu envenimer les choses.
Pour Margaux. J'ai dit à Brunet
que j'acceptais d'attendre la fin de la compétition pour la revoir.
Je lui ai pas reparlé après. -Et après le meurtre,
vous n'avez pas tenu au courant Margaux de cette conversation ?
-Non. La mort de sa coach l'a déjà assez bouleversée.
-On va vérifier vos déclarations.
-C'est à cause de lui que la coach était en retard.
-Il a pu retomber sur elle au vestiaire.
C'est pour ça qu'il a rien dit à Margaux.
Dommage qu'il y ait pas de caméras de surveillance.
-L'équipe télé. Margaux a dit que les journalistes sont venus.
Ils ont des images.
-Vous voulez jouer à "Où est Charlie Benatia" ?
-Ca vaut le coup d'essayer.
-Très bien. J'ai toujours été nul
à ce jeu. Raphaël, à six ans, il repérait tout de suite Charlie.
-Je vais demander à Raphaël.
-C'est dur d'être ado. Tu crois que tout le monde t'en veut.
Tes profs, nous... Mais on est là pour t'aider.
C'est pas une raison pour être insolent, surtout avec ta mère.
Vos disputes la rendent triste, tu le vois bien.
On voudrait te proposer un contrat.
Au collège,
tu respectes les profs, à la maison, tu aides un minimum,
tu réponds plus.
En échange, tu pourras aller aux fêtes de tes potes.
-Il est claqué au sol, ton contrat.
Les fêtes cool sont déjà toutes passées.
C'est tout ce que tu proposes ? -Faut trouver une solution.
-Ouais, comme rendre mon portable. -Si tu montres de la bonne volonté.
Je suis pas seul à décider.
-Maman a pas besoin d'être au courant.
-Si, quand même.
-Vas-y, comme tu veux.
-Attends !
Si je te le redonne une demi-heure le soir,
tu respectes le contrat ?
-Deux heures.
-Une heure, et tu refais ta rédaction pour le prof.
-Ca marche.
Je peux l'avoir avant que maman rentre ?
-Ouais, OK.
-Mais quelle énergie !
-Si je bouge pas, ça va pas.
-T'as pas visité Marseille ?
-J'ai pas eu le temps. J'ai revissé les portes du placard,
refait l'étagère du cellier,
celle qui est... J'ai rangé l'atelier de Barth :
impossible de retrouver ses outils. -T'es pas obligé de faire tout ça.
-Vous m'invitez, je me rends utile. C'est plus fort que moi,
je tiens ça de mon... de notre père.
Avec lui, fallait que tout soit... -Rangé.
-Carré.
-Ca, c'est pas passé dans mon ADN.
J'aime les maisons en désordre, ça les rend plus vivantes.
Où est le porte-manteau ? -J'en étais sûr !
Je vais t'expliquer.
-N'importe quoi !
-Tu viens pas te coucher ?
-Je cherche le bouquin sur Notre-Dame de la Garde,
je vais le donner à Fred pour le motiver.
-T'as regardé là ?
Qu'est-ce qu'il fait là, lui ? Il est pas à sa place.
Mes bouquins de cuisine, ils sont où ?
-Je comprends : c'est classé par ordre alphabétique.
-Ton frangin est passé par là. -Après avoir rangé ton atelier.
-Il va trier mes chaussettes par couleur ?
Faut qu'il se détende, ton frangin. -Après 20 ans dans la marine...
-Le soir, au coucher, je peux aller lui faire faire un garde-à-vous !
N'importe quoi !
-Y a même pas de fautes d'orthographe.
C'est bien ! -Merci.
Et... je voulais te dire...
J'ai pas été très cool avec toi.
Donc... pardon.
-Continue comme ça et tu récupéreras ton portable.
-A ce soir, je t'aime. -A ce soir.
Je croyais pas trop à ton histoire de contrat, mais ça marche.
-Il a compris où était son intérêt.
-T'assures, mon amour.
-Pardon du retard.
Une réunion interminable.
Vous avez le reportage au stade ? -Oui.
J'ai fait un peu le tri.
Là, on voit Margaux
qui s'entraîne avec Verdane, coachée par Jeanne Brunet.
Pas de traces de Benatia.
-Tant pis. -Attendez.
A la fin, on voit
Jeanne Brunet sans Margaux ni son guide,
qui parle avec un homme.
Ensuite, on la voit aller vers le vestiaire.
Il est 11h12, juste avant sa mort.
-Peut-être qu'elle a aperçu Benatia.
Lui pourrait nous le dire.
C'est qui ? -Pierre Revol.
Il est entraîneur à Bordeaux.
Il est parti hier matin. Je lui ai laissé un message.
Téléphone.
C'est pas lui. -Bon.
Voilà ton protégé.
-Voilà, super !
L'Asie du Sud-Est est tombée. Votre tuyau là : pas bon.
-Quel tuyau ?
-Rien...
Tu t'es débrouillé, non ? -Oui. Non.
Je sais pas.
J'ai le brouillon de la dissertation.
-Comment ça s'est passé, l'histoire-géo ?
-On attend.
Alors ?
Je me suis planté !
-C'est pas moi qui corrige. -Alea jacta est, c'est foutu.
-Avec le coefficient du grand oral, tu vas rattraper tout le reste.
-Elle a raison. Allez, allez ! Pas de temps à perdre. Au trot !
-J'espère qu'il va l'avoir.
-On a du nouveau ? -Oui.
J'ai eu Pierre Revol, l'entraîneur qui a parlé à Jeanne Brunet.
Benatia la préoccupait pas. C'était Gilles Lormont.
-Gilles Lormont ? -Le nom de naissance de Verdane.
Y a dix ans, il courait le 110m haies dans son club à Bordeaux.
Il a arrêté l'athlétisme en mai 2021.
-En mai 2021 ?
-Après l'accident de Margaux. Elle a été renversée
suite à une compétition, justement à Bordeaux.
-Depuis quand vous utilisez le nom de votre mère, M. Lormont ?
-Je l'ai pris après sa mort. Je voulais plus celui de mon père.
C'était pas un mec bien.
-C'était quand ?
-Y a quatre ans.
-A votre retour d'Argentine,
où vous avez passé quelques mois. Presque un an. Après,
vous vous êtes installé à Lyon,
où vous avez découvert le club handisport.
-Le stade était près de chez moi.
Je suis venu m'entraîner, j'ai vu ces athlètes.
J'étais admiratif
de leur résilience. L'aventure m'a tenté.
-Et vous êtes devenu guide. C'est original.
D'après les dirigeants de ParaLyon,
vous avez insisté pour devenir celui de Margaux.
-Pas spécialement. -Y a 5 ans,
vous faisiez déjà de l'athlétisme, mais à Bordeaux.
Vous avez tout arrêté en mai 2021.
-J'étais plus motivé.
-Après un meeting où Margaux avait remporté le 400m espoirs.
Ce soir-là,
près du stade, elle a été renversée par une moto qui a pris la fuite.
Vous aviez une moto, à l'époque. Une 125,
noire, immatriculée AT 123 BF.
Vous l'avez revendue juste après.
C'est vous qui avez causé son accident.
-Qu'allez-vous inventer ?
-Vous n'avez pas revu Margaux par hasard.
Vous avez changé de nom pour rejoindre son club,
que personne ne fasse le lien.
-C'est faux.
-La culpabilité vous rongeait. Vous aviez cassé son rêve.
Alors, vous avez décidé de l'aider à devenir une championne.
-Mais le passé s'est brutalement rappelé à vous y a deux jours.
Ce matin-là, votre ancien entraîneur vous a reconnu.
Enfin, il a reconnu Gilles Lormont et on a parlé à Jeanne Brunet.
-Elle vous a confronté dans les vestiaires.
-Quand j'étais en Argentine,
j'ai vu un documentaire sur les jeunes espoirs parathlètes.
Margaux était interviewée.
-Ca fait quatre ans que tu nous joues la comédie.
-Je me donne à fond pour elle.
Et ça marche.
Regarde nos résultats. On peut gagner la finale, aller aux Europe.
-Comment tu peux t'imaginer continuer de courir avec elle ?
Je rappelle Anne-Sophie.
-Attends !
C'est moi son guide.
-Margaux doit savoir la vérité, maintenant.
-Tu peux pas lui faire ça. -T'es responsable de son cauchemar.
Je ne serai pas ta complice.
-C'est un accident. Je fais tout pour me racheter.
-Tu cherches juste à te donner bonne conscience.
T'approche plus de Margaux. Laisse-moi passer.
-Non.
-Laisse-moi passer. -Non, Jeanne.
-Gilles, laisse-moi passer.
-Non, Jeanne. -Gilles, laisse-moi passer !
Lâche-moi, enfin ! -C'était un accident !
-T'es fou ! T'es malade ! -C'était un accident !
-C'était encore un accident ?
-Je voulais pas tout ça.
Je suis désolé.
-J'avais une confiance totale en Gilles.
On a partagé tellement de choses.
-Ca va aller ?
-Je me suis déjà relevée une fois, j'y arriverai.
C'est ce que Jeanne aurait voulu.
-Bonne chance pour la suite. -Merci.
-Margaux.
Je viens d'avoir ton message.
On y va ? -Oui.
-Qu'est-ce que tu fais là ? Ton ordi est en panne ?
-Non, mon client m'a demandé d'écrire une lettre pour sa copine.
La rédaction, c'est pas son fort, et il veut l'impressionner.
-C'est dans les missions d'un avocat, ça ?
-Pas vraiment, non. Je dépanne pour cette fois.
-Tu joues les Cyrano...
-Quoi ?
-T'as un plus joli nez. C'est moi qui l'ai fait !
Bonsoir tout le monde !
Y a quelqu'un ?
-Je suis là.
-T'as passé une bonne journée ? -Moi oui, mais pas ton frangin.
-Qu'est-ce qu'il a fait ? -Rien.
Depuis qu'il n'a plus rien à faire, il a pas bougé de sa chambre.
-On fait quoi ? -Je sais pas.
-C'est comme si tu n'arrivais pas à penser à toi, à te faire plaisir.
-A chaque fois que je dois prendre une décision, aller quelque part,
même acheter des fringues, j'ai comme un vertige.
-T'as toujours été comme ça ?
-Non. C'est depuis la retraite. Pendant 20 ans, j'ai obéi,
appliqué des règles. -La marine est un cadre rassurant.
-Et le retour à la vie civile, c'est compliqué.
-Mais il faut s'en sortir.
Adieu, amiral Dajet, bonjour Frédéric !
-Second maître.
-Oui, bon...
Pour profiter de la vie, t'es pile au bon endroit.
Hein, Constance ?
On va lui donner une formation accélérée.
-Premier exercice pratique : que veux-tu manger ?
-Ce que vous voulez. -Non. Ce que "tu"
veux manger.
-Ce que je veux ?
-Le premier truc qui te passe par la tête.
-Le premier truc ? Du homard à l'américaine !
-Quand tu te lâches, t'y vas pas avec le dos de la cuillère.
Dans cette cuisine si bien rangée, il y aurait du homard ?
-Non.
Mais quitte à sortir du cadre, allons au resto !
-On dit "à l'armoricaine", mon capitaine.
-Second maître.
-Elles sont où, les clés ?
-Tu les as laissées dans ton sac.
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