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-"La qualité de l'alimentation de nos enfants
"est aujourd'hui dans notre municipalité
"une priorité pour nous tous.
"Une cantine scolaire qui oublierait cette dimension
"ne serait pas à la hauteur de ce rendez-vous historique.
"C'est un enjeu de santé publique
"et nous affirmons haut et fort
"que qualité ne rime pas avec prix cher et fatalité.
"Des partenariats locaux
"avec des producteurs bio ont été mis en place
"avec des circuits courts."
-Un petit court-circuit, mon chéri ?
Je t'ai pas entendu ce matin, tu t'es levé tôt ?
-Je répète, c'est mon premier discours
que j'écris pour le maire, il faut que j'assure.
Tu dirais "l'alimentation de nos enfants"
ou "de vos enfants" ?
J'ai peur que "nos enfants" fasse un peu
mégalo, mais "vos enfants",
ça fait un peu détaché.
-"L'enfant", c'est neutre.
-Ouais. -Hein ?
Ca nous... -Bouh !
Rires. -J'ai ramené des croissants.
-Encore ? Tu nous gâtes. -Je fais ce que je peux.
-T'as quelque chose à nous demander ?
-Bah, ça va pas ?
Je suis juste
très bien élevé. -C'est vrai.
-Alice et XL sont plus là, alors je viens
aider un couple de vieilles personnes seules.
-"Vieilles personnes" ? Il se croit tout permis
parce qu'il vient m'aider pour mon discours.
Va te faire un café,
on a du boulot. -J'y vais.
-C'est louche, ces visites matinales.
-Typique du psychopathe. Il t'apporte des croissants
et au final, on retrouve les parents
enterrés dans le jardin. -Ne te moque pas.
Je connais mon fils. -OK. Je te lis la suite.
C'est l'idée, mais ça reste à peaufiner.
-C'est pas normal.
-Tu parles ou t'écoutes ? -J'écoute.
-Bon. Alors...
-Y a quelque chose. -Tu parles !
Générique.
...
-Bonjour, Constance.
-Bonjour, M. le juge.
Contente de vous voir.
Enfin revenu de votre lune de miel !
-J'aurais dû rester là-bas. -C'est agréable.
-Je dis ça juste pour le vol.
Onze heures de décalage avec Bora-Bora.
J'ai pas fermé l'oeil. Pour moi, la nuit commence.
-Avec Barth, on n'a pas fait de lune de miel,
mais on était fatigués.
-Toutes mes félicitations, M. le juge.
Bon, Stéphane Maury, 42 ans,
célibataire, sans enfant,
divorcé depuis 4 ans.
Poignardé hier soir à l'abdomen. Les éboueurs l'ont trouvé
ce matin. Ca ne semble pas
crapuleux. Il avait son portefeuille avec ses papiers
et son argent. Sa voiture est là, on relève les empreintes.
-Qu'est-ce qu'on a sur lui ?
-C'était le DG d'une start-up : "Chez moi, chez vous".
J'ai regardé sur Internet. Ils ont créé une appli
qui gère un réseau de location et d'échange de villas de luxe.
-Une agence immobilière.
-Sauf qu'il n'y a pas de frais d'agence
et qu'il faut être coopté par trois membres.
Un genre d'entre-soi.
-Rien que ça !
-Il devait pas être en repérage ici, vu le quartier.
On sait ce qu'il faisait ici ? -Pas encore.
Il habitait un coin plus chic, on perquisitionne.
J'ai déverrouillé son téléphone avec ses empreintes.
Dernier appel hier soir, il a tenté de nous contacter.
Enfin, nous, la police.
-"Essayé" ? -On a décroché au standard,
mais ça parlait pas.
Ils ont cru à une blague. Il a reçu
des SMS d'une Linda Perrin auxquels il n'a pas répondu.
-On sait qui c'est ? -Son assistante.
Elle avait l'air assez inquiète.
J'ai fait des captures d'écran.
Elle a envoyé avant-hier : "On va devenir quoi, nous,
"avec la vente de la boîte ? Tu nous dois des comptes."
-Une vente.
Ca peut susciter des jalousies
si tout le monde n'y trouve pas son compte, non ?
-Les membres de notre réseau ont la garantie
que leur villa est entre de bonnes mains
et un algorithme suggère des destinations
qui correspondent à leurs envies.
On propose aussi une plate-forme de services :
location, conciergerie, voyages...
Tout ça dans une seule application.
-Ca fait rêver.
-M. Maury a eu l'idée de cette appli ?
-Non. Il dirige la boîte depuis 2 ans.
M. Vignal l'a créée il y a 5 ans.
Ca fait 6 mois que je suis ici, je l'ai jamais rencontré.
Il y a beaucoup de turn-over, peu de monde a dû le voir ici.
Voilà, elle est là. Elle frappe.
-Merci, mademoiselle.
-Si vous avez besoin de moi... -Merci.
-Mme Perrin ?
-Excusez-moi. Je vous attendais. Bonjour.
Je vous en prie, asseyez-vous. -Merci.
-C'est son bureau.
-Personne ne semble être
au courant, ici. -Je ne sais pas comment
leur annoncer depuis qu'on m'a prévenue.
J'attendais d'en savoir plus avant de leur dire.
-Il s'agit d'un meurtre.
-Vous étiez proches ?
-Oui, assez.
Comme deux collègues qui passent beaucoup de temps ensemble.
Depuis 2 semaines, on le voyait moins.
Il venait quand ça lui chantait.
Ca lui ressemblait pas. Son boulot, c'était sa vie.
-Vous lui avez laissé des messages au sujet d'une vente...
Il ne vous répondait pas.
-Il est venu ici hier matin.
Porte.
Pourquoi tu réponds pas
à mes messages ? -Désolé, Linda,
j'ai pas eu le temps. -Quoi ?
Tu te fous de nous ?
La boîte a été vendue à un groupe, ils vont restructurer
et licencier, on sait pas ce qui nous attend
et t'as pas 5 minutes ?
-J'y suis pour rien.
C'est une décision d'Olivier. Tu peux l'appeler.
-Je le connais même pas. T'es notre seul interlocuteur.
Tu t'en vas déjà ? -Désolé, je dois partir.
-Mais tu viens à peine d'arriver !
-T'inquiète pas. Je te jure, je serai toujours là.
Il n'arrivera rien à personne, crois-moi.
-J'ai pas compris pourquoi il fuyait.
Il a toujours été attentif aux problèmes de chacun ici.
-Cette vente a dû lui rapporter gros.
Quelqu'un a pu se sentir spolié ?
-Stéphane n'est pas actionnaire. Ca ne lui a rien rapporté.
-On pourrait peut-être convoquer M. Vignal, non ?
-Hum.
-Vous feriez mieux d'aller chez lui.
-C'est magnifique.
-Mais ça ne correspond en rien aux villas à louer sur son appli.
L'intimité partagée, c'est pas son truc.
On frappe.
-Entrez.
-Bonjour.
-Entrez, je vous en prie.
Excusez le désordre.
Je rafraîchis l'aménagement.
J'ai rendez-vous avec ces messieurs-dames. Si vous pouvez
revenir plus tard... -Viens, on les laisse.
-Merci.
Ils sortent.
Je comprends pas ce qui a pu se passer.
-Quels étaient vos rapports avec M. Maury ?
-On s'est connus au lycée.
On est très vite devenus amis, puis...
on a fait nos études ensemble.
On s'est perdus de vue et on s'est revus
par hasard, il y a 3 ans, à Marseille.
Stéphane sortait d'une rupture douloureuse
et je l'ai logé.
Je l'ai aidé comme j'ai pu.
-Et vous lui avez proposé de rejoindre votre entreprise.
-C'est ça.
Puis il y a 2 ans, j'ai eu cet accident
qui m'a complètement anéanti.
Stéphane s'est montré très dévoué. En bossant
comme un dingue, en allant au siège,
en rencontrant des partenaires.
J'avais plus du tout envie de m'y rendre.
Plus envie de rien.
On peut pas être et avoir été.
Heureusement qu'il était là, au début.
-Au début ?
Vos employés ne vous ont pas vu davantage récemment.
Maury semblait gérer
seul votre entreprise. -Il a voulu
en faire de plus en plus.
Y compris dans ma vie privée.
C'était devenu une sorte d'obsession pour lui.
C'est vrai que j'ai lâché prise.
Je me suis laissé porter par lui.
-C'est plus le cas aujourd'hui.
-J'avais décidé de lui rendre sa liberté.
-Et regagner la vôtre.
-Maintenant, bien sûr, je le regrette.
-Vous regrettez quoi, exactement ?
-De m'être disputé avec lui.
-Et à 17 h, on a la visite virtuelle
de la villa de M. Bertrand par notre équipe.
-Je serai pas dispo, fais-la sans moi.
D'ailleurs, je dois me préparer.
-Comment ça ? Tu vas où ?
-A un concert.
-Un concert ?
-Oui, à un concert. Qu'est-ce qu'il y a d'extraordinaire ?
-Rien, mais ça va te fatiguer et tes douleurs vont revenir.
Donne-moi le nom de l'artiste.
Il y a sûrement un concert en ligne.
Ca t'évitera de bouger d'ici. -Stéphane...
Ca fait 2 ans que tu te sacrifies pour moi.
-C'est la moindre des choses, non ?
Et c'est pas un sacrifice.
Après mon divorce, sans toi, qui sait où je serais ?
-Tu aurais fait pareil pour moi. -C'est ce que je fais aujourd'hui.
-Tu vois pas que je suis devenu dépendant de toi ?
-Comment ça, dépendant ?
-J'ai déjà une armée d'infirmières.
J'ai pas besoin d'un chaperon en plus, tu comprends ?
-Non, je suis pas certain.
-J'ai eu beaucoup de chance de réchapper à cet accident.
Je veux plus m'interdire quoi que ce soit.
-Mais moi, je t'interdis rien.
-Si mais... Tu t'en rends même pas compte.
Ce concert, regarde. C'est pareil pour tout.
-OK. Puisque je suis un poids pour toi,
je vais te laisser.
Mais tu sais, on va devoir se voir pour la gestion de la boîte.
-Justement, à propos de la boîte,
il faut que je te dise.
-De quand date cette mise au point ?
-Il y a un mois à peu près.
-Il vous a recontacté ?
-Non, j'ai plus eu aucune nouvelle.
-Pourquoi ne pas lui avoir parlé de cette vente avant ?
-Ca aurait été un psychodrame.
Il aurait cherché à me dissuader.
Je voulais me débarrasser d'un boulet qui me pesait
depuis longtemps. -Un boulet...
Votre boîte ou M. Maury ?
-Un meurtrier à roulettes !
Sonnette. C'est repérable, quand même.
Flatté que vous m'en pensiez capable,
mais il faudra chercher ailleurs.
On frappe.
Laura, raccompagne messieurs-dames les juges,
s'il te plaît. On a terminé.
-Et vous êtes ?
-Laura Molina.
Je suis l'aide à domicile et le chauffeur de M. Vignal,
depuis 8 mois.
-Il est toujours aussi sympa ?
-Il vient de perdre un ami très cher.
Il est bien plus touché qu'il n'y paraît.
-C'est pour la nouvelle déco ?
Elles sont jolies, ces photos.
C'est un jeune artiste ?
-Non, c'est moi.
M. Vignal veut un peu de changement dans la maison.
-Ah.
-Il a dit être brouillé avec M. Maury. Vous confirmez ?
-Oui, c'est vrai.
-M. Maury vous en a parlé ?
-Quand Maury venait, c'était à peine bonjour au revoir.
Il pouvait être distant.
Il voulait pas que
quelqu'un s'interpose entre lui et M. Vignal.
-Bien. Merci, Mlle Molina.
Ne vous dérangez pas, on trouvera la sortie.
Distant ? C'est pas
le portrait que les collègues de Maury ont fait de lui.
-Qui est le plus gagnant
dans une relation de dépendance ? L'assistant ou l'assisté ?
-Si vous parlez de nous... -C'est vous, sans hésiter.
Ah, j'ai oublié de vous dire... -Boris ! Quelle tête
pour quelqu'un qui revient de Bora-Bora.
Il est 1 heure du matin, pour toi ? -Je suis apte
au travail. -Fais pas semblant. Garde ça
pour mon successeur.
-Ton successeur ?
Déjà ?
-Vous lui avez pas dit ?
-J'ai pas eu le temps... -J'ai anticipé mon départ,
figure-toi. La passation de pouvoir
est en marche.
Ben quoi ? Je t'avais bien dit que
j'allais vivre à Moscou avec Milena.
-Oui. Dans six mois.
-Oui, bon...
Tout s'est accéléré, je te passe les détails.
Mais bon, il est temps que je prenne ma retraite.
Mais je reviendrai souvent en France.
-Félicitations. -Attention,
je suis pas encore parti.
C'est pas le moment de se la couler douce.
-On n'a pas un débrief à se faire, nous ?
-Si. Si, si.
-Les occasions de changer de vie, à son âge,
il faut les saisir. Il n'a plus de temps à perdre.
Ca vous affecte ?
-Non...
Non, c'est très bien pour lui.
-Pour les procureurs, on sait ce qu'on perd,
mais on sait pas ce qu'on gagne.
-Des ennuis en moins ?
Allez.
-Ah, monsieur le juge, enfin ! Tenez.
Un clin d'oeil pour vos noces. -C'est gentil.
-J'ai passé le week-end avec Titou
à faire de la pâte à sel. -Ah !
Ah !
-Hein ?
-C'est vraiment très...
Très... -Créatif !
-Ah ! Oui, c'est vrai. -C'est ça.
Et...
-Et Nadia nous attend
dans votre bureau. Voilà.
On y va ?
-Eh bien, merci, Fanny.
-Ca va, Nadia ?
-La perquisition chez la victime n'a rien donné.
Maury louait un appartement dans le centre-ville
sans vraiment s'y installer.
Son ex était sans nouvelles depuis leur séparation.
-Aucun indice
sur ce qu'il venait faire
là où on l'a trouvé ? -Non.
Et il n'y était jamais allé avant. Léger ronflement.
-M. le juge ?
-Oui... Donc, on n'a que la scène de crime.
-Il faudrait trouver où se rendait Maury
quand il a été tué.
Et son GPS ? Il a peut-être rentré une adresse.
-On est dessus. Je vous tiens au courant.
-Eh ben, voilà. Parfait.
Je te dérange ?
-Pas du tout.
Il referme la porte.
-T'es pas crevée, toi ?
-J'ai dormi
dans l'avion. -Tu sais pour Quiring ?
-Il se sent déjà en vacances, on dirait.
-Ca va nous en faire !
Tu m'as manqué, ma femme, aujourd'hui.
Et avec le décalage, ça m'a paru encore plus long.
Qu'est-ce qu'il y a ?
-Rien.
J'ai un peu le cafard
d'être rentrée. Et de devoir
annuler ma formation de juriste
à Paris.
-Ils t'ont recalée ? -Au contraire.
Une place s'est libérée, mais ça commence demain.
-On peut pas se libérer du jour au lendemain !
-Y a un désistement de dernière minute.
C'est trop court pour que j'accepte.
Du coup, je repasse en bas de la pile.
-Ben, vas-y.
Cette formation est décisive pour ta carrière.
Et tu en avais tellement envie. Vas-y.
-C'est impossible.
Ludo a un boulot dans une boîte de nuit
à Cannes. Il pourra pas garder Raphaël.
-Eh ben...
j'irai le garder, moi.
Il aura même pas à quitter la maison. C'est encore mieux !
Et tu seras là les week-ends.
-C'est vrai, tu ferais ça ?
-Les époux se doivent respect, fidélité, secours
et assistance. C'est un peu tôt pour se défiler, non ?
-Merci, merci, merci...
Je pars tout préparer, alors ? -Hum.
-A ce soir, à la maison ? -Oui.
-Merci.
-Ca va pas, M. le juge ?
-Si, si, très bien.
On peut pas rêver mieux.
-Le GPS de Maury a parlé.
Il a rentré une adresse non loin de là où on l'a retrouvé.
Un petit immeuble, 6 locataires,
en partie loué par l'hôtel social
pour les gens en difficulté.
-Je vous laisse débrouiller ça ? Je vous remercie.
-Vous voulez pas
me dire ce qui va pas ?
-J'ai juste l'impression que tout le monde me fuit.
Quiring qui part sans rien me dire et maintenant, c'est Solène.
-Solène ? -Oui. Demain.
Elle va à Paris
pour une formation de trois mois.
-Là, par exemple, au lieu de
"menus qui respectent la saisonnalité des produits
"de notre belle région",
tu dis "dans le respect de la biodiversité..."
Tu vois la différence ? -Non, je vois pas.
-"Biodiversité", ça fait plus actuel, scientifique.
-Mais plus compliqué !
-Ca bosse dur.
-On vient de s'y remettre.
-C'est moi ou ça sent le brûlé ?
-Mes lasagnes !
-Y a des lasagnes ? -C'est pour toi.
Tu dînes avec nous ? -Ouais, grave.
-Comme ça, on pourra bosser après.
-Appelle Rebecca et le petit. Il adore les lasagnes de papi.
-Carrément, super idée. Je fais ça.
-J'ajoute deux couverts. -Ouais, trop bien.
-Bah... Tu t'en vas ?
-Rebecca a préparé à manger, je rentre dîner avec eux.
Mais on se fait ça vite. -Oui. Embrasse-les.
-Ouais.
Bon appétit.
-Et mon discours ?
Tu lui as dit quoi ?
-Je lui ai suggéré d'inviter Rebecca.
S'il est toujours fourré ici,
c'est qu'il a des problèmes chez lui.
Ca n'est pas bon signe.
-Arrête de tout dramatiser.
-Je me fais juste du souci pour mon fils.
-Pourquoi on se mêlerait de ses problèmes ?
-Il ose peut-être pas se confier.
-S'il a besoin de nous, il viendra nous parler.
-J'ai peur qu'il soit malheureux. -Oh !
Mais il est pas malheureux du tout, enfin !
Dis, j'ai deux trois doutes sur mon discours,
je peux te le relire ? -Oui.
Bien sûr. -Top !
-Je te préviens, je serai impitoyable !
-C'est pour ça que je te demande !
Alors...
Il se racle la gorge. -Ca commence bien.
-Attends de voir la suite.
-Hum...
Serviettes.
Tablette.
Bouquin.
Parapluie !
Il fait quel temps, à Paris ?
Boris ?
Il fait quel temps, à Paris ? -Je sais pas.
Gris, j'imagine.
Zip. -Je crois que c'est bon.
Ah !
Deux trois trucs à pas oublier pour Raphaël.
Je te les ai écrits par sécurité.
-Hum ! "Deux trois trucs" ?
-Oui.
Ca va ?
Tu regrettes pas de me laisser partir ?
-Terriblement.
J'ai déjà envie que tu sois revenue.
On n'irait pas se coucher ?
Tu te lèves tôt
demain matin. -Hum, hum.
-Non ? -Si, si.
...
Impression de document.
...
-Bonjour, Fanny. Ca va ?
-Bof.
Pas trop.
Quiring qui part, Solène aussi,
manquerait plus que tu me dises
que tu pars. -Ca risque pas d'arriver.
Mais je me ferais bien une semaine
à Bora-Bora, moi aussi !
Le juge est là ? -Dans son bureau.
Il a demandé à ne pas être
dérangé.
Elle frappe doucement.
-J'entre ?
(J'entre.)
Légers ronflements.
...
Hum, hum.
M. le juge ?
-Perdon, excusez-moi.
C'est ce "jet lag", j'ai l'impression d'être
plus fatigué qu'hier. -C'est le "jet lag"
ou votre lecture ?
-C'est la liste de Solène sur l'emploi du temps
de Raphaël.
Vous me faites réciter ? -Euh, oui.
-Alors, lundi :
cours de dessin l'après-midi. Bien nettoyer le matériel.
Mardi : sport.
Lui donner son survêtement.
Attendez, on est quel jour ? -Mardi.
"Inscription aux échecs". C'est marqué en rouge.
-Ah oui ! Et il faut être à l'heure, sinon, c'est cuit.
Plus de place, aucun recours. On frappe.
-Comment ça se passe ?
Pas trop sous l'eau ? -Non, ça va.
-Si vous avez besoin
de moi... -Non.
Tout va bien.
-Bien. Bien, bien... Et Raphaël ?
-Il n'est pas sur la liste
des suspects. -Oui... A propos,
ce crime, on en est où ?
-Ca avance, on va vous faire
un rapport. -Voilà, on va vous faire ça !
Mais faut nous laisser travailler.
-Une petite sieste te ferait du bien.
-Si j'ai en plus mon père sur le dos, j'y arriverai pas.
-Moi aussi, j'ai travaillé
sur ma liste. Je vous montre ?
J'ai pu avoir la liste des locataires de l'hôtel social,
là où se rendait Maury.
-Vous pourriez me passer mon café ?
Laura Molina ? C'est l'assistante de Vignal.
-Elle loue un studio depuis un an.
Maury y allait pour la rencontrer.
Nadia va perquisitionner son domicile.
-C'est parfait.
-Je vous l'ai dit,
j'ai pas de liaison avec Stéphane Maury.
-C'est quand même
une sacrée coïncidence
de retrouver son corps près de chez vous.
-Et votre adresse dans son GPS.
-Je vous jure qu'il n'a jamais mis les pieds ici.
-De toute façon, on le saura bientôt.
-Vous pouvez venir, s'il vous plaît ?
Vêtements de marque,
sac et montre de luxe.
Tout ça, c'était dans cette penderie.
-Ca tranche un peu avec le décor.
-Qu'est-ce que ça vous inspire ?
-Des amis généreux ?
Nadia ? -Oui ?
-Il faudrait emmener tout ça au palais.
-Très bien.
-C'est avec votre salaire que vous achetez tout ça ?
Si vous les avez pas achetés, on vous les a offerts ?
Qui ?
Stéphane Maury, par exemple ?
-Sa voiture était garée
en bas de chez vous le soir où il a été tué.
-C'est Olivier Vignal qui m'a offert tout ça.
-Depuis quand ça dure
entre vous et votre employeur ?
-A peu près deux mois.
Ca s'est fait naturellement.
Au début, j'étais son chauffeur.
Mais on bougeait pas, rien n'était possible.
Je lui ai juste montré qu'il avait tort
de croire qu'étant handicapé, il pouvait rien faire.
Je suis arrivée au bon moment.
Je crois qu'il en avait besoin.
-Et ?
-Et on a commencé à sortir.
On s'amusait.
Vous soupçonneriez un monsieur chic en fauteuil roulant
capable de voler dans un supermarché ?
-Vous lui avez redonné goût à la vie,
et lui, confiance en vous. Comme avec les photos.
-Là d'où je viens, personne m'a jamais considérée.
Ces photos, je les avais jamais montrées.
On se serait moqué de moi. La gamine de la rue
qui se prend pour une artiste ! Lui, il me pense pas
trop bête pour apprécier les belles choses.
-Comme toutes celles qu'il vous a offertes.
-Et alors ?
C'est un crime de recevoir des cadeaux ?
-C'est une jolie histoire que vous nous racontez là.
Mais dans cette histoire, vous oubliez
que Stéphane Maury est mort.
Et qu'il semblait avoir une relation exclusive
avec M. Vignal. -Vous croyez quoi ?
Que je l'ai tué parce qu'il était jaloux ?
-Avec votre arrivée, il perdait
de l'influence sur son ami.
Il savait pour votre relation ? -Je l'ignore.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il vous a menacée ?
Vous avez eu peur et vous vous êtes défendue ?
-Je vous jure que j'ai pas tué Stéphane.
-Je pense que ça suffit pour aujourd'hui.
Je vous mets en examen pour le meurtre
de Stéphane Maury.
Imprimante.
-Et voilà. Le compte-rendu d'audition.
-Merci.
-Bon, alors ?
-Pour moi, elle nous balade. Y a pas d'histoire d'amour sincère,
juste une séduction
à des fins intéressées. Comme a dû le penser Maury.
Sauf à obtenir des aveux,
je vois pas comment on pourra établir son implication.
-Ah, au fait, Constance.
Un policier a apporté ça pour toi. -Merci.
C'est les photos.
Pas mal, hein ?
-Oui, oui. Elle est douée.
-Y a de la tendresse dans ce regard, non ?
De l'émotion.
De la complicité.
-Mouais.
-Laissez tomber. Hum, hum.
-Et lui, c'est qui ?
-Peut-être le début
d'une vraie preuve.
Sonnerie de portable.
-Oui, Raphaël ?
Tes baskets ?
Mais... Ah oui, tu as sport !
Ben, écoute...
Je passe à la maison et je te les amène à l'école.
A tout de suite. J'ai oublié
de donner
ses baskets à Raphaël. Je reviens.
-Oui. Moi aussi, j'ai hâte de te retrouver "moya lyubov".
J'essaie de secouer la chancellerie pour qu'ils nomment mon successeur,
mais l'Administration, tu connais...
Pour le reste ? Oh, tout est calme.
Hein ? Allô ?
Allô ?
Oui... D'accord, ma ch...
On se rappelle ce soir. Oui, je t'aime.
Boris ? Y a un problème ?
-J'ai oublié de donner ses baskets à Raphaël.
Je dois repasser à la maison... -Tu reviens ?
-Bien sûr.
-On se voit tout à l'heure ? -Oui...
Enfin, pas sûr... -Ah bon ?
-Je dois y aller, là. -Eh ben, vas-y.
-Quoi ? De quoi tu me parles ?
Je suis sorti une fois ce mois-ci, Rebecca, arrête !
Oui, je suis rentré à 2 h.
Et alors ? J'aurais pu rentrer à 5 h...
Je t'ai appelée dix fois. Regarde ton portable.
Tu sais quoi ? Ca me soûle.
J'ai pas envie de me justifier.
C'est pas mon problème.
Très bien.
Comme ça, je pourrai bosser tranquille.
Allez, ciao !
-Alors, mission accomplie ? -Oui.
Vous avez du neuf ?
-Nadia l'a retrouvé dans le fichier central.
Alexis Briard, 31 ans.
Condamné il y a 10 ans pour vol, recel, cambriolage dans la région.
Il a pris trois ans de prison ferme.
Et je suis allée aux archives.
Devinez qui a été entendu comme témoin
dans cette affaire.
Mademoiselle Laura Molina.
Mais sa complicité n'ayant pas été prouvée,
elle a été blanchie.
-Rien d'autre sur Briard ?
-Rien. Aucune adresse.
-A voir vos sourires, vous devez savoir où il est.
-La CAF lui verse une aide sociale. Il a laissé
son téléphone, pour le joindre...
Et Constance fait très bien
l'assistante sociale.
-Vous vous êtes fait passer... ?
-Vous étiez occupé avec les baskets de Raphaël,
j'allais pas vous attendre...
-Et combien de temps
vous lui avez parlé ? -Dix minutes.
Désolée, M. le juge,
la localisation instantanée
n'existe pas encore.
-On n'est pas loin de là où la victime s'est garée, non ?
-100 ou 200 mètres, je crois.
...
-Ca va être bon, on y est presque.
Vous ouvrez, Patrick ?
-Rassurez-moi, c'est pas
une aide au logement qu'il recevait ?
-En tout cas, il a fait
de sacrées économies. Quelques milliers d'euros.
Et c'est pas fini !
Alors, qu'est-ce qu'on a ?
Une montre de luxe,
un stylo en or,
une autre montre,
des lunettes...
Regardez. Tout est emballé, prêt à la revente.
-Vu le style, ça appartient à un ou plusieurs hommes fortunés.
-Ca va être long pour les retrouver.
On prolonge la garde à vue ?
-Peut-être pas si long que ça.
Regardez.
OV, ce sont bien vos initiales ?
-C'est elle qui m'a volé ?
-On n'a pas de preuves.
Mais si vous avez des éléments qui vont dans ce sens...
-Ca veut dire que notre relation, c'est...
qu'une vaste arnaque.
-Notre rôle, c'est juste de comprendre qui a tué M. Maury.
-C'est pas possible.
Laura n'a pas pu tuer Stéphane.
Laissez-moi, s'il vous plaît.
J'ai besoin d'être seul.
-Bon, reprenons. Molina vole Vignal
et se sert de Briard pour revendre le butin.
-Ou Briard se sert de Laura pour qu'elle vole son patron.
-Maury a dû les suivre pour les confondre.
Il avait de quoi. Et ça expliquerait pourquoi
il a voulu appeler la police.
-C'est terrible pour Vignal.
Il reprenait goût à la vie grâce à elle.
-C'est un palais de justice, ici, pas le bureau des coeurs.
-Elle est peut-être amoureuse de lui.
-Vous croyez aux contes de fées ?
Elle doit être la maîtresse de Briard. Concentrez-vous.
On a des aveux
à obtenir. -Je m'y emploie, M. le juge.
Je suis sûre que la clé est là, dans cette histoire d'amour.
-Je les ai trouvés
dans une benne à ordures.
Maintenant, si vous me dites qu'ils ont été volés...
j'y suis pour rien, moi.
-Ca alors !
C'est une sacrée coïncidence.
On a retracé leur origine, ils appartiennent à M. Vignal,
le patron de Laura Molina,
votre ancienne complice.
-Et il se trouve qu'Olivier Vignal
est aussi un proche de Stéphane Maury, la victime.
Vous me suivez ?
-M. Maury allait dénoncer
votre trafic à la police. Il fallait le faire taire.
Votre avocat va devoir être
très imaginatif pour prouver
que vous êtes innocent de ce crime.
-Bon, admettons que vous n'ayez eu aucune raison
de vous en prendre à Stéphane Maury, la victime,
on voudrait que vous nous aidiez à prouver que c'est
votre petite amie qui l'a tué. -Laura n'est pas
ma petite amie. -Ah ? Elle est quoi, alors ?
-On se connaît depuis toujours.
Nos parents habitaient sur le même palier.
-Pourquoi Laura
n'a pas choisi de disparaître quand Maury vous a découvert ?
Elle avait peut-être
une bonne raison de rester.
Pas pour sauver votre petit trafic,
mais pour sauver son histoire avec Vignal. C'est ça ?
Elle l'aime.
M. Briard, arrêtez de la protéger. Ca peut vous coûter cher.
-Association de malfaiteurs, recel,
abus de faiblesse et, pour vous, récidive.
Si on ajoute complicité de meurtre...
-Dites-nous ce que vous savez
et vous serez libre.
-Elle n'a rien fait.
C'est moi qui ai tué Maury.
C'était mon idée, de profiter de Vignal,
quand il a offert des cadeaux à Laura.
Je pouvais pas savoir qu'elle tomberait amoureuse.
Et je pouvais pas laisser faire ce mec, Maury.
Il voulait détruire sa vie.
Juste quand elle était
enfin heureuse.
Remue-ménage.
Il a dû aller chez elle ce soir-là,
la voir sortir et la suivre jusqu'au parking.
Tu tombes bien, j'allais partir.
-Non, je t'ai déjà dit, j'en veux plus de cet argent.
Je veux plus mentir à Olivier. Vends ce qui reste et garde tout.
Vends tout et garde l'argent.
-OK.
-Je suis pas venue
pour ça.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Olivier m'a demandé qu'on emménage ensemble.
-Non ?
Et alors ?
-J'ai dit oui.
-Je suis trop content pour toi.
-Hé !
Tu vas t'en sortir, toi aussi, hein ?
-Hum. Tu vas surtout m'oublier. -Frère
et soeur de galère...
-A la guerre comme à la guerre. -Jamais à terre.
Et pour toujours... -Solidaires.
-Putain, j'en étais sûr.
T'es vraiment une sacrée salope !
-T'es qui, toi ?! -C'est bon,
je le connais. -J'étais venu te dire
de lâcher Olivier.
J'espère que t'oseras pas revenir chez lui
après ça. -Depuis le début, tu me juges.
Mais tu me connais pas !
-Tu m'expliques ce qui se passe ?
Laura sanglote.
Hé ?
Ca va ?
Viens.
Elle s'en voulait d'y avoir cru.
La seule belle histoire d'amour de sa vie.
Franchement,
vous trouvez pas ça injuste ?
Elle a pas fait tant de mal que ça, non ?
Bouge pas,
je reviens. -Non, reste ici. Alexis !
-Hé !
Ecoute bien. T'as rien vu, rien entendu, c'est clair ?
Tu rentres chez toi et tu nous oublies, t'as compris ?
-T'as peur ? J'en ai rien à foutre de toi.
Elle va payer pour le mal...
-Tu fais quoi ? -J'appelle les flics.
J'ai une histoire qui les intéressera.
-Lâche ce téléphone.
-Laisse-la tomber. Elle en vaut pas la peine.
-Je t'avais dit
de me laisser tranquille.
*-Vous êtes en relation avec le 17 Police Secours.
*Votre numéro est identifié
*et votre communication sera enregistrée.
*-Police secours,
*j'écoute. Allô ?
-Qu'est-ce que t'as fait ?
-T'inquiète pas, ça va aller.
Elle et moi, on s'est toujours protégés.
-Pourquoi être resté à Marseille, après ?
-Où vouliez-vous que j'aille ?
Je pouvais pas la laisser toute seule.
-Bravo, Constance. Vous avez vu juste
pour la relation entre Molina et Vignal.
-Je vous laisse. -Oui...
-Boris !
-Pour les hivers,
à Moscou, la chapka est recommandée.
-Ce que c'est drôle, ça, Meyer !
Je te cherchais partout.
Raphaël l'a oubliée la dernière fois qu'il est passé.
-Elle lui va plus
de toute façon.
-Il m'avait écrasé aux échecs.
-Merde, les échecs ! -Quoi, les échecs ?
-J'ai pas le temps. En taxi, j'ai une chance
d'y arriver. Je file.
-Boris !
La casquette !
-S'il vous plaît.
...
Elle vous aime.
-J'ai mis du temps à l'accepter.
Une fille comme elle avec un homme comme moi.
Combien d'années elle va prendre ?
-Je veux pas vous donner de faux espoirs.
Elle a des circonstances atténuantes.
Elle est seulement accusée
de complicité. -Peu importe.
Je l'attendrai.
-"Notre ville est au coeur d'un environnement
"d'une formidable richesse en biodiversité.
"A travers une coopération accrue
"avec des producteurs issus de la région,
"elle est en mesure
"d'offrir des menus scolaires de qualité.
"Ensemble, nous pouvons transformer ce qui semblait
"être hier une fatalité en un avenir pérenne !
"Demain, pour la santé de nos enfants..."
J'ai pas l'air un peu trop exalté ?
-Bah, si. C'est le maire qui va le lire !
-Lui ou moi, c'est pareil.
Je vais quand même l'appeler.
Par politesse.
-Oui, monsieur... -Maman ?
Tu l'as entendu ? -Oui.
-Il se prend pour de Gaulle !
-Ca fait longtemps qu'on s'est pas fait
une petite excursion en famille avec Rebecca, Tony...
-On fera ça à l'occase.
-On m'a parlé d'un super gîte dans l'arrière-pays.
Mais il faut
se dépêcher pour réserver. -On verra, maman.
-Je vais en parler
avec Rebecca. -Non, attends.
Ne l'appelle pas,
s'te plaît. -Qu'est-ce qui se passe ?
-Rien. Rien de grave.
C'est juste que c'est pas la fête
à la maison, en ce moment.
La vie de famille, le boulot...
Je suis un peu paumé.
Avec Rebecca, on n'arrête pas
de se prendre la tête. Et ça déteint sur Tony.
Je suis à fleur de peau,
du coup...
Je me sens nul.
-Vous êtes
en crise, voilà tout.
La famille, c'est un bateau. Faut traverser
les tempêtes, maintenir le cap,
tenir la barre,
surveiller les vents.
C'est une veille permanente.
-C'est pas le Vendée Globe !
Il faut prendre ça
avec un peu de recul et de légèreté aussi.
Sans oublier de profiter de la vie. -Les discours du maire :
"Chers administrés, en cas de problème,
"gardez le sourire !" -Au moins, on ne se pollue pas
l'existence avec des problèmes futiles.
-Comme le bien-être de sa femme et de son fils ?
-Mais je ne parle pas de ça.
Je dis qu'Antoine est assez grand...
-Arrêtez, vous allez pas vous y mettre ?
Vous avez tous les deux raison, OK ?
J'ai quelque chose à vous demander.
Est-ce que je peux dormir ici, ce soir ?
Et demain... le temps que ça se tasse ?
-Bien sûr, mon chéri, t'es ici chez toi.
-Comme ça, on pourra bosser
sur un très beau discours ! -J'ai de la chance de vous avoir.
-On a de la chance de s'avoir.
Et ça, il faut jamais l'oublier.
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