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Zulu
...
-Salut, papa.
-Salut, mon grand. Ca va ?
-Ouais.
-Ca va, chéri ? -Ouais.
Rebecca et Tony sont bien arrivés à Montréal.
-C'est bien. -Je suis pris en stage
chez Jolly. -C'est super.
-Il est connu ?
-Le plus gros pénaliste du coin.
-Je suis content pour toi. On s'en reparle plus tard.
J'y vais. -Un café
entre stagiaires ? -Ouais.
-Je t'ai pas entendu rentrer, cette nuit.
-Les réunions de quartier, c'est long.
-Ca va pas ? -Si, si.
Si, si. Bonne journée.
Vibreur.
-C'est cool,
ce stage, pour moi. -J'ai pas le temps.
Bisous, à plus.
-Super...
...
-Nadia m'a dit que c'était le ponton No3.
M. le juge. -Oui ?
-C'est là-bas. -Oui.
Je la regardais pas. -Bien sûr.
-J'ai les mêmes runnings. -"Runnings" ?
-Ca s'appelle comme ça. On a un amorti, une stabilité.
Un retour d'énergie. -Je vous crois.
Vous courez avec l'assoc' du palais ?
-J'espère. L'autre fois, ils ont annulé. C'est sur le bateau ?
-J'en ai bien peur.
Bonjour, Nadia.
-Un employé de la capitainerie nous a prévenus.
Ils ont bougé le bateau pour des travaux.
Le corps était dans la cabine.
Soupir. -Ca va aller.
-Poignardé à l'abdomen. Mort entre 22h et minuit.
-Vous avez l'arme du crime ?
-Non et vu la plaie, c'est pas un couteau. Les plongeurs cherchent.
-Vous avez son identité ? -Fabrice Vernon,
le propriétaire du bateau. -Vernon ?
-Vous le connaissez ? -Oui.
Du lycée à Nîmes. Un copain de Barth.
On s'est pas revus
depuis.
-Il vivait pas à bord ? -Non, à Aix avec sa femme.
Le meurtrier se fichait de l'argent,
il a laissé ses cartes bleues et 300E.
Rien n'a été fouillé. -D'autres gens à quai hier ?
-Un Hollandais imbibé. Il parlait de "changer l'eau du bocal".
C'est son expression. -Hmm.
-Il a vu un homme s'éloigner en moto.
-A l'heure du crime ? -"Dans la nuit".
Vidéosurveillance inexploitable.
-Il était coach de vie.
"Vivez enfin votre vie.
Apprenez à devenir vous-même."
-A 20h30, il dédicaçait son livre dans une librairie vers l'opéra.
-Donc, il venait de rentrer quand...
Faut que je sorte.
Excusez-moi.
-Il aura pas tenu dix minutes.
-Tu m'appelles quand tu peux. A plus tard.
-Hum...
-Ca va ?
-Oui, très bien. Vous avez appelé votre mari ?
-J'ai laissé un message.
Ils se sont connus au collège. Après le bac, Fabrice a pris
un cargo pour voir du pays.
C'était un passionné, curieux des autres.
C'était quelqu'un de bien.
-M. le juge.
Un des plongeurs a trouvé ça.
Ca correspond à la plaie. C'est un épissoir pour faire des noeuds.
-Vous faites de la voile ? -Non,
le plongeur l'a dit.
Avec l'eau, pas d'empreintes.
-Allez à la librairie.
On va chez sa femme.
Et Constance, en voiture, doucement.
-Quand il était sur Marseille, il dormait sur son bateau.
Dès qu'il pouvait, il sortait en mer.
Ca lui rappelait sa jeunesse. -Vous l'avez vu quand
pour la dernière fois ?
-Hier en début d'après-midi.
Après, je suis partie à Bandol déménager mon père.
J'ai appelé Fabrice
en rentrant, il finissait ses dédicaces.
Il devait être 21h30. -Qui savait
qu'il était à Marseille ?
-Il organisait un séminaire.
Et peut-être des personnes qu'il coachait.
Il consulte par webcam mais parfois...
Ca lui arrivait de les voir en face-à-face.
-Il nous faut la liste des clients.
Il avait des problèmes avec certains ?
-Non, aucun.
Fabrice les aidait.
C'était un homme extraordinaire. J'en suis la preuve.
-Il a été votre coach ? -Oui.
On s'est connus
il y a 6 ans.
Ma mère venait de mourir.
Une femme brillante. C'est elle qui a peint cette toile.
J'avais du mal à exister à côté d'elle.
Il m'a donné confiance en moi.
Sans lui, j'en serais pas là.
-Quelle différence entre coaching et thérapie ?
-Dans le coaching, on cherche pas l'origine du problème.
On veut aller mieux au présent. Ca passe par des exercices
adaptés à chacun.
Tenez. Tout est là. Mais j'ai pas son mot de passe.
-On va s'en occuper.
-Cette photo a été prise où ? -En Nouvelle-Calédonie.
Fabrice a vécu
des années dans le Pacifique.
-Chouette boulot. Il aide une cliente
et hop, il l'épouse.
Elle a 20 ans de moins que lui. -C'est la mode.
-Vernon était à la librairie de 20h30 à 21h45.
Il a lu un extrait de son livre.
Après, un taxi l'a déposé sur le Vieux-Port.
-Le tueur le savait sur le bateau. -Voilà les clients.
-Pas de mot de passe ? -Bien sûr.
-A 17h, le coach avait une séance avec L. S.
Il ne notait
que les initiales.
-Ca n'aide pas. -A 18h, la mairie,
sûrement pour le séminaire.
-Votre mari a pu le voir. -Il me l'aurait dit !
Il m'a toujours pas rappelée.
Elle frappe. -Oui ?
-M. Meyer est là. -Ah.
-Il a préféré passer.
-Faites-le entrer.
-M. Meyer ?
-Merci. -Bonjour.
-Bonjour. Je ne dérange pas ?
-Non, non.
Pas du tout.
-J'ai appris la mort de Vernon.
On se connaissait d'avant, on était potes au lycée.
Je lui ai parlé hier. -Tu m'as rien dit.
-Parce qu'Antoine est arrivé. -Quand même !
C'est la mort de Fabrice.
-Excusez-moi.
Excusez-moi.
Vous lui avez parlé.
-J'ai peut-être quelque chose. -Tu lui as parlé quand ?
Où ? -Constance !
Je vais entendre M. Meyer seul, c'est préférable.
-On se sent coupable, ici.
Rire.
Vous avez vu Vernon à la mairie. -Oui.
En fin d'après-midi. Il préparait un séminaire.
Je l'ai vu dans un couloir.
Je l'ai pas cru.
C'est comme la chanson de Bruel, mais on avait pas rendez-vous,
et on avait 50 ans.
On est allés boire un coup
dans un café, on a parlé du passé, des conneries qu'on avait faites.
-Alors, t'habites Marseille ?
-C'est une longue histoire.
Je vais pas tout vous raconter ? -Sauf si c'est utile.
-Non, pas vraiment. Sauf qu'il y avait un truc bizarre.
Pendant qu'on parlait,
quelqu'un voulait le joindre.
C'est du pipeau, le coaching ! Vibreur.
"Maximiser le potentiel
vous change la vie !"
-Tu serais étonné.
-C'est comme repeindre
un mur fissuré.
...
-Tu as toujours de l'humour.
Au séminaire,
on va créer du lien, ça soude les équipes.
-Dans mon service, ça va. On manque de moyens.
-Les moyens, on les trouve si on pense différemment.
Il faut une nouvelles dynamique, oublier ses habitudes.
... Etre curieux.
... -Tu veux pas savoir qui c'est ?
...
-Allô ?
Je ne pouvais pas répondre.
-Il a fini par prendre l'appel.
J'ai senti que ça s'éterniserait, j'ai préféré partir.
J'avais une réunion.
L'année prochaine, on doit construire une crèche bio.
-Il faut voir les choses en face, ça n'a pas marché.
-Fabrice. C'est moi qui t'appelle.
Ciao.
Je sais pas qui c'était mais c'était très tendu.
Je pensais le revoir au séminaire
mais je l'ai pas revu.
Même si on s'était pas croisés
depuis longtemps, je suis touché.
-Merci.
-Meyer, vous pourrez donner ça à Fanny ?
J'en suis réduit à le transmettre.
-Toujours pas d'assistante ? -J'ai que des vacataires.
Celle qui est arrivée lundi s'est déjà fait porter pâle.
-Il y a un virus qui traîne. -Ou elles sont allergiques à moi.
L'exigence, c'est pas une maladie.
-Vous donnerez ça à Fanny ?
Barth !
-Fanny, c'est pour vous.
-Merci. -Vous étiez en audition ?
-Un témoin dans l'affaire Vernon. -Meyer connaît le témoin ?
-Euh oui, on peut dire ça.
-J'ai pas le temps. -Mais tu m'évites !
Que se passe-t-il ? -Rien.
Je suis venu entre deux rendez-vous.
On se parle ce soir.
-Qu'a dit mon mari ?
-Nous parlions
de ça.
On mélange un peu les genres, là.
-J'étais pas à l'audition. -Quelle déontologie !
-M. Meyer s'est présenté spontanément. Il a croisé Vernon
3h avant sa mort. -Vous connaissez ce Vernon ?
-On s'est connus, Mitterrand venait d'être élu !
-Dit comme ça...
-J'en ignorais tout jusqu'à aujourd'hui,
ni où il vivait ni avec qui. -C'est un dossier normal.
On poursuit l'instruction.
-Très bien, je vous laisse juge.
-M. le procureur, le président vous cherche.
-Pourquoi il m'a pas appelé ? Oh, j'ai plus de batterie.
Il y a 30 ans, avec les fixes,
on vivait pas ça. Mais c'est la préhistoire.
-Non. L'Antiquité.
Tenez, voilà le PV de votre mari. -Merci.
-Vous en êtes où avec M. Vernon ?
-Ah.
J'ai trouvé un forum d'avis de clients de coaches.
Pour Fabrice, c'est plutôt positif,
mais pas que. -Il est pas extraordinaire ?
-J'ai trouvé une jeune fille qui le trouve trop directif.
Une qui pense qu'il laisse pas la place à la personnalité.
Et un certain Christophe, "humilié au boulot".
Il l'a poussé à agir en vrai mec. Résultat, il a mis K.O. son patron.
Licencié. Le coach lui a pris 1 500E pour ça.
-Tarifs d'avocat.
Téléphone.
-Capitaine, je vous mets sur haut-parleur.
de Fabrice Vernon.
Je vous les envoie. C'est une cliente qui a appelé hier soir,
Laurence Santelli.
-Bien. Merci, capitaine.
-Laurence Santelli... L. S. Les initiales sur son agenda.
-C'est avec elle qu'il avait rendez-vous.
-Pourquoi avoir consulté Vernon ? -Il y a 3 mois,
mon copain m'a plaquée.
J'étais mal et... On me l'a recommandé.
-Son coaching vous a aidée ?
-Oui. Grâce à lui, je commençais à aller mieux.
Il me bousculait un peu
mais j'en avais besoin.
-Il vous bousculait ?
-Je devais jeter les affaires de mon ex,
ses habits, ses photos, ses cadeaux,
pour plus penser à lui.
Il m'a dit de repeindre ma chambre.
J'avoue que je sais pas trop comment je vais faire, maintenant.
-Vous avez appelé M. Vernon hier après votre séance.
-Oui.
Mon frère, Jérôme. Ce sont des juges.
Mon coach a été tué.
-Ah. Merde.
Café ?
-Non merci, non.
-Pourquoi avoir insisté pour parler à Vernon ?
Ca ne pouvait pas attendre ?
-Mon ex me harcelait.
Je savais pas quoi faire. -Vous avez dit
qu'il vous avait quittée.
-C'est compliqué, les ruptures.
Fabrice m'a calmée. Il trouvait les mots.
-Vous étiez où entre 22h et minuit ?
-J'étais ici. -Avec moi.
Pardon. On a dîné ensemble.
Après, on s'est maté un film.
On est partis se coucher, il devait être 23h.
-Oui, c'est ça. -Ecoutez, euh...
Depuis que ma soeur est avec ce coach,
elle va beaucoup mieux.
Alors...
Qu'aurait-elle à voir avec sa mort ?
-Santelli s'est embrouillée en parlant de la rupture.
-Oui.
Elle le voit puis elle appelle ?
Elle est dépendante. -Elle fait un transfert.
Elle le prend pour son sauveur. -Et si elle le harcelait ?
Il l'envoie balader, ça ne lui plaît pas.
-Et son frère la couvre ?
-Il en a donné l'impression.
Merci.
Je vais au jogging. -Amusez-vous bien.
-Alors, avec Fabrice ?
-On a bu un coup, quelqu'un l'a appelé.
-Tu as dit ça
au juge. Mais c'est pas tout.
-Quel juge ?
-Tu es là, toi ?
-J'avais pas de cravate.
-La bleue, très bien. Très sobre.
-On peut en parler.
Réponds-moi. On peut se parler.
-Hier, j'ai croisé un vieil ami. Il a été tué.
-Merde.
Tu t'es présenté spontanément au juge ?
-J'aide la justice.
-Parce que selon l'article 62...
-Tu as bien appris ton cours.
Garde ça pour ton stage. -Mais...
-Soyons clairs :
je ne suis pas suspect.
J'ai été entendu comme témoin.
-Je voulais juste t'aider.
Bonsoir.
-Et les cravates remontent à pied ?
-Les nouveaux badges du parking marchent pas.
-C'est chiant.
-C'est un prestataire qui gère ça.
Il m'a pas rappelée mais je lâcherai pas.
-Oui, c'est chiant.
-Alors, c'est vrai. Les juges, ça fait cavalier seul.
-Pardon ? -Les juges,
ça fait cavalier seul. -On dirait.
-Vous avez un bon rythme. -6min au km, ça va.
-Pour nous, c'est pas mal. Vous venez dîner après ?
-Je pense pas. -Ce soir, c'est thaï.
Super crabe farci.
-Je suis pas fruits de mer. -Ils ont de la viande.
Chacun propose ses adresses,
on découvre des nouveaux endroits.
Vous me dites et moi, je réserve.
-Je vous dirai.
Elle halète.
-On est seuls. Il y a pas de juge, pas d'apprenti avocat.
Alors, je t'écoute.
-Ben, on s'est vus. Ca m'a fait plaisir.
Il a pris un peu la grosse tête. Et puis, on a parlé de toi.
-Tu habites Marseille ?
-C'est une longue histoire.
J'ai suivi Constance. -Constance ?
Vous êtes mariés ? -Depuis 30 ans.
Deux enfants. Et un petit-fils. -Bravo.
Tu peux me remercier.
-Ah bon, pourquoi ? -Au lycée, elle m'aimait bien.
Elle m'a envoyé une lettre.
-Ah oui ? Elle t'envoyait des lettres ?
-Mais il s'est rien passé.
J'allais pas te la piquer.
-Et si on avait pas été potes... -Qui sait ?
T'es pas jaloux ?
Hein ? Si ça peut te rassurer,
j'aime ma femme.
Vibreur.
C'est vieux,
il y a prescription.
-Il m'a bassiné avec son coaching.
-Tu allais m'en parler ? -Au bon moment.
C'est quoi, cette lettre ? Rire.
-J'avais 17 ans.
-Et ? -Je me souviens plus.
Il avait du charme. -Ah, bien sûr.
Donc, tu as hésité entre lui et moi.
Mais il a pas dit oui. -Tu crois
que c'était par défaut ? -Tu aurais eu la belle vie.
-Je serais veuve. Tu t'entends ?
T'es ridicule, Barth.
-Tu as raison, je m'excuse.
Soupir.
Mais avec Fabrice, depuis toujours, c'est la compète.
Les études, le foot, les filles.
Devant lui, j'avais l'impression d'avoir 16 ans.
Et qu'on puisse se rater, ça m'a collé une angoisse !
-On n'aurait jamais pu se rater.
Léger rire.
Bonjour, M. le juge. Alors, c'était bien, hier soir ?
-Un enfer. -Ca allait trop vite ?
-Non, on traînait. Ca bavardait tickets restaurants, congés,
badges de parking... -Le mien a un problème.
-Solène s'en charge. -Solène ?
-Une fille du groupe. Soûlante. Pose plein de question.
Tout le monde l'adore.
Ils voulaient dîner. -Vous y êtes pas allé ?
-Je suis reparti courir seul. -Vous vouliez rencontrer des gens.
-J'aime pas le thaï.
-L'ex de Laurence Santelli l'a bien quittée.
Ils n'ont plus de contact.
-Elle a menti sur la raison de son appel à Vernon.
-Son téléphone borne chez elle dès 19h30.
-Le frère a dit la vérité. -Pas toute.
L'ex s'est tiré à cause de lui. Il a emménagé et c'est devenu invivable.
-Un envahissant.
-Il jouait au foot en pro.
Il s'est blessé. Il est devenu dépressif. Il vit aux crochets
de sa soeur cadre sup.
L'ex lui demande de choisir
entre eux deux.
-On connaît la réponse. -Il faisait
du chantage au suicide. -Le vrai problème
de Santelli, c'est son frère. Vernon a pu les éloigner.
-Et il a une moto.
-Ce serait lui ?
-C'est pas le seul motard du coin.
-Il a été flashé à 23h30 le soir du crime à deux rues
du Vieux-Port.
-10h40. Vous êtes en garde à vue. -Lâchez-moi !
-Arrêtez ! Lâchez-le !
Il a rien fait ! -Appelle l'avocat.
-Qu'est-ce que vous voulez entendre ?
J'ai déjà tout dit. -Vraiment ?
Selon votre ex, votre frère vous cause
des soucis.
Il a envahi votre vie, le chantage affectif, sa tentative de suicide.
-Il va pas bien. Je dois l'aider. -A quel prix ?
Celui de votre vie sentimentale ?
Sociale ?
C'est pour ça que vous voyez Vernon ?
Pour vous sortir de ce carcan ?
Pourquoi l'appeler, l'autre soir ?
-Je pouvais pas faire ce qu'il voulait.
J'ai essayé, c'est pas possible.
-Il voulait quoi ?
-Faire interner Jérôme.
Je dois être là pour lui.
-C'est pas le moment.
-J'ai besoin de vous.
trouvé un appart.
Un travail. Voyez les choses en face.
Ca n'a pas marché. -Fabrice.
Je t'appelle.
-Si, on en a déjà parlé.
Il est malade.
Il a besoin d'être pris en charge.
-Je m'en occuperai.
vous en avez peur. -Il me fera rien.
En l'hospitalisant,
vous vous sauvez. -Seule, j'y arriverai pas.
au même endroit qu'aujourd'hui
à 10h.
-Après ça, je me sentais mieux.
Oh ! -A qui tu parlais ?
-Tu connais pas. Je vais faire à manger.
-Euh... T'étais encore avec ton coach ?
Hein ?
Il t'a encore dit de te débarrasser de moi ?
Regarde-moi. -Ecoute, Jérôme...
Tu vas pas bien.
Il serait temps que tu parles au médecin,
que tu ailles à l'hôpital. -Je ne suis pas fou.
Rire amer.
Coup.
Sans toi, je ne sais pas où j'en serais !
Il y a que toi qui me sauvera ! Ne m'envoie pas chez les dingues !
Soupir.
...
Rire. Tu te rappelles de...
de ce qu'on s'est promis quand les parents sont morts ?
Il y a rien qui pourra nous séparer.
Hmm ? Alors...
S'il te plaît... Laisse-moi encore une chance.
Hmm ?
Il chantonne.
...
-Oh !
Rire.
...
-Arrête... Rire.
Non ! Arrête !
-Et ensuite ?
-Je suis montée sans dîner. J'ai pris des somnifères.
-Vous ignorez ce qu'il a fait ?
-J'ai pas voulu croire que sa mort avait à voir avec moi.
-L'internement, c'est radical.
Elle était pas prête. -Il voulait l'aider.
Il a agi comme il fallait. Jérôme avait besoin de soins médicaux.
-Mme Meyer ? -Oui.
-Pour vous. -Ah, merci.
Vous lui donnez quelque chose ? -Euh, oui.
Tenez. -Merci.
-C'est mon mari.
-Ouh là. On va avoir droit
au "témoin qui gâte la stagiaire".
-Corruption d'épouse. -Evitons ce mot.
-Evitons les malentendus. -Très bien.
Oh, Boris.
Je suis à nouveau joignable. Ca en est où, l'affaire Vernon ?
-On a un suspect, le frère d'une cliente.
Il a pris ombrage de son influence. -Des roses rouges ?
Dites donc ! C'est pour quelqu'un du...
Pardon. Ca me regarde pas.
Je suis heureux que... Et des fleurs, c'est bien,
pour dire que...
C'est bien. A plus tard, Boris.
-Vous me la présenterez. -Je vous retiens !
Je vous retiens.
Rire.
-Ah, M. le juge.
Me Jolly aura 15min de retard. -Il défend Santelli ?
-Oui. -Mon fils va en stage chez lui.
-Stagiaire, c'est une vocation familiale ?
-Jolly décortique toutes les procédures.
Il rate rien. -Avec vous, on craint rien.
-Tu aurais pas un vase ? -Elles sont jolies.
-C'est mon mari. Rire.
-Le vase.
-Vous ne dormiez pas et avez fait un tour
à moto.
-Oui. -Avec un arrêt
sur le Vieux-Port.
Vous y avez été flashé.
Ce explique vos empreintes sur le bateau de Vernon.
-M. le juge,
il est impossible de dater des empreintes.
En aucun cas, ce n'est une preuve à charge.
-De quand datent-elles ?
-Gardez le silence.
-Je veux exercer mon droit au silence.
-Je me mets à votre place. De quoi il se mêlait, ce coach ?
Il avait monté votre soeur contre vous.
-Que faites-vous ?
-Il avait pas le droit de vous enfermer.
-Des questions ?
-Votre soeur endormie,
vous êtes sorti. -Que d'élucubrations...
-Pour lui dire de dégager
de votre vie. -Oui.
-Monsieur. -Pas pour le tuer.
Mais ça a dégénéré.
-Je l'ai pas tué. Il était mort à mon arrivée.
Il y avait des photos partout.
Je voulais pas d'emmerdes. C'est pour ça que je me suis tiré.
C'est la vérité.
-Je demande à ce que soit pratiquée
une expertise psychologique de mon client
qui n'est pas dangereux.
-Parlez-nous de ces photos.
-Il y avait une espèce de... une bande blanche en bas.
-Des Polaroids ? -Oui.
Dessus, il y avait une femme.
Brune, je crois.
-Aucune photo n'a été retrouvée.
-Je les ai vues !
Je vous dis la vérité. Vous me croyez, vous.
-S'il l'a tué, pourquoi avouer y avoir été ?
-On avait ses empreintes. -Pourquoi parler
de ces Polaroids ?
Il dit la vérité.
-Et le tueur a ramassé les photos ? -Possible.
Le tueur a pu se cacher.
Santelli a vu une brune sur les clichés.
-Crime passionnel ?
-Ou une maîtresse.
-Non, pas elle...
C'est Solène, la fille du jogging.
Elle est passée ? -Oui. Non, elle vient vers vous.
Elle a l'air content.
-Bonjour, Boris.
Vous préférez peut-être
M. le juge ? -S'il vous plaît.
-On court ensemble.
Enfin, lui devant,
nous derrière.
On s'est déjà vues. Constance ? -Oui. Et vous, Solène.
Vous êtes dans quel service ?
-Constance,
on doit y aller.
-Au bureau du procureur Quiring.
-Quiring ?
-Je connais que le nom. Il est comment ?
-Très exigeant. -Et très rigoureux.
-Et un peu hautain ?
-Oui. -Très hautain.
-Mais vous verrez,
plus on le connaît... -Plus on l'aime.
N'est-ce pas ?
-Bon. Je vous dirai.
Merci, en tout cas.
A mardi.
-Très sympathique, cette Solène. -Quiring la supportera pas 2h.
-Alors, le courrier officiel, ici, et là...
Le reste. Dénonciations, plaintes...
Faites un premier tri.
Le mari d'une condamnée veut divorcer
et veut que la justice lui trouve une femme.
-Et organise la cérémonie ? -En tout cas, il faut répondre.
Là, les dossiers à constituer suivant la procédure.
Flagrants délits, citations directes...
Vous notez rien ?
-Pas la peine. J'ai une bonne mémoire.
-Ah.
Vous ferez le lien au sein du parquet :
répartition des permanences, coordination des substituts,
congés...
Vous suivez toujours ?
-Courriers, dénonciations, plaintes, flagrants délits.
-Dernier point :
la Cour d'appel nous réclame les statistiques des affaires.
En théorie, c'est hebdomadaire. C'est fastidieux.
-Et en pratique ?
-On a trois mois de retard.
-Disons que c'est trimestriel.
Je m'y mets tout de suite.
-Si Vernon avait été infidèle, on aurait des indices.
Et sur son bateau, on n'a jamais vu d'autre femme.
-On a pu passer à côté de quelque chose.
le courage d'agir,
de faire un petit pas chaque jour. Comme ça, on change sa vie.
Une des étapes du coaching sera d'identifier
les obstacles à votre plein potentiel.
Ces blocages, c'est en vous qu'ils se trouvent.
On n'avait d'yeux que pour ma mère. Elle avait tous les talents.
Je pouvais pas rivaliser.
Même après son décès, j'avais du mal à exister.
Fabrice m'a guidée.
Il m'a permis de me réaliser en tant que femme
et professionnelle.
-Il y a des moments...
Porte. -C'est moi, mon coeur.
Je peux plus les voir, à la mairie.
-C'est Fabrice, ça. -Oui.
Je suis là pour vous accompagner.
-Il était encore
pas mal. -J'ai le droit de dire oui ?
-Avec les potes du lycée, on a créé un groupe de messages.
Caillou s'en occupe. Tu t'en rappelles ?
-Non. -Un petit brun.
Son père avait un resto. Marshall, Villard, ça te dit rien ?
-On était pas dans la même classe.
-Et Meyer ? Tu t'en souviens ?
-Meyer, oui. Mais Meyer, j'ai même sa carte.
Zut, j'ai oublié tes fleurs au palais.
Mais elles étaient magnifiques.
Pendant l'interrogatoire, j'étais en face de Me Jolly.
-L'avocat chez qui Antoine doit faire son stage ?
-Il était pas à la hauteur de sa réputation.
Bip. -Qui c'est ?
Rire.
Regarde ce que Villard envoie.
-Que vous étiez
mignons ! -C'était après le bac.
Chez ses parents.
Il a mis une 2e photo. Là,
c'est Fabrice.
-Santelli a vu des Polaroids
autour du cadavre, sa mort peut
être liée à son passé.
-Il y avait quoi sur les photos ?
-Une brune.
-Il voyait une brune qui était pas du bahut.
Villard saura,
M. Je-Sais-Tout.
Bip.
C'est Villard qui m'a répondu.
"C'est Muriel Fabre, un canon. Il en était dingue.
Mais elle était maquée."
Il a envoyé une vidéo. Tiens.
-C'est Fabrice. -Oui.
Il a pas l'air gai. Là, ça doit être
Muriel.
Très maquée, la Muriel.
-C'est incroyable.
C'est le portrait de la femme de Vernon.
-Mon assistante a dit
que vous couriez ensemble. -Tiens.
Elle bavarde autant au bureau ? -Elle est efficace, souriante.
Celle-là, je la garde.
-J'ai un truc à vous montrer. -Bonjour, Meyer.
-M. le procureur. -Fanny.
-Alors ?
Oui. Et ?
Mme Vernon.
-Sa mère, Muriel Fabre.
-On dirait des jumelles.
-Quel rapport
avec la mort de Vernon ? -Il a 18 ans. Il l'aime.
Mais pas elle.
Elle a quelqu'un. -Attendez.
Vous l'avez connue ? -Non.
Un ami de mon mari m'a renseignée.
En 2013, après la mort de Muriel, il suit Audrey à Aix.
-Il aimait Muriel et il épouse sa fille ?
Il l'a pas rencontrée par hasard. -Il a pas dû lui dire.
-Les hommes ont un genre de femme.
-Dans une interview,
Audrey raconte souffrir de la comparaison avec sa mère.
-Si elle a tout découvert, elle a pu tuer.
D'après le relevé de votre alarme, vous êtes rentrée à 21h
mais vous l'avez réenclenchée 1h après
pour la couper de nouveau à 2h35.
Le temps d'un aller-retour au Vieux-Port.
-Vous me soupçonnez ?
-Vous êtes allée où ? -J'ai pas bougé.
J'ai mis l'alarme au rez-de-chaussée avant de monter.
J'ai fait une insomnie, je suis redescendue. Je l'ai recoupée.
Fabrice et moi, on s'adorait. -Vous, vous l'aimiez.
En revanche, lui...
Je l'ai connu au lycée. Il avait du charisme.
Il plaisait.
Mais c'était un romantique.
Il a embarqué sur un cargo
et a plus donné de nouvelles. J'ai appris hier
que c'était par déception amoureuse.
Inutile de vous présenter
celle qui l'a déçu ?
20 ans plus tard, il vous rencontre.
La ressemblance avec votre mère est incroyable.
Il va enfin vivre ce qu'il n'a pas vécu avec elle.
J'imagine la déception en découvrant cette trahison.
Fabrice vous a sortie de l'ombre d'une mère écrasante
mais en réalité, rien n'a changé.
Vous n'existiez pas, vous, Audrey.
Il voyait Muriel en vous.
Il pensait à elle tout le temps. -Arrêtez, s'il vous plaît.
En déménageant
les affaires de mon père,
je suis tombée sur une boîte.
Avec des photos de maman.
La voir avec Fabrice, ça a été un choc.
A son regard pour elle, j'ai compris.
Il était encore à la librairie.
Je pouvais pas attendre son retour. Attendre le lendemain.
Tu m'as jamais dit que tu connaissais maman.
-Ca aurait servi à quoi ? Vos relations étaient compliquées.
-Ces questions sur elle, c'était pas pour m'aider.
Tu voulais m'entendre parler d'elle. Tu l'aimais.
-Il s'est rien passé entre nous.
-Je suis quoi ?
Du rattrapage ?
-Tu es toute ma vie.
-Tu me dégoûtes ! On s'est pas rencontrés par hasard.
-Non. Mais après... -T'es comme elle.
T'es comme maman.
T'es un égoïste. Moi, j'existe pas. -Depuis toi,
j'ai oublié Muriel. -Comment tu veux
que je te croie ? Notre vie est basée sur un mensonge.
Tu es un grand malade.
-Attends...
Regarde-moi.
...
Coup. -Oh...
-J'ai entendu
du bruit. Je me suis cachée.
...
J'ai pas voulu le croire quand il a dit qu'il m'aimait, moi.
C'était peut-être vrai.
-Tenez.
-Antoine ?
Ca va ?
-Mon stage chez Jolly est annulé. -Mince.
Pourquoi ?
-Un problème de planning.
-Ils ont fait le lien entre toi et moi.
C'est minable.
-Explique-moi. -Me Jolly
défendait un suspect mutique.
Votre mère
l'a fait parler.
-Et il se venge ? Connard !
-Antoine !
-J'aurais pas mieux dit. Rire.
-J'ai confirmé le petit-déjeuner avec le préfet. 8h.
A demain. -Merci, Solène. Bonsoir.
-Bonsoir. -Bonsoir.
M. le procureur, voilà les derniers éléments
du dossier Vernon.
-Boris m'a vanté la façon dont vous avez fait avouer la coupable.
Bravo. Bien joué. -Merci.
-Oh ! Vous avez oublié ça.
-Non. C'est pour vous. -"Antoine Meyer"...
C'est le CV de votre fils. -Oui.
Le pénal le passionne.
-Il cherche un stage. -Le parquet est idéal
pour apprendre.
-Je dirai pas le contraire. -Suivre un magistrat expérimenté
comme vous serait formidable. Il est très motivé et disponible.
-Votre approche est directe.
Votre fils est pas caché derrière la porte ?
-Non. Son numéro est là.
Si votre batterie est morte,
vous savez où je suis. -N'oubliez pas de fermer la porte.
-Le numéro est en haut.
Porte.
...
-Tu tombes bien.
On prend l'apéro. -Il devait y avoir que Villard.
-Il a appelé Caillou qui est venu avec Marshall.
Et il y a aussi Caroline.
-Caroline ? -Louvet.
On était délégués, en 1re. Je t'en ai pas parlé ?
-Non. -Ah bon.
-Vous faisiez quoi, après le conseil ?
-Rien. Rien.
Tu peux lui demander, elle est là.
Je vous en prie.
Brouhaha de conversations, rires.
Mme Constance Meyer.
Clameur.
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